La guérison en psychiatrie

Vidéo : En psychiatrie peut-on parler de guérison ? De rémission ? Quel avenir pour le rétablissement ?

Débat animé par Aude Caria. Avec :
– Marie Koenig (Docteure en psychologie, psychologue clinicienne, auteure de l’ouvrage « Le rétablissement dans la schizophrénie »)
– Céline Letailleur (Paire-ingénieure de recherche, chargée de la recherche participative, COFOR)
– Laurent Marty (Anthropologue de la santé, Département de Médecine générale de l’Université Clermont-Auvergne)

Parler de guérison en psychiatrie, ça vous fait sourire ?

A quoi vous fait penser le mot « guérison » ?

La plupart du temps, on s’empêche d’y penser comme si c’était un faux espoir et même un interdit.

Mieux vaut parler de soin et de rétablissement, surtout quand on a connu des rechutes. Se rétablir, dans le sens de mener une vie satisfaisante parmi les autres qu’on soit suivi et médicamenté à vie, tel serait la marche à suivre : un processus d’amélioration plutôt qu’une finalité à atteindre.

Et parler de guérison, ça serait réduire la maladie à une approche médicale, on guérit les maux du corps mais guérit-on les maux de l’esprit?

En même temps, la guérison ne porte-t-elle pas en soi un espoir? Ne connait-on pas nombre d’exemples de personnes diagnostiquées psychotiques qui s’en sont sorties?

A quoi sert le diagnostic précoce tant réclamé si c’est pour devenir un malade chronique et donc incurable ?

La folie, la psychose, serait une structure mentale immuable. La maladie chronique tout autant. On nous parle d’améliorer les stratégies thérapeutiques grâce à la science mais la guérison est-elle de son ressort ?

Retrouver le lien perdu avec le monde, comprendre comment on en est arrivé là pour prendre un nouveau départ, est-ce du ressort de la médecine?

Le soin psychique relève-t-il de la psychiatrie ? Et si oui, dans quel objectif ?

guérison psychiatrie

L’avis de Jules :

Il me semble que le mot « Guérison » cela signifie résolution définitive d’une condition évolutive affectant la santé.

Cela présuppose qu’on soit ‘malade’ au départ.

Cela présuppose l’approche médicale des demandes psychosociales.

Cela présuppose un modèle: le modèle médical du handicap psychosocial.

C’est à dire que le médecin transforme la demande psychosociale complexe d’une personne unique en une maladie médicale.

Ce n’est pas le seul modèle.
Le modèle social basé sur les droits de l’homme est le modèle recommandé par l’ONU (Convention CDPH).

Par rapport à sa demande psychosociale, la personne peut choisir l’approche médicale, mais il existe d’autres approches, par exemple sociales, relationnelles, communautaires, psychologiques, psychothérapeutiques, existentielles ou spirituelles.

Le mot guérison n’a pas de sens en dehors de l’approche médicale, c’est pourquoi la généralisation n’a pas de sens non plus.
Si on tient absolument au concept, on devrait parler de la cessation de l’approche médicale par rapport à une demande psychosociale spécifique sur une durée déterminée.

Par exemple une personne a été étiquetée schizophrène, elle sort de l’hopital, elle réussit son sevrage des neuroleptiques, elle essaie différentes approches, communautaires, psychothérapeutiques, et ne consulte plus jamais un psychiatre ni ne prend aucun médicament. Elle est « guérie » parce qu’elle a cessé de faire confiance aux médecins. 

J’en connais, c’est vrai, les psychothérapies corporelles de résolution des traumatismes (transe respiratoire, travail sur les émotions, travail sur le corps) cela marche pour certaines personnes, il n’y a plus de motif de consulter mais à la place clarté et sérénité. Vraiment, cela vaut le coup, et les personnes ne sont pas informées que c’est possible.

Commentaire de Jules Malleus sur Facebook

Le Centre de Formation au Rétablissement de Marseille

Le Centre de Formation au Rétablissement est un lieu fait par et pour les personnes concernées par un trouble psychique où l’on peut suivre des cursus de formation conçus comme des outils de connaissance de soi, de ses troubles et des moyens d’y faire face.

centre de formation au rétablissement

Les formations proposées ont déjà fait leurs preuves. C’est le cas du Plan d’Action Individualisé vers le Rétablissement et le bien-être (aussi appelé WRAP©), du management de sa maladie et de son rétablissement (ou IMR), des formations sur la médication, l’auto-support, la pratique de sports, la méditation, ou l’éducation à la santé.

L’équipe de formation se compose essentiellement de pairs, experts d’expériences, c’est-à-dire d’usagers ou ex-usagers de la psychiatrie, et favorise l’intervention d’acteurs de proximité. Continuer la lecture de « Le Centre de Formation au Rétablissement de Marseille »

« Oui mais toi… », Céline Letailleur

oui mais toiOui mais toi, tu es trop proche…
Oui mais toi tu es militante…
Oui mais toi tu es une fille à problèmes…
Oui mais toi t’es premier degré…
Oui mais toi tu es trop susceptible…
Oui mais toi tu es trop sensible…
Oui mais toi t’es blanche…
Oui mais toi tu ne sais pas ce que c’est…
Oui mais toi tu es agressive…
Oui mais toi c’est ton orgueil qui parle…
Oui mais toi tu te mets en colère trop rapidement…
Oui mais toi on ne peut pas te parler…
Oui mais toi t’es trop franche…
Oui mais toi tu es malade…
Oui mais toi tu as du mal à gérer tes émotions…
Oui mais toi tu n’as pas assez de recul pour être objective…
Oui mais toi tu n’as aucune expérience…
Oui mais toi tu es trop radicale…
Oui mais toi tu es une dictatrice…
Oui mais toi tu rêves un peu trop aussi…
Oui mais toi tu n’es pas une professionnelle… Continuer la lecture de « « Oui mais toi… », Céline Letailleur »

La « participation des usagers » tu sais ce que c’est toi ? Bah euh…. Auto désignations, enquête de sens, enjeux et perspectives …

Merci à Céline Letailleur de partager avec nous son mémoire pour le Diplôme inter-universitaire « Santé mentale dans la communauté » (2014)!

pouvoir aux fous

Résumé: « La participation des usagers » est un concept socialement et politiquement construit qui fédère un ensemble toujours plus vaste de dimensions. Donner la parole aux personnes directement concernées sur certaines notions «usager», «participation des usagers», «empowerment», «recovery» permet de les mettre à l’épreuve de la réalité et réfléchir en creux à la question… Quelle voix critique peut se fait entendre et à quelle condition?

Le paradigme porté par la santé mentale communautaire commence à se diffuser. Les personnes ayant (eu) des troubles psychiques se l’approprient et se définissent, décrivent leur environnement avec un regard contestataire, tout en conformant une parole politique du « nous, citoyen-usager » aux exigences du « je ». On assiste à des modes différents d’appartenance et de rapports à la participation citoyenne, cherchant encore une crédibilité, une légitimité. Continuer la lecture de « La « participation des usagers » tu sais ce que c’est toi ? Bah euh…. Auto désignations, enquête de sens, enjeux et perspectives … »