Les gosses des quartiers selon le psychiatre Boris Cyrulnik. Réflexions sur son entretien dans «l’Obs».

Si je devais résumer son propos : en période de déstructuration sociale, quand l’Etat est défaillant, quand on n’a pas de famille et qu’on vit dans un milieu déculturé où règne la loi du plus fort, soit on devient un grand psychiatre, soit le désespoir peut nous amener à devenir un gogo armé.

Eux qui se disent « révolutionnaires » ou « bras armés de Dieu » ne sont que des pantins déculturés. Que le cerveau soit altéré par une maladie ou par un appauvrissement du milieu culturel, les effets relationnels sont les mêmes. Incapables de ne pas passer à l’acte, ils ne parviennent pas à prendre le recul nécessaire à la réflexion.

« Quand l’Etat est défaillant, les sorcières apparaissent » disait Jules Michelet.
Quand un effondrement individuel ou social provoque un sentiment de perte, la déchirure ou la douleur nous rend avide d’un sauveur. Le panurgisme prend un effet rassurant.

Si on le suit, les jeunes terroristes sont donc des moutons endoctrinés ayant souffert de l’absence du cadre étatique (autorité souveraine qui coordonne nos actions sociales), familial et culturel.

Le danger de cette interprétation est que si tu sors du cadre, tu es considéré comme déviant.

Il parle des « sales gosses » en demande de cadre et de sens, terriblement malheureux dans les « quartiers », comme on dit vilainement, ces « décrocheurs » qui n’ont pas appris à débattre et n’ont pas de tranquillité intime, des jeunes sans culture qui n’ont pas appris à réguler leurs émotions et qui ne peuvent pas contrôler leurs pulsions.

Boris Cyrulnik appuie ses propos sur sa jeunesse passée dans les quartiers :

Si ça n’avait pas marché, j’aurais probablement été dépressif, j’aurais été un échec toute ma vie.

Donc ces gosses-là vivent dans ce monde-là, et si on ne leur propose pas un projet, la seule dignité qui leur reste sera la brutalité, la violence.

« Sois un homme, arrête de te plaindre, la vie continue.» Toutes les phrases de déni que j’ai entendues quand j’étais gosse et qui m’ont clivé névrotiquement. Je ne pouvais pas formuler que ce que les gens étaient capables d’entendre, et toute une partie de ma personnalité souffrait en secret.

Depuis que je suis enfant, je suis atteint d’une maladie merveilleuse, qui est la rage de comprendre. Si j’avais été équilibré, je n’aurais pas eu le courage de faire médecine et psycho dans les conditions où je l’ai fait… Ce n’est pas normal d’avoir tenté cette aventure, et ce n’est pas normal d’avoir à peu près réussi. Je suis l’exemple non pas de la résilience, mais du bénéfice secondaire de la névrose.

Lien internet vers l’entretien

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La santé mentale, vers un bonheur sous contrôle

Entretien avec Mathieu Bellahsen psychiatre, à propos de l’ouvrage La santé mentale, vers un bonheur sous contrôle, publié aux éditions La Fabrique.

Le piège avec la santé mentale est le suivant : concept progressiste il y a cinquante ans, les acteurs de terrain ne peuvent que se féliciter de la prise en compte de cette problématique sanitaire et sociale. Aussi, comprendre que la santé mentale est devenu un instrument pour gouverner les hommes n’est pas chose aisée (…) Comprendre que la santé mentale s’insère dans une légitimation du discours de l’adaptation est importante pour comprendre les enjeux : « la santé mentale est la capacité de s’adapter à une situation à laquelle on ne peut rien changer. »

Comment un concept à l’origine progressiste, comme celui de la santé mentale est devenu un outil de gouvernement des conduites au service d’une économie néolibérale hyperindividualisante ?

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Réalisation : Emmanuel Moreira
Production : Radio Grenouille
source: http://laviemanifeste.com/archives/10956

A la rencontre des Psy de Nuit Debout!

Psychiatrie, Soins et Accueil : je ne pouvais pas passer à côté de cette commission à Nuit Debout sur la Place de la République à Paris! Fort de mon expérience sur ce blog et sur le sujet de la folie, j’aborde un visage connu, celui d’un psychiatre que j’ai vu un jour dans une vidéo. Il est là avec des collègues de son service à Asnières ainsi que d’autres pros de la santé mentale. Je connais Asnières! C’est là d’où émet Radio Sans Nom, la radio du CATTP d’Asnières animée par Alfredo Olivera, le fondateur de radio La Colifata!

L’idée de la commission est que chacun vienne en tant que citoyen, au-delà des étiquettes soignant-soigné. Mais pas de psychiatrisé en vue jusqu’au moment où surgit un monsieur qui voit les pancartes et s’arrête pour convaincre notre cher psychiatre qu’il est victime d’un faux diagnostic de bipolarité…

Revenons à cette commission: une page internet à été créée que voici:
http://psysoinsaccueil.canalblog.com/

hospi
Deux textes distribués sur place

Ci-dessous le compte-rendu de la réunion du 52 mars: Continuer la lecture de « A la rencontre des Psy de Nuit Debout! »

Folie et théâtralité

Quelle est l’interaction entre la folie et la théâtralité dans l’Angleterre de Shakespeare? Comment les codes scéniques de la folie ont-ils évolué au fil des siècles?

Etudes réunies et présentées par Pascale Drouet et Richard Hillman à découvrir sur: http://shakespeare.edel.univ-poitiers.fr/index.php?id=149img-1

K-Pax, l’homme qui vient de loin [film]

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=lS9NAEV1Mhk]
k_pax_l_homme_qui_vient_de_loinQuelle meilleure hospitalité pour un alien que celle de l’hôpital psychiatrique?

Prot, le personnage principal venu d’une lointaine planète, débarque dans une clinique psychiatrique où sa simple présence parmi les autres patients va s’avérer bénéfique. Un alien qui désaliène les autres, remet à plat la relation aidant/aidé et fait profondément douter le psychiatre qui le prend en charge. 

Celui-ci cherchera à percer le mystère et s’en remettra à l’hypnose. Un film et un personnage qui, par-delà la science-fiction, soulèvent des questions intéressantes.

Citation du jour

« Ni acier, ni surhomme, le résilient ne peut pas échapper à l’oxymoron dont la perle de l’huître pourrait être l’emblème : quand un grain de sable pénètre dans une huître et l’agresse au point que, pour s’en défendre, elle doit sécréter la nacre arrondie, cette réaction de défense donne un bijou dur, brillant et précieux. »

Boris Cyrulnik sur la résilience dans Un Merveilleux Malheur.

perles11

« Raison et folie » par Serge Carfantan

« Le vrai danger pour la raison, ce n’est pas l’existence de la folie chez quelques uns des hommes que la société identifie comme les « insensés » et qu’elle enferme.

Le vrai danger n’est pas dans la figure d’un autre, hors de soi, le fou.

Le péril de la raison est bien plus proche, il est d’être enfermé dans une pensée qui s’est entièrement substitué au réel. Et cette possibilité, loin d’être étrangère à l’homme sain d’esprit, lui est bien au contraire très intime.

La menace qui pèse contre la raison tient déjà dans la possibilité universellement partagée du rêve et de sa possible confusion avec la veille. Que ce soit l’artiste, le savant, le philosophe, ou l’homme commun, tous en éprouvent chaque nuit, l’expérience. »

Serge Carfantan, Ce que Raison veut dire.

Extrait de Raison et Folie
dont panic

François Tosquelles sur la psychanalyse [vidéo]

«La qualité essentielle de l’Homme c’est d’être fou (…). Tout le problème c’est de savoir comment il soigne sa folie». François Tosquelles

«Tosquelles parle le tosquellan – une langue privée faite de castillan, de catalan et de français». Gaston Ferdière dans Les Mauvaises fréquentations.

François Tosquelles, psychiatre catalan ou plutôt « psychiste », comme il aimait à le dire, ne fut pas seulement révolutionnaire politiquement parlant, il le fut aussi dans le champ de la psychiatrie, étant à l’origine d’un mouvement, dit de « psychothérapie institutionnelle», dont la caractéristique essentielle pourrait être justement celle d’être un mouvement.

Créer un déséquilibre comme mode d’expression d’une volonté de voir la vie l’emporter sur les tendances mortifères que sécrètent les institutions et la pathologie, tel pourrait être le sens de son combat comme il le fut et l’est encore pour nombre de ceux qui, à un moment ou à un autre, devinrent ses compagnons de route.

Pour aller plus loin: 
https://histoireetsociete.wordpress.com/2013/03/17/une-politique-de-la-folie-par-francois-tosquelles/

La série en 5 articles de l’historien Philippe Artières et d’Eric Favereau sur Libération:

1/ 1940, quand le Dr Tosquelles arrive à Saint-Alban

2/ Quand le Dr Tosquelles combat la faim à Saint-Alban

3/ Quand le Dr Tosquelles rencontre Eluard à Saint-Alban

4/ Quand le Dr Tosquelles fonde la Société du Gévaudan

5/ Quand Saint-Alban pleure le Dr Tosquelles

Du patient bourgeois de Freud au patient politique de Guattari

Dans un article précédent, on parlait de la méthode du patient traceur où l’étude du parcours d’un patient sert à analyser la performance des établissements de soins. 

Ici, il sera question d’un article écrit par Jean-Philippe Cazier sur l’Anti-Œdipe qui nous sort de cette dérive scientiste (où le patient devient traceur!) et nous ramène dans le champ de l’humain et de la complexité de la psyché. Cet article didactique expose les positions de Félix Guattari et Gilles Deleuze face à l’héritage de Freud. Et on peut se demander si le patient-traceur n’est pas justement l’expression du même ordre économico-politique que du temps de Freud.

« L’« idéologie freudienne » pose comme immuable ce qui est pourtant l’expression d’un ordre social, politique et historique relatif, qu’elle légitime en l’affirmant indépassable. Freud, introduisant dans les conditions de la subjectivité les codes, les relations, les mythologies de la société capitaliste, ne se sépare pas d’une intériorisation et légitimation de celle-ci. Le freudisme participe à la production de subjectivités capitalistes – le capitalisme, comme toute configuration sociale et politique, produisant un certain ordre économico-politique mais aussi des subjectivités particulières.

Pour Guattari, la structure sociale, politique et économique, englobe la production de subjectivités relatives à cette structure et l’analyse des subjectivités ne se sépare pas de celle des conditions concrètes de leur production, des processus de subjectivation toujours relatifs. Le politique ne se sépare pas du subjectif, et la psychanalyse ou la psychothérapie ne devraient pas être séparées du politique. »

5fdbd81e7ade495a2602c6422398d532 Continuer la lecture de « Du patient bourgeois de Freud au patient politique de Guattari »