Nous, membres de collectifs, associations, syndiqué(es), professionnel(le)s, étudiant(e)s, citoyen(ne)s …, organisons un festival du Travail Social le samedi 14 mai 2016 qui aura lieu à la Bourse …
Dans son grand poème « La Nef des fous », Brant, le vieil écrivain du Moyen-âge allemand, nommait fous tous ceux qui ne pensaient qu’à leur vie terrestre et n’avaient souci du salut céleste.
Aujourd’hui, je dis fous ceux qui pensent trouver seuls leur salut sur la Terre sans souci du salut commun de tous les peuples de la Terre.
Comme si nous ne voguions pas tous à bord du même vaisseau
Comme si la Terre entière n’était pas pour nous tous un seul radeau
Comme si nous n’étions pas tous embarqués sur le même bateau perdu en haute mer
…
Oui, nous vivons tous sur un immense et unique bateau un vaisseau baptisé Terre, pour quelques-uns un paquebot de croisière, pour d’autres une galère, un bateau négrier, un rafiot rafistolé, où les deux-tiers de l’humanité s’entassent à fond de cale et qui risque de chavirer.
A moins peut-être qu’éclate à bord une mutinerie…
Francis Combes, 26 juin 2015
En ligne sur franciscombes.unblog.fr/
Paru dans Cerises n° 260
Commission « Psy, soins et accueil »
mardi 3 mai 2016, Place de la République, à Paris
Prochain rendez-vous le jeudi 12 mai 2016 à 20h #73mars
Cette troisième commission a réuni un public nombreux et attentif. Combien ? Beaucoup selon les organisateurs, un certain nombre dirait la police…
Pendant près de deux heures, une trentaine de personnes ont pris la parole. Quelque soit leur place (soignant/soigné), tous et toutes avaient un intérêt certain pour le soin psychique. Pour ce que j’ai pu en savoir, ont pris la parole : des psychiatre, pédopsychiatre, infirmier, psychologue, éducateur spécialisé, animateur de GEM, médecin généraliste, patient actuel ou passé, famille de patient. (Mes excuses à ceux que j’aurais oublié dans cette énumération.)
La commission née il y a environ un mois visait à défendre une certaine idée de la psychiatrie mise en danger par la récente loi santé dite « de modernisation » et par la volonté ministérielle de mettre en place des GHT (Groupement hospitalier de territoire).
Parce que les troubles psychiques viennent directement perturber les interactions sociales, la relation de soin se construit et se négocie dans une dynamique spécifique, où le statut du patient et de sa parole est instable.
Comment cette dynamique évolue-t-elle dans un contexte où l’on promeut l’adhésion de la personne et de sa participation au soin, que ce soit au point de vue légal et éthique ou dans les pratiques de gouvernance et d’évaluation ? Continuer la lecture de « « La folie comme fait social », Livia Velpry »
Un remarquable article d’Anne-Laure sur Retour en France explique avec beaucoup de justesse que la souffrance de l’enfant déraciné est liée à la rupture du sentiment d’appartenance qui sécurise sa place “dans le monde”.
Quand on voit l’accueil réservé aux migrants et le repli de bon nombre de citoyens européens sur leurs frontières nationales, on ne peut que s’inquiéter du devenir de ces enfants venus d’ailleurs, enfants d’un monde incertain, incertains d’y trouver leur place.
En lien avec ce thème de la migration, Daniel Friedmann a réalisé cet excellent documentaire qui montre comment on peut recréer le lien rompu par une approche thérapeutique transculturelle :
Mieux vaut tard que jamais plonge dans une thérapie transculturelle ethnopsychanalytique menée à l’Hôpital Avicenne (Bobigny-93 ) qui conjugue la psychanalyse et l’anthropologie, les dysfonctionnements psychiques et la dimension culturelle de l’altérité. Elle se déroule durant deux ans, de 2008 à 2010 et a été filmée de la première à la dernière séance. Les patients sont une famille hutu-tutsi réfugiée en France et confrontée à des réticences qui font écho au génocide du Rwanda.
« Pour se représenter une situation inconnue l’imagination emprunte des éléments connus et à cause de cela ne se la représente pas. Mais la sensibilité, même la plus physique, reçoit comme le sillon de la foudre, la signature originale et longtemps indélébile de l’événement nouveau. »
Albertine disparue
Marcel Proust
Dans sa présentation du handicap psychique, l’Unafam précise que : « le handicap psychique, secondaire à la maladie psychique, reste de cause inconnue à ce jour », contrairement au handicap mental dont la cause est identifiable et organique. En clair, on ne peut identifier les causes d’un trouble psychique sur un scanner du cerveau, car comme on le sait, des facteurs bio-psycho-sociaux entrent en jeu.
Peut-on vraiment dire qu’on ne connaît pas la (psy)cause?
Et si au lieu de se pencher sur les scanners, on interrogeait les personnes concernées, l’interprétation de leur parcours, leurs mécanismes de défense et de survie?
Nous consentons aux règles de la vie en société aussi naturellement que nous acceptons le rôle de la police, qui est de garantir l’ordre public. Remettre en cause la police c’est s’attaquer à l’autorité, au pouvoir de l’Etat et à l’ordre social.
La folie, elle, vient déborder cette norme et perturber nos vies bien rangées. Ainsi, avoir un grain de folie, c’est sortir du cadre et des comportements policés.
Le cadre de la psychiatrie, lui, contient la folie, il s’agit de tranquilliser le patient psychotique, souvent en grande souffrance, par un traitement chimique. Ce traitement de choc, c’est un peu comme les gaz lacrymogènes des forces de l’ordre, sauf qu’en psychiatrie le patient est « consentant ». Le patient sait qu’il ne peut arrêter le traitement sous peine de rechute. La peine est là, c’est comme la prison.
Le cadre établit et reconnaît qu’on a une maladie mentale et que les difficultés associées sont de l’ordre d’un handicap psychique qui se définit par le fait que les capacités intellectuelles sont intactes mais que leur usage est déficient du fait de troubles émotionnels par exemple.
A l’intérieur de cette cage, il y a évidemment de la place pour une vie épanouie, pour un accompagnement thérapeutique de qualité à visage humain. Quelques uns des oiseaux psychotiques arrivent même à sortir de la cage mais les barreaux de la cage restent ancrés dans les têtes comme si on avait un flic en nous, comme si la vie était policée par la prise quotidienne de médicaments. Il en devient normal de les prendre et voilà comment le fou et sa folie rentrent dans l’ordre policé de notre société, en s’accommodant de sa propre aliénation.
Ce blog, né de mon expérience au sein de l’Atelier Sensibilisation de l’association Clubhouse France, se veut un support collectif pour sensibiliser le plus grand nombre à la question des troubles psychiques, et de ce qu’elle nous évoque naturellement, à savoir : la folie.
A l’heure où nombre de psys défendent les intérêts d’un accueil et d’un soin à visage humain, comment expliquer le désintérêt de leurs patients à leur noble cause?
J’entends qu’une personne en grande difficulté a pour seul intérêt de réussir sa survie. J’entends qu’il vaut mieux vivre les choses plutôt que de perdre sa vie à la comprendre.
Mais peut-on se satisfaire de l’idée que l’esprit éclaté du fou ne peut saisir cette culture qui sous-tend le traitement thérapeutique de sa folie?
« Le fou témoigne de fonctions et de problèmes qui témoignent de l’humanisation possible d’un chacun – bref, de l’Homme en devenir, quel qu’il soit. Ce qui ne justifie pas de lever un monument à son sujet là où nous devrions nous poster les jours de travail, plutôt que les jours de fête. » François Tosquelles (1977, La Chasse aux mots)
Ce blog interroge le rôle social du patient-usager-citoyen, en voie de rétablissement ou rétabli, pair-aidant, psychiatrisé ou survivant de la psychiatrie, analysé, soigné, aidé, accompagné, soutenu mais jamais guéri.
Ce blog répond à un besoin de comprendre, d’apprivoiser l’expérience de la folie, dans la psychose comme dans le langage, mais pas simplement pour devenir expert de son vécu ou érudit.
Face à la complexité de ce qui se passe dans nos têtes, on ne peut pas s’abandonner uniquement à la psychiatrie, aux neurosciences, ou à la psychothérapie institutionnelle. L’éducation thérapeutique du patient (ETP) permet sans doute de se refaire une santé et de se renforcer mais comment s’en contenter.
La pédagogie de la folie, la folie pour tous, serait la possibilité d’éduquer et s’éduquer quand on n’a pas les ressources, les armes intellectuelles ou la pratique du thérapeute.
Dix professionnels du médico-social et vingt usagers de la psychiatrie se retrouvent sur les mêmes bancs d’étudiants pour se former au rétablissement. Inauguré en 2015, ce diplôme d’études supérieures inter universitaires aux pratiques orientées autour du rétablissement (DESIU) vise à développer cette approche en France.
La suite de l’article ci-dessous (cliquer pour agrandir l’image):
Les personnes revendiquent souvent, quand elles vivent à la rue et encore plus quand elles ont eu accès à un chez soi, la volonté de travailler.
Elles veulent toutefois travailler en milieu ordinaire et refusent le plus souvent les dispositifs de travail en milieu protégé.
A Marseille, l’équipe MARSS (Mouvement et Action pour le Rétablissement Sanitaire et Social), avec l’équipe de réhabilitation du Pr Christophe Lançon et l’association HAS (Habitat Alternatif Social), en se basant sur un modèle développé aux Etats-Unis dans les années 70, a participé à la mise en place d’une équipe d’accompagnement à l’insertion professionnelle pour des personnes vivant avec un trouble psychiatrique sévère.
Cette équipe, appelée Working First 13, propose depuis fin 2014, un accompagnement vers et dans l’emploi sans limite de durée.