Sorcières contre la psychiatrie [Vaillandet Lylaeve]

Il y a une légende qui court dans les bureaux de la psychiatrie :

c’est que le patient ne sait et ne doit rien savoir ;

le savoir psychiatrique serait seulement accessible à cette élite sensée que sont les professionnels de santé, les psychiatres particulièrement, et ce savoir, selon ces psychiatres, serait même nocifs pour les psychiatrisés ;

« Nous savons mieux que vous. »

J’ai grandi en pédopsychiatrie et en psychiatrie, je me suis prise de passion, enfant que j’étais, pour cette autorité qui semblait tout savoir et pouvait se permettre tant de choses dans le sens de mon « mieux-être ».

Je me suis éduquée par les écrits qu’ils tentaient de m’interdire de lire ;

je me suis formée en observant les rouages du système psychiatrique, dans tous ces recoins.

Je me suis diagnostiquée seule après presque dix ans gâchés dans la psychiatrie, les psychiatres ne m’ont servi qu’à confirmer le mot qu’ils auraient dû poser avant de me faire subir leur torture « thérapeutique ».

Dix ans de psychiatrie et quelques temps à la fuir m’ont éduquée, mais les fols sont les victimes d’une légende oppressive qui dit que nous ne devons surtout rien savoir.

Il y a des moments où j’ai dû cacher des choses aux soignants pour mon propre bien, il y a des moments où j’ai dû guider le raisonnement de psychiatres sans leur dire qu’ils étaient un peu lents dans leur analyse des choses ; j’ai fait l’ingénue trop de fois.

Parfois, je me sens comme une sorcière ; j’ai au-dessus de ma tête un système qui veut proscrire mon savoir, celui que j’utilise aujourd’hui pour mon bien et le bien d’autrui ; je revendique mon propre pouvoir et mon indépendance dans la recherche de mon bien-être.

J’apprends chaque jour de nouvelles thérapies inclusives, là où la psychiatrie semble vouloir suffire au monde, rester elle-même et continuer dans ses méthodes abusives et oppressives.

Il y a beaucoup de gens comme moi, des fols pleins de savoir contraints de fuir.

Et, dans la lutte pour mes sœurs et mes frères qui sont encore enfermés, je me surprends à nous appeler Sorcières.

Vaillandet Lylaeve

Les gosses des quartiers selon le psychiatre Boris Cyrulnik. Réflexions sur son entretien dans «l’Obs».

Si je devais résumer son propos : en période de déstructuration sociale, quand l’Etat est défaillant, quand on n’a pas de famille et qu’on vit dans un milieu déculturé où règne la loi du plus fort, soit on devient un grand psychiatre, soit le désespoir peut nous amener à devenir un gogo armé.

Eux qui se disent « révolutionnaires » ou « bras armés de Dieu » ne sont que des pantins déculturés. Que le cerveau soit altéré par une maladie ou par un appauvrissement du milieu culturel, les effets relationnels sont les mêmes. Incapables de ne pas passer à l’acte, ils ne parviennent pas à prendre le recul nécessaire à la réflexion.

« Quand l’Etat est défaillant, les sorcières apparaissent » disait Jules Michelet.
Quand un effondrement individuel ou social provoque un sentiment de perte, la déchirure ou la douleur nous rend avide d’un sauveur. Le panurgisme prend un effet rassurant.

Si on le suit, les jeunes terroristes sont donc des moutons endoctrinés ayant souffert de l’absence du cadre étatique (autorité souveraine qui coordonne nos actions sociales), familial et culturel.

Le danger de cette interprétation est que si tu sors du cadre, tu es considéré comme déviant.

Il parle des « sales gosses » en demande de cadre et de sens, terriblement malheureux dans les « quartiers », comme on dit vilainement, ces « décrocheurs » qui n’ont pas appris à débattre et n’ont pas de tranquillité intime, des jeunes sans culture qui n’ont pas appris à réguler leurs émotions et qui ne peuvent pas contrôler leurs pulsions.

Boris Cyrulnik appuie ses propos sur sa jeunesse passée dans les quartiers :

Si ça n’avait pas marché, j’aurais probablement été dépressif, j’aurais été un échec toute ma vie.

Donc ces gosses-là vivent dans ce monde-là, et si on ne leur propose pas un projet, la seule dignité qui leur reste sera la brutalité, la violence.

« Sois un homme, arrête de te plaindre, la vie continue.» Toutes les phrases de déni que j’ai entendues quand j’étais gosse et qui m’ont clivé névrotiquement. Je ne pouvais pas formuler que ce que les gens étaient capables d’entendre, et toute une partie de ma personnalité souffrait en secret.

Depuis que je suis enfant, je suis atteint d’une maladie merveilleuse, qui est la rage de comprendre. Si j’avais été équilibré, je n’aurais pas eu le courage de faire médecine et psycho dans les conditions où je l’ai fait… Ce n’est pas normal d’avoir tenté cette aventure, et ce n’est pas normal d’avoir à peu près réussi. Je suis l’exemple non pas de la résilience, mais du bénéfice secondaire de la névrose.

Lien internet vers l’entretien

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