« Ne pas rater sa folie », Cynthia Fleury

Cynthia Fleury« La folie n’est pas un phénomène à part, ne concernant que certains d’entre nous. Tosquelles avait pour habitude de dire que ceux qui sont dans les asiles sont des gens qui ont raté leur folie, autrement dit ceux qui ne sont pas arrivés à jouer avec elle, en étant parfois un peu paranoïaques, parfois un peu hystériques, parfois un brin schizophrènes, comme nous le faisons tous pour nous sauver face à des situations inacceptables… mais sans jamais devenir totalement fous. Lorsqu’on ne peut plus jouer, la folie apparaît et l’inconscient devient à ciel ouvert. »
Cynthia Fleury, chronique du 30 septembre 2016 dans l’Humanité.

« Invention de l’hystérie », Georges Didi-Huberman

hystérie
Augustine

«La médecine de l’hystérie vivrait-elle dans le risque ?
Le risque d’un charme ? Un charme, oui. A la Salpêtrière, cet enfer, les hystériques n’ont pas cessé de faire de l’œil à leurs médecins. Ce fut une espèce de loi du genre, non seulement la loi du fantasme hystérique (désir de captiver), mais encore la loi de toute l’institution asilaire elle-même. Et je dirai que celle-ci avait structure de chantage : en effet, il aura fallu que chaque hystérique fasse montre, et régulièrement, de son orthodoxe «caractère hystérique» (amour des couleurs, «légèreté», extases érotiques…) pour ne pas être réaffectée au «Quartier», très dur, des toutes simples et incurables Aliénées».
Georges Didi-Huberman, Invention de l’hystérie: Charcot et l’Iconographie photographique de la Salpêtrière.

source: http://espace-holbein.over-blog.org/article-11428967.html

(ré)écouter l’émission N’est pas fou qui veut du dimanche 7 août 2016: « Les patientes hystériques de Freud et l’invention de la psychanalyse« 

Je suis différent comme tout le monde

« Si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser, tu m’enrichis »
Antoine de Saint-Exupéry, Citadelle

Un jour, il faut se décider à être différent mais comme tout le monde, car la folie c’est de continuer à se croire plus différent qu’un autre.

J’étais un garçon incompris qui voulait faire la révolution et qui s’est vu rattraper un soir par la réalité, et l’humanité que j’entendais sauver m’a répondu par la plus grande indifférence, me laissant seul face à moi-même dans une chambre d’isolement d’un hôpital psychiatrique. Moi qui me croyais depuis lors perdu pour la vie, je peux aujourd’hui me réjouir d’avoir retrouvé mon chemin dans le maquis de la vie. Le plus agréable c’est d’avoir trouvé cet élan de confiance et de vivre désormais mes journées avec légèreté et simplicité.

Ce blog qui fut un temps mon terrain d’exploration personnelle et ma guérilla contre les préjugés, devient peu à peu un terrain d’action plurielle, une petite communauté de gens motivés, comme l’évoque in fine le titre « comme des fous ». Mon propos n’est pas de transformer ensemble la psychiatrie à défaut d’avoir pu changer le cours du monde. L’institution est là pour prendre soin et non pas pour se substituer à la vie. Ici, on parle de la vie d’après, celle qui se cherche pour mieux entrer en contact avec le monde réel, celle qu’on se construit dans les sourires et les échanges complices pour briser collectivement les murs de la solitude et de l’indifférence. Car plus on est de fous, plus on peut en rire.

Joan

«Ne devient pas fou qui veut»

«Loin donc que la folie soit le fait contingent des fragilités de son organisme, elle est la virtualité permanente d’une faille ouverte dans son essence.

Loin qu’elle soit pour la liberté «une insulte», elle est sa plus fidèle compagne, elle suit son mouvement comme une ombre. Et l’être de l’homme, non seulement ne peut être compris sans la folie, mais il ne serait pas l’être de l’homme s’il ne portait en lui la folie comme la limite de sa liberté. Et pour rompre ce propos sévère par l’humour de notre jeunesse, il est bien vrai que, comme nous l’avions écrit en une formule lapidaire au mur de notre salle de garde : “Ne devient pas fou qui veut.” »

Jacques Lacan, «Propos sur la causalité psychique» (1946).

source: https://www.freud-lacan.com/index.php/fr/colloques/journees-internationales/journees-que-deviennent-les-psychoses-de-l-enfant-aujourd-hui/481-dossier-de-preparation-que-deviennent-les-psychoses-de-l-enfant-aujourd-hui/5465-ne-devient-pas-fou-qui-veut

« Les Nouveaux cahiers pour la folie n°7 », septembre 2016

« Drôle de situation, nous voilà assis en cercle à même le sol avec des professionnels de la santé mentale pour parler de psychiatrie sur la place publique. Dans cette agora, on est d’abord frappé par la ritualisation de la parole, il faut être bref et efficace, et acter des décisions. Pendant l’AG, nous sommes tous des citoyens en lutte contre la loi santé, contre la psychiatrie gestionnaire. Une fois le rituel militant de l’AG terminé, la parole se libère, la rencontre s’humanise comme si la lutte n’était qu’un prétexte pour mieux se rencontrer. » Joan p.82

Nouveaux cahiers pour la folie

Auto support en santé mentale en France

Les Groupes d’EntrAide Mutuelle : Historique, Politique, et Réalité Locale

gem

Cet article a pour objectif de situer le contexte historique et politique d’émergence d’un nouveau type d’organisation associative dans le champ de la santé mentale en France : les groupes d’entraide mutuelle (GEM). Il s’agit d’avoir une approche descriptive du phénomène en s’interrogeant particulièrement sur l’entraide. Deux analyses seront proposées, l’une portant sur la dimension relationnelle de l’entraide, l’autre portant sur les effets bénéfiques de l’entraide. Lire l’article.

source: Vincent Girard, « Dossier n° 13 – Auto support en santé mentale en France », Bulletin Amades [En ligne], 75 | 2008, mis en ligne le 01 septembre 2009, consulté le 23 septembre 2016. URL : http://amades.revues.org/515

« Métamorphoses chimiques du sujet », Carlos Parada

Une autre histoire de la psychopharmacologie

Revue Psychiatrie, Psychanalyse et Sociétés

Résumé: L’immense majorité des études sur l’histoire de la psychiatrie se consacre à une période qui débute à « l’âge classique » et finit à la fin du XIXe siècle. Notre analyse historique, aborde la production de la médecine mentale au cœur du XXe siècle.

Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, les propriétés de multiples substances supposées agir sur l’esprit furent intensément explorées, analysées, codifiées et instrumentalisées. Nous verrons comment initialement ces substances visaient surtout l’exploration d’une vérité supposée du sujet par l’induction de la parole.

Nous aborderons ensuite la généalogie et les particularités des expériences avec la chlorpromazine, dite neuroleptique. En quelques années, ces expériences ont forgé de nouvelles pratiques et de nouveaux discours sur le pouvoir des drogues, sur la maladie mentale et sur le sujet, qui perdurent jusqu’à nos jours au moins sous deux formes : une disciplinaire, la psychopharmacologie et l’autre transgressive, la toxicomanie moderne.

Aujourd’hui, les substances psychoactives et leurs effets traversent une crise. Leurs promesses d’efficacité et leurs postulats s’essoufflent. Une neuroscience d’un néo-localisationnisme marqué par l’imagerie de sièges et de circuits cérébraux semble alors prendre le relais.

Cet article tente d’expliciter comment et en quoi consistent ces transformations qui, bien au-delà de la psychiatrie moderne, ont profondément marqué les hypothèses, les pratiques et les représentations, tant de la maladie mentale que de la construction du sujet contemporain.

Lire l’article sur Revue PPS

« Le rétablissement dans la schizophrénie », Marie Koenig [Livre]

Présentation de l’éditeur La rencontre avec les personnes atteintes d’un trouble psychique nous apprend autant qu’elle nous confond. Elle vient parfois bousculer l’ensemble de nos savoirs communs et professionnels, au point de les dévoiler sous les traits de préjugés. Dans le champ de la santé mentale, le nouveau paradigme du rétablissement (recovery) met en évidence […]

via “Le rétablissement dans la schizophrénie”, Marie Koenig, PUF — blogschizo