Cap ou pas cap ? Réflexion sur le handicap psychique

Le handicap est « le désavantage social pour un individu donné qui résulte d’une déficience ou d’une incapacité et qui limite ou interdit l’accomplissement d’un rôle normal (en rapport avec l’âge, le sexe, les facteurs sociaux et culturels) ».
Le handicap traduit une désadaptation de l’individu par rapport à son milieu (ou pour certains une désadaptation de l’environnement à l’individu…).

handicap psychique

La notion de handicap psychique, introduite en France par la Loi du 11 février 2005, sous l’impulsion des familles de patients, visait à faire reconnaître la personne atteinte de troubles psychiques non plus comme un malade relevant de la psychiatrie mais comme un citoyen en situation de handicap.

Depuis toujours, les personnes en bonne santé mentale ont décrété des lois pour venir en aide aux personnes en plus grande précarité, qu’elle soit matérielle ou spirituelle.  Continuer la lecture de « Cap ou pas cap ? Réflexion sur le handicap psychique »

L’aveu par l’écriture de soi ou la tentative de résolution d’une injonction paradoxale de l’institution psychiatrique

Bienvenue à Agathe dans l’équipe de Comme des Fous et merci pour ce remarquable article!

agathe martin

« Il apparaît que l’aveu autobiographique du fou, constitue une forme de « super-aveu » spontané et exhaustif qui requalifie le fou en « fou-pas-si-fou » pour l’institution et la société et qui peut constituer un sésame pour l’insertion sociale. Dans mon cas spécifique de sujet « fou », peut-on parler d’une forme d’aveu ? » Agathe Martin

 

L’écriture autobiographique est une pratique très répandue chez les personnes atteintes de pathologie psychiatrique. Que ce soit à travers des ateliers d’écriture réalisés au sein des structures médico-sociales ou par un exercice libre du récit de soi par l’autobiographie, de nombreux malades psychiques se prêtent à cet exercice littéraire sur soi. Continuer la lecture de « L’aveu par l’écriture de soi ou la tentative de résolution d’une injonction paradoxale de l’institution psychiatrique »

Schizo? Oui on en parle!

L’autre jour, en bon voisin, j’ai poussé la porte d’une asso au nom rigolo : Schizo ?…Oui !

Trancher le terme Schizo par un Oui, il fallait oser. Le terrain de la schizophrénie est tellement miné par les représentations négatives qu’un oui ne nous fera pas de mal.

Oui, la schizophrénie c’est cette maladie à laquelle on pense en premier lorsqu’on parle de folie, alors parlons-en !

Oui, il faut mettre des mots pour essayer de comprendre les peurs qu’elle soulève. Cette peur de perdre la tête à l’image de cet être qui se construit des châteaux dans le ciel pour mieux s’évader. Alors je propose de lancer une corde pour l’aider à s’évader parmi nous. Oublie un instant ton château, enjambe les remparts. Descendons par la corde de la vie, la vraie, celle de notre corps ancré au sol qui nous rattrape quand on est angoissé. Restons concrets et allons parler aux voisins.

Oui, quand on souffre de schizophrénie, se soigner c’est important. Se soigner déjà du regard des autres, car oui, si on veut mener une vie comme tout le monde, on ne peut raisonnablement pas dire qu’on est atteint de schizophrénie à moins d’être complètement fou! Il faut se protéger, rester invisible, alors souvent ce sont les familles qui mènent le combat pour changer les regards sur la maladie. Car la famille, c’est tout ce qu’il te reste quand la société fait défaut.

Oui, la schizophrénie c’est un tabou qui reste en famille ou alors ce sont les experts qui en parlent en termes de symptômes ultra-négatifs. Et pourtant le schizophrène est partout dans les médias, c’est devenu un gros-mot prisé pour discréditer quelqu’un, synonyme de dédoublement de la personnalité.

Personne ne vous expliquera clairement ce qu’est la schizophrénie, elle n’existe pas sous une seule forme et on ne sait pas expliquer comment et pourquoi elle surgit. Alors, que fait la science ? Elle cherche des traitements pharmacologiques pour dissiper les symptômes.

Ce que vous devriez savoir, c’est que la schizophrénie n’est pas un dédoublement de la personnalité et que le schizophrène n’est pas un fou dangereux en puissance puisque les statistiques montrent qu’il est plus souvent victime de violences que tout autre personne. Dans la schizophrénie, telle que je l’ai comprise, c’est le rapport à la réalité qui est difficile comme si le cerveau interprétait les choses de travers et on peut ainsi entendre des voix ou se croire persécuté.

Mais cessons un instant de voir le schizo comme un être à part. Car on a tous des difficultés à vivre dans ce monde surtout quand un diagnostic médical vous en exclut d’office.

Comment agir ensemble pour soigner la perception erronée qu’a cette société de la schizophrénie ? Certains le font en adhérant à une association et en militant, d’autres en s’informant mais l’important c’est d’abolir cette distance qui nous sépare, du moins mentalement, de la personne qu’on appelle schizo. Car oui, le schizo est parmi nous et quand on parle avec lui, sa plus grande souffrance c’est bien le rejet de la société et non pas sa folie. Fragiles, oui, mais comme toutes les belles choses dans ce monde, il faut savoir les préserver et ne pas passer à côté des grandes joies qu’elles nous procurent.

Ne passez pas à côté de votre vie et un grand merci à l’association Schizo ?…Oui ! pour leur accueil chaleureux !

Joan

Conseil Local de Santé Mentale, Pilar Arcella-Giraux

«Les CLSM* sont à l’origine d’une révolution culturelle : la santé mentale ne relève plus uniquement de la psychiatrie», Pilar Arcella-Giraux, ARS Île de France

pilar arcella giraux

* Conseils Locaux de Santé Mentale : présidés par un élu local, co-animés par les acteurs du secteur de la psychiatrie publique locale, et intégrant des représentants d’usagers et d’aidants, ces conseils sont des acteurs centraux d’élaboration de politiques et de coordination de l’action publique en matière de santé mentale.

Pour aller plus loin: 

Les CLSM, une priorité pour l’ARS Île-de-France par Pilar Arcella-Guiraux

Le Cahier des Charges de l’Agence Régionale de Santé ARS Île de France pour la mise en place d’un CLSM.

Les conseils locaux de santé mentale en France : état des lieux en 2015 par Pauline Guézennec et Jean-Luc Roelandt du CCOMS paru dans le n°91 de l’Information Psychiatrique.

Le CCOMS à Lille est le Centre collaborateur de l’Organisation mondiale de la santé pour la recherche et la formation en santé mentale.

Comment je suis devenu fou

Maintenant que je vois le bout du tunnel de la psychiatrie, je vais vous raconter comment j’y suis entré, comment je suis devenu fou.

“Si c’est vers une plus grande réalité que nous nous tournons, c’est à une femme de nous montrer le chemin. L’hégémonie du mâle touche à sa fin. Il a perdu contact avec la terre.” Henry Miller

comment je suis devenu fou

Partons de cette image qui m’accompagne depuis 6 ans: une femme qui ponctue le schéma de l’évolution.

En novembre 2010, j’ai pressenti qu’il était venu le temps de la révolution des femmes. Rien d’insensé jusque là, la révolution était dans l’air, on était à quelques mois du printemps arabe.

Sauf que le 24 novembre à l’aube, j’atterrissai à l’hôpital psychiatrique. A 2h du matin, je m’étais levé direction Place d’Italie pour assister à la révolution. C’était le grand soir! Rien d’insensé là encore, j’étais persuadé que la femme italienne du président Sarkozy était aux commandes et il y avait eu une grande manifestation sur la place quelques jours auparavant.

Voyant que la place était déserte et craignant pour la vie de ma mère qui m’avait suivi (il devait y avoir des snipers sur les toits), je me résignais à mon tour à la suivre aux urgences dans le plus grand mutisme, non sans avoir hurlé Che Guevara! au cas où…

Après être revenu d’un échange universitaire en Argentine, la patrie du Che, je m’étais inscrit en parallèle de mon cursus d’architecte à un cours sur la formation des Etats-nations en Amérique Latine. Normal, quand on veut faire la révolution. A l’école d’architecture, j’avais commencé à m’investir dans un cours un peu philo sur l’art de l’espoir allant jusqu’à écrire un Manifeste du Nouveau Monde qui a ensuite été publié sur internet.

Il y a eu cette conférence sur les tours d’un architecte italien, le samedi 20 novembre, où j’ai pris le micro pour exposer ma théorie sur la ville phallique où les tours seraient l’expression de l’égo démesuré de ces architectes-hommes, poussant l’animateur de la conférence à inviter la femme et collaboratrice du dit architecte sur scène. C’est là qu’en sortant de l’ancienne cinémathèque de Paris et en voyant la tour Eiffel éclairée, j’ai ressenti une décharge de bonheur, comme si je venais de m’éveiller à la vie et d’arrêter le cours du temps.

Le soir même, je commençais à voir des signes partout, Barcelone gagnait 8-0, je m’inscrivais sur Facebook pour annoncer la « bonne nouvelle » et découvrais que c’était l’anniversaire de la fille que j’aimais à la folie au Lycée, encore un signe! Et puis vint le dimanche soir, le Napoli gagne 4-1, le journal télévisé parle d’une affaire Berlusconi et je me mets à rêver de la révolution des femmes italiennes.

Je commence à craindre pour ma vie, ces machos ne vont pas se laisser faire, je choisis de ne pas aller en cours le lundi, la police et l’église doivent être à mes trousses. Je croyais que le bruit des camions poubelles était celui des chars qui se mettaient en place autour de chez moi. Je vois défiler les news et là je vois un énième rebondissement du conflit en Corée sauf que j’étais alors amoureux d’une fille coréenne et je me dis qu’ils sont en train d’attaquer la Corée pour se venger. C’est là, que j’entends une voie rauque au répondeur du téléphone, pas dans ma tête, c’est la police!

Le lundi soir, je me décide à sortir pour aller voir une autre conférence à l’ancienne cinémathèque, j’entends les cloches sonner, c’est un message de l’église, même pas peur, je suis le nouveau prince de Paris (j’avais lu le Prince de Machiavel comme tout bon révolutionnaire). Portable coupé, je suis sur écoute.

Le mardi, je me décide à aller en cours sauf qu’arrivé à Nation, je change de direction, j’ai sauvé l’humanité, allez, je peux bien faire ce qui me plaît, direction la Tour Eiffel. Je m’arrête à Châtelet et regarde un journal italien, pas de révolution en cours, silenzio stampa… Je repars vers l’école, je suis persuadé d’y retrouver la fille du lycée mais elle n’y est pas. Mes amis italiens m’accueillent, ils sont de mèche avec Berlusconi, les caméras me regardent, je me tais et les suis en cours. Le professeur annonce qu’il vient de se faire décorer! Normal, avec ma théorie sur les tours qui a circulé comme une rumeur dans tout Paris, il ne pouvait en être autrement! Et puis, je retourne à la maison, il y a cette bougie allumée en forme de cœur, ma famille aurait-elle tout compris? Et ce film Valse avec Bachir à la télé qui me parle à la première personne!

Plus que quelques heures avant l’hospitalisation, je vais me coucher, la suite vous la connaissez. Arrivé aux urgences, je ne parle plus, sauf au troisième médecin, qui est italien, je lui fais confiance. Il m’injecte des tranquillisants et je me réveille dans un dortoir le jour d’après. Une fois seul, je pique une brosse à dents. Là, les souvenirs sont flous, je me retrouve seul dans une chambre d’isolement, croyant que j’étais pris en otage et qu’on allait me tuer, normal. Et là, on me laisse m’époumoner à hurler mon nom, et puis c’est la dose de cheval, je ne peux plus marcher, parler, écouter la radio, le temps ne passe plus, je suis mort psychiquement.

Pas besoin de chercher dans mes gènes pour expliquer ma folie. Ce qui m’a rendu fou?  L’amour, la peur de devenir adulte, la peur de mourir, le déracinement, les violences familiales, la solitude, la difficulté à communiquer avec les autres, le stress du diplôme.

La psychiatrie doit rester une réponse exceptionnelle à des souffrances extrêmes, mais j’aimerais par ce récit vous inviter à voir la folie autrement et la psychose comme quelque chose d’évitable.

Joan

Le gène de la Folie

La folie serait-elle inscrite dans nos gènes?

gène de la folieDe nos jours, on explique la folie à partir du modèle bio-psychosocial. On parle d’une vulnérabilité génétique sur laquelle viennent jouer des facteurs liés à l’environnement extérieur et à des expériences de vie particulièrement stressantes.

Dans la lignée des recherches génétiques, la revue Molecular Psychatry publie un article sur Le gène qui dérange les connexions cérébrales.

Une recherche menée avec 9000 patients psychiatriques et sur des souris de laboratoire aurait permis d’identifier le gène DIXDC1 comme facteur de risque psychiatrique.

Que disent les résultats?

Les résultats de l’expérience disent que sur 9000 personnes environ 80 malades (0,9%) présentent des mutations de ce gène contre environ 45 chez les non-malades (0,5%). Si on fait le calcul, seules 4 personnes sur 1000 auraient donc une maladie due à cette perturbation génétique.

Que peut-on conclure pour les 99,1% patients psychiatriques restant?

Les chercheurs précisent, à leur façon, que chaque personne et chaque folie est différente. Chaque folie mérite un traitement individualisé, disent-ils. On peut toutefois s’interroger sur l’orientation neurologique des recherches sur les causes de la folie.

Candidats à l’élection présidentielle : publiez votre programme pour la santé mentale

pétition santé mentale

Un enjeu de santé majeur

Le professeur Christophe Lançon de Marseille lance une pétition pour demander aux candidats à l’élection présidentielle française de 2017 de publier leur programme pour la santé mentale. Continuer la lecture de « Candidats à l’élection présidentielle : publiez votre programme pour la santé mentale »

A votre avis, le traitement peut-il être arrêté lorsque la personne atteinte de schizophrénie va mieux ?

A votre avis, le traitement peut-il être arrêté lorsque la personne atteinte de schizophrénie va mieux?

schizautrement
« Guide pour décrocher des médicaments psychotropes en réduisant les effets nocifs, Will Hall »

Voici la question posée mardi par la page Schiz’autrement des laboratoires Janssen et voici la réponse donnée:

Faux, le traitement sur le long terme est bénéfique, il ne faut pas l’arrêter.

La schizophrénie étant une affection chronique, les rechutes surviennent dans de nombreux cas suite à l’arrêt du médicament. Un traitement antipsychotique au long cours est souvent nécessaire pour que l’impression de mieux-être perdure.

Si le traitement est bénéfique pour la majorité (ceux qui les prennent et ceux qui les vendent), n’y a-t-il pas là une supercherie intellectuelle puisque les rechutes ne survenant pas dans tous les cas, cela veut dire qu’il existe des cas où il est possible d’arrêter, non?

Alors on peut arrêter ou pas?

Si on lit le Guide pour Décrocher des Médicaments Psychotropes en réduisant les Effets Nocifs de Will Hall, les américains eux y arrivent.

Soyons honnêtes, s’il existe au moins une infime possibilité d’arrêter progressivement sans rechute alors la réponse est VRAI.

Auriez-vous intérêt à dire le contraire, et si tout était dans le mot pouvoir?

« Pas de panique, je suis psychotique », Alain Karinthi

Merci Alain pour cette superbe contribution!

dont panic

Pas de panique, Je suis psychotique… car pas de panique, le monde, vous , êtes si fanatique!!

Je m’appelle Alain, j’ai 35 ans. Je suis travailleur pair dans une équipe mobile de psychiatrie pour des personnes sans abri, vivant avec des troubles de santé mentale, ici à Marseille, France. Ce qui signifie que je vis avec de graves troubles de santé mentale décrits par les médecins comme : une personnalité maniaco-dépressive ou désordonnée (ça dépend du spécialiste ! toute une affaire pour comprendre !), avec en guise de comorbidités, des troubles border-line, addictifs et un déficit de l’attention…

Mon travail est en partie d’organiser des groupes d’auto support, et de réfléchir à la construction d’une formation universitaire sur les « pratiques orientées rétablissement » (concernant globalement le médico-social, le sans-abrisme, l’empowerment et les problématiques d’addiction par exemple), avec un groupe composé de pairs, de chercheurs, de docteurs, de professeurs et de militants ! Nous avons démarré cette année et la première promotion d’étudiants est en train de finir !). J’ai travaillé sur un programme “Housing First de janvier 2012 à mars 2014 et depuis sur ce poste à Marseille) Continuer la lecture de « « Pas de panique, je suis psychotique », Alain Karinthi »

« Aidez nous à nous rétablir! », Alain Karinthi

Merci à Alain pour cette contribution!

alain karinthi

En psychiatrie comme en psychologie, le rétablissement (terme traduit de l’anglais recovery) fait l’objet de controverses en France; sa compréhension par les professionnels fait souvent l’objet de résistances. Concrètement, cet état de fait se traduit pour nous, personne vivant le trouble, en difficultés de vie supplémentaires. Pour faire bref, pour construire notre rétablissement, nous ne pouvons dans la plus grande majorité des cas faire sans les soins, mais la position des soins dans l’organisation des ressources d’aide est objectivement problématique.

Le rétablissement, pour nous, c’est un processus qui se déclenche dans le vécu d’une personne atteinte de troubles psychiques, vivant de manière singulière la souffrance psychique, qui permet in fine de vivre de façon harmonieuse, quelle que soit la méthode qu’elle va employer pour y parvenir. Ce n’est pas seulement des techniques, et un but, mais bien un cheminement vers et dans cette harmonie, une construction d’équilibres et de déséquilibres perpétuels au fur et à mesure de nos choix de vie, formant une vie normale, menée par une personne atteinte de troubles psychiques,( « un psychotique »), même les plus sévères: schizophrénies diverses et variées, troubles bipolaires sévères avec des passages maniaques, et autres troubles anxio-dépressifs dits majeurs. Continuer la lecture de « « Aidez nous à nous rétablir! », Alain Karinthi »