Blog

Vers un mouvement social pour la santé mentale

A lire en écoutant cette superbe archive sonore de l’association Humapsy:

Les personnels hospitaliers en lutte

Pinel en lutte

Depuis quelques mois, la colère gronde en France et, dans la frénésie médiatique et des réseaux sociaux, les travailleurs hospitaliers de la psychiatrie et urgentistes ne manquent pas d’imagination pour se faire entendre : en campant devant les hôpitaux comme la Militente de Toulouse, avec des clips musicaux, des Die-in, le Printemps de la psychiatrie, la grève de la faim, l’auto-injection d’insuline, un marathon autour d’un rond-point, en s’enchaînant aux grilles de l’Agence Régionale de Santé, en se perchant sur les toits comme au Havre, ou en fleurissant les blouses blanches de Shadoks colorés comme à l’hôpital Pinel à Amiens.

Mais que veulent les blouses blanches? De meilleures conditions de travail, ce qui implique plus de moyens et d’être en nombre suffisant pour bien faire leur travail avec les patients.

Mais pourquoi soutenir la mobilisation des personnels hospitaliers et urgentistes quand nous aussi, nous serrons les dents, que pour nous aussi la mobilisation c’est au quotidien : pour aller travailler, pour chercher un travail ou simplement tenter d’exister et que quand nous avons un temps pour nous, on a aussi le droit de s’autoriser de souffler.

C’est gentil de proposer un mouvement social mais les manifestations ou les gilets jaunes, ce n’est pas votre truc?

Les problèmes de santé mentale coûtent cher à l’Etat, d’où la nécessité de faire des économies en réduisant les personnels et les hospitalisations. Mais à vouloir gérer les hôpitaux comme des entreprises, on réduit le travail à ce qui est quantifiable, tarifiable voire rentable, et dans les métiers de l’humain et du social, ce n’est clairement pas la meilleure idée.

Pour faire tourner la machine, il faut des travailleurs en bonne santé (mentale). Mais quand les travailleurs de la santé commencent eux-mêmes à souffrir dans leur travail, c’est que cette rhétorique ne tourne pas rond.

La santé et le service public ça nous concerne bien sûr tous car on finit tous par tomber malade un jour et qu’on attend dans ces cas-là les meilleurs soins possibles.

Au-delà de la distinction entre professionnels de santé et malades, ou plus communément entre soignants et soignés, c’est un enjeu de société dont il s’agit.

L’esprit Mad Pride au quotidien.

Il s’agit d’assumer fièrement notre qualité de citoyens et malgré le stigmate de la maladie mentale, il nous appartient de ne plus apparaître aux yeux des médias comme des « malades mentaux » en marge des questions sociales.

Il s’agit pour chacun de nous de se construire en tant que sujet et sortir du silence, de montrer que les patients ne sont pas de simples consommateurs ni des statistiques.

Mais là où on pourrait croire que la santé mentale est un problème individuel, à chacun son diagnostic et sa santé (fragile), il nous faut réintroduire la force du collectif.

Il s’agit de décloisonner, d’aller au-delà de la psychiatrie, du tout médical et du tout médicament mais aussi de combattre la stigmatisation qui entoure le soin psychiatrique. Pourquoi considère-t-on comme une honte d’atterrir en psychiatrie, ou que la place des dépressifs n’est pas avec les fous?

On peut voir d’un bon œil la fermeture progressive des lits en psychiatrie comme une façon de désaliéner et d‘en finir avec l’enfermement asilaire. Mais fermer les hôpitaux psychiatriques comme en Italie, ça ne veut pas dire en finir du même coup avec la violence institutionnelle, les soins contraints, la contention ou les chambres d’isolement. Dire des hôpitaux que ce ne sont pas des lieux de vie mais des lieux de soins, c’est en faire des endroits de non-vie.

En tant que maladies de la relation, le rôle de l’hôpital ou des alternatives à l’hospitalisation, c’est justement de récréer un lien perdu, de soigner la relation à l’autre. Cette thérapeutique par la relation fait partie de la vie.

Soigner la démocratie

Un mouvement social c’est un redéploiement de la vie, un déploiement de créativité, des rencontres qui alimentent une réflexion durable et pas uniquement des manifestations éparpillées ici et là, pour se rendre visible.

C’est l’idée que la lutte des blouses blanches doit rejoindre celle des patients et des familles pour un accueil et des soins de qualité en santé mentale, des soins sur mesure ou personnalisés, c’est-à-dire sensibles à la personne dans sa subjectivité et son histoire de vie.

Si la santé mentale est à priori un sujet a-politique, il existe dans les faits des lobbys et des think tank qui en font un sujet d’intérêt politique et économique. Il en est ainsi des lobbys de l’industrie pharmaceutique mais aussi des lobbys comme l’Institut Montaigne et la Fondation Fondamental qui tentent de drainer des fonds pour la recherche en neurosciences et en immunologie et la création de centre experts. Les experts, les syndicats professionnels et les associations agréées participent également au jeu politique.

Si l’idée n’est pas forcément d’infiltrer ce jeu politique en créant par exemple un syndicat des patients, il faut tenir compte des acteurs en présence et de la logique néolibérale qui est à l’oeuvre dans le démantèlement des services publics et de la psychiatrie de secteur.

Le progrès de la recherche scientifique (rarement indépendante) et la quête des molécules miracles ne va pas toujours dans le sens d’un accueil inconditionnel et de qualité de la souffrance psychique. En réduisant l’humain à sa dimension biologique, en cherchant à automatiser les méthodes thérapeutiques et à adapter les soins au fonctionnement du système économique, on en oublie la relation de soin et la complexité du fonctionnement psychique. On a parfois l’impression que seuls les pair-aidants peuvent nous comprendre tant la vision organiciste et cérébrale des troubles se répand chez les professionnels de santé.

En santé mentale, rien ne fait vraiment l’unanimité, certains sont pour l’évaluation et la scientificité des méthodes de soins, d’autres laissent une place à l’imprévu et à l’expérience vécue par le patient puisqu’en définitive, ce ne sont pas les médicaments qui soignent mais bien ce qu’on fait de notre vie une fois passée la crise.

On ne doit pas chercher à mettre tout le monde d’accord mais plutôt à faire valoir notre parole et notre intérêt face à d’autres intérêts qui peuvent être divergents. Il s’agit de démocratiser le système en place ou de rebattre les cartes de façon à faire progresser les choses en permettant aux personnes concernées de s’exprimer autrement que par les témoignages, d’accéder à leurs droits et les faire respecter, de faire entendre ce qui leur a fait du bien, ce qui marche et ce qu’il faudrait transformer.

On peut, par exemple, s’inquiéter de la disparition d’un savoir-faire « psy » chez les infirmiers pour apaiser l’agitation d’un patient, éviter l’escalade jusqu’à la violence et le recours à des méthodes coercitives.

On peut aussi faire progresser les représentations sociales au sein de la société, renverser la politique de la peur et la psychophobie et promouvoir la diversité et la neurodiversité.

Il s’agit aussi de faire lien, de prendre le temps de se rencontrer, de créer des espaces citoyens ainsi que des outils pédagogiques pour déstigmatiser, penser de nouvelles formes d’organisation, se former, se structurer à travers des espaces virtuels et physiques, rendre visible ce qui ne se voit pas et ce qui ne s’entend pas.

Réjouissons-nous, les ingrédients de ce cocktail social sont là, pour créer un dialogue salutaire pour l’ensemble de la société.

A propos :

Comme des fous est né comme un média alternatif aux médias traditionnels qui nous qualifient à la hâte de malades mentaux dès qu’une initiative émane d’une association ou d’un groupe de personnes concernées par la psychiatrie.

Voir par exemple dans Libération : Une séquence de «Fort Boyard» émeut les associations de malades mentaux

Créée en avril 2019, l’association Comme des fous a pour objet la dé-stigmatisation des troubles psychiques par la communication numérique et médiatique de la parole des personnes concernées par et pour elles-mêmes afin de :
– promouvoir l’expression et la communication de personnes en situation d’isolement ou de fragilité, confrontées à un problème de santé mentale ; 
– permettre une participation effective des usagers de la santé mentale aux instances de la vie publique.

Une première rencontre associative est prévue à Paris le samedi 7 septembre 2019 : https://lightskyblue-penguin-597208.hostingersite.com/agenda/rencontre-associative-comme-des-fous-1/

Portrait de Laëtitia

Comme Laëtitia, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

Je suis très fortement inspirée par Niki de Saint Phalle. Avec ses sculptures monumentales en mosaïque à la fois joyeuses et torturées, elle dénonce sans se lamenter. J’aime cette démesure et cet esprit de révolte lumineuse par la créativité. C’est une façon de faire bouger les lignes.

Je n’aime pas le fatalisme et je pense qu’il est toujours possible de faire bouger les choses. Je n’aurais pas la prétention de dire que j’aspirerais à changer le monde mais sûrement apporter ma pierre à l’édifice, pas juste en objectant, mais en proposant des solutions concrètes notamment en matière de santé mentale pour les enfants.

Un autre volet qui me tient à cœur est l’environnement. A ma petite échelle, je fais tout pour préserver notre précieuse planète, prendre soin d’elle, c’est prendre soin de nous.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Je suis iconographe c’est-à-dire documentaliste photo dans une agence photographique. Je visionne de belles images toute la journée. Côtoyer l’art au quotidien, c’est vraiment une chance.

J’aime ce pouvoir de l’image de figer l’instant pour ne pas oublier. A l’époque des selfies, de l’instantanéité, des réseaux sociaux et de la profusion d’images, j’aime cette faille de la photo argentique, cet « imparfait de l’objectif » comme disait Prévert de Doisneau, les surprises et l’attente aussi qu’elle offre. Sans non plus tomber dans la nostalgie du passé car j’apprécie l’innovation aussi et l’accessibilité qu’elle nous offre.

J’aime la photo humaniste, sa façon de rendre hommage à l’Homme dans sa vie quotidienne, d’apprécier les moments simples. Le monde de la photo, c’est aussi le monde de la rencontre avec l’autre, de l’émotion et de la sensibilité. C’est pour tout cela que j’aime mon métier.

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

Je vais vous parler du monde de la santé mentale pour les enfants car mon fils souffre de bipolarité juvénile.

Je pense que la santé mentale mérite d’être traitée comme la santé physique : prévention, dépistage, diagnostic, prise en charge la plus précoce possible.

Quand un enfant a un cancer, il ne viendrait à l’idée de personne d’attendre pour voir comment cela évolue.

Pourtant aujourd’hui en France, c’est comme cela que cela se passe pour les enfants atteints de troubles psychiques.

C’est scandaleux et c’est de la non assistance à personne en danger. C’est l’éducation parentale qui est systématiquement pointée du doigt en premier. Les signalements et les placements abusifs sont courants.

Pendant ce temps là les troubles progressent… Il faut souvent un événement grave comme une tentative de suicide pour que la famille soit enfin écoutée.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

Le trouble de mon fils m’a permis de mieux me connaître voire de me connaître tout court.

Je porte désormais un regard différent sur le handicap et j’ai beaucoup plus de bienveillance envers les autres en me gardant de jugements trop hâtifs.

On fait souvent ce qu’on peut avec ce qu’on a. Je me suis découverte des ressources que j’ignorais.

La « folie » m’a appris à me dépasser, à me remettre en question et surtout elle m’a permis d’avoir une relation très particulière avec mes enfants car elle nécessite beaucoup de remises en question.

Sans cela je pense que je ne serais pas une si bonne maman. Je suis probablement devenue une meilleure personne par le biais de formidables rencontres grâce à l’Association Bicycle – association qui vient en aide aux familles et aux éducateurs d’enfants et d’adolescents cyclothymiques, bipolaires – et dont j’ai repris la présidence depuis plus de deux ans.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Non, la politique n’est pas un milieu qui m’intéresse.

Si je devais lui adresser un message, c’est de prendre les mesures nécessaires pour faire connaître et reconnaître la bipolarité juvénile et cela avant 15 ans !

D’écouter le savoir expérientiel des familles au travers des associations car, avec une prise en charge précoce et adaptée, le pronostic de ces enfants peut-être très différent ainsi que l’avenir de toute leur famille car il ne faut pas oublier que dans ce trouble tout le monde souffre.

Les troubles bipolaires débutent majoritairement pendant l’enfance, ses manifestations sont différentes de chez l’adulte plutôt chroniques qu’épisodiques, d’installation progressive plutôt que d’apparition brutale.

Adapter les critères diagnostic doit donc être une urgence et une priorité.

Les campagnes actuelles pour le diagnostic précoce sur la bipolarité sont à mon sens incomplètes et donnent une fausse bonne conscience si on ne prend pas le problème à ses origines donc dès l’enfance.

Une page, association ou initiative que tu aimerais faire connaître?

https://www.bicycle-asso.org

Portrait de Lucie Decour

Comme Lucie, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

J’aspire à la liberté, aux voyages, aux rencontres. J’aime être entourée des personnes que j’aime et organiser des fêtes.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Je suis Rédactrice Web (malgré moi) et au final ça me plaît beaucoup parce que j’ai une grande marge de progression. Le sujet est tellement riche ! Je suis donc en mode « in progress ». 

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

Je pense qu’individuellement chacun fait ce qu’il peut mais que collectivement on serait plus fort… 

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

La connaissance de soi, le sentiment d’une liberté et d’un pouvoir infinis (symptômes aigus de manie), la rencontre avec l’humanité de certains soignants, je peine à trouver quand même… 

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Justement, je projette de lui écrire une lettre. J’ai dans l’idée d’aborder la chose sous l’angle de notre intense souffrance qu’il ne pourra jamais expérimenter. Faire le parallèle avec la qualité de la gestion de la souffrance physique et réclamer plus dans les traitements. Je l’avoue, j’aurais tendance à pencher pour les théories du tout biologique (bien que je ne renie pas les effets positifs des approches « softs » de la psychiatrie.) Pour moi la réponse est dans la qualité des traitements pour libérer les malades de l’enfermement psychique.

Une page, association ou initiative que tu aimerais faire connaître?

https://www.udaf16.org/rechercher-une-association/entre-parentaide/

Souffrance psychique, souffrance physique.

Que de fois l’on entend dire que les douleurs psychologiques ne sont pas aussi graves que les douleurs du corps, du cancer, des handicaps physiques.

Peut-on déjà vraiment les comparer ?

Une amie chère, un jour, a véritablement hurlé devant mes yeux ébahis, que mon enfer n’était rien en comparaison aux enfants battus, aux personnes cassées dans leur corps. Je fus qualifiée d’égoïste, et incendiée verbalement alors que j’expliquais mon calvaire.

Quelle surdité, de la part de beaucoup, lorsque vous criez à l’aide, que vos voix vous harcèlent. Alors vous expliquez vous être mutilée, vous être tapée la tête contre les murs, autoagressée.

Mais sans doute est-ce en raison de nos appels successifs, que nous sommes qualifiées de personnes se victimisant !?

L’abandon.

Oui, il y a l’hôpital, lieu d’accueil, que je remercie. Mais ainsi plus de dérangements. L’on n’a plus à voir notre visage clos, vague, ou crispé de tourments, déformé par les cris. La bave au coin des lèvres s’invite aussi.

Nous sommes calmes, l’âme « morphinée » grâce aux pilules d’oubli.

Bien sûr, les plaies du malade psychique ne se voient pas, mais comment peut-on délibérément nous dire de cesser nos larmes torrentielles alors que les douleurs des harcèlements intérieurs sont un brasier de tortures ?

Que l’on nous gave d’antipsychotiques est une chose qui peut se comprendre, vue du côté du corps médical, ou être tolérée un temps, mais ces pratiques nourrissent l’exclusion, l’endormissement tant du dit « malade » que du cercle familial, social.

Toujours, tout va vers le plus fort, le plus combatif, et ces critères sont donnés, à juste titre, aux souffrances physiques, aux cicatrices de l’acte chirurgical, aux douleurs de la chimiothérapie.

Je n’aurais pas ce courage, d’ailleurs, je cesserais de me battre. Mais pourquoi ne veut-on pas entendre, non plus, que les molécules destinées à « soulager » nos terreurs, détruisent notre cerveau, nous mènent vers de grosses pathologies… physiques.

N’est-t-il pas sensé de se dire alors, que pour en arriver là, il fallait bien que l’urgence le nécessite. Oui, je conteste ces méthodes lorsqu’elles sont l’unique moyen, et le critère absolu, mais nos cris de souffrance n’en sont pas moins réels.

De plus, nos traitements nous font dormir. Grossir aussi puisqu’ils sont des inhibiteurs de la satiété. En conséquence, nous sommes vus comme des paresseux, des morfales. Les allocations, qui nous permettent de vivre, nous sont renvoyées au visage comme un sacrifice fait par la société, pour nous, dits « inactifs » ou dépendants.

Je remercie, bien sûr, de recevoir cet argent.

Nos parcours sont des chemins de croix, et l’humanité existe par nous, aussi.

Un être se blesse au corps et hurle de douleur. Nous sommes blessés au cœur, à l’âme, nous le manifestons de la même façon. La différence est que l’on ne voit pas notre fracture, car elle est loin en nous, invisible. Le langage que nous utilisons souvent pour montrer que c’est tout autant l’enfer, est de nous scarifier. Là, la psyché pose son empreinte, sa blessure, alors on voit. Ou pas.

KERIDWEN

(illustration Robot Hugs)

Psychiatrie connectée : le mouchard à avaler.

[starbox id=maladementale]

Keridwen nous partage sa réflexion sur l’Abilify Mycite, comprimé contenant une puce électronique permettant de savoir s’il a été ingéré. Pour les patients ingérables, des mouchards ingérables!

Le rêve américain est psydérant : la puce à avaler, qui traque le risque de non-observance chez la personne schizophrène, ou bipolaire, ou en profonde dépression, est née.

Je suis schizophrène, et bien sûr quelle joie de lire que les géants créateurs de nos hosties bleues, sont tellement soucieux de notre santé mentale, qu’apparut sur le marché Outre Atlantique cette révolution, mue par l’empathie, bien évidemment.

Une lampe est-elle intégrée au système ? Une bande son ? Une caméra ? Une brosse à dents ?

Me revient vaguement en mémoire le conte de cet homme avalé par une baleine, et qui, en attendant de pouvoir sortir de l’estomac, patiente en bouquinant, et s’éclaire à la faible lueur d’une bougie.

Les conséquences de l’ingestion de cette puce sont considérables, et peuvent mener, encore une fois, au décès. Va-t-on comme correcteur nous prescrire le collier assorti ?

Merci, mesdames et messieurs les géants.

Pourquoi toujours l’irrésistible envie de refaire la tapisserie et ravaler une architecture qui contenait à l’origine tout, pour que nous soyons autosuffisants que ce soit métaboliquement ou mondialement ? Le but désormais est de griffer le papier peint pour pouvoir faire appel au décorateur. Créer les poisons de toutes sortes, médicaments, nourriture, polluants, engendrant le mal, puis entretenir une dépendance aux soins modernes toujours plus nombreux. Des addictions sont réelles, mais l’Addiction suprême est de trouver cohérent ce processus, de l’intégrer à l’inconscient collectif en douce et mine de rien.

C’est à l’humanité que la puce Mycite est distribuée, nous sommes un estomac géant.

 La réalité du schizophrène espionné (il est vrai que nous sommes paranoïaques !) par une puce ingérée, pour vérifier son observance, est un symbole.

Nous retrouvons aussi, le besoin, pour la Norme, de soumettre le différent minoritaire à un dictat et le formater. Quel que soit le prix à payer, quitte à tuer, de quelque manière que ce soit. En agissant ainsi, la Norme reste sur son trône et régente.

Il est possible d’être emprisonné à l’extérieur, aussi, et la liberté est d’une relativité exemplaire.

KERIDWEN

Pour aller plus loin :
https://www.humanite.fr/sante-un-mouchard-dans-vos-pilules-645924

La guérison en psychiatrie

Vidéo : En psychiatrie peut-on parler de guérison ? De rémission ? Quel avenir pour le rétablissement ?

Débat animé par Aude Caria. Avec :
– Marie Koenig (Docteure en psychologie, psychologue clinicienne, auteure de l’ouvrage « Le rétablissement dans la schizophrénie »)
– Céline Letailleur (Paire-ingénieure de recherche, chargée de la recherche participative, COFOR)
– Laurent Marty (Anthropologue de la santé, Département de Médecine générale de l’Université Clermont-Auvergne)

Parler de guérison en psychiatrie, ça vous fait sourire ?

A quoi vous fait penser le mot « guérison » ?

La plupart du temps, on s’empêche d’y penser comme si c’était un faux espoir et même un interdit.

Mieux vaut parler de soin et de rétablissement, surtout quand on a connu des rechutes. Se rétablir, dans le sens de mener une vie satisfaisante parmi les autres qu’on soit suivi et médicamenté à vie, tel serait la marche à suivre : un processus d’amélioration plutôt qu’une finalité à atteindre.

Et parler de guérison, ça serait réduire la maladie à une approche médicale, on guérit les maux du corps mais guérit-on les maux de l’esprit?

En même temps, la guérison ne porte-t-elle pas en soi un espoir? Ne connait-on pas nombre d’exemples de personnes diagnostiquées psychotiques qui s’en sont sorties?

A quoi sert le diagnostic précoce tant réclamé si c’est pour devenir un malade chronique et donc incurable ?

La folie, la psychose, serait une structure mentale immuable. La maladie chronique tout autant. On nous parle d’améliorer les stratégies thérapeutiques grâce à la science mais la guérison est-elle de son ressort ?

Retrouver le lien perdu avec le monde, comprendre comment on en est arrivé là pour prendre un nouveau départ, est-ce du ressort de la médecine?

Le soin psychique relève-t-il de la psychiatrie ? Et si oui, dans quel objectif ?

guérison psychiatrie

L’avis de Jules :

Il me semble que le mot « Guérison » cela signifie résolution définitive d’une condition évolutive affectant la santé.

Cela présuppose qu’on soit ‘malade’ au départ.

Cela présuppose l’approche médicale des demandes psychosociales.

Cela présuppose un modèle: le modèle médical du handicap psychosocial.

C’est à dire que le médecin transforme la demande psychosociale complexe d’une personne unique en une maladie médicale.

Ce n’est pas le seul modèle.
Le modèle social basé sur les droits de l’homme est le modèle recommandé par l’ONU (Convention CDPH).

Par rapport à sa demande psychosociale, la personne peut choisir l’approche médicale, mais il existe d’autres approches, par exemple sociales, relationnelles, communautaires, psychologiques, psychothérapeutiques, existentielles ou spirituelles.

Le mot guérison n’a pas de sens en dehors de l’approche médicale, c’est pourquoi la généralisation n’a pas de sens non plus.
Si on tient absolument au concept, on devrait parler de la cessation de l’approche médicale par rapport à une demande psychosociale spécifique sur une durée déterminée.

Par exemple une personne a été étiquetée schizophrène, elle sort de l’hopital, elle réussit son sevrage des neuroleptiques, elle essaie différentes approches, communautaires, psychothérapeutiques, et ne consulte plus jamais un psychiatre ni ne prend aucun médicament. Elle est « guérie » parce qu’elle a cessé de faire confiance aux médecins. 

J’en connais, c’est vrai, les psychothérapies corporelles de résolution des traumatismes (transe respiratoire, travail sur les émotions, travail sur le corps) cela marche pour certaines personnes, il n’y a plus de motif de consulter mais à la place clarté et sérénité. Vraiment, cela vaut le coup, et les personnes ne sont pas informées que c’est possible.

Commentaire de Jules Malleus sur Facebook

Un regard critique sur la psychothérapie institutionnelle d’aujourd’hui.

La psychiatrie est en état d’urgence. Le nombre d’individus en souffrance psychique ne cesse de croître.

Ici et là, le personnel soignant se met en grève, dénonçant le manque de moyens de ce secteur considéré comme « parent pauvre » de la médecine.

Dans ce contexte de crise majeur, quelques îlots sont considérés comme derniers bastions d’une psychiatrie humaniste : ceux où est pratiquée la « psychothérapie institutionnelle ».

Monument à elle seule, eu égard par exemple au foisonnement d’écrits produits à son sujet et ce, depuis sa création dans les années 50, elle fait figure d’ « intouchable ».

Pourtant ici ou là, on peut trouver quelques très rares écrits osant décrire sa lente dérive.

« Fini la résistance, l’art, la philosophie, mai 68, les textes inédits, la réflexion, la remise en cause permanente…vive les certitudes, les reprises, les jugements, le cinéma d’auteur et les légumes bio de l’AMAP » peut-on lire dans un texte, sur ce site même.

Hormis leur cadre idyllique, les cliniques de Loir et Cher ne sont plus que l’ombre pâlie de ce qu’elles, sans doute, furent…

Une ambiance rendue pesante par l’amoncellement des non-dits, l’absence de réelle prise en compte de la parole des « soignés » (et à plus forte raison lorsque celle-ci est critique), tout cela contribue à produire une atmosphère figée où dans la plupart des cas, les patients n’entrevoient pas d’autres alternatives que celle de la résignation.

Dans ce contexte, seule l’offre culturelle fait figure d’échappatoire. Et elle y est là, omniprésente, au détriment de la réflexion.

Il vaut mieux ne pas tenter de parler hors des lieux estampillés « de soin », que sont les cabinets des divers psychiatres. Les moniteurs sont bien trop affairés à « gérer » les affaires courantes, ménage y compris, pour prendre le temps de l’écoute.

Et pourtant, Jean Oury disait : « Soigner les malades sans soigner l’hôpital, c’est de la folie ».

De nombreux patients connaissent cette phrase célèbre, du moins dans son essence. Alors ils s’interrogent : « Oui, mais qu’est-ce qui est mis en place pour la soigner, la clinique ? (ou l’hôpital…).

Réponse : le Club (thérapeutique)…  Le Club ? Rien à voir dans le réel avec un lieu de soin concernant l’hôpital lui-même…

Et voici d’ailleurs ce qu’on peut lire dans le même texte du site : « Les clubs thérapeutiques ressemblent trop aux professionnels (…). Ils (les clubs) rendent particulièrement lisibles aux soignés les désirs des soignants qui y participent ».

Et pourtant… même si la pratique est loin d’en être généralisée à toutes les institutions, il existe encore ici ou là des lieux où l’on fait appel à des intervenants extérieurs pour régler les inévitables conflits inhérents à toute vie institutionnelle.

Alors, telle une famille repliée sur elle-même, où règne le vieil adage qu’il vaut mieux laver son linge sale en famille, la P.I. a depuis longtemps pris le chemin d’un repli sur soi qu’on peut qualifier de quasi-paranoïaque.

En effet, qu’est-ce que les lieux en question ont à redouter des pouvoirs publics actuels ?

La psychanalyse n’y fait plus qu’office de vernis de façade. Là comme ailleurs l’industrie pharmaceutique y est aussi ancrée que dans n’importe quel hôpital psychiatrique lambda.

Et contrairement à l’hôpital public sommé d’accueillir n’importe quel patient, ce n’est pas le cas de la plupart des cliniques P.I. Les patients qui se révèlent dangereux sont priés d’aller se soigner ailleurs.

Tout au plus lui reproche-t-on d’être un lieu de vie, plutôt qu’un lieu de soin.

Et planent alors sur les patients comme une sourde menace : « Vous n’êtes pas contents ? Allez donc voir comment les choses se passent ailleurs… Et revenez donc parler des contentions que vous aurez subies ».

Et silence radio sur les « piqûres retard » imposées et autres soins où l’assentiment éclairé du patient fait figure de vœu pieux.

« La pratique de la psychothérapie institutionnelle, ça évoque parfois plus de l’incestuel qu’un espace de transition » peut-on lire toujours dans le même texte.

A présent et peut-être depuis toujours, c’est donc de médiation qu’il devrait être question. A savoir introduire « du tiers », là il où il fait cruellement défaut. Et « à défaut », ce sont par exemple les stagiaires sitôt arrivés que déjà partis, qui remplissent cet office. C’est à eux que les patients osent confier leurs griefs. Mais le stagiaire/confident parti, ce sont des paroles qui resteront comme autant de lettres mortes.

Il est pourtant plus que temps que les cliniques de psychothérapies institutionnelles acceptent elles aussi, d’accueillir et d’entendre les revendications pourtant claires de nombreux patients : De l’écoute ! (et pas que des gouttes).

Et l’écoute ne devrait être réduite à sa plus simple expression, à savoir la seule écoute concernant le récit de la quotidienneté, sous fond de discrète surveillance.

Être à l’écoute des mouvements psychiques d’un être, repérer les non-dits et les répétitions qui jalonnent son discours et sa vie, c’est avoir foi dans les effets curateurs d’une parole libérée, cœur vivant du soin.

Mais combien de temps encore l’étendard « Tosquelles » sera-t-il déployé, pour faire barrage à toute remise en cause de l’ordre établi ?

Ici comme ailleurs les temps glorieux sont utilisés pour faire taire toute parole qui pourrait pourtant être porteuse d’une sève nouvelle. Rien de nouveau sous le soleil…

Mais nous ne sommes pas des imbéciles. A l’ombre des châteaux, les gueux, un jour ou l’autre, porteront haut leur espoir d’un renouveau.

Marie

Un monde sans psy ?

Une réflexion personnelle en écho au documentaire Un monde sans fous ? de Philippe Borrel.

Quand on ne va pas bien, on nous dit toujours d’aller voir un psy. Et souvent, par peur et par fierté, on n’y va pas.

Parce que demander de l’aide à un psy, c’est reconnaître qu’on a un problème. Et, dans notre société, mieux vaut ne pas montrer de fragilité surtout mentale car on pourrait nous prendre pour un fou.

Celui qui va chez le psy, c’est le maillon faible, celui qui ne supporte plus son environnement, non pas seulement parce qu’il a un problème dans sa tête mais peut-être aussi parce que collectivement, dans sa famille ou sa communauté, quelque chose ne tourne pas rond. C’est l’idée que chaque personne en souffrance incarne un malaise social. C’est une souffrance dans le sens où on est en rupture avec notre entourage et qu’on ne trouve pas notre place parmi les autres.

On imagine aussi qu’aller voir un psy c’est réservé à une élite, à ceux qui en ont les moyens et ça peut même être branché de dire qu’on va chez son psy.

Je ne te ferai pas ici l’éloge du psy, je voudrais plutôt interroger la peur et le rejet que peut inspirer tout ce qui est « psy » et imaginer un monde sans psy.

Un monde sans psychose, par exemple, mais avec des états de conscience altérée qui témoignent d’une histoire de vie où le psychotique ne serait pas l’incurable mais une personne en quête de changement, pour qui ses expériences, ses émotions et ses pensées ne sont pas que des symptômes d’une pathologie.

Un monde sans psychiatre mais avec des soignants de l’âme qui savent dialoguer, désamorcer une situation et user modérément de médicaments psychotropes avec le consentement éclairé de la personne.

Un monde sans hôpital psychiatrique puisque personne ne veut finir chez les fous et, du coup, plus de services fermés, ni de chambre d’isolement, ni de contention.

Un monde sans psychothérapie institutionnelle, serait-ce un monde où on s’arrêterait de penser les lieux de soins et où on se contenterait d’une explication biologique de la souffrance?

Est-ce que la maladie mentale est une maladie du cerveau inventée par les neuropsychiatres pour se faire de l’argent ?

Un monde sans psychisme, ne serait-ce pas aussi un monde sans rêves ni inconscient? Quelle place pour la psychanalyse, pour l’interprétation et la mise en sens du passé comme du présent, est-elle encore opérante et peut-elle nous aider à nous émanciper?

Et que faire de la psychoéducation ou de la réhabilitation psychosociale, sont-elles réellement des inventions pour redonner au psychiatrisé un pouvoir sur la maladie et une place dans la société?

Si on t’a dit d’aller voir un psy, c’est sûrement un psychologue, c’est peut-être une bonne chose que de pouvoir déposer ton vécu avec une personne formée à l’écoute, mettre des mots et dénouer une souffrance qui pourrait s’aggraver. Et quand c’est grave, on appelle le psychiatre, qui contrairement au psychologue, peut te prescrire des médicaments pour apaiser l’angoisse.

Dans un monde sans psy, le médecin généraliste serait en première ligne. Si tu fais une dépression sévère, il te prescrira des antidépresseurs et te conseillera d’aller voir un thérapeute. Du coup, tu tomberas sur des gens formés à l’écoute et aux relations interpersonnelles ou alors à des techniques plus comportementales pour t’aider à résoudre des situations bloquantes.

Quand on traite uniquement les comportements ou les symptômes « sans psy », on cherche à objectiver un problème et à le régler par un exercice, un protocole ou un médicament. La psy, elle, est un défi pour la science et la neuroscience car la psy s’intéresse à la personne et pas qu’au cerveau. La psy parle à l’humain pendant que le scientifique ne cherche souvent qu’à identifier, quantifier, diagnostiquer et éradiquer un problème.

Politiquement, c’est assez contradictoire, car on cherche à développer le pouvoir d’agir des usagers en santé mentale tout en dévalorisant ce qui n’est pas quantifiable comme le soin non-médicamenteux ou la parole. Les usagers doivent participer et s’exprimer dans des lieux où leur parole est niée. 

Et si on est capable de compter le nombre de chambres d’isolement ou de contentions mécaniques effectués, pourquoi ne pas simplement abolir ces pratiques et fixer un objectif de tolérance zéro en maltraitance?

Outre la peur du citoyen envers la psy, il y a la peur du personnel soignant envers l’imprévisibilité et la violence des patients. Car dans un monde sans psy, sans psychodynamique ni psychopathologie, il ne reste plus que la psychodynamite qui explose quand le temps, l’envie, la confiance, le sentiment d’être en sécurité et le collectif sont défaillants au sein d’une équipe soignante.

Un monde sans psy, ça coûte sûrement moins cher au Ministère de la santé, on s’appuiera alors sur les accompagnateurs, les aidants et pair-aidants, les facilitateurs, les conseillers d’insertion et animateurs comme pour oublier l’existence même de cette dimension psy qui reviendra sur le devant de la scène uniquement au prochain fait divers ou à la prochaine crise. Et là on dira d’un tel qu’il était fou ou qu’elle était folle et que c’est comme ça, il n’y a rien à comprendre ni à espérer de ces gens-là

La Trame ouvre ses portes à Saint-Denis!

La Trame est un lieu d’accueil, d’orientation et d’échange pour les personnes en souffrance psychique et sociale, leurs proches et les professionnels du Nord-Ouest de la Seine-Saint-Denis.

Un local lumineux ouvert sur la ville qui propose de tisser les liens sur le territoire de la Seine-Saint-Denis en complément des Groupes d’Entraide Mutuelle (GEM), d’apporter un soutien social dans les démarches administratives et un soutien moral autour d’un café.

L’équipe de la Trame propose de vous recevoir avec ou sans rendez-vous, du lundi au vendredi, pour vous informer, vous orienter et échanger avec vous autour de vos interrogations et de vos difficultés.

La Trame vous rencontre sur rendez-vous ou sans rendez-vous lors des permanences ouverte au local du 6, rue du 4 septembre 93200 Saint-Denis selon les horaires suivants :
Mardi – 14h/19h
Mercredi – 14h/17h
Jeudi – 14h/17h

Participer à la vie de La Trame

Si vous souhaitez participer à la vie de La Trame, un temps d’échange est organisé le jeudi de 15h30 à 17h. Le local de La Trame est aussi un espace ressource spécialisé avec de la documentation, des brochures, des livres et des revues, consultables sur place ou disponible à l’emprunt.

Sur le territoire

  • Une assemblée un lundi par mois en alternance à la Maison de la Vie Associative de Saint-Denis ou au Centre Social Nelson Mandela d’Epinay-sur-Seine.
  • Bruit de couloir, une émission de radio hebdomadaire le jeudi après-midi.
  • Les Paysages de la Folie et autres événements publics sur le territoire.
  • Des interventions impliquant des pairs-aidants autour des activités de La Trame dans les universités, les centres de formation et autres dispositifs sanitaires, médico-sociaux et sociaux.

Contacts

Local de La Trame 
6, rue du 4 septembre 93200 Saint-Denis
Métro Ligne 13 Porte de Paris
Tram 8 Square de Geyter
Téléphone : 01 70 32 22 53
Mail : latrame.aplainevie@lamayotte.fr
Blog: latrame93.wordpress.com