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Portrait de Chouchou

Comme Chouchou, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

Les gens qui ricanent avec moi. Les belles choses, mes chats…

Le rire en toute situation. Pleins de sujets d’intérêt…

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Mon métier m’apporte sur le plan humain. Il est bien payé pour des taches que je maîtrise aujourd’hui, dont certaines répétitives.

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

Je pense qu’il est rempli aujourd’hui de psychiatres-mercenaires qui prennent 44 € pour 15 min de consultation (en ville, dans mon cas). Qui se contentent de prescrire des médicaments, mais qui ne réalisent plus de psychothérapies.

Du coup pour ce faire, il faut voir un psychologue et le payer de sa poche.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

Le fou c’est l’autre, pour paraphraser Sartre, et à ce titre il reflète certains dysfonctionnement sociétaux, éducatifs, culturels…

Et ce qui amusant, c’est qu’en fait, il y a finalement autant de fous que de réalités. C’est l’uniforme pseudo-vérité qui le fait peur, à moi.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Non, je ne pourrais pas œuvrer pour le bien des lobbies, oubliant les malades. Je suis déjà de l’autre côté du miroir…

Et je pense difficile de rester intègre et congruent en politique. C’est proprement antinomique selon moi.

Un COFOR de Paris

Par et pour les pairs parisiens, un centre de formation au rétablissement en santé mentale doit ouvrir à Paris dans les prochains mois (vraisemblablement en septembre 2020 ou en janvier 2021).

Il vise la récupération du pouvoir d’agir des personnes concernées par des troubles psychiques. Un pouvoir d’agir sur elles-mêmes et sur les autres par la prise de conscience de leur capacité à influer sur elles et de leur capacité à s’extirper intellectuellement des modes de pensées imprégnés en elles par les dispositifs psychiatriques fermés ou ouverts sur la cité.

Le centre de formation parisien est avant tout pensé dans une parfaite autonomie des pairs par rapport aux professionnels de la psychiatrie et de la santé mentale.

Les participants au COFOR de Paris peuvent être à la fois pairs-aidants formateurs, pairs-aidants auditeurs, ou simplement dans l’un des deux rôles. Tous ensemble, ils constituent le noyau d’un groupe autogéré de personnes actives décidant d’agir pour elles, par elles-mêmes dans un dialogue constant avec les professionnels mais avec la force du collectif.

Le COFOR se base sur les savoirs issus de l’expérience de vie de chacun, son expertise de vie fait de chaque pair une personne à même de communiquer son savoir expérientiel aux autres pairs et la formalisation de ce savoir permet par le partage la reconnaissance des savoirs et des capacités à agir de chacun qui lui sont propre et issu de sa propre trajectoire de vie.

L’échange sous forme d’ateliers animés par les pairs pour les pairs permet l’horizontalité dans le fonctionnement et l’équité de la démarche. Chaque pair peut être animateur d’un module de formation basé sur son expertise d’expérience, il peut également rester pair auditeur et participer aux ateliers simplement en acteur d’échange.

Les ateliers pourront mener à la création d’outils pratiques et techniques de rétablissement et d’empowerment validés scientifiquement. Des recherches pourront également être adossées au projet.

Le COFOR de Paris devrait ouvrir fin 2020 et s’ouvrir à une vingtaine de personnes concernées par la pair-aidance en santé mentale. Comme des fous constitue le partenaire initial du COFOR qui reste ouvert à des partenariats opérationnels nouveaux.

Que la folie d’autrui soit ta sagesse.
Proverbe allemand ; (1827)

Portrait de Noimar

Comme Noimar, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

Inspirations : tout le monde. Mais avant tout les personnes élévatrices.

Aspiration : l’acceptation.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

J’étais chef de projet de mes 22 à mes 26 ans dans un grand groupe publicitaire.

J’ai arrêté lorsque je me suis rendue compte que je passais de mauvaises journées, et que le travail représentait au moins 10h des dites journée.

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

Il est complexe et non-figé. La connaissance du sujet par le corps médical et l’accompagnement me semblent inadaptés et bourrés de classifications néfastes.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

Créativité, imprévus, recul, liberté sociétale (regard des autres).

(joie ?)

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

De ne jamais dévoiler au grand jour l’absurdité absolue et l’absence d’une réalité unique inhérente à la vie (=chaos).

« Délire et désir », création radiophonique avec Gilles Deleuze [2H51min]

Nous vous convions à écouter ici une archive radiophonique de 1972 sur le thème du délire et du désir par Gilles Deleuze. La création dure deux heures. Ici Gilles Deleuze remet en question les théoriques de la psychanalyse et l’institution psychiatrique. Bonne écoute.

« L’Anti-coercition n’est pas l’Anti-psychiatrie » par Thomas Szasz

Antoine Fratini nous propose ici une traduction d’un texte de Thomas Szasz paru dans The Freeman, 58: 26-27 Mai 2008.

Si pour beaucoup la coercition est inhérente à la psychiatrie, Szasz montre que l’anti-psychiatrie anglaise n’était pas forcément anti-coercitive et qu’il est difficile pour un professionnel de renoncer à la coercition (et à la contrainte) sans être taxé d’anti-psychiatre.

Szasz, psychiatre et psychanalyste, auteur du Mythe de la maladie mentale, est connu pour son lien avec la Scientologie et la CCDH qu’il adoube car elle dit lutter contre les abus psychiatriques même s’il précise :

« Eh bien, je me suis affilié à cette organisation longtemps après avoir été reconnu en tant que critique de la psychiatrie, appelée Commission des citoyens pour les droits de l’homme, car ils étaient alors la seule organisation et ils sont toujours la seule organisation qui avait de l’argent et qui avait accès à des avocats et qui était actif dans les efforts pour libérer les patients psychiatriques incarcérés dans des hôpitaux psychiatriques qui n’avaient rien, qui n’avaient commis aucun crime, qui voulaient sortir de l’hôpital. Et cela était pour moi une cause très valable; c’est toujours une cause très valable. Je ne crois pas plus à leur religion ou à leurs croyances que je ne crois aux croyances d’aucune autre religion. Je suis athée, je ne crois pas au christianisme, au judaïsme, à l’islam, au bouddhisme et je ne crois pas à la scientologie. Je n’ai rien à voir avec la Scientologie. »

Thomas Szasz, 2009

« Le terme anti-psychiatrie fut créé en 1967 par le psychiatre sud-africain David Cooper (1931-1986) et par le psychiatre écossais Ronald Laing (1927-1989). Au lieu de donner une définition précise du terme “anti-psychiatrie” ceux-ci affirmèrent: “Nous avons nourri tant de rêves à propos d’un idéal de communauté psychiatrique, ou plutôt anti-psychiatrique”. Ce “nous” étaient Cooper, Laing et leurs élèves américains Joseph Berke et Leon Redler.

“La clé pour la compréhension de l’anti-psychiatrie”, explique le psychothérapeute existentiel anglais Digby Tantam, “est que la maladie mentale est considérée un mythe (Szasz, 1972)”. Hélas, ce n’est pas vrai.

Beaucoup d’anti-psychiatres rejettent le modèle médical de la psychiatrie, mais continuent à concevoir les problèmes humains ainsi que les tentatives de les résoudre en faisant largement usage de la terminologie médicale et, ce qui est encore plus important, en ne s’opposant pas à la coercition “thérapeutique”.

Les psychiatres sont engagés en de multiples pratiques troubles dont la plus importante reste la défense de l’insanité mentale. Les anti-psychiatres n’ont pas vraiment affirmé ceci dans leurs textes, mais l’exemple de la fameuse expertise médico-légale que Laing fit à propos du cas John Thomson Stonehouse (1925-1988), un ministre travailliste anglais accusé de fraude fiscale, est plutot significative à ce sujet. Quand les autorités furent sur le point de l’arrêter, Stonehouse organisa son propre suicide. Le 20 novembre 1974 il laissa quelques vêtements dans le lieu où il se trouvait, à Miami Beach, et s’enfuit. Donné pour mort, il partit pour l’Australie dans l’espoir de se refaire une nouvelle vie avec sa maitresse et fut arrêté par hasard à Melbourne, déporté en Grand Bretagne avec de 21 chefs d’accusation sur le dos.

Stonehouse plaida non coupable pour des raisons d’insanité mentale et fut condamné à sept ans de prison. Afin de supporter la thèse de son insanité mentale il engagea les services de cinq psychiatres. Laing, qui fut un de ceux-ci, affirma sous jurement que son client était malade au moment de commettre les délits. Dans son livre Mon procès Stonehouse écrit: “Le Dr. Donald Laing… a mis en évidence ma condition de malade mental. Il a affirmé… l’existence d’une dissociation de la personnalité en plusieurs parties et diagnostiqué une psychose réactive”.

Mais Laing ne connaisssait point son client avant le procès et ne pouvait donc pas connaitre la condition mentale dans laquelle il se trouvait au moment de commettre ses méfaits. Le diagnostique de Laing fut un expédient psychiatrique classique, précisément le genre de charlatanerie qu’il il prétendait combattre. Laing et Stonehouse furent tout simplement des menteurs.

La célébrité de Laing est liée à son rôle d’empereur de Kingsley Hall, “maison-famille” fondée par lui et ses acolytes. Cette institution a été promue comme un lieu de cure où toute personne ayant été diagnostiquée schizophrène peut être sure de ne pas être emprisonnée ni remplie de médicaments contre sa propre volonté. La vie quotidienne à Kingsley Hall était basée sur la fiction selon laquelle tous les “résidents” étaient égaux et que personne n’était patient ni praticien. Le psychiatre américain Morton Schatzman, qui avait choisit de vivre à Kingsley Hall pendant un an, affirme: “Aucune des personnes vivant à Kingsley Hall considère les figures professionnelles comme étant extérieures à la structure et les internes comme des patients”. Il s’agit là d’un mensonge caractéristique de l’anti-psychiatrie, tout comme le mensonge qui fait de la privation de la liberté une cure, caractérise la psychiatrie.

L’écrivain américain Clancy Sigal (né en 1926) se rendit à Londres pour devenir un patient de Laing. La “thérapie” se conclut rapidement, les deux se lièrent d’amitié et partagèrent des expériences psychédéliques en assumant du LSD. Sigal, qui était l’un des co-fondateurs de Kingsley Hall, changea d’avis à propos de la communauté de Laing, spécialement après avoir découvert que Laing et compagnie, malgré leurs prédications en faveur de la non-violence, pratiquaient la violence.

De retour aux USA, Sigal écrivit un livre ravageant envers Laing et son culte. « Zone of the interior » fut publié aux USA en 1976. En utilisant la menace des lois britanniques sur la diffamation, Laing réussit à en empêcher la publication dans le Royaume Uni jusqu’en en 2005. Sigal écrit: “En septembre 1965, pendant les grandes vacances juives, j’ai eu une crise schyzophrènique… ou une espèce d’expérience transformante, selon les points de vue. Cette crise n’était pas advenue en privé, mais devant vingt ou trente personnes un vendredi soir de shabbat à Kingsley Hall… La notion sur laquelle se basait la communauté est que la psychose n’est pas une maladie, mais un état mental de trance à considérer comme facteur curatif”.

Dans un interview successif à la publication du livre en UK, Sigal décrivit en ces termes sa folie à deux avec Laing: “Nous nous échangions les rôles, lui devenait patient et moi thérapeute, et assumions du LSD ensemble… Laing et moi avions fait un pacte diabolique. Nous devenions schizophrènes dans notre attitude envers nous mêmes et envers le monde… (une) nuit, après avoir laissé Kingsley Hall, certains médecins qui s’étaient convaincus que je voulais me suicider arrivèrent à toute allure dans mon appartement et me subministrèrent une dose massive de Largactil (Thorazine), un sédatif à action rapide utilisé dans les hôpitaux psychiatriques. Conduits par Laing, ils m’amenèrent à Kingsley Hall… La dernière phrase dont je me souvienne est “Vous bâtards, vous ne savez pas ce que vous faites”.

Sigal s’enfuit de Kingsley Hall, retourna aux USA et publia enfin son roman en 1975. La publication en UK fut stoppée par una action légale de Laing. La saga de Sigal devait devenir le sceau ultime posé sur le cerceuil de la légende selon laquelle Laing fu un opposant des pratiques coercitives liées à la psychiatrie.

Quand en 1976 le livre de Sigal fut mis en commerce, Laing aurait déjà pu être jugé et puni, Kingsley Hall aurait pu être fermé comme hôpital psychiatrique et la légende de Laing “sauveur des schizophrènes” aurait pu s’effondrer définitivement. Shakespeare avait raison: “Le mal que les personnes font vit après eux”.

La Fin de Kingsley Hall

Le chaos a Kingsley Hall dura moins de cinq ans. Hélas, le terme malheureux “anti-psychiatrie” survécu, bien que Cooper et Laing savaient qu’il fut inéxact et trompeur. Dans un interview vers la fin de sa vie, Laing se rappela d’avoir dit à Cooper: “David, le fait de devoir répudier ce terme est un foutu désastre. Mais il avait un côté trompeur qui a finit par nous confondre”.

Comme conséquence de la terminologie anti-psychiatrique, et contrairement à n’importe quel autre médecin spécialiste, les psychiatres peuvent désormais repousser les critiques adressées aux différents aspects de la pratique psychiatrique en nommant ces derniers “anti-psychiatriques”. L’obstétricienne qui refuse de pratiquer l’avortement n’est pas stigmatisée “anti-obstétricienne”. Le chirurgien qui refuse de pratiquer les opérations de changement de sexe n’est pas classé “anti-chirurgien”.

Mais le psychiatre qui refuse la coercition ainsi que les pseudo-légitimations qui y sont attachées est appelé “anti-psychiatre”. Le résultat est que tout médecin sauf le psychiatre est libre d’accepter ou de ne pas accepter les procédés particuliers qui offensent ses propres principes moraux ou plus simplement les pratiques qu’il préfère ne pas mettre en acte.

Pourquoi le psychiatre est en fait privé de sa liberté? Parce que en psychiatrie le paradigme de la pratique (enfermer les patients considérés dangereux pour eux-mêmes ou pour les autres) est la cure médico-légale standard. La déviation par rapport à tel standard suscite des controverses légales et expose le psychiatre au risque du retrait de son autorisation à la pratique médicale. »

Traduit de l’anglais par Antoine Fratini

Bibliographie choisie

Le Mythe de la maladie mentale (The Myth of Mental Illness: Foundations of a Theory of Personal Conduct), 1961

L’Éthique de la psychanalyse (The Ethics of Psychoanalysis: The Theory and Method of Autonomous Psychotherapy), 1965

Fabriquer la folie (The Manufacture of Madness: A Comparative Study of the Inquisition and the Mental Health Movement), 1970

Idéologie et Folie : essais sur la négation des valeurs humanistes dans la psychiatrie d’aujourd’hui (Ideology and Insanity: Essays on the Psychiatric Dehumanization of Man), 1970

L’Âge de la folie (The Age of Madness: A History of Involuntary Mental Hospitalization

Karl Kraus et les docteurs de l’âme : Un pionnier et sa critique de la psychiatrie et de la psychanalyse (Karl Kraus and the Soul-Doctors: A Pioneer Critic and His Criticism of Psychiatry and Psychoanalysis), 1976

La Schizophrénie : le symbole sacré de la psychiatrie (Schizophrenia: The Sacred Symbol of Psychiatry), 1976

La Théologie de la médecine : fondements politiques et philosophiques de l’éthique médicale (The Theology of Medicine: The Political-Philosophical Foundations of Medical Ethics), 1977

Le Mythe de la psychothérapie (The Myth of Psychotherapy: Mental Healing as Religion, Rhetoric, and Repression), 1978

The Therapeutic State: Psychiatry in the Mirror of Current Events, 1984

Pharmacratie : médecine et politique, l’État thérapeutique (Pharmacracy: Medicine and Politics in America), 2001

My Madness Saved Me: The Madness and Marriage of Virginia Woolf, 2006

Coercion as Cure: A Critical History of Psychiatry, 2007

Suicide Prohibition: The Shame of Medicine, 2011

Ma lettre au Père Noël concernant la psychiatrie

J’ai fait ma lettre au Père Noël concernant l’hôpital psychiatrique !

« Cher Père Noël,

En ce moment c’est pas rigolo en France, y a pleins de gens dehors qui ne sont pas contents, les grands disent qu’ils manifestent car ils aiment pas ce que fait le grand méchant loup ! Il fait croire qu’il est Mère Grand et en fait non !

Y a une dame aussi qui s’appelle Madame Wonner, elle aussi, elle dit des choses pas très gentilles, pourtant avant elle soignait les bobos qui sont dans la tête, et bein depuis que cette dame a comme ami le grand méchant loup et bein je crois qu’elle a perdu la tête ! et en plus c’est dommage pour elle, car il va la manger tout cru !

Père Noël, je veux que les gens qui ont des bobos dans la tête soient dans une jolie maison avec un grand jardin, des jolies chambres, et une salle où ils pourront crier, sauter, rigoler, faire un caca nerveux en tapant des pieds, des mains, s’allonger par terre, hurler… et sans se faire engueuler, sans se faire attacher, car on m’a dit que c’est Normal d’exprimer ses émotions.

Et les personnes qui soignent les bobos de la tête, même eux pourront aller dans cette salle pour se défouler,  et c’est Normal ! Même eux ils doivent exprimer leurs émotions ! On n’est pas des robots !

Y a des personnes qui n’aiment pas le Monsieur qui s’appelle Freud, ni M. Lacan, ni Jean Oury, ni Tosquelles… et y’en a d’autres qui n’aiment pas qu’on utilise des médicaments, d’autres qui n’aiment pas les machines pour reprogrammer comme un jeu ce qu’il y a dans la tête, et puis y a encore pleins  d’autres choses !

Et bein moi, j’aime choisir les ingrédients de mon gâteau ! Y’en a qui vont aimer le chocolat, d’autres la fraise, la vanille…

Moi, j’aime pas qu’on me force à manger un gâteau à la vanille, car un jour j’ai vomi un yaourt à la vanille et après j’ai plus voulu en manger… et ça c’est réel ! et c’est pas dans mon imagination !

Alors voilà Père Noël, tu pourras offrir aux adultes un miroir ?

Merci. »

Djamila

Portrait d’Altolune

Comme Altolune, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

Les grands espaces sans humains, comme la mer et la haute montagne, la musique classique instrumentale, le feu et le chocolat. Les romans et le cinéma. Les enfants qui se racontent des histoires. Se laisser glisser dans le sommeil ou sur des pentes neigeuses en respirant l’air frais. Les odeurs de thyms, de bois, d’humus, de neige, de mer, de chocolat.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Mon métier n’est pas vraiment un métier. Je passe beaucoup de temps à écouter, à analyser, à rêver, à penser, à faire des vagues, à lire, à écrire.

J’aime tout cela. Ce qui est dur, c’est qu’il n’y a aucune certitude, seulement des paris, des rencontres, et chaque fois, l’incertitude qu’il se passe un peu quelque chose, dans le bon sens de la pente !

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

C’est un monde stigmatisé, qui a été mis de côté, comme toujours dans son histoire, mais de manière plus cruelle qu’à d’autres époques, car sous couvert d’intégration, il nie la différence.

Il fait de cette différence un handicap à rééduquer, au lieu d’accueillir cette différence, et de créer des ponts pour partager sans se blesser ces différences.

Les soignants, pour une part sont des gens engagés, passionnés, mais qui ne peuvent que s’épuiser, si la société ne change pas son regard en mettant en place une politique nouvelle, qui ne cherche pas le gène à éliminer, le symptôme à éradiquer, mais comment faire avec nos gènes, comment nos symptômes peuvent se mobiliser pour être vivables avec les autres et dans la cité.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

La folie est dans son aspect de liberté et de création source d’inspiration.

Son intensité est également inspirante, car elle garde intacte la lucidité de notre finitude et de l’éphémérité des instants.

Sa souffrance ne doit pas être minimisée et méprisée. Il faut pouvoir aller vers ceux qui ont leur grain de folie, et leur montrer qu’en étant plus tempérée, elle sera magnifique, leur donner aussi le goût pour les aspects normatifs qui créent de la sécurité à vivre, et à vivre avec les autres.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Je ne pourrais, pas, car il faut avoir une dose de narcissisme et d’illusions que je n’ai pas. Il faut aussi aimer travailler avec les autres et pouvoir s’appuyer sur leurs expertises et propositions.

Un ministre de la santé devrait être un ancien soignant qui a en outre de l’ambition, assez d’utopie pour vouloir changer le monde de la santé, et assez de normalité pour séduire ceux qui détiennent le pouvoir économique et décisionnel pour mettre des moyens pour la santé et la santé mentale en général.

Plus de lits dans les hôpitaux avec des séjours plus longs, plus de moyens pour les associations au cœur des cités qui créent du lien et des activités qui maintiennent la santé psychique.

Sur la réponse psychiatrique et l’anti-psychanalyse

J’aimerais mettre en débat la question de la réponse psychiatrique aux états de conscience altérée et celle de la psychanalyse.

Je suis tombé sur une pétition de Sophie Robert, signée notamment par la député Martine Wonner, qui réclame une justice sans psychanalyse et qui démarre son propos ainsi :

« Nous affirmons que la psychiatrie est une discipline médicale, fondée, comme la psychologie, sur des connaissances scientifiques, devant s’exercer dans le respect du patient et la recherche de son mieux-être, conformément au code de santé publique et au code de déontologie des professionnels de la santé mentale. L’exercice de la psychanalyse à titre privé, pour des requêtes d’ordre existentiel ou philosophique, n’est pas critiquable, sous réserve que cela n’ait pas de conséquences pour la santé physique ou psychique de la personne. Face aux troubles mentaux, cependant, d’autres exigences s’imposent. Notre premier devoir est de proposer un accompagnement adapté, fondé sur les preuves et les données acquises de la science. »

Partons du début : la réponse psychiatrique aux troubles mentaux. Quand quelqu’un décompense ou fait une crise relevant de la psychiatrie, on le fait hospitaliser rarement de son plein gré, surtout la première fois. Toute personne troublée, ne se sachant pas troublée, est dans ce que le monde qui l’entoure appelle le déni. Plongée dans sa réalité, la personne commence à paniquer et entraîne la panique chez les autres. Pour éviter qu’elle se mette en danger ou en cas de tentative de suicide, on l’envoie en psychiatrie, pour la protéger.

Premier problème, la personne paniquée a peur et la réponse à ceci serait de la rassurer, prendre le temps de l’apaiser avant même d’envisager l’injection ou la prise d’un calmant. Mais la réponse psychiatrique, c’est la mise en protection, on coupe la personne de son environnement anxiogène. Bonne idée, si c’est pour l’apaiser ou la faire dormir un peu. Ce qui se passe, en réalité, c’est que le principe de sécurité prévaut sur le bien-être du patient. S’il arrive agité aux urgences, on l’attache avec des sangles. S’il arrive agité à l’hôpital psychiatrique, on le met en chambre d’isolement, pour le couper des autres patients et éviter tout débordement. Qu’est-ce qui autorise à priver quelqu’un de sa liberté d’aller et venir et à l’enfermer sans chercher à le raisonner ? La psychiatrie et l’expertise du psychiatre.

Oui, la personne est malade. Oui, il faut la soigner. Mais pourquoi l’enfermer alors qu’elle flippe à mort ? Ayant vécu cette expérience et le traumatisme de l’enfermement, je dirais que ce qui manque c’est le dialogue et la tentative de nouer un lien dès l’accueil. C’est comme si on attendait que les médicaments injectés de force fassent leur effet avant d’entamer le soin ou, en tout cas, le dialogue.

Le dialogue, ce n’est pas très scientifique, mais c’est ce qui soigne dans les troubles mentaux. Effectivement, les médicaments peuvent apaiser l’anxiété, c’est scientifique, ils peuvent aussi arrêter la machine quand on cogite trop, mais ce sont des réponses à l’état de crise. La psychiatrie semble n’être là que pour gérer la crise, comme elle peut. D’où l’impression d’être traités comme des bêtes sauvages, clairement comme des fous, à l’hôpital. L’ambition thérapeutique de l’hospitalisation a été mise de côté.

Comment ça serait, alors, de traiter les patients comme des êtres humains et de les faire parler dans un but thérapeutique ? En fait, ce n’est peut-être pas scientifique, mais ce qui soigne en psychiatrie c’est de pouvoir mettre des mots à ce qui nous arrive, sortir de ses pensées parfois autodestructrices, pour recréer un lien avec le monde et avec les autres. Se sentir accueilli et en sécurité avec un thérapeute et puis évacuer la souffrance psychique.

Le deuxième problème, c’est quand le rôle du psychiatre se limite à faire des certificats médicaux et les meilleures prescriptions médicamenteuses adaptées à chaque patient. Il y a un moment, après la crise, où il faut recoller les morceaux et remettre du sens à ce qu’on vit. Prendre des médicaments à vie sans accompagnement thérapeutique, ça n’a pas de sens.

La réponse psychiatrique tournée uniquement vers la situation de crise ou la prévention des crises, c’est oublier que le reste du temps on a toute notre tête et que la crise n’arrive jamais par hasard. Ce reste du temps, ce temps hors-crise, est parfois long et on a souvent l’impression d’être abandonnés à notre sort. Débrouillez-vous entre les rendez-vous mensuels avec le médecin, faîtes votre vie.

Faire sa vie, c’est compliqué quand on a perdu tout lien avec le monde extérieur, qu’on est isolé, et sédaté par les médicaments censés prévenir la rechute.

D’où ma question, la réponse psychiatrique actuelle aux troubles mentaux est-elle suffisante ? Le travail sur soi pour dompter ses symptômes ou chercher l’origine de la crise n’est-il pas essentiel ?

A la sortie de l’hôpital, le seul conseil qu’on nous donne c’est de ne pas arrêter le traitement médicamenteux.

La psychiatrie hospitalière ayant abandonné son rôle thérapeutique, il faudra donc trouver un accompagnement un peu plus poussé pour permettre à chacun de reprendre pied. Pour trouver un logement ou un travail, vous pourrez aller voir l’assistante sociale ou le case manager. Et pour le reste, on vous recommandera la réhabilitation psychosociale ou la remédiation cognitive pour reprendre confiance en vos capacités. Pour ce qui est de la thérapie, il faudra de préférence qu’elle soit cognitivo-comportementale, car ce sont des méthodes approuvées par la science, à chaque comportement problématique sa réponse.

Et l’anti-psychanalyse dans tout ça ?

Ce qui semble déranger les anti-psychanalyse, c’est son caractère non-scientifique. Si tu veux parler et travailler sur toi, va voir un psychologue plutôt qu’un psychanalyste, diront-ils.

De manière grossière, ce qu’on reproche à la psychanalyse, c’est de sexualiser les relations interpersonnelles, de rejeter la faute sur les mères et de tenter d’expliquer l’autisme autrement que par une approche neurobiologique.

Cette approche neurobiologique est promue également pour les autres troubles, avec la recherche en neurosciences comme bras armé. On voudrait expliquer les troubles mentaux à travers la défaillance de certains gènes ou du système immunologique.

Moi, ça me dérange, parce que je suis convaincu que les explications de mon trouble sont plutôt d’ordre psychosocial et relationnel. Certains diront que ça ne sert à rien de chercher les causes psychosociales pour les troubles psychotiques car la psychanalyse de papa Freud ne soigne que les névrosés.

Cependant, quand la psychiatrie neuroscientifique n’apporte aucune réponse à tes questions et te prédit une médicamentation à vie car c’est une maladie chronique comme le diabète, il y a de quoi être insatisfait.

Je n’ai jamais fait de cure psychanalytique avec le divan ou en face à face. Je ne sais pas si ça marcherait. Je ne sais pas si l’approche psychanalytique vaut pour l’autisme.

Mais je sais que dans mon cas, certains concepts sont très éclairants comme celui de la Forclusion du Nom du Père. Au-delà de la théorie, j’ai la chance de faire du psychodrame analytique. C’est cette pratique psychanalytique, que je fais chaque semaine avec 6 thérapeutes, qui me fait penser que la psychanalyse est opérante, qu’elle m’aide à aller mieux et pas que sur un plan philosophique.

Aux partisans d’une psychiatrie neurocomportementale, je voudrais leur demander de ne pas sacrifier le relationnel à la seule technicité basée sur une connaissance scientifique des médicaments.

On pourra dire que pour faire du relationnel, nul besoin de psychanalyse, il suffit de faire preuve d’humanité et d’empathie. Mais dans les faits, quand l’agitation d’un patient est assimilée à de la violence alors que c’est lui qui flippe le plus, on peut s’interroger sur l’appauvrissement de l’enseignement en psychiatrie et la perte de sens de ces métiers ainsi que sur la disparition des espaces de réflexion sur les pratiques et aussi de la notion de collectif soignant.

La maltraitance en psychiatrie n’est pas le fait uniquement de tortionnaires, c’est la résultante d’un appauvrissement de la culture de soin, c’est le renoncement thérapeutique au profit d’une gestion au quotidien des flux de patients et des situations de crise.

On peut sacrifier la psychothérapie institutionnelle héritée des penseurs du soin psychiatrique qu’étaient les Tosquelles, Bonnafé et Oury, on peut sacrifier la psychanalyse bourgeoise de papa Freud mais alors proposez-nous du sens, du relationnel et de la vie. Si c’est juste une question de priorités, de manque de temps et de moyens alors prenez le temps de réfléchir collectivement et axez l’enseignement sur le relationnel, et pas juste sur des techniques réadaptatives et les médicaments. Nos cerveaux ne sont pas des circuits informatiques à réparer. Nous sommes comme vous, des êtres complexes que la seule science ne peut arriver à comprendre.

L’approche psychodynamique ou psychopathologique a le mérite de chercher à expliquer les cheminements de la pensée pouvant mener à la maladie dite mentale. Si la psychanalyse offre des clés de compréhension à des phénomènes en apparence irrationnels, ne peut-elle pas s’allier à la science au service d’une meilleure thérapeutique ?

Joan

Portrait de Leila

Comme Leila, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

Barbara, le cinéma, certains paysages de mon enfance, la sauvagerie.

J’aspire à être une réalisatrice de films d’auteur reconnue jeune.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

J’étudie le cinéma, j’aime ça parce que je peux exprimer mes fantasmes et parce que ça demande beaucoup de travail, de talent, de persévérance et de communication avec les autres.

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

J’ai tendance à croire que beaucoup de monde peut guérir de sa maladie mentale parce que moi-même l’ai fait.

Je n’ai plus que de l’euphorie et des lubies qui se renouvellent tous les mois mais qui ne me font pas souffrir.

Mais, au fond, tout le monde n’a pas ma force et ma droiture.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

L’euphorie, la sensibilité, l’intelligence, les allocs.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Non je ne pourrais pas être ministre.

Je lui demanderais d’arrêter les fous qui maltraitent et tuent leur femme et de faire une place belle dans la société aux autres fous.

Une page, association ou initiative que tu aimerais faire connaître?

https://soundcloud.com/surla60/sets/rash