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Portrait de Kixana

Comme Kixana, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

Je suis très inspirée par certains artistes (Bach, Mozart, Cervantès, Shakespeare, Rembrandt, Tarkovski, Dostoïevski…).

Ils ont eu une grande importance dans ma vie.

C’est surtout la musique qui a joué un grand rôle dans ma vie : Bach a été pour moi un guérisseur.

Le lieu que j’apprécie le plus peut-être, ce sont les jardins de Versailles. Mais j’aime aussi beaucoup les forêts et les bords de rivière.

J’aime également beaucoup écrire.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Je suis actuellement étudiante en lettres. Cela me plaît beaucoup parce que cela me permet d’apprendre plein de choses, de faire de belles rencontres, de développer ma sensibilité, d’avoir une plus grande ouverture d’esprit et de développer mes capacités de réflexion – choses que je croyais avoir perdu depuis le début de ma maladie.

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

Pour ma part, j’ai eu la chance de tomber sur des soignants très à l’écoute et très investis dans leur métier.

Je pense que le monde de la santé mentale fait beaucoup de progrès, mais qu’il reste encore des choses à améliorer : les conditions de vie dans les hôpitaux psychiatriques, l’omniprésence de la psychanalyse en France, l’omniprésence aussi des traitements médicamenteux…

J’aimerais bien qu’on s’inspire davantage des pays du Nord qui ont instauré par exemple l’Open dialogue pour certains patients psychotiques.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

Si le monde était entièrement rationnel, il serait aussi parfaitement ennuyeux.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Je lui demanderais plus de moyens pour les personnes qui souffrent de troubles psychiques, de manière à ce qu’elles puissent être soignées dans certains cas d’une manière plus humaine qu’avec des médicaments – grâce à l’Open dialogue notamment. Je lui demanderais aussi de demander un rapport détaillé sur l’efficacité de la psychanalyse (ou thérapie analytique), et de la bannir des milieux hospitaliers si son efficacité venait à n’être pas prouvée. Je lui demanderais à ce que les médecins soient aussi formés aux sciences humaines et lisent davantage de romans.

Une page que tu aimerais faire connaître?

https://skizophelia.blogspot.com/

« Quand la dépression est là ! » de Bruno Maquet [livre]

Un livre recommandé par Lou Kema : « Quand la dépression est là ! La place de l’aidant naturel. » Paru le 7 février 2020 aux Editions du Panthéon.

Un témoignage fort et courageux à lire:

Avec « Quand la dépression est là ! » Bruno Maquet donne sa voix à celles et ceux qui sont présents pour celui qui tombe et ne se relève pas. Il témoigne avec force et courage que l’aidant c’est celui que, d’ordinaire, on ne voit pas. Un ouvrage aussi nécessaire que remarquable.

« Comment tenir en estime et promouvoir la personne aidée sans la classer, la catégoriser et la marginaliser ?

Comment lui redonner son autonomie sans la réduire à ses dépendances et à ses manques ?

Comment l’accompagner en respectant et en promouvant sa liberté, son devenir, sa capacité relationnelle ?

La personne aidée ne se définit ni par sa fonction, ni par son handicap, ni par sa maladie, ni par son âge, ni même par son sexe.

La personne ayant à vivre une souffrance mentale doit être reconnue et accueillie avec sa différence, et non pas définie par sa disparité sous peine de non-reconnaissance de son être. »

Un jour, tout bascule, le fil fragile de l’existence se rompt et le couple heureux fait face à l’irruption de la dépression. Lui devient le soutien, l’étai de son épouse malade.

Pris entre les difficultés du quotidien et la taraudante question – la maladie a-t-elle une fin, même temporaire ? – il leur faut tous deux lutter et se relever.

Le travail de résilience, pour dépasser la souffrance psychique et l’épuisement, peut alors faire son œuvre.

La lecture de ce récit éclaire à elle seule la situation de l’aidant.e, mais aussi de l’aidé.e. Douloureux et en mots justes, il opère cette nécessaire transmission.

https://www.editions-pantheon.fr/catalogue/quand-la-depression-est-la/

« Lost in Translation » : l’art pour combattre la surmédication en psychiatrie

Angeline Ribrioux, étudiante en L2 Arts Plastiques, nous dévoile son travail sur la surmédicamentation en milieu psychiatrique, accompagné du témoignage de son amie Agathe (@moonmaelstrom).

Pour cela elle utilise le concept de traduction, de transposition. A partir d’une réflexion autour de la transposition de la substance psychique et de sa traduction médicale matérielle, elle prend le parti d’une difficulté de traduction de cette dernière qui mène à une perte pour le patient et une incompréhension entre ces deux entités patients-soignants.

Pour ce faire, elle représente les médicaments par des résistances qui ont chacune un code couleur en fonction du médicament représenté, alimentées par un circuit électrique représentant le système nerveux humain.

Cette réflexion qui a animé ce travail plastique est animée par une conviction profonde d’Angeline Ribrioux de lutter contre les surmédicamentations abusives et l’abandon des médecins psychiatres face à des moyens d’action trop limités et une demande croissante d’une population fragilisée à laquelle ils ne peuvent pas répondre, par la création artistique.

Témoignage d’Agathe :

« J’ai 24 ans, je suis malade depuis l’âge de 10 ans. J’ai été hospitalisée 22 fois en psychiatrie depuis l’âge de 9 ans, pour diverses raisons. A ce jour mon diagnostic est « trouble de la personnalité borderline avec dépression réfractaire et trouble anxieux généralisé, troubles du comportement alimentaire ».

J’ai été suivie d’abord en pédiatrie par des pédopsychiatres et psychologues puis à ma majorité j’ai eu du mal à trouver un suivi stable, mon état s’est nettement dégradé jusqu’à ce que je sois hospitalisée 3 à 4 fois par an pour une durée d’un mois à chaque fois environ, que je sois obligée d’arrêter mes études, de me faire reconnaître handicapée car qui embaucherait quelqu’un qui se fait hospitaliser tous les 3 mois et dont l’état est grave ?

Mes symptômes ont beaucoup évolué avec le temps. Dans l’enfance et la préadolescence, j’étais dépressive, suicidaire, j’avais des crises d’angoisses avec évanouissements, crises d’angoisses avec spasmes et machoires qui claquent, eczéma géant sur tout le corps, boulimie et hyperphagie.

A l’adolescence, j’étais suicidaire, dépressive, j’avais des crises d’angoisses avec crises de larmes, tremblements, étouffements. Je suis devenue anorexique boulimique, et mon humeur a commencé à changer subitement et souvent, je suis devenue plus impulsive, j’avais des comportements auto destructeurs (sexuels, mutilations, drogue).

A l’âge adulte, j’ai perdu le contrôle de mes émotions et de mes pensées. J’ai des pensées envahissantes et incontrôlables. Par exemple des visions de souffrance qui durent des heures. Je suis en dépression réfractaire c’est à dire que les médicaments n’ont plus aucun effet dessus. Je fais des crises d’angoisses à la moindre contrariété où j’ai mal au ventre et à la gorge et où j’ai l’impression que je vais mourir. Je fais des crises de déréalisation où je suis déconnectée de la réalité pendant des heures parfois des jours, totalement enfermée dans un mutisme très perturbant pour mes proches. J’alterne entre boulimie et anorexie, mon poids est très instable. »

Voici mon expérience des soins en psychiatrie (adulte) :

« Cela fait 5 ans que je suis suivie par un CMP (centre médico psychologique). C’est un centre où il est possible de retrouver des infirmiers, des psychiatres, psychologues et assistantes sociales. Alors oui sur l’étiquette ça a l’air très complet, mais la réalité des choses est tout autre.

Ma psychiatre me consacrait 15 minutes par mois pour évaluer mon état et faire les prescriptions. Sachant que rien que pour établir un diagnostic il faut plusieurs heures c’était compliqué, elle m’a donc traitée pour mes symptômes et pas pour l’ensemble de mes troubles « vous avez des insomnies ? Je vais rajouter ça. Vous avez des angoisses ? On va augmenter ça et rajouter ça. » Voilà en quoi consistaient les consultations, avec parfois une demande d’hospitalisation quand j’étais vraiment à bout.

Ainsi j’ai commencé à prendre beaucoup de médicaments. Parce que ces médicaments ne sont pas inoffensifs, surtout la famille des benzodiazépines, j’ai commencé à devenir de plus en plus accoutumée, à avoir besoin de plus grosses doses, de médicaments plus forts. D’ailleurs aujourd’hui j’ai développé certaines phases à la limite de la psychose tellement l’angoisse est forte et je prends des neuroleptiques car les benzodiazépines n’ont plus aucun effet sur moi.

Mon parcours hospitalier a contribué à cette montée en force des traitements. Je ressortais toujours avec une ordonnance plus longue, plus complexe, je prenais des correcteurs (antiparkinsoniens) pour contrer les effets secondaires de certains médicaments que je prenais en très grosse quantité, et il n’y avait absolument aucun travail autre que quelques séances de psychothérapie par ci par là (3 ou 4 par séjour) ce qui n’a aucun sens car une psychothérapie est un travail de fond qui doit être fait sur la durée.

Aujourd’hui, grâce à une sophrologue et une psychologue dans le privé, ainsi que le soutien d’une autre psychiatre en complément d’un nouveau CMP avec moins de patients et une psychiatre plus attentive aux médicaments et aux effets secondaires qu’ils engendrent, j’ai réussi à arrêter la majeure partie de mon traitement (je suis passée de 17 cachets par jour à 8 ), et j’ai entrepris un vrai travail sur moi qui m’aide de jour en jour à me stabiliser et à aller mieux. »

Bref état de la psychiatrie en France :

source : https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/rfas200401-art11.pdf

  • « on assiste depuis une dizaine d’années à des évolutions importantes, tant dans le recours aux soins qui s’accroît que dans les modalités de prises en charge pour lesquelles les suivis ambulatoires et, dans une moindre mesure, les suivis à temps partiel se développent ; – on note une grande hétérogénéité de l’offre de soins, à la fois dans sa répartition géographique et entre types d’établissements (pathologies traitées) ou entre secteurs (modalités de soins, organisation). »
  • « plus de 83 % des lits et places en psychiatrie le sont dans les hôpitaux publics et privés participant au service public hospitalier (PSPH). Seuls quatre départements ont une offre privée supérieure à 50 % du total. Le phénomène est encore plus net pour l’offre de soins à temps partiel (89 % dans les hôpitaux publics ou PSPH). Quant aux prises en charge ambulatoires, elles sont quasi exclusivement publiques. En effet, les établissements privés sous objectif quantifié national, du fait des contraintes réglementaires, gardent un type de fonctionnement caractéristique, avec des prises en charge en hospitalisation complète majoritaires par rapport aux hospitalisations à temps partiel (alors que le rapport est d’un à dix dans le public) 1 . »
  • « Même s’il est difficile d’objectiver les besoins de soins en psychiatrie, on constate que le recours auprès de l’ensemble du système de soins s’accroît partout où il a pu être mesuré (secteurs, ville). On a ainsi pu évaluer à 56 % l’augmentation du nombre de personnes suivies par les secteurs de psychiatrie en dix ans (de 1989 à 1999) et à 19,4 % celle des consultations par les psychiatres de ville entre 1992 et 2001 (DREES, 2003). »
  • « Au-delà des problèmes de santé mentale, la population des personnes suivies en psychiatrie, telle qu’elle a été repérée dans l’enquête « Handicap, Incapacités, Dépendance » de l’INSEE 1 , apparaît globalement en plus mauvaise santé physique que le reste de la population : ainsi l’on constate, chez les personnes hospitalisées, une surmortalité par rapport à la population du même âge, ainsi qu’une mobilité limitée. L’ensemble des personnes suivies régulièrement pour troubles mentaux déclare en outre, en plus des déficiences psychiques, davantage de déficiences physiques, motrices, métaboliques que la population générale »
  • « D’une manière générale, les personnes suivies en psychiatrie apparaissent, par rapport à la population générale, confrontées à des difficultés tant sur le plan de la vie affective ou sociale que sur le plan de l’activité professionnelle. Ainsi, le célibat ou le divorce sont deux fois plus fréquents qu’en population générale. L’insertion professionnelle apparaît plus difficile, surtout pour les hommes. L’emploi protégé occupe une place très marginale (Anguis, 2003 ; Chapireau, 2002).
  • « Les aides monétaires sous forme d’allocations sont fréquentes, concernant un malade sur trois, et davantage des hommes. Deux personnes sur trois ont une reconnaissance administrative de leur handicap et le coût social du handicap mental est considérable puisqu’une personne sur quatre qui consulte perçoit une allocation ou pension du fait de son état de santé (Anguis, 2003). »
  • « Des difficultés d’observation En matière de santé mentale et même de psychiatrie, l’objet lui-même est, bien sûr, de contours incertains et d’observation difficile : – qu’il s’agisse de la mesure des prévalences des maladies ou symptômes pour lesquels la nosographie est parfois imprécise (diagnostics de dépression ou dépressivité par exemple) et évolutive et les biais nombreux, particulièrement dans les enquêtes en population générale ; – qu’il s’agisse des prises en charge qui s’avèrent être extrêmement diverses et qu’il est difficile de décrire de façon homogène (l’activité d’un CATTP peut dans certains secteurs s’apparenter à celle d’un hôpital de jour, les pratiques des professionnels sont éminemment variables…), pour lesquelles il est, de plus, encore impossible de repérer des trajectoires de soins des patients. »

Portrait de Droopy

Comme Droopy, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

Humm question compliquée.

J’aspire à être au plus près d’une forme de bien-être avec moi-même et les autres ainsi qu’à partager l’amour, l’amitié et à réaliser des projets qui ont du sens ainsi qu’à vivre de la joie autant que possible.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Je suis enseignant en yoga/ bien-être et, ma foi, je l’apprécie plus que je ne l’aime en ce moment car il me permet d’explorer des zones inconnues ou connues de moi-même ainsi que de me dépasser.

A la fois il m’assure une place que je n’ai pas eu l’ocassion d’avoir lorsque j’étais jeune adulte, celle d’avoir un métier pas comme les autres 😉

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

Je suis à la fois triste et heureux de voir qu’il y a des possibles mais beaucoup d’antagonisme au sein des institutions.

Et qu’il est difficile dans notre société moderne qu’ tienne compte des sensibilités dites invisibles.

Il y a encore beaucoup a faire 😉 !

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

C’est un monde qu’il faut considérer comme de la création.

Etre fou c’est un bienfait pour l’humanité, l’être humain.

Trop de gens ont peur des différences mais la folie ouvre au monde de l’authenticité et de la sensibilité.

Elle peut être dramatique à vivre aussi car difficile à dépasser.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Humm… Je ne me vois pas ministre car si c’était le cas je serais angoissé de devoir catégoriser les choses et les gens, si ce n’est les idées sous formes administratives entre autre.

Mais j’essayerais de conserver une qualité d’accueil dans les nombreux centres de soins, de continuer à déstigmatiser les fous par des actions diverses dans l’espace public.

Introduire que la notion importante de désir concerne aussi les personnes handicapées, de déléguer plus de responsabilités au public fragilisé en terme de projets, d’emploi ou d’action diverses…

D’attribuer plus de budget à la santé mentale au titre des nombreux dangers qui émergent dans nos sociétés dites modernes.

Une page, association ou initiative que tu aimerais faire connaître?

www.echosystaime.blogspot.com – @voletzen.fr – yoga et méditation.

« Le manteau », Christophe Malinowski

La nuit tombait lentement sur la vieille ville.

Et déjà, dans les chaumières, on tirait les rideaux, on fermait les verrous, on faisait taire les enfants. Des regards inquiets, cachés derrière les voilures, scrutaient les ruelles sombres, seulement éclairées par quelques lampadaires fatigués. Chacun était à l’affût, d’un bruit, d’une anomalie, d’une silhouette inquiétante.

Car depuis plusieurs jours, le malheur semblait s’abattre sur la cité. Un chien avait disparu, les poules ne pondaient plus, un enfant avait vu un monsieur. Immense, habillé tout en noir. Malgré notre veille de chaque instant, nous ne parvenions pas à surprendre l’homme en noir, mais nous savions d’où il venait.

Car en haut, sur la colline, derrière les grands chênes, se dressait, majestueux et terrifiant, l’asile.

Ses hauts murs empêchaient de voir ce qu’ils cachaient, mais lorsque le vent soufflait en direction de la vallée, certains disaient entendre un grondement. Comme celui d’une bête essoufflée. Ou un gémissement. Comme celui d’une bête affamée.

Les rares qui avaient osé s’approcher du sinistre bâtiment étaient revenus terrifiés par le courant glacial qui les avait traversés. Il se disait que c’était le souffle froid des dangereux insensés retenus derrière le mur d’enceinte. Aussi, on ne s’en approchait pas, on restait loin, on empêchait même les enfants d’en parler.

Mais après la nuit, c’était la neige qui tombait dru maintenant. C’était à peine si l’on pouvait distinguer, derrière son épais rideau blanc, la chaussée, les pavés, les passants perdus, effrayés, offerts à la malédiction s’ils ne couraient pas chez eux assez vite. Chacun sentait l’imminence d’un sombre événement.

Car nous le savions tous, les fous étaient entrés dans la ville. Et les ténèbres avec eux.

Un chien avait disparu, les poules ne pondaient plus, un enfant avait vu un monsieur.

Et soudain il était apparu.

Le garçonnet n’avait pas menti. Immense et vêtu de noir, le dos courbé, l’homme avançait, lentement, grognant, terrifiant. Mais vers quelle funeste besogne? Quelle femme, quel enfant, quel animal allait-il emporter?

Alors, comme portés par l’instinct de survie, la colère et l’espoir de mettre un terme au fléau, et encouragés par un signal inconscient et commun, nous avions tous jailli, sans même prendre le temps de nous vêtir chaudement, et fondu sur lui, armés de bâtons, de pelles ou de nos seules mains, prêts à tout.

Jusqu’à ce que, le reconnaissant, nous nous figions.

Il était l’un des nôtres. Nos parents connaissaient ses parents, nous avions foulé avec lui les mêmes bancs de l’école, joué aux mêmes jeux dans la cour de récréation. Certes, il était différent, lointain et inaccessible, parlait souvent seul, ou aux arbres, riait sans raison, mais il était l’un des nôtres. Souffrant depuis des années d’une vie tourmentée, il avait plusieurs fois séjourné quelques temps à l’hôpital qui l’accompagnait dans les périodes difficiles.

Incapable de la moindre violence, il vivait en marge, mais à nos côtés, et était apprécié comme tous les enfants du village que nous étions tous.

Armés de bâtons, de pelles et de nos mains, nous l’encerclions, paralysés, saisis par notre méprise. Le temps semblait suspendu. La neige tombait toujours dans un silence d’hiver. Nous pouvions presque entendre les battements de nos cœurs.

Lentement, il avait relevé sa capuche et nous avait regardé, les uns après les autres, un grand sourire aux lèvres.

Mais qu’est-ce que vous faites là sans manteau? Il fait froid! Vous êtes fous?

Puis, le dos courbé, sous son manteau noir, blanchi de neige, il avait continué son chemin.

Nos manteaux, plus sombres encore que le sien, étaient ceux de la peur et de l’ignorance qui nous avaient insidieusement enveloppés.

Un chien avait disparu, les poules ne pondaient plus, un enfant avait vu un monsieur.

Et les fous c’était nous.

Christophe Malinowski, infirmier et auteur du blog Il était une fois en psychiatrie.

La fleur de Patricia : Carnet du rétablissement en santé mentale

Carnet du rétablissement en santé mentale à destination de l’usager, de son proche et du professionnel.

Le copyright de cette publication venue de Belgique est la propriété de l’association En Route (www.enrouteweb.org).

Dossier documentaire sur la pair-aidance

Ce dossier documentaire est consacré à la pair-aidance. Il s’inscrit dans un programme de travail mené par l’Agence régionale de santé (ARS) Bourgogne Franche-Comté, dans le cadre de la démocratie en santé.

Il se structure en 6 chapitres : un historique de la pair-aidance ; des définitions sourcées ; la pair-aidance dans les politiques de santé ; la place de l’usager dans la prise en charge médico-sociale ; quelques projets en France ou à l’étranger et enfin la question de la formation et de la professionnalisation.

Il n’a pas la prétention de viser l’exhaustivité du savoir dans ce domaine : il rassemble des références bibliographiques dont les documents sont récents, francophones, et accessibles en ligne ou disponibles dans le centre de documentation de l’IREPS Bourgogne Franche-Comté.

http://www.psycom.org/Actualites/Pour-en-savoir-plus/Dossier-documentaire-La-pair-aidance

On a vu Dr Nest au Théâtre Monfort et on a aimé !

La pièce Dr Nest de la compagnie Familie Flöz se joue au Théâtre Le Monfort, 106 rue Brancion 75015 Paris, jusqu’au dimanche 2 février 2020.

Vous bénéficiez d’un tarif préférentiel (5€) avec le code RP Comme des fous en réservant à l’adresse publics@lemonfort.fr / 01 56 08 33 46/84.

Notre avis :

« Joli spectacle poétique qu’est cette Familie Floz. La solitude, les doutes et le sentiment d’insécurité d’un psychiatre qui intègre un sanatorium lointain et qui découvre ses patients un à un.

La ligne fragile qui sépare le normal de l’anormal, le comportement sain du comportement pathologique, s’efface peu à peu tout au long de la pièce.

Et surtout des personnages masqués avec des masques typés et parfois grotesques d’où s’échappent néanmoins des sentiments profonds.

De jolis morceaux de bravoure avec cet échange de blouses entre acteurs (tantôt patients, tantôt médecins?) ou ces morceaux de piano à 4 mains.

Et bien sûr beaucoup de dépaysement puisque les acteurs sont allemands et la scénographie nous transporte aux années 1970. »

Portrait d’Esprit en chantier

Comme Esprit_en_chantier 1, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

Ce qui me vient en premier c’est la chanteuse Demi Lovato. Elle est bipolaire, se bat au quotidien et surtout en parle librement. Aussi la chanson « Peur de sombrer » de Tsew The Kid me fait me sentir moins seul dans cette peur de sombrer.

Tsew The Kid – Peur de sombrer

Je suis aussi inspirée par la montagne, sa force et sa puissance mais aussi sa douceur quand la neige la parsème.

J’aspire à devenir celle que je veux être, à dire mes besoins, à ne plus faire pour les autres mais pour moi. J’aspire aussi à apprendre à vivre avec ma maladie au quotidien et à ne pas la laisser m’empêcher de réaliser mes rêves.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Je suis étudiante pour devenir éducatrice de jeunes enfants. Ce métier correspond à mes valeurs. J’accompagne des familles au quotidien dans leurs difficultés mais aussi dans les beaux moments.

Il me permet de me sentir utile d’être en phase avec ce en quoi je crois.

Les enfants sont l’avenir et aussi le présent. L’éducation est le meilleur moyen de sauver les mondes, de faire des petits humains sécurisés et sachant qu’ils ont des droits.

J’étais auparavant dans le graphisme, là, j’allais à l’encontre de mes valeurs et je participais à la société consumériste que je hais tant.

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

C’est un monde qui peut être très violent notamment en hospitalisation. Parce que le patient est peu écouté et souvent soumis à des décisions qui pourtant le concernent.

Mais c’est aussi un monde qui peut aussi être doux, un monde où j’ai rencontré des gens magnifiques, des patients, des soignants…

Des gens qui m’ont sauvé la vie, qui m’ont fait voire mon potentiel, qui ont cru en moi.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

Les rencontres, beaucoup. Et je dirais la maturité et l’empathie.

J’ai appris que certaines douleurs sont invisibles et qu’on ne sait pas ce que l’autre vit. Alors le jugement s’estompe et on peut rencontrer l’autre vraiment.

La folie m’a aussi permis de me demander ce que je voulais vraiment, ce qui me sauverait du gouffre et qui me donnerait envie de vivre.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

J’aimerais parfois. Mais je n’aurais pas les épaules.

J’aimerais plus de financement en psychiatrie. Que cette branche ne soit plus juste celle à laquelle on donne les restes de l’hôpital lambda.

Je demanderais aussi le remboursement des soins comme les psychologues ou les soins psycho-corporels.

Je demanderais la sensibilisation à la santé mentale pour défaire les clichés et pour que plus de gens osent demander de l’aide.

Une page, association ou initiative que tu aimerais faire connaître?

@Lice_gateau

« Le syndrôme du normopathe » in DSM-74

« Définir l’anormal par le trop ou le trop peu, c’est reconnaître le caractère normatif de l’état dit normal. »

Georges Canguilhem, Le normal et le pathologique.

Définition : Le normopathe se distingue du sujet normal, reflétant la moyenne de ce que doit être l’être humain acceptable, en étant un sujet normal augmenté. Le normopathe applique la norme de façon supérieure à la moyenne, il est capable de devenir une normalité supérieure à la normale. Le normopathe sait qu’il est le seul individu réellement fidèle à la moyenne médicale de Canguilhem.

Etiologie : La première cause de normopathie serait l’angoisse primale d’être voire de devenir soi. Une autre cause, non avérée scientifiquement, serait l’angoisse du rejet par le groupe primal des congénères. Les congénères du normopathe apparemment fidèles à la moyenne des individus, grâce à un comportement basé sur des calculs d’apparence extérieure avancés, constituent par l’environnement humain qu’ils matérialisent jour après jour la matrice réferentielle première du petit individu encore simplement normal et pas encore normopathisé par son environnement humain prescripteur d’une exigence de normalité croissante.

Symptômes : Les premiers signes du syndrôme du normopathe apparaissent généralement vers l’âge de 18 ans avec l’acquisition baccalauréat et du permis de conduire, réels symptômes d’entrée en normopathie chronique. La chronicité de la normopathie peut se réduire avec accident du travail ou de la route. Les symptômes restent latents en environnement normalisé mais peuvent se réduire avec le temps en environnement chaotique.

Traitement : La normopathie se traite dès l’apparition des premiers symptômes de début d’acquisition des normes environnementales humaines locales par l’apprentissage de la spécificité de l’autre puis de soi. La réelle guérison ne peut passer que par la boucle de rétroaction aller vers l’autre et retour sur soi à travers la sortie partielle de la fabrique des individus par l’école, l’usine, la caserne, l’hôpital, la prison etc.