La folie policée : on a tous un flic en nous

Nous consentons aux règles de la vie en société aussi naturellement que nous acceptons le rôle de la police, qui est de garantir l’ordre public. Remettre en cause la police c’est s’attaquer à l’autorité, au pouvoir de l’Etat et à l’ordre social.

La folie, elle, vient déborder cette norme et perturber nos vies bien rangées. Ainsi, avoir un grain de folie, c’est sortir du cadre et des comportements policés.

Le cadre de la psychiatrie, lui, contient la folie, il s’agit de tranquilliser le patient psychotique, souvent en grande souffrance, par un traitement chimique. Ce traitement de choc, c’est un peu comme les gaz lacrymogènes des forces de l’ordre, sauf qu’en psychiatrie le patient est « consentant ». Le patient sait qu’il ne peut arrêter le traitement sous peine de rechute. La peine est là, c’est comme la prison.

Le cadre établit et reconnaît qu’on a une maladie mentale et que les difficultés associées sont de l’ordre d’un handicap psychique qui se définit par le fait que les capacités intellectuelles sont intactes mais que leur usage est déficient du fait de troubles émotionnels par exemple.

A l’intérieur de cette cage, il y a évidemment de la place pour une vie épanouie, pour un accompagnement thérapeutique de qualité à visage humain. Quelques uns des oiseaux psychotiques arrivent même à sortir de la cage mais les barreaux de la cage restent ancrés dans les têtes comme si on avait un flic en nous, comme si la vie était policée par la prise quotidienne de médicaments. Il en devient normal de les prendre et voilà comment le fou et sa folie rentrent dans l’ordre policé de notre société, en s’accommodant de sa propre aliénation.

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Démocratiser la folie : pour une pédagogie de la folie.

Ce blog, né de mon expérience au sein de l’Atelier Sensibilisation de l’association Clubhouse France, se veut un support collectif pour sensibiliser le plus grand nombre à la question des troubles psychiques, et de ce qu’elle nous évoque naturellement, à savoir : la folie.

A l’heure où nombre de psys défendent les intérêts d’un accueil et d’un soin à visage humain, comment expliquer le désintérêt de leurs patients à leur noble cause?

J’entends qu’une personne en grande difficulté a pour seul intérêt de réussir sa survie. J’entends qu’il vaut mieux vivre les choses plutôt que de perdre sa vie à la comprendre.

Mais peut-on se satisfaire de l’idée que l’esprit éclaté du fou ne peut saisir cette culture qui sous-tend le traitement thérapeutique de sa folie?

« Le fou témoigne de fonctions et de problèmes qui témoignent de l’humanisation possible d’un chacun – bref, de l’Homme en devenir, quel qu’il soit. Ce qui ne justifie pas de lever un monument à son sujet là où nous devrions nous poster les jours de travail, plutôt que les jours de fête. » François Tosquelles (1977, La Chasse aux mots)

Ce blog interroge le rôle social du patient-usager-citoyen, en voie de rétablissement ou rétabli, pair-aidant, psychiatrisé ou survivant de la psychiatrie, analysé, soigné, aidé, accompagné, soutenu mais jamais guéri.

Ce blog répond à un besoin de comprendre, d’apprivoiser l’expérience de la folie, dans la psychose comme dans le langage, mais pas simplement pour devenir expert de son vécu ou érudit.

Face à la complexité de ce qui se passe dans nos têtes, on ne peut pas s’abandonner uniquement à la psychiatrie, aux neurosciences, ou à la psychothérapie institutionnelle. L’éducation thérapeutique du patient (ETP) permet sans doute de se refaire une santé et de se renforcer mais comment s’en contenter.

La pédagogie de la folie, la folie pour tous, serait la possibilité d’éduquer et s’éduquer quand on n’a pas les ressources, les armes intellectuelles ou la pratique du thérapeute.

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Mix et Remix

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Déconstruire la posture professionnelle en santé mentale

Dix professionnels du médico-social et vingt usagers de la psychiatrie se retrouvent sur les mêmes bancs d’étudiants pour se former au rétablissement. Inauguré en 2015, ce diplôme d’études supérieures inter universitaires aux pratiques orientées autour du rétablissement (DESIU) vise à développer cette approche en France.

La suite de l’article ci-dessous (cliquer pour agrandir l’image):

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Working First 13, un accompagnement vers et dans l’emploi

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=UmgISqsQBkc]

Les personnes revendiquent souvent, quand elles vivent à la rue et encore plus quand elles ont eu accès à un chez soi, la volonté de travailler.

Elles veulent toutefois travailler en milieu ordinaire et refusent le plus souvent les dispositifs de travail en milieu protégé.

A Marseille, l’équipe MARSS (Mouvement et Action pour le Rétablissement Sanitaire et Social), avec l’équipe de réhabilitation du Pr Christophe Lançon et l’association HAS (Habitat Alternatif Social), en se basant sur un modèle développé aux Etats-Unis dans les années 70, a participé à la mise en place d’une équipe d’accompagnement à l’insertion professionnelle pour des personnes vivant avec un trouble psychiatrique sévère.

Cette équipe, appelée Working First 13, propose depuis fin 2014, un accompagnement vers et dans l’emploi sans limite de durée.

Les gosses des quartiers selon le psychiatre Boris Cyrulnik. Réflexions sur son entretien dans «l’Obs».

Si je devais résumer son propos : en période de déstructuration sociale, quand l’Etat est défaillant, quand on n’a pas de famille et qu’on vit dans un milieu déculturé où règne la loi du plus fort, soit on devient un grand psychiatre, soit le désespoir peut nous amener à devenir un gogo armé.

Eux qui se disent « révolutionnaires » ou « bras armés de Dieu » ne sont que des pantins déculturés. Que le cerveau soit altéré par une maladie ou par un appauvrissement du milieu culturel, les effets relationnels sont les mêmes. Incapables de ne pas passer à l’acte, ils ne parviennent pas à prendre le recul nécessaire à la réflexion.

« Quand l’Etat est défaillant, les sorcières apparaissent » disait Jules Michelet.
Quand un effondrement individuel ou social provoque un sentiment de perte, la déchirure ou la douleur nous rend avide d’un sauveur. Le panurgisme prend un effet rassurant.

Si on le suit, les jeunes terroristes sont donc des moutons endoctrinés ayant souffert de l’absence du cadre étatique (autorité souveraine qui coordonne nos actions sociales), familial et culturel.

Le danger de cette interprétation est que si tu sors du cadre, tu es considéré comme déviant.

Il parle des « sales gosses » en demande de cadre et de sens, terriblement malheureux dans les « quartiers », comme on dit vilainement, ces « décrocheurs » qui n’ont pas appris à débattre et n’ont pas de tranquillité intime, des jeunes sans culture qui n’ont pas appris à réguler leurs émotions et qui ne peuvent pas contrôler leurs pulsions.

Boris Cyrulnik appuie ses propos sur sa jeunesse passée dans les quartiers :

Si ça n’avait pas marché, j’aurais probablement été dépressif, j’aurais été un échec toute ma vie.

Donc ces gosses-là vivent dans ce monde-là, et si on ne leur propose pas un projet, la seule dignité qui leur reste sera la brutalité, la violence.

« Sois un homme, arrête de te plaindre, la vie continue.» Toutes les phrases de déni que j’ai entendues quand j’étais gosse et qui m’ont clivé névrotiquement. Je ne pouvais pas formuler que ce que les gens étaient capables d’entendre, et toute une partie de ma personnalité souffrait en secret.

Depuis que je suis enfant, je suis atteint d’une maladie merveilleuse, qui est la rage de comprendre. Si j’avais été équilibré, je n’aurais pas eu le courage de faire médecine et psycho dans les conditions où je l’ai fait… Ce n’est pas normal d’avoir tenté cette aventure, et ce n’est pas normal d’avoir à peu près réussi. Je suis l’exemple non pas de la résilience, mais du bénéfice secondaire de la névrose.

Lien internet vers l’entretien

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La santé mentale, vers un bonheur sous contrôle

Entretien avec Mathieu Bellahsen psychiatre, à propos de l’ouvrage La santé mentale, vers un bonheur sous contrôle, publié aux éditions La Fabrique.

Le piège avec la santé mentale est le suivant : concept progressiste il y a cinquante ans, les acteurs de terrain ne peuvent que se féliciter de la prise en compte de cette problématique sanitaire et sociale. Aussi, comprendre que la santé mentale est devenu un instrument pour gouverner les hommes n’est pas chose aisée (…) Comprendre que la santé mentale s’insère dans une légitimation du discours de l’adaptation est importante pour comprendre les enjeux : « la santé mentale est la capacité de s’adapter à une situation à laquelle on ne peut rien changer. »

Comment un concept à l’origine progressiste, comme celui de la santé mentale est devenu un outil de gouvernement des conduites au service d’une économie néolibérale hyperindividualisante ?

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Réalisation : Emmanuel Moreira
Production : Radio Grenouille
source: http://laviemanifeste.com/archives/10956

A la rencontre des Psy de Nuit Debout!

Psychiatrie, Soins et Accueil : je ne pouvais pas passer à côté de cette commission à Nuit Debout sur la Place de la République à Paris! Fort de mon expérience sur ce blog et sur le sujet de la folie, j’aborde un visage connu, celui d’un psychiatre que j’ai vu un jour dans une vidéo. Il est là avec des collègues de son service à Asnières ainsi que d’autres pros de la santé mentale. Je connais Asnières! C’est là d’où émet Radio Sans Nom, la radio du CATTP d’Asnières animée par Alfredo Olivera, le fondateur de radio La Colifata!

L’idée de la commission est que chacun vienne en tant que citoyen, au-delà des étiquettes soignant-soigné. Mais pas de psychiatrisé en vue jusqu’au moment où surgit un monsieur qui voit les pancartes et s’arrête pour convaincre notre cher psychiatre qu’il est victime d’un faux diagnostic de bipolarité…

Revenons à cette commission: une page internet à été créée que voici:
http://psysoinsaccueil.canalblog.com/

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Deux textes distribués sur place

Ci-dessous le compte-rendu de la réunion du 52 mars: Continuer la lecture de « A la rencontre des Psy de Nuit Debout! »

Folie et théâtralité

Quelle est l’interaction entre la folie et la théâtralité dans l’Angleterre de Shakespeare? Comment les codes scéniques de la folie ont-ils évolué au fil des siècles?

Etudes réunies et présentées par Pascale Drouet et Richard Hillman à découvrir sur: http://shakespeare.edel.univ-poitiers.fr/index.php?id=149img-1

K-Pax, l’homme qui vient de loin [film]

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=lS9NAEV1Mhk]
k_pax_l_homme_qui_vient_de_loinQuelle meilleure hospitalité pour un alien que celle de l’hôpital psychiatrique?

Prot, le personnage principal venu d’une lointaine planète, débarque dans une clinique psychiatrique où sa simple présence parmi les autres patients va s’avérer bénéfique. Un alien qui désaliène les autres, remet à plat la relation aidant/aidé et fait profondément douter le psychiatre qui le prend en charge. 

Celui-ci cherchera à percer le mystère et s’en remettra à l’hypnose. Un film et un personnage qui, par-delà la science-fiction, soulèvent des questions intéressantes.

Citation du jour

« Ni acier, ni surhomme, le résilient ne peut pas échapper à l’oxymoron dont la perle de l’huître pourrait être l’emblème : quand un grain de sable pénètre dans une huître et l’agresse au point que, pour s’en défendre, elle doit sécréter la nacre arrondie, cette réaction de défense donne un bijou dur, brillant et précieux. »

Boris Cyrulnik sur la résilience dans Un Merveilleux Malheur.

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