Témoignage au Psychodon 2019 à l’Olympia

Didier Meillerand : Joan, tu es le créateur du blog Comme des fous, quel est ton objectif ?

La folie expliquée simplement comme une maladie du cerveau, c’était assez désespérant pour moi. Je voulais montrer que ces expériences ont une richesse, qu’il y a un sens derrière la souffrance, pour à la fois déstigmatiser et donner de l’espoir, en valorisant la parole des personnes directement concernées.

Didier Meillerand : Quand tu parles de ton trouble, quel mot tu mets dessus?

Moi, je dis que je suis psychiatrisé. J’ai vécu des expériences de soin traumatisantes comme quand on m’a attaché aux urgences ou mis à l’isolement à l’hôpital.

Ce qui ne m’empêche pas d’être solidaire avec les urgentistes actuellement en grève dans toute la France.

Par chance, j’ai découvert par la suite le soin par la relation et par le dialogue et j’ai pu être accompagné par une clinique de soins-études pour finir mon mémoire d’architecture.

Didier Meillerand : Toi l’architecte, qu’est-ce que tu aimerais construire ?

J’aimerais qu’on construise ensemble une société capable d’accueillir la fragilité, qu’on cesse de voir la maladie psychique comme un dysfonctionnement individuel et qu’on puisse avoir une réponse collective, avec toutes les bonnes initiatives, pour permettre aux gens de trouver un accompagnement dans le soin tout comme dans la vie en général.

Que peut-on espérer d’un soignant en psychiatrie ?

Message aux étudiants, internes, aide-soignants et futurs infirmiers : n’oubliez pas que le soin en psychiatrie repose sur votre capacité à entrer en contact avec l’autre, cet autre qui a perdu temporairement contact avec la réalité et qui dépose en vous sa confiance et son espérance d’aller mieux.

La meilleure technique en psychiatrie c’est la parole.

Le soin en psychiatrie ne se résume pas aux actes techniques : l’injection et la distribution de médicaments, la prise de sang ou encore la mise sous contention mécanique. Vous n’êtes pas là simplement pour regarder le patient discuter avec le médecin psychiatre ou pour l’attacher quand il devient agressif.

Les maladies psychiques sont des maladies de la relation, des troubles du comportement qui expriment une difficulté d’être au monde, d’entrer en contact et en relation avec les autres. La maladie est aussi une solitude invivable.

Si beaucoup voient les malades comme des bêtes sauvages qui peuvent devenir incontrôlables et violentes, dîtes-vous que de l’autre côté, beaucoup voient les blouses blanches comme des automates dénués d’humanité.

La compétence d’entrer en relation avec le patient (voire le transfert) n’est pas réservée qu’au médecin psychiatre. La parole n’est pas un luxe mais la condition même du soin. Si les médicaments servent à apaiser l’angoisse et les symptômes, ils n’ont pas d’autre propriété que de permettre au patient de redescendre de son nuage pour entamer le vrai soin, celui qui lui permettra de mettre un sens à sa crise et de verbaliser son vécu.

Soigner c’est tout simplement redonner vie et voix au patient pour qu’il puisse rentrer en contact avec les autres.

Cela passe également par les médiations artistiques et corporelles.

Si la parole du patient est reine, il ne faut pas oublier celle des soignants et aide-soignants. Car ils souffrent souvent en silence du manque d’échanges et de sens dans leur pratique au quotidien. Contraints à attacher, à mettre à l’isolement à l’hôpital parce que les mots ne suffisent plus, incapables de désamorcer une situation et d’apaiser un patient par la parole.

Chaque malade a besoin d’être écouté et renforcé dans sa confiance en l’autre. Pour ne pas sombrer, le malade doit pouvoir se raccrocher à quelque humanité bienveillante et rassurante, de la part des soignants comme des autres patients.

Chaque soignant doit pouvoir être une présence parlante et rassurante, plus qu’un technicien du soin, il devrait pouvoir compter sur une solidarité collective pour résoudre les conflictualités et ne pas déconnecter son humanité quand il doit faire face à la terrifiante angoisse qui habite le malade.

La souffrance psychique fait peur mais ce n’est pas une fatalité quand elle trouve en l’autre une présence thérapeutique. La thérapie sous ses formes variées ne devrait pas se limiter à réparer les circuits de pensée défaillants comme on répare un ordinateur mais devrait permettre à chaque personne de trouver une place dans la société et dans la communauté des humains.

On peut mettre le patient au travail, lui trouver un logement, le rendre acteur de sa vie mais là où la médecine et la technique montrent leur limite c’est dans la mise en relation de la personne pour qu’elle trouve plaisir et envie d’être avec les autres et ne pas rester un patient réautomatisé et adapté.

Si certains n’ont pas envie de trouver un sens à leur souffrance ou fouiller dans leur passé, la thérapie doit tout de même permettre de retrouver la parole et un plaisir d’exister.

Joan

« Carpe Diem » de Walt Whitman

Ne laisse pas le jour finir sans avoir grandi un peu,
Sans être heureux, sans avoir atteint tes rêves.
Ne te laisse pas vaincre par la déception.
Ne laisse personne t’enlever le droit de parler, c’est presque un devoir.
N’abandonne pas le désir de faire de ta vie quelque chose de spécial.
Crois bien que les mots et la poésie peuvent changer le monde.
Quoi qu’il advienne, notre être profond reste intact,
Nous sommes pleinement des êtres de passion.
La vie est désert et oasis.
Nous tombons, nous avons mal, nous apprenons, nous sommes les acteurs de notre histoire,
En dépit des vents contraires, ce travail puissant continue,
Tu peux en écrire une strophe.
Ne cesse jamais de rêver, parce que dans son rêve, l’homme est libre
Ne t’abandonne pas à la pire des fautes, le silence.
La plupart des hommes vivent dans le silence. Echappe-toi !
Apprécie la beauté des choses simples.
Tu peux écrire des poèmes sur des choses simples
Mais on ne peut voguer contre soi-même
Cela fait de la vie un enfer.
Aime la peur qui te fait aller de l’avant
Vis intensément, sans médiocrité
N’oublie pas que tu es le futur et aborde cette tâche avec fierté, sans crainte,
Apprends de ceux qui peuvent t’instruire
Ne laisse pas la vie s’écouler sans vivre cela.

Psychose d’État : non au fichage à l’hôpital

psychiatrie policière

Début mai, alors que la société française s’émouvait du « fichage » par les autorités sanitaires des personnes blessées lors des mouvements sociaux (comprendre les gilets jaunes) à travers le fichier « SI-VIC » – système d’information pour le suivi des victimes, mis en place après les attentats de 2015, on apprenait également qu’un décret allait permettre aux autorités de croiser les données de la base HOPSYWEB relative aux hospitalisations psychiatriques sans consentement et le FSPRT (Fichier des signalements pour la prévention et la radicalisation à caractère terroriste).

En clair, les gilets jaunes sont fichés lorsqu’ils vont à l’hôpital tout comme le sont les psychiatrisés dans le cadre de la « prévention de la radicalisation à caractère terroriste ».

Cependant, personne ne soupçonnerait un gilet jaune d’être un potentiel terroriste contrairement aux psychiatrisés.

Le cyberflicage de la psychiatrie

Dans les deux cas, les fichiers utilisés sont nés de la menace terroriste. On s’en souvient, la réponse à cette menace à été la mise en place de l’État d’urgence, titre récemment repris par deux psychiatres dans leur livre sur l’état de la psychiatrie.

L’état d’urgence en psychiatrie ce n’est pas l’État d’urgence et pourtant…

A force de jouer sur les mots, à force d’amalgames, on en vient à croire que l’acte fou des terroristes est le symptôme d’un trouble mental. Et que par conséquence, les fous furieux, les agités, sont de potentiels terroristes.

On nage dans la psychose. Non pas celle des sujets qualifiés de psychotiques par la psychiatrie mais bien la psychose au sens général, celle de toute une société traumatisée par le terrorisme. Nous voilà méfiants, apeurés, attentifs à tout ce qui pourrait être un attentat, un bagage abandonné, une cathédrale qui brûle. Et l’État, perméable à cette inquiétude collective et à cet état d’alerte permanent, tente naturellement de prévenir un futur attentat.

La psychose d’État atteint maintenant la psychiatrie. Il faut ficher, fliquer, pour contrôler l’incontrôlable.

Le problème c’est que les personnes hospitalisées sans leur consentement en psychiatrie sont tout aussi perméables à cette psychose collective. Notre société a peur des attentats et la sensibilité exacerbée des personnes relevant de la psychiatrie n’échappe pas à cette peur. Du coup, la peur envahit les hôpitaux, les patients ont peur, les soignants aussi…

On finit en psychiatrie lorsqu’on perd le lien avec la société.

La psychiatrie, lieu d’asile et de répit, doit permettre au patient de retrouver ce lien avec la société. Malheureusement, le lieu même où il se retrouve privé de liberté le condamne à l’exclusion par la société.

Le patient psychiatrique se retrouve en service fermé, à avaler des médicaments qui altèrent ses facultés intellectuelles tout autant qu’ils les réhabilitent.

Et le lien social dans tout ça? C’est le rôle des soignants que d’apaiser la peur, de recréer un lien de confiance, de rétablir la communication avec le monde extérieur. Le patient délirant, envahi par ses idées, reprend peu à peu contact avec les autres.

Pendant ce temps, dehors, il est suspecté de radicalisation par les autorités.

La psychiatrie, stigmatisée pour son rôle de contrôle social des déviants, est en crise. Et souvent, loin d’être thérapeutique, elle se fait maltraitante. Et pourtant, c’est souvent le dernier lieu de répit pour les personnes désocialisées et en prise avec une grande détresse intérieure.

La folie c’est aussi un symptôme du social.

C’est un sujet délicat, pour moi, car terrorisme et psychiatrie étaient au cœur de mon délire lorsque j’ai été hospitalisé en 2017.

C’est comme si j’étais un révélateur des malaises de la société, comme un fou qui révèle cet inconscient collectif, à la fois troublé et troublant.

Alors en crise, je me retrouvais dans un train aux Pays-Bas poursuivi par ma cousine et bientôt la police. La police néerlandaise arrête le train pour m’emmener voir un psy. Ne souhaitant pas descendre du train, je commence à dire que je ne suis pas un terroriste. Le policier m’aide à descendre et me dit « You are Fucking Crazy ». Je trouve ça violent. Je vois un psychiatre qui, après discussion, me laisse repartir avec ma cousine.

Le lendemain, j’ai paniqué lorsque j’ai appris que ma famille venait me chercher, alors j’ai appelé la police. J’ai cherché le meilleur motif pour se faire arrêter et j’ai dit en anglais « I am a terrorist of love, my heart is a bomb ». J’étais réellement amoureux, mais pas un « terroriste tout court ».

La police néerlandaise a déboulé en 20 minutes et m’a globalement bien traité, ils m’ont mis au cachot toute la nuit comme la chambre de soins intensifs de l’hôpital sauf qu’avec une caméra de surveillance. J’ai voulu dialoguer car je souffrais psychiquement, ils m’ont enlevé la bible quand j’ai commencé à déchirer les pages, puis enlevé le matelas, coupé l’eau et la lumière, peut-être pour que je dorme, mais pour moi c’était une vraie torture intérieure. Un psy a bien été appelé, il m’a vu deux secondes et est reparti. Le matin, interrogatoire, moi qui essayais d’appeler le consulat de France, et puis libéré lorsque ma famille a confirmé mon passé psychiatrique, la justice néerlandaise ayant mis comme condition le rapatriement d’urgence.

Arrivé en France, la police est venue me chercher lorsque j’ai appelé la police néerlandaise pour avoir les enregistrements vidéo de « ma torture ». S’en suit la contention d’office à la Pitié Salpêtrière et une hospitalisation sous contrainte. J’ai alors cru que les policiers s’étaient déguisés en soignants et ils m’ont mis en chambre de soins intensifs, m’ont piqué avec de l’Haldol avec les renforts. Après une semaine en service de réanimation à cause de l’Haldol, je réintègre le pavillon fermé où ça parle beaucoup Coran, il faut croire que sociologiquement on était nombreux à être d’origine arabe. Je vous rassure, j’étais le seul « terroriste potentiel » et j’avais du mal à expliquer à l’un des patients pourquoi j’ai longuement crié « Adama Traoré » et « Allah Akbar » pendant ma semaine de chambre d’isolement.

Quand je vous dis que la psychose est collective…

JOAN

Faut-il préférer la scientologie à la psychiatrie ? #scientologievspsy

33 millions d’euros, c’est l’argent déboursé par un investisseur privé pour installer les locaux de la scientologie à Saint-Denis (93).

Il faut arrêter de stigmatiser la scientologie, il faudrait plutôt l’éradiquer. 
On pourrait remplacer le mot scientologie par psychiatrie, et c’est bien là le problème.

Mais pourquoi faire le lien entre scientologie et psychiatrie?

C’est simple, la scientologie prétend exercer une emprise mentale exclusive sur ses adeptes et c’est pour ça que la psychologie et la psychiatrie la gênent, puisque c’est leur rôle de soigner le mental.

En effet, la doctrine dianétique inventée de toute pièce par le créateur de la scientologie est vendue comme une méthode pour atteindre le bien-être mental, et ce, sans médicaments ni psychologue.

Les médicaments sont remplacés par des vitamines et le psy est remplacé par un « pair » scientologue plus expérimenté appelé auditeur, qui écoute et prend des notes en interrogeant la personne sur ses problèmes existentiels.

Comme la psychanalyse, cette méthode est dite analytique, on cherche à trouver la cause des problèmes pour s’en libérer. Sauf que pour atteindre le bien-être, il faut passer des paliers avant de pouvoir découvrir l’explication ultime (ou plutôt première) sur l’origine des maux de l’homme. Celle-ci a été écrite par le créateur de la scientologie, un brillant écrivain de science-fiction. Selon lui, il aurait existé une humanité il y a quelques millions d’années dans une société similaire à la nôtre et ce sont les âmes de ces premiers humains avec leurs souffrances qui entrent dans le corps de chaque nouveau-né. Et c’est de ça dont il faut se libérer et se purger et non pas de ses propres traumatismes.

Le problème c’est que cette méthode fantasque a déjà donné lieu à un drame. Elly Perkins, adepte américaine de la scientologie, est morte sous les coups de couteaux (77 en tout) de son fils Jeremy, atteint de troubles psychiatriques, pour qui elle refusait tout soin psychiatrique, tout en lui imposant les méthodes et les vitamines des scientologues.

Malheureusement, les troubles psychiatriques lorsqu’ils ne sont pas accueillis et traités par des spécialistes peuvent aboutir au pire.

On ne peut pas nier que la psychiatrie peut aussi conduire à la mort, on a tous entendu parler de suicides à l’hôpital, il s’agit d’un sujet délicat mais on ne peut pas réduire la psychiatrie à ça. La psychiatrie maltraitante et les mauvais psy existent également, mais l’approche clinique et médicale transmise depuis deux siècles et complétée par les découvertes liées aux mécanismes de défense et de l’inconscient sont indéniablement plus rationnels que la méthode scientologue. Cette dernière est même dangereuse.

Il est étrange de voir que les psy et les élus ne réagissent pas face à l’expansion de la scientologie qui profite de la détresse et de la méfiance collective par rapport à la psychiatrie pour recruter des adeptes.

Ainsi, l’association CCDH qui fait son beurre sur les abus de la psychiatrie est en même temps une vitrine de la scientologie en France pour recruter les laissés pour compte de la psychiatrie.

A Saint-Denis, c’est une autre association « Le chemin du bonheur » qui a pris ses quartiers pour diffuser et recruter des adeptes en quête de bien-être.

Le bien-être est souvent promu par l’Organisation Mondiale de la Santé et les politiques publiques de l’Etat visant à réduire l’impact des maladies psychiatriques et les coûts liés aux hospitalisations en psychiatrie. Sous couvert de bien-être et de positivisme, on nie la souffrance et la spécificité psychiatrique et sa complexité qui nécessite une formation des professionnels au dialogue et au soin relationnel pour désamorcer les situations potentiellement dangereuses. Cette spécificité du soin psychique ne saurait se limiter à la formation des seuls soignants de la psy mais mériterait d’être transmise au reste de la société pour faire reculer la peur et la psychophobie tout en faisant reculer les dérives sectaires comme la scientologie.

Pour ceux qui voudrait approfondir la supercherie de la scientologie, voici l’excellent documentaire « Going clear » traduit en français.

Portrait de snoopy75

Comme snoopy75, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

L’architecture, l’art, l’imagination, la photographie, l’amitié, l’amour, la vie…

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Des chiffres, toujours des solutions, et 1+1=2 toujours clair, net précis…

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

On est tous un peu fous mais parfois ça nous échappe, c’est incontrôlable, et ça c’est dommage à tout niveau.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

Ça peut faire ressortir certaines choses de nous que l’on ne soupçonnait pas.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Je demanderais de ne pas mélanger tous les genres et de classer les personnes hospitalisées par catégories soient maladies.

« Schizophrénie, incompréhension et responsabilité pénale »

[starbox id=maladementale]

Bonjour,

toute analyse et réflexion, de ma part, sur la schizophrénie, sont issues de ma plongée en celle-ci, en premier lieu, et le vécu.

Lire, me documenter, collecter des données nécessitant ou faisant appel à la mémoire, la culture, les connaissances, complètent.

keridwen

Il me semble crucial d’aborder le sujet de la responsabilité d’une personne schizophrène, lors de délits, agressions, au vu des mécanismes qui engendrent ces comportements.

Je les exprime aujourd’hui, non sans chagrin, et grande inquiétude, puisque de plus en plus de psychotiques sont jugés responsables de leurs actes.

L’incompréhension vis-à-vis de nous, et nos comportements dits « insensés », peut aussi se concevoir.

Pendant mon délire psychotique, qui dura deux ans avant d’être freiné par les neuroleptiques, j’ai traversé chaque minute de ma vie, en état second, happée par une vie parallèle, qui avait immergé ma conscience dans ce si caractéristique : « hors réel » …

Dans ce monde autre, effectivement, nous entendons des voix, qui harcèlent, tortures, ordonnent. Les visions sont là, devant nos yeux. Ces sons, ces images, nous n’avons alors aucune raison de douter de leur réalité, car ils sont là, devant nous, en nous, ou accédant à notre ouïe.

 Je n’aborderai pas ici les raisons, l’origine, de ces hallucinations.

Mais je confirme, que dans ces états, nous avons un discernement altéré de la norme et du sens, puisque nous évoluons nous, dans nos normes.

Lors de mes délires, nul n’aurait pu me convaincre de leur absurdité, de leur irréalité, car à mes yeux ils étaient réels, concrets, et cohérents à ce « monde autre »…

Lorsque la voix, les voix, vous ordonnent d’agir comme ceci ou comme cela, vous ne pouvez pas aller contre. C’est absolument impensable, impossible. Nous obéissons, nous sommes soumis à l’ordre. C’est souvent aussi une injonction vécue comme divine, qui, si elle nous somme de voler, nous volons, d’agresser, nous agressons. De tuer, nous tuons, oui, cela peut aller jusque là, même si ces cas sont rares. Ils répondent néanmoins à la même approche.

Les juges, la loi, se demandent si, chez une personne en crise, le discernement est aboli.

Oui, il l’est.

Les voix, « les êtres de l’invisible », autour de moi, me donnaient des ordres, j’obtempérais. Des comportements destructeurs, comme m’ordonner de déchirer de l’argent, et le mettre à la poubelle. Il faut obéir.

Des personnes me remarquaient, lorsque j’allais en ville, car j’étais occupée à dialoguer intérieurement, avec ces interlocuteurs parasites, et envahissants.

Concernant les notions de bien et de mal, je me souviens qu’au début de ma psychose, un de mes neveux était un nourrisson, et je voyais, dans mon monde de psychose, des femmes autour de lui, qui voulaient lui nuire, l’enlever. Je pleurais, pleurais, en réel, car j’avais du chagrin que l’on fasse du mal à ce petit.

Ma sœur était là aussi, mais bien évidemment, elle ne pouvait rien voir de ce que moi je visualisais.

J’étais en plein délire, mais c’était du « mal » que l’on voulait faire à mon neveu. Par contre : ce fut un mal imaginé, dénué de sens.

Le discernement est aboli, dans ces crises.

Comment voulez-vous que la personne soit consciente d’avoir fait du mal ou du bien si elle fut guidée, si elle obéit, à une force démesurée et irrésistible ? Qui plus est faut-il voir cela uniquement en ces termes ? Elle a agi, et surtout elle a fait ce que les voix lui demandaient. La nécessité de passer à l’ acte quel qu’il soit, domine.

Lorsque j’ai déchiré ces billets de banque, dont je parle ci-dessus, et les ai jetés à la poubelle, je ne voulais pas, quel comble ! Jeter de l’argent ! Mais cela était un ordre, impératif, je devais l’exécuter, je le devais. Je suis passée à l’acte.

De plus, lorsque, dans les hallucinations de la personne, c’est « Dieu » qui exprime cette autorité, et que tout pouvoir lui est donné dans la relation à celui-ci, on s’y soumet. (La foi, « croire » en Dieu, je n’étais pas dans cette démarche du tout, avant le déclenchement de la psychose, et me révélais inculte en matière de religion.)

Donc soumettre ensuite à la personne qu’elle a fait du mal, est totalement hors de sa compréhension, non parce qu’elle est stupide, mais son acte a répondu à un appel, qui lui, dans sa psyché, était fondé.

D’autre part, des soignants estiment que mettre en prison, ou condamner juridiquement, est thérapeutique, et sert à responsabiliser l’auteur des délits.

C’est aussi de l’ordre de l’incohérence.

Une abolition de conscience, est intrinsèque à un fonctionnement différent des notions de bien et de mal, de responsabilité autre.

Et si la personne a l’ordre d’agresser, parce que les voix lui affirment qu’elle va ainsi sauver le monde, que cela fait partie de sa mission de vie ? Où se situe pour elle la responsabilité ?

Les situations intérieures psychiques, sont de cet ordre-là.

Le délire messianique, je l’ai traversé.

Aussi…

Malgré mon mince éclairage du divin, je me pris pour celle qui sauvera le monde..Rien n’aurait pu modifier cette pensée, les preuves sont de ci delà, glanées et emplissent le panier de la certitude d’une mission d’ordre sacré.

On se sent exalté, transporté, fière, de cette mission, et ce, à proportion égale à la honte suprême que l’on a de soi, au fond, réellement.

Le manque, le vide total, se laissent emplir d’un autre monde qui ne demande qu’à s’engouffrer, s’installe, et parasite. 

La psychose, est un enfer, et j’ai mis longtemps à illustrer ce vécu, cet état, par ce mot.

Si les schizophrènes hurlent, se tordent, s’isolent, prennent leur tête entre leur main, c’est pour que cela s’arrête, car ils subissent une réelle torture mentale, insoutenable. L’agressivité qui en découle, souvent envers soi, cherche à soulager les souffrances par une extériorisation, une expression, qui malheureusement peut mener au pire. Parce que la douleur doit cesser, et cesser vite, parfois violemment, car proportionnellement à la violence de l’horreur.

La prise de médicaments, bloque les crises violentes, peut soulager la douleur, mais en échange de mourir d’une autre façon, lentement, à soi-même. Les effets secondaires des molécules destinées à nous soulager, à éviter une auto agression, sont redoutables et maltraitent le corps, et l’esprit. L’issue peut être tout aussi fatale par les conséquences de la chimie. 

Un point me semble très important à aborder, et peut sembler complexe… ou absurde…

Une personne schizophrène sait, au fond d’elle même, qu’elle n’est pas malade mentale, et sait, aussi, combien est démesurée l’incompréhension que lui témoigne une grande partie du corps médical.

L’approche que l’on a de la schizophrénie, est faussée, parce que les réalités engagées dans le processus ne sont pas les mêmes, tout en étant de l’ordre de l’Humain malgré tout.

Le psychotique est coupé du Réel ? Oui, et le normal est coupé du Réel du psychotique.

Il se présente alors, pour la personne schizophrène, un état de chagrin, de prostration. Beaucoup d’entre nous, clamons, revendiquons, ou pressentons, que nous ne sommes pas malades. Une telle étiquette relève de l’absurde, et ajoute à notre angoisse, notre impuissance, et souvent nous renonçons à être compris,

Alors nous optons pour une soumission, une adhésion à une doctrine psychiatrique. Tout du moins: nous n’avons que ce recours.

La non-observance d’un traitement, vient des effets secondaires qui peuvent nous tuer à petit feu, mais aussi parce qu’au fond de nous, nous savons que ce ne sont pas les remèdes qu’il nous faut, et que l’incompréhension de notre vraie personne est totale.

Pourtant, autour de nous, dans l’invisible, les manifestations de ces « êtres » sont réelles, font mal, s’expriment par des remarques qui blessent au cœur, quand, quoi que nous fassions, comme gestes, hurlements, suppliques intériorisées, ou exprimées ouvertement par des gestes, ne font aucun effet sur ces agressions cruelles que nous sommes seuls à sentir.

La capacité de bloquer ces perceptions douloureuses, c’est cela qui est à forger, à « rééduquer ». Un traitement peut commencer le soin, mais sans abandon du traitement, il est impossible d’aller plus loin et de recouvrer une autonomie, une conscience.

Les personnes psychotiques, ont besoin de soins, d’écoute, et leurs actes délictueux se situent dans un contexte soit ignorant de leur mental et de leur psychologie, soit déshumanisant. Nous mettre en prison, nous juger, nous enfermer, nous condamne à la terreur dans la terreur.

Nous sommes cohérents avec nous-mêmes, lorsque nous sommes dans une crise, dans une soumission aux ordres, dans une phase hallucinatoire. Notre réel, est aussi réel à nos yeux que le réel des normaux l’est au leur. Tenter de nous expliquer ou de nous faire comprendre que nous sommes dans la faute, le mal, est du domaine de l’absurde. Cet inversement des réels, rend les condamnations insensées.

KERIDWEN

Le droit à l’oubli

« Dans le plus petit comme dans le plus grand bonheur, il y a quelque chose qui fait que le bonheur est un bonheur : la possibilité d’oublier […] il y a un degré d’insomnie, de rumination, de sens, historique qui nuit au vivant et qui finit par le détruire, qu’il s’agisse d’un homme, d’un peuple ou d’une civilisation. »

Friedrich Nietzsche

Il est des choses qu’on ne peut pas oublier, il est des personnes qu’il vaut mieux oublier.

Non pas qu’elles ne méritent pas notre attention mais parce qu’elles prennent trop place dans notre esprit.

Le temps fait son œuvre, il éloigne les moments douloureux et nous invite à passer à autre chose avant qu’il ne soit trop tard.

Parfois l’idée même du temps nous paralyse, on a peur de l’irréversible, on préfère remettre à plus tard, ne pas se projeter dans un temps futur qui nous rapproche de la mort.

S’oublier un instant, oublier qu’un jour on va mourir, c’est s’autoriser à vivre dans le présent et profiter d’un rayon de soleil, d’une rencontre plaisante mais aussi nous encourager à nous inscrire dans le futur.

La liberté d’oublier c’est peut-être se donner la liberté d’exister et de ne pas ressasser le passé afin d’entrouvrir la porte des jours nouveaux.

OK tu dois prendre des médicaments tous les jours parce que tu as une fragilité psychique mais est-ce que cette habitude t’empêche de faire que chaque jour soit nouveau et différent.

Si les jours se répètent et se ressemblent comme dans un présent continuel où l’on s’empêche de penser à tout ce que l’on pourrait faire autrement, alors il est temps d’enclencher le changement, de prendre un pied de biche et d’enfoncer cette porte entrouverte qui ouvre un espoir.

Prenons l’exemple de la psychiatrie puisque c’est à elle que je pense sans la nommer, j’ai l’impression d’être attaché à elle comme à un lit, ai-je le droit de l’oublier?

Je peux oublier un jour de prendre des médicaments mais je les prendrai le lendemain, ce n’est pas un si grand problème et ce n’est pas définitif.

Mais puis-je oublier la psychiatrie et passer à autre chose? Faire de ces comprimés une habitude journalière, comme si c’était une simple maladie, et faire de ma vie autre chose, penser et circuler hors des espaces de santé mentale.

La psychiatrie ne doit pas être une expérience identitaire, on devrait pouvoir se passer de ses étiquettes. Pouvoir se dire qu’on a un diagnostic médical mais que dans la vraie vie ça ne regarde que moi et que ça ne fait pas mon identité. Cette liberté implique qu’on ne soit pas attaché par la contrainte, ou une quelconque tutelle ou curatelle qui fait de nous un malade avant d’être une personne à part entière.

Si le droit à l’oubli est le droit à passer à autre chose, comment faire en psychiatrie pour représenter les usagers par des personnes directement concernées si le rétablissement passe par un affranchissement, par le fait de ne plus vouloir entendre parler de la psychiatrie?

Si la psychiatrie n’était pas si stigmatisante, que l’on pouvait circuler dans ses espaces et puis dans d’autres, aller et venir, on pourrait militer en tant qu’usager ou ex-usager une fois par semaine (dans les instances de « démocratie sanitaire » ou autres), puis vivre sa vie le reste de la semaine.

Et puis, pour ceux qui voudraient qu’on les oublie complètement, est-ce que ce droit à l’oubli est juridiquement possible, quand on sait que pour un prêt ou une assurance on peut vous demander votre historique notamment par rapport aux hospitalisations.

Pourquoi est-ce si honteux d’être passé par la psychiatrie ou d’être suivi en psychiatrie, et qu’en parler vous expose à devoir faire un « coming-out » comme un aveu de votre fragilité ou plutôt de votre déviance?

Le problème n’est-il pas qu’on laisse parler les normaux à notre place, professionnels, industriels du médicament, lobbyistes en tout genre, qu’on coûte tant de milliards à l’assurance maladie, qu’on a 10 à 20 ans d’espérance de vie en moins, que nous sommes 12 millions?

Où sont les 12 millions quand il s’agit de parler dans les médias de la stigmatisation, du vécu en psychiatrie, des conditions d’accueil indignes et traumatisantes, de ces portes fermées à double-tour, de ces sangles qui attachent parce que le patient agité est dit ingérable…

Je ne me permettrai pas d’oublier car je sais que d’autres conditions d’accueil sont possibles, que notre intérêt diverge des intérêts médico-économiques et que je n’ai pas envie de me retrouver une nouvelle fois dans le même pavillon psychiatrique dans quelques années. Non pas qu’il faille fermer les hôpitaux et les lits comme le suggère le cours actuel des choses, mais qu’il est temps de revendiquer et de se donner les moyens de faire la psychiatrie autrement avec les personnes directement concernées, les soignants qui veulent faire leur métier dignement et sans maltraitances, et les citoyens se sentant concernés.

JOAN


« Ma schizophrénie, génétique et stérilité »

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Bonjour, je suis vraiment très heureuse que mon premier article intitulé : Ma schizophrénie, mon sevrage, ait autant été lu et partagé. Cela fait chaud au cœur dans ce combat titanesque : vivre la psychose.

Mon témoignage est celui d’une femme qui passa sa vie sous traitement alors que d’autres solutions, dont on commence un peu à parler, existent.

Pour moi, il est trop tard, j’ai 61 ans, mais que ma descente « aux enfers » puisse aider à en remonter un témoignage, oui, je le souhaite, et ainsi je reste en vie.

Je cite parfois la notion d’intangible, d’abstrait. Oui. J’aurai peut être la possibilité de développer davantage ces éléments essentiels, et au cœur même du sujet.

Je témoigne peut-être parfois maladroitement, mais tout mon vécu, mon ressenti, ont comme intention humaniste, de sortir de l’ornière, la façon de voir, de définir, de « traiter » (comme on traite de mauvaises herbes dans un jardin) la schizophrénie.

Je ne dis pas qu’il n’y a pas de colère, dans mes témoignages, et elle me semble légitime, mais il y a surtout aussi un vœu que des solutions autres soient trouvées, comprises. 

Pour ma part, le sevrage m’en fait voir la sortie, mais je suis vigilante, et si je sais me voir, c’est aussi parce que j’ai pris le risque de diminuer le traitement. Je suis devenue responsable de mon amélioration, et cette conscience, prémisse de guérison, ne se serait pas produite si j’étais restée soumise à la médecine qui, malgré son utilité, a ses limites, commet des erreurs. Ou refuse les remises en question.

Oui, la psychose, ce sont les douleurs, tortures, psychologiques (sons ou paroles allant jusque dans l’ultra-son donc l’insoutenable, les harcèlements, les ordres auxquels il nous est impossible de désobéir) qui peuvent faire hurler. Et sans cesse le regard de la société, prête à assommer de son œil noir l’ être qui n’entre pas dans le rang, ou qui se fait trop remarquer.

L’être qui souffre aussi.

L’entourage, même mu par le souhait ardent de bien faire, et aimant soit le frère, la sœur, l’enfant (mais « anormal ») cet entourage s’égare aussi par maladresse, par déni, et insulte parfois, délibérément, rejette ce fruit non-conforme aux calibres en vigueur, ce fruit sur lequel avaient été fondés tant d’espoirs, de projections d’ego, et qui s’avère avoir échoué dans sa forme

Un regard peut être un long langage, de rejet, malgré l’envie d’aimer.

Dans nos sociétés occidentales, modernes, le premier réflexe, devant un être perdu, exalté, ne répondant pas aux comportements lissés, appris, discrets, dits » cohérents » , est de faire appel systématiquement à la psychiatrie, donc aux médicaments, à la piqûre intrusive, voire à la force, la contention. Exista aussi la lobotomie. L’électrochoc.

Je poursuis volontiers, non sans amertume et tristesse (deux euphémismes), sur un terrain aussi très glissant, mais couramment emprunté de pied ferme : la stérilisation des malades mentaux, ou toute autre population présentant une « imperfection », ou une identité précise,

Lors de la Seconde Guerre mondiale, sous le régime nazi, les malades mentaux furent les premiers à être stérilisés, étant un poids lourd sur les épaules du pays désireux de ne compter que des êtres, des fruits, sains, beaux, vigoureux.

Puis l’assassinat, par les gaz.

Les gaz qui servirent à l’extermination des personnes juives, furent tout d’abord expérimentés sur les malades mentaux. Dont les schizophrènes.

Je suis une malade mentale, une schizophrène, qui aurait été stérilisée, gazée, car considérée, comme beaucoup de mes frères et sœurs schizophrènes, un coût, parce qu’inapte, imparfaite, tarée. On m’a déjà qualifiée plusieurs fois de « tarée », et autres poésies, qui suffisent à ne plus avoir envie de lutter, tant ils sont abjectes, et poussent vers la sortie.

Bien d’autres populations, qualifiées inférieures, furent stérilisées aussi, telles les Amérindiennes.

Stérilisées, par des médecins normaux.

Les politiques de luttes contre la pauvreté pratiquent et ont pratiqué ces méthodes, de stérilisation. Mais comment, déjà, ces pays ont-ils basculé vers cette pauvreté ?

Comment en est-on arrivés là ? Et jusqu’où va-t-on aller ? 

L’on m’a donné force antipsychotiques, pendant toute ma jeunesse et ma vie de femme. Je n’ai jamais été enceinte. Ces médicaments font efficacement effet contraceptif.

Je me suis documentée sur la composition, et les conséquences des substances contenues dans ces comprimés, que nous sommes obligés de prendre bien gentiment, à vie. Contester les décisions des spécialistes, de plus, est très mal toléré, la plupart du temps. 

Ces substances, bloquent, pour beaucoup, le processus de fécondation et entraînent donc une stérilité, ou un risque d’être stérile.

Ajoutons aussi que la molécule d’origine des antipsychotiques, est la Phénothiazine, composant des pesticides.

Le neuropsychiatre, qui m’a « traitée » en tout début de psychose, savait-il que ces traitements, à vie, allaient me rendre stérile, ou jouer sur ma fertilité ?  Ou ces molécules, nocives, risquaient-elles, elles, de rendre anormal un enfant ? Si oui, pourquoi ne pas en avoir parlé ? A-t-il été question de ce sujet avec ma famille ? Qui suis-je donc, ou que suis-je donc, pour avoir été ainsi mise hors circuit ?

Si j’avais demandé à être mère, désiré une grossesse, que m’aurait-on répondu ? 

Les molécules diminuent-elles l’envie de grossesse ? Ou désinhibent-t-elles ?

Mais si l’on avait pensé très fort que je pouvais avoir un enfant malade mentale, comme moi, j’aurais répondu : « Et alors ?! »

J’en suis une, où est le problème ? Je ne dois pas me reproduire pourquoi ? Afin de préserver la Terre ? Afin de la protéger contre la violence, ou le déséquilibre des malades mentaux comme moi ?

Les mots que vous lisez-là sous ma plume, sont-ils bel et bien ceux d’une dégénérée ?

Une Terre massacrée, oui, par des personnes normales !

Se rend-on compte, lorsqu’on cherche à tout prix une origine cérébrale ou génétique, à la schizophrénie, de ce qu’il se produirait, si l’on trouvait :« la -moindre -trace -de -peut -être -une -possibilité -que -sans -doute- au- vu- de,- un -fœtus -peut- développer -une -schizophrénie ,- mais -sans -en -être -certain ?, Il va se produire le rejet de cet enfant, et les avortements.

L’avortement est un droit, oui, et s’avère parfois vital, nécessaire.

Mais jusqu’où va-t-on aller, et se laisser conduire au nom de « preuves » d’anormalités, dans une société qui encourage aussi : la performance, le résultat, l’efficacité, le champion, le parfait, le rectiligne ?

La personne que je suis et qui est en tain de vous écrire, pseudo Keridwen, serait sans doute passée aux oubliettes, si un diagnostique existant de schizophrénie avait été détecté lors de la gestation. 

Mais il est vrai aussi que cette solution radicale, ne permettrait pas l’exploitation, longue en recherches, et la vente de nouvelles molécules. Et longue va être la recherche de la panacée qui « guérira » la schizophrénie, car cette panacée chimique n’existe pas.

Toute molécule colmatera, chronicisera, faussera, mais jamais rien de chimique ne conviendra.

Remettre en question la notion de réel, cela oui, fera avancer et nous aidera. Mais la chimie, jamais. Cette dernière détruira le cerveau, mais ne permettra aucune sortie de psychose. Au contraire, elle l’enfoncera.

La médication peut être un début de solution, mais ensuite, la parole, l’écoute, l’expulsion des poisons de la psyché… Oui… par les mots…

Cela existe déjà, et fait ses preuves, un procédé humain, naturel. Le dialogue.

Rassembler les pièces du puzzle éclaté, oui, est un dur labeur. Mais lorsqu’on y parvient et l’on en sort ; on discerne toutes les fausses routes prises, Qui mènent à un sacrifice de personnes schizophrènes aussi à venir, si rien ne change.

Un remarquable constat, à mes yeux, est l’acharnement des scientifiques, de vouloir absolument trouver une cause génétique, je me répète, à ce qui est une crise existentielle.

Des traces spécifiques sont, dit-on, repérées dans des cerveaux de schizophrènes, mais ce sont des conséquences, et les séquelles des traitements, lourds, que l’on détecte-là, et non les preuves d’une maladie qui aurait été là avant.

D’autre part, la schizophrénie, telle que je l’ai vécue intérieurement, au plus profond des crises, me plongeait surtout dans un état modifié de conscience, une transe. Tout comme dans un état de méditation, lequel est, certes plus paisible, mais de même nature à transformer le fonctionnement cérébral.

La « folle « comme on se plut parfois à me qualifier…

La folie, n’est-elle pas nécessaire à un équilibre ?

La Terre, et les personnes normales, survivraient-elles et tiendraient-elles debout sans les malades mentaux ?

La santé mentale coûte cher, est-il souvent émis !

Je suis désolée de vous coûter aussi cher, alors que ma tête penchée est aussi cohérente que notre planète, penchée aussi, et sans laquelle, lesquelles, personne ne serait en vie.

KERIDWEN

26 propositions pour sortir la psychiatrie de l’impasse

A l’occasion des Semaines de la Folie Ordinaire, nous avons voulu nous réapproprier l’acte de faire des propositions en écho aux 25 propositions faites par l’Institut Montaigne, un think tank (groupe de réflexion) national, face à une approche neuropsychiatrique, trop réductrice et gestionnaire, sourde à la parole des personnes concernées et aveugle à la question du lien social et du temps irréductible nécessaire pour accueillir, soigner et faire lien.

Une proposition de plus, donc, pour montrer que nous pouvons aussi proposer et qu’il existe une pluralité de voix, rarement prises en compte, mais salutaires pour le débat démocratique.

Voici les 26 propositions qui ont émergé ce dimanche à la Parole Errante, n’hésitez pas à les compléter :

  1. Créer des maisons de la parole pour tous pour en finir avec la médicalisation et la stigmatisation
  2. Création d’espaces citoyens pour la participation des usagers, des proches, des soignants au débat public sur la psychiatrie
  3. Rédiger le manifeste de ce qui nous rend fou
  4. Créer des outils pédagogiques sur les termes de la psychiatrie
  5. Un accès facilité à un(e) psychologue dans les écoles
  6. Pas de traitement médicamenteux avant trois rencontres avec le psychologue
  7. Enseignement à l’école de la relation de soin
  8. Formation des soignants à la relation et à la parole
  9. Abolition de la contention (et arrêt de la formation à la contention)
  10. Ouverture des services fermés
  11. Une banque du temps pour se donner le temps de l’échange et du soin
  12. Enrichir les formations des « dits » professionnels, entendre ceux qui décrivent ce qui leur a fait du bien
  13. Rendre les ateliers à médiation artistique obligatoires (à l’hôpital)
  14. Création de lieux d’accueil de crise sans médicaments
  15. Des lieux de soins à la campagne (avec des soignants)
  16. Arrêt de la Valorisation de l’Activité en Psychiatrie (VAP) pour une dotation des services alignés sur les besoins de la population
  17. Boycott, sabotage, grève des outils informatiques de gestion dans les services de psychiatrie et partout ailleurs
  18. Purger la folie de la maladie mentale, mais pas nécessairement des diagnostics
  19. Accueillir les proches (familles, fratries, amis…)
  20. Faciliter la participation des usagers
  21. Rendre accessibles les droits
  22. Création d’un syndicat des patients en psychiatrie
  23. Ressusciter la Mad Pride!
  24. Lutter contre la psychophobie
  25. Redonner aux patients leur espérance de vie (+15 à +20 ans)
  26. En finir avec la normalité

Pour rappel, vous trouverez les 25 propositions de l’Institut Montaigne et de la Fondation FondaMental ici :