Comme Magichit, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.
Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?
Sans réel métier depuis longtemps j’ai des activités professionnelles que je fait (ou veut accomplir – dans l’art donc) parfois pour d’autre rarement pour un gain.
Que penses-tu du monde de la santé mentale?
Confronté à des personnes hors du monde de la santé mentale, j’ai appris à voir ce qu’était l’aliénation, être étranger à la raison.
Je pense toutefois que les catégories et les « normes sociétales et/ou sociales' » sont autant des carcans que des barrières illusoires à l’individualité.
Certes s’aventurer loin de la raison et de la conscience de soi et du monde est aussi souffrance et peine, danger et errance quand ce n’est pas un choix mais une obligation réelle ou somatique.
Santé mentale indiquant une norme je préfère parler de « monde » de l’équilibre personnel, de ce qui permet de nous réaliser.
Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?
Une vision autre. La force d’avoir à se battre même si par obligation, mais tout ceci est biaisé et relatif à l’expérience de chacun et chacune.
Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?
Non. Je demanderais que les gens soient plus et mieux pris en charge et intégrés à la société quand possible. Parfois, certes les solutions n’existent pas mais parfois les médications ou autres camisoles et internements ne sont pas des solutions.
L’écoute et le soutien, les thérapies comportementales et le temps accordé aux diagnostics et patients pourront toujours être accrus pour résulter en bénéfices.
Comme Poppy, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.
Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?
J’adore les animaux et en particulier les chats. J’aime la musique et la peinture, écrire aussi.
Je suis seule depuis des années et j’espère rencontrer des gens qui pourraient devenir des amis. C’est un grand but dans ma vie.
Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?
Je ne travaille pas mais je passe mon temps à me documenter sur les médecines alternatives, les plantes, les vitamines, tout ce qui peut aider à supporter ou à soigner une maladie sans passer par la case « médecin ou spécialiste ».
J’ai pu remarquer que les docteurs en général avaient tous un certain mépris pour les personnes souffrant de maladie mentale et ne les prennent pas au sérieux. Alors si je peux éviter de les fréquenter, c’est mieux…
Que penses-tu du monde de la santé mentale?
Du mal, du mal… Les psychiatres sont totalement incompétents, pour la plupart, ce sont des distributeurs de cachets sans état d’âme qui vous condamnent à vie à avaler des poisons qui induisent la maladie plus qu’ils ne la soignent.
Les infirmiers sont à la botte des psy et n’ont pas de recul sur les malades qu’ils fréquentent. Je n’ai que des expériences désastreuses en hôpital ou en clinique psychiatrique. J’envie les finlandais et leur Open Dialogue qui soignent en six mois des schizophrénies qu’on condamne à vie ici.
Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?
La seule chose que j’en ai retiré, c’est d’avoir compris que je ne suis pas faite comme la plupart des gens, que je suis très sensible aux rapports humains et que je suis souvent déçue parce que j’en attends beaucoup plus d’authenticité et de chaleur que cela est possible.
Cela m’a fait comprendre que les gens en majorité ne réagissent pas comme moi du tout et à force de recherches, j’ai découvert que j’étais surdouée et hypersensible. Cela ne fait pas avancer le schmilblick mais au moins je sais qui je suis aujourd’hui.
Avant j’attendais tout de autres, maintenant, je n’attends plus grand chose du commun des mortels et ce n’est pas plus mal parce que c’est une des clés de ma maladie.
Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?
J’accepterais le poste avec joie et je commencerais par demander aux psychiatres d’aller se former à la psychologie et à la thérapie familiale.
Sinon je demanderais à ce qu’il y ait beaucoup plus de pair-aidants, de médiateurs en santé mentale et qu’ils aient plus de poids face au milieu infirmier qui y est très hostile en France.
Une page, association ou initiative que tu aimerais faire connaître?
Je lis souvent le blog de Paul, un garçon schizophrène qui va mal, tout seul dans son studio, bourré de cachets et sans issue : blog-schizophrène.fr Paul, la schizophrénie dans la peau.
Un commentaire personnel et sans spoil sur la série policière en 6 épisodes d’une cinquantaine de minutes produite par France 2 à voir en replay ici.
Une jeune fille – Ana – est retrouvée morte dans une clinique psychiatrique, la veille du jour de sa sortie. Le cœur arraché. Angèle, 29 ans, est chargée de l’enquête. C’est sa première mission, elle sera seule à la mener. On ne rentre pas à plusieurs dans ce genre d’endroit quand on est flic, car il n’est pas simple d’interroger des “fous”. La folie fait peur et rebute. Mais pas Angèle. Elle se sent bien « à l’intérieur », et ces « fous » sont pour elle attachants, vivants, drôles. Presque plus que les gens « normaux » qu’elle côtoie tous les jours dehors.
France 2
La brillante et lumineuse Noémie Schmidt incarne la policière chargée d’élucider ce crime atroce commis dans une clinique psychiatrique, atroce car une patiente est retrouvée morte, le cœur arraché… Un tel synopsis en rebutera plus d’un, mais la série mérite qu’on lui laisse une chance.
Car cette série réveille les clichés les plus sombres de la psychiatrie pour essayer de les déconstruire, faisant oeuvre malgré tout d’un bel effort de déstigmatisation. En effet, on joue avec les représentations mentales de tout un chacun et sur les peurs que nous inspire la psychiatrie. Et on ne peut s’empêcher d’associer ce meurtre aux faits divers horrifiants qui alimentent l’imaginaire du fou dangereux dans la presse et dans nos têtes.
Soignants comme soignés sont suspectés de la même manière. Dans cette clinique, les patients sont autiste, bipolaire, psychopathe, borderline, transgenre, suicidaire, nympho, parano, anorexique, voyante ou encore exhib’ mais surtout ce sont des personnages à part entière. On remarquera que les scénaristes se sont abstenus de personnifier la ou les schizophrénies.
La série interroge un nombre impressionnant d’idées et de préjugés : peut-on vraiment faire rentrer la police dans un lieu de soin? L’hôpital est-il vraiment un lieu de non-droit où l’on peut tuer impunément? Où le psychiatre fait sa loi?
Et peu à peu, on découvre l’inverse. Les patients ont des relations sexuelles, ils tombent amoureux, ils ont leur intimité, les soignants également, et finalement on découvre que nous répondons tous aux mêmes instincts et aux mêmes passions.
C’est là que le rôle de la jeune policière est admirable puisque peu à peu on la voit se laisser envahir par sa propre folie. Les frontières entre le normal et le pathologique se brouillent et on rentre dans l’humain. On sort de nos cases mentales et on se surprend à suspecter tout le monde. Et si l’autiste ou le bipolaire se laissaient emportés furieusement par la violence? Que se passerait-il si les patients arrêtaient leur traitement? Et puis, il y a les électrochocs, la patiente qui fait un transfert sur son psy, les infirmiers qui nous font des leçons de psychiatrie, les proches de la policière tellement dépassés qu’ils veulent la faire interner, et elle qui se met à écouter les patients et à les comprendre, ainsi qu’une mémorable leçon de féminisme par l’une des patientes face à son mari.
Je m’arrête là pour ne pas en dire trop!
En tout cas, n’hésitez pas à regarder cette mini-série et à donner votre avis, les images sont joliment filmées, Béatrice Dalle est excellente dans son rôle et les scènes de danse sur un fond de rap sont des moments de poésie pure dans un monde de brutes.
Dans cette « Lettre ouverte à la nouvelle génération de soignants en psychiatrie » Jérôme Cornier, cadre de santé en psychiatrie exhorte les nouvelles générations à moins de docilité et les invite à « définitivement refuser d’attacher pieds et poings liés un être humain sur un lit car tu sais que ce n’est pas thérapeutique, mais surtout que l’on peut faire autrement. »
Revue Santé Mentale
« Voici une invitation à la désobéissance adressée par un cadre de santé à la nouvelle génération de soignants en psychiatrie. Une seule exhortation : avoir l’audace de désobéir pour défendre la dignité des personnes hospitalisées et trouver l’énergie pour entraîner l’ensemble de la société dans cette belle aventure car on ne fait rien de bon tout seul en psychiatrie. »
Infirmiers.com
Bonjour à toi, oui toi qui vas faire partie de cette génération qui va définitivement bannir des soins psychiatriques la contention physique comme d’autres ont réussi à nous débarrasser de la lobotomie. A toi qui va définitivement refuser d’attacher pieds et poings liés un être humain sur un lit car tu sais que ce n’est pas thérapeutique, mais surtout que l’on peut faire autrement. A toi qui a lu ou va lire qu’au CH de Valvert, cela fait 10 ans que cette pratique d’un autre âge, est interdite. Et à toi enfin qui a peut-être eu la chance de grandir sans te prendre des tartes dans la gueule et qui a la conviction qu’en éducation comme en soin, la parole peut remplacer les maltraitances. Bien entendu éduquer sans user de sévices corporels n’est pas toujours simple mais c’est possible et surtout souhaitable.
Dans une récente publication, une équipe du CH Valvert (Fernández , 2019), souligne un paradoxe de la Haute autorité de santé (HAS) qui préconise une pratique dont elle reconnaît les effets délétères. Qui oserait revendiquer comme bonne pratique aujourd’hui en France le fait de frapper un enfant lors d’une crise, même en dernier recours ?
De plus l’équipe explique dans le même article, que limiter les dispositifs de coercition a comme effet immédiat de calmer les patients. De mémoire, Jean-Baptiste Pussin, surveillant de l’hospice de Bicêtre, avait fait le même constat à la fin du XVIIIème siècle et avait encouragé le Dr Philippe Pinel à faire preuve d’audace et à se fier à la clinique infirmière pour améliorer la condition des agités et révolutionner la psychiatrie.
Pour l’anecdote, pendant la seconde guerre, il fallut vider, à la hâte, les hôpitaux psychiatriques parisiens à l’approche de l’ennemi. Et là, à la grande surprise des soignants, même les patients que l’on croyait tout juste bons à rester dans un lit, ont rapidement retrouvé leur autonomie. Comment expliquer qu’un simple changement de cadre puisse provoquer un tel changement de conduite ? (Mornet, 2014).
J’en suis persuadé, en ce qui concerne l’éthique de notre profession, tu ne renonceras pas à penser la complexité afin d’être un soignant, pas un salaud.
D’Hermann Simon (1921) à Jean-Paul Lanquetin (2019) en passant par François Tosquelles et sa bande, cette question a une réponse simple : pour que le milieu puisse devenir facteur de changement et de développement et non plus de déshumanisation, il est nécessaire de considérer que l’établissement psychiatrique lui-même doit faire l’objet d’attentions et de soins.
Parce que l’environnement est déterminant (Laborit, 1997), l’urgence est de soigner l’ambiance dans les services de soins. La synthèse réalisée par le CRMC (Nicolas, Lanquetin, 2017) permet d’appréhender les trois niveaux de mesures préventives pour éviter d’avoir à restreindre les libertés des usagers. Depuis plus de dix ans, je tente de convaincre ma hiérarchie de tenter une semaine sans contentions, malheureusement en dépit de rencontre avec les équipes, d’interventions, de textes, et même d’activités de recherche, ma proposition a une nouvelle fois été rejetée lors du séminaire cadre de l’année dernière.
Alors, même si je continue à penser qu’écrire est utile et que des articles, comme le dernier de Didier Morisot (2019), sont aussi délectables que nécessaires, j’ai également la conviction que ce ne sera pas suffisant pour impulser un réel changement de pratique. Pour dépasser le dogmatisme et l’incroyable allégeance de la majorité des psychiatres à une politique sécuritaire et néo libérale qui rend possible une insoutenable maltraitance institutionnelle (Gabarron-Garcia, 2015), tu vas devoir faire preuve de courage et t’allier avec les usagers pour imposer un autre imaginaire.
Et c’est pourquoi je compte sur toi pour être moins docile que tes aînés. Car j’en suis persuadé, en ce qui concerne l’éthique de notre profession, tu ne renonceras pas à penser la complexité (Touzet, 2019) afin d’être un soignant, pas un salaud. Et non seulement tu auras l’audace de désobéir pour défendre la dignité des personnes hospitalisées, mais tu trouveras également l’énergie pour entraîner l’ensemble de la société dans cette belle aventure car tu sais qu’on ne fait rien de bon tout seul en psychiatrie.
Merci pour finir à toi d’exister et sache mon impatience à l’idée de te rencontrer. A très bientôt donc !
Tu vas devoir faire preuve de courage et t’allier avec les usagers pour imposer un autre imaginaire.
Fernández VI, Karavokyros S, Lagier F, Bauer L, Védie C. (2019). “Soigner sans contention physique, quels enjeux psychiques ? De la contention à la contenance”. Evol psychiatrique; 85(3).
Gabarron-Garcia, F. (2015). « De la psychothérapie institutionnelle à l’analyse institutionnelle », les contractions de la psychiatrie : expériences labordiennes ». In La psychothérapie institutionnelle, SUD/NORD folies et cultures, N°26. Edition ERES.
Herman, S. (1921). « La thérapeutique active en hôpital psychiatrique ». Paris, PUF.
Mornet, J. (2014). « Chapitre V. La psychothérapie institutionnelle ». In, J. Mornet, Une introduction aux psychothérapies (pp. 177-204). Nîmes, France: Champ social.
Laborit, H. (1997). « La légende des comportements ». Flammarion.
Lanquetin, J. (2019). « Prévention primaire en psychiatrie, un travail d’ambiance ». Empan ,114(2), 72-78. doi:10.3917/empa.114.0072.
Nicolas M, Lanquetin JP. (2017). « Isolement et contention : Repères pratiques pour en limiter le recours ». Voiron : CRMC Disponible
Touzet, P. (2019). « Activités occupationnelles ou activités thérapeutiques, une différenciation complexe ». Soins Psychiatrie, Volume 40, numéro 323.
Nouveau zine! Le titre est explicite, bonnes lectures et partages. Pour donner un aperçu, ci-dessous le sommaire du zine et plus bas le lien pour accéder au téléchargement de la brochure:
Comme Sophie, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.
Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?
Mes inspirations sont les autres (chacune de mes discussions est source d’inspirations), l’art, les livres, les films, la nature… Je pense que tout peut être inspirant…
J’aspire à un monde plus tolérant où nous ferions de nos différences une richesse, où nous verrions dans les médias toutes les personnes qui composent la société quel que soit leur handicap, leurs religions, leurs couleurs de peau, leurs formes, leurs tailles etc. Un monde où au lieu d’avoir peur de la différence, nous chercherions à la comprendre, nous apprendrions à nous respecter…
Un monde inclusif qui tirerait tout le monde vers le haut et qui encouragerait chaque personne à devenir le meilleur de lui-même.
Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?
Je suis actuellement en recherche d’emploi, ce qui ne m’empêche pas d’avoir pas mal de projets…
Et j’aime cette phase de ma vie où je ne suis pas encore posée, j’ignore si je vais me diriger vers la recherche autour de la psychiatrie ou interviewer des personnes qui n’ont pas assez la parole dans les médias ou écrire un recueil de témoignages sur les dérives de la psychiatrie ou peut-être tout cela à la fois… 🙂 !
Que penses-tu du monde de la santé mentale?
Je suis écœurée du monde de la santé mentale… J’ai vu trop de vie détruite par ce monde pour en dire du bien. Je pense qu’il faudrait tout refonder et que les soignants soient davantage formés par les personnes « malades » elles-mêmes. Je pense que nous sommes dans une société où nous avons besoin de poser des étiquettes, où il est interdit d’être malheureux et où si l’on flanche un peu, il est facile de nous trouver une maladie plutôt que de nous écouter…
Je déplore d’ailleurs le manque d’écoute de la plupart des professionnels en psychiatrie.
Lorsque j’ai été psychiatrisée en 2013, je venais de terminer mes études de psycho. Je me suis retrouvée à la place du patient et c’est comme si pendant 5 ans j’avais appris beaucoup de bêtises sur la psychose. Ce qui me fait avoir un regard encore plus critique sur la santé mentale.
Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?
Pour ma part, lorsque les autres pensent que je suis folle, je me sens plutôt éveillée et extrêmement lucide et bizarrement nous nous comprenons avec les autres « fous ». Alors je me demande si la folie n’est pas une question de perspective… Juste ne pas être adapté(e) à ce monde bien trop normé…
Et n’est-ce pas sain de devenir folle dans un monde où les gens sont plus connectés à leurs smartphones qu’aux autres? Où les gens préfèrent s’écouter parler que d’écouter leurs prochains? Où, à force de vouloir tout posséder, nous en avons oublié l’essence même de notre être?
Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?
J’ai même pensé à devenir présidente de la république en 2022 pour tout changer de A à Z (la société en général) et puis je me suis dit que ça serait trop de travail pour moi et que finalement nous n’avons ni besoin d’être ministre ou président pour changer les choses… mais je n’exclus pas un jour de faire de la politique même si ça semble un univers impitoyable et j’avoue ne pas avoir les épaules pour cela pour le moment.
Et je pense qu’actuellement les médias peuvent davantage changer les choses que les politiques… A mon avis le changement passera par nous-mêmes à travers la médiatisation de nos récits de vie. A travers nos efforts pour dé-stigmatiser la différence qu’elle soit physique et/ou psychique. Plus on prouvera au monde que l’on n’est plus que des cobayes à qui on colle une étiquette, plus le monde s’habituera à nous voir dans les médias, moins nous ferons peur et plus nous nous intégrerons… Mais il faut accepter que ça prenne un peu de temps.
Une page, association ou initiative que tu aimerais faire connaître?
Depuis quelques mois, la colère gronde en France et, dans la frénésie médiatique et des réseaux sociaux, les travailleurs hospitaliers de la psychiatrie et urgentistes ne manquent pas d’imagination pour se faire entendre : en campant devant les hôpitaux comme la Militente de Toulouse, avec des clips musicaux, des Die-in, le Printemps de la psychiatrie, la grève de la faim, l’auto-injection d’insuline, un marathon autour d’un rond-point, en s’enchaînant aux grilles de l’Agence Régionale de Santé, en se perchant sur les toits comme au Havre, ou en fleurissant les blouses blanches de Shadoks colorés comme à l’hôpital Pinel à Amiens.
Mais que veulent les blouses blanches? De meilleures conditions de travail, ce qui implique plus de moyens et d’être en nombre suffisant pour bien faire leur travail avec les patients.
Mais pourquoi soutenir la mobilisation des personnels hospitaliers et urgentistes quand nous aussi, nous serrons les dents, que pour nous aussi la mobilisation c’est au quotidien : pour aller travailler, pour chercher un travail ou simplement tenter d’exister et que quand nous avons un temps pour nous, on a aussi le droit de s’autoriser de souffler.
C’est gentil de proposer un mouvement social mais les manifestations ou les gilets jaunes, ce n’est pas votre truc?
Les problèmes de santé mentale coûtent cher à l’Etat, d’où la nécessité de faire des économies en réduisant les personnels et les hospitalisations. Mais à vouloir gérer les hôpitaux comme des entreprises, on réduit le travail à ce qui est quantifiable, tarifiable voire rentable, et dans les métiers de l’humain et du social, ce n’est clairement pas la meilleure idée.
Pour faire tourner la machine, il faut des travailleurs en bonne santé (mentale). Mais quand les travailleurs de la santé commencent eux-mêmes à souffrir dans leur travail, c’est que cette rhétorique ne tourne pas rond.
La santé et le service public ça nous concerne bien sûr tous car on finit tous par tomber malade un jour et qu’on attend dans ces cas-là les meilleurs soins possibles.
Au-delà de la distinction entre professionnels de santé et malades, ou plus communément entre soignants et soignés, c’est un enjeu de société dont il s’agit.
L’esprit Mad Pride au quotidien.
Il s’agit d’assumer fièrement notre qualité de citoyens et malgré le stigmate de la maladie mentale, il nous appartient de ne plus apparaître aux yeux des médias comme des « malades mentaux » en marge des questions sociales.
Il s’agit pour chacun de nous de se construire en tant que sujet et sortir du silence, de montrer que les patients ne sont pas de simples consommateurs ni des statistiques.
Mais là où on pourrait croire que la santé mentale est un problème individuel, à chacun son diagnostic et sa santé (fragile), il nous faut réintroduire la force du collectif.
Il s’agit de décloisonner, d’aller au-delà de la psychiatrie, du tout médical et du tout médicament mais aussi de combattre la stigmatisation qui entoure le soin psychiatrique. Pourquoi considère-t-on comme une honte d’atterrir en psychiatrie, ou que la place des dépressifs n’est pas avec les fous?
On peut voir d’un bon œil la fermeture progressive des lits en psychiatrie comme une façon de désaliéner et d‘en finir avec l’enfermement asilaire. Mais fermer les hôpitaux psychiatriques comme en Italie, ça ne veut pas dire en finir du même coup avec la violence institutionnelle, les soins contraints, la contention ou les chambres d’isolement. Dire des hôpitaux que ce ne sont pas des lieux de vie mais des lieux de soins, c’est en faire des endroits de non-vie.
En tant que maladies de la relation, le rôle de l’hôpital ou des alternatives à l’hospitalisation, c’est justement de récréer un lien perdu, de soigner la relation à l’autre. Cette thérapeutique par la relation fait partie de la vie.
Soigner la démocratie
Un mouvement social c’est un redéploiement de la vie, un déploiement de créativité, des rencontres qui alimentent une réflexion durable et pas uniquement des manifestations éparpillées ici et là, pour se rendre visible.
C’est l’idée que la lutte des blouses blanches doit rejoindre celle des patients et des familles pour un accueil et des soins de qualité en santé mentale, des soins sur mesure ou personnalisés, c’est-à-dire sensibles à la personne dans sa subjectivité et son histoire de vie.
Si la santé mentale est à priori un sujet a-politique, il existe dans les faits des lobbys et des think tank qui en font un sujet d’intérêt politique et économique. Il en est ainsi des lobbys de l’industrie pharmaceutique mais aussi des lobbys comme l’Institut Montaigne et la Fondation Fondamental qui tentent de drainer des fonds pour la recherche en neurosciences et en immunologie et la création de centre experts. Les experts, les syndicats professionnels et les associations agréées participent également au jeu politique.
Si l’idée n’est pas forcément d’infiltrer ce jeu politique en créant par exemple un syndicat des patients, il faut tenir compte des acteurs en présence et de la logique néolibérale qui est à l’oeuvre dans le démantèlement des services publics et de la psychiatrie de secteur.
Le progrès de la recherche scientifique (rarement indépendante) et la quête des molécules miracles ne va pas toujours dans le sens d’un accueil inconditionnel et de qualité de la souffrance psychique. En réduisant l’humain à sa dimension biologique, en cherchant à automatiser les méthodes thérapeutiques et à adapter les soins au fonctionnement du système économique, on en oublie la relation de soin et la complexité du fonctionnement psychique. On a parfois l’impression que seuls les pair-aidants peuvent nous comprendre tant la vision organiciste et cérébrale des troubles se répand chez les professionnels de santé.
En santé mentale, rien ne fait vraiment l’unanimité, certains sont pour l’évaluation et la scientificité des méthodes de soins, d’autres laissent une place à l’imprévu et à l’expérience vécue par le patient puisqu’en définitive, ce ne sont pas les médicaments qui soignent mais bien ce qu’on fait de notre vie une fois passée la crise.
On ne doit pas chercher à mettre tout le monde d’accord mais plutôt à faire valoir notre parole et notre intérêt face à d’autres intérêts qui peuvent être divergents. Il s’agit de démocratiser le système en place ou de rebattre les cartes de façon à faire progresser les choses en permettant aux personnes concernées de s’exprimer autrement que par les témoignages, d’accéder à leurs droits et les faire respecter, de faire entendre ce qui leur a fait du bien, ce qui marche et ce qu’il faudrait transformer.
On peut, par exemple, s’inquiéter de la disparition d’un savoir-faire « psy » chez les infirmiers pour apaiser l’agitation d’un patient, éviter l’escalade jusqu’à la violence et le recours à des méthodes coercitives.
On peut aussi faire progresser les représentations sociales au sein de la société, renverser la politique de la peur et la psychophobie et promouvoir la diversité et la neurodiversité.
Il s’agit aussi de faire lien, de prendre le temps de se rencontrer, de créer des espaces citoyens ainsi que des outils pédagogiques pour déstigmatiser, penser de nouvelles formes d’organisation, se former, se structurer à travers des espaces virtuels et physiques, rendre visible ce qui ne se voit pas et ce qui ne s’entend pas.
Réjouissons-nous, les ingrédients de ce cocktail social sont là, pour créer un dialogue salutaire pour l’ensemble de la société.
A propos :
Comme des fous est né comme un média alternatif aux médias traditionnels qui nous qualifient à la hâte de malades mentaux dès qu’une initiative émane d’une association ou d’un groupe de personnes concernées par la psychiatrie.
Créée en avril 2019, l’association Comme des fousa pour objet la dé-stigmatisationdes troubles psychiques par la communication numérique et médiatique de la parole des personnes concernées par et pour elles-mêmes afin de : – promouvoir l’expression et la communication de personnes en situation d’isolement ou de fragilité, confrontées à un problème de santé mentale ; – permettre une participation effective des usagers de la santé mentale aux instances de la vie publique.
Comme Laëtitia, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.
Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?
Je suis très fortement inspirée par Niki de Saint Phalle. Avec ses sculptures monumentales en mosaïque à la fois joyeuses et torturées, elle dénonce sans se lamenter. J’aime cette démesure et cet esprit de révolte lumineuse par la créativité. C’est une façon de faire bouger les lignes.
Je n’aime pas le fatalisme et je pense qu’il est toujours possible de faire bouger les choses. Je n’aurais pas la prétention de dire que j’aspirerais à changer le monde mais sûrement apporter ma pierre à l’édifice, pas juste en objectant, mais en proposant des solutions concrètes notamment en matière de santé mentale pour les enfants.
Un autre volet qui me tient à cœur est l’environnement. A ma petite échelle, je fais tout pour préserver notre précieuse planète, prendre soin d’elle, c’est prendre soin de nous.
Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?
Je suis iconographe c’est-à-dire documentaliste photo dans une agence photographique. Je visionne de belles images toute la journée. Côtoyer l’art au quotidien, c’est vraiment une chance.
J’aime ce pouvoir de l’image de figer l’instant pour ne pas oublier. A l’époque des selfies, de l’instantanéité, des réseaux sociaux et de la profusion d’images, j’aime cette faille de la photo argentique, cet « imparfait de l’objectif » comme disait Prévert de Doisneau, les surprises et l’attente aussi qu’elle offre. Sans non plus tomber dans la nostalgie du passé car j’apprécie l’innovation aussi et l’accessibilité qu’elle nous offre.
J’aime la photo humaniste, sa façon de rendre hommage à l’Homme dans sa vie quotidienne, d’apprécier les moments simples. Le monde de la photo, c’est aussi le monde de la rencontre avec l’autre, de l’émotion et de la sensibilité. C’est pour tout cela que j’aime mon métier.
Que penses-tu du monde de la santé mentale?
Je vais vous parler du monde de la santé mentale pour les enfants car mon fils souffre de bipolarité juvénile.
Je pense que la santé mentale mérite d’être traitée comme la santé physique : prévention, dépistage, diagnostic, prise en charge la plus précoce possible.
Quand un enfant a un cancer, il ne viendrait à l’idée de personne d’attendre pour voir comment cela évolue.
Pourtant aujourd’hui en France, c’est comme cela que cela se passe pour les enfants atteints de troubles psychiques.
C’est scandaleux et c’est de la non assistance à personne en danger. C’est l’éducation parentale qui est systématiquement pointée du doigt en premier. Les signalements et les placements abusifs sont courants.
Pendant ce temps là les troubles progressent… Il faut souvent un événement grave comme une tentative de suicide pour que la famille soit enfin écoutée.
Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?
Le trouble de mon fils m’a permis de mieux me connaître voire de me connaître tout court.
Je porte désormais un regard différent sur le handicap et j’ai beaucoup plus de bienveillance envers les autres en me gardant de jugements trop hâtifs.
On fait souvent ce qu’on peut avec ce qu’on a. Je me suis découverte des ressources que j’ignorais.
La « folie » m’a appris à me dépasser, à me remettre en question et surtout elle m’a permis d’avoir une relation très particulière avec mes enfants car elle nécessite beaucoup de remises en question.
Sans cela je pense que je ne serais pas une si bonne maman. Je suis probablement devenue une meilleure personne par le biais de formidables rencontres grâce à l’Association Bicycle– association qui vient en aide aux familles et aux éducateurs d’enfants et d’adolescents cyclothymiques, bipolaires – et dont j’ai repris la présidence depuis plus de deux ans.
Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?
Non, la politique n’est pas un milieu qui m’intéresse.
Si je devais lui adresser un message, c’est de prendre les mesures nécessaires pour faire connaître et reconnaître la bipolarité juvénile et cela avant 15 ans !
D’écouter le savoir expérientiel des familles au travers des associations car, avec une prise en charge précoce et adaptée, le pronostic de ces enfants peut-être très différent ainsi que l’avenir de toute leur famille car il ne faut pas oublier que dans ce trouble tout le monde souffre.
Les troubles bipolaires débutent majoritairement pendant l’enfance, ses manifestations sont différentes de chez l’adulte plutôt chroniques qu’épisodiques, d’installation progressive plutôt que d’apparition brutale.
Adapter les critères diagnostic doit donc être une urgence et une priorité.
Les campagnes actuelles pour le diagnostic précoce sur la bipolarité sont à mon sens incomplètes et donnent une fausse bonne conscience si on ne prend pas le problème à ses origines donc dès l’enfance.
Une page, association ou initiative que tu aimerais faire connaître?