Électrochocs, consentement, et désinformation

Comment parler des travers de la sismothérapie sans braquer le corps médical et sans choquer le grand public?

Lina nous interroge sur ses séquelles de la sismothérapie, méthode de traitement par l’électricité utilisée en psychiatrie pour traiter, non pas les patients résistants comme dans le film Vol au-dessus d’un nid de coucou, mais les dépressions sévères qui résistent au traitement pharmacologique. Ce traitement « de choc » consiste à créer une crise convulsive dans le cerveau, une crise d’épilepsie sous anesthésie. Au-delà de son efficacité médicale contre la dépression sévère, Lina nous invite à réfléchir sur le consentement du patient et la désinformation quant aux risques de cette méthode de traitement.

« Je déclare n’avoir aucune affiliation à la CCDH. » nous précise-t-elle.

En effet, la Commission des Citoyens pour les Droits de l’Homme (CCDH) alias Eglise de Scientologie s’empare souvent de ce sujet sensible pour recruter des adeptes parmi les personnes vulnérables.

La citoyenneté est thérapeutique

Sommes-nous trop fragiles pour être citoyens? La participation citoyenne des… comment nous nommer… usagers, patients, psychiatrisés, malades, handicapés psy? Ces termes qui évoquent l’hôpital comme si une fois sortis on restait tous des psytoyens plutôt que des citoyens à part entière.

Un jour, dans une rencontre de l’association Humapsy, le Forum fou je crois, j’ai compris que ce n’est pas parce qu’on est malade qu’il faut conquérir le droit à s’exprimer publiquement. En fait, on est citoyen avant, après et pendant ce qu’on appelle la maladie. Et quand on parle en société, on est un citoyen avant tout, le diagnostic psychiatrique t’appartiens et tu n’as pas à en avoir honte ou à le revendiquer car, en général, les autres voient en toi d’abord un être humain et pas une étiquette.

Personnellement, je me battais pour retrouver ma citoyenneté et le droit à la parole citoyenne depuis que j’en avais perdu l’usage à l’hôpital psychiatrique. D’abord, parce que, délirant pour la première fois et ne comprenant pas ce qui m’arrivait, je ne pouvais pas exprimer une quelconque parole et qu’après, je croyais que ma parole n’avait plus de valeur, qu’elle était devenue pathologique, à l’image des gens qui parlent tout seuls dans le métro et dont on se soucie peu du contenu que peut avoir leur logorrhée.

Il m’a fallu reprendre confiance, la psychothérapie et le temps aidant, l’effet des psychotropes se tassant, j’ai peu à peu repris la parole. J’ai compris et j’ai surtout mûri pour comprendre que vouloir faire la révolution (seul) n’était pas tant un trouble du comportement qu’un rêve d’adolescent.

Dans un premier temps, j’ai compris que c’était ma révolution intérieure qu’il fallait accomplir. Mais, la logique du développement personnel teintée d’individualisme, cette idée que chaque malade doit se rétablir avant tout pour lui-même ne me convainc toujours pas. Et pourtant, il est vrai qu’il faut apprendre à prendre soin de soi si on veut pouvoir prendre soin des autres.

Et puis dans ma solitude désespérante, j’ai intégré des collectifs qui m’inspiraient de l’espoir et me donnaient envie d’être avec les autres. Il y a eu les indignés, le collectif de soutien pour la Grèce, la commission Psy, soin accueil à Nuit Debout, Radio Sans Nom, mais aussi l’association Clubhouse dont l’une des missions est la déstigmatisation des troubles psychiques, du coup j’ai pu prendre la parole en public, toujours en binôme, de manière protégée. Ensuite, j’ai participé à l’organisation de la Mad Pride à Paris pour porter cette cause sur la voie publique et dans les médias.

D’ailleurs cette année, on va à Genève pour la Mad Pride suisse dans l’espoir, qui sait, de faire renaître la Mad Pride en 2020 à Paris, avis aux intéressé.e.s!

J’ai ensuite rejoint l’organisation des Semaines de la Folie Ordinaire franciliennes, une alternative aux trop consensuelles Semaines d’information sur la Santé Mentale. Et puis, j’ai également participé à la soirée du Psychodon à l’Olympia cette année.

Le projet de média alternatif Comme des fous, né au Clubhouse Paris avant de devenir indépendant et de se constituer à son tour en association en avril 2019, est aujourd’hui sur le point d’intégrer la Maison de la Vie Associative et Citoyenne du 11e à Paris. On sera présents aussi à la Journée citoyenne du 12 octobre 2019 à Paris organisée par l’association Ma P’tite Folie.

Si vous aussi, vous souhaitez intégrer un collectif joyeux et engagé, faire des rencontres et porter une parole citoyenne en santé et en société, n’hésitez pas à nous rejoindre!

Joan, président de l’association Comme des fous pour changer les regards sur la folie.

Olivier était à la présentation à l’Assemblée Nationale du Rapport Wonner-Fiat sur la psychiatrie

Aujourd’hui, j’ai assisté à la remise du rapport de la députée Martine Wonner à l’Assemblée nationale. Je suis frustré et en colère.

Les psychiatres ont monopolisé la parole (tout en réclamant à la fin de presque chacune de leurs longues interventions que des patients prennent plus la parole). Je suppose que les patients doivent prendre la parole… mais ailleurs!

Une seule question sur les pair aidants : applaudie, mais pas un seul n’a pu prendre la parole.

J’ai senti beaucoup de bouillonnement intérieur. J’avais envie de leur demander: « Quel est le coût de la stigmatisation? » Ces personnes n’ont raisonné qu’en terme de finances.

En effet, quand je ne peux prétendre à un emploi parceque je suis schizo: quel est le coût de la stigmatisation?

Un emprunt immobilier refusé par une banque: quel est le coût de la stigmatisation?

Je veux monter mon entreprise : même question.

Je ne peux me marier parce que mon AAH (allocation aux adultes handicapés) baisserait drastiquement: même question.

Je vais chez mon médecin psy parce que les normopathes me refuse leur amitié: même question.

J’ai peur du regard que l’on pose sur moi… je travaille en psychothérapie pour cela: même question.

Le système de santé publique m’a fait du mal et à sappé ma confiance en moi: même question.

Vous pouvez continuer avec des exemples plus ou moins tirés de vos expériences….

Ces psychiatres sont formé à la prise en charge: absolument pas au rétablissement.

Cela induit une chronicité renforcée par la stigmatisation hors les murs de l’hôpital.

Et, ils ne sont capables que de réclamer de l’argent, pour que leur service soit moins persécuteur!

Je suis certes un peu fâché! (voire beaucoup) j’espère que mes propos ne sont pas trop hors cadre de ma pensée!

Certains réclament plus de lits fermés… alors qu’il y a des personnes qui restent en hospitalisation parce qu’elles n’ont pas de logement un an ou deux faute de solution (je rappelle le prix d’une nuit d’hôpital environ 1000 euros).

J’ai été un tout petit peu énervé…pas une question sur la formation des infirmiers spécialisés pour la psychiatrie.

Une seule question sur le remboursement des psychologues en ville.

Une seule question sur l’évaluation de l’efficacité des psychothérapies…

Et beaucoup de questions autour de « je n’ai pas assez de sous pour bien faire fonctionner mon service… »

La députée Martine Wonner est psychiatre et elle n’arrive pas à faire consensus.

Je vous le dis: il y a du boulot, et les usagers de psychiatrie doivent faire entendre leur voix.

Ça va être long, mais je crois que nous devons prendre notre destin en main nous même. En tous les cas, cela me semble certain pour peu que l’on soit stabilisé!

Olivier

Pour aller plus loin, lire : https://lightskyblue-penguin-597208.hostingersite.com/mathieu-a-lu-le-rapport-wonner-fiat-septembre-2019-sur-la-psychiatrie/

Mathieu a lu le Rapport Wonner-Fiat (septembre 2019) sur la psychiatrie

Mois de septembre chargé pour la psychiatrie.

Lundi 16 septembre, le décret liberticide Hopsyweb fichant toute personne hospitalisée sous contrainte et l’assimilant à un terroriste en puissance a volé en éclat grâce à l’action conjointe d’une association de psychiatrisés, le CRPA, d’un syndicat (le SPH) et du conseil national de l’ordre des médecins.

Mercredi 18 septembre, une mission d’information parlementaire dirigée par Martine Wonner (LREM) et Caroline Fiat (LFI) remet à la commission des affaires sociales de l’Assemblée Nationale.

Jeudi 19 septembre, les professionnels de Saint Etienne du Rouvray repartent en lutte un an après leur grève de la faim mettant en lumière les engagements pris et non tenus par leur direction.

Jeudi 26 septembre, à l’appel du collectif inter-urgences, une mobilisation est prévue pour étendre les constats globaux mis en lumière par la crise des urgences à l’ensemble de l’hôpital public et du secteur de la santé. Des mobilisations locales sont prévues dans les établissements sous toutes les formes possibles : grèves, assemblées générales, blocages.

Le monde de la psychiatrie est attendu comme l’autre grand révélateur de la catastrophe sanitaire en cours orchestrées par des années de pénuries, de privations, de novlangue et de politiques destructrices qui plutôt que de privilégier des soin humains et accessibles pour toutes et tous préfèrent trier selon les critères rentabilité financières pour les établissements et de prises en charge de court terme car correspondant mieux au système concurrentiel contemporain.

En psychiatrie, comme pour les urgences, l’enjeu est d’investir financièrement sans tourner autour du pot des « réorganisations », du « tournant numérique » et du « virage ambulatoire » supposés composer avec la pénurie puis l’adapter aux budgets contraints. Pour autant, les conclusions des rapports flashs persistent dans ce même entêtement de « réorganisation », que ce soit le rapport Carli pour les urgences ou le rapport Wonner pour la psychiatrie.

Le rapport remis ce mercredi 18 septembre à la commission des affaires sociales de l’Assemblée Nationale fait suite à la mission « flash » de la députée Wonner (avril 2019) qui proposait de réforme le financement de la psychiatrie en compartimentant les budgets. Dans les suites du rapport Aubert sur le financement de l’hôpital, la proposition de cette première mission est de financer les établissements en fonction des indicateurs qualité promus par la Haute Autorité de Santé.

Cette deuxième mission, une fois que le cadre du financement a été avancée, est celle des propositions concrètes pour réorganiser la psychiatrie dans un contexte de soulèvement sans précédent des professionnels de différents hôpitaux psychiatriques publics rejoints par des usagers et des familles. D’abord les finances, ensuite le sens. Cela précise le cadre dans lequel se place cette mission.

Le contexte est également celui de la mobilisation des urgences depuis plusieurs mois et des problématiques identiques de saturation, de manque de dispositifs d’amont (médecine de ville, structures préventives) et d’aval (notamment en termes de places en établissements puisque le recours aux solutions belges est fréquentes) sans compter le rôle de contrainte qui échoit à la psychiatrie et qui se développe d’une façon exponentielle en dépit des rapports du Contrôleur Général des Lieux de Privation de Liberté, de la Cour Européenne des Droits de l’Homme et du comité de suivi de l’ONU.

En mai 2018, un fichage sans précédent des personnes hospitalisées sans consentement a été créé, fichier croisé avec celui des personnes fichées S. Le recours du CRPA contre le décret Hopsyweb est en passe de censuré plusieurs articles de ce décret. Pourtant, au printemps dernier, le délégué ministériel à la psychiatrie dédramatisait sa portée liberticide lors des journées de l’ADESM. Car si les intentions désaliénistes et d’ouvertures sont mises en avant, dans la réalité des faits, le Ministère de la Santé pèse que peu de poids face au Ministère de l’Intérieur. C’est pourtant sous les auspices de Lucien Bonnafé, du printemps de la psychiatrie et des paroles de souffrance des usagers et des professionnels que débute ce rapport. L’ambition affichée est d’assainir la situation catastrophique de la psychiatrie, ambition que nous partageons car nous sommes aux premières loges de la dégradation voire de la destruction de l’hôpital public en termes d’accès aux soins et d’ambiance réellement soignante dans les services et les secteurs.

Si nous sommes en accord sur une partie du diagnostic, les propositions quant au traitement politique de cette situation diffèrent radicalement. Malgré les velléités d’ouverture, les pistes proposées par ce rapport sont pour la plupart liées au travail intensif du lobby de la fondation FondaMental au détriment des autres voix qui s’élèvent dans le paysage de la psychiatrie et de la santé mentale et notamment les voix des premiers concernés à savoir celles des usagers.

Diagnostic général de la situation

Comme l’écrivait Denys Robiliard en 2013 dans le rapport de la Mission d’Information sur la Santé Mentale et l’Avenir de la Psychiatrie (MISMAP), le nombre de rapports sur la psychiatrie et la santé mentale est inversement proportionnel aux solutions politiques proposées. Ce dernier préconisait même d’arrêter cet exercice puisque le diagnostic était fait et qu’il s’agissait désormais de passer aux actes. Depuis, il y eut le rapport Laforcade, le rapport de l’IGAS puis le rapport Aubert sur le financement de l’hôpital qui déboucha sur la première mission flash de Martine Wonner, sans compter les rapports annuels du Contrôleur Général des Lieux de Privation de Libertés. Il y eut également la feuille de route remis au délégué ministériel à la psychiatrie, fraîchement nommé en avril 2019.

Le diagnostic posé par les deux rapporteures complète cet état des lieux fait à répétition et qui s’est traduit dans les réalités de terrain par un étouffement de plus en plus grand de la psychiatrie publique, sa déréliction ayant provoqué les soulèvements des mois passés dans les HP. Le Printemps de la psychiatrie est cité et son manifeste repris dans l’introduction. Pour autant, il ne s’agit ici que de communication pour tenter d’étouffer les causes profondes de notre mobilisation et la question du renouveau des soins psychiques n’est pas à l’ordre du jour.

La première partie retrace l’importance historique du secteur, sa tombée en désuétude pendant quinze ans (2001-2016) et son rôle central dans la future organisation territoriale. Il est évoqué la place prédominante qui doit être donné à l’ambulatoire, au travail de proximité dans la cité, premier lieu des soins et des futurs investissements.

L’actuelle organisation de la santé mentale est décrite comme un « mille-feuille indigeste » comprenant des commissions sur différents échelons géographiques et administratifs (CPT, GHT, PTSM, PRS et tous les acronymes de la langue bureaucratique). Il est également pointé avec justesse l’augmentation ininterrompue de la contrainte et le manque accru de structures d’amont et d’aval. Ces deux phénomènes intensifiant « la pression de toute la filière de soins psychiatrique qui se concentre sur l’hôpital psychiatrique ».

Il est également dit, et cela est suffisamment rare pour le noter, « que le virage ambulatoire tant attendu ait été amorcé, mais le développement de l’offre ambulatoire reste largement insuffisant par rapport aux besoins ». Il sera donc question de développer les moyens sur l’ambulatoire pour qu’à terme 80% de ces moyens soient dans la Cité.

Le constat général tiré dans les deux premiers chapitres relève l’état de destruction de la psychiatrie : l’absence d’investissement depuis des dizaines d’années, la porosité avec l’évolution sécuritaire de la société se traduisant par l’explosion des contraintes aux soins : contraintes légales (avec les soins sans consentement et les mesures de protection type tutelles et curatelles), contraintes physiques (recours massif aux psychotropes, contentions et isolements) contraintes sociales (augmentation de la précarisation pour les personnes les plus malades en terme de logement, d’accès aux soins, à la culture, aux aides sociales).

Par ailleurs, il est abordé l’importance accordée aux soins physiques des personnes ayant des troubles psychiques, éléments nécessaires étant donné les écarts d’espérance de vie avec la population normale. Ainsi, former les médecins généralistes à la spécificité de prise en charge des personnes psychiatrisées et insister sur l’importance de l’articulation entre les services de soins psychiatriques et les services de soins somatiques sont également nécessaires. Aux côtés de ces deux éléments, il serait également utile de maintenir une formation psychiatrique spécifique pour les médecins psychiatres car, depuis une dizaine d’années, l’énoncé « les maladies psychiatriques sont des maladies comme les autres » a eu pour effet de faire progressivement des psychiatres « des médecins comme les autres » au détriment de leur rôle spécifique pour penser et travailler avec les psychés troublées.

Bilan pré-thérapeutique des « experts » de l’Institut Montaigne

Aux alentours de la soixantième page, les rapporteures expliquent l’importance du rôle de la Recherche comme levier d’action pour réorganiser l’ensemble du champ de la santé mentale puisqu’elle serait à même de proposer un cadre pour en finir avec « l’hétérogénéité des pratiques » et du « ça dépend » comme réponse organisationnelle.

Si la Recherche est bien un levier d’action, il ne l’est pas tant pour les soins des patients mais pour la conquête du pouvoir par une certaine organisation de la psychiatrie. Une organisation ciblée sur « l’expertise » et la « spécialisation » avec comme corollaire la nécessité d’un accès au diagnostic. Le rapport fait ensuite la place aux propositions de la fondation FondaMental et des auteurs de l’ouvrage co-édité par l’Institut Montaigne, think tank néolibéral, également responsable de la réforme Blanquer avec son soutien à l’association « Agir pour l’Ecole ». Les professeurs Leboyer et Llorca sont cités à maintes reprises (p61, p62, p68). Les centres experts qui sont des centres de diagnostics sont promus comme l’une des solutions. Pour autant la distinction entre le « diagnostic » (intervention ponctuelle) et la prise en charge (intervention sur le court, moyen voire long terme en fonction des troubles présentés et de leur évolution) n’est pas suffisamment éclaircie.

Il est à noter des oublis notables qui sont des réalités de terrain quotidiennes. Aux côtés de l’insuffisance « d’alternatives à l’hospitalisation », il existe également une insuffisance d’alternatives à la délocalisation des patients en Belgique du fait du sous-investissement dans la construction de structures médico-sociales sur le territoire hexagonal compliqué par le cadre des « appels à projets » des ARS. Auparavant, les acteurs de terrain pouvaient proposer aux tutelles des projets répondant directement aux problématiques rencontrées sans attendre un hypothétique appel à projet et son cadre formaté. Nulle mention également du mille-feuille administratif des MDPH qui sous prétexte de valoriser les plateformes et la fluidification des parcours au nom de la « Réponse Accompagnée pour Tous » (RAPT), multiplient le nombre de réunions administratives (GOS, PAG…) bloquant toute possibilité de débouché rapide pour les personnes en attente d’orientation ou de structures médico-sociales. Enfin, la pédo-psychiatrie est encore une fois oubliée. La création de postes de professeurs d’université en psychiatrie de l’enfant est-elle réellement à la hauteur des enjeux ?

Une thérapeutique paradoxale

Il existe plusieurs éléments inconciliables en l’état des choses ce qui provoque des paradoxes sur le traitement politique du champ psychiatrique. En effet, l’expertise et le tri par pathologies qui sont le pendant, dans les pratiques, de la Recherche telle que l’envisage la fondation FondaMental vont à l’encontre de la volonté de démocratie sanitaire où les usagers et les familles pourraient dialoguer sur un pied d’égalité avec les professionnels.

Plusieurs paradoxes structurent les propositions du rapport :

–       Homogénéiser les pratiques et conforter le libre choix des usagers d’aller dans les services de leur choix. Ce qui sous-entend tout de même le maintien d’une hétérogénéité des pratiques du champ psychiatrique.

–       Simplifier le mille-feuille administratif en ayant recours au PTSM  

–       Avoir une attitude plus ouverte face à la maladie mentale alors que le gouvernement Macron a mis en place un fichage stigmatisant inédit « Hopsyweb » croisé avec le fichier pour radicalisés. La ténacité du CRPA est, heureusement, en train de le tailler en pièce.

Les lignes directrices sont confiées aux portes voix de la Fondation FondaMental (p71) : « Les structures devraient être labellisées et développer les bonnes pratiques reconnues ». La proposition centrale est celle d’une agence interministérielle : « vos rapporteures partagent entièrement ce constat [d’autres observateurs tels les professeurs Marion Leboyer et Pierre-Michel Llorca] » et celle de consolider le Projet Territorial de Santé Mentale (PTSM).

Contrairement à l’ambition centralisatrice de « l’institut national pour la santé mentale », nous pensons qu’une participation des acteurs de terrain aux soins qu’ils veulent recevoir et promouvoir soit le meilleur levier pour contrôler les dérives locales et repérer les « innovation » de terrain qui ne soient pas uniquement des vitrines pour attirer les financements. 

Plutôt que de suivre aveuglément les consignes gouvernementales et ministérielles, les agences régionales de santé devraient être des lieux de conflictualité pour les différents acteurs et non pas la promotion exclusive d’une certaine vision, souvent réductrice (car comptable), des soins et de la santé. 

Paradoxe également puisque laisser la liberté de choix aux usagers, cela permettrait de mettre en concurrence des pratiques hétérogène considérées comme désuètes par les centres experts. Ce qui est intéressant puisque le nombre de patients ayant recours à ces centres se retrouvent souvent déçus et sans soins réels une fois le bilan effectué. Si nous tenons le fait que le secteur s’applique d’abord et avant tout aux équipes et non pas aux usagers et aux familles, il serait temps de donner les moyens à celles et ceux qui se battent sur le terrain pour faire (ou pour tenter de faire) hospitalité d’une façon généreuse aux personnes les plus en souffrance.

Il existe aussi certaines propositions méritant l’attention puisque les établissements publics sont friands du recours aux cabinets d’audits, payés rubis sur l’ongle, pour appliquer les consignes dictées par les tutelles, tout en faisant croire aux acteurs de terrain que leur avis et leurs échanges est structurant pour les projets d’établissement : « En outre les acteurs se trouvent souvent dépossédés de leurs prérogatives au profit de cabinets de conseil privés, recruter par les ARS pour les assister. Il est fréquent qu’ils proposent des orientations opérationnelles « clefs en main » très morcelées, traduisant ainsi une technocratisation rampante du processus qui échappe par-là même à ceux qui devraient en être les seuls artisans ». Ici, nous avons affaire à un autre paradoxe : la volonté d’homogénéiser les pratiques alors que les situations locales varient et doivent laisser du jeu à l’adaptation des structures au milieu dans lequel elles se trouvent (qualité de la population, urbaine ou rurale, facilité d’accès au logement ou non, diversité de l’offre médico-sociale d’amont et d’aval…). Si une homogénéisation est nécessaire, elle doit cibler l’égalité de traitement des citoyens face aux libertés fondamentales dans les soins psychiatriques : liberté de circulation, accès aux soins (et pas uniquement l’accès au diagnostic et à l’ordonnance du centre expert), liberté de choix…

En conclusion : des missions « flashs pour éblouir »

Plus démocratique, plus accessible, plus citoyenne, l’ambition de ce rapport pour la psychiatrie ayant est notable. Il présente des points positifs quand il s’agit de la reprise des thèmes désaliéniste : ouverture de la psychiatrie à la cité, respect des libertés fondamentales. Positif également, quand il s’agit que les acteurs de terrain puissent s’organiser au plus près de leur territoire sans les intermédiaires de la « technocratisation ».

Pour autant, il existe plusieurs contradictions.

La première est de ne pas insister sur l’une des raisons fondamentales du mal profond ayant participé à l’émergence du printemps de la psychiatrie et des luttes dans les hôpitaux psychiatriques : le sous financement. Comme pour les urgences, il est nécessaire d’investir dans le recrutement de professionnels en nombre pour promouvoir des soins humains de qualité.

La deuxième contradiction est de privilégier une organisation au plus près du terrain tout en voulant homogénéiser les pratiques par le biais d’un institut national laissé entre les mains d’un lobby ayant désormais ses entrées au gouvernement.

« L’organisation » ou plutôt la réorganisation est devenue le maître mot pour régler les problèmes de sous-investissement chroniques entraînant le désespoir des usagers et des professionnels comme en témoigne le « fonds d’innovations organisationnel » mis en place par le ministère de la santé (à hauteur de 10 millions d’euros) pour favoriser les projets « innovants » qui permettent d’habituer l’ensemble des acteurs à la pénurie organisée. Ces choix politiques sont d’abord et avant tout des investissements de communication. Ils ne résolvent rien sur le terrain et s’inscrivent dans des logiques de court terme sans augmentation de budget. Ce financement par projet et de durée limitée est en contradiction avec une réelle vision sur le long terme. Ici, le pire imaginable sera de financer une réorganisation de soin sur un mode purement rentabiliste et concurrentiel, laissant libre cours au développement d’une offre privée lucrative accrue et au délaissement toujours plus important des populations les plus précaires, les plus en souffrance et les plus à distance d’un accès facile aux soins en détruisant le service public de santé.

Ainsi, il y a tout lieu de penser que la réponse générale apportée par ce rapport soit dans la même ligne que les autres missions flashs : sur le financement de la psychiatrie (rapport Wonner 1) ou sur les urgences (rapport Carli et Mégnien). Ces flashs qui aveuglent temporairement l’opinion publique, une fois dissipés, laissent la question entière : la santé ne doit pas être une variable d’ajustement économique et financière mais bien un investissement pour la qualité de vie de la population. À défaut, ce rapport finira dans les tiroirs déjà bien encombrés des gouvernements successifs.

Tout comme la crise des urgences, de l’hôpital public, du système de santé, du travail social, la psychiatrie et la pédopsychiatrie ont besoin d’investissements supplémentaires à hauteur de plusieurs milliards d’euros pour reconstruire un monde habitable pour ses usagers dans ce paysage détruit par des années d’abandon. Là aussi, la crise de la psychiatrie est une crise de sens, une crise environnementale, sociale et politique qui nécessite des remèdes polydimensionnels et s’appuyant sur la pluralité des acteurs. Nous appelons donc à la mobilisation générale de la psychiatrie aux côtés des urgences et des autres mobilisations du service public de santé.

Mathieu Bellahsen, psychiste à Moisselles et membre du collectif pour un Printemps de la Psychiatrie.

Le rapport Wonner-Fiat est à lire ici : http://www.assemblee-nationale.fr/15/rap-info/i2249.asp

Ma voisine de la salle d’attente

Folle journée aujourd’hui! 

Aujourd’hui, je me suis réveillé à une heure convenable, il faut dire que je n’avais presque pas dormi les nuits précédentes. Vers 8 heures et demi, je suis parti au boulot et le tramway était encore bondé mais je suis arrivé à une heure convenable. J’ai aussi travaillé convenablement sauf qu’à 10H30, je devais décoller pour mon rendez-vous chez le psy pour ne pas dire psychiatre. J’étais de bonne humeur et je lui ai raconté le projet d’association Comme des fous et la formation podcast de ce soir.

A midi, je suis allé à Sainte-Anne, pas pour être hospitalisé comme il y a deux ans, là j’avais juste un déjeuner avec les designers du Lab-AH, des gens sympathiques qui développent des projets sur l’hospitalité et l’accueil à l’hôpital.

A 15H30, j’avais comme chaque semaine rendez-vous au psychodrame. J’étais presque à l’heure quand ma jolie voisine de salle d’attente m’a annoncé que c’était sa dernière séance parce qu’elle voulait du changement.

J’ai bien aimé la séance de psychodrame. Comme patient psychotique, j’ai carrément de la chance d’avoir 6 thérapeutes pour moi pour pas un rond. La différence avec la cure sur le divan de papa Freud ou la thérapie en face à face c’est que ça me permet d’investir différents thérapeutes au fil des scènes que j’invente et des rôles que je leur attribue. 

Du coup, aujourd’hui, je me demandais, si comme ma voisine de salle d’attente, j’aurais le droit de partir un jour ou de changer d’air. J’aimerais bien changer. Et d’ailleurs, je serais bien parti avec ma voisine de salle d’attente. Elle n’avait vraiment pas l’air folle. Il y a des gens normaux qui font des thérapies juste pour aller bien. C’est peut-être mon cas aussi. 

Peut-être que ça sera pareil ce soir à la première séance de formation au podcast, je vais peut-être rencontrer des gens normaux. C’est inquiétant tout ça : ils parlent de quoi les normaux qui font des podcasts? Après tout, ces gens-là, ils parlent tout seul dans un micro, un peu comme les fous qui parlent tout seuls! Et si les fous prenaient le micro, ça donnerait quoi? Un podcast qui marie norme et folie, en voilà un projet fou! Bienvenue à Comme des fous, le podcast!

Joan

Mon combat pour la vie [Emilie]

J’ai beaucoup hésité avant de publier cet article. J’hésite encore d’ailleurs… Je ne sais pas pourquoi, car je n’ai pas honte, ni peur de ce que j’ai vécu. J’ai déjà publié plusieurs poèmes…

Alors pourquoi hésiter ? Peut-être parce que je partage avec vous certains écrits qui datent de mes années de souffrance, et qui sont assez violents.  Lorsque je les lis, je revois l’enfer sous mes yeux.

Mais écrire cet article (ou plutôt le mettre en forme, car comme je l’ai dit la plupart des ces lignes étaient écrites.), et de le partager avec vous, était important pour moi. Une façon de tourner une page. D’écrire noir sur blanc, je suis guérie. Je m’en suis sortie. Je ne pensais pas pouvoir écrire cela un jour. C’est une victoire pour moi !

SENTIMENT DE VIDE ET BESOIN D’AFFECTION…

La solitude me pèse. Le vide m’habite, me hante. Un peu comme un couteau qu’on plante.  Le vide est tout autour de moi. Il rebondit sur moi et m’agresse. Il me brûle et me blesse. Il me marque de son empreinte, m’étouffant d’une plainte. Le vide est constamment là, à l’extérieur comme à l’intérieur… Il m’étouffe, m’aspire, me noie. Impossible de le combler, de m’apaiser. Mon cœur est brisé par l’absence. L’absence de l’autre. L’absence d’affection.

Le manque. L’abandon. La disparition.

CE MONDE QUE JE NE COMPRENDS PAS…

Je me sens comme une feuille de papier qu’on aurait déchirée. Comme un puits sans fond impossible à combler. La vie semble passer à côté de moi sans jamais me toucher. Rien ne semble réellement avoir d’intérêt. Je me sens décalée par rapport au monde, par rapport aux autres que je ne comprends pas. Tout m’ennuie. J’ai constamment l’impression de jouer un rôle, d’être quelqu’un d’autre… Mais rien ne semble me porter, ni me remplir. Je reste toujours aussi vide de tout. Rien ne semble m’atteindre, ou alors on me traverse. Je suis transparente. Personne ne me voit. Personne ne fait attention à moi. Je suis constamment seule. Je me contente de miettes et pourtant jamais cela ne suffit.

Je suis prête à supplier, prête à tout pour avoir ne serait-ce qu’un peu d’attention. Et je me perds… Je me perds dans le néant.

ANGOISSES – DEPRESSION – MORT

J’ai peur.

Je suis captive.

La peur m’enchaîne le long de ses bras. Elle m’enserre, m’étouffe parfois. Sournoise, elle me paralyse et me noie. Je suis incapable de faire quoi que ce soit. Je tremble et puis j’ai froid. Je ne suis qu’une ombre sans visage, une âme parmi les nuages. La vie me séquestre ici-bas. Elle me condamne à une existence que je ne veux pas. Tandis que le monde se renverse sous mes pas, j’erre sans but et sans désir.

Il n’y a plus de vie en moi.

Je suis morte depuis si longtemps déjà. Plus aucune lumière ne m’anime, plus aucune joie. Mon corps m’emprisonne dans sa forteresse. Je suis ligotée dans les aiguilles du temps qui ne cessent de me rappeler que la mort est proche alors que je n’ai rien accomplie. J’aimerais pouvoir laisser une trace, un message de mon passage sur terre. Une empreinte qui signifierait que j’ai bel et bien existé. J’aimerais pouvoir changer les choses mais j’ignore comment. Puis-je rêver d’une vie meilleure, ou n’est-ce qu’une illusion ? Je n’ai plus aucune passion, aucune motivation. La vie rebondit sur mon corps mais ne le réchauffe pas. Les murs de ma prison sont bien trop épais pour laisser passer l’espérance.

Le bonheur existe-t-il ?

DANS L’ENFER DE L’AUTODESTRUCTION

Je crois que la souffrance a toujours fait partie de moi, même si je n’en étais pas consciente…

Un jour, la souffrance s’est emparée de mon corps et en a fait sa marionnette. Elle a dévasté mon âme et m’a fait perdre la tête. Elle s’est infiltrée dans mes veines et y a mis du poison. Elle a pénétré mon armure et y a mis le chaos. Elle a volé mes rêves et mes espoirs et m’a fait voir tout en noir. Elle m’a traquée jusqu’à me faire perdre pieds. Elle s’est emparée de mes faiblesses et m’a dépeint toute sa tristesse. Elle a dessiné le vide sur une page blanche, a écrit avec mon sang et a gravé mes cicatrices à l’encre indélébile. Elle m’a fait oublier qui j’étais et a mis la mort entre mes mains.

A l’intérieur de moi, un monstre a fait son nid.

Il m’assassine à petit feu. Il m’asphyxie. Je n’ai plus d’air. Des larmes naviguent dans l’océan de mes peines. Le monstre gronde. Il a faim. Il se nourrit de mes frayeurs. Il a le don pour trouver la moindre petite faille. Il s’y infiltre et ronge mes organes. Je tremble. J’ai peur. Comment lui échapper ? Mon monde s’écroule. Ma vie n’est qu’un château de carte. Un souffle et elle se transforme en poussière. Je vois flou. Je suffoque. Mais que ce passe-t-il ? Je tremble. Je suis terrifiée. Quelque chose de terrible va m’arriver. Les gens me veulent du mal. Le démon, assis sur mon ventre, prend de l’ampleur. Je pleure. Je ne supporte plus cette souffrance, et mon seul espoir repose au Paradis. Je suis désolée pour toutes les personnes qui tentent de me sauver, mais la mort me veut. Elle me traque. Elle m’attend. Elle m’aura… Je ne sais combien de temps je vais pouvoir lui résister. La lame m’appelle déjà, me suppliant de lui obéir. Et c’est à son tranchant, que je découpe. Je fais des ouvertures pour que le monstre puisse s’en aller. Je transperce ma chair avec force et colère.

Plus rien ne compte alors, ni la Vie, ni la Mort.

ANOREXIE – BOULIMIE

Une petite voix dans ma tête m’interdit de manger et l’autre me dit: » vas-y mange ! Pourquoi te priver ? Les autres mangent bien eux ! Il y a tant de bonnes choses… »

La nourriture me nargue, elle m’attire… Je dois lui résister… Je pense aux chiffres sur la balance et à mon poids qui ne fait que grimper. Je suis grosse, mais la nourriture est trop bonne. Les autres mangent et ne se posent pas toutes ces questions. Mais c’est si calorique !!! « Tu vas le regretter, tu le sais ! Et après direction les toilettes, c’est ça que tu veux ? Tu veux patauger dans le vomi et être une puanteur ? De toute façon, tu l’es déjà ! Alors arrête de manger, arrête le massacre ! Tu peux le faire ! Tu veux maigrir non ? Alors oublie la nourriture, tu n’en as pas besoin… Oublie les autres, tu veux leur ressembler ? Alors aujourd’hui, interdiction de manger !

A LA LIMITE…

Peu importe la longueur du voyage, et la profondeur de la descente… Au bout du compte il n’y a qu’un pas. Qu’un seul pas… Entre moi et la folie. Entre la souffrance et le Néant… Un petit pas de rien du tout.

Ma vie est en pointillés. Une immense ligne discontinue. Une ligne où s’alternent des hauts et des bas, du plein et du vide. Je balance sans cesse d’un extrême à l’autre. A la frontière entre deux mondes, deux états. Entre la névrose et la psychose, entre l’amour et la haine, la joie et la dépression. Entre la motivation et la démotivation, la conscience et l’inconscience…

Je suis comme un élastique qui se tend vers la lumière, qui se charge en tension, et se projette contre un mur. Je passe du blanc au noir sans modération, sans ponctuation. Il n’y a pas de couleur. Il n’y a pas de nuances. Juste une suite de traits sans aucun lien entre eux. Ma vie est écrite en morse et je n’ai toujours pas appris à la déchiffrer.

Je suis tout et rien à la fois. Je suis une bombe à retardement, un volcan en irruption. Je suis une cocotte-minute sur le point d’exploser. Je suis la raison et la folie, un arbre déraciné. Je suis le flou sur un tableau. Une étrangère dans le chaos. Je suis la douceur et la violence. Le contrôle et la pulsion. Je suis l’ombre et la lumière. La pluie et le beau temps. Je suis l’exception qui confirme la règle. La virgule entre les mots. Je suis la Vie et puis la Mort.

JE SUIS BORDERLINE

Ou du moins je l’étais. On m’a diagnostiquée en Avril 2010.

Aujourd’hui la plupart des symptômes du Trouble de la Personnalité Borderline se sont atténués, ou ont disparu. Je suis enfin libre.

Pourtant, c’était loin d’être gagné. J’étais au fond du trou… Le plus dur fût ma dépendance aux scarifications. Dur, très dur de s’en passer…

LE TROUBLE DE LA PERSONNALITÉ BORDERLINE C’EST QUOI ?

La personnalité Borderline est aussi connue sous le nom d’ « état limite » ou « état frontière » :

L’appréhension de cette maladie est complexe car il est difficile de savoir s’il s’agit d’une maladie psychique à part entière ou d’un trouble de la personnalité.

Parfois elle n’est que la première manifestation d’un trouble psychotique.

La personnalité Borderline se caractérise par une grande instabilité des relations interpersonnelles, une instabilité émotionnelle, une mauvaise appréciation de l’image du soi, une impulsivité marquée.

L’impulsivité se manifeste sous toutes ses formes : sexualité, alimentation, addictions. La mauvaise organisation de la personnalité associée aux symptômes précédents entraîne agressivité, automutilation tentatives de suicide.

L’alternance de périodes pathologiques et de stabilité est rapide et déconcertante pour son environnement. Le malade n’est pas en rupture avec la réalité comme dans d’autres troubles psychiques mais il est gravement inadapté à la réalité.

Les troubles commencent souvent à l’adolescence pour continuer à l’âge adulte. Au cours de certains épisodes, l’intensité des troubles associés à certains symptômes peut évoquer une pathologie psychotique ou un trouble bipolaire. Il est à ces moments possible de penser que la personne va basculer dans une pathologie bien définie, mais l’évolution avec des hauts et des bas voire des périodes de normalité fait rejeter cette possibilité.

La quête affective démesurée du « Borderline » entraîne des conflits avec l’entourage qui ne sait jamais où il en est. Il s’agit de la caractéristique principale de ce trouble de la personnalité. L’état limite entre le normal et le pathologique est épuisant pour le malade et ses proches.
C’est l’association des symptômes décrits qui fait évoquer le diagnostic, mais les symptômes sont parfois déroutants et changeants. Il faut du temps avant de pouvoir confirmer un diagnostic. (Source : Unafam)

Les différents symptômes : Selon le site de l’Aapel, il faut avoir au moins 5 de ces symptômes pour être considéré comme « Borderline ». Mais, bien entendu, seul un psychiatre pourra établir un diagnostic.

  • Incapacité à gérer ses émotions ou victime de ses émotions (absence de contrôle de ses émotions fortes ?)
  • Problèmes relationnels
  • Changements d’humeurs soudains, intenses rapides ou fréquents, sautes d’humeur.
  • Anxiété
  • Relations de type Amour / Haine. Pense autrui en Tout Bon / Tout Mauvais sans compromis
  • Sentiment d’être une  » victime « , incapacité à accepter ses propres responsabilités
  • Sentiment de déprime, tristesse ou de vide
  • Accès de colère fréquents ou imprévisibles (extériorisés ou pas), colère incontrôlable
  • Image de soi instable
  • Peur de l’abandon
  • Comportements impulsifs autodestructeurs comme la Boulimie, Sexualité à risque, Anorexie, Dépenses incontrôlées, Alcool, Drogue, Conduite dangereuse, Abus de médicaments, …
  • Attaques de rage
  • Tentatives de suicides ou d’automutilation comme se couper, se brûler, se griffer

COMMENT J’AI SURVÉCU ?

Pour cela, j’ai dû parcourir un long chemin, un chemin semé d’embûches. Une montagne immense à gravir. J’ai eu les pieds en sang à force de marcher dans les débris encombrant mon parcours. J’ai eu le dos bossu à force de porter le poids de mes souffrances. J’ai eu le cœur en miettes à force d’attendre un soupçon de tendresse…

Mais heureusement, des personnes étaient là pour m’accompagner dans ma traversée. Pour me porter. Me supporter. Pour m’écouter. Me rassurer.

Il y a des jours où tout est noir. Des jours où la Mort nous vole notre dernier espoir… Et pourtant… Une rencontre va tout changer… Ou presque. Le changement prend du temps. Je l’ai appris à mes dépends.

UNE PSYCHOTHÉRAPIE

Il m’a fallu 9 années de thérapie pour sortir des abysses mais je ne regrette aucun sacrifice.

Il a fallu que je me retrouve en psychiatrie pour qu’enfin on entende mes maux. C’était loin d’être un château, mais je n’avais guère le choix. C’était souvent contre mon gré, mais c’était surtout pour me protéger. Me protéger de moi-même.

C’était pour ma survie.

Des tentatives de suicide il y en a eu en orgie. Des scarifications aussi… Sans parler de l’anorexie et de la boulimie…

Il m’a donc fallu 9 années de thérapie pour me sortir de l’enfer, avec hospitalisations, et médication. J’avais 22 ans à l’époque. J’en ai 31 aujourd’hui.

Des fois, je pense avoir perdu toutes ces années. Mais en réalité, ces 9 années m’ont aidée à me construire, à grandir, à vivre.

Je n’étais qu’une petite fille dans un corps de femme. Je n’étais qu’une petite fille accrochée à une enfance traumatique.

Je n’étais qu’un petit oiseau apeuré qu’il a fallu apprivoiser.

Ma thérapie m’a rendue plus forte. Elle m’a permis de me connaitre d’avantage, de prendre conscience de mes schémas de fonctionnement, d’atténuer mes angoisses, de faire la paix avec le passé, et surtout avec moi-même.

ET POURTANT, TOUT N’ETAIT PAS AUSSI SIMPLE…

Surtout quand la dépendance affective vient semer la zizanie. Je suis devenue accro à ma psy, que je voyais un peu comme une seconde mère.

Envie de me faire du mal, envie de lui montrer à quel point j’ai mal. Envie de mourir, non je vous assure je ne suis pas suicidaire, juste pour vous mesurer l’intensité de ma souffrance. Une souffrance insoutenable, intolérable. Une souffrance cruelle, presque irréelle. Une souffrance acide, livide. Une souffrance invisible, indicible. Une souffrance démente, violente. Une souffrance violence. Une violence intense. Une violence insolence. En quête de sens. Une folle violence. Une douce folie. Une folie passagère… Une folie meurtrière.

Juste envie de lui montrer à quel point j’ai mal. Mes larmes coulent à flot. Et moi je ne vole plus très haut. Envie de prendre des somnifères, juste pour m’anesthésier, et la douleur la faire taire. Juste pour oublier. Juste pour m’oublier. Fuir la réalité. Fuir la vie qui m’étouffe, qui m’agresse. Fuir qui je suis. Fuir le vide, le manque… Le manque d’Elle, le manque d’amour. Et le vide toujours… Le trop plein et puis le vide. L’amour et puis le manque. Le bien-être et puis la dépression. Le néant et puis la mort. Comment lui dire que je ne peux pas vivre sans elle ? Juste envie de la voir. Elle, ma psy.

UN EXUTOIRE

J’aurais tout fait je crois. Et pourtant je suis là à écrire ces lignes. Ces mots si chers à mon cœur. Car oui l’écriture était un exutoire, une échappatoire à ma douleur. Ecrire m’a aidé à mettre des mots sur mes maux, à laisser courir mes émotions. C’était bien plus simple que de parler… Quand on me demandait, je disais « tout va bien ». Alors que tous mes actes disaient le contraire.

QUAND UNE RENCONTRE VIENT TOUT CHANGER…

« Car il y a des rencontres qui sauvent. Elles vous saisissent au corps, elles vous soulèvent du sol auquel vous êtes englué, elles vous font passer de la nuit à la lumière. »

Une vie à soi – Laurence Tardieu

J’ai eu cette chance. Cette chance de rencontrer des personnes formidables. Des personnes inoubliables. Elles m’ont sauvée.

Elles m’ont sauvée de l’Enfer dans lequel je m’engouffrais, du trou dans lequel je m’enfonçais. Elles m’ont sauvée du monstre qui envahissait mon esprit, de cette chose qu’on appelle Folie.

Mais surtout, elles m’ont sauvée de moi-même.

Car il faut bien le dire, nous sommes notre plus grand ennemi. Et je dois bien l’avouer, je ne sais pas si je serais encore en vie sans leur soutien.

Je ne les remercierais jamais assez.

Merci à ma psychologue qui sera toujours dans mon cœur. Merci pour sa patience et sa bienveillance.

Merci à ma psychiatre, qui malgré tous nos « affrontements » ne m’a pas lâchée.

Merci aux infirmières de l’hôpital de jour qui m’ont soutenue depuis le début.

Merci à C. qui m’a fait découvrir ma créativité.

Merci à M. pour sa douceur. Elle a su apprivoiser la tornade que j’étais.

Merci à A. de continuer à me suivre encore aujourd’hui dans mes démarches professionnelles.

Merci à toute l’équipe d’Alpha Plappeville qui m’ont aidée à construire un projet professionnel. C’est grâce à eux que j’ai pu me lancer dans l’aventure du Greta, et que j’ai obtenu mon Cap Pâtissier.

Merci aux amis que j’ai pu rencontrer durant mon parcours, que ce soit à l’hôpital de jour, à Alpha Plappeville, à l’atelier théâtre…

Merci pour ces moments de bonheur que vous m’avez offerts. Merci pour ces partages et ces fous rires. Merci pour tous ces souvenirs…

POUR ENFIN SE RECONSTRUIRE

Après des années de galères et des trous dans mon cv, j’ai enfin trouvé ma voie dans la pâtisserie.

Un métier manuel et créatif qui correspond très bien à mon côté artistique, et qui complète parfaitement mes autres passions : la photographie et l’écriture.

Je me sens enfin sereine dans ma vie. Je n’irais pas jusqu’à dire que je suis heureuse et épanouie. Mais je me sens bien. Je me sens enfin vivante.

Cela fait désormais 3 ans sans scarification et j’en suis fière !

Je ne ressens plus ce besoin de me détruire. Je ne veux plus mourir.

Je veux vivre !

Je ne ressens plus le vide. Je supporte mieux la solitude et la séparation. Je ne suis plus sans cesse en recherche d’affection. J’arrive désormais à me nourrir de mes passions. Même si je rêve encore du prince charmant !

Je ne dis pas que tout est réglé dans ma vie. Ce n’est pas aussi simple. J’ai encore des difficultés, notamment avec mon corps et l’intimité. Puis, il me reste encore des angoisses à surmonter. Mais j’ai en quelque sorte appris à vivre avec, appris à les accepter comme elles sont. Je vais mieux, c’est déjà bien.  Et j’arrive désormais à voler de mes propres ailes. 

Donc voilà, je peux dire haut et fort que j’ai survécu à l’enfer de la dépression. L’enfer de la folie.

Je suis une guerrière et j’en suis fière !!!!!

Je suis en vie et je profite de chaque moment. Je vis l’instant présent. J’hume les fleurs, les petits moments de bonheur. Je capture les émotions et les souvenirs.

Je respire la VIE.

Je suis VIVANTE !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

LA FOLIE, C’EST QUOI ?

Mais avant de vous quitter, je souhaiterais revenir sur un mot que j’ai à plusieurs reprises utilisé. Le mot « Folie ».

La Folie, ça peut faire peur.

Mais qu’est-ce que c’est ?« Depuis l’Antiquité, les médecins s’ingénient à nommer, répertorier, expliquer, prendre en charge les troubles mentaux. Et ils ne sont pas au bout de leurs peines…

On disait naguère « folie », « démence », ou encore « aliénation ». On parle aujourd’hui de « maladies mentales ». Autant de mots qui couvrent une réalité multiple, dans laquelle on a rangé toute une classe de troubles divers : de l’arriéré mental qui fait figure d’« idiot du village » au délirant qui se prend pour le Christ, du criminel psychopathe au dépressif, de l’irascible « fou furieux » à l’autiste qui vit replié sur soi, de la démence sénile aux troubles obsessionnels… »  (Source : Sciences Humaines)

Mais il n’y a pas de fous. Non, il n’y a que des personnes en souffrances et qui ont besoin d’aide, souvent comme moi, contre leur gré.

Et la Schizophrénie ? C’est un trouble psychiatrique faisant partie des psychoses.

La différence entre psychose et névrose ? Dans la psychose, le patient n’a pas conscience de ses troubles, à part dans quelques rares moments.

Un schizophrène est-il dangereux ? Peut-il tuer ? Je ne vous dirais pas que ce n’est pas vrai. Cela peut arriver dans le cas où la personne n’est pas soignée. Cette maladie présente des symptômes tel que les hallucinations, ou la paranoïa… Attention, chaque personne est différente, et donc aura des symptômes différents.

Mais, je peux vous assurer que les personnes atteintes de schizophrénie ne sont pas toutes des tueurs en série. Une fois suivie, ces personnes vivent comme tout le monde. En parlant de cette pathologie, je rends hommage à un ami, qui malheureusement a rejoint les Anges.

Tout cela pour dire qu’il ne faut pas avoir peur des personnes avec un trouble psy. Tout le monde peut, à un moment de sa vie, être en souffrance. La dépression, le burn-out… Tout le monde est concerné ! Bien entendu, je ne le souhaite à personne. Je veux simplement faire réagir les gens. Dans les films, souvent les tueurs sont atteints de troubles psychiatriques. Mais il s’agit là d’un film, et non pas de la réalité !

J’espère qu’avec mon Histoire, certains d’entre vous auront changé de point de vue sur le monde de la psychiatrie.

VOUS ETES EN SOUFFRANCE ?

Pour finir, je m’adresse aux personnes en souffrance. Je sais que c’est difficile lorsqu’on voit tout en noir, mais croyez-moi, on peut tous s’en sortir. Continuez à vous battre, et gardez espoir. Un jour, vous verrez la lumière au bout du tunnel.

N’oubliez pas : la Vie est Belle !!!! Alors profitons-en ! 

Emilie

source : http://www.lentracte-gourmand.fr/index.php/2018/08/31/mon-combat-pour-la-vie/

Portrait de Carole

Comme Carole, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

J’aime les belles rencontres avec des marginaux ou des artistes, ceux qui savent avoir un œil critique sur les choses de la vie.

J’aime aussi rencontrer des personnes avec beaucoup de bienveillance, de tolérance, de solidarité, de générosité avec les autres et avec eux-mêmes ; ceux qui savent partager équitablement.

D’autres personnes me mettent en colère… alors je leur écris des poèmes slammés pour apaiser ma colère.

J’aime écrire des textes qui dégomment les préjugés et qui rendent les différences positives.

Dans cinq ans je veux être entrepreneur coach socio-professionnel pour des usagers de la psychiatrie qui aimeraient créer leur propre emploi en devenant entrepreneur. Je vais commencer par un doctorat sur le sujet.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Je travaille depuis quinze ans masseuse et magnétiseuse au noir car j’ai très peur de perdre mon statut d’AAH (Allocation aux Adultes Handicapés) qui me protège dans la société mais je n’ai plus la force physique de le faire.

J’aimais ce métier en prise avec l’humain auquel j apportais des soins et du soulagement physique mais il pouvait être dangereux de recevoir des inconnus chez moi. Alors j’ai développé un sens aigu de self défense mentale par le bluff… Etant schizophrène depuis 25 ans j’étais naïve et ne savais pas bien me défendre. C’est à dire que je me suis bien entraînée pendant quinze ans à me défendre sans attaquer. Ainsi je me suis dirigée plus proche du rétablissement.

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

J’ai lu le témoignage d’Emilie et je suis d’accord que les soignants sont débordés ou mal formés et c’est grave pour les préventions de suicides chez les jeunes adultes qui viennent de tomber malades.

C’est pourquoi j’aimerais aussi que l’éducation nationale fasse une campagne de prévention en décrivant les symptômes et les diagnostics dans les collèges en faisant intervenir des pair-aidants et en leur permettant de témoigner de leur expérience de la maladie… au passage ce serait aussi de la prévention au terrorisme islamique car je suis personnellement convaincue que les terroristes entendent des voix.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

Une hypersensibilité qui rend les émotions plus fortes aussi dans le bonheur.

Des chemins de vie riches parfois ; des personnes attachantes souvent artistes de leurs vies et un potentiel créatif énorme.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Pourquoi pas lol !

Une page, association ou initiative que tu aimerais faire connaître?

https://www.toitamoi.net

Portrait d’Emilie

Comme Emilie, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

J’aime l’art en général : le théâtre, la poésie, la danse, la peinture, visiter des expositions, des musées… J’aime écrire (en particulier des poèmes), pâtisser, faire des photos. J’aime la nature, les arbres, les fleurs, les animaux.

J’aspire à un monde meilleur, à un certain bien être, à la tolérance, et à la paix.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Hélas, je ne travaille pas. Il y a tant de trous dans mon CV que je ne pourrais dire si j’ai un métier. Cela me rend triste d’ailleurs. Car j’aimerais travailler, mais mon trouble, mes angoisses m’en empêchent.

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

J’ai eu énormément de chance de trouver une équipe compétente. Je suis suivie dans un hôpital de jour avec infirmières, psychologue et psychiatre. Je ne sais pas ce que j’aurais fait sans eux.

Il y a encore quelques années, les patients avaient « cette chance » de pouvoir être hospitalisés en urgences. Même si j’avoue que je n’ai jamais voulu être hospitalisée, que l’hôpital c’est l’Enfer… Surtout la chambre d’isolement où on est « nu ». Cela est très humiliant. Et je dois dire aussi que certains soignants à l’hôpital ne sont pas très empathiques. On se demande pourquoi ils sont là. Ils devraient changer de métier.

Je disais donc que c’était une chance, car même si je détestais l’enfermement, je reconnais que cela m’a aidée. (Après je parle pour moi, et aussi du CHS dans lequel j’étais. Car je suis bien consciente que les conditions sont différentes d’une ville à une autre, d’un hôpital à un autre…).

Sauf que depuis deux ou trois ans environ, les choses ont changé. Ils ont supprimés des postes, mais aussi des lits dans les services. Les soignants sont débordés, et surtout, les personnes en souffrance doivent attendre parfois un mois afin d’être hospitalisées, d’être mis « à l’abri ».

Les « nouveaux » patients doivent attendre des mois pour avoir un rendez-vous avec ma psychiatre. Ce n’était pas le cas avant.

Ce qui m’énerve, c’est que pour les administrations, tout est une question d’argent. Les patients sont des numéros, des cases.

Une infirmière m’a racontée l’autre jour, que désormais il devaient mettre des croix dans un tableau. Mais comment peut-on mettre des troubles psy dans un tableau ? Comment peut-on quantifier si ce patient va bien ou non ? La psychiatrie est beaucoup trop abstraite !

Que ce soit les « hauts » dirigeants qui n’y connaissent rien, les soignants parfois mal ou peu formé, ou le grand public qui juge… Il y a énormément à faire, énormément de choses à changer.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

Déjà, je trouve le mot « folie » péjoratif. Je ne suis pas folle ! J’ai juste des difficultés.

Ensuite, je trouve que mon trouble me rend plus sensible, plus ouverte au monde et aux autres, plus tolérante et empathique.

Je suis également créative, sensible à l’art, à la beauté qui nous entoure.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Non, je ne pourrais pas. La politique ce n’est pas pour moi !

Par contre, je demanderais :

– Une plus grande sensibilisation du grand public. Nous ne sommes pas des monstres ! Et qu’on arrête avec les clichés dans les films comme quoi si on est fou, on est forcément un tueur. N’importe quoi !

– Des soignants mieux formés.

– Plus de budget : plus de personnel dans les hôpitaux afin d’avoir une meilleure prise en charge, plus de structures, plus d’art-thérapeutes ou de « choses » pour s’occuper.

– Un meilleur accompagnement lorsqu’on est en crise : au lieu d’être enfermé dans une pièce comme un animal.

– Améliorer l’insertion sociale et professionnelle : avoir plus d’entreprise adaptée, esat… plus d’aide pour trouver un emploi, un appartement…

– Avoir des groupes de paroles pour les patients, mais aussi la famille.

– Mieux accompagner les proches qui sont souvent perdus.

– Avoir une prise en charge identique dans toutes les villes et structure.

– Avoir les mêmes droits, qui changent d’un département à l’autre.

– Accélérer la prise en charge des dossiers de la MDPH ( Maison Départementale des Personnes Handicapées) qui est d’une lenteur pas possible… Attendre 3 mois, voir plus, pour une demande de RQTH (reconnaissance de qualité de travailleur handicapé).

Une page, association ou initiative que tu aimerais faire connaître?

Il s’agit de mon blog : http://www.lentracte-gourmand.fr

Un clip vidéo pour lutter contre la stigmatisation en santé mentale

Ce clip vidéo découle d’un travail effectué au sein de l’atelier slam dans le but de sensibiliser le grand public aux troubles psychiques.

Les patients et les équipes des Cliniques psychiatriques CLINÉA Robert Schuman (à Berlaimont), Marie Savoie (à Le Cateau Cambrésis) et des Hauts-de-France (à Louvroil), avec le concours du GEM de Maubeuge « La Main tendue » ont réalisé un slam pour lutter contre la stigmatisation en santé mentale et présenter la réalité quotidienne en réponse aux clichés encore trop souvent répandus.

Psycom

Portrait de Lili

Comme Lili, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous, en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

Mes inspirations sont la nature, les fleurs, le jardin, les arbres, l’eau, les rivières.

J’aspire à de la sérénité dans les relations sociales, dans la compréhension de l’autre. J’aspire à une meilleure connaissance de l’être humain et de son fonctionnement.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

J’ai fait beaucoup de métiers avec en fil rouge le bien-être d’autrui. Ce que j’aime c’est de partager, d’échanger joués et souffrances.

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

Le monde de la santé mentale est difficile à comprendre. On dirait qu’il a perdu son objectif qui est de rendre possible une vie sereine aux personnes souffrant de maladies mentales.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

Chacun a sa folie… la folie c’est une différence… la folie apporte une façon de voir les choses sous un autre angle, de la créativité au sens très large du terme.

De la folie, on peut tirer de grandes idées qui font les grands hommes. De la folie, on peut tirer de magnifiques œuvres musicales ou de peintures.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Ministre de la santé mentale, je réformerai en profondeur la façon de voir la maladie mentale. Dès l’école, je ferai apprendre aux enfants que nous avons tous une santé mentale et qu’il faut en prendre soin comme de sa santé physique. J’intégrerai de façon obligatoire un module sur la santé mentale dans toutes les formations médicales car on ne peut bien soigner quelqu’un sans prendre en compte son mental.

Une page, association ou initiative que tu aimerais faire connaître?

Le travail auprès des proches de personnes souffrant de troubles bipolaires en Franche-Comté avec l’Antenne Argos 2001 Doubs Franche-Comté.