« Art et folie, quels liens? » [98 min]

Création artistique et troubles psychiques sont souvent liés. La perception de ces liens a évolué au cours du temps. La folie peut-elle être créatrice? Comment est-elle représentée dans l’art? Peut-on repérer ces troubles dans une oeuvre? Les points de vue des artistes et des médecins sont illustrés d’œuvres d’artistes souffrant de troubles psychiatriques. Continuer la lecture de « « Art et folie, quels liens? » [98 min] »

« La Folie » sur Psylence Radio [59 min]

Ecouter l’émission:

 

psylence radio « Psylence radio » est une émission radiophonique axée sur la santé mentale et ses liens avec la société. L’idée, avant tout, est de créer un lieu autonome, un espace de parole libre, véritable vivier de dynamiques citoyennes. Mais aussi, d’offrir aux usagers et ex-usagers en santé mentale un moyen idéal de passer sans tabou de la « parole privée à la parole publique ».

Notre programme: permettre aux usagers de témoigner, d’échanger, de discuter… de lancer le débat, de le relancer, d’avancer vers une humanisation plus grande des soins, de se livrer, de poser des questions, de se retrouver entre eux et en compagnie de proches ou de professionnels… Il s’agit bien ici de tenter de dédramatiser la folie comme d’interroger l’exclusion… Et il ne sera pas inutile d’aller voir, un peu plus loin, quelles ont été les stratégies mises en place pour faire de l’expérience de la maladie et de la souffrance une aventure riche de sens, peut-être.

De ces réflexions et échanges naîtront, on peut l’espérer, de nouvelles initiatives (groupe d’entraide, d’amitié…). Autres objectifs : permettre la rencontre entre usagers et professionnels dans un cadre public, totalement différent du cabinet privé du psy ou du travailleur social On peut très bien, par exemple, imaginer un usager allant interviewer son psychiatre… Quoi qu’il en soit, le but sera d’apporter une information claire, succincte et forcément partielle sur tout ce qui touche le domaine de la santé mentale en Belgique et dans le monde. Comment ? En réalisant des reportages et des interviews. Mais aussi, en amenant le débat, en direct avec des invités.

« Ne pas rater sa folie », Cynthia Fleury

Cynthia Fleury« La folie n’est pas un phénomène à part, ne concernant que certains d’entre nous. Tosquelles avait pour habitude de dire que ceux qui sont dans les asiles sont des gens qui ont raté leur folie, autrement dit ceux qui ne sont pas arrivés à jouer avec elle, en étant parfois un peu paranoïaques, parfois un peu hystériques, parfois un brin schizophrènes, comme nous le faisons tous pour nous sauver face à des situations inacceptables… mais sans jamais devenir totalement fous. Lorsqu’on ne peut plus jouer, la folie apparaît et l’inconscient devient à ciel ouvert. »
Cynthia Fleury, chronique du 30 septembre 2016 dans l’Humanité.

François Tosquelles, une politique de la folie [54min]

 

François Tosquelles, une politique de la folie raconte un demi-siècle de l’histoire de la psychiatrie française à travers l’engagement de François Tosquelles, psychiatre catalan réfugié à l’hôpital de Saint-Alban, à la fin de la guerre d’Espagne, et qui fut l’un des inspirateurs de la psychothérapie institutionnelle. Le témoignage rare de ce psychiatre, sa rencontre avec le mouvement surréaliste, la Résistance et la psychanalyse, illustre combien une pensée libre peut être profondément féconde et humaine.

 

« Tosquelles (1912-1994) », Justin(e)

« Tosquelles » croqué par Justin(e), une chanson à retrouver sur notre playlist Youtube.

Paroles de Tosquelles de Justin(e):

Et retour à la Catalogne et la défaite républicaine
Reus et vécu de fin de monde à l’arrivée de Francisco.
L’histoire du POUM est dans les corps
Le schizophrène dans la tranchée
Embrassait l’effort militaire et renseignait le militant
Sur l’écrasement de nos fantasmes.

Et s’éloigner de l’Espagne, franchir les Pyrénées
Se réfugier en Lozère et retrouver le marginal.
Politique à la folie, transformer les asiles
Assurer la survie au malade, un rôle primordial.
Se réunir encore, vagabonder encore
Devenir une équipe plus collective que Barcelone.

Et retour à la Catalogne à l’institut Pere Mata,
À l’unification marxiste et l’ombre du professeur Mira
Sur le front du sud une putain infirmière
Embrassait l’effort militaire et renseignait le militant.

La folie selon Deleuze

« Si tu ne saisis pas le petit grain de folie chez quelqu’un, tu ne peux pas l’aimer. Si tu ne saisis pas son point de démence, tu passes à côté. Le point de démence de quelqu’un, c’est la source de son charme. » Gilles Deleuze

 

Extrait du film « L’Abécédaire de Gilles Deleuze » Éditions Montparnasse © 2004

La métamorphose du fou

« Il faut toujours un coup de folie pour bâtir un destin. » Marguerite Yourcenar

papillon

Prendre soin de soi et de son corps, c’est prendre soin de son apparence, de son pouvoir de séduction mais c’est aussi le plaisir d’être bien dans sa peau.

Faire peau neuve, c’est la définition usuelle de l’exfoliation. On désigne par ce terme, les soins du visage et du corps qui permettent d’éliminer les cellules mortes à la surface de la peau aussitôt plus nette et plus belle. S’exfolier, c’est donc faciliter le renouvellement de l’épiderme.

Pourquoi faut-il « s’exfolier » dans le champ de la santé mentale et penser la métamorphose à l’échelle de la société? Continuer la lecture de « La métamorphose du fou »

La folie Méricourt

Théroigne de Méricourt fut une figure populaire de la révolution française.

Comme toutes les figures féminines de la Révolution, elle connut un destin tragique.
Elle échappera à la guillotine mais au printemps 1794, son frère la fait interner et la révolutionnaire passera les 23 dernières années de sa vie à l’asile.

[Tweet theme= »tweet-string-underlined »]Théroigne de Méricourt, figure de la révolution française, passa les 23 dernières années de sa vie à l’asile.[/Tweet]

 

mericourt

De nouveaux lieux pour la folie

Aujourd’hui, si tu t’avises de perdre la raison, on va te faire soigner, et c’est pour ton bien puisque tu es un être souffrant et on peut t’aider à ne plus souffrir, surtout quand tu représentes un danger pour les autres et pour toi-même.

La folie vue du dehors, c’est ça, un danger et un risque. Il s’agit de nous protéger, et pour cela paradoxalement on enferme les gens. Il y a l’hôpital et au sein de cet hôpital, la chambre d’isolement, et dans la chambre d’isolement une personne qui ne peut que maudire le monde qui l’a faite enfermer.

Viennent ensuite les belles histoires de ceux qui se relèvent, retrouvent goût à la vie et font le tour du monde pour raconter leur parcours de rétablissement et incarner un message engagé et plein d’espoir.

Ces survivants de la psychiatrie ont une parole très appréciée car authentique, sans détours. Mais on en fait vite le tour. S’accomplir dans le rôle du patient rétabli qui s’exprime dans le monde clos des soignants et des élus, parfois même des entreprises, est une espèce de mascarade sociale.

Ne peut-on pas devenir des acteurs publics pour œuvrer à un décloisonnement du champ de la santé mentale au lieu de se cantonner toujours aux mêmes cases ?

Où sont les lieux de citoyenneté, les forum-citoyens, les maisons de quartiers, les cercles de réflexion pour discuter ensemble de la société que nous voulons construire ensemble ? Car à l’heure de la désagrégation du lien social, du démantèlement des lieux de soins au profit de logiques gestionnaires, comment voulez-vous porter réellement l’intégration du patient dans la cité ?

On nous dit qu’il n’y a plus de sous pour le soin à visage humain et que de ce fait les soignants n’ont plus le temps d’établir des relations de confiance par le dialogue. Face à ça, les patients sont-ils aussi désœuvrés, passifs et dépendants qu’on voudrait le croire ? On veut qu’ils deviennent des citoyens à part entière mais quelle image nous renvoie-t-on à part celles de personnes inadaptées à la vie économique. Le rôle de la personne prise en charge en psychiatrie doit-il se cantonner aux espaces de soins thérapeutiques ou peut-il s’ouvrir sur la ville et comment s’en donne-t-on les moyens ?

Décloisonner les lieux de la folie, ce n’est pas détruire les lieux de soins ou démultiplier les espaces démédicalisés mais bien trouver de nouvelles formes de convivialité autour de la folie. Il s’agit d’impliquer l’ensemble de la société, sans qu’il y ait d’un côté ceux qu’il faut soigner et de l’autre ceux qu’il faut informer ne serait-ce que parce qu’ils peuvent eux-mêmes perdre la tête un jour. La question n’est pas d’absorber les fous dans la structure sociale mais bien de créer des lieux d’échange et de citoyenneté où chacun puisse s’impliquer par choix et à sa manière dans la chose commune. Il existe des espaces mentaux, des espaces radiophoniques mais il nous faut aussi des espaces physiques de rencontre si on veut que la citoyenneté soit effective.

Puisse ce texte être une pierre à l’édifice.

« Rien sur nous sans nous », mais qui sommes-nous?

Qui sont-ils pour parler à notre place ? Mais qui sommes-nous pour demander la parole ?

Qui sont ces « ils », qui sont ces « nous » ? Les « ils » parlent des gens à la troisième personne, ce sont des experts, des personnes ayant des responsabilités. Le « nous » désigne, par opposition, les 99%, dans l’imaginaire collectif, c’est le peuple .

Il y a une nuance entre « eux les gens » ou « nous les gens », c’est qu’en parlant d’un groupe à la troisième personne, on s’extrait du groupe en question, on se met à distance souvent en surplomb pour que prime la raison. « Ils ont besoin de ci ou de ça », telle est la position de l’expert.

Parler de « nous » plutôt que de soi ou de sa singularité c’est se reconnaître comme appartenant à un groupe. Je pense donc je suis mais je fais aussi partie. A l’heure de la participation citoyenne, de la concertation, de la co-construction, on voudrait que chacun puisse participer à la vie de la cité.

Dès lors, si on admet que chacun aspire à être avec d’autres et à vivre en société, à rendre celle-ci meilleure, on peut se demander si pour que le vivre ensemble soit effectif, on ne devrait pas s’interroger sur ce « nous ».

Qui sommes-nous ? Nous sommes « nos » groupes d’appartenance (cercle familial, amical, professionnel) mais nous sommes aussi le corps de la société, non pas des rouages du système mais bien des êtres capables d’échanger, de s’organiser et de nouer des liens.

Vivre sans les autres, vivre ou se sacrifier pour les autres, vivre avec les autres, rien que vivre, ça peut rendre fou.

Mais il est nécessaire de comprendre que la folie est liée à la vie en société, qu’elle n’est ni une destinée personnelle ni le refuge des gens inadaptés à la société. Il ne s’agit pas de rendre la folie désirable ou de dire que la société est malade, mais de sortir du « eux et moi » ou du « eux et nous ».

Nous, nous ne sommes pas les fous, les vaincus, les gouvernés, les aidants-aidés, les sains d’esprit, les handicapés psychiques, les malades ou les usagers-citoyens. Nous, c’est tout le monde.

On peut toujours critiquer l’individualisme de nos sociétés mais nous devons comprendre que le changement ne se décrète pas, il se pratique. Il nous faut créer des espaces et des temps de rencontre où chacun peut exprimer ou découvrir l’envie de partager la vie en commun, de prendre la parole, de mettre en avant ses capacités plutôt que des supposées limitations. On apprendra en faisant…