« Il faut être un peu fou pour avoir la conviction que nous allons venir à bout de la violence à laquelle il faut à présent faire face. Mais nous avons raison de l’être. »
Mon fils m’a dit : pourquoi ils ont fait ça ? Je lui ai répondu sans réfléchir : parce qu’ils sont fous.
Je n’ai pas trouvé d’autres mots, je l’ai dit spontanément. Je me suis aperçue qu’on utilise le mot folie pour désigner ce qui est en dehors de l’humain. C’est du ressort de la psychiatrie dit-on. Comme pour dire que ce n’est pas du ressort de notre monde. Que pour eux, il faut créer un espace en dehors du monde. Parce qu’ils sont fous, parce que ce sont des malades. Et pas n’importe quels malades, des malades mentaux. Continuer la lecture de « « Mon fils m’a dit : pourquoi ils ont fait ça ? Je lui ai répondu sans réfléchir : parce qu’ils sont fous » »
Remix de notre émission spéciale folie du 21 mars 2011 (à l’époque où la mégacombi avait lieu le lundi de 22h à minuit) dans laquelle toute l’équipe a été interné en HDT !
Avec :
– 4’48 psychose (Créa by Gribish sur Sarah Kane)
– Ivan et l’hornitoptère (docu-portrait schizophrénique by Méga)
– Le fou fan (interview by Combi)
– La chronique de Lacass: Qui sont les fous ?
Avec aussi un clin d’oeil à la colifata, à Antonin Artaud, des films « tetro », « rois et reines » et « très bien merci ».
Playlist
Bérurier noir – pavillon 36
Edith PIaf – Les blouses blanches
Sexy Sushi – on devient fou ici
Fatals picards – Schizophrène tu vas dans le mur
Parce que les troubles psychiques viennent directement perturber les interactions sociales, la relation de soin se construit et se négocie dans une dynamique spécifique, où le statut du patient et de sa parole est instable.
Comment cette dynamique évolue-t-elle dans un contexte où l’on promeut l’adhésion de la personne et de sa participation au soin, que ce soit au point de vue légal et éthique ou dans les pratiques de gouvernance et d’évaluation ? Continuer la lecture de « « La folie comme fait social », Livia Velpry »
Nous consentons aux règles de la vie en société aussi naturellement que nous acceptons le rôle de la police, qui est de garantir l’ordre public. Remettre en cause la police c’est s’attaquer à l’autorité, au pouvoir de l’Etat et à l’ordre social.
La folie, elle, vient déborder cette norme et perturber nos vies bien rangées. Ainsi, avoir un grain de folie, c’est sortir du cadre et des comportements policés.
Le cadre de la psychiatrie, lui, contient la folie, il s’agit de tranquilliser le patient psychotique, souvent en grande souffrance, par un traitement chimique. Ce traitement de choc, c’est un peu comme les gaz lacrymogènes des forces de l’ordre, sauf qu’en psychiatrie le patient est « consentant ». Le patient sait qu’il ne peut arrêter le traitement sous peine de rechute. La peine est là, c’est comme la prison.
Le cadre établit et reconnaît qu’on a une maladie mentale et que les difficultés associées sont de l’ordre d’un handicap psychique qui se définit par le fait que les capacités intellectuelles sont intactes mais que leur usage est déficient du fait de troubles émotionnels par exemple.
A l’intérieur de cette cage, il y a évidemment de la place pour une vie épanouie, pour un accompagnement thérapeutique de qualité à visage humain. Quelques uns des oiseaux psychotiques arrivent même à sortir de la cage mais les barreaux de la cage restent ancrés dans les têtes comme si on avait un flic en nous, comme si la vie était policée par la prise quotidienne de médicaments. Il en devient normal de les prendre et voilà comment le fou et sa folie rentrent dans l’ordre policé de notre société, en s’accommodant de sa propre aliénation.
Ce blog, né de mon expérience au sein de l’Atelier Sensibilisation de l’association Clubhouse France, se veut un support collectif pour sensibiliser le plus grand nombre à la question des troubles psychiques, et de ce qu’elle nous évoque naturellement, à savoir : la folie.
A l’heure où nombre de psys défendent les intérêts d’un accueil et d’un soin à visage humain, comment expliquer le désintérêt de leurs patients à leur noble cause?
J’entends qu’une personne en grande difficulté a pour seul intérêt de réussir sa survie. J’entends qu’il vaut mieux vivre les choses plutôt que de perdre sa vie à la comprendre.
Mais peut-on se satisfaire de l’idée que l’esprit éclaté du fou ne peut saisir cette culture qui sous-tend le traitement thérapeutique de sa folie?
« Le fou témoigne de fonctions et de problèmes qui témoignent de l’humanisation possible d’un chacun – bref, de l’Homme en devenir, quel qu’il soit. Ce qui ne justifie pas de lever un monument à son sujet là où nous devrions nous poster les jours de travail, plutôt que les jours de fête. » François Tosquelles (1977, La Chasse aux mots)
Ce blog interroge le rôle social du patient-usager-citoyen, en voie de rétablissement ou rétabli, pair-aidant, psychiatrisé ou survivant de la psychiatrie, analysé, soigné, aidé, accompagné, soutenu mais jamais guéri.
Ce blog répond à un besoin de comprendre, d’apprivoiser l’expérience de la folie, dans la psychose comme dans le langage, mais pas simplement pour devenir expert de son vécu ou érudit.
Face à la complexité de ce qui se passe dans nos têtes, on ne peut pas s’abandonner uniquement à la psychiatrie, aux neurosciences, ou à la psychothérapie institutionnelle. L’éducation thérapeutique du patient (ETP) permet sans doute de se refaire une santé et de se renforcer mais comment s’en contenter.
La pédagogie de la folie, la folie pour tous, serait la possibilité d’éduquer et s’éduquer quand on n’a pas les ressources, les armes intellectuelles ou la pratique du thérapeute.
Quelle est l’interaction entre la folie et la théâtralité dans l’Angleterre de Shakespeare? Comment les codes scéniques de la folie ont-ils évolué au fil des siècles?
« Le vrai danger pour la raison, ce n’est pas l’existence de la folie chez quelques uns des hommes que la société identifie comme les « insensés » et qu’elle enferme.
Le vrai danger n’est pas dans la figure d’un autre, hors de soi, le fou.
Le péril de la raison est bien plus proche, il est d’être enfermé dans une pensée qui s’est entièrement substitué au réel. Et cette possibilité, loin d’être étrangère à l’homme sain d’esprit, lui est bien au contraire très intime.
La menace qui pèse contre la raison tient déjà dans la possibilité universellement partagée du rêve et de sa possible confusion avec la veille. Que ce soit l’artiste, le savant, le philosophe, ou l’homme commun, tous en éprouvent chaque nuit, l’expérience. »
Et là, il m’a répondu quelque chose que tout psy a dû entendre au moins une fois dans sa vie :
« Je ne vois pas pourquoi je dois voir un psy! Je ne suis pas fou! … Si? Je suis fou? »
Comment te dire, Pierre. C’est assez embêtant de se retrouver à devoir répondre à cette question. Si je te dis non, je considère que la folie existe, et que tu es dans la norme. Si je te dis oui, je considère que la folie existe, et on casse le lien. Or, en psychiatrie, le mot «folie», presque personne ne l’utilise. Pour une raison, sûrement.
Et si on cessait d’envisager l’inclusion sociale par les dispositifs institutionnels pour s’engager sur une voie nouvelle que je nommerai la folie inclusive !
Au lieu de demander à la société d’inclure pourquoi ne pas imaginer la folie comme une puissance incluante ?
A sa sortie de prison, Nise da Silveira reprend son activité de médecin dans un hôpital psychiatrique de la périphérie de Rio de Janeiro. Refusant d’utiliser les électrochocs et la lobotomie pour traiter la schizophrénie, elle est rejetée par l’équipe hospitalière et se tourne vers de nouvelles thérapies, à travers lesquelles elle commence une révolution régie par l’amour, l’art et la folie.