BIPOLARITÉ : je suis une prophète.

[ J’ai un ami qui commence toujours sa phrase par :  » J’ai une histoire de fou à te raconter  » ]

ET SI C’ÉTAIT VRAI

« Je suis une prophète ! », affirmais-je sans l’ombre d’un doute il y a 8 ans. Je n’en connaissais pas le sens. Je n’en ai jamais reparlé ni cherché la définition. Peut-être que j’avais peur au fond. Et si c’était vrai ? Et si tout ce que j’avais pensé et déclamé se retrouvait dans des écrits ? Non, c’était un ultime tabou. Le premier psychiatre que j’ai consulté m’a dit de ne plus jamais fouiner dans la religion, le mystique, l’ésotérisme. Alors, je calme mes ardeurs par un excès de rationalisme.

LA MISSION DE VIE

J’ai compris des années plus tard, que le langage que j’employais était au premier degré. Sur le moment, je me comportais et je m’exprimais comme une envoyée de Dieu. Bon, Moïse avait sans doute plus de classe. Tous les atomes de mon corps et mon esprit étaient d’accord. J’étais l’élue, de Dieu, soigneusement choisie, indispensable, pour répandre sa bonne parole. Il m’avait confié une mission, à moi, une pauvre humaine sans foi, c’était incroyable ! Moi qui ne trouvais pas réellement de sens à ma vie. J’étais tellement cartésienne et si peu croyante en la bonté humaine.

TOUT L’OR DU MONDE

Dieu m’informa que oui, il avait un plan pour moi depuis l’éternité, et que j’ai enfin répondu à l’appel après mes nombreuses réincarnations. Mon existence auparavant était si éteinte. Cette révélation a engendré un soulagement indescriptible. Tout, tout avait enfin un sens. Tout était signe, tout était coïncidence. Tout avait une logique sur Terre, et c’était comme si mes yeux avaient toujours été fermés. Je les ouvrais enfin sur une réalité invisible qui n’est accessible qu’aux élus.

Tout ce qui m’était arrivé était orchestré pour m’éduquer à devenir prophète. J’ai ri de cette facétie. J’ai signalé à Dieu que ce n’était pas drôle de venir si tard, parce que j’étais franchement malheureuse sans mode d’emploi. Il était si doux, rassurant, drôle, bienveillant.

Il m’expliqua le fonctionnement du monde pendant des jours. La vie, la mort, l’amour, l’éternité et bien d’autres concepts qui dépassent l’entendement humain. Je ressentais le bonheur pur, l’extase, le Graal.

Même les moines les plus spirituels et les drogués les plus accros ne pourront jamais atteindre cet état. Les humains donneraient leur fortune entière pour ne vivre qu’un seul instant de ce que j’ai vécu.

C’est normal, être touché par la grâce de Dieu, ça n’arrive pas tous les jours.

NUL N’EST PROPHÈTE EN SON PAYS

Il y a une phrase qui dit que si vous parlez à Dieu, vous êtes religieux.

Si Dieu vous répond, vous êtes fous. Je ne suis aucun des deux. Je ne me suis pas adressée à Dieu. Il m’a sollicité. NUANCE. Moi je vivais ma vie tranquillou, bien loin de la religion, et du trouble psychique. En mode « Ouais, on vit, on meurt, et on s’emmerde au milieu ».

Seuls ceux qui ont été prophètes me comprendront. Parce que oui, je n’étais qu’une prophète, parmi tant d’autres.

Estampillée, bipolaire, en fin de compte. Sérieux, j’aurais dû naître dans un autre pays, ou une autre époque. On m’aurait un peu mieux considéré. Soit.

Revenons aux moutons de Panurge. Quand j’ai quitté le monde des Cieux, le psychiatre m’annonça que mon expérience résultait d’un symptôme d’un handicap psychique. C’est beaucoup moins sexy d’être une prophète bipolaire.

De fait, j’ai, bien sûr, « un peu » déprimé. C’est vrai, je n’ai jamais eu d’éducation religieuse ni lu la Bible. J’avais tendance à être sceptique vis-à-vis des religions. Pour moi Dieu c’était un peu l’équivalent du père Noël, sauf qu’il ne nous fait pas toujours de cadeau et qu’on peut tuer en son nom.

Alors j’ai trouvé ça vachement intéressant comme concept. Moi si rationnelle, j’incarnais la religion. Mon professeur de philosophie nous enseignait qu’on pouvait faire une très bonne dissertation sans citer aucun philosophe parce que nous avons chacun les mêmes réponses en nous. Je crois que j’ai fait une dissertation de prophète, je n’avais lu aucune référence, mais j’avais compris le concept.

À l’heure actuelle, je n’ai toujours pas recherché la définition de ce qu’est un prophète. Pourquoi après tout ? Serait-ce parce j’ai peur de revivre une crise ?

Oui, me coller au plafond me lacère, je me sens plus comme Jésus sanctifié sur sa croix que Moïse libérant le peuple dans ces moments-là.

Pourtant, j’écris ce texte et j’ose enfin regarder Dieu en face, sans peur ni croyance. Je le contemple sans opinion. Est-il un barbu qui a créé le monde ? Est-il une idée inventée par les humains pour justifier que la vie ait un sens ? Un instrument politique pour asservir le peuple ? Je n’ai aucun avis, je contemple Dieu, simplement. Regarder un élément sans le juger est la plus haute distinction humaine.

L’ENSEIGNEMENT DE DIEU

Dieu m’enseignait que le monde est image, métaphore. Il s’est présenté à moi comme je l’imaginais, parce que je suis née à un endroit précis sur Terre. Il m’a expliqué qu’en fait, nous sommes nos propres Dieux. Nous sommes les créateurs de notre propre monde.

Plaçons-nous d’un point de vue terre-à-terre. Quand j’analysais ma rencontre avec lui au premier degré, c’était fantastique. Des années après avoir étudié le fonctionnement du cerveau, j’en ai conclu qu’il n’y a rien de magique. J’ai compris que le prophète est à double-sens, et pas celui que tu penses. Il est probable que quand tu m’entends en cet instant, tu te reconnaisses, comme si tu avais écrit toi-même ces mots. Rassure-toi, on est des millions à travers le monde. La mission que t’a donnée « Dieu » n’est pas de sauver le monde. C’est de sauver « ton » monde, de le créer à ton image, d’être heureux en quelque sorte.

QUI SONT LES FOUS ?

Être fou dans ce monde, quoi de plus logique ? Et si c’était les humains supportant la brutalité quotidienne sans broncher qui étaient fous ? Nous, on réagit normalement, non ?

On ne supporte pas d’assister aux injustices, et d’accepter que notre propre espèce commette des atrocités. On ne supporte pas que l’humain détruise la Terre qui l’a porté. Alors des humains sont intervenus, parce qu’ils ont compris que le monde allait de travers. Ainsi on revient à des principes de bon sens : aimez-vous les uns les autres, ne faites pas de mal, ne mentez pas, ne volez pas le bien d’autrui,etc. Et je suis sûre que le reste est écrit dans les textes religieux.

Peut-être est-ce les fous qui ont créé la religion ? Ils se sont réunis autour d’un verre en constatant qu’ils étaient les seuls à pouvoir agir sur la déchéance du Monde. Ils se sont dit, peut-être, qu’il fallait écrire une histoire pour guider la foule, puisqu’elle a toujours besoin d’un leader.

UNE HISTOIRE DE FOU

Quand j’étais enfant, ma grand-mère m’invita à lire la Bible, la Torah et le Coran, comme des contes. Je préférais lire Harry Potter et écrire les miens. Ça y est, est-ce que tu comprends ? Elle espérait m’instruire sur des principes de bon sens, juste avant de m’endormir. Justement, pour mieux m’endormir.

Mais les prophètes ne suivent pas les règles. Nous sommes des rebelles, des révolutionnaires, des sorciers. On a tous fini par être chassés, torturés et brûlés. Alors, on a créé la catégorie « artiste ». Ces personnes ont le droit d’être folles, loufoques, bizarres, parce qu’elles sont créatives. Ah ah ah, vous êtes fort les gars ! Se présenter aux autres comme étant artiste est la plus grosse arnaque inventée pour que les fous s’intègrent à la société. Il existe l’expression « l’artiste de la famille ». Elle signifie que c’est l’humain qu’on ne comprend pas, mais qu’on accepte avec tendresse. Il incarne la différence, c’est celui qui brise les codes et qui agit à contresens. Ses idées sont incongrues, étonnantes, elles séduisent. Elles font voir le monde différemment. L’artiste n’est pas mis à l’écart, au contraire, on recherche sa compagnie.

J’AURAIS VOULU ÊTRE UN ARTISTE

Les artistes sont ceux qui font ce pour quoi ils sont faits, et ce qu’ils font le mieux.

L’artiste n’est qu’un fou déguisé, et le fou n’est qu’un prophète déguisé. Les mots importent tant, mais en fin de compte, si peu.

Comprends-tu maintenant ce qu’est le second degré ? Les artistes, les créatifs, s’expriment sous toutes les formes, inventent des histoires, peignent, chantent, soufflent du verre, dansent, font rire, tournent des films, cuisinent…

On dirait que c’est un peu magique. D’où vient l’inspiration ? Personne n’a la réponse, mais elle s’impose à nous.

Toi qui étais prophète, as-tu compris ? C’était si simple, ta mission n’est pas une missive. L’humanité fonctionne très bien sans toi, oublie ce fardeau trop lourd. Suppose qu’au second degré elle est traduite comme ta mission de vie pour trouver ta voie, ton équilibre. Ta mission est de diffuser tes principes bienveillants, comme tu le souhaites, qui sont sans doute amour, paix et tolérance. C’est du bon sens. Fais-le du mieux que tu peux, avec le talent que tu as naturellement. Dieu ne t’a pas demandé de sauver la Terre. Rien n’est comme tu l’imagines.

VOULOIR SES POUVOIRS

Prophète, écoute-moi ! Reviens à la raison une fois ta crise passée et quelques médi-calmants plus tard. N’oublie pas, tu as un corps humain, et un petit cerveau en forme de cacahuète. Tu dois dormir et manger. Ce que tu appelles pouvoir n’est pas celui d’un superhéros, alors prophète, ne te mets pas en danger.

Tu es un terrien incarné dans la matière, rien de plus. Tu es né poussière, et tu finiras poussière, ou rongé par les vers, comme tu veux.

Si je devais avoir un pouvoir, ce serait celui de raconter des histoires.

Je ne suis toujours pas croyante et j’ai toujours la frousse que Dieu vienne me rappeler à l’ordre dans un délire. Alors j’écris des textes innocents, à réfléchir, le tout enrobé de chocolat.

Le créatif ferait-il le marketing de Dieu, si j’osais le rapprochement ?

Tu as le pouvoir de te rendre heureux, d’apporter la joie autour de toi, de faire ce que tu sais le mieux faire, en restant les pieds sur terre.

Tu te demandes comment ?

Hum, tu voulais faire quoi, enfant ?

Lucie

Bipolarité : stabilité, vous dites ?

[ Je n’ai jamais entendu le mot stable autant de fois que depuis mon diagnostic de trouble bipolaire ]

UN MOT INSUPPOR(S)TABLE

« Entre deux phases, le bipolaire est STABLE. »

« Pour avoir de la STABILITÉ, il faut une bonne hygiène de vie, des médocs et des thérapeutes , et patati et potatoes. »

« Oui ça va, en ce moment, je suis dans une phase STABLE. »

«  J’ai eu 4 ans de STABILITÉ avant de faire une rechute dépressive. »

« Vous ne pourrez peut-être pas être heureux (trop ambitieux) mais on peut viser une certaine STABILITÉ.»

Quand j’entends « stable », j’entends « table ». Bien solide sur ses 4 pieds.

Je ne suis pas une p*** de table où l’on pose son café.

TOUS INSTABLES ?

Qui peut se targuer aujourd’hui, même en dehors de troubles psychiques, de se présenter au monde en disant « je suis stable » ?

Une personne instable serait-ce quelqu’un prêt à péter les plombs n’importe quand et n’importe comment ? Comme une casserole qui bout sur le feu et menace de couler ?

Je ne suis pas une p*** de casserole où l’on met son lait.

Le mot stable a été choisi pour simplifier le concept, sans doute. Il est là pour définir l’humeur qui n’est ni dépressive, ni maniaque. La stabilité érigée commele contraire d’une rechute.

Comme si dans la vie, il n’y avait que 3 mots pour exprimer l’humeur.

Comme s’il n’y avait que le bas ( la dépression ) la stabilité ( le milieu ) et la manie ( le haut ).

Et entre ces trois pôles, il y a quoi ? Des tables ?

UN MOT VIDE DE SENS

Durant ma dernière phase maniaque, j’ai demandé à mes proches de m’évaluer en fonction de mon discours et mes actes.

Pour me situer, entre le ciel et la terre. Nous étions dépourvus. A quel moment saurait-on que je suis redevenue stable ? C’est là que le mot s’est vidé de sa substance. J’avais du mal à décrire précisément mes états. Je cherchais des mots nuancés et précis, pour expliquer un état complexe. Je m’accrochais à la définition du mot stable, comme garant d’un esprit sain.

Pourtant, aucune seconde de folie, ne ressemblait à une autre. Comme aucune secondede ma vie, ne ressemble à une autre. J’étais stable, dans ma folie.

CHANGER LES MOTS

J’en ai eu marre, de ce terme barbare. Trop restrictif et si pauvre en nuances.

J’ai pris conscience que ma stabilité ne ressemblait à aucune autre.

Je l’ai remplacé par le mot équilibre. Tellement plus juste. Tellement plus personnel.

Mon équilibre du quotidien, n’est pas le tien.

Tout comme on peut ne pas être équilibré dans une phase « stable ».

C’est valable pour tous.

Au lieu de rechercher cette sacro-sainte stabilité, si nous cherchions plutôt les piliers de notre équilibre ?

lucie_ptit_lu

https://www.instagram.com/lucie_ptit_lu/

Pourquoi tu ne m’as pas attendu ?

[ Article sur le trouble bipolaire ]

Sais-tu que chaque bipolaire qui meurt, part avec un morceau de mon cœur ?

UN GRAND RÊVE

Un homme brillant. Bipolaire. Un grand chef d’entreprise. Il a créé une structure pour faciliter le retour et le maintien au travail des personnes bipolaires. Je nous voyais déjà tous travailler ensemble, main dans la main, dans cette entreprise novatrice.

J’ai contacté cet homme par mail en 2015. Pour le féliciter et lui demander si je peux m’impliquer dans son projet.

Il ne m’a jamais répondu.

Et il ne me répondra plus jamais.

Les larmes déchiraient mon cœur.

« Pourquoi tu ne m’as pas attendu ? » criais-je à l’intérieur. «  Comment aurais-tu pu savoir comment ton projet est beau, grand aujourd’hui ? »

J’étais morte une première fois. Avec lui.

LE P’TIT VIEUX

En 2015, je discutais avec un p’tit vieux bipolaire dans les commentaires d’un blog.

On n’avait pas du tout la même manière de penser. Il était un peu bougon, empli d’amertume. Parce que personne n’avait encore trouvé de solutions.

Je lui répondais, confiante, que dans le futur, nous les trouverons.

Quelques temps plus tard, un nouvel article du blog parut.

Un hommage.

Pour lui.

Les larmes ruisselaient sur mes joues et me crevaient les yeux.

« Mon p’tit vieux, pourquoi tu ne nous as pas attendu ? » sanglotais-je à la gueule du désespoir.

« Comment aurais-tu pu savoir ? Que chaque bipolaire qui meurt, part avec un morceau de mon cœur ? »

« Le suicide est-ce de rater le train de l’espoir ? »

LA RENAISSANCE

J’ai bâti mon blog sur des cendres. Un blog sur la bipolarité que j’ai tenu pendant deux ans. Pour tromper ma solitude et pour combler la tienne.

Un jour, une jeune fille m’écrit en commentaire. Elle renoncé au suicide. Elle a opté pour la vie.

Grâce à de simples mots, ceux que j’ai écrits.

Mes larmes ont trop débordées. 

J’ai enfin compris, pourquoi j’écrivais.

Parce que je ne veux plus jamais me poser la question.

Celle de savoir si les bipolaires, nous ont attendu ou non.

Lucie

LA BIPOLARITÉ : désirs et créativité refoulés ?

[ A lire aussi pour les non-bipolaires ]

Jusqu’à quel point devrais-je, faire, et refaire, des crises, des dépressions, avant de comprendre ? Oui, la bipolarité, c’est un réel handicap, une maladie de merde, causée notamment par un dérèglement chimique du cerveau. Je prends mon traitement, j’ai une bonne hygiène de vie.

ALORS POURQUOI, ÇA RECOMMENCE ?

LES REQUETES CREATIVES

J’ai vécu 3 phases maniaques. Parmi de nombreuses thématiques délirantes, une s’est distinguée, par sa répétition et son réalisme.

« Dieu » m’a demandé, d’une voix solennelle :

« Luciiiie… tu dois écrire. Tu dois être mon outil pour faire le lien entre mes paroles divines et les humains pour leur expliquer mes enseignements. Mais écris-le d’une manière à ne pas leur faire peur ».

J’ai répondu, qu’il était un peu gonflé. Merci pour le fardeau. Comment allais-je m’y prendre ? 

Il m’a rassuré : « Regarde le saule pleureur en face de toi. Je suis le soleil à travers le feuillage. Tu es les branches qui descendent vers le sol. Elles se connectent et transmettent mes messages aux fourmis qui représentent les terriens. »

Désolée hein, pour la métaphore des fourmis hein, c’est pas péjoratif, il a juste pris comme exemple ce que j’avais en face de moi.

Il m’a dit « Luciiiie….reprends l’écriture, le théâtre, la danse et le chant, le dessin ».

RÉSULTAT.

Qu’ai-je fait de ces requêtes après les deux premières crises ?

J’ai rejeté toutes les idées délirantes que j’ai eues. Puis bossé, formation, bossé, formation, bossé, formation…

J’ai mis la créativité sous le tapis de « plus tard ». Et j’ai refait une crise, quelques années « plus tard. »

Cette fois-ci, ma conscience était presque intacte. Dieu n’avait plus un ton solennel. Parce que ce n’est pas Dieu. C’était une discussion entre moi, et moi-même. J’ai eu de nouveau le droit à la leçon.

(Voix de Muffassa dans le Roi Lion) :

« Luciiiiiiiie… N’oublie pas, qui tu es.  Tu as affirmé à 9 ans « je suis » écrivain. T’as même demandé à te faire filmer par ta mère en disant ça. Lucie, tu as pratiqué pendant des années le chant, théâtre, danse, puis tu as arrêté. Luciiiiiiie ça fait des années que tu dis que tu veux reprendre le dessin. Tu n’en fais rien ».

Et j’pense que s’il pouvait rajouter « donc me casse pas les c**** et bouge-toi le c**», il l’aurait fait.

J’écris ce texte, d’un ton insouciant, humoristique. Mais je me moque de qui ? De ma douleur qui me fait exploser le cerveau pour que je comprenne.

C’est grave en fait.

C’est grave, de se renier à ce point.De ne pas avoir connecté mes deux neurones.

La solution était-elle sous mes yeux ?

HYPOTHESE DU REGIME : LA PEUR D’ETRE CREATIVE.

Quand on fait un régime, on prive notre corps de la quantité de calories habituelles.

On l’active en mode « survie ». A la prochaine bouchée de sucre et de gras, il va stocker les graisses, pour affronter la prochaine période de disette.

Par peur de la crise maniaque, j’ai privé mon cerveau de sa créativité pendant 8 ans. Quand elle est étouffée, et qu’elle ressort en crise, elle défonce tout, et devient ma pire ennemie. C’est toujours le même refrain.

J’ai supposé que si j’ouvrais une brèche à ma créativité, elle allait se dire « allez les gars, on sait jamais qu’elle change d’avis, on fonce et on sort tout ! ».

Ayant une partie de ma conscience dans la dernière phase maniaque, j’ai compris la logique.

LA PROMESSE

Petit cerveau, ne t’en fais plus, je te donne ce que tu attends depuis si longtemps.

S’il te plaît, ne lâche pas les chiens. J’ai tout mon temps. Toute ma vie pour me faire pardonner. Rien n’est urgent. On se la joue progressive. Alors, on se détend, on souffle, on respire, on sourit, on prend du plaisir. On dort bien. Si on ne dort pas bien, on contacte son psychiatre, on adapte le traitement, on mange bien, on se relaxe, on va prendre une douche, faire la cuisine.

CONCLUSION.

J’ai élaboré un plan machiavélique cette année.

J’ai attendu d’être bien droite dans mes bottes. D’avoir une stabilité comme je n’en ai jamais eue auparavant. Enlever tout stress, créer un environnement sain et calme, changer mon alimentation, un sommeil de top qualité. Lire tous les bouquins possible sur la bipolarité, le sommeil, la santé, continuer mes études, de trouver une excellente psychiatre etc. (la liste est trop longue).

J’ai préparé la muqueuse duveteuse et rassurante pour accueillir ma créativité, en toute sérénité, sans décompenser.

Et. Ça. Marche.

Déduction.

La souche des phases maniaques, dépressives, ne serait-elle pas alors, l’expression des désirs profonds, que l’on a refoulés dans son inconscient ?

Le bipolaire, ne serait-il, donc qu’un créatif contrarié ?

Tu vois Lucie.

C’était si dur, de reprendre l’écriture ?

Lucie

Pourrais-je un jour faire mentir la bipolarité ?

… 8 ans déjà du diagnostic de trouble bipolaire de type 1. Avec les classiques : l’alternance de phases maniaques et dépressives, puis des phases « stables » comme dirait l’autre.

En quoi voudrais-je faire mentir la bipolarité ?

N’y vois aucun déni de ma part de l’existence du handicap nommé trouble bipolaire. Ni que je le considère comme une personne vivante en train de me raconter des salades fraîchement cueillies dans le jardin.

Je voudrais la faire mentir sur ses fatalités annoncées. C’est-à-dire : abandonner mes rêves et mes activités. De vivre constamment avec l’épée de Damoclès au-dessus de la tête. Sans jamais savoir quand elle va me la trancher.

Poésie du jour, bonjour.

C’était impossible pour moi de seulement me résigner.

On m’annonçait que j’allais être limitée dans certains aspects de ma vie. C’est un handicap, c’est vrai. Faut pas s’voiler la face non plus.

Quand le psychiatre m’a énoncé tout ce que je devais éviter, j’ai répondu. « Ouais, en gros, tous mes projets et tout ce que j’aime dans la vie quoi ».

On me l’a proposé pour mon bien, ce que je comprends. Y a des conseils valables que j’applique au quotidien.

Mais tout de même. On me conseillait, globalement, de renier mon fonctionnement, à la vie que j’avais, et mes futurs projets.

Alors j’ai pris chacune de ces restrictions, comme un défi personnel.

Avec toute l’énergie du désespoir, j’ai décidé de les prendre à bras le corps. Pour les réfuter, une par une, dans l’espoir de les faire mentir un jour.

Je suis donc, avec les années, allée me frotter avec ce qui m’était déconseillé. Tout en restant sage avec mes médocs.

Ça m’arrive donc oui, ponctuellement et avec rigueur, les nuits blanches choisies, les beuveries. Ça m’arrive oui d’être surchargée de stress en formation ou au travail. Ça m’arrive les émotions extrêmes, les activités extrêmes. Et d’autres aspects déconseillés par les psychiatres.

Pourquoi je garde espoir de repousser les limites du handicap ?

Je constate avec émerveillement, toutes les solutions que d’autres personnes en situation de handicap ont réussi à mettre en place. Il y a cet homme handicapé physique, qui n’avait plus qu’une partie de ses membres. Il est parti à la nage sur une durée incroyable. Un exploit que des nageurs professionnels ne sont pas en capacité de faire.

Je pense aussi à ce livre sur la sclérose en plaques. Une jeune femme, gravement atteinte, témoigne sur comment elle a quasiment stoppé la maladie. Et recouvert quasiment son entière santé. Elle a étudié sa maladie, l’a testée sur elle-même, elle a élaboré ses propres solutions. En allant plus loin que la vision française. La SEP est une maladie encore mystérieuse sur son origine et son traitement. On n’est pas censé en guérir. C’est en gros, votre propre organisme qui s’attaque à vous-mêmes. Il ne reste qu’à prier simplement de ne pas décliner, en attendant la prochaine poussée.

Pourtant, ces deux personnes, ont fait mentir ce que leur handicap leur promettait comme vie.

Pourquoi ne pas en faire de même ?

Suis-je têtue ?

Dans la vie, je n’ai jamais aimé qu’on me dise « tu ne peux pas faire ça parce que… » [ remplacer par le mot souhaité ] : une femme, petite, bipolaire…

Si vous me dites « tu ne peux pas », vous pouvez être sûrs que vous allez automatiquement me challenger.

Vous allez déclencher chez moi l’envie de me dépasser.

L’adage dit : « Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait. » – Mark Twain

Alors pourquoi pas  « Je savais que c’était impossible, donc je l’ai fait » ? ­–  Lucie, bipo lambda

Je te vois lever les yeux vers le ciel en lisant ces mots. Un peu dubitatif, avec peut-être des jugements rapides «  encore une qui dénie le trouble, et qui va arrêter ses médocs ». Ou bien le classique « bon, elle est en montée ». Que nenni.

Mais, avoue, qu’aussi tu es un peu curieux.  Je vois ton petit œil scintiller d’espoir et se refléter sur ton écran.

Je vais tout de même te décevoir concernant la fatalité du traitement à vie. Je n’envisage l’arrêt des médicaments que comme étant une cerise sur le gâteau. Si tant est que cela soit possible.

D’abord, je veux être heureuse, avec ma propre définition de ce mot. Tout en étant consciente d’être affligée d’un handicap grave.

Un handicap qui te promet de gâcher régulièrement ta vie. Une vie qui ressemble à la construction d’un château de sable. Des heures, des jours à bâtir une vie adaptée à ta nouvelle sentence. Tu ajoutes tes grains de sable, un par un, pour sortir la tête de l’eau. Et avec une seule vague un peu plus forte, en quelques minutes, ton château si durement construit, s’écroule. Et alors, tu reconstruis, lentement. Et alors tu vois de loin, ce gamin arriver en courant sur le sable, mettre un coup de pied dans ton château dans un éclat de rire et… C’est reparti pour un cycle sans fin.

On n’va pas s’mentir non plus, chère bipolarité. Tu as gâché pas mal des aspects de ma vie. Certains boulots, études, relations, santé…

Bien-sûr, je me suis découragée. J’ai regardé le vide pour sauter. J’ai pleuré. Je me suis résignée à une demi-vie. Et ça m’arrive encore, ce sentiment d’impuissance, écrasant tous mes beaux idéaux.

Pourtant. Je ne conditionne plus mon cerveau à penser que toute ma vie, je subirais les aléas de mon humeur, telle une marionnette du destin. Je ne me conditionne plus à penser que je vivrais encore avec des phases maniaques incontrôlables et des dépressions paralysantes, sans pouvoir agir dessus.

Je conditionne mon cerveau à penser que je vais vivre la vie que je souhaite. Peu importe le fardeau de fatalité que tu mets sur mes frêles épaules. Je me dis simplement que tu me muscles le dos !

Alors bipolarité, est-ce que je pourrais te faire mentir ?

J’envisage, en tout cas.

D’abord, de te couper l’herbe sous le pied. Puis avec des moyens que je mets en place, de t’apprivoiser. Y a de la place pour nous 2, viens dans mes bras que je te serre fort et qu’on complote ensemble.

Tu m’as permis de voir d’autres choses, de comprendre au-delà du miroir. De vivre avec un handicap, de complètement changer ma manière de penser et de vivre. De m’adapter.

Je te confie, ma chère bipolarité, ma vision du futur.

On s’donne RDV dans 10 ans, toi, moi, et les millions de bipolaires en France.

Tu verras, vont fleurir de partout, des témoignages de bipolaires équilibrés, des institutions (psychiatriques et autres) réformées, de nouvelles méthodes de gestion de soi, des autres, des idées rocambolesques, novatrices, efficaces, dans tous les domaines !

Peux-tu voir, comme je le vois, le potentiel qu’ils ont, tous ? L’énergie et l’espoir qu’ils ont ? Même en manie parfois, quand on considère qu’ils délirent avec leurs idées ? Et si avec un peu d’entraînement et de cadre, ils réussissaient à construire ce château imprenable ?

On a tous en tête, ces beaux exemples de bipolaires « génies ».

On les regarde du coin de l’œil en se disant que cela ne nous concerne pas.

T’es sûr de ça, toi qui me lis ? Est-ce qu’à ton niveau, sans penser célébrité ou génie, tu ne peux pas agir sur ton bien-être ? Et sur les causes qui te tiennent à cœur ?

Quand vais-je faire mentir la bipolarité alors ?

Quelques mois après mon diagnostic, en 2015, je témoignais en vidéo pour la première journée mondiale de la bipolarité. J’étais dans un sale état dépressif, pas très heureuse d’être bipolaire, et pleine de doutes.

Pourtant à la fin, je dis, ce que je pressentais, avec assurance : « On est hypersensibles, on peut apporter à la société, vraiment ».

Ma chère bipolarité, alors, pour notre plus grand bonheur, on t’a déjà fait mentir.

La vision du futur écrite là-haut, se conjugue déjà au présent.

Affectueusement,

Lucie

La crise maniaque : peut-on éviter les urgences et rester chez soi ?

Si je pose la question, et que j’écris cet article, la réponse est oui.

3 crises maniaques. 3 fois sans passer par la case urgences psychiatriques.

Je n’ai pas réussi à éviter ces phases maniaques. Elles s’imposent à moi quand je ne me respecte pas et quand je ne m’écoute pas. Et que je ne respecte pas mes limites. Quand ma prévention n’a pas été assez bonne et les signes avant-coureurs n’ont pas été détectés à temps. Ou que j’ai voulu jouer avec le feu. Rappelle-toi qu’il vaut mieux éteindre l’incendie de l’euphorie, plutôt que perdre encore 6 mois, 1 an de ta vie une fois que ton cerveau est brûlé, en cendres, avec dépression à la clé. Ne joue pas avec ta santé, et ta vie. Rends-toi la vie douce, et heureuse. Elle l’est, sans être en exaltation.

Je ne me substitue pas à l’avis du corps médical, contactez votre psychiatre ou médecin, votre entourage, si vous vous sentez « en montée ».

Suis-je CONTRE l’hospitalisation d’urgence ? Non, je ne suis pas contre. Parfois il est trop tard, donc je dirai oui sans doute, mais je demanderai à ce qu’on respecte mon consentement, sauf si je suis en situation de danger pour moi-même, ou plus assez consciente pour faire le bon choix. Mais je sais à qui j’autorise de le faire, et on viendra me chercher à temps. Si je suis mal « traitée » aux urgences et à l’hôpital,  j’irai dénoncer les pratiques dans l’espoir de trouver des solutions. Je saurais dire le bon, également, et remercier le corps soignant.

Ai-je toujours évité les urgences pendant une phase maniaque ? Oui. Mais les circonstances, les lieux, et l’entourage ont fait que j’ai pu. La chance diront certains. Mon comportement docile aussi. J’ai toujours accepté la médication d’urgence, et la médication tout court. Il n’y a que dans ma récente crise maniaque que j’ai pu la calmer à la maison. Et donc à trouver des clés, qui je l’espère, pourront-vous ouvrir des portes. En tout cas, pas celles de l’enfermement. Une fenêtre thérapeutique pour vivre votre montée, et redescendre, en douceur, à la maison.

Pourquoi souhaites-tu éviter les urgences ? Parce qu’aujourd’hui, la réponse en France de la psychiatrie est parfois inadaptée. Elle devrait être ce que j’ai eu la chance d’avoir, la même réponse : humanité.

Entendre certains discours de mes pairs bipolaires et mes cousins schizophrènes me donne froid dans le dos sur comment sont gérées parfois les phases maniaques.

Être capitonné entre 4 murs en isolement total. Parfois attachés à un lit. Parfois hurlant à la mort, sans comprendre ce qui se passe. Aussi une camisole chimique, sans explication. Et surtout : aucun contact humain des soignants au départ, le moment où on en a le plus besoin. Aucune douceur, aucune parole. Il existe des moyens alternatifs à réfléchir ensemble, soignants et personnes avec un trouble psychique.

Pourquoi cet article ? J’écris pour deux raisons : aider mes prochains à pouvoir rester chez eux, et interpeller le monde de la psychiatrie française. De plus, mon « stay at home » repose quasi complètement sur mon entourage et le corps soignant.En aucun cas, seule, je n’aurais réussi.

Est-ce que tu refuses la médication ? Pas du tout, je suis médicamentée depuis 8 ans, depuis mon diagnostic de bipolarité de type 1. J’ai tenté 15 jours d’arrêter mon traitement, non merci.Et surtout, aucune envie de revivre mes années sans médications. Ma bipolarité s’est déclenchée à 17 ans, et j’ai été diagnostiquée à 24 ans. J’en ai 33 aujourd’hui. Et si je dois, en crise, malheureusement m’abrutir de médicaments, je m’abrutis de médicaments. Pour rester chez moi. Et couper l’herbe sous le pied à la phase maniaque.

Allez, dis-nous tout maintenant, on veut savoir ! Comment t’as fait ? Cet n’est que mon expérience personnelle. Elle évolue. Je ne serai jamais à l’abri de faire un détour aux urgences. Prends seulement mes principes comme des conseils tirés de mon vécu. Si toi-même tu te sens défaillir à l’instant, aie-confiance en toi, et lis et relis cet article en « si besoin ».

Plongeons dans ma dernière phase maniaque… et comment je suis restée chez moi, avec certains principes.

QUELQUES PRINCIPES POUR RESTER CHEZ SOI EN CRISE MANIAQUE

  • Ton sommeil : le plus important, tu surveilleras.
  • Ton psychiatre/médecin : le plus souvent possible, tu contacteras.
  • Tes médicaments : rapidement, tu adapteras.
  • Ton entourage de confiance: le plus rapidement possible, tu préviendras.
  • Ta pleine conscience : quoi qu’il arrive, tu garderas.
  • Ta confiance en toi : tu conserveras.
  • Ta créativité : tu canaliseras et développeras.
  • Ton alimentation : tu soigneras.
  • Les moyens alternatifs : tu essaieras.
  • Tes émotions : tu les exprimeras.
  • Le découragement, le désespoir : tu traverseras.
  • Couper les stimulations : tu te dépêcheras.
  • Les événements trop émotionnels, les stresseurs : tu éviteras.
  • L’arrêt maladie : si possible tu demanderas.
  • Un journal de bord : tu tiendras.
  • Avoir des proches qui te soutiennent : tu choisiras. Qui ne te considèrent pas comme un symptôme, une écoute bienveillante, tu choisiras.
  • Ton téléphone : le plus possible, tu éteindras.
  • Internet, la lecture : le plus possible, tu éloigneras.
  • Le contact avec les gens : tu limiteras.
  • Une excuse auprès des personnes inconnues : tu inventeras : malade, une bonne longue grippe…
  • Honteux de ton état : tu ne seras pas.
  • Te considérer comme un symptôme vivant : tu t’interdiras.
  • Le trouble bipolaire et la phase maniaque : tu ne le nieras pas.
  • L’escalade de la montée : tu observeras.
  • Tous les jours, toutes les minutes : tu t’évalueras.
  • Ton consentement pour une hospitalisation : tu choisiras tes personnes ressources pour décider.
  • Tes médicaments et leurs effets secondaires : tu connaitras sur le bout des doigts.
  • Tes tâches du quotidien : si possible tu délègueras : entourage, soignants, travailleurs sociaux…
  • Les moments plaisirs : tu conserveras.
  • Des moments de calme. : tu t’imposeras.
  • Ton emploi du temps : tu aménageras.
  • La musique douce : tu écouteras.
  • Pleurer un maximum : tu essaieras.
  • Les hallucinations : tu accueilleras avec bienveillance.
  • Le non-jugement envers toi : tu t’accorderas.
  • Seul, dehors, au début : tu ne sortiras pas.
  • De la douceur, de la bienveillance : tu te donneras.

Et beaucoup d’autres principes.

C’est en respectant et en appliquant ces principes que j’ai réussi à rester chez moi dans ma dernière phase maniaque. Comment j’ai fait pour revenir à ma « stabilité » sans être hospitalisée.

Le chemin a été long, périlleux, douloureux car j’ai appris sur le tas. J’ai essayé de me souvenir de tout ce qui m’avait calmé par le passé. J’en ressors fortifiée et pleine de confiance. Avec de nouvelles préventions et principes « fait-maison » à m’appliquer si cela se reproduit. J’en apprends encore tous les jours. Le chemin a aussi été doux, grâce à mes « personnes ressources ».

Courage, aies-confiance en toi, affronte tes peurs, traverse les phases avec confiance, douceur et indulgence, tu es maître de ton navire, capitaine ton esprit, patron de ta conscience.

Navigue au travers de la cascade de ta phase maniaque, sans avoir peur de ce que tu vois/entend. C’est TEMPORAIRE.

P.S : Pour aider mes proches à m’accueillir telle que j’étais, j’ai écrit ce « guide » afin que ta famille et ton entourage puissent te regarder tel que tu es, parfaitement « normal » : https://lightskyblue-penguin-597208.hostingersite.com/guide-famille-pour-son-proche-en-crise-maniaque/

Affectueusement, et patience et espoir comme dirait un ami,

Lucie

La folle du village [Victoria Leroy]

Dans le petit village de la famille Leroy, le fou, c’est moi.

Longtemps, les Leroy ont gardé le secret de cette enfant pas comme les autres;
même dans la maison, on n’en parlait pas, imaginez si quelqu’un avait écouté aux portes ?

En marge, je gardais pour moi la maladie, loin de mes sœurs et frère; la cachait au village, aux contrées alentours, au monde.
Rares étaient ceux qui partageaient cette confidence, ma f-amies. 💌

Moi qui n’avait aucune idée de comment apprendre à vivre avec la maladie, je découvrais que mon oncle et ma tante étaient morts de la même. Ça non plus, on ne me l’avait pas dit. Cela voulait-il dire que c’était de ne pas vivre qui m’attendait ? Peut-être voulait-on me protéger… pourtant j’aurais aimé savoir, apprendre, anticiper.

Pourquoi le une chance sur 5 de la roulette génétique est tombé sur moi ? Où est le géniteur maintenant que les gènes sont en moi ; et la gêne autour de moi ?

Je me souviens de ce soir d’été de mes 20 ans, je sortais d’hospitalisation et essayais de goûter à la vie en retrouvant l’innocence que le compte rendu «  bipolaire de type 1 » m’avait fait oublier. On joue près de la piscine avec mon frère et mes sœurs, c’est doux, naturel, léger, riant; ils veulent me jeter à l’eau.

« Arrêtez ! Vous allez déclencher ses folies ! Elle est malade ! » crie ma grand-mère.

Le temps s’arrête. On ne m’a pas encore mise à l’eau que me voilà glaçon. Isolée depuis mon bloc de glace, je me liquéfie sous les lumières du regard des autres. Moi qui me sentais de nouveau appartenir, me revoici un être à tenir : à l’écart, en boite, attachée, enfermée, dans le secret.

Ce soir là, âgée de 20 ans et quelques heures, je passe par la fenêtre de la chambre – qu’on a fermé à clef passé minuit – et je tente d’aller me jeter dans la mer. Mon frère me court après et me plaque au sol. Je le mords comme un animal sauvage. Je ne suis plus sa sœur. Je ne suis plus humaine. Ils ont fait de moi la folle de la plage.

Ce frère que je mords jusqu’au sang, c’est le même qui 7 ans plus tard m’attendra en réanimation. Ce bras que j’ai mordu, c’est celui dont l’étreinte me redonnera envie de vivre.

Maintenant que j’ai libéré ma parole, que j’essaye de la libérer bien au delà du village, jusque dans les impasses de la société, je n’en oublie pas moins d’en parler un peu dans la maison des Leroy. Je ne veux pas que mes nièces et neveux pensent que ce n’est pas un problème tant que ce n’est pas chez eux. Ils m’ont vu peser 32 kilos mais les pousser sur la balançoire. Ils me voient prendre mes médicaments au petit déjeuner.

« C’est pour ta maladie ? », « oui c’est pour aider mon cerveau qui bug un peu, comme réparer des interrupteurs d’un circuit électrique où certaines ampoules sautent », « ah oui il est bizarre ton cerveau. Toi non. Enfin si parfois, mais t’es bizarre bien » – Ah, je crois que que j’ai gagné une partie du combat.

Victoria Leroy (texte et illustration)

Retrouvez Victoria sur Instagram : https://www.instagram.com/vic.toria.leroy/

https://www.instagram.com/p/CD5a6R-qfzi/

Survivre à la psychiatrie #8

« Mon parcours psychiatrique a débuté à l’âge de 17 ans, en 1988. À cette époque, il n’existait aucune structure de soins pour les adolescents. J’ai donc été hospitalisée dans une clinique psychiatrique entourée d’adultes. Ce fût mon premier choc. J’étais en pleine dépression, j’avais fait une tentative de suicide suite au suicide de mon petit ami. Au sein de cette clinique, j’étais perdue et c’est une patiente qui est venue à moi. Mon accompagnement psy a été déplorable et j’ai même été abusée par le musicothérapeute. Je suis sortie 12 jours après à la demande de mes parents. À ma sortie j’ai affirmé à mes parents que « Les fous étaient dehors et non dedans ».

Entre deux hospitalisations, le généraliste me prescrivait du Temesta, je rechutais, de TS en TS, de deuils en deuils, j’ai perdu mes parents et des amis.

À 25 ans, nouvelle hospitalisation : aucun suivi de qualité, on me prescrit beaucoup trop de médicaments et c’est tout. Je suis shootée et désespérée.

Pendant 15 ans je refuserai tout traitement, je serai anti psychiatrie, je consulterai occasionnellement des psychologues jusqu’à ma dépression post partum qui a failli me coûter la vie suite à une TS. 5 jours de coma, longue hospitalisation, nouveau traitement, un suivi psy toujours aussi pauvre, j’en ressors sans avoir soigné ma dépression. On me prescrit du Tranxène et on m’oblige à cesser d’allaiter. Cette molécule va me désinhiber et me provoquer des phases maniaques.

Une véritable errance thérapeutique de plusieurs années renforcera l’alternance de phases maniaques et dépressives.

C’est à 41 ans, suite à une rupture que j’ ai fait une crise de décompensation. Mon entourage ne sachant pas gérer, j’ai demandé à être hospitalisée. Je suis restée 4 jours à pleurer toutes les larmes de mon corps, sans qu’aucun professionnel ne vienne vers moi. Là encore, ce sont les patients qui sont venus m’aider et me conseiller. J’ai enfin pu rencontrer le psychiatre qui a très vite posé le diagnostic de bipolarité-borderline. Mon 1er traitement m’a fait prendre 17 kgs et ne me convenait pas du tout. Je me suis sevrée seule et mes troubles sont réapparus. J’ai alterné entre suivi avec ce psychiatre et des périodes de 6 mois sans y aller, avec les conséquences de mes phases maniaques, des ruptures affectives essentiellement et d’autres hospitalisations.

À 46 ans, je rencontre l’homme qui m’accompagne aujourd’hui, il ne me juge pas et pour la première fois je décide de me soigner en acceptant un nouveau traitement et un suivi mensuel avec mon psychiatre. Je suis stabilisée depuis 6 ans.

J’ai suivi un programme thérapeutique d’un an qui m’a permis d’acquérir des outils de gestion de ma pathologie, psychoéducation mais aussi méditation, sophrologie, musicothérapie, auto-hypnose, ateliers de jeux collectifs et sport. Je ne me sers pas de tous ces outils quotidiennement mais lorsque j’en éprouve le besoin, je sais qu’ils sont à ma disposition. J’ai malgré tout un regard critique envers ces pratiques qui ne conviennent pas à tous les patients et qui peuvent les mettre sur le chemin des pseudos thérapies et de la spiritualité New Age.

Je considère aujourd’hui que j’ai subi de la maltraitance psychiatrique.

La psychothérapie que j’ai suivie pendant 6 ans m’a soutenue mais n’a jamais soigné ma pathologie.
J’ai perdu beaucoup d’années et d’énergie à errer, à souffrir, à ne pas être en capacité d’étudier, de travailler, à élever ma fille malgré tout du mieux que j’ai pu. Je me demande aujourd’hui comment j’ai réussi à traverser tout cela. Il faut une force incroyable et c’est sans aucun doute mon rôle de mère qui m’a fait tenir.

Oui, je peux dire que j’ai survécu à la psychiatrie. J’aurais préféré ne jamais avoir à prononcer cette phrase mais la réalité est qu’entre les années 90 et 2022, l’évolution de la psychiatrie a été bien trop lente et doit encore s’améliorer considérablement en terme de soins, de suivis, d’accessibilité à tous-tes. »

Imanbipolaireborderline.jimdofree.com


Envoyez-nous vous aussi vos contributions écrites et graphiques sur le sujet Survivre à la psychiatrie à l’adresse contact@lightskyblue-penguin-597208.hostingersite.com

Réponse à « En finir avec la camisole chimique? »

Lucie répond à l’article En finir avec la camisole chimique ? et à la question des traitements médicamenteux.


Je vais m’exprimer en fonction de mon vécu, ma petite expérience, et de mon trouble (bipolaire).

Je ne connais pas les conditions dans les hôpitaux psychiatriques. Pour avoir entendu et lu des témoignages, je suis persuadée que l’attachement et les chambres d’isolement pourraient être évités, et surtout, remplacés par d’autres moyens humains. Je pense que c’est une expérience traumatisante, et qui déshumanise et que l’on doit dénoncer, et agir pour proposer des solutions alternatives, pas rester uniquement dans la dénonciation. Je n’ai pas connu non plus l’hospitalisation sous contrainte.

Par contre, je connais le fait de recevoir un diagnostic que l’on dit incurable, diagnostic peu flatteur de folle, je connais la médication qu’on me propose à vie, je connais ce qu’il se passe quand on arrête une médication. Je connais ma vie d’avant sans médication (bonjour alternances de dépression et d’euphorie chaotiques). Je connais la reconnaissance travailleur adulte handicapé, l’allocation adulte handicapé, et ma case « handicapée mentale ». Alors qu’en fait, je ne me juge ni folle, et encore moins quand je regarde le monde autour de moi. Je ne souffre plus de mon étiquette, ni de mon traitement.

En dehors de l’hôpital psychiatrique, personne ne m’impose de prendre un traitement, ni de consulter un psychiatre. Je le fais depuis 7 ans, de mon plein gré, avec grande attention, et surtout je me renseigne.

Qu’est-ce que je prends ? Qu’est-ce que cette molécule ? Sur quoi agit-elle ? Est-ce un thymorégulateur ? Un anti-psychotique ? Un antidépresseur ? Combien de durée de vie dans le corps ? Pourquoi on me donne ça ? C’est quoi les effets secondaires ? Qu’est-ce que le trouble bipolaire ? Qu’en pense-t-on en France ? A l’étranger ? Quelle part de chimie dans ce trouble ? Quelle part de personnalité, environnement, de psychologie (ou autre que j’oublie) dans ce trouble ?

Et le meilleur, de mon point de vue, c’est ce que vous faites ici, je lis et j’échange avec ceux qui en parleront toujours le mieux et le plus juste : les fous.

Gardez cet esprit critique que vous avez Comme des fous, et bravo pour ça. Observez, analysez, réfléchissez pour vous et pour le bien-être collectif des fous, continuez d’agir comme vous le faites avec du CONCRET, des actes.

Oui, dans un premier temps, on rejette tout, bien-sûr. Diagnostic, et traitement. La molécule miracle n’existe pas.

En France, on insiste énormément sur la médication, c’est dramatique. Pourquoi ? Parce qu’on ne nous donne pas d’explication sur ce traitement, sur ce trouble, et encore moins des conseils pour vivre au quotidien, des associations, etc.

On évalue nos symptômes, on ajuste en traitement, et ce que j’ai trouvé le plus dur à entendre : « en fait, il n’y a pas vraiment de traitement, on tâtonne, on fait du mieux qu’on peut, la science avance, on attend ». Qui a envie d’entendre ça ? J’avais juste envie d’entendre : « okey bébé, je te donne un bonbon, et puis ça passe ».

Non, je ne voulais pas entendre à 24 ans : « Salut t’as un trouble, on sait pas trop ce que c’est, on va te donner des médicaments, on ne sait pas trop si ça marche, mais t’inquiètes ça va passer ».

J’avais envie d’entendre : « Viens, il y a plein de centres en France où on va tout t’expliquer. On réfléchit tous ensemble à ces troubles mentaux, chacun donne son expérience, son vécu, on a aussi avec nous des soignants qu’on forme, des spécialistes qui étudient le trouble et son ensemble sous toutes les coutures, tous les jours, main dans la main. Les psychiatres t’expliquent la part chimique évaluée dans ton trouble, tout en t’indiquant que ce n’est qu’une infime partie de ton « traitement » et qu’il n’est qu’une béquille. On est là, on va tout t’expliquer, et ce qu’on explique pas, on va le trouver ensemble ».

Prendre ses médicaments et ne rien faire d’autre, comme c’est bien dit dans l’article, n’a quasiment aucune utilité. Malheureusement, de l’autre côté, ne pas le prendre mais établir tout le reste (si précieux) : psychothérapies, activités bien-être, information à l’entourage, groupe d’entraide etc. apparemment ne suffit pas non plus.

Si un jour vous trouvez ne serait-ce qu’une seule personne qui puisse dire qu’elle gère ses crises maniaques, ses profondes dépressions, sans traitement, mais avec un protocole tout autre, alors cette personne là sera une clé d’un changement très important que l’on devra surmédiatiser, et je serai la première derrière. Je l’attends toujours.

Je pourrais être bipolaire oui, sans médication, seule, ? Oui dans un désert. Pas dans la société dans laquelle je vis.

Dans la vie, j’aime le compromis. Pas de surdiabolisation des fous, mais pas de surdiabolisation de la psychiatrie actuelle. C’est pas les fous VS les psychiatres. L’idéal ce serait les fous AVEC la psychiatrie.

Où trouves-tu la force de penser je cite ?  « Je ne crois plus à la maladie et à son incurabilité, je crois même qu’avec un bon accompagnement on peut dépasser ses traumas, accepter ses limitations et se passer du traitement chimique. »

Sur quoi ce base cette croyance intime ? C’est un de mes buts dans la vie, prouver que c’est possible. J’espère. Mais je ne « crois » pas.

Tant que je n’ai pas un exemple vivant devant moi de personne avec trouble bipolaire bien dans sa peau, je suis mon premier contre-exemple. J’ai tout le protocole hors-médication mis en place (après de longues années). J’ai testé sans la médication, je n’ai fait qu’aggraver mon cas. J’ai l’espoir, et je te comprends.

J’ai l’espoir tout comme vous, qu’on se rassemble, qu’on échange, qu’on fasse changer la vision des troubles mentaux. Comme le dit Agathe dans la vidéo, c’est montrer qu’on a une parole cohérente, intelligente, et fiable. Folie ne veut pas dire que nous sommes dangereux ou bien que nous manquons « d’intellect ».

Fallait bien choisir un mot, on en trouvera peut être un autre.

En attendant, continuez d’être ce contre-média. En attendant, je prends ma médication volontaire, faute de mieux, en me disant que le diabète c’est aussi incurable, comme tout un tas de maladies, et que la molécule que je prends (un anti-épileptique) ne fait pas beaucoup de dégâts comparée à d’autres.

Ça m’emmerde oui, c’est injuste, peut-être, je me serai bien passée de la bipolarité et d’une institution psychiatrique française défaillante.

Ça ne fait pas de moi un mouton de la société qui prend docilement son bonbon et qui se range dans sa case bien sagement.

J’attends bien de vous Comme des fous, j’attends bien de vous les fous qui passez sur ce blog, et de moi, que la psychiatrie actuelle se démode, et change. Je n’attends pas en fait, il faut « faire ».

Un auteur que j’aime beaucoup dit cette phrase : “Ne t’attaque pas au système, démode-le !” (extrait du Livre du voyage de Werber).

Je vous mets l’extrait, la révolution, oui. Voici une autre manière de la penser.

« Il est cubique, titanesque, froid.
Il est doté de chenilles qui écrasent tout.
C’est le système social dans lequel tu es inséré.
Sur ses tours tu reconnais plusieurs têtes. Il y a celles
de tes professeurs,
de tes chefs hiérarchiques,
des policiers,
des militaires,
des prêtres,
des politiciens,
des fonctionnaires,
des médecins,
qui sont censés toujours te dire si tu as agi bien ou mal.
Et le comportement que tu dois adopter pour rester dans le troupeau.

C’est le Système.

Contre lui ton épée ne peut rien.
Quand tu le frappes, le Système te bombarde de feuilles :
carnets de notes,
P.V.,
formulaires de Sécurité sociale à compléter si tu veux être remboursé,
feuilles d’impôts majorés pour cause de retard de paiement,
formulaires de licenciement,
déclarations de fin de droit au chômage,
quittances de loyer, charges locatives, électricité, téléphone, eau, impôts locaux, impôts fonciers, redevance, avis de saisie d’huissier, menace de fichage à la Banque de France, convocations pour éclaircir ta situation familiale, réclamations de fiche d’état civil datée de moins de deux mois…

Le Système est trop grand, trop lourd, trop ancien, trop complexe.

Derrière lui, tous les assujettis au Système avancent, enchaînés.
Ils remplissent hâtivement au stylo des formulaires.
Certains sont affolés car la date limite est dépassée.
D’autres paniquent car il leur manque un papier officiel.
Certains essaient, quand c’est trop inconfortable, de se dégager un peu le cou.

Le Système approche.

Il tend vers toi un collier de fer qui va te relier à la chaîne de tous ceux qui sont déjà ses prisonniers.
Il avance en sachant que tout va se passer automatiquement et que tu n’as aucun choix ni aucun moyen de l’éviter.

Tu me demandes que faire.
Je te réponds que, contre le Système, il faut faire la révolution.

La quoi ?
LA RÉVOLUTION.

Tu noues alors un turban rouge sur ton front, tu saisis le premier drapeau qui traîne et tu le brandis en criant :
« Mort au Système. »
Je crains que tu ne te trompes.
En agissant ainsi, non seulement tu n’as aucune chance de gagner, mais tu renforces le Système.
Regarde, il vient de resserrer les colliers d’un cran en prétextant que c’est pour se défendre contre « ta » révolution.
Les enchaînés ne te remercient pas.

Avant, ils avaient encore un petit espoir d’élargir le métal en le tordant.
À cause de toi, c’est encore plus difficile.
Désormais, tu as non seulement le Système contre toi, mais tous les enchaînés.
Et ce drapeau que tu brandis, est-il vraiment le « tien » ?

Désolé, j’aurais dû t’avertir.
Le Système se nourrit de l’énergie de ses adversaires.
Parfois il fabrique leurs drapeaux, puis les leur tend.

Tu t’es fait piéger !
Ne t’inquiète pas : tu n’es pas le premier.

Alors, que faire, se soumettre?
Non.

Tu es ici pour apprendre à vaincre et non pour te résigner.
Contre le Système il va donc te falloir inventer une autre forme de révolution.
Je te propose de mettre entre parenthèses une lettre.
Au lieu de faire la révolution des autres, fais ta (r)évolution personnelle.
Plutôt que de vouloir que les autres soient parfaits, évolue toi-même.
Cherche, explore, invente.
Les inventeurs, voilà les vrais rebelles !

Ton cerveau est le seul territoire à conquérir.
Pose ton épée.
Renonce à tout esprit de violence, de vengeance ou d’envie.
Au lieu de détruire ce colosse ambulant sur lequel tout le monde s’est déjà cassé les dents, ramasse un peu de terre et bâtis ton propre édifice dans ton coin.
Invente. Crée. Propose autre chose.
Même si ça ne ressemble au début qu’à un château de sable, c’est la meilleure manière de t’attaquer à cet adversaire.
Sois ambitieux.
Essaie de faire que ton propre système soit meilleur que le Système en place.
Automatiquement le système ancien sera dépassé.

C’est parce que personne ne propose autre chose d’intéressant que le Système écrase les gens.
De nos jours, il y a d’un côté les forces de l’immobilisme qui veulent la continuité, et de l’autre, les forces de la réaction qui, par nostalgie du passé, te proposent de lutter contre l’immobilisme en revenant à des systèmes archaïques.
Méfie-toi de ces deux impasses.

Il existe forcément une troisième voie qui consiste à aller de l’avant.
Invente-la.
Ne t’attaque pas au Système, démode-le !

Allez, construis vite.
Appelle ton symbole et introduis-le dans ton château de sable.
Mets-y tout ce que tu es : tes couleurs, tes musiques, les images de tes rêves.

Regarde.
Non seulement le Système commence à se lézarder.
Mais c’est lui qui vient examiner ton travail.
Le Système t’encourage à continuer.
C’est ça qui est incroyable.
Le Système n’est pas « méchant », il est dépassé.
Le Système est conscient de sa propre vétusté.
Et il attendait depuis longtemps que quelqu’un comme toi ait le courage de proposer autre chose.
Les enchaînés commencent à discuter entre eux.
Ils se disent qu’ils peuvent faire de même.

Soutiens-les.
Plus il y aura de créations originales, plus le Système ancien devra renoncer à ses prérogatives. »

Le Livre du voyage, par Bernard Werber

Lucie, le 29 mars 2021.

Portrait de MA Read

Comme MA Read, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires ?

Carrie Fisher est mon inspiration. Sa disparition le 27 décembre 2016, à l’âge de 60 ans, m’avait fait de la peine. En effet, elle s’était à plusieurs reprises exprimée sur les maladies mentales ― un sujet quasiment inconnu d’Hollywood à l’époque où elle a commencé à en parler publiquement.

Elle avait témoigné avec une grande honnêteté de ses difficultés et de ses succès dans la bataille contre l’addiction et les troubles bipolaires, affichant une attitude extrêmement offensive lorsqu’il s’agissait de débattre des problèmes de santé mentale.

J’essaie au quotidien d’informer les gens sur l’importance d’une bonne santé mentale, et du rétablissement. J’informe sur les troubles bipolaires et je parle des maladies mentales sans tabous à travers ma page Facebook Bipolaire On Air.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes ?

J’ai travaillé pendant 25 ans pour une organisation internationale œuvrant dans le domaine des droits de l’homme. Ça aussi, c’est inspirant pour moi. C’était un honneur.

Que penses-tu du monde de la santé mentale ?

Le monde de la santé mentale est un monde en train de changer.

Les personnes vivant avec un trouble psychique stabilisé comme moi ont pris conscience de leur savoir par expérience et de leur force et capacité de pair-aidant.

Nous pouvons aider les personnes en souffrance en leur montrant la voie du rétablissement.

À l’avenir, les équipes soignantes, comme au Canada, nous intégreront, reconnaissant la plus-value de la pair-aidance.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie ?

La folie a toujours été présente dans ma vie.

Ma mère schizophrène a passé plus de temps à l’hôpital psychiatrique qu’à la maison. C’est ma grand-mère maniaco-dépressive qui m’a élevée.

Mon trouble bipolaire a rythmé ma vie avec des pics genre Everest et des lows aussi profonds que les abysses de l’Océan.

La folie est synonyme de grande souffrance.

Difficile d’en tirer du positif. Ce n’est que récemment, depuis mon implication sur les réseaux sociaux que je me dis que finalement mon vécu, mon rétablissement, ma force peuvent servir de moteur et d’inspiration à de nombreuses personnes en souffrance.

J’aimerais servir de phare et empêcher les naufrages sur les écueils de la Côte dans la tempête.

En septembre 2021, j’ai été élue présidente de la Maison de la Santé Mentale de l’Eurométropole de Strasbourg. Lorsque nous aurons levé les fonds nécessaires, nous accueillerons les gens dans un lieu convivial au centre-ville où ils pourront s’exprimer pleinement sans tabous au sujet de leur santé mentale ou de celle de leur proche. Nous les écouterons, nous échangerons et si nécessaire nous les orienterons dans leurs démarches et recherches de soins.

La santé mentale sera au cœur de la ville de Strasbourg !

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais ?

Non, devenir ministre ne m’intéresse pas.

Les ministres sont nommés par le chef de gouvernement et jusqu’à présent, aucun n’a doté le ministère de la santé des moyens nécessaires pour améliorer les services.

Je souhaiterais des investissements financiers massifs dans les hôpitaux psychiatriques pour augmenter le nombre de soignants, l’allègement de leurs tâches administratives afin qu’ils consacrent leur temps à la thérapie, au dialogue, aux activités diverses avec les patients.

Même chose pour l’ambulatoire, les CMP et autres devraient pouvoir aider les patients lorsqu’ils sortent de l’hôpital.

Enfin, les médecins généralistes devraient recevoir une formation supplémentaire afin d’orienter les patients montrant des signes précurseurs de troubles psychiques, vers des structures adaptées.

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