Ma petite folie

« On a pris le temps, chère folie, de se connaître, de se comprendre, et jamais nous n’avons été si complices. Dans le fond, tu m’as sorti de l’impasse qu’était ma vie d’adolescent. J’ai eu besoin de toi et tu m’as pris sous ton aile. Je ne crois pas que tu sois tombée du ciel, tu as grandi en moi, dans mes silences, dans ma résistance face à un monde qui ne me plaisait pas.

Mais tu vois, chère folie, tu es une bonne thérapie mais je ne peux pas continuer à te porter comme une honte. Toi tu as toujours existé, tu en trouveras d’autres, alors que moi, j’ai une vie à vivre. Tu es un peu comme ces réseaux sociaux, je te donne mon temps sans compter sans rien attendre en retour. Je le fais pour moi mais surtout pour les autres. Ces autres qui parlent de toi comme une maladie, pour qui c’est une épée de Damoclès. J’ai voulu t’arracher un sourire, transformer ta noirceur en arc-en-ciel.

Alors oui, chère folie, tu prends trop de place dans ma vie, je te lis, je te cherche, je t’écoute même à la radio. Tu m’as fait connaître tant de belles personnes, en qui j’ai reconnu ma fragile humanité. Aujourd’hui, j’ai besoin de briser ce miroir, d’arrêter de te scruter dans le regard des autres, j’ai envie de redescendre dans la rue, oui, j’ai envie d’habiter ma vie! »

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=Ek0SgwWmF9w]

« Grandeur de la folie », Henri Grivois [livre]

   blogschizo

 

Présentation de l’éditeur

Après deux siècles de psychiatrie, un siècle de psychanalyse et cinquante ans de neurobiologie, la folie – la psychose, en termes médicaux – reste un mystère planté au cœur de l’être humain. Nous n’avons guère avancé depuis les Grecs. La psychose est universelle. Quels que soient la société, la culture ou le sexe, le premier épisode psychotique se déclare entre 15 ans et 25 ans et touche autour de 1% de la population aux quatre coins de la planète. C’est là un point fondamental. L’île, le pays lointain, le régime politique ou alimentaire qui ne connaît pas de psychotique n’a pas été découvert à ce jour et ne le sera jamais. » Je suis tout le monde, je suis vous, je suis Dieu « , dit le psychotique. À ces mots, la médecine a répondu par la saignée au XIXe siècle, et par les médicaments au XXe. Chaque…

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grandeur de la folie henri grivois

Faut-il expliquer à un schizophrène qu’il est fou oui ou non?

   blogschizo

« Bon, évidemment, le titre n’est pas de moi. C’est une requête google qui a mené à mon blog. Et c’est toujours une bonne occasion pour moi d’essayer de répondre simplement à ce genre de questions.

Déjà, je vais commencer par l’évidence: la réponse est non. Parce que « salut mon pote, je te dis que tu es fou, tu dois me croire », à mon avis ça ne fonctionnera pas. Il y a peu de chance que le schizophrène en question réponde « ah oui, je suis fou, je prendrais bien une petite dose de neuroleptiques ce soir ».

Je l’ai déjà dit cent fois, mais ça ne fait jamais de tort de le répéter: les proches d’une personne schizophrène ne sont pas des soignants. Leur rôle, c’est d’être là, un ami, un parent, quelqu’un sur qui on peut compter, et peut-être même se confier. Pas d’être celui qui va guérir le délire par… »

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Le corps en santé mentale

« Je suis ce visage, ces mains qui tremblent, ce cœur qui s’emballe, cet âge qu’on me donne, bref, je suis mon corps.

Ce corps qui crie, qu’il faut tranquilliser, cette chimie défaillante, cette interface hypersensible avec le monde, cette silhouette qui me complexe, qui m’encombre quand je ne sais pas où me mettre.

Alors oui, la souffrance psychique est une souffrance physique.

Oui, le temps s’est arrêté dans ma tête et ce n’est pas une image. Si je suis revenu au monde, si j’ai retrouvé mes émotions, mon élan vital, c’est en reprenant contact avec mon corps et grâce à ces visages, ces sourires, ces présences qui ont été physiquement à mes côtés. »

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Light and Shadow par Kumi Yamashita

Pour ceux qui souhaitent aller un peu plus loin sur cette question du corps, voici un lien très intéressant : Avoir un corps? Continuer la lecture de « Le corps en santé mentale »

La folie d’une société

« Moi, je ne me considère pas comme un malade mental mais comme une victime de la société ».

20121018J’aimerais réagir à cette phrase entendue sur les ondes de radio « sans nom » qui pour l’occasion s’est muée en radio Liberté. Cette conviction sincère que c’est la société malade qui est à l’origine de son mal-être nous rappelle la difficulté de surmonter les troubles psy et à leur trouver un sens. Je pense que se poser en victime de la société c’est cristalliser en soi ce sentiment d’injustice d’avoir vu sa vie brisée par une force inexpliquée. Mais un être sensible qui se dit victime de la société ne serait-il pas un être profondément social qui aspire à vivre parmi les autres?

« La société et ses lois ne sont rien en dehors des individus; la société n’est pas simplement un « objet » « face » aux individus isolés; elle est ce que chaque individu désigne lorsqu’il dit « nous ».

C’est seulement à partir du moment où l’individu cesse de penser ainsi pour lui tout seul, où il cesse de considérer le monde comme quelqu’un qui « de l’intérieur » d’une maison regarderait la rue, « à l’extérieur », à partir du moment où, au lieu de cela – par une révolution copernicienne de sa pensée et de sa sensibilité -, il arrive aussi à se situer lui-même et sa propre maison dans le réseau des rues, et dans la structure mouvante du tissu humain, que s’estompe lentement en lui le sentiment d’être « intérieurement » quelque chose pour soi tandis que les autres ne seraient qu’un « paysage », un « environnement », une « société » qui lui feraient face, et qu’un gouffre séparerait de lui. »

Fais un effort !

Merci à AliénorD pour cet article!

« Ma seule façon de me défendre fût longtemps d’embrasser les jugements que l’on me portait. Hé bien oui ! ma foi, je suis une fainéante, je profite joyeusement du système, de mes parents, de tout le monde, et j’en ri avec mes amis fainéants autour de l’alcool que l’on s’est acheté avec notre butin. (…)

Cela n’a pas duré, et ce pour trois raisons. D’abord, parce que je n’étais pas inactive. Il est difficile de se prétendre absolument fainéante lorsqu’on lit une petite dizaine de livres par mois, que l’on suit l’actualité, que l’on critique des films, que l’on participe à des manifestations, que l’on fait du bénévolat, etc. Je trahissais mon personnage. Problème.

Ensuite, parce que le discours autour de moi me revenait sans cesse à la figure, et j’avais du mal à l’ignorer. De ma famille au contrôleur de l’ONEM, on surveillait mes mouvements, on évaluait l’effort, on me faisait remarquer régulièrement que je percevais un argent indu (j’étaisbénéficiaire d’une allocation), bref, que j’étais un parasite.

Et enfin, parce qu’au fond, j’avais envie de faire quelque chose. Je ne pouvais donc pas être une fainéante. »

Source : Fais un effort !

L’expérience de la folie mise au service de la vie

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Jeune orpheline au cimetière, Eugène Delacroix

« Je me souviens assez précisément du moment où j’ai enfin pu avoir une lecture plus sereine et plus juste des délires que j’avais vécu dans la maladie bipolaire.

C’était comme d’entendre les premières notes d’une mélodie que j’aimais beaucoup, comme de ressentir les premières vibrations d’une harmonie vitale. C’était vital pour moi d’extraire du diagnostic psychiatrique le trésor que j’avais dérobé à la folie. C’était important de pouvoir ramener cette expérience dans le champ de l’humain pour la mettre au service de la vie. Cela voulait dire guérir et reconquérir mon intégrité.

La manie m’a donné l’impression d’explorer des dimensions insoupçonnables de l’existence. Même si j’ai été diagnostiquée malade mentale et qu’il existe toutes sortes d’explications scientifiques pour expliquer les mécanismes du délire que j’ai traversé, cette expérience reste pour moi énigmatique et fondatrice. Elle a changé en profondeur ma vision des êtres et du monde.

Je reste persuadée qu’il faut apprendre à lire avec plus de justesse et d’intelligence ces phénomènes. Le prisme du diagnostic psychiatrique est pauvre à cet endroit-là. Ce qui ne signifie pas qu’il n’a pas de validité. Mais il ne peut pas être l’unique regard et l’unique réponse à une expérience aussi bouleversante, au risque de laisser celui qui l’a vécu dans un désarroi qui nuirait à son rétablissement.

Un jour, un ami m’a dit « moi je croyais que j’avais vécu et ressenti des choses extraordinaires et mystiques quand j’ai déliré. Et en parlant avec d’autres je me suis rendu compte que c’était comme un schéma qui s’était produit chez tous ceux à qui il est arrivé la même chose qu’à moi ».

C’était mignon, il était tout dépité, comme un enfant à qui on apprend que ce qu’il croit être une pièce d’or est en fait une pièce de monnaie de jeu de société. Je le comprenais, j’avais ressenti ça moi aussi.

Ce qui est extraordinaire au fond, ce n’est pas d’expérimenter des états de conscience modifiés qui donnent l’impression d’être Dieu. Ce qui est extraordinaire, héroïque même, c’est de revenir entier d’une telle expérience et de parvenir à la mettre au service de la vie et de la réalité. C’est la seule façon de prouver qu’au delà de sa forme délirante, cette expérience a une validité.
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Qui suis-je quand je ne suis pas moi ? [livre]

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Le moi qui est sur la couverture du livre est-il vraiment celui qui écrit le livre ?

Où est la frontière derrière laquelle un moi cesse d’être moi ? Voilà un questionnement qui fut fondateur dans l’écriture de ce livre. C’est cette interrogation première qui a ouvert des portes insoupçonnables à Agathe Lenoël.

Rédactrice free lance depuis 10 ans. Elle aime les mots, les tourner, les retourner, comme un bonbon acidulé dans la bouche.

Parler de son livre est essentiel. Elle y mène un combat pour déstigmatiser les maladies psychiques et donner une voix aux personnes diagnostiquées bipolaires en souffrance et les questionnements des familles et des proches.
Elle s’interroge et nous interroge sur la place que chacun de nous a dans le monde.

Le propos est résolument optimiste. Il aura fallu 20 ans à Agathe pour oser écrire ce livre, 20 ans pour appréhender son histoire et faire partager ses découvertes.

Le lecteur de ce livre est roi. Il fera ce qu’il voudra avec ses mots.

Deux niveaux de lecture : un récit de vie intime qui se lit comme un roman et un bagage théorique à emmener avec soi en notes de bas de page.

Très renseigné sur les sciences et la médecine en particulier. Agathe a beaucoup lu pour écrire ce livre et l’illustrer par des thèses médicales faciles d’accès.

Rêvons ensemble d’un monde qui n’exclut pas la fragilité, ni ne récuse les émotions.

Bonne lecture à tous !
Alexª
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Se tourner vers l’Avenir

La souffrance peut mettre le diagnostic et les traitements au centre de notre identité. Si pendant un certain temps, une attention à la santé mentale peut sauver la vie, il arrive un moment où nous avons besoin de rejoindre la communauté dans son ensemble et de nous concentrer sur nos capacités, nos talents et sur nos contributions positives. Pendant que tu améliores ta relation aux traitements, demande-toi : Comment cette crise a-t-elle interrompu ma vie, et qu’est-ce que je souhaite retrouver ? Quels sont mes futurs objectifs ? Où mes rêves me mènent-ils ? Que puis-je offrir aux autres ? Les leçons apprises sont très précieuses, envisage donc de partager ton expérience. Tu pourrais écrire ton histoire et fermer un chapitre de ta vie pour en commencer un autre.

Qu’il s’agisse d’arrêter totalement, de diminuer ton traitement jusqu’à un niveau plus satisfaisant ou d’arriver simplement à gagner un plus grand sentiment de maîtrise, revendique fièrement un nouveau renforcement de ton autonomie.
Être humain ne signifie pas vivre sans épreuves ou cicatrices : il s’agit de suivre et d’exprimer ta vérité la plus profonde. Même si tu es diagnostiqué, que tu prends un traitement, ou que tu as traversé des crises, tu es toujours aussi pleinement humain que les autres. Ta souffrance a fait de toi ce que tu es aujourd’hui et il se peut même que cela t’ait rendu plus sage.

Extrait du  Guide pour décrocher des médicaments psychotropes en réduisant les effets nocifs, publié par The Icarus Project et Freedom Center.

icarus2002

« Explaining My Depression to My Mother », Sabrina Benaim [ENG/ESP/IT/FR]

[FR]

Expliquer ma dépression à ma mère : une conversation.

Maman, ma dépression prend plusieurs formes. Une journée, elle est aussi petite qu’une libellule dans la paume d’un ours.

Le lendemain, elle est l’ours.

Ces jours-là, je fais la morte jusqu’à ce que l’ours me laisse tranquille.

J’appelle les mauvais jours : « Les jours noirs. »

Maman dit : « Essaie d’allumer des chandelles. »

Mais quand je vois des chandelles, je vois la chair d’une église, le vacillement d’une flamme, des étincelles d’un souvenir naissant…

Je suis debout à côté de de son cercueil ouvert.

Ce moment où j’apprends que tous les gens que je connaîtrai dans ma vie vont mourir un jour.

Par ailleurs, maman, je n’ai pas peur du noir. Peut-être que cela fait partie du problème.

Maman dit : « Je croyais que le problème était que tu ne pouvais pas sortir du lit. »

Je ne peux pas, l’anxiété me tient en otage dans ma maison, dans ma tête.

Maman demande : « Elle arrive d’où, l’anxiété? »

L’anxiété est la cousine en visite, qui arrive de l’extérieur et que la dépression s’est sentie obligée d’inviter à la fête.

Maman, je suis la fête. Seulement, je suis une fête à laquelle je n’ai pas envie d’être.

Maman demande : « Pourquoi n’essaies-tu pas d’aller à de vraies fêtes, voir tes amis? »

Bien sûr, je fais des plans. Des plans de sorties auxquelles je n’ai pas envie d’aller.

Je fais des plans parce que je sais que je devrais avoir envie d’y aller, je sais qu’à d’autres moments j’aurais eu envie d’y aller.

Mais ce n’est pas amusant de s’amuser quand tu n’as pas envie de t’amuser, maman.

Tu vois maman, chaque nuit l’insomnie m’étreint dans ses bras et me plonge vers la cuisine. Dans la lumière de la cuisinière l’insomnie me fait croire à cette idée romantique que la lune est ma compagne parfaite.

Maman dit : « Essaie de compter les moutons. »

Mais ma tête ne sait que compter les raisons de rester éveillée.

Alors je vais prendre des marches, mais mes rotules tremblent et se cognent comme des cuillères en argent tenues par des bras forts avec des poignets branlants.

Elles résonnent dans mes oreilles comme des cloches d’église maladroites qui me rappellent que je suis une somnambule marchant sur un océan de joie dans lequel je ne peux pas me baptiser.

Maman dit : « Le bonheur est un choix. »

Mais mon bonheur est aussi vide que la coquille d’un œuf percé.

Mon bonheur est une forte fièvre qui va casser.

Maman dit que je suis tellement bonne pour faire tout un plat avec rien et me demande soudainement si j’ai peur de mourir.

Non, maman, j’ai peur de vivre.

Maman, je me sens seule.

Je crois que j’ai appris, quand papa est parti, comment changer la colère en solitude et la solitude en « occupée »

Donc quand je dis que j’ai été super occupée dernièrement, je veux dire que je m’endormais sur le divan en écoutant SportsCenter pour éviter d’affronter le côté vide de mon lit.

Mais ma dépression me ramène toujours à mon lit jusqu’à ce que mes os deviennent les fossiles oubliés du squelette d’une ville engloutie.

Ma bouche, un jardin d’os, de dents brisées à force de se mordre elles-mêmes.

L’auditorium vide de ma poitrine se pâme dans les échos d’un battement de cœur.

Mais je ne suis qu’une touriste indifférente ici.

Je ne saurai jamais vraiment où j’ai été.

Maman ne comprend toujours pas.

Maman, ne vois-tu pas que moi non plus?

source: http://gatineau.rougefm.ca/rachelcustin/story.aspx?ID=2189268