La Mad Pride, revendiquer la folie ?

« Les fous marchent pour sortir du silence » écrivait dans Libé, Eric Favereau, pour la première édition de la Mad Pride à Paris, pendant que l’Agence France-Presse titrait « Les malades mentaux défilent contre la descrimination ».

575df23b8a3ebcd5c4ffe3be49e6a

Le slogan « Fous, et alors ? » rappelle la récente campagne d’affichage « Une de ces personnes est handicapée psychique, et alors ? ». Ces slogans ont pour but d’interpeller le grand public, de rendre visible une population ignorée : celles des usagers des services en santé mentale.

Le terme usager désigne le patient qui bénéficie de soins en psychiatrie. Il hérite dans l’imaginaire collectif de la place qu’occupait le fou du temps où il était enfermé à l’asile. Le patient psychiatrique d’aujourd’hui, lui, se soigne en ville, hors les murs, et s’efforce pour être reconnu en tant que citoyen à part entière. Mais l’image du fou lui colle à la peau. Continuer la lecture de « La Mad Pride, revendiquer la folie ? »

La participation des usagers en santé mentale aux CLSM, chimère ou réalité ?

Le Conseil Local de Santé Mentale (CLSM) est conçu comme un lieu de concertation démocratique réunissant l’élu local, la psychiatrie publique, les aidants, parfois les bailleurs sociaux, ayant pour vocation de favoriser une inscription communautaire, sociale et citoyenne des usagers psy.

clsm dominique laurent

Peut-on participer au CLSM de sa ville ou de son quartier? Continuer la lecture de « La participation des usagers en santé mentale aux CLSM, chimère ou réalité ? »

Réponse à l’article « Jésus, Abraham et Moïse étaient-ils psychotiques? »

droit-rponsePartons de la conclusion qui résume assez bien la teneur de l’article :

« Il s’agit donc moins de décrédibiliser les monothéismes que de réhabiliter les patients souffrant de maladies psychiatriques. Et s’il y avait un futur Jésus parmi eux? »

Derrière ce titre percutant, Clément Guillet nous propose avec l’appui d’une blouse blanche, le dr. Didi Roy, une synthèse d’un article scientifique audacieux « The Role of Psychotic Disorders in Religious History Considered » publié en 2012 dans  « The Journal of Neuropsychatry and Clinical Neurosciences ».

Alors que Clément se demande si on aurait eu ces religions si les neuroleptiques et les antiépileptiques avaient existé il y a deux mille ans, le dr. Didi Roy est lui convaincu que Jésus était bipolaire et qu’il lui aurait suffi de quelques séances d’électrochocs pour changer son destin.

Déconcerté par les raccourcis et les phrases chocs, je me mets à lire l’article original de la revue américaine. Continuer la lecture de « Réponse à l’article « Jésus, Abraham et Moïse étaient-ils psychotiques? » »

La folie du temps qui passe

0b78ad46-8548-4f38-8520-6ab9689ae578Dans son texte « Temps maudit, temps tolérable », Giuliana Galli Carminati nous parle du rapport des psychotiques au temps et la difficulté de se raccorder au temps présent:

« Nous subissons le temps avec sa constance expérimentale et sa flèche impitoyable. Bien que cette constatation puisse nous paraître désolante, notre pire ennemi peut devenir un allié, peut nous aider à réaliser nos projets, et même se plier à devenir un outil thérapeutique. Tout cela, évidemment, de façon temporaire. »

Continuer la lecture de « La folie du temps qui passe »

« Les logiques de la psychose », Sylvain Tousseul

k14608508« Lorsqu’on écoute le discours d’un patient psychotique ou lorsqu’on observe son comportement, on constate des bizarreries, des incohérences, des contradictions, voire « des idées délirantes, des hallucinations prononcées, un discours désorganisé, ou un comportement désorganisé ». Pourtant ces patients semblent suivre certaines logiques. Aussi étranges qu’elles puissent nous paraître, ces logiques présentent néanmoins des fils conducteurs assez typiques, dont la caractéristique commune est d’être déconnectée de la réalité. Ainsi, l’observation clinique nous place devant ce paradoxe selon lequel les discours et les comportements des patients psychotiques sont incohérents, bien qu’ils semblent suivre certaines logiques, ce qui explique d’ailleurs que des savants, notamment des mathématiciens, puissent présenter des symptômes psychotiques sans que leur facultés logiques soient altérées. »
Continuer la lecture de « « Les logiques de la psychose », Sylvain Tousseul »

Ma petite folie

« On a pris le temps, chère folie, de se connaître, de se comprendre, et jamais nous n’avons été si complices. Dans le fond, tu m’as sorti de l’impasse qu’était ma vie d’adolescent. J’ai eu besoin de toi et tu m’as pris sous ton aile. Je ne crois pas que tu sois tombée du ciel, tu as grandi en moi, dans mes silences, dans ma résistance face à un monde qui ne me plaisait pas.

Mais tu vois, chère folie, tu es une bonne thérapie mais je ne peux pas continuer à te porter comme une honte. Toi tu as toujours existé, tu en trouveras d’autres, alors que moi, j’ai une vie à vivre. Tu es un peu comme ces réseaux sociaux, je te donne mon temps sans compter sans rien attendre en retour. Je le fais pour moi mais surtout pour les autres. Ces autres qui parlent de toi comme une maladie, pour qui c’est une épée de Damoclès. J’ai voulu t’arracher un sourire, transformer ta noirceur en arc-en-ciel.

Alors oui, chère folie, tu prends trop de place dans ma vie, je te lis, je te cherche, je t’écoute même à la radio. Tu m’as fait connaître tant de belles personnes, en qui j’ai reconnu ma fragile humanité. Aujourd’hui, j’ai besoin de briser ce miroir, d’arrêter de te scruter dans le regard des autres, j’ai envie de redescendre dans la rue, oui, j’ai envie d’habiter ma vie! »

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=Ek0SgwWmF9w]

« Grandeur de la folie », Henri Grivois [livre]

   blogschizo

 

Présentation de l’éditeur

Après deux siècles de psychiatrie, un siècle de psychanalyse et cinquante ans de neurobiologie, la folie – la psychose, en termes médicaux – reste un mystère planté au cœur de l’être humain. Nous n’avons guère avancé depuis les Grecs. La psychose est universelle. Quels que soient la société, la culture ou le sexe, le premier épisode psychotique se déclare entre 15 ans et 25 ans et touche autour de 1% de la population aux quatre coins de la planète. C’est là un point fondamental. L’île, le pays lointain, le régime politique ou alimentaire qui ne connaît pas de psychotique n’a pas été découvert à ce jour et ne le sera jamais. » Je suis tout le monde, je suis vous, je suis Dieu « , dit le psychotique. À ces mots, la médecine a répondu par la saignée au XIXe siècle, et par les médicaments au XXe. Chaque…

Lire la suite. 224 mots de plus

grandeur de la folie henri grivois

Faut-il expliquer à un schizophrène qu’il est fou oui ou non?

   blogschizo

« Bon, évidemment, le titre n’est pas de moi. C’est une requête google qui a mené à mon blog. Et c’est toujours une bonne occasion pour moi d’essayer de répondre simplement à ce genre de questions.

Déjà, je vais commencer par l’évidence: la réponse est non. Parce que « salut mon pote, je te dis que tu es fou, tu dois me croire », à mon avis ça ne fonctionnera pas. Il y a peu de chance que le schizophrène en question réponde « ah oui, je suis fou, je prendrais bien une petite dose de neuroleptiques ce soir ».

Je l’ai déjà dit cent fois, mais ça ne fait jamais de tort de le répéter: les proches d’une personne schizophrène ne sont pas des soignants. Leur rôle, c’est d’être là, un ami, un parent, quelqu’un sur qui on peut compter, et peut-être même se confier. Pas d’être celui qui va guérir le délire par… »

Lire la suite. 260 mots de plus

Le corps en santé mentale

« Je suis ce visage, ces mains qui tremblent, ce cœur qui s’emballe, cet âge qu’on me donne, bref, je suis mon corps.

Ce corps qui crie, qu’il faut tranquilliser, cette chimie défaillante, cette interface hypersensible avec le monde, cette silhouette qui me complexe, qui m’encombre quand je ne sais pas où me mettre.

Alors oui, la souffrance psychique est une souffrance physique.

Oui, le temps s’est arrêté dans ma tête et ce n’est pas une image. Si je suis revenu au monde, si j’ai retrouvé mes émotions, mon élan vital, c’est en reprenant contact avec mon corps et grâce à ces visages, ces sourires, ces présences qui ont été physiquement à mes côtés. »

light-and-shadow-kumi-yamashita-5
Light and Shadow par Kumi Yamashita

Pour ceux qui souhaitent aller un peu plus loin sur cette question du corps, voici un lien très intéressant : Avoir un corps? Continuer la lecture de « Le corps en santé mentale »

La folie d’une société

« Moi, je ne me considère pas comme un malade mental mais comme une victime de la société ».

20121018J’aimerais réagir à cette phrase entendue sur les ondes de radio « sans nom » qui pour l’occasion s’est muée en radio Liberté. Cette conviction sincère que c’est la société malade qui est à l’origine de son mal-être nous rappelle la difficulté de surmonter les troubles psy et à leur trouver un sens. Je pense que se poser en victime de la société c’est cristalliser en soi ce sentiment d’injustice d’avoir vu sa vie brisée par une force inexpliquée. Mais un être sensible qui se dit victime de la société ne serait-il pas un être profondément social qui aspire à vivre parmi les autres?

« La société et ses lois ne sont rien en dehors des individus; la société n’est pas simplement un « objet » « face » aux individus isolés; elle est ce que chaque individu désigne lorsqu’il dit « nous ».

C’est seulement à partir du moment où l’individu cesse de penser ainsi pour lui tout seul, où il cesse de considérer le monde comme quelqu’un qui « de l’intérieur » d’une maison regarderait la rue, « à l’extérieur », à partir du moment où, au lieu de cela – par une révolution copernicienne de sa pensée et de sa sensibilité -, il arrive aussi à se situer lui-même et sa propre maison dans le réseau des rues, et dans la structure mouvante du tissu humain, que s’estompe lentement en lui le sentiment d’être « intérieurement » quelque chose pour soi tandis que les autres ne seraient qu’un « paysage », un « environnement », une « société » qui lui feraient face, et qu’un gouffre séparerait de lui. »