« Un névrosé est un homme qui construit un château dans le ciel.
Un psychotique est l’homme qui vit dedans.
Le psychiatre est celui qui collecte le loyer. »
Jerome Lawrence

Changer les regards sur la folie
« Un névrosé est un homme qui construit un château dans le ciel.
Un psychotique est l’homme qui vit dedans.
Le psychiatre est celui qui collecte le loyer. »
Jerome Lawrence

Et là, il m’a répondu quelque chose que tout psy a dû entendre au moins une fois dans sa vie :
« Je ne vois pas pourquoi je dois voir un psy! Je ne suis pas fou! … Si? Je suis fou? »
Comment te dire, Pierre. C’est assez embêtant de se retrouver à devoir répondre à cette question. Si je te dis non, je considère que la folie existe, et que tu es dans la norme. Si je te dis oui, je considère que la folie existe, et on casse le lien. Or, en psychiatrie, le mot «folie», presque personne ne l’utilise. Pour une raison, sûrement.
Merci à Lau pour cette traduction!
« Quand vous êtes désigné comme fou, avoir « le bon » type de diagnostic peut faire la différence entre une vie productive et une condamnation à perpétuité. » Esmé Weijun Wang
[Cet article est traduit de l’article Who gets to be the « good schizophrenic » ? , initialement paru en anglais sur BuzzFeed.]

Chaque matin, je prends une petite pastille rose ; chaque soir je prends un et demi du même médicament rose. C’est, comme me l’explique mon psychiatre, ce qui m’a permis de fonctionner ces deux dernières années sans hallucinations ni délires. Mais quasi pendant toute l’année 2013, j’ai été une épave psychotique. Continuer la lecture de « Qui sont les « bons schizophrènes » ? [traduction] »

Le mouvement de réhabilitation, a un objectif essentiel, et peut-être unique : concourir au rétablissement des personnes victimes de troubles psychiques chroniques, portant atteinte à leur « empowerment ».
Mais se rétablir, recouvrer ses capacités, son autonomie, ce n’est pas encore la vie, une vraie vie. La vie, c’est vivre avec les autres, au milieu de la société. C’est la rencontre, l’échange, un rôle social, des proches, l’amour, un travail, des enfants, s’ils arrivent. C’est aussi, si ça se trouve, un engagement associatif, une foi, des créations, des opinions politiques. Bref, une participation citoyenne.
Notre prochain congrès de Réhab explorera ce passage, ce pont, du rétablissement à la citoyenneté. Du rétablissement pour la citoyenneté. Mais nous le savons, la citoyenneté n’est pas donnée. Elle se conquiert.
Cette conquête ne sera possible que si elle est aussi portée par une prise de conscience collective, une évolution de nos représentations, de la culture partagée par l’ensemble de notre société.
La réhabilitation, c’est un ensemble d’outils, de techniques, de démarches, de parcours organisés. Une organisation, une offre de ressources, proposée par des professionnels, à l’écoute respectueuse des usagers. Mais c’est aussi, pourquoi ne le dire, autant qu’un soin, un militantisme.
Plus d’infos sur: http://www.rehabilite.fr/

« Les fous marchent pour sortir du silence » écrivait dans Libé, Eric Favereau, pour la première édition de la Mad Pride à Paris, pendant que l’Agence France-Presse titrait « Les malades mentaux défilent contre la descrimination ».

Le slogan « Fous, et alors ? » rappelle la récente campagne d’affichage « Une de ces personnes est handicapée psychique, et alors ? ». Ces slogans ont pour but d’interpeller le grand public, de rendre visible une population ignorée : celles des usagers des services en santé mentale.
Le terme usager désigne le patient qui bénéficie de soins en psychiatrie. Il hérite dans l’imaginaire collectif de la place qu’occupait le fou du temps où il était enfermé à l’asile. Le patient psychiatrique d’aujourd’hui, lui, se soigne en ville, hors les murs, et s’efforce pour être reconnu en tant que citoyen à part entière. Mais l’image du fou lui colle à la peau. Continuer la lecture de « La Mad Pride, revendiquer la folie ? »
Le Conseil Local de Santé Mentale (CLSM) est conçu comme un lieu de concertation démocratique réunissant l’élu local, la psychiatrie publique, les aidants, parfois les bailleurs sociaux, ayant pour vocation de favoriser une inscription communautaire, sociale et citoyenne des usagers psy.

Peut-on participer au CLSM de sa ville ou de son quartier? Continuer la lecture de « La participation des usagers en santé mentale aux CLSM, chimère ou réalité ? »
Partons de la conclusion qui résume assez bien la teneur de l’article :
« Il s’agit donc moins de décrédibiliser les monothéismes que de réhabiliter les patients souffrant de maladies psychiatriques. Et s’il y avait un futur Jésus parmi eux? »
Derrière ce titre percutant, Clément Guillet nous propose avec l’appui d’une blouse blanche, le dr. Didi Roy, une synthèse d’un article scientifique audacieux « The Role of Psychotic Disorders in Religious History Considered » publié en 2012 dans « The Journal of Neuropsychatry and Clinical Neurosciences ».
Alors que Clément se demande si on aurait eu ces religions si les neuroleptiques et les antiépileptiques avaient existé il y a deux mille ans, le dr. Didi Roy est lui convaincu que Jésus était bipolaire et qu’il lui aurait suffi de quelques séances d’électrochocs pour changer son destin.
Déconcerté par les raccourcis et les phrases chocs, je me mets à lire l’article original de la revue américaine. Continuer la lecture de « Réponse à l’article « Jésus, Abraham et Moïse étaient-ils psychotiques? » »
Dans son texte « Temps maudit, temps tolérable », Giuliana Galli Carminati nous parle du rapport des psychotiques au temps et la difficulté de se raccorder au temps présent:
« Nous subissons le temps avec sa constance expérimentale et sa flèche impitoyable. Bien que cette constatation puisse nous paraître désolante, notre pire ennemi peut devenir un allié, peut nous aider à réaliser nos projets, et même se plier à devenir un outil thérapeutique. Tout cela, évidemment, de façon temporaire. »
« Lorsqu’on écoute le discours d’un patient psychotique ou lorsqu’on observe son comportement, on constate des bizarreries, des incohérences, des contradictions, voire « des idées délirantes, des hallucinations prononcées, un discours désorganisé, ou un comportement désorganisé ». Pourtant ces patients semblent suivre certaines logiques. Aussi étranges qu’elles puissent nous paraître, ces logiques présentent néanmoins des fils conducteurs assez typiques, dont la caractéristique commune est d’être déconnectée de la réalité. Ainsi, l’observation clinique nous place devant ce paradoxe selon lequel les discours et les comportements des patients psychotiques sont incohérents, bien qu’ils semblent suivre certaines logiques, ce qui explique d’ailleurs que des savants, notamment des mathématiciens, puissent présenter des symptômes psychotiques sans que leur facultés logiques soient altérées. »
Continuer la lecture de « « Les logiques de la psychose », Sylvain Tousseul »