GHT, les trois lettres de la discorde

Puisque le patient doit pouvoir se soigner mais participe aussi à soigner l’institution, et puisque l’espace du soin en santé mentale est un lieu qui nous concerne tous en tant que citoyens, usagers ou psychiatres, nous partageons ici une contribution de Virginie sur le sujet des Groupements Hospitaliers de Territoire (GHT), intitulée :

Le discours des opposants aux GHT, GHB de l’esprit critique ?

La psychiatrie a besoin de regards extérieurs pour se civiliser. Tout ne peut pas être réglé en interne par nos « bons soignants » (qu’ils soient engagés ou pas dans une démarche de psychothérapie institutionnelle).L’intervention d’autorités étatiques (législateur, police, justice, contrôleur de privation des lieux de liberté, etc.), qui tranchent les questions qui leur sont soumises sur la base des lois communes de la société civile, fait reculer la maltraitance et rappelle que les institutions psychiatriques ne sont pas des zones de hors-droit, que ce soit pour les soignés (droit pénal…) ou les soignants (règles statutaires, droit du travail…).

La psychiatrie fait partie de l’espace public malgré nos particularités de patients. Elle n’est plus considérée par le public, le législateur et les autorités judiciaires comme un domaine qui doit bénéficier d’une autonomie absolue dans sa propre gestion. Tant mieux. Elle a déjà une autonomie très large (les enseignants n’arrêtent pas les programmes scolaires, les juges n’écrivent pas les lois, les parents ne choisissent pas les droits et obligations inhérents à l’exercice de l’autorité parentale, etc.).

Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas des moyens pour soigner, une hospitalisation aussi longue que nécessaire mais aussi courte que possible, une stabilité des personnels soignants (donc résorption de l’emploi précaire), etc., mais GHT ou pas la psychiatrie publique doit évoluer.

Et transférer l’hôpital psychiatrique à l’hôpital général s’inscrit dans le même mouvement que de réintégrer les patients de la psychiatrie dans la cité…

Pour compléter le texte de Virginie

Si la loi GHT est intitulée par l’administration publique loi de modernisation de la santé, ses opposants dénoncent l’avancée d’une vision gestionnaire et administrative qui nie la part de relation intersubjective dans le soin et parlent de régression. Cependant leur position n’est pas discordante avec celle de Virginie.

Ici, le docteur Mathieu Bellahsen.

Ils appellent les usagers à les rejoindre pour manifester le mardi 31 mai 2016 de 11h à 15h devant le Ministère de la Santé à Paris.

Le diagnostic psychiatrique : condamnation ou délivrance?

Poser un diagnostic scientifique à partir de l’observation de symptômes est souvent la première étape du soin. La psychiatrie s’évertue à classifier les différentes maladies de l’esprit pour pouvoir les soigner. Cette science offre une réponse rationnelle à ces états de conscience altérés qui peuvent paraître irrationnels. Elle donne ainsi une clé de compréhension à celui qui est diagnostiqué et qui n’a pas compris ce qui lui arrivait. Comprendre est un besoin vital aussi bien pour notre intelligence que pour pouvoir se relever.

« Comprendre le monde pour un homme, c’est le réduire à l’humain, le marquer de son sceau.[…]
Pour un homme sans œillères, il n’est pas de plus beau spectacle que celui de l’intelligence aux prises avec une réalité qui le dépasse. »
Albert Camus dans le Mythe de Sisyphe.

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Dès lors, la question qui se pose est celle qui suit la crise et qui se manifeste par un temps d’épreuve dans lequel la personne doit retrouver le chemin de la vie et ne pas sombrer dans la maladie.

Qu’on accepte ou non la maladie, l’important c’est de ne pas rester paralysé par un simple diagnostic.

Le diagnostic peut être vécu comme une condamnation, «vous êtes malade à vie » ou alors comme une délivrance car on sait que c’est une maladie et qu’on peut apprendre des stratégies pour y faire face. Qu’on accepte ou non la maladie, l’important c’est de se relever, de se remettre en mouvement et ne pas rester paralysé par un simple diagnostic. Le diagnostic ne fait pas l’identité d’une personne. Recevoir un diagnostic, c’est aussi recevoir une étiquette, qui socialement sera perçue comme un handicap voire une tare, mais qui reste une représentation de l’esprit que l’on peut subvertir. Déstigmatiser c’est transformer les représentations sociales, c’est un destin personnel qui s’écrit avec d’autres.

« Personne ne naît avec un destin préétabli. Chacun écrit son histoire dans des circonstances non-choisies. A moins qu’on ne renonce à écrire notre histoire, dans ce cas, quelqu’un d’autre l’écrira à notre place. Le mythe de la « condamnation » nous paralyse, nous rend spectateurs de notre propre spectre. Quand il n’y a pas de condamnation (et il n’y en a jamais), alors apparaît l’espace du débat, des options, de l’histoire faite par des êtres humains et donc de la politique. »
Alejandro Grimson (traduction personnelle)

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#73mars Compte-rendu de la commission Psy de Nuit Debout

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Commission : Psy, Soins et Accueil
Jeudi 12 Mai 2016, Place de la République, à Paris

Prochain rendez-vous le samedi 21 mai 2016 #82mars :
15h30 réunion de fonctionnement / 18h Assemblée Générale

L’assemblée générale s’ouvre avec un rappel de l’histoire et de la contextualisation de la commission psy, soins, accueil créée il y a un mois et demi contre la loi Touraine qui est dans une logique similaire à la loi El Khomri : destruction du travail, des espaces de soins notamment avec les GHT.

Il est rappelé que la commission tient désormais des permanences tous les jours sur la place sauf exception : météo non favorable et manque de permanenciers. Chacun peut venir s’engager à sa manière et participer à tenir les permanences en binôme. Ces permanences sont des espaces de parole : témoignages de soignant-e-s, de soigné-e-s et de familles : durant la semaine nombreux sont ceux qui viennent nous exposer leur désir de résistance pour une psychiatrie avec une dimension d’accueil.

Afin de poursuivre nos réflexions, nous avons résumé les sujets abordés lors de l’assemblée précédente (3 Mai 2016)

Puis les témoignages se succèdent avec la singularité d’expression de chacun.

Cette assemblée générale a lieu un jour de manifestation contre l’utilisation de l’article 49-3 et du passage de la Loi El Khomri dite Loi travail. Pendant que nous nous réunissons Place de la République, la grande partie de Nuit Debout est en train de faire un sitting devant l’Assemblée Nationale.

C’est donc dans ce contexte que le thème de la psychiatrie et de la justice ouvre le débat.

Un témoignage d’une fonctionnaire insiste sur l’instrumentalisation de la psychiatrie et nous invite à réfléchir sur la manière dont cette spécialité médicale est utilisée par la justice et la police. Le DSM, en lien avec les laboratoires pharmaceutiques, vient soutenir cette démarche de judiciarisation de la psychiatrie.

Du fait de l’instrumentalisation du métier de psychiatre, il est proposé de reprendre le pouvoir et d’accéder aux prises de décisions.

Les agents de police sont eux même exposés à beaucoup de pressions et de souffrance au travail. Il y a un virage où les droits des salariés sont de moins en moins respectés notamment le droit de la dignité au travail. Le travail fait souffrir.

Dans la Loi El Khomri, le rôle du médecin du travail est tout à fait modifié. Alors que celui-ci doit faire le lien entre les conditions de travail et les pathologies des salariés, dans cette loi il n’intervient plus que pour l’embauche… Ce qui est un retour en arrière sans précédent.

Commission psy, soins, accueil et point écoute

Les violences policières pendant les manifestations sont extrêmement fortes. De nombreux manifestantst son en état de choc physique et psychologique avec une symptomatologie similaire au traumatisme. C’est dans ce cadre que l’infirmerie et street médic’ font une demande de créer un point écoute sur la place.

De cette demande ressort une décision de ne pas instituer un point écoute à partir de la commission psy, soins, accueil mais que celle-ci fasse passer le message d’un besoin de personnes à l’infirmerie.

L’interdiction du packing et la contention

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La nouvelle Nef des fous

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Dans son grand poème « La Nef des fous », Brant, le vieil écrivain du Moyen-âge allemand, nommait fous tous ceux qui ne pensaient qu’à leur vie terrestre et n’avaient souci du salut céleste.

Aujourd’hui, je dis fous ceux qui pensent trouver seuls leur salut sur la Terre sans souci du salut commun de tous les peuples de la Terre.

Comme si nous ne voguions pas tous à bord du même vaisseau
Comme si la Terre entière n’était pas pour nous tous un seul radeau
Comme si nous n’étions pas tous embarqués sur le même bateau perdu en haute mer
…
Oui, nous vivons tous sur un immense et unique bateau un vaisseau baptisé Terre, pour quelques-uns un paquebot de croisière, pour d’autres une galère, un bateau négrier, un rafiot rafistolé, où les deux-tiers de l’humanité s’entassent à fond de cale et qui risque de chavirer.
A moins peut-être qu’éclate à bord une mutinerie…

Francis Combes, 26 juin 2015

En ligne sur franciscombes.unblog.fr/
Paru dans Cerises n° 260

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#64mars Compte-rendu de la commission Psy de Nuit Debout

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Commission « Psy, soins et accueil »
mardi 3 mai 2016, Place de la République, à Paris

Prochain rendez-vous le jeudi 12 mai 2016 à 20h #73mars

Cette troisième commission a réuni un public nombreux et attentif. Combien ? Beaucoup selon les organisateurs, un certain nombre dirait la police…

Pendant près de deux heures, une trentaine de personnes ont pris la parole. Quelque soit leur place (soignant/soigné), tous et toutes avaient un intérêt certain pour le soin psychique. Pour ce que j’ai pu en savoir, ont pris la parole : des psychiatre, pédopsychiatre, infirmier, psychologue, éducateur spécialisé, animateur de GEM, médecin généraliste, patient actuel ou passé, famille de patient. (Mes excuses à ceux que j’aurais oublié dans cette énumération.)

La commission née il y a environ un mois visait à défendre une certaine idée de la psychiatrie mise en danger par la récente loi santé dite « de modernisation » et par la volonté ministérielle de mettre en place des GHT (Groupement hospitalier de territoire).

Si la défense contre cette mise en place est restée une préoccupation de la commission réunie ce 3 mai, la question plus large du maintien de l’abord humaniste et relationnel du soin psychique s’est vivement exprimée. Continuer la lecture de « #64mars Compte-rendu de la commission Psy de Nuit Debout »

Comprendre la souffrance du déraciné

Un remarquable article d’Anne-Laure sur Retour en France explique avec beaucoup de justesse que la souffrance de l’enfant déraciné est liée à la rupture du sentiment d’appartenance qui sécurise sa place “dans le monde”.

Quand on voit l’accueil réservé aux migrants et le repli de bon nombre de citoyens européens sur leurs frontières nationales, on ne peut que s’inquiéter du devenir de ces enfants venus d’ailleurs, enfants d’un monde incertain, incertains d’y trouver leur place.

En lien avec ce thème de la migration, Daniel Friedmann a réalisé cet excellent documentaire qui montre comment on peut recréer le lien rompu par une approche thérapeutique transculturelle :

Mieux vaut tard que jamais plonge dans une thérapie transculturelle ethnopsychanalytique menée à l’Hôpital Avicenne (Bobigny-93 ) qui conjugue la psychanalyse et l’anthropologie, les dysfonctionnements psychiques et la dimension culturelle de l’altérité. Elle se déroule durant deux ans, de 2008 à 2010 et a été filmée de la première à la dernière séance. Les patients sont une famille hutu-tutsi réfugiée en France et confrontée à des réticences qui font écho au génocide du Rwanda.

Le handicap psychique, reconnu mais de cause inconnue

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« Pour se représenter une situation inconnue l’imagination emprunte des éléments connus et à cause de cela ne se la représente pas. Mais la sensibilité, même la plus physique, reçoit comme le sillon de la foudre, la signature originale et longtemps indélébile de l’événement nouveau. »

Albertine disparue
Marcel Proust

Dans sa présentation du handicap psychique, l’Unafam précise que : « le handicap psychique, secondaire à la maladie psychique, reste de cause inconnue à ce jour », contrairement au handicap mental dont la cause est identifiable et organique. En clair, on ne peut identifier les causes d’un trouble psychique sur un scanner du cerveau, car comme on le sait, des facteurs bio-psycho-sociaux entrent en jeu.

Peut-on vraiment dire qu’on ne connaît pas la (psy)cause? 
Et si au lieu de se pencher sur les scanners, on interrogeait les personnes concernées, l’interprétation de leur parcours, leurs mécanismes de défense et de survie?

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La folie policée : on a tous un flic en nous

Nous consentons aux règles de la vie en société aussi naturellement que nous acceptons le rôle de la police, qui est de garantir l’ordre public. Remettre en cause la police c’est s’attaquer à l’autorité, au pouvoir de l’Etat et à l’ordre social.

La folie, elle, vient déborder cette norme et perturber nos vies bien rangées. Ainsi, avoir un grain de folie, c’est sortir du cadre et des comportements policés.

Le cadre de la psychiatrie, lui, contient la folie, il s’agit de tranquilliser le patient psychotique, souvent en grande souffrance, par un traitement chimique. Ce traitement de choc, c’est un peu comme les gaz lacrymogènes des forces de l’ordre, sauf qu’en psychiatrie le patient est « consentant ». Le patient sait qu’il ne peut arrêter le traitement sous peine de rechute. La peine est là, c’est comme la prison.

Le cadre établit et reconnaît qu’on a une maladie mentale et que les difficultés associées sont de l’ordre d’un handicap psychique qui se définit par le fait que les capacités intellectuelles sont intactes mais que leur usage est déficient du fait de troubles émotionnels par exemple.

A l’intérieur de cette cage, il y a évidemment de la place pour une vie épanouie, pour un accompagnement thérapeutique de qualité à visage humain. Quelques uns des oiseaux psychotiques arrivent même à sortir de la cage mais les barreaux de la cage restent ancrés dans les têtes comme si on avait un flic en nous, comme si la vie était policée par la prise quotidienne de médicaments. Il en devient normal de les prendre et voilà comment le fou et sa folie rentrent dans l’ordre policé de notre société, en s’accommodant de sa propre aliénation.

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Démocratiser la folie : pour une pédagogie de la folie.

Ce blog, né de mon expérience au sein de l’Atelier Sensibilisation de l’association Clubhouse France, se veut un support collectif pour sensibiliser le plus grand nombre à la question des troubles psychiques, et de ce qu’elle nous évoque naturellement, à savoir : la folie.

A l’heure où nombre de psys défendent les intérêts d’un accueil et d’un soin à visage humain, comment expliquer le désintérêt de leurs patients à leur noble cause?

J’entends qu’une personne en grande difficulté a pour seul intérêt de réussir sa survie. J’entends qu’il vaut mieux vivre les choses plutôt que de perdre sa vie à la comprendre.

Mais peut-on se satisfaire de l’idée que l’esprit éclaté du fou ne peut saisir cette culture qui sous-tend le traitement thérapeutique de sa folie?

« Le fou témoigne de fonctions et de problèmes qui témoignent de l’humanisation possible d’un chacun – bref, de l’Homme en devenir, quel qu’il soit. Ce qui ne justifie pas de lever un monument à son sujet là où nous devrions nous poster les jours de travail, plutôt que les jours de fête. » François Tosquelles (1977, La Chasse aux mots)

Ce blog interroge le rôle social du patient-usager-citoyen, en voie de rétablissement ou rétabli, pair-aidant, psychiatrisé ou survivant de la psychiatrie, analysé, soigné, aidé, accompagné, soutenu mais jamais guéri.

Ce blog répond à un besoin de comprendre, d’apprivoiser l’expérience de la folie, dans la psychose comme dans le langage, mais pas simplement pour devenir expert de son vécu ou érudit.

Face à la complexité de ce qui se passe dans nos têtes, on ne peut pas s’abandonner uniquement à la psychiatrie, aux neurosciences, ou à la psychothérapie institutionnelle. L’éducation thérapeutique du patient (ETP) permet sans doute de se refaire une santé et de se renforcer mais comment s’en contenter.

La pédagogie de la folie, la folie pour tous, serait la possibilité d’éduquer et s’éduquer quand on n’a pas les ressources, les armes intellectuelles ou la pratique du thérapeute.

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Mix et Remix

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Déconstruire la posture professionnelle en santé mentale

Dix professionnels du médico-social et vingt usagers de la psychiatrie se retrouvent sur les mêmes bancs d’étudiants pour se former au rétablissement. Inauguré en 2015, ce diplôme d’études supérieures inter universitaires aux pratiques orientées autour du rétablissement (DESIU) vise à développer cette approche en France.

La suite de l’article ci-dessous (cliquer pour agrandir l’image):

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