Résistance érubescente [Nébuleuse]

Je peins, vis, meurs et respire en Rouge et de pleins d’Autres Couleurs également.

C’est comme si je défiais le ciel à coup de poignard d’amour écarlate, rubis, ponceau et acajou. 

Pourtant, le Rouge du monde est banal.

Des fast food aux voitures, des révoltés conformistes au coca-cola, du père Noël aux roses de la saint Valentin, des supermarchés aux visages rouges de colères.

Mais le mien et le nôtre est un volcan qui éjacule des formes et vomit des comètes embrasées et incontrôlables dans leur ardeurs fulgurantes.  

Il détruit à jamais le vide et réussit à retourner dans le ventre de sa mère pour apprendre à renaître.

Il crie, hurle.

Il est fou et tellement lucide.

Il est tendre, beau, laid et martyr puis danse avec le bleu pour former le mystique des mystères et le cantique des cantiques .

Il est pudeur tendre, fragile et sauvage, dévouement divin, transgression chaste et passionnée de l’interdit qui devient liberté. 

Il est masturbation féminine et sang des Femmes et des artistes martyr du monde.

Il est la Vulve crucifiée aussi sacrée que le Christ.

Il est l’enracinement libérée dans la terre-mère, la force de tous les jours qui empêchent le combat courageux de se supprimer.

Il est la fureur déchaînée et salvatrice des Artistes Peintres, le yin et le yang déchaînés qui s’affrontent dans un seul corps. 

Il est la lave d’un volcan trop calme qui explose de vie et de mort.

Il est l’ennui mortuaire qui se transforme en réflexion tourmentée et extatique. 

Il est le coquelicot qui se brise si vite mais se reconstitue aussi tout pour donner une touche sanglante, vivante et passionnée au paysage Vert si beau mais un peu trop calme.

Allié de la Couleur Orange mirobolante, enflammés, totalement libre, immortelle et crépusculaire qui ose tout de même le combattre, ils forment ensemble la flamme de la liberté qui poussent dans un carnet ou quelques rimes de poésie hurlent et dansent en défiant merveilleusement le souffle de l’éternité.

Nébuleuse

https://www.tumbral.com/blog/nebuleuse-mirobolante

Entretien avec Gringe : « Ensemble, on aboie en silence »

Entretien exclusif de Comme des fous avec Gringe à l’occasion de la sortie du livre: Ensemble on aboie en silence, un récit à deux voix, à quatre mains, à deux paires d’yeux entre Gringe et Thibault, son frère cadet souffrant d’un trouble psychique.

« Un récit sans complaisance, une déclaration d’amour fraternel ».

Delphine de Vigan

Sensibilité, sincérité, authenticité s’empare du sujet.

Touché, coulé…

Fil rouge de l’amour fraternel d’une grande justesse.

C’est un authentique coup de tête narratif, une création littéraire saisissante sans complaisance, sans fard, sans artifice.

Tantôt frérot tragique, tantôt frérot magique : Thibault le beau !

Allez, venez les amis, on va aboyer en silence encore et encore en lisant ce texte incandescent.

Gringe se révèle une plume ravageuse, comme son histoire avec Thibault.

Thibault est un enfant de la Lune, Guillaume (Gringe) est un enfant de la Lune, des garçons de la Lune.

Et non les gars, vous n’êtes pas des enfants oubliés…

Ça claque grave, comme une fulmination.

La meute silencieuse des invisibles a rendez-vous avec la Lune.

Ceux qui savent, savent et les autres sauront désormais.

Gringe est un sniper qui nous tire les portraits d’un frère fou, d’un frère raté : deux frères adorés que vous n’avez pas fini d’aimer.

Alexandra Ecalard-Wager

ENSEMBLE ON ABOIE EN SILENCE

GRINGE

Parution le 9 septembre 2020, aux éditions Harper Collins Traversée.

« Révolte » de Nébuleuse Mirobolante

Regardez votre corps de l’intérieur. 

Priez-le, exterminer le diable de la société teigneuse et les regards allumeurs des néons blafards. 

Regardez votre corps de l’intérieur…

Je suis une femme qu’on traite sans vergogne de folle et comme dirait ma chère Brigitte Fontaine  » je suis inadaptée » .

Mes tétons ne sont pas cachés sous un tissu inepte nommé soutien-gorge.

Mon corps est une histoire pleine de déboires et de gloires.

Je peux enfin l’affirmer aujourd’hui. 

Je suis une sorcière, une voyoue, une dingue, une excentrique sortie des enfers et pourtant croyante dont le cœur est doté d’une innocente rage.

Je suis une sorcière qui aimerait être salope mais pour être salope il faut exploser la gueule du viol qui a souillé votre peau de femme considérée comme petite chienne assaillie.

Dans cette guerre génocidaire contre nous, celle que l’on tait quotidiennement et transforme en banalité anodine voire romantique, nous ne sommes pas des petites capricieuses, bien au contraire.

Nous souffrons du mal que la société nous fait, tout en cherchant à sortir de l’air de l’apitoiement stérile d’un chevalier faussement puissant, courtois et surtout ridicule sur nos êtres et conditions.

Nous exigeons le droit à la dignité de nos peaux, corps, esprits et identités. 

Pour exploser la gueule de ce mal-être, il faut exorciser le regard des hommes.

Il faut faire jaillir la poilue des jambes et des bras, la putain, la prude, le garçon, la punk, la marginale ou juste la femme affranchie sans tomber dans le cliché d’une accro à la drogue, détruite par les médicaments et le Sex&Rock&Roll.

Votre injonction totale et sans demi-mesure d’indépendance pour bourgeoise dictant un faux féminisme ne marchera point pour une femme handicapée en fauteuil roulant, subissant des remarques acides et putrides sur son poids et sa condition, ni pour une bipolaire tout de même guerrière subissant des accès maniaques et dépressifs. 

La connasse libre, Femme et mirobolante peut dépendre financièrement de sa famille, d’un homme ou d’une femme.

Il faut juste oser cracher dans les idées, si ces imbéciles l’insultent, la rejettent et la démolissent pour quelques poils sous les bras ou une orientation non hétérosexuelle. 

Elle peut-être croyante et uriner des bateaux sur le dos des évêques poltrons, puritains et fachistes car Dieu est une pute divine et immaculée qui a vendu une partie de son être pour créer la Terre et la Femme.

Il n’y a pas de règlements féministes.

Le seul règlement principal est cette recherche de liberté totale d’âme qui est un chemin semé d’embûches quasi impossible mais réalisable avec beaucoup de rudesse et de cœur façonné par soi-même.

Il faut tenter de s’aimer enfin soi-même, d’aimer nos folies et nos nudités. 

La naissance est dans la chatte et sans nous, qu’on appelle hystériques ou putes, ces même gueux ne seraient pas nés et seraient encore entrain de jouer au domino dans les fesses du néant.

Et d’ailleurs ?

Pourquoi les faire naître, ces hommes?

Si c’est pour qu’un jour petit monsieur me demande de m’habiller décemment devant ses copains aux voix d’autruches mutantes et demeurées alors que je me serais tapé des mois et des mois de souffrance pour enfanter cet ingrat sexiste et influençable ?

Je veux chanter et danser seins nus dans les fontaines un jour sans qu’un père de famille moraliste et lui-même bien plus hystérique que nous, ne vienne se trimbaler avec sa pudeur étriquée.

Je veux me sentir un jour sainte presque pudibonde et un jour salope libérée avec une panoplie de nuances et de dérives cosmiques dont le garçon qui est mon âme.

Mon corps est à moi et pas au dernier clampin qui fait tournoyer sa nouille en espérant cuisiner un wok. 

Je l’explore et le fait mouiller.

Je regarde le sang s’écouler hors de ma chatte galactique sans honte et sans-gêne. 

Un jour lorsque je serai bien mieux dans ma peau et certaine, j’irais même jusqu’à faire du burlesque avec la culotte ensanglantée, sans cache-téton, juste mon corps libre dans le vent de l’affranchissement.

Je veux m’exciter moi-même, devant mon gras pendant et sexy.

Et si un régime miracle s’offrirait à moi un jour dans une publicité, je mangerais la télévision dans de la sauce tomate et une pizza aux débris de d’abrutis.

Vous voyez comme un con de femme peut la rendre intelligente et comme un concombre d’homme peut le rendre néant et béant ?

J’aime manger et parler la bouche pleine, être une bête primitive désorganisée, une clown féminiazi dont le seul crime est de s’habiller de teintes bariolées et de vouloir rétrécir les phallus qui envahissent, tels des mutants de sciences fictions, les cerveaux des hommes .

Nous sommes beaucoup à être des salopes détraquées, un peu/beaucoup  basanées, trop prudes et/ou trop spéciales. 

Les hôpitaux psychiatriques débordent de fous et de folles que sont ces psychiatres sur-médicamentant via les lobbys pharmaceutiques en diabolisant de façon arbitraire le cannabis ou même les plantes médicinales légales qui pourraient peut-être pour certaines pallier au Xanax voire même au Valium .

Renseignez-vous bien et vous verrez que la loi abolissant le métier d’herboriste en tant que profession officiellement reconnue fut instaurée sous le régime de Vichy.

Notre France serait-elle si progressiste, humaniste et ouverte d’esprit?

Non, je ne le croirai jamais.

On les shoote, les taillade à la seringue, à la piqûre forcée.

Ceux et celles qu’on nomme folles et les fous ne peuvent plus s’asseoir et si l’on se plaint, la violence institutionnelle devient effervescente.

Les blagues sur la chambre d’isolement et les camisoles chimiques ou contentions fleurissent sur le net et dans les discussion entre amitiés.

Nous sommes des bêtes marquées au bétail pendant que la fausse pseudo  bien-pensance des normopathes blaireaux se rit de nous sans risque.

Abolissons alors les insultes discriminantes à notre égard et réapproprions-nous ces langages. 

Tentons de transformer ces lois grotesques en espérant obtenir dans ce chaos consumériste, dominant, discriminant et répressif, une petite ou grande lumière colorée d’espoir.

Osons danser dans la rue, nous, Femmes, bonne sœurs lesbiennes, putes, drag-queen obèses, clochards transgenres, bipolaires excentriques, chanteuses d’opéra noire et de cité, néo-hippies, prêtres travestis, clowns dépressives .

Osons-nous affranchir de carcan patriarcal, normatif et oppressif.

Osons être dissidentes, puantes, étranges, estropiées. 

Osons le « nous-même ».

Connectons-nous aux esprits des plantes, des couleurs et des vulves.

Je suis Rouge sang.

Je ne suis ni communiste, ni anarchiste, psychopathe ou marchande de fraise.

Je suis Rouge Femme.

J’ai arrêté beaucoup d’étiquettes pour mettre un soleil dans mon âme.

Si il faut forcément boire de la bière et faire des pogos avec des tatouages destroy tout en étant athée pour être punk, j’emmerde les punk et si mes histoires sont trop galactiques et bizarres pour les néo-hippies, j’emmerde les hippies bobos.

J’avoue que j’aime l’étiquette du féminsime car elle pue merveilleusement et que je suis une féministe bizarre, regardée comme une ovni par certaines.

Pas besoin de manifester pour être forcément légitime.

Tout le monde n’est pas valide.

Je le répète.

Ces personnes ne sont pas valides mais intelligentes et leur réflexions comptent avec ce désir toujours aussi ardent de dépasser cette infantilisation de nos corps et de nos êtres.

Les Couleurs Orange et Rouge furent pour moi le fruit d’une profonde et grande libération personnelle qui est le tout petit début à peine entamé du grand chemin d’envol qui me mènera à la lumière du Jaune et du Multicolore.

Ma Racine reste Couleur Sang de Martyr de l’Art, de la Salope Libre, de la Prude et de la Merveilleuse détraquée Orangée-Rouge que je suis.

Carmin, citrouille, vermillon ou framboise-écarlate…

Peu importe.

Je suis une Couleur Chaude et une Femme chaude qui n’existe pas pour t’allumer mais pour embraser la flamme de la liberté infâme et inadaptée. 

Nébuleuse,
nebuleusemirobolante@gmail.com

« On a dit de moi que j’étais un schizophrène », bande-dessinée de Jules

En France, les personnes qui reçoivent certains diagnostics sont stigmatisées socialement et peuvent être contraintes par la justice à être hospitalisées, possiblement attachées sur un lit, mises en isolement, et à recevoir des injections forcées de médicaments. Elles peuvent aussi perdre le droit de gérer leurs affaires elles-mêmes, ainsi que d’autres droits de l’homme. C’est horrible et tant que cela sera pratiqué, je demanderai que cela soit aboli et j’invite chacun à faire de même.

Je dessine et je publie mes dessins habituellement sur le blog du Collectif depsychiatriser là: https://depsychiatriser.blogspot.com/

Le pseudonyme que j’utilise est Jules.

« Éclatement de la famille et désagrégation de la personnalité », Musky Munshine

Quand les visages évidents ayant peuplé mon enfance se détournent et s’en vont faire leur vie, la fissure devient béante. L’unification de la personne est impossible, plus aucun « autre » stabilisant à portée de regard.

Le passé est inaccessible car les yeux aimés se sont clos, je suis aveugle, la main du prochain n’est plus là pour m’offrir l’aide, de mes expériences et de mes acquis.

L’enfer c’est l’incapacité de la relation, à quoi bon apprendre si c’est pour s’entraîner éternellement à jouer à la balle contre le mur qui me sépare du dehors.

La relation numérique ne remplace pas l’échange réel, sans l’autre  » vrai  » la conscience s’effrite. Si vous avez un vrai  » autre  » conservez-le il est précieux car c’est par lui que vous accédez au réel.

Les deux  » autres  » sont nécessaires : le premier c’est l’autre du passé dont le souvenir structure le psychisme, le second c’est l’autre du présent qui permet la relation et entretient l’élan vital.

Les membres de la famille offrent en sacrifice le  » fou  » sur l’autel de leur tranquillité, les fantômes filiaux et les secrets cachés dans la cave des non-dits rongent l’esprit du malheureux dément. Le sorcier suggère de conjurer le mal par l’absorption de pilules, elles feront taire le pestiféré, qui, allongé sur l’autel, conteste son sort. Une fois calmé et bavant on offre au pauvre diable un pinceau afin qu’il peigne sa douleur sur les murs de sa caverne.

Il est loin le temps de la jeunesse quand prôner la folie en tant que distinction était un honneur, la marque de la différence.

Fierté de l’oiseau libre volant au dessus du troupeau, mais hélas le temps use et la masse est trop forte, ils sont trop nombreux à bêler et à médire.

Discours décousu et incohérent, délire d’un cerveau malade, la folie est amoureuse, ses bras enlacent l’élu de son cœur et le sépare du réel en lui soufflant à l’oreille :  » Tu as une mission « .

Étrange missionnaire que ce prophète muet qui fait rire la foule, il reçoit ses révélations au fond de son lit et lorsqu’il peut en sortir s’en va annoncer aux braves gens que la vérité ne se trouve pas dans les supermarchés.

Etre un mouton, mon rêve, je voudrais bêler et consommer pour être comme les autres, avoir l’illusion du bonheur et dire adieu à madame la folie.

Musky Munshine

Fabien nous présente « Le Danseur de corde » et « Le journal d’un Mystique »

Le Danseur de corde

Dans cet ouvrage positif et dense, écrit sous la forme d’un journal par saisons, de 2010 à 2014, Fabien Le Bihan expose sa vie et la société, à travers sa maladie, le syndrome Schizo-Affectif, de la famille des schizophrénies et très proche de la bipolarité de type 1.

Chronologiquement avec l’émotion de l’instant, il décrit la maladie, les crises, les hospitalisations, les médicaments, puis la stabilisation et enfin un mieux-être. Mais ce livre ne se résume pas à son handicap, mais à sa vie en général.

Ainsi l’auteur décrit également quelques expériences métaphysiques, notamment son accès à l’éveil de la conscience. Et avec plus de recul il propose aussi des conseils, des réflexions philosophiques et spirituelles, pour un mieux-vivre au quotidien avec ou sans un handicap psychique.

Il conceptualise et décrit sa philosophie de vie de bouddhiste zen, et formalise une thérapie qu’il décrit et nomme « La thérapie positive du patient ».

Fabien Le Bihan apporte aussi un point de vue critique sur la place de ce handicap dans la société française et l’organisation du système de soins. Il s’appuie dans sa démonstration sur des synthèses de documents médicaux, des statistiques, des lois, des sondages, des articles de presse et des interviews de patients pour appuyer son raisonnement.

Cette méthode de rédaction, assez directe et journalistique, rend d’autant plus vivant, sérieux et presque complet ce projet littéraire autobiographique, rédigé sur cinq années.

Construit en trois chapitres, ce livre est illustré d’un extrait de quelques unes de ses œuvres originales à l’encre de chine et/ou aquarelle. L’Art-thérapie est une composante essentielle de sa thérapie positive, parmi d’autres.

Le Danseur de corde, 478 pages, est édité par LULU et disponible en librairie.

Le journal d’un Mystique

« Le journal d’un Mystique » est la suite de son précédent livre autobiographique toujours aussi mystique, « Le Danseur de Corde ».

Différents événements métaphysiques et surnaturels qui se sont manifestés à lui, progressivement, dans sa vie pourraient s’apparenter, à la lecture de ce nouvel ouvrage, à de petits miracles, à une Grâce. Par l’épreuve il a rencontré, dans son cheminement, la spiritualité puis la foi, et reste toujours éclairé d’une philosophie de vie bouddhiste, la voie du milieu. Il se considère chrétien, sans obéir aux dogmes de la religion. Aidé au départ par un médium, il fait ses premiers pas dans l’invisible désormais ouvert à lui.

Sa propre Vie était la clef d’accès à ce monde parallèle. Libéré de ses torpeurs avec des prières parfois exaucées, aujourd’hui il ne doute plus d’une Vie après la vie, l’au-delà lui a enfin été révélé.

Après son expérience d’éveil de la conscience, ou « pleine conscience », en 2012 progressivement ses Anges gardiens sont entrés en communication lors de méditations et de recueillements ; des mots, des phrases, des images, un rayon de lumière bleue sortant de son crucifix et des impressions, des images, voire des pressentiments.

Ses Anges le guident désormais, sans l’aide du médium, sur un chemin de vie plus apaisé et ouvert sur de nouveaux horizons emplis de Lumière. Mais se pourrait-il qu’il ne s’agisse tout simplement que de dialogues avec son inconscient, la manifestation d’un imaginaire et de pressentiments ?

Dans ce livre, Fabien Le Bihan explique les faits tels qu’ils se manifestent à lui et en toute sincérité et objectivité. Il laisse le lecteur faire son choix : hallucinations auditives et visuelles ou manifestations de ses Anges Gardiens et de l’au-delà ? Psychose ou faculté de médiumnité, voire les deux à la fois ? A la lecture de cet ouvrage, qui vous fera le plus grand bien, vous ne douterez plus de la réponse.

Le journal d’un Mystique (Le danseur de corde tome 2), 426 pages, est édité par Lulu et disponible en librairie

A propos de l’auteur :

fabien le bihan Fabien Le Bihan est né en 1969 à Lorient, une ville du sud de la Bretagne en France. Après des études supérieures dans sa ville natale, il intègre à l’âge de 21 ans une institution bancaire. Il exercera avec succès son premier métier de commercial dans une agence rurale. A 24 ans, à la faveur d’une promotion, il intègre le siège social de la banque, dans le département des back-offices de la salle des marchés, et réside à Brest, à la pointe de la Bretagne. C’est à ce moment là qu’apparait ses toutes premières bouffées délirantes et ses premières hospitalisations en institutions privés, puis publiques.

Plusieurs hospitalisations en psychiatrie avant de poser un diagnostic, le syndrome schizo-affectif et le bon traitement avec un antipsychotique efficace. Par la suite il sera muté dans différents services de la banque, en étant reconnu travailleur handicapé, jusqu’en 2010, date de la fin de son activité professionnelle (41 ans).

Parallèlement à son activité professionnelle il exercera bénévolement plusieurs activités, Président d’une association et Rédacteur en chef d’un fanzine pendant cinq ans, journaliste dans une revue locale… D’autres activités lui créeront, à cause de son handicap, des déboires financiers.

Depuis 2010, il réside à Le Relecq-Kerhuon (10 mn de Brest), une petite ville résidentielle (11 000 habitants) près de la mer. Après quelques temps d’adaptation (Arrêt de son activité professionnelle et changement d’environnement), il prend peu à peu ses marques et débute une nouvelle vie, sans stress, plus à la mesure de son handicap psychique. Il aménage à sa façon son jardin, continue de peindre (une activité découverte à l’hôpital) et se met à écrire un journal par saisons qu’il publiera sous la forme de deux tomes : Le danseur de corde (Lulu 2014) et Le journal d’un Mystique (Lulu 2019).

www.fabienlebihan.fr

« Paraître normale » [Cécile]

« Bonjour, je vous contacte pour apporter un témoignage ainsi que quelques réflexions sur un sujet qui me tient à cœur.

En effet, au quotidien je me dois de concilier une vie universitaire avec d’autres manifestations plus étranges. Si je peux utiliser une image pour visualiser mon parcours, je dirais que ce serait comme marcher sur un fil sans sécurités à 2000 m de hauteur, les mains attachées en devant danser la polka… ce n’est pas impossible, mais c’est risqué.

Paraître normale, et surtout ne pas trahir de souffrance, je m’y emploie depuis que j’ai récupéré de ma première décompensation (et même un peu avant).

Mon cursus universitaire est tout ce qu’il y a de plus classique, à une seule chose près, je souffre de troubles psychotiques depuis l’âge de 17 ans, qui se sont manifestés par trois crises majeurs et des moments de vulnérabilité plus intenses beaucoup plus fréquents. 

Je tiens à témoigner, non pas pour dire que faire des études et avoir un travail c’est totalement possible et facile pour toutes les personnes qui souffrent de schizophrénie parce que je suis bien placée pour savoir à quel point c’est casse-gueule et que la stigmatisation est encore extrêmement présente.

Non, juste mentionner que peut-être il ne faut pas faire une croix sur tous projets de vie quand on a ce diagnostic, qu’au contraire il va falloir se battre beaucoup plus que les autres pour obtenir environ la même chose, mais qu’avec beaucoup de soutien de l’entourage, et aussi beaucoup de courage c’est possible. 

Mon directeur de thèse m’a un jour demandé quelles étaient mes motivations pour faire une thèse de doctorat. J’ai baratiné quelque chose, mais j’avais envie de répondre honnêtement : il y a clairement une volonté de paraître normale, ça je ne peux pas le nier, et surtout une fois diplômée j’aurai aussi un grade de Docteur, comme les psychiatres (une motivation en béton à n’en pas douter).

Voilà, j’espère que mon témoignage pourra être un jour utile ;

Bien cordialement,

Cécile »

« They Call Them Camisoles » de Wilma Wilson, une analyse de Nausica Zaballos

« On les appelle Camisoles » : la carrière, outre-tombe, de Wilma Carnes Wilson, starlette alcoolique internée, auteure féministe divorcée et rousse incandescente assassinée.  

Le Camarillo Hospital, hôpital psychiatrique californien, ouvrit ses portes en 1933. Jusqu’à sa fermeture, en 1996, il suscita un vif intérêt tant de la part de l’opinion publique que des législateurs ou de la communauté médicale. Reconnu comme un lieu pilote pour l’innovation thérapeutique grâce à notamment ses partenariats avec l’université de Californie à Los Angeles (UCLA), il fut également l’objet de controverses suite à des dénonciations de maltraitances. En 1976, un Grand Jury fut saisi afin d’enquêter sur les circonstances dans lesquelles des patients avaient trouvé la mort. Le Camarillo Mental Hospital fit également les choux gras de la presse à scandale en accueillant comme patients des meurtriers tels Elizabeth Mae Duncan[1] ou la baby-sitter étrangleuse, Delora Campbell. L’hôpital se situait près des studios hollywoodiens et de nombreuses célébrités au nombre desquelles les musiciens de jazz Charlie Parker et Phineas Newborn vinrent y faire soigner leurs dépressions nerveuses et addictions. Si les stars hollywoodiennes veillaient à ne pas ébruiter leur internement, d’autres patients, se servirent de leur séjour au Camarillo Mental Hospital comme d’un tremplin vers la gloire. Ce fut le cas de Wilma Carnes, dite Wilma Wilson, starlette qui travaillait comme doublure dans les ballets aquatiques tournés à Los Angeles. Elle publia en 1940 aux éditions Lymanhouse un ouvrage intitulé They Call Them Camisoles dénonçant la violence des traitements imposés aux femmes alcooliques internées.

They Call Them Camisoles possède une dimension historique indéniable. De nombreuses informations factuelles agrémentées d’analyses subjectives aident l’historien à mieux appréhender la relation patient-soignant au sein du Camarillo Mental Hospital à la fin des années 1930. Mais, ce livre est aussi un objet narratif protéiforme qui montre comment le récit d’une patiente psychiatrique échappe aux visées traditionnelles de témoignages d’interné(e)s. L’auteur y endosse de multiples rôles cinématographiques : celui de la fausse ingénue qui utilise son pouvoir de séduction pour adoucir son quotidien au Camarillo Mental Hospital puis celui de la penseuse féministe se dissimulant sous le masque de la femme fatale.

Stratégies de survie d’une fausse ingénue.

Quelles sont les stratégies mises en œuvre par Wilma Wilson pour survivre aux conditions, parfois difficiles, d’hospitalisation sans froisser l’institution psychiatrique ? L’auteur va d’abord se renseigner sur l’univers asilaire. Wilma Wilson précise qu’elle a rapidement envisagé son internement comme la possibilité de réaliser un reportage journalistique, entreprise rappelant d’autres écrits, ceux de Nellie Bly (reporter au New York World) qui simula la folie pour réaliser une enquête sur les conditions d’internement au Women’s Lunatic Asylum Blackwell’s Island. Wilma écrit : « Je développai rapidement un intérêt croissant pour l’hôpital (…) J’interrogeai de manière extensive toute personne qui passait à ma portée. Je posais des questions sur la gestion financière de l’hôpital, les différents protocoles et la variété de traitements. » (Wilson, p.151) Le lecteur apprend ainsi que la superficie de l’hôpital était de 30 yards, que nourrir un patient coûtait 4 cents et demi par jour et que les aides-soignants bénéficiaient d’une paie conséquente pour l’époque –100 dollars- par mois. (p.152)

La réclusion géographique et sociale imposée par l’internement empêchait Wilma d’échapper à sa condition de patiente psychiatrique. Les notes qui ont servi de mémento pour la production littéraire à venir devaient être rédigées sous l’œil de ses compagnes de captivité et de ses gardiens. Pour éviter que son calepin ne soit confisqué par des médecins soucieux de contrôler des informations susceptibles d’être divulguées à la presse, Wilma explique qu’elle le cachait au milieu du linge sale, dans le service de nettoyage auquel elle avait été affectée. Consciente des risques encourus, Wilma mit en place des stratégies pour passer inaperçue au milieu des vrais fous. Afin de poursuivre ses activités d’écrivain sans être importunée, Wilma décida de cacher sa « normalité » à tous. Comme de nombreuses patientes se livraient à l’écriture de manière compulsive et effrénée, il ne lui restait plus qu’à adopter le comportement pathologique de ses congénères : « On pouvait voir à tout moment dans la buanderie plusieurs femmes démentes : elles écrivaient avec furie. L’une d’entre elles écrivait au président, l’autre envoyait sa lettre d’amour quotidienne à Clark Gable alors que Verna, couchait sur papier, ses poèmes pour la gloire. » (p.151)  

Même si Wilma Wilson masque une grande partie de ses griefs sous des descriptions humoristiques, ses écrits n’en revêtent pas moins une dimension polémique alimentée par un sentiment d’injustice. Selon elle, la mixité entre publics était une grave erreur. Elle dépeint les efforts déployés par les patients alcooliques pour demeurer à l’écart des « véritables fous » : « Nous nous cachions dans une pièce vide pour éviter autant que possible d’être à proximité des patients psychotiques. » (p.42) Le drame de la patiente Wilma est de devoir occulter aux médecins son regard critique afin d’espérer pouvoir quitter l’hôpital. Le récit de l’apprentie actrice relate ainsi un jeu de dupes plus subtil qu’il n’y paraît au premier regard. Au fil des pages, le lecteur s’interroge légitimement sur la propension des médecins à cerner le « cas » Wilma Wilson.

Wilma : une femme insaisissable, une femme malade ?

Le jugement clinique sur la patiente Wilma, omniprésent dans They Call Them Camisoles, n’est pas une clef d’analyse suffisante pour cerner la personnalité de l’auteur. A contrario, il renforce la critique des médecins dressée par l’ex-patiente. Afin d’adapter son comportement aux attentes des médecins, Wilma Wilson a demandé à une patiente employée comme secrétaire de jeter un œil sur son dossier médical. Wilma réfute la pertinence des critères retenus par les médecins pour justifier son internement. Les expressions utilisées pour qualifier Wilma ne renvoient pas aux troubles psychiatriques dont elle pourrait éventuellement être atteinte mais constituent des jugements moraux. Wilma est ainsi décrite comme une malade désinvolte et séductrice. (p.182-183) A travers le récit de différents entretiens médicaux, Wilma s’évertue à critiquer les critères utilisés pour évaluer l’état mental des patients. Ses sarcasmes, à l’encontre d’un test de QI, révèlent qu’une simple erreur de date ou de calcul pouvait être fatale aux patients : « Je me souvenais des quatre derniers présidents mais les filles durent me rappeler les quatre premiers. Washington, Adams, Jefferson, Madison. J’enregistrais mentalement les quatre premières lettres de leurs noms, juste avant de franchir la porte de la salle d’examen (…) Lorsque les fées se penchèrent sur mon berceau, elles oublièrent de m’offrir la prudence et les mathématiques. Je comptais mécaniquement en me servant de mes doigts cachés sous le bureau. » (p.61-63)

Les entretiens avec les médecins psychiatres, hommes ou femmes, sont présentés comme de parfaits exemples de non-communication : « J’étais assise dans la rangée de patients qui s’apprêtaient à rencontrer comme chaque mardi l’équipe médicale. Je tremblais de tous mes membres. (…) J’étais crispée, comme une accusée au regard défiant. J’eus l’impression que leur froideur m’était entièrement dirigée. J’appris par la suite qu’il est contraire aux règles de réserver un accueil chaleureux aux patients alcooliques. » (p.130) La rencontre tourne à la confrontation car le malade est dépossédé de sa liberté de rétorquer ou d’exiger des explications : « Le docteur ne fit aucun commentaire, ce qui n’était pas surprenant. A ma connaissance, jusqu’à présent, ils n’ont jamais donné de réponse claire et directe à un patient durant un entretien médical hebdomadaire. » (p.131)

La survie n’est garantie que par l’adaptation du patient à son environnement. Constamment en alerte, Wilma Wilson apprend vite quels sont les stratagèmes pour obtenir davantage de nourriture à la cantine, pour être envoyée dans une aile d’hôpital plus accueillante, pour bénéficier d’autorisations de sortie. La nouvelle venue dans l’univers psychiatrique décide également de se choisir des instructrices qui accepteront de partager avec elle leurs stratégies de coping. On retrouve ainsi, bien des années avant sa légitimation institutionnelle, la figure du survivor (survivant aux « mauvais » traitements psychiatriques). Au fil des pages du témoignage se dessine une solidarité féminine qui se dresse face à un monde autoritaire dominé par l’absurde. Wilma et ses compagnes de chambre se jurent de venir en aide aux nouvelles arrivées comme Elise : « Nous avions établi un programme très sérieux pour être en mesure de la surveiller et de la soutenir si nécessaire. » (p.54) Le savoir expérientiel des patientes s’oppose au savoir scientifique des soignants.

Bien souvent internées sur décision familiale pour un comportement jugé contraire aux bonnes mœurs, les patientes alcooliques sont confrontées à une institution qui prône l’acquisition de capacités ménagères comme unique réhabilitation. Un article rédigé par John Abbott et publié le 22 mars 1938 dans le Berkeley Daily Gazette expliquait que les thérapies occupationnelles étaient au cœur du protocole de soin de l’hôpital : « la couture et la peinture pour les femmes, l’apprentissage du bricolage pour les hommes a permis à de nombreux patients de se débarrasser de leurs obsessions tout en découvrant de nouvelles activités. »  Alors que Wilma Wilson doit se plier à un rôle de maîtresse de maison en porte à faux avec ses aspirations d’actrice, elle prend aussi conscience qu’elle doit continuer d’user de ses charmes pour adoucir son quotidien. Une compagne d’infortune lui conseille de prendre soin de son apparence : « Suis mon conseil, continue à te maquiller (…) Les hommes qui travaillent à la cafétéria te serviront des portions de nourriture plus importantes. On doit beaucoup flirter pour espérer manger normalement. » (Wilson, p.55) Pour la starlette habituée à se mettre en valeur sur les plateaux de tournage, l’hôpital se meut alors en décor idéal pour faire montre de toute l’étendue de ses talents de séductrice.

L’hôpital : décor de cinéma pour un personnage de séductrice ?

Selon Wilma, l’hospitalisation permet de cacher à l’opinion publique des figures féminines que la doxa ne saurait supporter. Usant et abusant de sarcasmes, Wilma pointe du doigt une institution hospitalière obsolète, car d’un autre âge. Les thérapeutiques occupationnelles en vigueur à l’époque ne soignent pas l’addiction des patients alcooliques. Mais, en se portant volontaire pour aider les aides-soignants au sein du service d’hydrothérapie, Wilma se fait paradoxalement complice d’un système qu’elle pointe du doigt. (p.74) Faire carrière à l’hôpital, c’est avant tout gravir les échelons d’une hiérarchie implicite qui divise les malades en deux groupes : les patients jugés trop instables pour se voir confier une occupation et les autres. La diversité des postes occupés par les patients employés comme main d’œuvre non rémunérée témoigne d’une division des travailleurs en deux groupes : les cols blancs et les cols bleus. D’abord chargée de nettoyer le sol ou de faire enfiler des camisoles à des patientes syphilitiques (p.94-95), Wilma est ensuite responsable du service de la buanderie (p.143) puis autorisée à créer un atelier de chants. Son parcours témoigne d’une véritable ascension professionnelle au sein du Camarillo Mental Hospital : Wilma a réussi sa carrière de patiente. L’ouvrage, parsemé de dessins humoristiques, recèle une illustration qui montre Wilma coiffée de la toque des étudiants américains diplômés. (p.271) Pourtant, malgré la métaphore de l’étudiante appliquée, présente tout au long du récit, l’ouvrage de Wilma Wilson représente un désaveu pour l’institution psychiatrique.

L’auteur ne cache pas qu’elle doute de sa capacité à demeurer sobre dans le futur : « La prochaine fois que je mourrais d’envie de prendre un verre, je m’assommerais en ingurgitant du sirop pour dormir, ou bien je me rendrais malade en avalant de l’ipecac comme vomitif. » (p.268) Cependant, Wilma se défend d’avoir publié un document à charge. Elle met en garde les personnes qui seraient tentées de considérer They Call Them Camisoles uniquement comme une critique de l’institution psychiatrique : « Je ne sais pas contre qui je dirige mes remarques assassines. Je ne vise certainement pas les patients psychiatriques. Ils sont confrontés à des problèmes qui fendent le cœur. Je n’accuse pas non plus les alcooliques (…) Les aides-soignants ? La plupart d’entre eux font preuve de patience, de compréhension et de gentillesse dans des situations très tendues. Les docteurs ? Ce sont des hommes et des femmes stressés, ployant sous le travail, acculés de tous côtés par de malheureuses histoires. L’état ? La Californie croule sous son fardeau de pauvres. » (p.269)

En fait, They Call Them Camisoles se présente comme un tremplin vers la postérité. L’auteur tire d’une expérience douloureuse un récit édifiant qui, en sus de dénoncer les conditions de détention psychiatrique de patientes alcooliques, offre un rôle à contre-emploi à une starlette en quête de gloire. Le récit de Wilma constitue une célébration d’elle-même. Les atermoiements de l’aspirante actrice, reine de l’attitude désinvolte, ne portent pas toujours sur l’enfermement psychiatrique mais bien plus, sur son incapacité à faire bonne figure dans un univers de crasse qui est l’antithèse de la sophistication. Elle est outrée par la taille des serviettes : « Elle avait la taille et la forme d’un mouchoir pour homme et elle avait bien besoin d’être lavée. » (p.49)

Sous le masque de la femme brisée par l’expérience asilaire se cache la fausse ingénue qui tente d’amadouer médecins et juges. Les larmes, pense-t-elle, susciteront la pitié d’un docteur : « Je contemplais l’épaule du médecin. Il avait une belle carrure. Exactement l’épaule qu’il me fallait pour créer l’illusion que j’incarnais Niobé. » (p.64) Wilma pense échapper à l’internement grâce à sa beauté naturelle : « Le juge m’étudia des pieds à la tête. Même si je n’étais pas à mon avantage après une nuit passée en prison (…) j’étais loin de ressembler aux autres prisonniers. » (p.54)

Elle tourne en dérision le psychiatre chargé de déterminer si elle souffre de paranoïa afin de glisser au lecteur que les hommes, fascinés par sa beauté, la suivent régulièrement en voiture dans la rue : « Deux hommes qui conduisaient une Dusenberg me suivirent un jour sur une bonne longueur de rue. Je voulais le dire au médecin mais je pense qu’il ne m’aurait pas prise au sérieux, il aurait pris mes propos pour de la vantardise. » (p.64) Malgré sa tendance à vanter sa plastique, Wilma est bien consciente des dangers à revêtir une attitude de séductrice dans un univers condamnant l’autonomie des désirs sexuels féminins. Wilma Wilson s’apitoie sur le sort d’une jeune femme atteinte de syphilis : « Je rencontrai (…) une fille qui avait passé plus d’un an dans l’aile 6 parce qu’elle était atteinte de syphilis. Je me demande comment elle a fait pour demeurer saine d’esprit. De toute façon, elle était si pleine d’amertume à sa sortie qu’elle a certainement dû avoir un comportement anormal par la suite. » (p.89)

La mention constante de son pouvoir de séduction et les indices semés quant à son irréprochable plastique ne seraient-ils pas destinés aux réalisateurs se trouvant éventuellement parmi ses futurs lecteurs ? En concentrant la narration autour d’événements qui lui permettent de se présenter comme une héroïne de film, Wilma Wilson échappe à la stigmatisation de l’internée. Elle transforme son témoignage en une carte de visite originale à l’intention des studios et elle évite, par ailleurs, de voir son discours censuré. L’auteure mentionne par ailleurs que certains faits devaient être passés sous silence : « On me remit un formulaire sur lequel figurait la question ‘Avez-vous déjà été témoin d’un acte de maltraitance commis par un aide-soignant sur la personne d’un patient ?’ (…) Une petite voix me dit que si jamais je répondais ‘oui’, je pourrais rencontrer des obstacles sur mon chemin vers la sortie. » (p.72) La dimension humoristique du témoignage de Wilma réside dans un comique de situation fondé sur le décalage entre les préoccupations d’une jeune vamp et les exigences d’un système psychiatrique qui, par certains aspects rappelle l’univers carcéral. Mais, la distance humoristique ne doit pas faire oublier au lecteur que la description du quotidien des patientes est placée sous le sceau d’une dénonciation des rôles imposés aux femmes internées. They Call Them Camisoles, discours féministe, dépeint des jeunes femmes contraintes d’embrasser des carrières de femmes au foyer si elles veulent espérer quitter un jour l’hôpital.

En ce sens, il s’inscrit dans la lignée des récits autobiographiques, écrits dès la fin du XIXe siècle, par des femmes dénonçant le recours à l’internement comme moyen de contrôle social par des maris jaloux et possessifs.

Pour mémoire, on se réfèrera ainsi à The Prisoners’ Hidden Life Or Insane Asylums Unveiled publié en 1868 par Elizabeth Packard, internée pendant trois sur demande de son mari, le révérend Theophilius Packard, pour des raisons de divergences religieuses. Le militantisme d’Elizabeth Packard contribua à l’adoption d’une loi accordant aux femmes mariées de l’Etat de l’Illinois la possibilité de bénéficier d’une audience avant d’être internées.

Dénonciation de l’hôpital comme lieu de réhabilitation sociale normative.

Pour les patientes alcooliques, dépressives ou hystériques, l’hôpital devient une école des bonnes manières, étape indispensable vers la réhabilitation sociale. Les dialogues entre médecins, infirmières et patientes retranscrits par Wilma dépeignent des rapports de forces où l’on s’adresse à la malade, infantilisée, comme à une enfant capricieuse. Internées sur décision familiale, ces patientes abandonnent tout espoir d’échapper au joug marital ou maternel. Wilma rapporte ainsi les propos d’une amie : « Si ta famille veut te faire interner de nouveau, ils le peuvent (…) Connaissant bien mon mari, je suis persuadée qu’il voudra que je lui obéisse les yeux fermés au moindre claquement de doigt. Même si je ne me remets pas à boire (…), il recommencera à me faire souffrir en menaçant de me retirer la garde de mon enfant. » (Wilson, p.197)

Selon les médecins, le mariage semble, pour des femmes suicidaires, alcooliques ou dépressives, la seule porte de salut en dehors des murs de l’hôpital. Mais, le seul moyen de trouver un mari pour des femmes ayant été internées est de se transformer en parfaites maîtresses de maison. Une employée conseille à Wilma de garder en mémoire tous les gestes appris au sein de l’hôpital : « ‘Si tu as prévu de te marier, Wilma, tout ce que tu apprendras ici te sera d’utilité pour ton couple.’ » L’auteure ironise : « J’étais dubitative quant à l’utilité de ce conseil. Forcer Ricky [son futur mari] à enfiler une camisole ne me servira à rien. » (p.78-79)

Selon Wilma, l’hôpital psychiatrique, par la promotion de thérapies occupationnelles ménagères, favorisait la reproduction, à travers la relation infirmière-patiente, d’interactions familiales dysfonctionnelles. Le couple mère castratrice / fille acting-out se reconstituait dans la relation infirmière-patiente : « Des mères autoritaires (…) n’acceptaient pas que leurs filles soient devenues des adultes indépendantes. Certaines mères étaient prêtes à tout pour contrôler à nouveau leurs enfants. » (p.198)

D’après Joel Braslow, à l’intérieur des hôpitaux psychiatriques californiens des années 1930, les aides-soignantes étaient les exécutrices d’une conception de la médecine psychiatrique inspirée par des thérapies morales et hygiénistes. Les faits et gestes des patientes étaient épiés par des auxiliaires de soin en surnombre. Lors de l’internement de Wilma Wilson, le nombre de patientes s’élevait à 90 pour plus de 100 aides-soignantes. (Wilson, p.55-56) La réhabilitation sociale passait aussi par l’acceptation d’un règlement qui exigeait de toutes les patientes de fournir des efforts lors de la réalisation de tâches ménagères. Wilma Wilson nettoyait plusieurs kilomètres de couloirs par jour. La laverie prenait en charge les vêtements de plus de 300 patients. L’hôpital était loin d’être le lieu de villégiature espérée par certaines patientes comme Jo, mère au foyer alcoolique, internée sur recommandation médicale afin de se reposer : « Je suis venue ici avec le ferme espoir de reprendre des forces (…) Je me retrouve à la buanderie pour plus de quatre mois ! » (p.138) Wilma Wilson écrivait aussi que « la centrale électrique, la buanderie, la boulangerie, le pressing et la ferme fonctionnent grâce au travail des patients. » (p.106) Pourtant, les médecins se gardaient bien de justifier l’existence de thérapies occupationnelles par une gestion quasi autarcique, en autosuffisance, de l’hôpital. Le docteur Stoddard insiste ainsi sur les bienfaits du travail manuel : les patients luttent contre l’ennui et acquièrent des compétences pour subvenir à leurs besoins ultérieurs. (p.43)

L’importance accordée aux thérapies occupationnelles mises en place au sein des hôpitaux psychiatriques californiens renseigne également sur le degré de liberté des femmes californiennes à se définir professionnellement dans les années 1930. Le parcours professionnel de Wilma Wilson ne pouvait que lui être reproché. Elle quitte son emploi de secrétaire médicale pour exercer ses talents de danseuse. (p.64) Doublure d’actrice, elle s’illustre également dans des ballets aquatiques. Financièrement autonome, ses choix professionnels témoignent aussi d’un corps en mouvement. Or, au sein du Camarillo Mental Hospital, Wilma Wilson découvre que le modèle d’épouse au foyer est prôné dans la mesure où il facilite un contrôle des corps féminins.

Un questionnement sur la peur du féminin ?

L’hôpital, pourtant dépeint comme un lieu de villégiature par certains médecins, ne se prête pas au soin des corps. Le désir de soigner son apparence en se coiffant et se maquillant révèlent des tendances érotomanes ou nymphomanes qu’il faut traiter. L’absence d’espaces réservés à la toilette intime limite la propension des femmes à affirmer leur féminité. Wilma regrette ainsi le nombre réduit de miroirs. (p.87) Les chambres de l’hôpital ne possèdent pas de penderies ou de commodes. (p.83) 

Un souci de sécurité ne justifie pas de telles mesures. Les miroirs et les rasoirs ne sont pas confisqués aux patients hommes. Selon Wilma, le fonctionnement administratif de l’univers hospitalier asilaire, monde fait pour et par les hommes, traduit, une peur de la féminité. Les femmes ne peuvent avoir accès au reflet de leur propre corps ; celui-ci, objet de délit, doit également être caché aux yeux extérieurs : « Jouxtant notre service, on trouvait une aile réservée aux hommes, une aile dite ‘ouverte’, ce qui signifie que les patients étaient autorisés à se rendre dans le jardin pour fumer ou se promener, un autre exemple du favoritisme. Aucune aile où l’on trouvait des femmes n’était ouverte. Pour les psychiatres, la place de la femme est à la maison, enfermée. » (p.209)

Alors que l’expression de la féminité est condamnée, l’hypersexualisation masculine crée de l’émulation parmi les employés mâles ; ces derniers s’identifient volontiers aux patients alcooliques qui bénéficient régulièrement de passe-droits. (p.89)

Le corps féminin était considéré par beaucoup de médecins comme un terreau favorable au développement de maladies mentales diagnostiquées à travers l’analyse de manifestations physiologiques typiquement féminines telles que les règles. L’attention médicale accordée à l’expression de la coquetterie relevait d’une forme de prévention thérapeutique. Le corps féminin recelait en lui les traces d’une propension à la folie. Dans les années 1930 et 1940, la trace de « catamenial records » dans les archives de différents hôpitaux californiens établissent la corrélation faite par les médecins et le personnel soignant entre les menstrues et l’état mental des patientes. (Braslow, p.157) D’après le récit de Wilma Wilson, l’alcoolisme des femmes était, dans l’esprit des thérapeutes, intimement lié à l’exercice d’une sexualité anormale et dangereuse à laquelle il fallait opposer un modèle de femme au foyer. La vitalité sexuelle observée chez des patients mâles alcooliques n’était, elle, en aucun cas symptomatique d’une maladie mentale.

Les patientes étaient soumises à des injonctions contradictoires. L’internement avait été décrit comme l’occasion rêvée de rencontrer un homme bien né : « ‘Choisis-toi un millionnaire !’ devint un proverbe familier à cause du Docteur Stoddard qui nous avait assuré que l’hôpital regorgeait de gosses de riches venus s’y faire soigner. » (p.218) Mais, l’univers asilaire favorisait une animalisation des comportements : « Elles urinaient et déféquaient sur elles (…) Certaines grimpaient aux arbres (…) avalaient la poussière ou les détritus trouvés sur le sol. » (p.93) Wilma regrettait d’être confrontée à l’image inquiétante de femmes aux corps abîmés par l’expérience de l’internement : « Le bain constituait un moment très déplaisant car les douches grouillaient de corps déformés. » (p.139)

Wilma Wilson fut internée sur décision du juge (et recommandation de sa propre mère !) à la fin des années 1930, après avoir été arrêtée pour conduite en état d’ivresse. Après quatre mois de traitement, elle obtint le droit de quitter le Camarillo Hospital. Son témoignage fut publié en 1940. L’amendement Volstead interdisant la vente d’alcool avait été abrogé en 1933. Comme le prouve son récit autobiographique, Wilma Wilson était davantage l’héritière des suffragettes américaines que des représentantes puritaines des mouvements de tempérance.

They Call Them Camisoles est un récit qui se nourrit de multiples ambiguïtés. Célébration de la femme fatale, il n’en demeure pas moins malgré lui un manifeste sur la condition féminine. Récit d’une survivante de l’expérience de l’internement psychiatrique, il illustre aussi la difficulté de l’auteur à assumer son statut de patiente mentale. Carte de visite d’une starlette plus tout à fait jeune à l’égard des studios, il n’en écorne pas moins la réputation –déjà sulfureuse- de son auteur. La fin tragique de Wilma Wilson, rousse incandescente divorcée en 1941, évoque davantage une pulp fiction qu’une screwball comedy. Son nom apparaît pour la dernière fois dans les colonnes du Los Angeles Times durant le mois de juin 1943 dans la rubrique crimes. Le 5 juin, deux jours après son assassinat, la police découvre son corps nu mutilé sur son lit dans son appartement d’Hermosa Beach, une copie de They Call Them Camisoles à terre. L’enquête conclue qu’après une soirée très arrosée et un bain à bulles, l’ex-actrice de 31 ans a tenté de résister aux avances de Michael Strigano, un militaire âgé de 22 ans. Celui-ci lui aurait administré 25 coups à la tête puis, il aurait tabassé son corps. Ce meurtre sordide est à l’image du clivage symbolisant le comportement de Wilma qui avait choisi l’humour et la comédie pour masquer la réalité blafarde de son existence. Néanmoins, le tour de main de l’auteure est d’avoir écrit un récit traversant les âges et l’imposant comme une sulfureuse femme fatale. Il n’est pas alors étonnant de constater que 70 ans après sa mort, elle est encore citée par Larry Harnisch, spécialiste de l’affaire judiciaire du Dahlia Noir –autre aspirante actrice assassinée- dans les colonnes du Los Angeles Times.

Nausica Zaballos.


[1] Voir le chapitre consacré à Elizabeth Mae Duncan dans Au-delà du Dahlia Noir, E-Dite, collection Noire, 2011.

Ouvrages cités et lectures conseillées.

Grand Jury Report, County of Ventura, 12 janvier 1977.

Wilson, Wilma. They Call Them Camisoles. Lymanhouse: 1940.

Zaballos, Nausica. Au-delà du Dahlia Noir, E-Dite, collection Noire, octobre 2011.

Zaballos, Nausica. Vie et Mort du Camarillo Hospital. L’Harmattan, 2014.

Abbott, John. “Complete Insanity Hospital.” Berkerley Daily Gazette, 22 mars 1938

Bly, Nellie (1887). Ten Days in a Mad-House. http://digital.library.upenn.edu/women/bly/madhouse/madhouse.html

Russell, Ross. Bird lives! Da Capo Press, 1996, pages 225-226. Première édition : 1973.

Jazz Magazine, “Conversation avec Al Levitt”, mai 1981.

Packard, Elizabeth. The prisoners’ hidden life, or, Insane asylums unveiled: as demonstrated by the report of the Investigating committee of the legislature of Illinois, together with Mrs. Packard’s coadjutors’ testimony. Chicago: 1868.

Braslow, Joel. Mental Ills and Bodily Cures. Psychiatric Treatment in the First Half of the Twentieth Century. University of California Press: 1997, page 26.

Los Angeles Times. “Woman who overindulged tells inside story of ‘cure’.” 16 février 1941.

 “Soldier to Face Court-martial in Woman’s Death.” 11 juin 1943.

Déconfinement, doit-on s’affoler ?

Récemment, on a pu lire des psychiatres affolés qui craignent de voir arriver une vague de décompensations psychologiques dans l’après corona virus immédiat. Des gens, déjà suivis en psychiatrie et d’autres, qui tiennent tant bien que mal et qui tirent sur leurs ressources psychiques pendant le confinement, seraient amenés à craquer pendant le déconfinement.

Non, ce n’est pas un virus qui va nous rendre fou. Même si apparemment, parmi les nouveaux patients psy, ceux qui ont décompensé pendant le confinement, c’est souvent lié au contexte du corona virus, à la saturation d’information, à l’isolement forcé.

Pourquoi cette perspective du jour d’après, où on se retrouvera tous, est-elle anxiogène ?

Vous avez tous envie de revoir des amis, des proches éloignés, ou même votre psy, d’avoir une contenance affective ou un soutien psychologique.
Il n’y a pas de quoi avoir honte d’être resté enfermé chez soi pendant deux mois, tout le monde a partagé ce vécu et ce sentiment de solitude et d’isolement.

Alors pourquoi les gens angoissent et même les psychiatres ?

Est-ce le retour à la normale qui fait peur ? Est-ce dû au fait que le quotidien ait été bousculé voire immobilisé ? Le manque de soutien pour vivre cette torpeur du quotidien sera-t-il la cause de craquages psychologiques ?

Côté psychiatrie, on a aussi lu que l’interruption du suivi par les psys, pendant le confinement, pourrait conduire les patients au long cours à arrêter leur traitement médicamenteux.

Est-ce là la seule chose qui préoccupe les psychiatres qui passent dans les médias ? Est-ce que leur métier se résume à contrôler les humeurs et les angoisses par leurs prescriptions médicamenteuses?

La peur est aussi grande du côté des patients de devoir sortir pour se rendre à une consultation et d’attraper le virus en salle d’attente ou pendant le trajet.

Certains redoutent de devoir reprendre les transports en commun pour aller au travail, d’autres redoutent également de les prendre pour aller voir le psy.

Mais alors, que se passerait-il si on arrêtait d’aller travailler ou d’aller voir le psy ?

Pour les uns, on perdrait toute ressource économique, pour les autres on décompenserait ?

Il ne s’agit pas d’opposer les travailleurs aux patients psy, car beaucoup de travailleurs sont au bord du craquage, ou déjà fous, et que « patient psy », ce n’est pas une catégorie sociale.

Ce n’est pas parce que le travail ou le suivi psychologique s’est transformé ou interrompu à cause du confinement que la vie de chacun s’est arrêtée.
Mais, avons-nous changé ? On nous dit que le monde ne sera plus comme avant, plus de bisous, qu’on marchera dans la rue avec une vigilance accrue, qu’on portera des masques. C’est comme si le futur se résumait à la fin de la crise sanitaire, à des mesures de protection et d’hygiène renforcées.

Le monde d’après ce n’est pas que la crainte de voir des gens atterrir en psychiatrie. Si on a survécu sans les psys, ça ne veut pas non plus dire qu’ils ne servent à rien, qu’ils ne sont pas essentiels à la société.

Ceux qui ne décompenseront pas, malgré le corona, ce sont ceux qui ont eu un contexte favorable de confinement, qui ont eu cette contenance affective, qui ont pu souffler et apaiser leurs angoisses.

Non, ce n’est pas le virus qui rend fou. C’est le manque de soutien social, le manque de solidarité entre nous, le désespoir, c’est-à-dire la façon dont on vit le confinement quand on n’a pas non plus de résidence secondaire où aller se préserver.

Si nos dirigeants nous répètent que c’est juste une crise sanitaire et que ce n’est pas la fin du monde, rien ne nous empêche de constater que nous ne sommes plus comme avant et la planète non plus.

Le point de vue pessimiste serait de dire qu’il va falloir se serrer la ceinture pour relancer l’économie.

Mais d’un autre côté, on peut se réjouir du résultat de deux mois de confinement sur la santé de la planète, quand les voitures, les avions, les usines s’arrêtent, la planète se refait une santé.

C’est vrai que le confinement c’est déprimant au bout d’un moment, mais ça nous a quand même permis d’inventer de nouvelles manières de rester en lien, je pense à la radio à distance de la Colifata France, et de constater que lorsque la machine économique tourne au ralenti, l’écosystème se porte mieux.

Il est aussi vrai que beaucoup n’ont pas la chance de vivre le même confinement que nous, que les soignants se démènent comme des fous pour lutter contre le virus et n’ont pas eu le temps de souffler.

L’hôpital public les a pressés comme des citrons et ça ne sera pas sans conséquence sur leur santé. A nous de les soutenir au-delà des primes ou des chaleureux applaudissements mais aussi de nous rappeler que l’hôpital n’a pas été à la hauteur de nos besoins.

Qu’il soit psychiatrique ou général, l’hôpital et ses urgences ne sont plus à la hauteur depuis bien avant la crise du corona. Ce ne sont pas que les tests et les masques qui manquent, ce sont aussi des soignants en quantité et en qualité pour réhumaniser la machine hospitalière et aussi des dirigeants qui ne soient pas là que pour gérer les flux ou les sous mais pour soigner l’humain.

La menace de finir à l’hôpital, d’être relégué à la condition de patient psy, c’est-à-dire de patient potentiellement non-réanimable en cas d’infection par le virus, c’est peut-être ça qui nous tient bien confinés.

Pour déconfiner le futur, c’est cette structure sociale et cette déconsidération de la santé mentale et de la psychiatrie qu’il faudra remettre en cause car, pour moi comme pour d’autres, il est hors de question de remettre un pied à l’hôpital tant qu’il fonctionnera comme ça, cet hôpital où la vie d’un patient psy n’a pas de valeur, où on l’exclut des soins autres que psychiatriques.

« Réalités », une BD d’Axell plop

« Yo, j’ai fait une bande dessinée qui parle de psychose pour les 23 heures de la BD. Ça parle du rapport aux voix et délires et de comment les comprendre. » @PatateVolant

Nous la reproduisons ci-dessous avec son autorisation et avec un immense plaisir!

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