Enfermée dehors [Agathe]

S-1 : Une semaine avant le confinement à l’hôpital Esquirol, Agathe cherche à sortir, Agathe est enfermée dedans, les gens vont un viennent dehors.

J+0 : Début du confinement dehors, Agathe sort de l’hôpital Esquirol. Restent ceux qui vivent une forme d’hospitalisation sociale et qui resteront dedans et peut-être plus jamais dehors… Le capitaine, Marion, le petit chameau, le croyant vertueux… Les autres sont déjà partis avant le début de la trève hivernale… Alexander, et tous ceux dont personne ne connait le nom parce qu’ils ne nous l’ont pas dit… Alain est resté dedans car les écoles doivent restées fermées. Il n’y a plus les centres aérés, ni la classe, ni le sport, juste la cantine. Esquirol est quasiment sans mouvement et bientôt renfermé. Agathe, elle, est sortie.

S+3 : Agathe est maintenant enfermée dehors, plus personne ne va et vient dehors. Ni elle, ni les autres. Tout le monde est enfermé dedans ou dehors.

Vive le confinement sous contrainte, qui a permis à Agathe de ne plus être enfermée dedans mais bien enfermée dehors (mais à la maison) 😉

« Le syndrome de la flute de pan » chez l’homme in DSM-72

Dans un précédent post, nous avions examiné un syndrome plus présent de nos jours chez les femmes d’un âge certainement jeune, « le syndrome de la princesse au petit pois ». Communément plus présent dans les capitales, ce syndrome se révèle à l’adolescence et se renforce à l’âge adulte en présence d’argent et de pouvoir masculin. Chez l’individu masculin, un autre syndrome est également cardinal, constitutif de l’être vivant masculin, présent à l’état latent voire toujours présent. Il s’agit du syndrome de la flute de pan. Il s’avère également plus couramment observé dans les zones urbaines capitales des différents pays qu’ont examiné notre étude épiodémiologique.


Définition : Le syndrome de la flute de pan est un syndrome dans lequel l’être masculin se targuant de grande fortune et de faits de gloire devient héros de sa propre fiction et parvient par là à exister aux yeux de ses semblables féminins. L’exploitation faite par les êtres féminins atteintes du syndrome de la princesse au petit pois du syndrome masculin de la flute de pan mène au syndrome du pigeon pendu (Cf. illustration photograhique).


Étiologie : La psychiatrie française considère le syndrome de la flute de pan comme répondant au syndrome de la princesse au petit pois, il est avéré toujours cardinal, c’est à dire toujours plus que présent même à l’état latent.

Symptômes : Les symptômes sont toujours présents à l’état latent et se répercutent de façon héréditaire par l’héritage génétique et financier voire foncier.

Traitements : La feuille de coca, comme euphorisant rendant partiellement attaché aux autres par effet autopersuadant du bien fondé des paroles et des actes de la princesse au petit pois, apparait être le meilleur traitement après les feuillez de pavot de 3ème génération. Le rapport au monde complexe du patient peut être aussi traité par la répercution de son héritage matériel et génétique sur une descendance humaine ou canine voire par dons et legs financiers aux animaux domestiques.

Voyage en folie

Ces vacances-là, il est difficile de ne pas s’en souvenir toute sa vie.

J’avais prévu de faire les vacances traditionnelles entre copains, un road-trip en Espagne, les vacances rêvées et tant attendues. Je les attendais d’autant plus que je sortais d’une lourde dépression, qui m’avait clouée au lit pendant tout l’hiver. J’avais perdu goût à tout, et voyais le monde à travers un filtre noir que je peinais à enlever. A cette période, je ne comprenais que trop bien le vers de Baudelaire « quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle ».

Pour m’en sortir, mon médecin m’avait prescrit des médicaments que je prenais docilement chaque soir. Peu à peu, je sentais qu’ils faisaient effet, et je retrouvai progressivement mon état normal. Je me sentais bien, très bien, et même un peu trop bien.

A l’arrivée du printemps, je commençais à retrouver ma forme physique et mentale, et au rythme des bourgeons qui commençaient à éclore, de nouvelles idées et projets émergeaient de toutes parts. Toute l’énergie que j’avais laissé hiberner pendant l’hiver revenait de manière décuplée. Le printemps correspondait aussi à mon anniversaire, je fêtais ma naissance et sentais en même temps que je renaissais. Je m’amusais à retrouver ces petits plaisirs que l’on connait tous, mais que j’avais oublié durant mon hibernation: chanter sous la douche « toute la musique que j’aime », danser le Mia devant mon miroir, mettre des vêtements pleins de couleurs… Je n’avais jamais touché un bonheur aussi pur, sans limite, c’était de la drogue naturelle, c’était dingue, c’était fou…

Et oui, c’était le mot, c’était « fou ». Je faisais ce qu’on appelle un épisode « maniaque ». Pour ceux qui ne connaissent pas, un épisode maniaque est ce qui s’oppose à la dépression: alors qu’une dépression est un trop bas d’énergie, un épisode maniaque est une explosion d’énergie où l’on se sent pousser des ailes, où l’on est comme sous extasie sans prise de substance, où l’on se prend pour un sur-homme, ou dans mon cas, pour une sur-femme.

Lorsque mon entourage a réalisé ça, au lieu de m’envoyer en road-trip en Espagne, ils m’ont envoyé en confinement à Sainte-Anne. Deux styles, deux ambiances.

Je comprends que par rapport à tous les voyages que vous allez raconter, celui à Sainte-Anne est celui qui fait le moins rêver. Mais dans le genre « destination unique au monde » je pense que je marque un point.

J’ai décidé de vivre ce voyage en Folie comme une touriste curieuse qui se prête au jeu. J’espérais ne pas vivre cette expérience tous les 4 matins, fallait donc que j’en profite.

Au début, c’était un choc, je ne vais pas vous mentir. Compte tenu du fait que je me considérais comme la reine du monde, j’avais du mal à comprendre pourquoi ils me mettaient en pyjama bleu, m’enlevaient mes bijoux et tout moyen de communication avec l’extérieur, et trouvais que c’était un traitement peu adapté pour une reine.

Comme vous pouvez l’imaginer, pour descendre de mon trône et revenir dans le monde réel, je n’ai pas pu éviter la case médicaments ainsi que l’état léthargique que l’on connaît chez les patients en psychiatrie. Mais j’aimerai aussi aborder des aspects plus plaisants, que l’on n’évoque trop peu dans ce type de récit de voyage.

On ne voit d’un hôpital psychiatrique que ses murs blancs, ses chambres sombres, ses médicaments à forte dose… Mais si l’on regarde bien, il y a aussi un jardin dans lequel on peut se balader, méditer, prendre l’air frais. L’hospitalisation est aussi un moment où l’on est confinés, coupés du monde extérieur, soit le moment idéal pour prendre du temps pour soi, lire, écrire, dormir…

On fait de belles rencontres, parfois atypiques certes, mais qu’est-ce qu’on cherche d’autres en voyage que d’être dépaysé? Toutes les expressions « on s’amuse comme des fous », « plus on est de fous plus on rit » ne viennent pas de nul part, et prennent sens plus que jamais dans un hôpital psychiatrique.

Et surtout, ne croyez pas! Moi aussi j’ai eu droit à mon amour de vacances, à ma romance sans lendemain!

Tous les jours, j’attendais la visite de mon jeune et bel interne… Julien … le Docteur Mamour de Grey’s Anatomy version psychiatrie.

Quand on est hospitalisé, les occupations sont rares, la solitude est grande, et l’ennui peut l’être aussi. De la même façon qu’il est nécessaire de sortir faire les courses en plein confinement pour ne pas devenir fou, il est tout aussi important d’avoir un Docteur Mamour durant une hospitalisation en psychiatrie, pour ne pas devenir encore plus fou. Sans le savoir, il jouait un réel rôle essentiel dans ma santé mentale.

On parlait littérature, il me conseillait des livres. Je le faisais rire car je faisais la « fofolle », j’avais le droit, j’étais là pour ça.

Ça aurait peut-être été une belle romance si je l’avais rencontré durant mon road-trip en Espagne, sous un coucher de soleil avec une jolie robe à fleurs. Mais non, je l’ai rencontré à Sainte-Anne, sous l’éclairage des néons, en pyjama bleu. Deux styles, deux ambiances.

Après deux semaines, j’étais triste de le quitter, tout en espérant ne pas être amenée à le revoir.

Je garde de ces vacances un souvenir ni positif, ni négatif, juste unique en son genre. Une parenthèse de mon existence, un endroit en dehors du monde que j’ai pris plaisir à visiter mais dans lequel je n’aimerai pas retourner.

Voilà pour mon voyage, et si vous y allez un jour, n’hésitez pas à m’appeler, j’ai quelques bonnes adresses à vous donner. 😉

Nana

« Quand la dépression est là ! » de Bruno Maquet [livre]

Un livre recommandé par Lou Kema : « Quand la dépression est là ! La place de l’aidant naturel. » Paru le 7 février 2020 aux Editions du Panthéon.

Un témoignage fort et courageux à lire:

Avec « Quand la dépression est là ! » Bruno Maquet donne sa voix à celles et ceux qui sont présents pour celui qui tombe et ne se relève pas. Il témoigne avec force et courage que l’aidant c’est celui que, d’ordinaire, on ne voit pas. Un ouvrage aussi nécessaire que remarquable.

« Comment tenir en estime et promouvoir la personne aidée sans la classer, la catégoriser et la marginaliser ?

Comment lui redonner son autonomie sans la réduire à ses dépendances et à ses manques ?

Comment l’accompagner en respectant et en promouvant sa liberté, son devenir, sa capacité relationnelle ?

La personne aidée ne se définit ni par sa fonction, ni par son handicap, ni par sa maladie, ni par son âge, ni même par son sexe.

La personne ayant à vivre une souffrance mentale doit être reconnue et accueillie avec sa différence, et non pas définie par sa disparité sous peine de non-reconnaissance de son être. »

Un jour, tout bascule, le fil fragile de l’existence se rompt et le couple heureux fait face à l’irruption de la dépression. Lui devient le soutien, l’étai de son épouse malade.

Pris entre les difficultés du quotidien et la taraudante question – la maladie a-t-elle une fin, même temporaire ? – il leur faut tous deux lutter et se relever.

Le travail de résilience, pour dépasser la souffrance psychique et l’épuisement, peut alors faire son œuvre.

La lecture de ce récit éclaire à elle seule la situation de l’aidant.e, mais aussi de l’aidé.e. Douloureux et en mots justes, il opère cette nécessaire transmission.

https://www.editions-pantheon.fr/catalogue/quand-la-depression-est-la/

« Le manteau », Christophe Malinowski

La nuit tombait lentement sur la vieille ville.

Et déjà, dans les chaumières, on tirait les rideaux, on fermait les verrous, on faisait taire les enfants. Des regards inquiets, cachés derrière les voilures, scrutaient les ruelles sombres, seulement éclairées par quelques lampadaires fatigués. Chacun était à l’affût, d’un bruit, d’une anomalie, d’une silhouette inquiétante.

Car depuis plusieurs jours, le malheur semblait s’abattre sur la cité. Un chien avait disparu, les poules ne pondaient plus, un enfant avait vu un monsieur. Immense, habillé tout en noir. Malgré notre veille de chaque instant, nous ne parvenions pas à surprendre l’homme en noir, mais nous savions d’où il venait.

Car en haut, sur la colline, derrière les grands chênes, se dressait, majestueux et terrifiant, l’asile.

Ses hauts murs empêchaient de voir ce qu’ils cachaient, mais lorsque le vent soufflait en direction de la vallée, certains disaient entendre un grondement. Comme celui d’une bête essoufflée. Ou un gémissement. Comme celui d’une bête affamée.

Les rares qui avaient osé s’approcher du sinistre bâtiment étaient revenus terrifiés par le courant glacial qui les avait traversés. Il se disait que c’était le souffle froid des dangereux insensés retenus derrière le mur d’enceinte. Aussi, on ne s’en approchait pas, on restait loin, on empêchait même les enfants d’en parler.

Mais après la nuit, c’était la neige qui tombait dru maintenant. C’était à peine si l’on pouvait distinguer, derrière son épais rideau blanc, la chaussée, les pavés, les passants perdus, effrayés, offerts à la malédiction s’ils ne couraient pas chez eux assez vite. Chacun sentait l’imminence d’un sombre événement.

Car nous le savions tous, les fous étaient entrés dans la ville. Et les ténèbres avec eux.

Un chien avait disparu, les poules ne pondaient plus, un enfant avait vu un monsieur.

Et soudain il était apparu.

Le garçonnet n’avait pas menti. Immense et vêtu de noir, le dos courbé, l’homme avançait, lentement, grognant, terrifiant. Mais vers quelle funeste besogne? Quelle femme, quel enfant, quel animal allait-il emporter?

Alors, comme portés par l’instinct de survie, la colère et l’espoir de mettre un terme au fléau, et encouragés par un signal inconscient et commun, nous avions tous jailli, sans même prendre le temps de nous vêtir chaudement, et fondu sur lui, armés de bâtons, de pelles ou de nos seules mains, prêts à tout.

Jusqu’à ce que, le reconnaissant, nous nous figions.

Il était l’un des nôtres. Nos parents connaissaient ses parents, nous avions foulé avec lui les mêmes bancs de l’école, joué aux mêmes jeux dans la cour de récréation. Certes, il était différent, lointain et inaccessible, parlait souvent seul, ou aux arbres, riait sans raison, mais il était l’un des nôtres. Souffrant depuis des années d’une vie tourmentée, il avait plusieurs fois séjourné quelques temps à l’hôpital qui l’accompagnait dans les périodes difficiles.

Incapable de la moindre violence, il vivait en marge, mais à nos côtés, et était apprécié comme tous les enfants du village que nous étions tous.

Armés de bâtons, de pelles et de nos mains, nous l’encerclions, paralysés, saisis par notre méprise. Le temps semblait suspendu. La neige tombait toujours dans un silence d’hiver. Nous pouvions presque entendre les battements de nos cœurs.

Lentement, il avait relevé sa capuche et nous avait regardé, les uns après les autres, un grand sourire aux lèvres.

“Mais qu’est-ce que vous faites là sans manteau? Il fait froid! Vous êtes fous?”

Puis, le dos courbé, sous son manteau noir, blanchi de neige, il avait continué son chemin.

Nos manteaux, plus sombres encore que le sien, étaient ceux de la peur et de l’ignorance qui nous avaient insidieusement enveloppés.

Un chien avait disparu, les poules ne pondaient plus, un enfant avait vu un monsieur.

Et les fous c’était nous.

Christophe Malinowski, infirmier et auteur du blog Il était une fois en psychiatrie.

La fleur de Patricia : Carnet du rétablissement en santé mentale

Carnet du rétablissement en santé mentale à destination de l’usager, de son proche et du professionnel.

Le copyright de cette publication venue de Belgique est la propriété de l’association En Route (www.enrouteweb.org).

Dossier documentaire sur la pair-aidance

Ce dossier documentaire est consacré à la pair-aidance. Il s’inscrit dans un programme de travail mené par l’Agence régionale de santé (ARS) Bourgogne Franche-Comté, dans le cadre de la démocratie en santé.

Il se structure en 6 chapitres : un historique de la pair-aidance ; des définitions sourcées ; la pair-aidance dans les politiques de santé ; la place de l’usager dans la prise en charge médico-sociale ; quelques projets en France ou à l’étranger et enfin la question de la formation et de la professionnalisation.

Il n’a pas la prétention de viser l’exhaustivité du savoir dans ce domaine : il rassemble des références bibliographiques dont les documents sont récents, francophones, et accessibles en ligne ou disponibles dans le centre de documentation de l’IREPS Bourgogne Franche-Comté.

http://www.psycom.org/Actualites/Pour-en-savoir-plus/Dossier-documentaire-La-pair-aidance

« L’Anti-coercition n’est pas l’Anti-psychiatrie » par Thomas Szasz

Antoine Fratini nous propose ici une traduction d’un texte de Thomas Szasz paru dans The Freeman, 58: 26-27 Mai 2008.

Si pour beaucoup la coercition est inhérente à la psychiatrie, Szasz montre que l’anti-psychiatrie anglaise n’était pas forcément anti-coercitive et qu’il est difficile pour un professionnel de renoncer à la coercition (et à la contrainte) sans être taxé d’anti-psychiatre.

Szasz, psychiatre et psychanalyste, auteur du Mythe de la maladie mentale, est connu pour son lien avec la Scientologie et la CCDH qu’il adoube car elle dit lutter contre les abus psychiatriques même s’il précise :

« Eh bien, je me suis affilié à cette organisation longtemps après avoir été reconnu en tant que critique de la psychiatrie, appelée Commission des citoyens pour les droits de l’homme, car ils étaient alors la seule organisation et ils sont toujours la seule organisation qui avait de l’argent et qui avait accès à des avocats et qui était actif dans les efforts pour libérer les patients psychiatriques incarcérés dans des hôpitaux psychiatriques qui n’avaient rien, qui n’avaient commis aucun crime, qui voulaient sortir de l’hôpital. Et cela était pour moi une cause très valable; c’est toujours une cause très valable. Je ne crois pas plus à leur religion ou à leurs croyances que je ne crois aux croyances d’aucune autre religion. Je suis athée, je ne crois pas au christianisme, au judaïsme, à l’islam, au bouddhisme et je ne crois pas à la scientologie. Je n’ai rien à voir avec la Scientologie. »

Thomas Szasz, 2009

« Le terme anti-psychiatrie fut créé en 1967 par le psychiatre sud-africain David Cooper (1931-1986) et par le psychiatre écossais Ronald Laing (1927-1989). Au lieu de donner une définition précise du terme “anti-psychiatrie” ceux-ci affirmèrent: “Nous avons nourri tant de rêves à propos d’un idéal de communauté psychiatrique, ou plutôt anti-psychiatrique”. Ce “nous” étaient Cooper, Laing et leurs élèves américains Joseph Berke et Leon Redler.

“La clé pour la compréhension de l’anti-psychiatrie”, explique le psychothérapeute existentiel anglais Digby Tantam, “est que la maladie mentale est considérée un mythe (Szasz, 1972)”. Hélas, ce n’est pas vrai.

Beaucoup d’anti-psychiatres rejettent le modèle médical de la psychiatrie, mais continuent à concevoir les problèmes humains ainsi que les tentatives de les résoudre en faisant largement usage de la terminologie médicale et, ce qui est encore plus important, en ne s’opposant pas à la coercition “thérapeutique”.

Les psychiatres sont engagés en de multiples pratiques troubles dont la plus importante reste la défense de l’insanité mentale. Les anti-psychiatres n’ont pas vraiment affirmé ceci dans leurs textes, mais l’exemple de la fameuse expertise médico-légale que Laing fit à propos du cas John Thomson Stonehouse (1925-1988), un ministre travailliste anglais accusé de fraude fiscale, est plutot significative à ce sujet. Quand les autorités furent sur le point de l’arrêter, Stonehouse organisa son propre suicide. Le 20 novembre 1974 il laissa quelques vêtements dans le lieu où il se trouvait, à Miami Beach, et s’enfuit. Donné pour mort, il partit pour l’Australie dans l’espoir de se refaire une nouvelle vie avec sa maitresse et fut arrêté par hasard à Melbourne, déporté en Grand Bretagne avec de 21 chefs d’accusation sur le dos.

Stonehouse plaida non coupable pour des raisons d’insanité mentale et fut condamné à sept ans de prison. Afin de supporter la thèse de son insanité mentale il engagea les services de cinq psychiatres. Laing, qui fut un de ceux-ci, affirma sous jurement que son client était malade au moment de commettre les délits. Dans son livre Mon procès Stonehouse écrit: “Le Dr. Donald Laing… a mis en évidence ma condition de malade mental. Il a affirmé… l’existence d’une dissociation de la personnalité en plusieurs parties et diagnostiqué une psychose réactive”.

Mais Laing ne connaisssait point son client avant le procès et ne pouvait donc pas connaitre la condition mentale dans laquelle il se trouvait au moment de commettre ses méfaits. Le diagnostique de Laing fut un expédient psychiatrique classique, précisément le genre de charlatanerie qu’il il prétendait combattre. Laing et Stonehouse furent tout simplement des menteurs.

La célébrité de Laing est liée à son rôle d’empereur de Kingsley Hall, “maison-famille” fondée par lui et ses acolytes. Cette institution a été promue comme un lieu de cure où toute personne ayant été diagnostiquée schizophrène peut être sure de ne pas être emprisonnée ni remplie de médicaments contre sa propre volonté. La vie quotidienne à Kingsley Hall était basée sur la fiction selon laquelle tous les “résidents” étaient égaux et que personne n’était patient ni praticien. Le psychiatre américain Morton Schatzman, qui avait choisit de vivre à Kingsley Hall pendant un an, affirme: “Aucune des personnes vivant à Kingsley Hall considère les figures professionnelles comme étant extérieures à la structure et les internes comme des patients”. Il s’agit là d’un mensonge caractéristique de l’anti-psychiatrie, tout comme le mensonge qui fait de la privation de la liberté une cure, caractérise la psychiatrie.

L’écrivain américain Clancy Sigal (né en 1926) se rendit à Londres pour devenir un patient de Laing. La “thérapie” se conclut rapidement, les deux se lièrent d’amitié et partagèrent des expériences psychédéliques en assumant du LSD. Sigal, qui était l’un des co-fondateurs de Kingsley Hall, changea d’avis à propos de la communauté de Laing, spécialement après avoir découvert que Laing et compagnie, malgré leurs prédications en faveur de la non-violence, pratiquaient la violence.

De retour aux USA, Sigal écrivit un livre ravageant envers Laing et son culte. « Zone of the interior » fut publié aux USA en 1976. En utilisant la menace des lois britanniques sur la diffamation, Laing réussit à en empêcher la publication dans le Royaume Uni jusqu’en en 2005. Sigal écrit: “En septembre 1965, pendant les grandes vacances juives, j’ai eu une crise schyzophrènique… ou une espèce d’expérience transformante, selon les points de vue. Cette crise n’était pas advenue en privé, mais devant vingt ou trente personnes un vendredi soir de shabbat à Kingsley Hall… La notion sur laquelle se basait la communauté est que la psychose n’est pas une maladie, mais un état mental de trance à considérer comme facteur curatif”.

Dans un interview successif à la publication du livre en UK, Sigal décrivit en ces termes sa folie à deux avec Laing: “Nous nous échangions les rôles, lui devenait patient et moi thérapeute, et assumions du LSD ensemble… Laing et moi avions fait un pacte diabolique. Nous devenions schizophrènes dans notre attitude envers nous mêmes et envers le monde… (une) nuit, après avoir laissé Kingsley Hall, certains médecins qui s’étaient convaincus que je voulais me suicider arrivèrent à toute allure dans mon appartement et me subministrèrent une dose massive de Largactil (Thorazine), un sédatif à action rapide utilisé dans les hôpitaux psychiatriques. Conduits par Laing, ils m’amenèrent à Kingsley Hall… La dernière phrase dont je me souvienne est “Vous bâtards, vous ne savez pas ce que vous faites”.

Sigal s’enfuit de Kingsley Hall, retourna aux USA et publia enfin son roman en 1975. La publication en UK fut stoppée par una action légale de Laing. La saga de Sigal devait devenir le sceau ultime posé sur le cerceuil de la légende selon laquelle Laing fu un opposant des pratiques coercitives liées à la psychiatrie.

Quand en 1976 le livre de Sigal fut mis en commerce, Laing aurait déjà pu être jugé et puni, Kingsley Hall aurait pu être fermé comme hôpital psychiatrique et la légende de Laing “sauveur des schizophrènes” aurait pu s’effondrer définitivement. Shakespeare avait raison: “Le mal que les personnes font vit après eux”.

La Fin de Kingsley Hall

Le chaos a Kingsley Hall dura moins de cinq ans. Hélas, le terme malheureux “anti-psychiatrie” survécu, bien que Cooper et Laing savaient qu’il fut inéxact et trompeur. Dans un interview vers la fin de sa vie, Laing se rappela d’avoir dit à Cooper: “David, le fait de devoir répudier ce terme est un foutu désastre. Mais il avait un côté trompeur qui a finit par nous confondre”.

Comme conséquence de la terminologie anti-psychiatrique, et contrairement à n’importe quel autre médecin spécialiste, les psychiatres peuvent désormais repousser les critiques adressées aux différents aspects de la pratique psychiatrique en nommant ces derniers “anti-psychiatriques”. L’obstétricienne qui refuse de pratiquer l’avortement n’est pas stigmatisée “anti-obstétricienne”. Le chirurgien qui refuse de pratiquer les opérations de changement de sexe n’est pas classé “anti-chirurgien”.

Mais le psychiatre qui refuse la coercition ainsi que les pseudo-légitimations qui y sont attachées est appelé “anti-psychiatre”. Le résultat est que tout médecin sauf le psychiatre est libre d’accepter ou de ne pas accepter les procédés particuliers qui offensent ses propres principes moraux ou plus simplement les pratiques qu’il préfère ne pas mettre en acte.

Pourquoi le psychiatre est en fait privé de sa liberté? Parce que en psychiatrie le paradigme de la pratique (enfermer les patients considérés dangereux pour eux-mêmes ou pour les autres) est la cure médico-légale standard. La déviation par rapport à tel standard suscite des controverses légales et expose le psychiatre au risque du retrait de son autorisation à la pratique médicale. »

Traduit de l’anglais par Antoine Fratini

Bibliographie choisie

Le Mythe de la maladie mentale (The Myth of Mental Illness: Foundations of a Theory of Personal Conduct), 1961

L’Éthique de la psychanalyse (The Ethics of Psychoanalysis: The Theory and Method of Autonomous Psychotherapy), 1965

Fabriquer la folie (The Manufacture of Madness: A Comparative Study of the Inquisition and the Mental Health Movement), 1970

Idéologie et Folie : essais sur la négation des valeurs humanistes dans la psychiatrie d’aujourd’hui (Ideology and Insanity: Essays on the Psychiatric Dehumanization of Man), 1970

L’Âge de la folie (The Age of Madness: A History of Involuntary Mental Hospitalization

Karl Kraus et les docteurs de l’âme : Un pionnier et sa critique de la psychiatrie et de la psychanalyse (Karl Kraus and the Soul-Doctors: A Pioneer Critic and His Criticism of Psychiatry and Psychoanalysis), 1976

La Schizophrénie : le symbole sacré de la psychiatrie (Schizophrenia: The Sacred Symbol of Psychiatry), 1976

La Théologie de la médecine : fondements politiques et philosophiques de l’éthique médicale (The Theology of Medicine: The Political-Philosophical Foundations of Medical Ethics), 1977

Le Mythe de la psychothérapie (The Myth of Psychotherapy: Mental Healing as Religion, Rhetoric, and Repression), 1978

The Therapeutic State: Psychiatry in the Mirror of Current Events, 1984

Pharmacratie : médecine et politique, l’État thérapeutique (Pharmacracy: Medicine and Politics in America), 2001

My Madness Saved Me: The Madness and Marriage of Virginia Woolf, 2006

Coercion as Cure: A Critical History of Psychiatry, 2007

Suicide Prohibition: The Shame of Medicine, 2011

Ma lettre au Père Noël concernant la psychiatrie

J’ai fait ma lettre au Père Noël concernant l’hôpital psychiatrique !

« Cher Père Noël,

En ce moment c’est pas rigolo en France, y a pleins de gens dehors qui ne sont pas contents, les grands disent qu’ils manifestent car ils aiment pas ce que fait le grand méchant loup ! Il fait croire qu’il est Mère Grand et en fait non !

Y a une dame aussi qui s’appelle Madame Wonner, elle aussi, elle dit des choses pas très gentilles, pourtant avant elle soignait les bobos qui sont dans la tête, et bein depuis que cette dame a comme ami le grand méchant loup et bein je crois qu’elle a perdu la tête ! et en plus c’est dommage pour elle, car il va la manger tout cru !

Père Noël, je veux que les gens qui ont des bobos dans la tête soient dans une jolie maison avec un grand jardin, des jolies chambres, et une salle où ils pourront crier, sauter, rigoler, faire un caca nerveux en tapant des pieds, des mains, s’allonger par terre, hurler… et sans se faire engueuler, sans se faire attacher, car on m’a dit que c’est Normal d’exprimer ses émotions.

Et les personnes qui soignent les bobos de la tête, même eux pourront aller dans cette salle pour se défouler,  et c’est Normal ! Même eux ils doivent exprimer leurs émotions ! On n’est pas des robots !

Y a des personnes qui n’aiment pas le Monsieur qui s’appelle Freud, ni M. Lacan, ni Jean Oury, ni Tosquelles… et y’en a d’autres qui n’aiment pas qu’on utilise des médicaments, d’autres qui n’aiment pas les machines pour reprogrammer comme un jeu ce qu’il y a dans la tête, et puis y a encore pleins  d’autres choses !

Et bein moi, j’aime choisir les ingrédients de mon gâteau ! Y’en a qui vont aimer le chocolat, d’autres la fraise, la vanille…

Moi, j’aime pas qu’on me force à manger un gâteau à la vanille, car un jour j’ai vomi un yaourt à la vanille et après j’ai plus voulu en manger… et ça c’est réel ! et c’est pas dans mon imagination !

Alors voilà Père Noël, tu pourras offrir aux adultes un miroir ?

Merci. »

Djamila