MON ENFANT EST BIPOLAIRE

2014. Demain dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne, on va m’appeler.

 » Votre enfant – hôpital psychiatrique – urgences – vous inquiétez pas – non vous ne pouvez pas venir – on s’en occupe. »

Ça ressemblait à du Morse, et j’ai répondu moi aussi.

 » OK. J’a-r-r-i-v-e – vous inquiétez pas – je m’en occupe – et surtout ferme-là à tout jamais. »

J’arrive, je rue dans les brancards, je crie pour savoir où est mon enfant et finalement on me confond avec un possible patient et j’évite de justesse la piqûre et l’isolement. C’était pas si mal comme réaction pour m’infiltrer. D’habitude, je suis très respectueuse des soignants et je suis les procédures. Là, j’ai au moins autant hurlé que quand j’ai pondu mon enfant. Putain, 8 heures pour le sortir le machin dodu. Cette prestation m’a valu d’être dans la file d’attente du couloir. Je pouvais entendre mon enfant parler au psychiatre car j’ai entrebâillé la porte. Il semblait super bien, il disait qu’il est énergique, qu’il a plein de copains. Il faisait des blagues, il était détendu, croyant à une farce avec toutes ces blouses blanches qui virevoltaient.

Bref, je me suis dit, il est comme d’habitude. On allait enfermer mon gosse parce qu’il est super. Je l’entendis accepter de prendre un médicament et d’être conduit dans une chambre. Je me suis cachée sous le banc dès que je le vis sortir. Allez, je prends sur moi, mon enfant est loin d’être con, puisqu’il tient de moi. Je reprends mes esprits, je rentre mes crocs et mes griffes de louve, je remets mon habit d’agneau et je vais discuter avec le psychiatre.

Il refait du morse le con. « – vous inquiétez pas – quelque temps – bipolaire – on s’en occupe – bonne journée – on vous tient au courant. »

Je m’enfuis alors des urgences psychiatriques à la place de mon enfant. Rassurée, vraiment. Rassurée autant qu’on puissequand on imagineson gosse brûlant sur le bûcher d’une place publique du Moyen-Âge.

Réflexe Google. Quand j’ai tapé « bipolaire » sur le moteur de recherche, je me sentais encore mieux vis-à-vis des questions du peuple du Moyen-Âge :

  • Un bipolaire est-il dangereux ?
  • Un bipolaire meurt combien de temps avant les autres ?
  • Un bipolaire est-il manipulateur ?
  • J’ai une mère bipolaire c’est un enfer
  • Un bipolaire peut-il tuer quelqu’un
  • Les médicaments sont horribles
  • Un bipolaire guérit-il ?
  • Peut-on être en couple avec un bipolaire ?

Et tant d’autres questions qui me semblaient surréalistes. Non, alors, mon gosse n’est pas bipolaire.

J’ai eu le deuxième meilleur réflexe : Doctissimo. J’ai cherché des témoignages sur les forums de personnes avec un trouble bipolaire. Ça parlait d’effets secondaires, de dépressions, de crise maniaque ( c’est quoi ça p’tain ) de non-guérison, de durée de vie raccourcie, et en finalité ça ressemblait à une gigantesque mare de désespoir.

J’ai eu le troisième super réflexe, j’appelle un psychiatre au pif.

 La secrétaire me répond « Non,-madame, pas d’entrevue avec vous, on n’a déjà pas assez de place pour les personnes malades ». Flex Ronflex.

J’allais avoir du temps pour me cultiver, car l’hôpital comptait garder mon gosse pour un temps indéter minable. Grosse razzia de livres Amazon, Fnac, jusqu’aux petites librairies indépendantes avec tout ce qui pouvait contenir le mot bipolaire de loin ou de près, et les vidéos traitant du thème n’avaient plus aucun secret pour moi. Je me suis remise à l’anglais pour les recherches à l’international.

En 2014, je suis allée dans des associations qui faisaient peine à voir par le manque de moyens, et le manque de bonne humeur des légumes ici présents. Non, je vous l’affirme, mon gosse n’est pas une carotte. Parce que c’est moi qui l’ai fait pousser.

On m’appela à l’heure où ne blanchissait plus la campagne, mais visiblement celle où blanchissaient mes cheveux.

C’était reparti pour le morse. « OK. J’attends pour le voir. Il prend quoi comme médicaments ? OK. Je répète, il prend quoi comme médicaments ? OK. Youston c’est la dernière fois que je pose la question des médicaments sinon je me tire une balle dans la tête. »

La menace a du bon parfois, ça a fait son petit effet et pas secondaire celui-là.

C’était parti pour Doctissémoi. Un ami docteur me faisait de fausses ordonnances pour que j’obtienne les médicaments que mon enfant gobait. Si je voulais comprendre mon enfant, fallait que je me les administre et que je lise à sa place. J’en ai bouffé des drogues dans ma vie, frérot, celles-là elles dépotaient. J’ai testé toutes les catégories de médicaments, les dosages, les gouttes, les comprimés, mélangé un peu le tout. Je vivais en parallèle ce qu’on lui faisait là-bas.

Un jour je suis allée au marché de l’hôpital psychiatrique pour récupérer mon légume.

« Excusez-moi madame, je sais à quoi ressemble mon enfant, on n’est pas à la maternité ici où on peut échanger les bébés parce qu’ils se ressemblent tous. Le mien a 24 ans, il sait parler, marcher, rire, etc. j’en ai assez chié dans son éducation pour qu’il en arrive à là, d’habitude j’ai de l’humour, mais là j’en ai un peu moins. Puis aussi il a l’air un peu sénile, il va aussi se caguer à la culotte ? ».

Je posais mon légume sur la table, je l’examinais sous toutes les coutures. Visiblement c’était bien mon gosse. Quelque temps plus tard, il se remit à parler et rire. Nan, j’déconne, il resta au fond de son lit, défiant l’hibernation des ours polaires.

-Vous inquiétez pas – bipolaire pas grave – stabilité – médicaments à vie

Après le morse, j’ai fait un tel déni de sa bipolarité que j’ai dû apprendre le braille. Je devais sourire et rassurer mon légu… enfant . Lui dire que tout va bien, qu’il ne va pas mourir (enfin pas encore, juste le temps que les médicaments le détruisent à petit feu ), que ce n’est pas la pire des maladies, qu’il n’y a pas vraiment de guérison, que oui biensûr il n’aura pas « exactement la même vie qu’avant, mais bon… ». Je lui disais de sortir de son lit cette feignasse, la comédie avait assez duré. Mon enfant est bipolaire, OK, mais pas bipolaire comme les autres. Mon enfant est FORT.

Il va reprendre son super boulot, ses études sans failles, son cercle d’amis. Puis, on lui arrêtera son traitement, un ‘ment donné ! Il ne se confiait plus à moi et s’énervait, la bouche sèche et ses 18 kilos en plus. Il ne me parlait plus que de « sa » maladie et je voyais un autre enfant à sa place, une sorte de jumeau maléfique. Je ne minimisais pas sa souffrance, ne me jugez pas. J’essayais de lui remonter le moral, comme on fait avancer un âne avec une carotte au bout. Il était abruti par les cachets, mais pas assez abruti pour capter que je ne lui racontais peut-être pas, exactement, la vérité. Moi j’attendais de toute façon, la voyante avait tiré les cartes pour lui : dans 10 ans il serait guéri de la bipolarité.

2024. Mon enfant était officiellement handicapé. Il survit avec son allocation, ses éducateurs spécialisés ( le métier qu’il voulait exercer d’ailleurs, dans un monde parallèle où la bipolarité n’existerait pas ).

Ils l’aident dans son quotidien, parce qu’il ne se considère plus « autonome ». Il est même vachement fier de me dire qu’il a une RQTH et qu’il peut finalement travailler à élever des carottes. Il a renoncé à tout ce qu’il voulait : une maison, des enfants, un métier égal à ses compétences,des voyages…

Ses nouveaux amis bipolaires et lui forment un vaste champ de légumes divers et variés. Et visiblement, ses anciens amis sont devenus végans, mais à l’inverse.

J’ai eu tellement d’émotions ces 10 dernières années que même les couleurs de l’arc-en-ciel ne sont pas assez nombreuses pour les décrire. Mon enfant n’a pas la pire des maladies, c’est vrai. Quand il vient s’en plaindre en me disant de ne pas faire un déni, mais à la fois qu’il en fait un aussi, je réagis aussi en deux temps. Je dis « non t’inquiètes mon enfant ta vie est super bravo ». Il est content et retourne jouer dans son parc. Derrière lui, sans lui dire, en 10 ans j’en ai fait des recherches, volé ses médicaments en douce et testé sur moi, rencontré des éminents psychiatres et soignants, écumés des conférences, lu des bouquins qui n’ont jamais de happy end . Donc je lui souris, puis comme d’habitude, je ferme sa porte, et je vais pleurer dans mon coin priant pour qu’il ne m’entende pas.

Je me remémore toutes les fois où j’ai merdé avec lui : les brimades, les menaces, la comparaison avec les autres… Et pire, si c’était moi qui lui avais filé des gènes pourris ? Je lui dis enfin que je l’aime, il me demande justice et je lui offre les réparations.

Son avenir est tracé et il s’en contente. En tout cas, il me le fait gentiment croire pour que je n’aie pas peur. Et comme je faisais quand il avait 6 ans, je fais aussi semblant de le croire pour qu’il n’ait pas peur.

Je suis tellement fière de mon enfant. Même s’il a perdu de bonnes cartes, il joue encore. Récemment, il y a un truc qui se passe et qui me titille. Il me parle d’amis comme lui, parqués dans un potager. Il m’en parle beaucoup trop d’ailleurs, et j’en ai marre.

Le mot bipolarité est sorti de mon dictionnaire mental depuis longtemps. J’ai même appelé l’Académie française pour qu’ils l’enlèvent officiellement. Parce que je le connais, mon enfant, il va s’enthousiasmer, faire une crise, puis une dépression, et il reviendra se replanter dans mon jardin.

Pourtant j’observe une différence dans son jeu cette fois-ci. Ses amis ne sont plus 3 ou 4. Ils sont des centaines et ça continue de grossir. De loin, ils ressemblent à un champ de fleurs. Puis il a décidé de dessiner ses propres cartes. Il fait comme maman, quand ça ne l’arrange pas, il ne respecte pas les règles et invente les siennes. J’y crois pas trop, mais ça me fait quand même un peu sourire. La voyante n’avait peut-être pas tort au fond. Elle a tiré ses cartes de guérison, mais c’est lui qui les dessine. Le diagnostic de mes entrailles m’a brisé, peut-être même plus qu’à lui.

Bizarrement, je recommence à lui faire confiance et à le voir aussi lumineux qu’il l’a toujours été, même diagnostiqué . Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir. Il est toujours vivant et je crois qu’il a grandi. Et moi avec.

[ ÉPILOGUE ]

Je ne suis mère que dans mon imaginaire, et mon enfant est virtuel.

Ce que tu viens de lire est une fable dépeignant un entourage impuissant, qui ne peut pas comprendre la bipolarité malgré sa bonne volonté. Un entourage tantôt bienveillant et culpabilisant, maladroit, blessant sans vouloir l’être. Un entourage qui y croit tout autant qu’il n’y croit plus. Un entourage qui tombe à chaque fois qu’il tombe. Un entourage qui dénie parce qu’il souffre trop de voir son enfant faire son propre déni et après se résigner. Un entourage qui aime comme il peut, au fond. Je suis bipolaire diagnostiquée depuis 9 ans, et pour la première fois de ma vie, je me suis imaginée à leur place. Je suis un peu cet enfant et cette mère à la fois.

J’espère que ma maman imaginaire va m’aider à dessiner les nouvelles cartes avec mes amis ! Qui sait, peut-être trouvera-t-on des trésors ?

Lucie

BIPOLARITÉ : L’UTILITÉ DE LA DÉPRESSION

Quoi qu’il arrive, je suis là pour t’aider. Je sais où tu es que tu sois dans le ciel ou au fond de l’océan, je viendrai te chercher.

Pour toi, je me jette à l’eau, je fais un plongeon. Je mets mon casque de cosmonaute avec un sas de décompression. Je vais explorer les méandres de ta dépression. Est-ce que tu ressens, quand tu t’enlises, la pesanteur de la pression de l’eau, qui ne retient ma raison que par un fil ? Je coule lentement et je vois de la vase, des vestiges de ton passé, comme dans les films ou les dessins animés. Tout est silencieux, tout est calme, tout est empoussiéré. La dépression, c’est ton âme qui est figée.

Les algues se sont répandues sur tes souvenirs. Ta mémoire se verrouille, ton cerveau te prive d’aller chercher ton histoire. Les souvenirs cachés dans les trésors sont parfois des serpents de mer terrifiants. C’est ton esprit qui décidera quand te donner les clés pour les trouver. Ta mémoire te permettra d’accéder à ce dont tu as exactement besoin, au bon moment. Si tu es impatient, tu vas sortir des requins !

En hypomanie et manie, ton esprit te fait vivre la dé-compensation. Et en compensation, il te fait vivre la dépression. Le principe est simple, l’équilibration : quand c’est trop d’un côté, c’est trop de l’autre aussi. Ton crâne s’est ouvert en deux, le cerveau essaie de recoller les morceaux, comme il peut, car tu as voulu aller trop loin et trop vite. Quand un plongeur saute à l’eau ; il descend par des paliers de décompression au niveau de l’oxygène. Petit à petit, il teste les limites. Tu dois comprendre qu’il faut que tu l’imites. Un jour, je t’expliquerai tout, quand on se retrouvera à la surface, quand je redescendrais sur terre avec toi qui reprendra ta première bouffée d’air. Quand l’émotion revient, c’est la guérison de la dépression.

Si tu ne laisses pas l’expression de tes émotions à ton corps, il les transforme en symptômes. « La Mal a dit ». Le mal à dire. Et si tu continues de lutter, d’éviter tes émotions, de continuer de vivre avec du stress, et dans un carcan absurde, il va te dire « Médor, couché ». Ou alors… Couché, mais dort ? Ton esprit t’empêche de bouger, tes membres sont engourdis, tes phrases ne sortent plus, tu ne sais plus si c’est le jour où la nuit, si c’est mardi ou samedi. Le temps pour toi s’est arrêté. Et la terre continue de tourner sans toi. Le reste, ce sera à toi de trouver, mais tu n’es pas seul. Appelle au secours, tape les bons numéros. Pas celui du SAMU, mais celui de SOS amitié.

En dépression, je te le demande, comment pourrais-je t’aider ? Qu’est-ce qui te ferait plaisir ? Veux-tu lire un message, entendre mon rire ? Un appel audio, un appel vidéo ? Ou te laisser seul parfois ? Qu’est-ce que je dois te dire ? Il n’y a que toi, qui le sait. C’est toi qui vas créer ton scaphandre de protection, et m’aider à tisser notre filet de sécurité.

Je suis là, j’arrive au fond, je te vois. Ton fil est trop loin et ta combinaison est bien trop lourde. As-tu vraiment envie de remonter, maintenant, et de reprendre ta vie exactement comme avant ? La dépression te poussera à modifier ton environnement. L’écouteras-tu ? Pour réussir la recette de ta vie, il faudra changer d’ingrédients. Le chimique, c’est ta béquille, ton garde-fou. Tes amis sont tes pêcheurs, ils t’accrocheront un fil pour te rattacher à la terre quand tu voudras devenir cerveau volant. Un plongeur ne plonge jamais seul, il y a l’autre plongeur sur le bateau à la surface de l’eau. Celui qui plonge lui envoie des signaux s’il est en détresse.

Je te mets le vers le plus séduisant, un beau vers bien gluant, bien juteux, celui qui te fait le moins peur, et hop, je te tirerai en douceur ! Et après je te cuis à la broche. Nan, je déconne. Je te remettrais à l’eau. En espérant ne pas t’avoir écorché la bouche. La dépression t’invite à abandonner, à baisser les armes, à te laisser aller complètement, pour ne plus réfléchir. Prends la dépression comme un message à décoder. Ton corps estime que tu dois te reposer, repose-toi. Plus tu luttes contre vents et marées à vouloir sortir de la dépression, plus tu vas galérer à remonter avec tes deux bras et tes pales. C’est ton mental, et ton cœur, qui te paralyse toi et ton corps, voit la dépression comme une sage surprise.

Tu sais ce qu’il arrive aux scaphandriers qui remontent trop vite à la surface sans respecter les paliers de décompression ? Ils meurent, alors écoute-moi et surtout écoute-toi. Quand on te dit, « souffle, décompresse », dé-stresse. Dé-compression… Un SAS de décompression , respire, enlève la pression. Tu viens de comprendre, l’utilité de la dé-pression Et quoi qu’il arrive, je suis là pour t’aider. Je sais où tu es, que tu sois dans le ciel ou au fond de l’océan, je viendrais te chercher.

Lucie

BIPOLARITÉ : L’oscar du meilleur acteur.

[ C’est ce surcroît de rire qui me fait douter. Le paradoxe du clown triste, tu connais ?]

Je suis née joyeuse, c’est mon tempérament, le fondement de ma personnalité. La vie ne m’a pas épargnée, mais pas plus que toi.

Rien n’entachait mon humeur inébranlable et mon sourire constant. Tout a changé en grandissant. Je prends toujours autant de plaisir. Alors pourquoi, cette étrange sensation, que le mot rire, rime parfois avec souffrir ?

Ma bonne humeur est-elle toujours sincère, désormais diagnostiquée bipolaire ? Je t’avoue que mentir, c’était devenu mon métier.

Petit à petit, c’est devenu mon cauchemar. Même en dépression, je pare ma souffrance d’humour noir. Rire est devenu mon rempart. Je suis tellement seule et triste quand je te montre que je vais bien. Au fond de moi se déverse le venin nécessaire qui me maintient. Cette force corrosive qui me donne un air serein. Je veux m’écrouler, sans qu’on me voie. Je ne le fais pas exprès, on ne me donne pas le choix. Si seulement, je me contentais de me taire. Pourquoi faut-il en plus que j’exagère ?

Une malédiction qui me sauve et m’assassine. J’ai un trou à l’intérieur de ma poitrine. Mes émotions surchauffent mon cœur et les mots le glacent. Pourtant, savez-vous combien mon cœur est immense, et que chacun y a sa place ?

LA COUVERTURE

Tout le monde, sans exception, met un masque sociétal. Sauf que le mien a fusionné avec ma peau. Je voulais devenir experte dans la volonté d’aider, d’apporter de la joie, de forcer le courage. On a fini par m’en vouloir.

Pourquoi s’attaquer à ceux qui combattent les forces obscures avec le glaive de l’espoir ? On m’a dit « montre tes faiblesses pour mieux te faire accepter. »Tu veux que je m’éventre et que je vide mes entrailles ? Je ne laisse jamais transparaître mes failles sous peine de m’écrouler.

Même devant moi, je ne pleure jamais.

AND THE WINNER IS

Je me décerne l’oscar de la meilleure actrice, car c’est à moi-même que je mens le mieux.

Écrire est l’occasion de montrer la vraie couleur de mon cœur. Il est bleu. C’est la couleur du sang privé d’oxygène. C’est l’intensité que j’éprouve face à une infime action. Ma sensibilité démesurée. La muraille que je n’arrive pas à forcer.

Je ressemble parfois au préjugé que je hais plus que tout, cette image grotesque censée représenter la bipolarité. Celle avec les deux masques, un qui rit et un qui pleure.

Tous les bipolaires ne me ressemblent pas, cette image est donc un leurre. Tous les bipolaires ne rient pas jusqu’à faire éclater la lune. L’hypersensibilité, cependant, est une de nos caractéristiques communes.

LA VIBRATION

J’ai fusionné avec ce masque sociétal. Je ne sais plus s’il me protège, ou s’il me fait mal. Je ne sais pas comment l’enlever quand personne ne me regarde. Je n’y pense même pas puisque c’est devenu une seconde nature. Beaucoup dissimulent leur mal-être à la perfection. Ma dissonance est immense. Mon diapason perd la raison.

J’ai décidé d’ôter le nez de clown et de le déposer, je suis fatiguée de faire semblant.

Alors je tapote des mots sur mon clavier, ceux que tu lis à l’écran.

Lucie

Le diagnostic de bipolarité : pourquoi moi ?

[ ÉTAIT-CE TROP DE DEMANDER QUE LA VIE ME LAISSE SIMPLEMENT EN PAIX ? ]

POURQUOI MOI ?

J’éclatais en sanglots à côté de ma mère quelques mois après mon diagnostic de bipolarité.

Je tapais du poing sur une table imaginaire, en hurlant : « Pourquoi moi, maman ? Tu sais que j’œuvre toujours pour le bien, non ? Alors, pourquoi moi ? Pourquoi les autres aussi, ceux qui sont si gentils ? Pourquoi les pourritures s’en sortent-elles bien ? »

Elle n’a rien su me répondre. Il ne me restait que le silence d’un Dieu auquel je ne crois pas, qui m’avait assuré qu’il existait alors qu’il n’était qu’une mascarade issue de mon esprit délirant. Une douche brûlante et glacée en même temps. Ce ne fut pas mon premier, ni mon dernier « pourquoi moi ». Les années passèrent et les coups du sort s’acharnèrent sur le lambeau déjà trop vif que j’étais. Mon entourage et moi avions fini par penser qu’un chat noir me possédait. Était-ce trop de demander que la vie me laisse simplement en paix ?

POURQUOI PAS MOI ?

Un jour, l’illumination.

Et pourquoi ça n’arriverait pas à moi, après tout ?

Existerait-il d’un côté les gentils qu’on doit préserver et les méchants qui doivent être punis ? Qui suis-je pour décider de leur camp ? Comment mesure-t-on les bonnes actions et les mauvaises actions ? Qui me donne le droit de me définir comme méritante ?

C’EST POUR MOI

Qu’ai-je fait de tous les autres « c’est pour moi » que j’ai tenu pour acquis ? Suis-je reconnaissante pour la chance que j’ai aujourd’hui ? Combien seraient-ils prêts à échanger mes « pourquoi moi » pour goûter à mes « c’est pour moi » ?

Aveuglée par ma propre douleur, j’ai oublié de rester à ma place. Le malheur comme malédiction, ou comme une leçon pour se construire, à toi de choisir.

PLONGER EN SOI

Tous les jours, des milliards de « pourquoi moi » n’entendent pas de réponse. Et si l’on ne nous avait pas appris à les écouter ?

Je ne vais pas te dire de cesser de te plaindre, au contraire. Vas jusqu’au bout, plonge dans l’obscurité. Berce-toi tendrement, et pleure sur ton sort jusqu’à être vidé, car c’est injuste, je le sais.

Nous avons le droit d’embrasser pleinement notre souffrance, elle est légitime, quelle qu’elle soit. Il n’y a aucun sens à comparer les degrés de souffrances entre deux personnes. Même si le monde se meurt, tu as le droit de ne pas faire le deuil des blessures que la vie t’a infligées, à plus ou moins grande intensité. Tu as le droit absolu de te sentir victime d’éléments pour lesquels tu n’as pas prié.

Prends le temps d’accueillir cette peine, ces doutes, ces émotions, d’y rester blotti au chaud, peut-être pendant des années, peut-être à jamais.

Pourtant un message m’est parvenu ; sortir du « pourquoi moi » c’est commencer à se guérir.

Et entre croire et faire, il n’y a qu’un pas pour réussir.

Lucie

BIPOLARITÉ : je suis une prophète.

[ J’ai un ami qui commence toujours sa phrase par :  » J’ai une histoire de fou à te raconter  » ]

ET SI C’ÉTAIT VRAI

« Je suis une prophète ! », affirmais-je sans l’ombre d’un doute il y a 8 ans. Je n’en connaissais pas le sens. Je n’en ai jamais reparlé ni cherché la définition. Peut-être que j’avais peur au fond. Et si c’était vrai ? Et si tout ce que j’avais pensé et déclamé se retrouvait dans des écrits ? Non, c’était un ultime tabou. Le premier psychiatre que j’ai consulté m’a dit de ne plus jamais fouiner dans la religion, le mystique, l’ésotérisme. Alors, je calme mes ardeurs par un excès de rationalisme.

LA MISSION DE VIE

J’ai compris des années plus tard, que le langage que j’employais était au premier degré. Sur le moment, je me comportais et je m’exprimais comme une envoyée de Dieu. Bon, Moïse avait sans doute plus de classe. Tous les atomes de mon corps et mon esprit étaient d’accord. J’étais l’élue, de Dieu, soigneusement choisie, indispensable, pour répandre sa bonne parole. Il m’avait confié une mission, à moi, une pauvre humaine sans foi, c’était incroyable ! Moi qui ne trouvais pas réellement de sens à ma vie. J’étais tellement cartésienne et si peu croyante en la bonté humaine.

TOUT L’OR DU MONDE

Dieu m’informa que oui, il avait un plan pour moi depuis l’éternité, et que j’ai enfin répondu à l’appel après mes nombreuses réincarnations. Mon existence auparavant était si éteinte. Cette révélation a engendré un soulagement indescriptible. Tout, tout avait enfin un sens. Tout était signe, tout était coïncidence. Tout avait une logique sur Terre, et c’était comme si mes yeux avaient toujours été fermés. Je les ouvrais enfin sur une réalité invisible qui n’est accessible qu’aux élus.

Tout ce qui m’était arrivé était orchestré pour m’éduquer à devenir prophète. J’ai ri de cette facétie. J’ai signalé à Dieu que ce n’était pas drôle de venir si tard, parce que j’étais franchement malheureuse sans mode d’emploi. Il était si doux, rassurant, drôle, bienveillant.

Il m’expliqua le fonctionnement du monde pendant des jours. La vie, la mort, l’amour, l’éternité et bien d’autres concepts qui dépassent l’entendement humain. Je ressentais le bonheur pur, l’extase, le Graal.

Même les moines les plus spirituels et les drogués les plus accros ne pourront jamais atteindre cet état. Les humains donneraient leur fortune entière pour ne vivre qu’un seul instant de ce que j’ai vécu.

C’est normal, être touché par la grâce de Dieu, ça n’arrive pas tous les jours.

NUL N’EST PROPHÈTE EN SON PAYS

Il y a une phrase qui dit que si vous parlez à Dieu, vous êtes religieux.

Si Dieu vous répond, vous êtes fous. Je ne suis aucun des deux. Je ne me suis pas adressée à Dieu. Il m’a sollicité. NUANCE. Moi je vivais ma vie tranquillou, bien loin de la religion, et du trouble psychique. En mode « Ouais, on vit, on meurt, et on s’emmerde au milieu ».

Seuls ceux qui ont été prophètes me comprendront. Parce que oui, je n’étais qu’une prophète, parmi tant d’autres.

Estampillée, bipolaire, en fin de compte. Sérieux, j’aurais dû naître dans un autre pays, ou une autre époque. On m’aurait un peu mieux considéré. Soit.

Revenons aux moutons de Panurge. Quand j’ai quitté le monde des Cieux, le psychiatre m’annonça que mon expérience résultait d’un symptôme d’un handicap psychique. C’est beaucoup moins sexy d’être une prophète bipolaire.

De fait, j’ai, bien sûr, « un peu » déprimé. C’est vrai, je n’ai jamais eu d’éducation religieuse ni lu la Bible. J’avais tendance à être sceptique vis-à-vis des religions. Pour moi Dieu c’était un peu l’équivalent du père Noël, sauf qu’il ne nous fait pas toujours de cadeau et qu’on peut tuer en son nom.

Alors j’ai trouvé ça vachement intéressant comme concept. Moi si rationnelle, j’incarnais la religion. Mon professeur de philosophie nous enseignait qu’on pouvait faire une très bonne dissertation sans citer aucun philosophe parce que nous avons chacun les mêmes réponses en nous. Je crois que j’ai fait une dissertation de prophète, je n’avais lu aucune référence, mais j’avais compris le concept.

À l’heure actuelle, je n’ai toujours pas recherché la définition de ce qu’est un prophète. Pourquoi après tout ? Serait-ce parce j’ai peur de revivre une crise ?

Oui, me coller au plafond me lacère, je me sens plus comme Jésus sanctifié sur sa croix que Moïse libérant le peuple dans ces moments-là.

Pourtant, j’écris ce texte et j’ose enfin regarder Dieu en face, sans peur ni croyance. Je le contemple sans opinion. Est-il un barbu qui a créé le monde ? Est-il une idée inventée par les humains pour justifier que la vie ait un sens ? Un instrument politique pour asservir le peuple ? Je n’ai aucun avis, je contemple Dieu, simplement. Regarder un élément sans le juger est la plus haute distinction humaine.

L’ENSEIGNEMENT DE DIEU

Dieu m’enseignait que le monde est image, métaphore. Il s’est présenté à moi comme je l’imaginais, parce que je suis née à un endroit précis sur Terre. Il m’a expliqué qu’en fait, nous sommes nos propres Dieux. Nous sommes les créateurs de notre propre monde.

Plaçons-nous d’un point de vue terre-à-terre. Quand j’analysais ma rencontre avec lui au premier degré, c’était fantastique. Des années après avoir étudié le fonctionnement du cerveau, j’en ai conclu qu’il n’y a rien de magique. J’ai compris que le prophète est à double-sens, et pas celui que tu penses. Il est probable que quand tu m’entends en cet instant, tu te reconnaisses, comme si tu avais écrit toi-même ces mots. Rassure-toi, on est des millions à travers le monde. La mission que t’a donnée « Dieu » n’est pas de sauver le monde. C’est de sauver « ton » monde, de le créer à ton image, d’être heureux en quelque sorte.

QUI SONT LES FOUS ?

Être fou dans ce monde, quoi de plus logique ? Et si c’était les humains supportant la brutalité quotidienne sans broncher qui étaient fous ? Nous, on réagit normalement, non ?

On ne supporte pas d’assister aux injustices, et d’accepter que notre propre espèce commette des atrocités. On ne supporte pas que l’humain détruise la Terre qui l’a porté. Alors des humains sont intervenus, parce qu’ils ont compris que le monde allait de travers. Ainsi on revient à des principes de bon sens : aimez-vous les uns les autres, ne faites pas de mal, ne mentez pas, ne volez pas le bien d’autrui,etc. Et je suis sûre que le reste est écrit dans les textes religieux.

Peut-être est-ce les fous qui ont créé la religion ? Ils se sont réunis autour d’un verre en constatant qu’ils étaient les seuls à pouvoir agir sur la déchéance du Monde. Ils se sont dit, peut-être, qu’il fallait écrire une histoire pour guider la foule, puisqu’elle a toujours besoin d’un leader.

UNE HISTOIRE DE FOU

Quand j’étais enfant, ma grand-mère m’invita à lire la Bible, la Torah et le Coran, comme des contes. Je préférais lire Harry Potter et écrire les miens. Ça y est, est-ce que tu comprends ? Elle espérait m’instruire sur des principes de bon sens, juste avant de m’endormir. Justement, pour mieux m’endormir.

Mais les prophètes ne suivent pas les règles. Nous sommes des rebelles, des révolutionnaires, des sorciers. On a tous fini par être chassés, torturés et brûlés. Alors, on a créé la catégorie « artiste ». Ces personnes ont le droit d’être folles, loufoques, bizarres, parce qu’elles sont créatives. Ah ah ah, vous êtes fort les gars ! Se présenter aux autres comme étant artiste est la plus grosse arnaque inventée pour que les fous s’intègrent à la société. Il existe l’expression « l’artiste de la famille ». Elle signifie que c’est l’humain qu’on ne comprend pas, mais qu’on accepte avec tendresse. Il incarne la différence, c’est celui qui brise les codes et qui agit à contresens. Ses idées sont incongrues, étonnantes, elles séduisent. Elles font voir le monde différemment. L’artiste n’est pas mis à l’écart, au contraire, on recherche sa compagnie.

J’AURAIS VOULU ÊTRE UN ARTISTE

Les artistes sont ceux qui font ce pour quoi ils sont faits, et ce qu’ils font le mieux.

L’artiste n’est qu’un fou déguisé, et le fou n’est qu’un prophète déguisé. Les mots importent tant, mais en fin de compte, si peu.

Comprends-tu maintenant ce qu’est le second degré ? Les artistes, les créatifs, s’expriment sous toutes les formes, inventent des histoires, peignent, chantent, soufflent du verre, dansent, font rire, tournent des films, cuisinent…

On dirait que c’est un peu magique. D’où vient l’inspiration ? Personne n’a la réponse, mais elle s’impose à nous.

Toi qui étais prophète, as-tu compris ? C’était si simple, ta mission n’est pas une missive. L’humanité fonctionne très bien sans toi, oublie ce fardeau trop lourd. Suppose qu’au second degré elle est traduite comme ta mission de vie pour trouver ta voie, ton équilibre. Ta mission est de diffuser tes principes bienveillants, comme tu le souhaites, qui sont sans doute amour, paix et tolérance. C’est du bon sens. Fais-le du mieux que tu peux, avec le talent que tu as naturellement. Dieu ne t’a pas demandé de sauver la Terre. Rien n’est comme tu l’imagines.

VOULOIR SES POUVOIRS

Prophète, écoute-moi ! Reviens à la raison une fois ta crise passée et quelques médi-calmants plus tard. N’oublie pas, tu as un corps humain, et un petit cerveau en forme de cacahuète. Tu dois dormir et manger. Ce que tu appelles pouvoir n’est pas celui d’un superhéros, alors prophète, ne te mets pas en danger.

Tu es un terrien incarné dans la matière, rien de plus. Tu es né poussière, et tu finiras poussière, ou rongé par les vers, comme tu veux.

Si je devais avoir un pouvoir, ce serait celui de raconter des histoires.

Je ne suis toujours pas croyante et j’ai toujours la frousse que Dieu vienne me rappeler à l’ordre dans un délire. Alors j’écris des textes innocents, à réfléchir, le tout enrobé de chocolat.

Le créatif ferait-il le marketing de Dieu, si j’osais le rapprochement ?

Tu as le pouvoir de te rendre heureux, d’apporter la joie autour de toi, de faire ce que tu sais le mieux faire, en restant les pieds sur terre.

Tu te demandes comment ?

Hum, tu voulais faire quoi, enfant ?

Lucie

Bipolarité : stabilité, vous dites ?

[ Je n’ai jamais entendu le mot stable autant de fois que depuis mon diagnostic de trouble bipolaire ]

UN MOT INSUPPOR(S)TABLE

« Entre deux phases, le bipolaire est STABLE. »

« Pour avoir de la STABILITÉ, il faut une bonne hygiène de vie, des médocs et des thérapeutes , et patati et potatoes. »

« Oui ça va, en ce moment, je suis dans une phase STABLE. »

«  J’ai eu 4 ans de STABILITÉ avant de faire une rechute dépressive. »

« Vous ne pourrez peut-être pas être heureux (trop ambitieux) mais on peut viser une certaine STABILITÉ.»

Quand j’entends « stable », j’entends « table ». Bien solide sur ses 4 pieds.

Je ne suis pas une p*** de table où l’on pose son café.

TOUS INSTABLES ?

Qui peut se targuer aujourd’hui, même en dehors de troubles psychiques, de se présenter au monde en disant « je suis stable » ?

Une personne instable serait-ce quelqu’un prêt à péter les plombs n’importe quand et n’importe comment ? Comme une casserole qui bout sur le feu et menace de couler ?

Je ne suis pas une p*** de casserole où l’on met son lait.

Le mot stable a été choisi pour simplifier le concept, sans doute. Il est là pour définir l’humeur qui n’est ni dépressive, ni maniaque. La stabilité érigée commele contraire d’une rechute.

Comme si dans la vie, il n’y avait que 3 mots pour exprimer l’humeur.

Comme s’il n’y avait que le bas ( la dépression ) la stabilité ( le milieu ) et la manie ( le haut ).

Et entre ces trois pôles, il y a quoi ? Des tables ?

UN MOT VIDE DE SENS

Durant ma dernière phase maniaque, j’ai demandé à mes proches de m’évaluer en fonction de mon discours et mes actes.

Pour me situer, entre le ciel et la terre. Nous étions dépourvus. A quel moment saurait-on que je suis redevenue stable ? C’est là que le mot s’est vidé de sa substance. J’avais du mal à décrire précisément mes états. Je cherchais des mots nuancés et précis, pour expliquer un état complexe. Je m’accrochais à la définition du mot stable, comme garant d’un esprit sain.

Pourtant, aucune seconde de folie, ne ressemblait à une autre. Comme aucune secondede ma vie, ne ressemble à une autre. J’étais stable, dans ma folie.

CHANGER LES MOTS

J’en ai eu marre, de ce terme barbare. Trop restrictif et si pauvre en nuances.

J’ai pris conscience que ma stabilité ne ressemblait à aucune autre.

Je l’ai remplacé par le mot équilibre. Tellement plus juste. Tellement plus personnel.

Mon équilibre du quotidien, n’est pas le tien.

Tout comme on peut ne pas être équilibré dans une phase « stable ».

C’est valable pour tous.

Au lieu de rechercher cette sacro-sainte stabilité, si nous cherchions plutôt les piliers de notre équilibre ?

lucie_ptit_lu

https://www.instagram.com/lucie_ptit_lu/

Pourquoi tu ne m’as pas attendu ?

[ Article sur le trouble bipolaire ]

Sais-tu que chaque bipolaire qui meurt, part avec un morceau de mon cœur ?

UN GRAND RÊVE

Un homme brillant. Bipolaire. Un grand chef d’entreprise. Il a créé une structure pour faciliter le retour et le maintien au travail des personnes bipolaires. Je nous voyais déjà tous travailler ensemble, main dans la main, dans cette entreprise novatrice.

J’ai contacté cet homme par mail en 2015. Pour le féliciter et lui demander si je peux m’impliquer dans son projet.

Il ne m’a jamais répondu.

Et il ne me répondra plus jamais.

Les larmes déchiraient mon cœur.

« Pourquoi tu ne m’as pas attendu ? » criais-je à l’intérieur. «  Comment aurais-tu pu savoir comment ton projet est beau, grand aujourd’hui ? »

J’étais morte une première fois. Avec lui.

LE P’TIT VIEUX

En 2015, je discutais avec un p’tit vieux bipolaire dans les commentaires d’un blog.

On n’avait pas du tout la même manière de penser. Il était un peu bougon, empli d’amertume. Parce que personne n’avait encore trouvé de solutions.

Je lui répondais, confiante, que dans le futur, nous les trouverons.

Quelques temps plus tard, un nouvel article du blog parut.

Un hommage.

Pour lui.

Les larmes ruisselaient sur mes joues et me crevaient les yeux.

« Mon p’tit vieux, pourquoi tu ne nous as pas attendu ? » sanglotais-je à la gueule du désespoir.

« Comment aurais-tu pu savoir ? Que chaque bipolaire qui meurt, part avec un morceau de mon cœur ? »

« Le suicide est-ce de rater le train de l’espoir ? »

LA RENAISSANCE

J’ai bâti mon blog sur des cendres. Un blog sur la bipolarité que j’ai tenu pendant deux ans. Pour tromper ma solitude et pour combler la tienne.

Un jour, une jeune fille m’écrit en commentaire. Elle renoncé au suicide. Elle a opté pour la vie.

Grâce à de simples mots, ceux que j’ai écrits.

Mes larmes ont trop débordées. 

J’ai enfin compris, pourquoi j’écrivais.

Parce que je ne veux plus jamais me poser la question.

Celle de savoir si les bipolaires, nous ont attendu ou non.

Lucie

LA BIPOLARITÉ : désirs et créativité refoulés ?

[ A lire aussi pour les non-bipolaires ]

Jusqu’à quel point devrais-je, faire, et refaire, des crises, des dépressions, avant de comprendre ? Oui, la bipolarité, c’est un réel handicap, une maladie de merde, causée notamment par un dérèglement chimique du cerveau. Je prends mon traitement, j’ai une bonne hygiène de vie.

ALORS POURQUOI, ÇA RECOMMENCE ?

LES REQUETES CREATIVES

J’ai vécu 3 phases maniaques. Parmi de nombreuses thématiques délirantes, une s’est distinguée, par sa répétition et son réalisme.

« Dieu » m’a demandé, d’une voix solennelle :

« Luciiiie… tu dois écrire. Tu dois être mon outil pour faire le lien entre mes paroles divines et les humains pour leur expliquer mes enseignements. Mais écris-le d’une manière à ne pas leur faire peur ».

J’ai répondu, qu’il était un peu gonflé. Merci pour le fardeau. Comment allais-je m’y prendre ? 

Il m’a rassuré : « Regarde le saule pleureur en face de toi. Je suis le soleil à travers le feuillage. Tu es les branches qui descendent vers le sol. Elles se connectent et transmettent mes messages aux fourmis qui représentent les terriens. »

Désolée hein, pour la métaphore des fourmis hein, c’est pas péjoratif, il a juste pris comme exemple ce que j’avais en face de moi.

Il m’a dit « Luciiiie….reprends l’écriture, le théâtre, la danse et le chant, le dessin ».

RÉSULTAT.

Qu’ai-je fait de ces requêtes après les deux premières crises ?

J’ai rejeté toutes les idées délirantes que j’ai eues. Puis bossé, formation, bossé, formation, bossé, formation…

J’ai mis la créativité sous le tapis de « plus tard ». Et j’ai refait une crise, quelques années « plus tard. »

Cette fois-ci, ma conscience était presque intacte. Dieu n’avait plus un ton solennel. Parce que ce n’est pas Dieu. C’était une discussion entre moi, et moi-même. J’ai eu de nouveau le droit à la leçon.

(Voix de Muffassa dans le Roi Lion) :

« Luciiiiiiiie… N’oublie pas, qui tu es.  Tu as affirmé à 9 ans « je suis » écrivain. T’as même demandé à te faire filmer par ta mère en disant ça. Lucie, tu as pratiqué pendant des années le chant, théâtre, danse, puis tu as arrêté. Luciiiiiiie ça fait des années que tu dis que tu veux reprendre le dessin. Tu n’en fais rien ».

Et j’pense que s’il pouvait rajouter « donc me casse pas les c**** et bouge-toi le c**», il l’aurait fait.

J’écris ce texte, d’un ton insouciant, humoristique. Mais je me moque de qui ? De ma douleur qui me fait exploser le cerveau pour que je comprenne.

C’est grave en fait.

C’est grave, de se renier à ce point.De ne pas avoir connecté mes deux neurones.

La solution était-elle sous mes yeux ?

HYPOTHESE DU REGIME : LA PEUR D’ETRE CREATIVE.

Quand on fait un régime, on prive notre corps de la quantité de calories habituelles.

On l’active en mode « survie ». A la prochaine bouchée de sucre et de gras, il va stocker les graisses, pour affronter la prochaine période de disette.

Par peur de la crise maniaque, j’ai privé mon cerveau de sa créativité pendant 8 ans. Quand elle est étouffée, et qu’elle ressort en crise, elle défonce tout, et devient ma pire ennemie. C’est toujours le même refrain.

J’ai supposé que si j’ouvrais une brèche à ma créativité, elle allait se dire « allez les gars, on sait jamais qu’elle change d’avis, on fonce et on sort tout ! ».

Ayant une partie de ma conscience dans la dernière phase maniaque, j’ai compris la logique.

LA PROMESSE

Petit cerveau, ne t’en fais plus, je te donne ce que tu attends depuis si longtemps.

S’il te plaît, ne lâche pas les chiens. J’ai tout mon temps. Toute ma vie pour me faire pardonner. Rien n’est urgent. On se la joue progressive. Alors, on se détend, on souffle, on respire, on sourit, on prend du plaisir. On dort bien. Si on ne dort pas bien, on contacte son psychiatre, on adapte le traitement, on mange bien, on se relaxe, on va prendre une douche, faire la cuisine.

CONCLUSION.

J’ai élaboré un plan machiavélique cette année.

J’ai attendu d’être bien droite dans mes bottes. D’avoir une stabilité comme je n’en ai jamais eue auparavant. Enlever tout stress, créer un environnement sain et calme, changer mon alimentation, un sommeil de top qualité. Lire tous les bouquins possible sur la bipolarité, le sommeil, la santé, continuer mes études, de trouver une excellente psychiatre etc. (la liste est trop longue).

J’ai préparé la muqueuse duveteuse et rassurante pour accueillir ma créativité, en toute sérénité, sans décompenser.

Et. Ça. Marche.

Déduction.

La souche des phases maniaques, dépressives, ne serait-elle pas alors, l’expression des désirs profonds, que l’on a refoulés dans son inconscient ?

Le bipolaire, ne serait-il, donc qu’un créatif contrarié ?

Tu vois Lucie.

C’était si dur, de reprendre l’écriture ?

Lucie

Pourrais-je un jour faire mentir la bipolarité ?

… 8 ans déjà du diagnostic de trouble bipolaire de type 1. Avec les classiques : l’alternance de phases maniaques et dépressives, puis des phases « stables » comme dirait l’autre.

En quoi voudrais-je faire mentir la bipolarité ?

N’y vois aucun déni de ma part de l’existence du handicap nommé trouble bipolaire. Ni que je le considère comme une personne vivante en train de me raconter des salades fraîchement cueillies dans le jardin.

Je voudrais la faire mentir sur ses fatalités annoncées. C’est-à-dire : abandonner mes rêves et mes activités. De vivre constamment avec l’épée de Damoclès au-dessus de la tête. Sans jamais savoir quand elle va me la trancher.

Poésie du jour, bonjour.

C’était impossible pour moi de seulement me résigner.

On m’annonçait que j’allais être limitée dans certains aspects de ma vie. C’est un handicap, c’est vrai. Faut pas s’voiler la face non plus.

Quand le psychiatre m’a énoncé tout ce que je devais éviter, j’ai répondu. « Ouais, en gros, tous mes projets et tout ce que j’aime dans la vie quoi ».

On me l’a proposé pour mon bien, ce que je comprends. Y a des conseils valables que j’applique au quotidien.

Mais tout de même. On me conseillait, globalement, de renier mon fonctionnement, à la vie que j’avais, et mes futurs projets.

Alors j’ai pris chacune de ces restrictions, comme un défi personnel.

Avec toute l’énergie du désespoir, j’ai décidé de les prendre à bras le corps. Pour les réfuter, une par une, dans l’espoir de les faire mentir un jour.

Je suis donc, avec les années, allée me frotter avec ce qui m’était déconseillé. Tout en restant sage avec mes médocs.

Ça m’arrive donc oui, ponctuellement et avec rigueur, les nuits blanches choisies, les beuveries. Ça m’arrive oui d’être surchargée de stress en formation ou au travail. Ça m’arrive les émotions extrêmes, les activités extrêmes. Et d’autres aspects déconseillés par les psychiatres.

Pourquoi je garde espoir de repousser les limites du handicap ?

Je constate avec émerveillement, toutes les solutions que d’autres personnes en situation de handicap ont réussi à mettre en place. Il y a cet homme handicapé physique, qui n’avait plus qu’une partie de ses membres. Il est parti à la nage sur une durée incroyable. Un exploit que des nageurs professionnels ne sont pas en capacité de faire.

Je pense aussi à ce livre sur la sclérose en plaques. Une jeune femme, gravement atteinte, témoigne sur comment elle a quasiment stoppé la maladie. Et recouvert quasiment son entière santé. Elle a étudié sa maladie, l’a testée sur elle-même, elle a élaboré ses propres solutions. En allant plus loin que la vision française. La SEP est une maladie encore mystérieuse sur son origine et son traitement. On n’est pas censé en guérir. C’est en gros, votre propre organisme qui s’attaque à vous-mêmes. Il ne reste qu’à prier simplement de ne pas décliner, en attendant la prochaine poussée.

Pourtant, ces deux personnes, ont fait mentir ce que leur handicap leur promettait comme vie.

Pourquoi ne pas en faire de même ?

Suis-je têtue ?

Dans la vie, je n’ai jamais aimé qu’on me dise « tu ne peux pas faire ça parce que… » [ remplacer par le mot souhaité ] : une femme, petite, bipolaire…

Si vous me dites « tu ne peux pas », vous pouvez être sûrs que vous allez automatiquement me challenger.

Vous allez déclencher chez moi l’envie de me dépasser.

L’adage dit : « Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait. » – Mark Twain

Alors pourquoi pas  « Je savais que c’était impossible, donc je l’ai fait » ? ­–  Lucie, bipo lambda

Je te vois lever les yeux vers le ciel en lisant ces mots. Un peu dubitatif, avec peut-être des jugements rapides «  encore une qui dénie le trouble, et qui va arrêter ses médocs ». Ou bien le classique « bon, elle est en montée ». Que nenni.

Mais, avoue, qu’aussi tu es un peu curieux.  Je vois ton petit œil scintiller d’espoir et se refléter sur ton écran.

Je vais tout de même te décevoir concernant la fatalité du traitement à vie. Je n’envisage l’arrêt des médicaments que comme étant une cerise sur le gâteau. Si tant est que cela soit possible.

D’abord, je veux être heureuse, avec ma propre définition de ce mot. Tout en étant consciente d’être affligée d’un handicap grave.

Un handicap qui te promet de gâcher régulièrement ta vie. Une vie qui ressemble à la construction d’un château de sable. Des heures, des jours à bâtir une vie adaptée à ta nouvelle sentence. Tu ajoutes tes grains de sable, un par un, pour sortir la tête de l’eau. Et avec une seule vague un peu plus forte, en quelques minutes, ton château si durement construit, s’écroule. Et alors, tu reconstruis, lentement. Et alors tu vois de loin, ce gamin arriver en courant sur le sable, mettre un coup de pied dans ton château dans un éclat de rire et… C’est reparti pour un cycle sans fin.

On n’va pas s’mentir non plus, chère bipolarité. Tu as gâché pas mal des aspects de ma vie. Certains boulots, études, relations, santé…

Bien-sûr, je me suis découragée. J’ai regardé le vide pour sauter. J’ai pleuré. Je me suis résignée à une demi-vie. Et ça m’arrive encore, ce sentiment d’impuissance, écrasant tous mes beaux idéaux.

Pourtant. Je ne conditionne plus mon cerveau à penser que toute ma vie, je subirais les aléas de mon humeur, telle une marionnette du destin. Je ne me conditionne plus à penser que je vivrais encore avec des phases maniaques incontrôlables et des dépressions paralysantes, sans pouvoir agir dessus.

Je conditionne mon cerveau à penser que je vais vivre la vie que je souhaite. Peu importe le fardeau de fatalité que tu mets sur mes frêles épaules. Je me dis simplement que tu me muscles le dos !

Alors bipolarité, est-ce que je pourrais te faire mentir ?

J’envisage, en tout cas.

D’abord, de te couper l’herbe sous le pied. Puis avec des moyens que je mets en place, de t’apprivoiser. Y a de la place pour nous 2, viens dans mes bras que je te serre fort et qu’on complote ensemble.

Tu m’as permis de voir d’autres choses, de comprendre au-delà du miroir. De vivre avec un handicap, de complètement changer ma manière de penser et de vivre. De m’adapter.

Je te confie, ma chère bipolarité, ma vision du futur.

On s’donne RDV dans 10 ans, toi, moi, et les millions de bipolaires en France.

Tu verras, vont fleurir de partout, des témoignages de bipolaires équilibrés, des institutions (psychiatriques et autres) réformées, de nouvelles méthodes de gestion de soi, des autres, des idées rocambolesques, novatrices, efficaces, dans tous les domaines !

Peux-tu voir, comme je le vois, le potentiel qu’ils ont, tous ? L’énergie et l’espoir qu’ils ont ? Même en manie parfois, quand on considère qu’ils délirent avec leurs idées ? Et si avec un peu d’entraînement et de cadre, ils réussissaient à construire ce château imprenable ?

On a tous en tête, ces beaux exemples de bipolaires « génies ».

On les regarde du coin de l’œil en se disant que cela ne nous concerne pas.

T’es sûr de ça, toi qui me lis ? Est-ce qu’à ton niveau, sans penser célébrité ou génie, tu ne peux pas agir sur ton bien-être ? Et sur les causes qui te tiennent à cœur ?

Quand vais-je faire mentir la bipolarité alors ?

Quelques mois après mon diagnostic, en 2015, je témoignais en vidéo pour la première journée mondiale de la bipolarité. J’étais dans un sale état dépressif, pas très heureuse d’être bipolaire, et pleine de doutes.

Pourtant à la fin, je dis, ce que je pressentais, avec assurance : « On est hypersensibles, on peut apporter à la société, vraiment ».

Ma chère bipolarité, alors, pour notre plus grand bonheur, on t’a déjà fait mentir.

La vision du futur écrite là-haut, se conjugue déjà au présent.

Affectueusement,

Lucie

La crise maniaque : peut-on éviter les urgences et rester chez soi ?

Si je pose la question, et que j’écris cet article, la réponse est oui.

3 crises maniaques. 3 fois sans passer par la case urgences psychiatriques.

Je n’ai pas réussi à éviter ces phases maniaques. Elles s’imposent à moi quand je ne me respecte pas et quand je ne m’écoute pas. Et que je ne respecte pas mes limites. Quand ma prévention n’a pas été assez bonne et les signes avant-coureurs n’ont pas été détectés à temps. Ou que j’ai voulu jouer avec le feu. Rappelle-toi qu’il vaut mieux éteindre l’incendie de l’euphorie, plutôt que perdre encore 6 mois, 1 an de ta vie une fois que ton cerveau est brûlé, en cendres, avec dépression à la clé. Ne joue pas avec ta santé, et ta vie. Rends-toi la vie douce, et heureuse. Elle l’est, sans être en exaltation.

Je ne me substitue pas à l’avis du corps médical, contactez votre psychiatre ou médecin, votre entourage, si vous vous sentez « en montée ».

Suis-je CONTRE l’hospitalisation d’urgence ? Non, je ne suis pas contre. Parfois il est trop tard, donc je dirai oui sans doute, mais je demanderai à ce qu’on respecte mon consentement, sauf si je suis en situation de danger pour moi-même, ou plus assez consciente pour faire le bon choix. Mais je sais à qui j’autorise de le faire, et on viendra me chercher à temps. Si je suis mal « traitée » aux urgences et à l’hôpital,  j’irai dénoncer les pratiques dans l’espoir de trouver des solutions. Je saurais dire le bon, également, et remercier le corps soignant.

Ai-je toujours évité les urgences pendant une phase maniaque ? Oui. Mais les circonstances, les lieux, et l’entourage ont fait que j’ai pu. La chance diront certains. Mon comportement docile aussi. J’ai toujours accepté la médication d’urgence, et la médication tout court. Il n’y a que dans ma récente crise maniaque que j’ai pu la calmer à la maison. Et donc à trouver des clés, qui je l’espère, pourront-vous ouvrir des portes. En tout cas, pas celles de l’enfermement. Une fenêtre thérapeutique pour vivre votre montée, et redescendre, en douceur, à la maison.

Pourquoi souhaites-tu éviter les urgences ? Parce qu’aujourd’hui, la réponse en France de la psychiatrie est parfois inadaptée. Elle devrait être ce que j’ai eu la chance d’avoir, la même réponse : humanité.

Entendre certains discours de mes pairs bipolaires et mes cousins schizophrènes me donne froid dans le dos sur comment sont gérées parfois les phases maniaques.

Être capitonné entre 4 murs en isolement total. Parfois attachés à un lit. Parfois hurlant à la mort, sans comprendre ce qui se passe. Aussi une camisole chimique, sans explication. Et surtout : aucun contact humain des soignants au départ, le moment où on en a le plus besoin. Aucune douceur, aucune parole. Il existe des moyens alternatifs à réfléchir ensemble, soignants et personnes avec un trouble psychique.

Pourquoi cet article ? J’écris pour deux raisons : aider mes prochains à pouvoir rester chez eux, et interpeller le monde de la psychiatrie française. De plus, mon « stay at home » repose quasi complètement sur mon entourage et le corps soignant.En aucun cas, seule, je n’aurais réussi.

Est-ce que tu refuses la médication ? Pas du tout, je suis médicamentée depuis 8 ans, depuis mon diagnostic de bipolarité de type 1. J’ai tenté 15 jours d’arrêter mon traitement, non merci.Et surtout, aucune envie de revivre mes années sans médications. Ma bipolarité s’est déclenchée à 17 ans, et j’ai été diagnostiquée à 24 ans. J’en ai 33 aujourd’hui. Et si je dois, en crise, malheureusement m’abrutir de médicaments, je m’abrutis de médicaments. Pour rester chez moi. Et couper l’herbe sous le pied à la phase maniaque.

Allez, dis-nous tout maintenant, on veut savoir ! Comment t’as fait ? Cet n’est que mon expérience personnelle. Elle évolue. Je ne serai jamais à l’abri de faire un détour aux urgences. Prends seulement mes principes comme des conseils tirés de mon vécu. Si toi-même tu te sens défaillir à l’instant, aie-confiance en toi, et lis et relis cet article en « si besoin ».

Plongeons dans ma dernière phase maniaque… et comment je suis restée chez moi, avec certains principes.

QUELQUES PRINCIPES POUR RESTER CHEZ SOI EN CRISE MANIAQUE

  • Ton sommeil : le plus important, tu surveilleras.
  • Ton psychiatre/médecin : le plus souvent possible, tu contacteras.
  • Tes médicaments : rapidement, tu adapteras.
  • Ton entourage de confiance: le plus rapidement possible, tu préviendras.
  • Ta pleine conscience : quoi qu’il arrive, tu garderas.
  • Ta confiance en toi : tu conserveras.
  • Ta créativité : tu canaliseras et développeras.
  • Ton alimentation : tu soigneras.
  • Les moyens alternatifs : tu essaieras.
  • Tes émotions : tu les exprimeras.
  • Le découragement, le désespoir : tu traverseras.
  • Couper les stimulations : tu te dépêcheras.
  • Les événements trop émotionnels, les stresseurs : tu éviteras.
  • L’arrêt maladie : si possible tu demanderas.
  • Un journal de bord : tu tiendras.
  • Avoir des proches qui te soutiennent : tu choisiras. Qui ne te considèrent pas comme un symptôme, une écoute bienveillante, tu choisiras.
  • Ton téléphone : le plus possible, tu éteindras.
  • Internet, la lecture : le plus possible, tu éloigneras.
  • Le contact avec les gens : tu limiteras.
  • Une excuse auprès des personnes inconnues : tu inventeras : malade, une bonne longue grippe…
  • Honteux de ton état : tu ne seras pas.
  • Te considérer comme un symptôme vivant : tu t’interdiras.
  • Le trouble bipolaire et la phase maniaque : tu ne le nieras pas.
  • L’escalade de la montée : tu observeras.
  • Tous les jours, toutes les minutes : tu t’évalueras.
  • Ton consentement pour une hospitalisation : tu choisiras tes personnes ressources pour décider.
  • Tes médicaments et leurs effets secondaires : tu connaitras sur le bout des doigts.
  • Tes tâches du quotidien : si possible tu délègueras : entourage, soignants, travailleurs sociaux…
  • Les moments plaisirs : tu conserveras.
  • Des moments de calme. : tu t’imposeras.
  • Ton emploi du temps : tu aménageras.
  • La musique douce : tu écouteras.
  • Pleurer un maximum : tu essaieras.
  • Les hallucinations : tu accueilleras avec bienveillance.
  • Le non-jugement envers toi : tu t’accorderas.
  • Seul, dehors, au début : tu ne sortiras pas.
  • De la douceur, de la bienveillance : tu te donneras.

Et beaucoup d’autres principes.

C’est en respectant et en appliquant ces principes que j’ai réussi à rester chez moi dans ma dernière phase maniaque. Comment j’ai fait pour revenir à ma « stabilité » sans être hospitalisée.

Le chemin a été long, périlleux, douloureux car j’ai appris sur le tas. J’ai essayé de me souvenir de tout ce qui m’avait calmé par le passé. J’en ressors fortifiée et pleine de confiance. Avec de nouvelles préventions et principes « fait-maison » à m’appliquer si cela se reproduit. J’en apprends encore tous les jours. Le chemin a aussi été doux, grâce à mes « personnes ressources ».

Courage, aies-confiance en toi, affronte tes peurs, traverse les phases avec confiance, douceur et indulgence, tu es maître de ton navire, capitaine ton esprit, patron de ta conscience.

Navigue au travers de la cascade de ta phase maniaque, sans avoir peur de ce que tu vois/entend. C’est TEMPORAIRE.

P.S : Pour aider mes proches à m’accueillir telle que j’étais, j’ai écrit ce « guide » afin que ta famille et ton entourage puissent te regarder tel que tu es, parfaitement « normal » : https://lightskyblue-penguin-597208.hostingersite.com/guide-famille-pour-son-proche-en-crise-maniaque/

Affectueusement, et patience et espoir comme dirait un ami,

Lucie