« Me voilà en train de filmer ma propre mise à l’oubli.
Mais que s’est-il passé pour en arriver à allumer ma caméra dans un lieu de soin psychiatrique (ce qui est interdit) ?
Pas grand chose et à la fois tellement de choses, on sait bien comme ça part au quart de tour dans ce genre de situation. L’objet du litige, un gobelet de calmant versé au sol le dos appuyé sur les portes du service fermé (celui qui a les chambres d’isolement) en guise de sit-in improvisé.
Derrière cette porte, les oubliés de la psychiatrie, ceux que l’on soigne sans leur consentement le temps qu’ils acceptent la sédation imposée.
Car là était le dilemme, sédation ou prédation.
Je ne voulais pas me faire sédater, ce qui m’aurait sûrement évité de re-débouler menottes en mains les portes cette fois-ci ouvertes quelques minutes plus tard pour une mise à l’isolement et piqûre tenu par les policiers. J’écris à une vingtaine de jours d’intervalle, le temps qu’ils ont jugé utile de me garder en me demandant gentiment d’effacer la vidéo de mon éjection de la polyclinique de la rue Wurtz, celle qui deviendra qui le sait mon lieu de soin privilégié pour éviter de finir à l’hôpital des oubliés celui de Soisy en banlieue parisienne.
Car les oubliés, on ne les garde que 72h au centre-ville et on les envoie après validation du juge des libertés au pavillon fermé, celui où ils m’ont tenu 5 jours entiers sans pause ni considération en chambre d’isolement, celle où on te laisse hurler et taper sur la porte comme bon te semble dans la limite de ta santé physique. Car la torture psychique, elle, n’a toujours pas trouvé d’issue et l’impasse reste entière dans ces pavillons de l’oubli qu’on appelle la psychiatrie. »
Ayant reçu une facture me réclamant 180 euros après un séjour de 12 jours (comme le nom du film de Raymond Depardon) à l’hôpital psychiatrique, je m’interroge sur le sens de ce courrier et la violence que cela signifie pour moi.
Car je n’ai aucunement envie de payer une telle somme pour un séjour en chambre d’isolement où le « forfait psy » perd son sens car il n’y a pas eu de soin psychique. En effet, quand on est enfermé, on ne vous parle pas dans un but thérapeutique, on ne fait que vous nourrir et vous médicamenter.
Comme le dit l’image, cette contribution c’est pour le ménage et l’hébergement, alors vous me direz que ce n’est pas cher pour un toit comparément à un hôtel.
Sauf que la psychiatrie asilaire n’est pas un lieu accueillant ou un refuge pour les personnes en souffrance, les chambres fermées à clé m’ont toujours poussé au désespoir et j’appelle cela de la torture. Les gens en chambre d’apaisement passent leur journée à hurler et à taper à la porte du plus fort qu’ils peuvent et je n’étais pas l’exception.
D’où ma question, doit-on payer quand on se fait torturer psychiquement ?
Ne devrait-il pas y avoir une réparation de leur part, peut-être pas une indemnisation mais au moins une reconnaissance que les droits de l’homme ont été bafoués.
Comprenez-vous la violence qu’une telle facture représente ? Non pas pour mon porte-monnaie car je ne paierai peut-être pas, malgré les menaces des huissiers, mais pour la dignité humaine ? Comment accepter de financer un lieu de torture psychique ?
La santé psychique a bien un prix, 180€ pour 12 jours, mais je refuse de financer à posteriori et de force un lieu de torture psychique appelé soi-disant établissement de santé mentale.
Ce n’est pas au patient de s’endetter pour financer les soins non-consentis. La psychiatrie manque peut-être de moyens mais ce n’est pas au psychiatrisé de financer un système qui bien souvent le maltraite et le traumatise.
Ou alors, je veux bien payer la nourriture et le ménage mais d’abord il faut leur signifier combien ils sont systématiquement maltraitants dans le service fermé de cet établissement public de la banlieue d’Evry.
Vous voudriez des moyens pour la psychiatrie, l’argent est sûrement le nerf de la guerre pour former et recruter du personnel mais commencez par respecter les droits de l’homme, par abolir la contention, par demander le consentement au patient, à ne pas sédater de force et par trouver des clés pour ouvrir toutes ces portes qui ferment toute possibilité d’échange et de relation sécurisante et pacifiée entre patients et soignants.
Il faut de l’argent pour financer de tels services, mais à quel prix et selon quelle éthique ?
« Bonjour, je vous contacte pour apporter un témoignage ainsi que quelques réflexions sur un sujet qui me tient à cœur.
En effet, au quotidien je me dois de concilier une vie universitaire avec d’autres manifestations plus étranges. Si je peux utiliser une image pour visualiser mon parcours, je dirais que ce serait comme marcher sur un fil sans sécurités à 2000 m de hauteur, les mains attachées en devant danser la polka… ce n’est pas impossible, mais c’est risqué.
Paraître normale, et surtout ne pas trahir de souffrance, je m’y emploie depuis que j’ai récupéré de ma première décompensation (et même un peu avant).
Mon cursus universitaire est tout ce qu’il y a de plus classique, à une seule chose près, je souffre de troubles psychotiques depuis l’âge de 17 ans, qui se sont manifestés par trois crises majeurs et des moments de vulnérabilité plus intenses beaucoup plus fréquents.
Je tiens à témoigner, non pas pour dire que faire des études et avoir un travail c’est totalement possible et facile pour toutes les personnes qui souffrent de schizophrénie parce que je suis bien placée pour savoir à quel point c’est casse-gueule et que la stigmatisation est encore extrêmement présente.
Non, juste mentionner que peut-être il ne faut pas faire une croix sur tous projets de vie quand on a ce diagnostic, qu’au contraire il va falloir se battre beaucoup plus que les autres pour obtenir environ la même chose, mais qu’avec beaucoup de soutien de l’entourage, et aussi beaucoup de courage c’est possible.
Mon directeur de thèse m’a un jour demandé quelles étaient mes motivations pour faire une thèse de doctorat. J’ai baratiné quelque chose, mais j’avais envie de répondre honnêtement : il y a clairement une volonté de paraître normale, ça je ne peux pas le nier, et surtout une fois diplômée j’aurai aussi un grade de Docteur, comme les psychiatres (une motivation en béton à n’en pas douter).
Voilà, j’espère que mon témoignage pourra être un jour utile ;
Angeline Ribrioux, étudiante en L2 Arts Plastiques, nous dévoile son travail sur la surmédicamentation en milieu psychiatrique, accompagné du témoignage de son amie Agathe (@moonmaelstrom).
Pour cela elle utilise le concept de traduction, de transposition. A partir d’une réflexion autour de la transposition de la substance psychique et de sa traduction médicale matérielle, elle prend le parti d’une difficulté de traduction de cette dernière qui mène à une perte pour le patient et une incompréhension entre ces deux entités patients-soignants.
Pour ce faire, elle représente les médicaments par des résistances qui ont chacune un code couleur en fonction du médicament représenté, alimentées par un circuit électrique représentant le système nerveux humain.
Cette réflexion qui a animé ce travail plastique est animée par une conviction profonde d’Angeline Ribrioux de lutter contre les surmédicamentations abusives et l’abandon des médecins psychiatres face à des moyens d’action trop limités et une demande croissante d’une population fragilisée à laquelle ils ne peuvent pas répondre, par la création artistique.
Témoignage d’Agathe :
« J’ai 24 ans, je suis malade depuis l’âge de 10 ans. J’ai été hospitalisée 22 fois en psychiatrie depuis l’âge de 9 ans, pour diverses raisons. A ce jour mon diagnostic est « trouble de la personnalité borderline avec dépression réfractaire et trouble anxieux généralisé, troubles du comportement alimentaire ».
J’ai été suivie d’abord en pédiatrie par des pédopsychiatres et psychologues puis à ma majorité j’ai eu du mal à trouver un suivi stable, mon état s’est nettement dégradé jusqu’à ce que je sois hospitalisée 3 à 4 fois par an pour une durée d’un mois à chaque fois environ, que je sois obligée d’arrêter mes études, de me faire reconnaître handicapée car qui embaucherait quelqu’un qui se fait hospitaliser tous les 3 mois et dont l’état est grave ?
Mes symptômes ont beaucoup évolué avec le temps. Dans l’enfance et la préadolescence, j’étais dépressive, suicidaire, j’avais des crises d’angoisses avec évanouissements, crises d’angoisses avec spasmes et machoires qui claquent, eczéma géant sur tout le corps, boulimie et hyperphagie.
A l’adolescence, j’étais suicidaire, dépressive, j’avais des crises d’angoisses avec crises de larmes, tremblements, étouffements. Je suis devenue anorexique boulimique, et mon humeur a commencé à changer subitement et souvent, je suis devenue plus impulsive, j’avais des comportements auto destructeurs (sexuels, mutilations, drogue).
A l’âge adulte, j’ai perdu le contrôle de mes émotions et de mes pensées. J’ai des pensées envahissantes et incontrôlables. Par exemple des visions de souffrance qui durent des heures. Je suis en dépression réfractaire c’est à dire que les médicaments n’ont plus aucun effet dessus. Je fais des crises d’angoisses à la moindre contrariété où j’ai mal au ventre et à la gorge et où j’ai l’impression que je vais mourir. Je fais des crises de déréalisation où je suis déconnectée de la réalité pendant des heures parfois des jours, totalement enfermée dans un mutisme très perturbant pour mes proches. J’alterne entre boulimie et anorexie, mon poids est très instable. »
Voici mon expérience des soins en psychiatrie (adulte) :
« Cela fait 5 ans que je suis suivie par un CMP (centre médico psychologique). C’est un centre où il est possible de retrouver des infirmiers, des psychiatres, psychologues et assistantes sociales. Alors oui sur l’étiquette ça a l’air très complet, mais la réalité des choses est tout autre.
Ma psychiatre me consacrait 15 minutes par mois pour évaluer mon état et faire les prescriptions. Sachant que rien que pour établir un diagnostic il faut plusieurs heures c’était compliqué, elle m’a donc traitée pour mes symptômes et pas pour l’ensemble de mes troubles « vous avez des insomnies ? Je vais rajouter ça. Vous avez des angoisses ? On va augmenter ça et rajouter ça. » Voilà en quoi consistaient les consultations, avec parfois une demande d’hospitalisation quand j’étais vraiment à bout.
Ainsi j’ai commencé à prendre beaucoup de médicaments. Parce que ces médicaments ne sont pas inoffensifs, surtout la famille des benzodiazépines, j’ai commencé à devenir de plus en plus accoutumée, à avoir besoin de plus grosses doses, de médicaments plus forts. D’ailleurs aujourd’hui j’ai développé certaines phases à la limite de la psychose tellement l’angoisse est forte et je prends des neuroleptiques car les benzodiazépines n’ont plus aucun effet sur moi.
Mon parcours hospitalier a contribué à cette montée en force des traitements. Je ressortais toujours avec une ordonnance plus longue, plus complexe, je prenais des correcteurs (antiparkinsoniens) pour contrer les effets secondaires de certains médicaments que je prenais en très grosse quantité, et il n’y avait absolument aucun travail autre que quelques séances de psychothérapie par ci par là (3 ou 4 par séjour) ce qui n’a aucun sens car une psychothérapie est un travail de fond qui doit être fait sur la durée.
Aujourd’hui, grâce à une sophrologue et une psychologue dans le privé, ainsi que le soutien d’une autre psychiatre en complément d’un nouveau CMP avec moins de patients et une psychiatre plus attentive aux médicaments et aux effets secondaires qu’ils engendrent, j’ai réussi à arrêter la majeure partie de mon traitement (je suis passée de 17 cachets par jour à 8 ), et j’ai entrepris un vrai travail sur moi qui m’aide de jour en jour à me stabiliser et à aller mieux. »
« on assiste depuis une dizaine d’années à des évolutions importantes, tant dans le recours aux soins qui s’accroît que dans les modalités de prises en charge pour lesquelles les suivis ambulatoires et, dans une moindre mesure, les suivis à temps partiel se développent ; – on note une grande hétérogénéité de l’offre de soins, à la fois dans sa répartition géographique et entre types d’établissements (pathologies traitées) ou entre secteurs (modalités de soins, organisation). »
« plus de 83 % des lits et places en psychiatrie le sont dans les hôpitaux publics et privés participant au service public hospitalier (PSPH). Seuls quatre départements ont une offre privée supérieure à 50 % du total. Le phénomène est encore plus net pour l’offre de soins à temps partiel (89 % dans les hôpitaux publics ou PSPH). Quant aux prises en charge ambulatoires, elles sont quasi exclusivement publiques. En effet, les établissements privés sous objectif quantifié national, du fait des contraintes réglementaires, gardent un type de fonctionnement caractéristique, avec des prises en charge en hospitalisation complète majoritaires par rapport aux hospitalisations à temps partiel (alors que le rapport est d’un à dix dans le public) 1 . »
« Même s’il est difficile d’objectiver les besoins de soins en psychiatrie, on constate que le recours auprès de l’ensemble du système de soins s’accroît partout où il a pu être mesuré (secteurs, ville). On a ainsi pu évaluer à 56 % l’augmentation du nombre de personnes suivies par les secteurs de psychiatrie en dix ans (de 1989 à 1999) et à 19,4 % celle des consultations par les psychiatres de ville entre 1992 et 2001 (DREES, 2003). »
« Au-delà des problèmes de santé mentale, la population des personnes suivies en psychiatrie, telle qu’elle a été repérée dans l’enquête « Handicap, Incapacités, Dépendance » de l’INSEE 1 , apparaît globalement en plus mauvaise santé physique que le reste de la population : ainsi l’on constate, chez les personnes hospitalisées, une surmortalité par rapport à la population du même âge, ainsi qu’une mobilité limitée. L’ensemble des personnes suivies régulièrement pour troubles mentaux déclare en outre, en plus des déficiences psychiques, davantage de déficiences physiques, motrices, métaboliques que la population générale »
« D’une manière générale, les personnes suivies en psychiatrie apparaissent, par rapport à la population générale, confrontées à des difficultés tant sur le plan de la vie affective ou sociale que sur le plan de l’activité professionnelle. Ainsi, le célibat ou le divorce sont deux fois plus fréquents qu’en population générale. L’insertion professionnelle apparaît plus difficile, surtout pour les hommes. L’emploi protégé occupe une place très marginale (Anguis, 2003 ; Chapireau, 2002).
« Les aides monétaires sous forme d’allocations sont fréquentes, concernant un malade sur trois, et davantage des hommes. Deux personnes sur trois ont une reconnaissance administrative de leur handicap et le coût social du handicap mental est considérable puisqu’une personne sur quatre qui consulte perçoit une allocation ou pension du fait de son état de santé (Anguis, 2003). »
« Des difficultés d’observation En matière de santé mentale et même de psychiatrie, l’objet lui-même est, bien sûr, de contours incertains et d’observation difficile : – qu’il s’agisse de la mesure des prévalences des maladies ou symptômes pour lesquels la nosographie est parfois imprécise (diagnostics de dépression ou dépressivité par exemple) et évolutive et les biais nombreux, particulièrement dans les enquêtes en population générale ; – qu’il s’agisse des prises en charge qui s’avèrent être extrêmement diverses et qu’il est difficile de décrire de façon homogène (l’activité d’un CATTP peut dans certains secteurs s’apparenter à celle d’un hôpital de jour, les pratiques des professionnels sont éminemment variables…), pour lesquelles il est, de plus, encore impossible de repérer des trajectoires de soins des patients. »
Je voudrais me présenter sous le nom de Midori, un peu comme le chant d’un oiseau violent et fragile qui vole en s’accrochant à un nuage. Cela veut dire verdure en japonais. Ça se prononce Midoli.
J’ai toujours aimé me nommer autrement, comme pour affirmer ma véritable identité, dans toute sa profondeur abyssale et sa noirceur terrible et obscure.
J’ai décidé d’écrire ce témoignage, sur les trois plus belles choses qui m’ont sauvée et ont fait sublimer une souffrance psychique abominable et tortionnaire : Dieu, l’Art et les Couleurs.
Pour décrire un peu mon parcours et mon identité, je le décrirais comme une grande danse chaotique, depuis l’enfance.
Tenues totalement extravagantes.
Imaginaire totalement déluré, délirant, impressionnant et loufoque allant pratiquement jusqu’à la véritable folie.
Comportements loufoques comme courir d’une pièce à une autre en grimaçant avec des gestes étranges pour exprimer mes pensées.
Tiraillements et crises existentielles avec des réflexions philosophiques tordues et profondes.
Difficultés avec l’autorité.
Des viols et des maltraitances graves subis dont du harcèlement scolaire.
Des phobies alimentaires, obsessions et fantasmes très étranges et incongrus allant avec des comportements inédits.
Crises de rage, de psychose, violences et manipulations à l’égard de mes proches ou autres.
Angoisses.
Puis de nombreuses hospitalisations, qui ont souvent été un échec.
Tendances à consommer des drogues dures (médicaments antidouleurs antalgiques et calmants type Valium, Xanax à haute dose) avec plusieurs overdoses.
Addictions diverses.
Je suis diagnostiquée personnalité limite.
Si je suis encore là aujourd’hui pour témoigner, c’est grâce à quelque chose de puissant, ou plutôt plusieurs éléments extatiques et transcendants.
J’ai épousé Dieu, l’Art et les Couleurs, ce qui m’a sauvée d’une mort sûrement promise, si je n’avais pas rencontré tous ces phénomènes.
Pour parler de Dieu en premier.
Toute ma vie, je hurlais, incomprise. Entres les murs blancs et blafards, fardés de couleur banquise. Sur un banc céleste, à l’ouest du monde. J’ai rencontré Dieu, non loin de l’immonde.
Déjà, pour mettre les points sur les i.
Je pense profondément être anarchiste.
Cela n’est pas un « oxymore » ou une impossibilité car ces concept imposés sont pour moi une construction ultra sociétale.
Après toutes ces hospitalisations et ces sentiments de mal-être extrême me rongeant la poitrine et les os, je suis allée vers ce que j’appelle une transe pieuse et spirituelle.
Dans un monde où l’on me rejetait car psychiatrisée et extrêmement neuroatypique, travesti par périodes car non binaire, femme, ronde voire grosse avec des cheveux de métisse malgré ma peau blanche, je me suis sentie proche d’un être que je trouve punk, extrêmement touchant et puant comme sacré.
Puant, dans le sens d’un clochard qui est mal vu par la société mais qui resplendit de l’âme et du cœur par exemple.
J’ai commencé à renaître, à me rapprocher des marginaux, tout cela grâce au Christ et à des ressentis animistes, sans institution ni dogmes, à l’opposé total du traditionalisme de droite.
J’ai réalisé que Dieu était de notre côté, à nous les fous.
Et justement, cela peut paraître fou, mais en tant que femme très féministe et progressiste, peut-être même anarchiste, avec ce Dieu sans dogmes ni autorité sévères, j’ai décidé de porter un foulard pour le Christ, de me couvrir les cheveux, comme je me travestis en homme par d’autres périodes.
Je le vis comme un.e bipolaire ressent ses phases, mais désormais bien plus sereinement.
Pas besoin d’être traditionaliste, « soumise », « folle », nonne, musulmane ou je ne sais quelles suppositions encore, pour le porter.
Je suis une chrétienne totalement excentrique, barrée, anarchiste, prude comme parfois délurée.
Je n’ai pas besoin d’être psychiatrisée jusque là, non merci.
J’ai une personnalité comme tout le monde, plus affirmée et atypique, c’est sûr, mais c’est mieux que d’avoir un caractère de chemise à boutons sous un fer à repasser.
J’ai senti le besoin d’épouser à ma manière Dieu, qui est du côté des fous/folles mais également pour plusieurs autres raisons plus personnelles, que je ne dévoilerai pas ici.
Pour parler des Couleurs et de l’Art.
Je ne me suis pas suicidée grâce à la peinture. Elle me permet de crier des souffrances insaisissables que je ne peux pas exprimer par écrit, soit par pudeur soit parce que souvent, ce sont des maux qui ne peuvent pas s’expliquer avec des mots, ni même quelques pensées évanescentes.
J’ai commencé à peindre pour ne pas me tuer, mais j’ai écrit depuis toujours pour apprendre à exister.
J’écris pour ne pas m’enfermer avec les monstres tranchants et immondes qui sont en mon être et qui me mordent et m’arrachent les tripes car j’ai trop de retenue pour parler en profondeur de ma souffrance sans la poésie ou l’art.
J’écris pour ne pas m’étouffer dans l’oxygène oxymore d’un cercueil, dans lequel je serais enterrée vivante si je ne pouvais pas créer.
Je danse aussi, pour me sentir femme, violente, garçon, chaste, sainte, sexuelle, immorale, céleste.
Pour exprimer des années de cris enfouis.
Peindre les couleurs avec mes gestes musicaux.
J’aime créer des personnages de théâtre, parfois atroces ou totalement comiques et loufoques.
Les Couleurs.
Elles expriment sans cesse ce que je suis ou ne suis pas.
Elles ont une symbolique extrêmement puissante pour moi et me déchirent le cœur de bonheur immense.
Violet, symbole spirituel et totalement immatériel, que j’aime passionnément mais qui me fait parfois plus peur que la mort.
Jaune, lumière des fous.
Orange, flamme impétueuse et explosion divine.
Bleu, couleur de la banalité et de la mélancolie, pleine de spleen qui se pend au cou de son propre azur.
Je vois des couleurs partout, dans les villes, dans la nature, dans l’âme des enfants, des petits, des grands, des animaux et des marginaux splendides ou putrides.
Mes couleurs préférées depuis que j’ai véritablement grandi et que je me suis mise à renaître de travers, sont le vert et le orange.
Ma couleur d’enfance était le rose et il y a aussi eu le jaune et toutes les autres couleurs par fluctuations.
Le rouge est ma passion, ma destruction et je l’aime comme je le hais sans demi-mesure.
Pour revenir au sujet, je m’habille souvent totalement en monochrome vert, d’ailleurs.
Vert comme la puanteur splendide et divine de Dieu.
Vert comme Gaïa et les farfadets.
Orange comme ce qui dérange mais qui continue à exister en brillant à jamais.
Vert Nature, vert pur sans parure.
Vert comme nous les aliens, petits hommes et femmes verts bien trop terrestres ou terriens, trop ovni.
Avec un pied ancré dans la Terre et l’autre dans les étoiles.
Mais toujours là à se battre infiniment pour avoir le droit d’exister.
Vert de la timbrée merveilleuse ou du désaxé virtuose grandiose qui est et reste Humain ou Humaine à travers la nature et l’oxygène d’un arbre qui fait battre son petit cœur.
Orange comme nos cœurs épicés et nos explosions créatrices célestes.
Orange comme la fusion entre le sang et le soleil qui nous fait resplendir cette lumière.
Vert et orange comme l’espoir de la guérison, le crépuscule des dingues merveilleux et l’acceptation de toutes les folles et de tous les fous de ce monde trop carré pour tourner rond.
Intervention inspirée et inspirante du lundi 9 décembre 2019 lors du grand rendez-vous Parlons Psy à Paris.
« Bonjour, je m’appelle Philippa.
Je prends la parole aujourd’hui pour vous raconter
mon parcours, la façon dont j’ai évolué de personne concernée par la maladie
psychique pour devenir accompagnante et formatrice sur les enjeux de santé
mentale dans le monde professionnel.
Il y a deux principaux messages que j’aimerais vous faire passer à travers mon témoignage.
D’abord qu’il y a certaines pratiques en psychiatrie qui doivent absolument être remises en cause pour évoluer.
Je voudrais aussi vous montrer comment le trouble psychique par lequel je me suis d’abord sentie détruite et avilie, est devenu un chemin, certes exigeant, mais qui m’a permis de grandir et de me construire. Vous raconter comment j’ai fait du ravin, un chemin, comment j’ai fait de ma fragilité, une épée.
Quand je suis intervenue la première fois en tant qu’invitée à l’édition Parlons Psy de Nantes, j’ai raconté dans le détail, la réponse qui avait été faite par le monde dans laquelle je vis, au grand bouleversement psychique que j’ai traversée pour la première fois à l’âge de 20 ans.
Je dis bouleversement psychique volontairement, pour m’éloigner de toute considération psychiatrique. Il s’agit avant tout d’un vécu, d’une expérience humaine qui peut tous nous concerner sous une forme ou une autre. Tout le monde peut, à un moment donné dans sa vie, perdre pied psychologiquement, sentir son mental, sa sensibilité et ses émotions s’égarer dans des sphères inattendues, stupéfiantes, effrayantes et traumatiques.
La réponse qui a été faite par le monde dans lequel je vis, par le biais de la médecine, peut se résumer en quelques mots : Interpellation brutale, immobilisation, enfermement, contention, injection, diagnostic, médication, économie de mots. Avec pour résultat immédiat de me plonger dans une incompréhension et une souffrance d’une profondeur que je ne souhaite à personne.
Dans un texte que j’ai commencé à écrire il y a quelques années déjà sur ce sujet, j’ai redécouvert un passage qui, je crois, résume avec justesse et honnêteté mon ressenti. Je préfère vous prévenir, ce ressenti peut écorcher les oreilles de certains, mais il est vrai, il ne triche pas, il dit les choses exactement comme elles ont été vécues et senties,
« Voilà comment, la psychiatrie et moi, nous nous sommes rencontrées et aussitôt fâchées.
Le dialogue a été rompu avant même d’avoir commencé.
Après cet épisode, plus rien n’a été véritablement possible. Même si j’ai
rencontré de bons médecins, le respect nécessaire à une alliance thérapeutique
de qualité a toujours était difficile à mettre en place. Cette première
expérience a déterminé mon rapport au soin.
Alors j’ai tenté de construire ma propre stratégie, en empruntant à la psychiatrie le peu qu’elle pouvait m’apporter. J’ai aussi appris à penser et agir contre elle, à être à la fois raisonnable et rebelle, pour ne pas devenir ce qui m’est apparu malgré moi comme un énième « animal psychiatrique » comme elle les fabrique trop souvent à cause de l’impuissance et des neuroleptiques.
Et je sais à quel point tout le monde souffre de cette réalité, les soignants comme les patients.
Pour synthétiser, je dirais que cette prise en charge a rajouté de la souffrance sur la souffrance, du traumatisme sur le traumatisme, de la honte sur de la honte et a généré une profonde auto-stigmatisation.
Je vais vous dire ce que j’en pense « ça ne marche pas, cette réponse ne marche pas ».
Elle engendre quelque chose de singulier, celui devoir faire le chemin de l’acceptation, on peut même parler de nécessité de pardonner à ceux qui étaient censés nous aider et nous soigner. Moi, ce chemin du pardon je l’ai fait. Je suis parvenue à mesurer avec le temps, la difficulté à laquelle sont confrontés ceux qui m’ont infligé ces traitements. Je suis parvenue à me mettre à leur place, à comprendre leurs peurs, leurs incompréhensions, leurs dogmes et leurs croyances, à les respecter et même à les maîtriser.
Aujourd’hui, cette problématique qui aurait pu me voler ma vie, j’en ai fait mon métier. Je travaille dans les entreprises, les pouvoirs publics, auprès du secteur médico-social sur les enjeux de santé mentale dans les organisations en tant que formatrice et accompagnante. C’est pour ça qu’à présent je connais bien ce secteur de la santé mentale.
Et après avoir dénoncé les manquements de ce système, je voudrais à présent souligner les initiatives et les avancées que j’ai observées et qui me donnent des raisons d’espérer. Le simple fait que nous soyons réunis ici est la preuve de ces évolutions. Tout ce qui est présenté aujourd’hui. Le travail de l’association Clubhouse France, ce concept de rétablissement qui est l’objet de cette rencontre et qui ne doit surtout pas devenir un concept de plus.
Je pense au club des entendeurs de voix, je pense au travail des équipes mobiles du nord de la France sur lesquelles j’ai récemment lu un article qui m’a beaucoup impressionné tant leur approche fait sens.
Je pense au travail que font toutes les femmes et les hommes que je rencontre dans mon travail (assistantes sociales, infirmières, chargées d’insertion, chargées de mission handicap, RH, médecins, psychologues, quelques psychiatres trop rares à ma connaissance) je pense à leur regard sur leurs métiers, à toutes les actions qu’ils mettent en œuvre souvent très peu valorisées, auprès de ceux qui souffrent et qui ont besoin d’être aidé.
Je pense enfin à l’avancée timide, mais réelle de la pair-aidance. Je me considère d’une certaine manière comme l’un d’entre eux, même si je n’ai pas suivi le cursus universitaire qui nous est destiné. La parole des pairs-aidants est une parole décisive qu’il est indispensable d’écouter et de respecter.
La mienne, je la veux libre, audacieuse, insolente, et constructive. Faire sans la parole des pairs-aidants ce serait comme se contenter, pour parler d’un pays en guerre, des propos des journalistes et des observateurs sans écouter la voix des autochtones de ce pays. Comprenez bien que ce que les soignants, les accompagnants et les aidant tâchent de combattre et de faire reculer, nous nous l’avons traversé, et nous avons fait l’effort de le transmuter pour en faire un savoir qui doit être respecté et pris en considération. Qui doit être accueillit comme quelque chose d’infiniment précieux. Ecoutez-nous. La part qu’il manque pour véritablement soigner ceux qui en ont besoin avec dignité, il est possible que ce soit nous qui allons la construire avec vous.
Malgré tout ce qu’il m’a fallut de force et d’énergie pour faire cette traversée, j’ai foi en notre capacité à opérer les mutations nécessaires. Parce que l’épreuve de la souffrance psychique est aussi une initiation, une occasion unique de se remettre en question, de gagner en profondeur et en humanité et je crois que ce monde a besoin d’hommes et de femmes capables de faire face à leur fragilité psychique et de revenir parmi les autres enrichis par cette épreuve.
Pour ma part, aujourd’hui, j’ai une vie bien au-delà de ce que j’aurais pu espérer avant que tout cela ne m’arrive.
Je suis la maman de deux garçons, je fais un métier qui a du sens pour moi, je vais bientôt publier mon premier roman et chaque jour j’ai l’impression d’apprendre et de comprendre un peu mieux ce qu’est l’amour qui est au fond la seule chose qui m’intéresse véritablement et qui vaille.
L’important pour moi ce n’est pas la maladie ou l’absence de maladie, le handicap ou l’absence de handicap, ce n’est pas d’être guéris, ni même rétablis, l’important c’est d’être suffisamment connectée à mes ressources pour apprivoiser mes fragilités et construire une vie qui me ressemble.
Tout le monde n’a pas les mêmes ressources, mais tout le monde a des ressources et au lieu de traquer les symptômes, nous devons traquer les ressources et les mettre en lumière comme des fils d’or qu’il faut tirer pour permettre à chacun de renaître à lui-même.
Pour achever mon propos, je voudrais vous lire le passage d’une intervention prononcé par la romancière et essayiste Christiane Singer lors d’un colloque à Lausanne en mai 2000 intitulé « Schizophrénie = folie ? » :
Il est urgent de changer notre regard sur ceux que nous appelons malades, et urgent qu’eux aussi changent le regard sur eux-mêmes. Il existe un niveau de l’être qui reste intact. Il existe un lieu en chacun où nous sommes non seulement guéris mais rendus déjà à nous-mêmes. La maladie est un accident, un malheur, une épreuve qui n’atteint pas le noyau. C’est à ce noyau intact que je m’adresse en vous parlant non pas parce que vous serez un jour guéris, mais parce que dans mes yeux vous l’êtes déjà. Non pas parce que l’espoir me porte que vous serez un jour à nouveau entiers mais parce que la certitude est en moi que déjà vous l’êtes.
Christiane Singer
Je voudrais que tous les gens qui sont dans cette situation se souviennent que quoiqu’il leur soit arrivé dans leur vie, une part d’eux-mêmes demeure intacte. Accompagner les personnes qui souffrent d’un trouble psychique dans la reconquête de cette part d’eux-mêmes qui est intacte, pourrait être une très belle définition du rétablissement.
Une pathologie psychiatrique s’est déclarée lorsque j’avais 21 ans. Suite à cela, j’ai passé globalement dix ans à alterner des périodes d’hospitalisation avec des périodes d’emploi.
Me retrouvant après chaque hospitalisation dans une situation matérielle complexe, je cherchais un emploi en milieu ordinaire. J’en trouvais un assez rapidement, mais les contraintes horaires me poussaient à réduire mon traitement, avec l’accord du psychiatre, au bout de quelques mois environ. Puis, je glissais peu à peu vers la rechute et en un ou deux ans je me retrouvais de nouveau en bouffée délirante, puis, hospitalisée. C’est pourquoi lors de ma dernière hospitalisation, en 2012, j’ai fait le choix de ne pas travailler immédiatement. A commencé alors un parcours social, entre foyers et hébergements temporaires, qui m’a amenée à être orientée vers le programme Un chez soi d’abord. J’ai également à cette époque achevé un Master en enseignement à distance. Depuis 2014, je suis donc titulaire d’un logement social et diplômée.
C’est à l’occasion de ce programme de logement, auquel était adossé une équipe de recherche, que j’ai pu rencontrer une chercheuse en sciences de l’éducation, Emmanuelle Jouet, qui m’a recrutée comme usagère-formatrice, poste que j’ai occupé un an et demi à raison de cinq interventions par mois environ entre 2015 et 2017.
Initialement motivée par le fait de partager mon expérience, j’ai voulu réaliser un doctorat sur le récit de soi de personnes atteintes de troubles psychiques en sciences de l’éducation, du point de vue des personnes concernées. Puis, peu à peu, le fait de continuer à vivre dans l’univers social et psychiatrique m’a posé des questions identitaires lourdes.
Je me suis alors retirée du monde de la santé mentale pour travailler à nouveau dans d’autres univers sans aucun lien avec la psychiatrie. Cette expérience m’a à nouveau prouvé qu’un environnement de travail « ordinaire » ne me convenait pas, ne permettant pas l’observance de moi-même nécessaire au maintien de ma bonne santé mentale. J’ai eu en quelques semaines le sentiment de me faire rattraper puis doubler par un rythme de vie après lequel je me mettais peu à peu à courir. Un peu dépassée par les événements psychiques, et usée par la fatigue, je me suis à nouveau sentie déraper vers une énième bouffée délirante et ai cordialement mis fin à l’expérimentation. Mais cette dernière expérience, proche de la décompensation, m’a permis de retrouver l’origine traumatique de ma psychose.
En remontant dans mes souvenirs, j’ai compris en somme où l’histoire traumatique de ma psychose avait commencé et peut-être par où elle pouvait finir. Cela m’amène à deux constats aujourd’hui : le premier concerne le travail en milieu « ordinaire », je ne le peux plus, je ne le veux plus aussi pour d’innombrables raisons ; le second concerne mon histoire de vie et le sens que je lui donne.
Ma ligne de vie traumatique me fait comprendre la vulnérabilité inhérente à l’être humain, et mon recul sur ce parcours m’invite à répondre à l’invitation que m’a souvent donné la vie, d’agir pour faire avancer les choses politiquement dans le domaine de la santé mentale. Aujourd’hui, je reprends le projet de thèse délaissé pour une normalitude illusoire, et veux écrire en parallèle pour assumer ma part de folie inhérente et affirmer au monde le caractère normal et logique de la folie, son inéluctabilité dans certaines conditions et la possibilité qu’a aujourd’hui l’individu de s’en remettre. En somme, je veux être utile et non utilisée par un monde qui m’a blessée jusqu’à la folie. En somme, je me crois plus activiste qu’actrice de la santé mentale.
Devenir usagère formatrice
Le fait d’être devenue usagère-formatrice est un concours de circonstances. Il est lié à une rencontre avec une chercheuse en sciences de l’éducation très investie dans la participation des usagers et travaillant sur les savoirs expérientiels des personnes atteintes de pathologie psychiatrique. Il est lié à une certaine expérience que j’ai pu développer de la vie avec une maladie, et des problématiques qui y sont associées.
Mon intérêt premier a été de partager, de faire savoir et de tenter de faire évoluer les mentalités autour des problèmes de santé mentale. Sans avoir une posture militante, j’espérais faire changer les regards dans la bienveillance sur ce qu’est vivre avec une maladie psychique dans toutes ses dimensions: sociale, professionnelle, personnelle, humaine. J’avais indirectement le rêve de transformer l’univers passéiste de la psychiatrie classique en leur montrant par ce que je suis qu’il est possible de se rétablir et de fonctionner bien voire mieux que certaines personnes non atteintes de troubles psychiques.
Les relations avec les usagers et les professionnels de santé
J’ai eu à offrir deux types de formations : des formations à destination des professionnels du social, du médical ou du médico-social, et des formations à destination de futurs usagers-formateurs.
Dans le premier cas, les relations étaient relativement bonnes malgré quelques dérapages assez offensants de la part de certains professionnels. D’autres se sont révélés très empathiques et humains, et ont pu de ce fait comprendre mieux leurs publics et se mettre à la place des personnes qu’ils accompagnent quotidiennement. La chose importante est d’être dans une forme d’échange à égalité. La relation s’est avérée bonne avec les groupes où certains « apprenants » acceptaient de se livrer tout autant que je l’avais fait. Je me souviens d’une ancienne infirmière venue me voir visiblement émue et gênée, le deuxième matin de la session de formation, me disant : « Vous m’avez fait comprendre que j’avais été maltraitante. »
Dans le second cas, les personnes concernées, cherchant à devenir usagers-formateurs, ont rendus possibles des échanges s’approchant de la pair-aidance. Ces rencontres se sont avérées très riches humainement et ont permis de nouer des liens forts. Je me suis sentie plus « à ma place » avec les usagers plutôt qu’avec les professionnels. Et j’ai là compris à ce moment-là que c’était plus avec eux que pour les professionnels que j’avais l’envie et le besoin d’agir.
Se détacher de la psychiatrie
J’ai cessé mes activités d’usagère-formatrice et mis un terme à ce projet de thèse sur les questions de santé mentale en janvier 2017, quand j’ai pensé que je devenais malade professionnelle.
Si l’on ne se résume pas à sa maladie, si l’on ne se résume pas à son poste professionnel, lorsque les deux convergent, il devient très difficile de s’en détacher. J’avais le sentiment de rester dans la psychiatrie, et plus encore, d’entretenir tout ce que je cherchais à dépasser dans mon processus de rétablissement.
Le rétablissement ne constitue ni une fuite ni un déni de la maladie mais il s’agit de s’en détacher pour pouvoir peut-être évoluer vers d’autres horizons plus positifs. J’ai réellement ressenti le besoin impérieux de vivre d’autres expériences et de m’autoriser à quitter ce monde de la psychiatrie. J’ai eu même un temps le sentiment malsain, à mon sens, de rester dans un univers psychiatrique comme pour conjurer une rechute. Mais sortir de cet univers n’est pas forcément un risque et revivre dans le monde ordinaire est quand même l’objectif du rétablissement. Alors j’ai tenté l’expérience du travail en milieu ordinaire.
J’ai cru un moment que je pourrais échapper à ma condition de personne avec (mais pas que) des troubles psychiques. Avec le recul, je dirais que j’avais besoin de tenter d’en ressortir puisque depuis 2010 je n’avais plus connu ce monde « ordinaire » ou normal du travail contraint. J’ai tenté le défi de me « reformater » à un mode de vie classique.
Mais ce n’est pas à 38 ans avec l’indépendance d’esprit et la force de caractère que suppose le fait de se relever d’une maladie psychique, du traitement institutionnel psychiatrique et sociétal réservé à ceux qu’il ne faut plus appeler les « COTOREP », et des difficultés économiques et de logement, que je peux rentrer à nouveau dans le moule social. Cela est d’autant plus vrai que la maladie psychique a pour partie à voir avec une forme d’inadaptation épidermique, biologique avec le système social tel qu’il fonctionne aujourd’hui et avec les violences qu’il draine. Cela fait que le retour à la normalité télévisuelle ou cinématographique m’apparaît aujourd’hui comme une chimère. Ce retour a perdu de sa superbe et de sa viabilité à mes yeux.
Alors, revenir à la psychiatrie peut apparaître comme un enfermement, mais j’ai aujourd’hui fait un pas de côté par rapport à mon parcours traumatique personnel, ce qui me rend à même de moins souffrir de l’exposition de ma personne et du partage de mon expérience. J’ai aussi le sentiment d’avoir fait un pas de côté par rapport au retour à la normalité, compris que je serai toujours dans une marginalité et qu’il m’appartenait juste de la subir ou de la choisir. Alors, je décide aujourd’hui de la choisir avec fierté.
Sortir de la maladie
Je ne me suis jamais sentie représentante des usagers. J’étais moi-même, parfois un peu surexposée d’ailleurs. Chaque patient à son parcours de soin, chaque usager a son parcours social, et chaque individu a son parcours de vie qui sont difficilement généralisables à toute une population d’« usagers ».
Il me semble vraiment que cette expérience de formations riche de partage de son parcours de vie fait grandir et fait peut-être avancer plus vite dans son rétablissement. Mais il y a eu une forme de plafond, un plafond qui m’a assignée ma condition de malade. Et à ce moment, se ressent le besoin de passer du côté des « gens normaux », de ces autres à qui on raconte son histoire, car finalement on finit par leur ressembler.
À ce moment-là, je pense qu’il faut arrêter de représenter des usagers. On ne doit pas représenter lorsqu’on commence à avoir le sentiment d’être autre chose. Ça relèverait presque de l’éthique. De mon côté, me reconstruire passait par vivre autre chose à partir d’un certain moment.
Le rétablissement est un rapport à la vie. Un état des symptômes suffisamment restreint peut permettre de fonctionner dans une vie quelle qu’elle soit. Mais cet état limité des symptômes n’est qu’un élément. Le rétablissement n’est pas forcément attesté « sur le papier ».
Il ne s’agit pas d’avoir une famille, un travail, une maison, etc. Car les familles, les emplois peuvent être dysfonctionnels eux-aussi. À mon sens, le rétablissement apparaît quand la personne se connaît suffisamment pour savoir si elle va bien, un peu moins bien, ou si elle va mal.
C’est un rapport à soi et à la maladie, différent, qui arrive suite à un déclic et qui fait qu’à présent, la personne aura une acuité plus grande sur son état, pratiquera une forme d’observance d’elle-même, et aura des certitudes sur ses choix (arrêter un travail toxique, quitter quelqu’un de néfaste, etc.) sans retomber dans des doutes ou de la culpabilité.
C’est un mode de vie, un rapport à soi dans lequel on essaie constamment de déterminer ses limites sur le moment, dans lequel les possibles ont été redéfinis en tenant compte de la maladie mais en l’ayant intégrée en soi comme paramètre de son existence.
Je crois bien que le déni comme la réduction de soi à la pathologie sont les deux mêmes effets d’un refoulement de la maladie, qui semble une telle catastrophe, impossible à accepter, qu’elle se retrouve mise à distance ou englobante. Se rétablir c’est peut-être simplement donner sa juste dimension à la maladie dans sa vie et dans son identité.
J’ai beaucoup hésité avant de publier cet article. J’hésite encore d’ailleurs… Je ne sais pas pourquoi, car je n’ai pas honte, ni peur de ce que j’ai vécu. J’ai déjà publié plusieurs poèmes…
Alors pourquoi hésiter ? Peut-être parce que je partage avec vous certains écrits qui datent de mes années de souffrance, et qui sont assez violents. Lorsque je les lis, je revois l’enfer sous mes yeux.
Mais écrire cet article (ou plutôt le mettre en forme, car comme je l’ai dit la plupart des ces lignes étaient écrites.), et de le partager avec vous, était important pour moi. Une façon de tourner une page. D’écrire noir sur blanc, je suis guérie. Je m’en suis sortie. Je ne pensais pas pouvoir écrire cela un jour. C’est une victoire pour moi !
SENTIMENT DE VIDE ET BESOIN D’AFFECTION…
La solitude me pèse. Le vide m’habite, me hante. Un peu comme un couteau qu’on plante. Le vide est tout autour de moi. Il rebondit sur moi et m’agresse. Il me brûle et me blesse. Il me marque de son empreinte, m’étouffant d’une plainte. Le vide est constamment là, à l’extérieur comme à l’intérieur… Il m’étouffe, m’aspire, me noie. Impossible de le combler, de m’apaiser. Mon cœur est brisé par l’absence. L’absence de l’autre. L’absence d’affection.
Le manque. L’abandon. La disparition.
CE MONDE QUE JE NE COMPRENDS PAS…
Je me sens comme une feuille de papier qu’on aurait déchirée. Comme un puits sans fond impossible à combler. La vie semble passer à côté de moi sans jamais me toucher. Rien ne semble réellement avoir d’intérêt. Je me sens décalée par rapport au monde, par rapport aux autres que je ne comprends pas. Tout m’ennuie. J’ai constamment l’impression de jouer un rôle, d’être quelqu’un d’autre… Mais rien ne semble me porter, ni me remplir. Je reste toujours aussi vide de tout. Rien ne semble m’atteindre, ou alors on me traverse. Je suis transparente. Personne ne me voit. Personne ne fait attention à moi. Je suis constamment seule. Je me contente de miettes et pourtant jamais cela ne suffit.
Je suis prête à supplier, prête à tout pour avoir ne serait-ce qu’un peu d’attention. Et je me perds… Je me perds dans le néant.
ANGOISSES – DEPRESSION – MORT
J’ai peur.
Je suis captive.
La peur m’enchaîne le long de ses bras. Elle m’enserre, m’étouffe parfois. Sournoise, elle me paralyse et me noie. Je suis incapable de faire quoi que ce soit. Je tremble et puis j’ai froid. Je ne suis qu’une ombre sans visage, une âme parmi les nuages. La vie me séquestre ici-bas. Elle me condamne à une existence que je ne veux pas. Tandis que le monde se renverse sous mes pas, j’erre sans but et sans désir.
Il n’y a plus de vie en moi.
Je suis morte depuis si longtemps déjà. Plus aucune lumière ne m’anime, plus aucune joie. Mon corps m’emprisonne dans sa forteresse. Je suis ligotée dans les aiguilles du temps qui ne cessent de me rappeler que la mort est proche alors que je n’ai rien accomplie. J’aimerais pouvoir laisser une trace, un message de mon passage sur terre. Une empreinte qui signifierait que j’ai bel et bien existé. J’aimerais pouvoir changer les choses mais j’ignore comment. Puis-je rêver d’une vie meilleure, ou n’est-ce qu’une illusion ? Je n’ai plus aucune passion, aucune motivation. La vie rebondit sur mon corps mais ne le réchauffe pas. Les murs de ma prison sont bien trop épais pour laisser passer l’espérance.
Le bonheur existe-t-il ?
DANS L’ENFER DE L’AUTODESTRUCTION
Je crois que la souffrance a toujours fait partie de moi, même si je n’en étais pas consciente…
Un jour, la souffrance s’est emparée de mon corps et en a fait sa marionnette. Elle a dévasté mon âme et m’a fait perdre la tête. Elle s’est infiltrée dans mes veines et y a mis du poison. Elle a pénétré mon armure et y a mis le chaos. Elle a volé mes rêves et mes espoirs et m’a fait voir tout en noir. Elle m’a traquée jusqu’à me faire perdre pieds. Elle s’est emparée de mes faiblesses et m’a dépeint toute sa tristesse. Elle a dessiné le vide sur une page blanche, a écrit avec mon sang et a gravé mes cicatrices à l’encre indélébile. Elle m’a fait oublier qui j’étais et a mis la mort entre mes mains.
A l’intérieur de moi, un monstre a fait son nid.
Il m’assassine à petit feu. Il m’asphyxie. Je n’ai plus d’air. Des larmes naviguent dans l’océan de mes peines. Le monstre gronde. Il a faim. Il se nourrit de mes frayeurs. Il a le don pour trouver la moindre petite faille. Il s’y infiltre et ronge mes organes. Je tremble. J’ai peur. Comment lui échapper ? Mon monde s’écroule. Ma vie n’est qu’un château de carte. Un souffle et elle se transforme en poussière. Je vois flou. Je suffoque. Mais que ce passe-t-il ? Je tremble. Je suis terrifiée. Quelque chose de terrible va m’arriver. Les gens me veulent du mal. Le démon, assis sur mon ventre, prend de l’ampleur. Je pleure. Je ne supporte plus cette souffrance, et mon seul espoir repose au Paradis. Je suis désolée pour toutes les personnes qui tentent de me sauver, mais la mort me veut. Elle me traque. Elle m’attend. Elle m’aura… Je ne sais combien de temps je vais pouvoir lui résister. La lame m’appelle déjà, me suppliant de lui obéir. Et c’est à son tranchant, que je découpe. Je fais des ouvertures pour que le monstre puisse s’en aller. Je transperce ma chair avec force et colère.
Plus rien ne compte alors, ni la Vie, ni la Mort.
ANOREXIE – BOULIMIE
Une petite voix dans ma tête m’interdit de manger et l’autre me dit: » vas-y mange ! Pourquoi te priver ? Les autres mangent bien eux ! Il y a tant de bonnes choses… »
La nourriture me nargue, elle m’attire… Je dois lui résister… Je pense aux chiffres sur la balance et à mon poids qui ne fait que grimper. Je suis grosse, mais la nourriture est trop bonne. Les autres mangent et ne se posent pas toutes ces questions. Mais c’est si calorique !!! « Tu vas le regretter, tu le sais ! Et après direction les toilettes, c’est ça que tu veux ? Tu veux patauger dans le vomi et être une puanteur ? De toute façon, tu l’es déjà ! Alors arrête de manger, arrête le massacre ! Tu peux le faire ! Tu veux maigrir non ? Alors oublie la nourriture, tu n’en as pas besoin… Oublie les autres, tu veux leur ressembler ? Alors aujourd’hui, interdiction de manger !
A LA LIMITE…
Peu importe la longueur du voyage, et la profondeur de la descente… Au bout du compte il n’y a qu’un pas. Qu’un seul pas… Entre moi et la folie. Entre la souffrance et le Néant… Un petit pas de rien du tout.
Ma vie est en pointillés. Une immense ligne discontinue. Une ligne où s’alternent des hauts et des bas, du plein et du vide. Je balance sans cesse d’un extrême à l’autre. A la frontière entre deux mondes, deux états. Entre la névrose et la psychose, entre l’amour et la haine, la joie et la dépression. Entre la motivation et la démotivation, la conscience et l’inconscience…
Je suis comme un élastique qui se tend vers la lumière, qui se charge en tension, et se projette contre un mur. Je passe du blanc au noir sans modération, sans ponctuation. Il n’y a pas de couleur. Il n’y a pas de nuances. Juste une suite de traits sans aucun lien entre eux. Ma vie est écrite en morse et je n’ai toujours pas appris à la déchiffrer.
Je suis tout et rien à la fois. Je suis une bombe à retardement, un volcan en irruption. Je suis une cocotte-minute sur le point d’exploser. Je suis la raison et la folie, un arbre déraciné. Je suis le flou sur un tableau. Une étrangère dans le chaos. Je suis la douceur et la violence. Le contrôle et la pulsion. Je suis l’ombre et la lumière. La pluie et le beau temps. Je suis l’exception qui confirme la règle. La virgule entre les mots. Je suis la Vie et puis la Mort.
JE SUIS BORDERLINE
Ou du moins je l’étais. On m’a diagnostiquée en Avril 2010.
Aujourd’hui la plupart des symptômes du Trouble de la Personnalité Borderline se sont atténués, ou ont disparu. Je suis enfin libre.
Pourtant, c’était loin d’être gagné. J’étais au fond du trou… Le plus dur fût ma dépendance aux scarifications. Dur, très dur de s’en passer…
LE TROUBLE DE LA PERSONNALITÉ BORDERLINE C’EST QUOI ?
La personnalité Borderline est aussi connue sous le nom d’ « état limite » ou « état frontière » :
L’appréhension de cette maladie est complexe car il est difficile de savoir s’il s’agit d’une maladie psychique à part entière ou d’un trouble de la personnalité.
Parfois elle n’est que la première manifestation d’un trouble psychotique.
La personnalité Borderline se caractérise par une grande instabilité des relations interpersonnelles, une instabilité émotionnelle, une mauvaise appréciation de l’image du soi, une impulsivité marquée.
L’impulsivité se manifeste sous toutes ses formes : sexualité, alimentation, addictions. La mauvaise organisation de la personnalité associée aux symptômes précédents entraîne agressivité, automutilation tentatives de suicide.
L’alternance de périodes pathologiques et de stabilité est rapide et déconcertante pour son environnement. Le malade n’est pas en rupture avec la réalité comme dans d’autres troubles psychiques mais il est gravement inadapté à la réalité.
Les troubles commencent souvent à l’adolescence pour continuer à l’âge adulte. Au cours de certains épisodes, l’intensité des troubles associés à certains symptômes peut évoquer une pathologie psychotique ou un trouble bipolaire. Il est à ces moments possible de penser que la personne va basculer dans une pathologie bien définie, mais l’évolution avec des hauts et des bas voire des périodes de normalité fait rejeter cette possibilité.
La quête affective démesurée du « Borderline » entraîne des conflits avec l’entourage qui ne sait jamais où il en est. Il s’agit de la caractéristique principale de ce trouble de la personnalité. L’état limite entre le normal et le pathologique est épuisant pour le malade et ses proches.
C’est l’association des symptômes décrits qui fait évoquer le diagnostic, mais les symptômes sont parfois déroutants et changeants. Il faut du temps avant de pouvoir confirmer un diagnostic. (Source : Unafam)
Les différents symptômes : Selon le site de l’Aapel, il faut avoir au moins 5 de ces symptômes pour être considéré comme « Borderline ». Mais, bien entendu, seul un psychiatre pourra établir un diagnostic.
Incapacité à gérer ses émotions ou victime de ses émotions (absence de contrôle de ses émotions fortes ?)
Problèmes relationnels
Changements d’humeurs soudains, intenses rapides ou fréquents, sautes d’humeur.
Anxiété
Relations de type Amour / Haine. Pense autrui en Tout Bon / Tout Mauvais sans compromis
Sentiment d’être une » victime « , incapacité à accepter ses propres responsabilités
Sentiment de déprime, tristesse ou de vide
Accès de colère fréquents ou imprévisibles (extériorisés ou pas), colère incontrôlable
Image de soi instable
Peur de l’abandon
Comportements impulsifs autodestructeurs comme la Boulimie, Sexualité à risque, Anorexie, Dépenses incontrôlées, Alcool, Drogue, Conduite dangereuse, Abus de médicaments, …
Attaques de rage
Tentatives de suicides ou d’automutilation comme se couper, se brûler, se griffer
COMMENT J’AI SURVÉCU ?
Pour cela, j’ai dû parcourir un long chemin, un chemin semé d’embûches. Une montagne immense à gravir. J’ai eu les pieds en sang à force de marcher dans les débris encombrant mon parcours. J’ai eu le dos bossu à force de porter le poids de mes souffrances. J’ai eu le cœur en miettes à force d’attendre un soupçon de tendresse…
Mais heureusement, des personnes étaient là pour m’accompagner dans ma traversée. Pour me porter. Me supporter. Pour m’écouter. Me rassurer.
Il y a des jours où tout est noir. Des jours où la Mort nous vole notre dernier espoir… Et pourtant… Une rencontre va tout changer… Ou presque. Le changement prend du temps. Je l’ai appris à mes dépends.
UNE PSYCHOTHÉRAPIE
Il m’a fallu 9 années de thérapie pour sortir des abysses mais je ne regrette aucun sacrifice.
Il a fallu que je me retrouve en psychiatrie pour qu’enfin on entende mes maux. C’était loin d’être un château, mais je n’avais guère le choix. C’était souvent contre mon gré, mais c’était surtout pour me protéger. Me protéger de moi-même.
C’était pour ma survie.
Des tentatives de suicide il y en a eu en orgie. Des scarifications aussi… Sans parler de l’anorexie et de la boulimie…
Il m’a donc fallu 9 années de thérapie pour me sortir de l’enfer, avec hospitalisations, et médication. J’avais 22 ans à l’époque. J’en ai 31 aujourd’hui.
Des fois, je pense avoir perdu toutes ces années. Mais en réalité, ces 9 années m’ont aidée à me construire, à grandir, à vivre.
Je n’étais qu’une petite fille dans un corps de femme. Je n’étais qu’une petite fille accrochée à une enfance traumatique.
Je n’étais qu’un petit oiseau apeuré qu’il a fallu apprivoiser.
Ma thérapie m’a rendue plus forte. Elle m’a permis de me connaitre d’avantage, de prendre conscience de mes schémas de fonctionnement, d’atténuer mes angoisses, de faire la paix avec le passé, et surtout avec moi-même.
ET POURTANT, TOUT N’ETAIT PAS AUSSI SIMPLE…
Surtout quand la dépendance affective vient semer la zizanie. Je suis devenue accro à ma psy, que je voyais un peu comme une seconde mère.
Envie de me faire du mal, envie de lui montrer à quel point j’ai mal. Envie de mourir, non je vous assure je ne suis pas suicidaire, juste pour vous mesurer l’intensité de ma souffrance. Une souffrance insoutenable, intolérable. Une souffrance cruelle, presque irréelle. Une souffrance acide, livide. Une souffrance invisible, indicible. Une souffrance démente, violente. Une souffrance violence. Une violence intense. Une violence insolence. En quête de sens. Une folle violence. Une douce folie. Une folie passagère… Une folie meurtrière.
Juste envie de lui montrer à quel point j’ai mal. Mes larmes coulent à flot. Et moi je ne vole plus très haut. Envie de prendre des somnifères, juste pour m’anesthésier, et la douleur la faire taire. Juste pour oublier. Juste pour m’oublier. Fuir la réalité. Fuir la vie qui m’étouffe, qui m’agresse. Fuir qui je suis. Fuir le vide, le manque… Le manque d’Elle, le manque d’amour. Et le vide toujours… Le trop plein et puis le vide. L’amour et puis le manque. Le bien-être et puis la dépression. Le néant et puis la mort. Comment lui dire que je ne peux pas vivre sans elle ? Juste envie de la voir. Elle, ma psy.
UN EXUTOIRE
J’aurais tout fait je crois. Et pourtant je suis là à écrire ces lignes. Ces mots si chers à mon cœur. Car oui l’écriture était un exutoire, une échappatoire à ma douleur. Ecrire m’a aidé à mettre des mots sur mes maux, à laisser courir mes émotions. C’était bien plus simple que de parler… Quand on me demandait, je disais « tout va bien ». Alors que tous mes actes disaient le contraire.
QUAND UNE RENCONTRE VIENT TOUT CHANGER…
« Car il y a des rencontres qui sauvent. Elles vous saisissent au corps, elles vous soulèvent du sol auquel vous êtes englué, elles vous font passer de la nuit à la lumière. »
Une vie à soi – Laurence Tardieu
J’ai eu cette chance. Cette chance de rencontrer des personnes formidables. Des personnes inoubliables. Elles m’ont sauvée.
Elles m’ont sauvée de l’Enfer dans lequel je m’engouffrais, du trou dans lequel je m’enfonçais. Elles m’ont sauvée du monstre qui envahissait mon esprit, de cette chose qu’on appelle Folie.
Mais surtout, elles m’ont sauvée de moi-même.
Car il faut bien le dire, nous sommes notre plus grand ennemi. Et je dois bien l’avouer, je ne sais pas si je serais encore en vie sans leur soutien.
Je ne les remercierais jamais assez.
Merci à ma psychologue qui sera toujours dans mon cœur. Merci pour sa patience et sa bienveillance.
Merci à ma psychiatre, qui malgré tous nos « affrontements » ne m’a pas lâchée.
Merci aux infirmières de l’hôpital de jour qui m’ont soutenue depuis le début.
Merci à C. qui m’a fait découvrir ma créativité.
Merci à M. pour sa douceur. Elle a su apprivoiser la tornade que j’étais.
Merci à A. de continuer à me suivre encore aujourd’hui dans mes démarches professionnelles.
Merci à toute l’équipe d’Alpha Plappeville qui m’ont aidée à construire un projet professionnel. C’est grâce à eux que j’ai pu me lancer dans l’aventure du Greta, et que j’ai obtenu mon Cap Pâtissier.
Merci aux amis que j’ai pu rencontrer durant mon parcours, que ce soit à l’hôpital de jour, à Alpha Plappeville, à l’atelier théâtre…
Merci pour ces moments de bonheur que vous m’avez offerts. Merci pour ces partages et ces fous rires. Merci pour tous ces souvenirs…
POUR ENFIN SE RECONSTRUIRE
Après des années de galères et des trous dans mon cv, j’ai enfin trouvé ma voie dans la pâtisserie.
Un métier manuel et créatif qui correspond très bien à mon côté artistique, et qui complète parfaitement mes autres passions : la photographie et l’écriture.
Je me sens enfin sereine dans ma vie. Je n’irais pas jusqu’à dire que je suis heureuse et épanouie. Mais je me sens bien. Je me sens enfin vivante.
Cela fait désormais 3 ans sans scarification et j’en suis fière !
Je ne ressens plus ce besoin de me détruire. Je ne veux plus mourir.
Je veux vivre !
Je ne ressens plus le vide. Je supporte mieux la solitude et la séparation. Je ne suis plus sans cesse en recherche d’affection. J’arrive désormais à me nourrir de mes passions. Même si je rêve encore du prince charmant !
Je ne dis pas que tout est réglé dans ma vie. Ce n’est pas aussi simple. J’ai encore des difficultés, notamment avec mon corps et l’intimité. Puis, il me reste encore des angoisses à surmonter. Mais j’ai en quelque sorte appris à vivre avec, appris à les accepter comme elles sont. Je vais mieux, c’est déjà bien. Et j’arrive désormais à voler de mes propres ailes.
Donc voilà, je peux dire haut et fort que j’ai survécu à l’enfer de la dépression. L’enfer de la folie.
Je suis une guerrière et j’en suis fière !!!!!
Je suis en vie et je profite de chaque moment. Je vis l’instant présent. J’hume les fleurs, les petits moments de bonheur. Je capture les émotions et les souvenirs.
Je respire la VIE.
Je suis VIVANTE !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
LA FOLIE, C’EST QUOI ?
Mais avant de vous quitter, je souhaiterais revenir sur un mot que j’ai à plusieurs reprises utilisé. Le mot « Folie ».
La Folie, ça peut faire peur.
Mais qu’est-ce que c’est ?« Depuis l’Antiquité, les médecins s’ingénient à nommer, répertorier, expliquer, prendre en charge les troubles mentaux. Et ils ne sont pas au bout de leurs peines…
On disait naguère « folie », « démence », ou encore « aliénation ». On parle aujourd’hui de « maladies mentales ». Autant de mots qui couvrent une réalité multiple, dans laquelle on a rangé toute une classe de troubles divers : de l’arriéré mental qui fait figure d’« idiot du village » au délirant qui se prend pour le Christ, du criminel psychopathe au dépressif, de l’irascible « fou furieux » à l’autiste qui vit replié sur soi, de la démence sénile aux troubles obsessionnels… » (Source : Sciences Humaines)
Mais il n’y a pas de fous. Non, il n’y a que des personnes en souffrances et qui ont besoin d’aide, souvent comme moi, contre leur gré.
Et la Schizophrénie ? C’est un trouble psychiatrique faisant partie des psychoses.
La différence entre psychose et névrose ? Dans la psychose, le patient n’a pas conscience de ses troubles, à part dans quelques rares moments.
Un schizophrène est-il dangereux ? Peut-il tuer ? Je ne vous dirais pas que ce n’est pas vrai. Cela peut arriver dans le cas où la personne n’est pas soignée. Cette maladie présente des symptômes tel que les hallucinations, ou la paranoïa… Attention, chaque personne est différente, et donc aura des symptômes différents.
Mais, je peux vous assurer que les personnes atteintes de schizophrénie ne sont pas toutes des tueurs en série. Une fois suivie, ces personnes vivent comme tout le monde. En parlant de cette pathologie, je rends hommage à un ami, qui malheureusement a rejoint les Anges.
Tout cela pour dire qu’il ne faut pas avoir peur des personnes avec un trouble psy. Tout le monde peut, à un moment de sa vie, être en souffrance. La dépression, le burn-out… Tout le monde est concerné ! Bien entendu, je ne le souhaite à personne. Je veux simplement faire réagir les gens. Dans les films, souvent les tueurs sont atteints de troubles psychiatriques. Mais il s’agit là d’un film, et non pas de la réalité !
J’espère qu’avec mon Histoire, certains d’entre vous auront changé de point de vue sur le monde de la psychiatrie.
VOUS ETES EN SOUFFRANCE ?
Pour finir, je m’adresse aux personnes en souffrance. Je sais que c’est difficile lorsqu’on voit tout en noir, mais croyez-moi, on peut tous s’en sortir. Continuez à vous battre, et gardez espoir. Un jour, vous verrez la lumière au bout du tunnel.
N’oubliez pas : la Vie est Belle !!!! Alors profitons-en !
« Au début, j’étais gênée de dire que j’avais des problèmes et que j’avais été hospitalisée en psychiatrie. J’étais gênée aussi de dire que je prenais de la médication, mais il ne faut pas avoir honte. »
Bonjour, je suis vraiment très heureuse que mon premier article intitulé : Ma schizophrénie, mon sevrage, ait autant été lu et partagé. Cela fait chaud au cœur dans ce combat titanesque : vivre la psychose.
Mon témoignage est celui d’une femme qui passa sa vie sous traitement alors que d’autres solutions, dont on commence un peu à parler, existent.
Pour moi, il est trop tard, j’ai 61 ans, mais que ma descente « aux enfers » puisse aider à en remonter un témoignage, oui, je le souhaite, et ainsi je reste en vie.
Je cite parfois la notion d’intangible, d’abstrait. Oui. J’aurai peut être la possibilité de développer davantage ces éléments essentiels, et au cœur même du sujet.
Je témoigne peut-être parfois maladroitement, mais tout mon vécu, mon ressenti, ont comme intention humaniste, de sortir de l’ornière, la façon de voir, de définir, de « traiter » (comme on traite de mauvaises herbes dans un jardin) la schizophrénie.
Je ne dis pas qu’il n’y a pas de colère, dans mes témoignages, et elle me semble légitime, mais il y a surtout aussi un vœu que des solutions autres soient trouvées, comprises.
Pour ma part, le sevrage m’en fait voir la sortie, mais je suis vigilante, et si je sais me voir, c’est aussi parce que j’ai pris le risque de diminuer le traitement. Je suis devenue responsable de mon amélioration, et cette conscience, prémisse de guérison, ne se serait pas produite si j’étais restée soumise à la médecine qui, malgré son utilité, a ses limites, commet des erreurs. Ou refuse les remises en question.
Oui, la psychose, ce sont les douleurs, tortures, psychologiques (sons ou paroles allant jusque dans l’ultra-son donc l’insoutenable, les harcèlements, les ordres auxquels il nous est impossible de désobéir) qui peuvent faire hurler. Et sans cesse le regard de la société, prête à assommer de son œil noir l’ être qui n’entre pas dans le rang, ou qui se fait trop remarquer.
L’être qui souffre aussi.
L’entourage, même mu par le souhait ardent de bien faire, et aimant soit le frère, la sœur, l’enfant (mais « anormal ») cet entourage s’égare aussi par maladresse, par déni, et insulte parfois, délibérément, rejette ce fruit non-conforme aux calibres en vigueur, ce fruit sur lequel avaient été fondés tant d’espoirs, de projections d’ego, et qui s’avère avoir échoué dans sa forme
Un regard peut être un long langage, de rejet, malgré l’envie d’aimer.
Dans nos sociétés occidentales, modernes, le premier réflexe, devant un être perdu, exalté, ne répondant pas aux comportements lissés, appris, discrets, dits » cohérents » , est de faire appel systématiquement à la psychiatrie, donc aux médicaments, à la piqûre intrusive, voire à la force, la contention. Exista aussi la lobotomie. L’électrochoc.
Je poursuis volontiers, non sans amertume et tristesse (deux euphémismes), sur un terrain aussi très glissant, mais couramment emprunté de pied ferme : la stérilisation des malades mentaux, ou toute autre population présentant une « imperfection », ou une identité précise,
Lors de la Seconde Guerre mondiale, sous le régime nazi, les malades mentaux furent les premiers à être stérilisés, étant un poids lourd sur les épaules du pays désireux de ne compter que des êtres, des fruits, sains, beaux, vigoureux.
Puis l’assassinat, par les gaz.
Les gaz qui servirent à l’extermination des personnes juives, furent tout d’abord expérimentés sur les malades mentaux. Dont les schizophrènes.
Je suis une malade mentale, une schizophrène, qui aurait été stérilisée, gazée, car considérée, comme beaucoup de mes frères et sœurs schizophrènes, un coût, parce qu’inapte, imparfaite, tarée. On m’a déjà qualifiée plusieurs fois de « tarée », et autres poésies, qui suffisent à ne plus avoir envie de lutter, tant ils sont abjectes, et poussent vers la sortie.
Bien d’autres populations, qualifiées inférieures, furent stérilisées aussi, telles les Amérindiennes.
Stérilisées, par des médecins normaux.
Les politiques de luttes contre la pauvreté pratiquent et ont pratiqué ces méthodes, de stérilisation. Mais comment, déjà, ces pays ont-ils basculé vers cette pauvreté ?
Comment en est-on arrivés là ? Et jusqu’où va-t-on aller ?
L’on m’a donné force antipsychotiques, pendant toute ma jeunesse et ma vie de femme. Je n’ai jamais été enceinte. Ces médicaments font efficacement effet contraceptif.
Je me suis documentée sur la composition, et les conséquences des substances contenues dans ces comprimés, que nous sommes obligés de prendre bien gentiment, à vie. Contester les décisions des spécialistes, de plus, est très mal toléré, la plupart du temps.
Ajoutons aussi que la molécule d’origine des antipsychotiques, est la Phénothiazine, composant des pesticides.
Le neuropsychiatre, qui m’a « traitée » en tout début de psychose, savait-il que ces traitements, à vie, allaient me rendre stérile, ou jouer sur ma fertilité ? Ou ces molécules, nocives, risquaient-elles, elles, de rendre anormal un enfant ? Si oui, pourquoi ne pas en avoir parlé ? A-t-il été question de ce sujet avec ma famille ? Qui suis-je donc, ou que suis-je donc, pour avoir été ainsi mise hors circuit ?
Si j’avais demandé à être mère, désiré une grossesse, que m’aurait-on répondu ?
Les molécules diminuent-elles l’envie de grossesse ? Ou désinhibent-t-elles ?
Mais si l’on avait pensé très fort que je pouvais avoir un enfant malade mentale, comme moi, j’aurais répondu : « Et alors ?! »
J’en suis une, où est le problème ? Je ne dois pas me reproduire pourquoi ? Afin de préserver la Terre ? Afin de la protéger contre la violence, ou le déséquilibre des malades mentaux comme moi ?
Les mots que vous lisez-là sous ma plume, sont-ils bel et bien ceux d’une dégénérée ?
Une Terre massacrée, oui, par des personnes normales !
Se rend-on compte, lorsqu’on cherche à tout prix une origine cérébrale ou génétique, à la schizophrénie, de ce qu’il se produirait, si l’on trouvait :« la -moindre -trace -de -peut -être -une -possibilité -que -sans -doute- au- vu- de,- un -fœtus -peut- développer -une -schizophrénie ,- mais -sans -en -être -certain ?, Il va se produire le rejet de cet enfant, et les avortements.
L’avortement est un droit, oui, et s’avère parfois vital, nécessaire.
Mais jusqu’où va-t-on aller, et se laisser conduire au nom de « preuves » d’anormalités, dans une société qui encourage aussi : la performance, le résultat, l’efficacité, le champion, le parfait, le rectiligne ?
La personne que je suis et qui est en tain de vous écrire, pseudo Keridwen, serait sans doute passée aux oubliettes, si un diagnostique existant de schizophrénie avait été détecté lors de la gestation.
Mais il est vrai aussi que cette solution radicale, ne permettrait pas l’exploitation, longue en recherches, et la vente de nouvelles molécules. Et longue va être la recherche de la panacée qui « guérira » la schizophrénie, car cette panacée chimique n’existe pas.
Toute molécule colmatera, chronicisera, faussera, mais jamais rien de chimique ne conviendra.
Remettre en question la notion de réel, cela oui, fera avancer et nous aidera. Mais la chimie, jamais. Cette dernière détruira le cerveau, mais ne permettra aucune sortie de psychose. Au contraire, elle l’enfoncera.
La médication peut être un début de solution, mais ensuite, la parole, l’écoute, l’expulsion des poisons de la psyché… Oui… par les mots…
Cela existe déjà, et fait ses preuves, un procédé humain, naturel. Le dialogue.
Rassembler les pièces du puzzle éclaté, oui, est un dur labeur. Mais lorsqu’on y parvient et l’on en sort ; on discerne toutes les fausses routes prises, Qui mènent à un sacrifice de personnes schizophrènes aussi à venir, si rien ne change.
Un remarquable constat, à mes yeux, est l’acharnement des scientifiques, de vouloir absolument trouver une cause génétique, je me répète, à ce qui est une crise existentielle.
Des traces spécifiques sont, dit-on, repérées dans des cerveaux de schizophrènes, mais ce sont des conséquences, et les séquelles des traitements, lourds, que l’on détecte-là, et non les preuves d’une maladie qui aurait été là avant.
D’autre part, la schizophrénie, telle que je l’ai vécue intérieurement, au plus profond des crises, me plongeait surtout dans un état modifié de conscience, une transe. Tout comme dans un état de méditation, lequel est, certes plus paisible, mais de même nature à transformer le fonctionnement cérébral.
La « folle « comme on se plut parfois à me qualifier…
La folie, n’est-elle pas nécessaire à un équilibre ?
La Terre, et les personnes normales, survivraient-elles et tiendraient-elles debout sans les malades mentaux ?
La santé mentale coûte cher, est-il souvent émis !
Je suis désolée de vous coûter aussi cher, alors que ma tête penchée est aussi cohérente que notre planète, penchée aussi, et sans laquelle, lesquelles, personne ne serait en vie.