Cicatriser et dé-psychiatriser

Cicatriser les blessures de l’âme,

Explorer les mécanismes de la psyché,

Pour ne pas répéter les mêmes schémas,

Défaire les nœuds, résoudre les traumatismes,

Déconstruire les peurs qui nous paralysent,

Les réactions qui nous immobilisent,

Passer à l’action, changer,

S’ouvrir au monde, résilier,

Se connaître, se respecter,

Apprendre à être soi, à dire non,

Non aux étiquettes, non au tout médicament,

Cicatriser, faire la paix avec son passé,

Trouver refuge en dehors de la psychiatrie,

Retrouver le lien aux autres,

Se dépsychiatriser,

Prendre soin de soi, faire de la psychiatrie une ressource plutôt qu’une fin,

Et l’aider à se transformer,

Pour que le dialogue et l’écoute priment,

Que le délire soit entendu et non pas combattu,

Que la personne puisse trouver l’appui qui lui permettra d’évacuer sa souffrance,

Qu’elle puisse verbaliser, exprimer ses choix,

Qu’elle soit considérée et encouragée à s’en sortir,

Et à trouver une place dans la société.

Se refaire une santé, cicatriser et repartir de l’avant.

Portrait d’Az

Comme Az, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

J’aspire a vivre un état de présence et d’équilibre intérieur le plus souvent possible, état de réceptivité et d’harmonie qui révèle la vraie beauté qui se trouve en chaque chose, en chaque lieu, en chaque expérience.

Etat d’ouverture que je place en exacte opposition a l’état de psychose que je vis souvent, ou je suis enfermé dans mon mental et dans ses représentations, ce qui attire mon attention sur ces phénomènes et me coupe du « réel ».

Je suis inspiré par la marche, la natation, le temps passé avec mes proches, amis, guide, ma chienne Xela, et beaucoup par la musique (écouté ou joué = basse, clarinette, chant).

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

C’est un métier compliqué, où chaque personne atteinte par un trouble mental est un univers en soi, et requiert beaucoup de temps, une grande flexibilité, et il faut parfois accepter que la personne « malade » ne pourra peut être pas coller à l’image que l’on a d’une personne « saine ».

La personne doit coller à sa représentation d’une vie « réussie ».

Ayant été hospitalisé plusieurs fois, j’ai trouvé a chaque fois des infirmier(e)s concernés et bienveillant, qui ont le rôle de tenir la baraque, et des Psy qui m’ont bien souvent semblé dépassés … ils n’étaient juste pas très impliqués, et ont rarement su jouer le rôle de miroir non déformant que j’attendais d’eux, posture qui je pense m’aurait aidé à prendre conscience plus rapidement de certains de mes fonctionnements défaillants. Par un engagement et un intérêt réel, ils auraient également pu m’être utile à détricoter des schémas de pensées limitants ou à la limite du délirant…

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

En sortant « des cadres », on se rend compte que la vie est aussi en dehors des sentiers battus, et qu’il n’y a aucune « loi réelle », juste une posture où à un moment « les autres » signifient par leur comportements, paroles, ou silence, que l’on a franchi une limite, que l’on est en hors piste, et que si on se prend une avalanche sur la gueule, bah tant pis pour nous.

Pour ma part, ça m’a donné une bonne dose de flexibilité mental, et parfois beaucoup de recul, notamment sur les relations interpersonnelles.

En m’avançant « à contrecœur » à travers les lignes, dans ce qu’on nomme communément la folie, je me suis surtout rendu compte qu’il n’y a pas de limite … j’ai pu avoir des comportements très étranges pour les gens qui m’entourent, alors que pour moi tout avait un sens … seulement je commençais (pendant une rechute) à ne plus me rendre compte (ou alors a mal interpréter) que les gens ne savaient plus comment se positionner vis-à-vis de moi …

Donc pour conclure, on peut tirer de positif de la folie que ça permet d’ouvrir le champ des possibles, mais que au moment ou on « conscientise » que l’on est en train de glisser dedans, il me parait judicieux d’essayer de garder des points de repères, et ne pas se vautrer dedans, car ce « trou » n’ayant pas de fond, on peut se retrouver à faire des choses vraiment « bizarre, et/ou dangereuses pour soi ou autrui » …

Je pense également qu’il y a certaines limites qui une fois franchies, empêchent de revenir en arrière, ou en tout cas que c’est vraiment jouer à la roulette russe …

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Oui, je pense que ce serait un énorme plus pour un Ministre de la Santé Mentale d’avoir traversé une maladie mentale … Moi Ministre …

Je lui demanderais de s’impliquer de manière concrète et au maximum possible, en donnant des fonds pour des études non médicamenteuses pour tous les troubles schizophréniques, autistiques, dépressifs …

Je lui demanderais également de lancer des ateliers à l’école, ou l’on parlerait de psychisme, de développement personnel, ainsi que de la prévention sur les drogues, à grande échelle, avec des gens ayant beaucoup consommé, et qui n’aurait pas un discours vide, mais quelqu’un qui vienne parler de son expérience, en disant, oui c’est bien, et … mais …

Egalement parler des différentes formes de maladies mentales, comme ça tout un chacun aurait une meilleur image de ces troubles et saurait par exemple que lorsqu’on parle avec un schizophrène, ça passe souvent mieux si on évite de le fixer dans les yeux … ou alors poser des questions, en levant les tabous …

En fait, j’ai tellement de choses a demander a ce Ministre que je pense que je vais demander le poste, ça sera plus simple 🙂

Portrait de Nanne

Comme Nanne, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

Mon inspiration est ma fille. J’aspire à mon bonheur et au sien.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Je ne travaille plus. Licenciée pour une deuxième hospitalisation qui, celle-ci, aura été trop longue.

Et je n’aimais plus mon métier. C’est un mal pour un bien.

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

Il y a trop de croyances et pas assez de savoirs. Il n’y a pas assez de moyens dans le public alors qu’un quart de la population est touché, tous symptômes confondus.

La santé mentale en France est depuis trop longtemps taboue et stigmatisée. Voire autostigmatisée.

Les mentalités n’évoluent pas. Ne veulent pas évoluer ?

Le sensationnel qu’on leur offre dans les médias grand public est tellement violent. Comment peut il alors en être autrement dans la pensée publique ? Qui ira vérifier une statistique ?

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

Mais quelle folie ? Qu’est-ce qu’être fou ? Suis-je folle moi qui suis bipolaire mais parfaitement consciente du trouble dont je suis atteinte et bien au fait de ce que je dois mettre en place aux premiers signaux d’alarme ?

On est plutôt en face de quelqu’un de sain, non ?

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Je pense avoir les capacités de le devenir mais pas celles d’exercer la fonction. Et je n’en ai aucune envie !

Alors à ce fameux ministre, je lui demanderais de s’entourer de personnes malades, de leur demander leurs besoins réels, de les mesurer en coût, temps, etc… de limiter les délais d’attente pour les dossiers invalidité / handicap et j’en passe, de faciliter l’accès à l’emploi et pas seulement en ESAT, de nous donner la possibilité d’être protégés, voire favorisés, et autonomes. De vivre et plus de survivre.

Une page, association ou initiative que tu aimerais faire connaître?

Argos 2001 France

Fragments de l’exposition « Sigmund Freud : Du regard à l’écoute »

Ah ce cher Sigmund Freud! Le tant décrié inventeur de la psychanalyse s’expose jusqu’au 10 février 2019 au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme à Paris. L’occasion pour moi de redécouvrir l’homme, son œuvre et son époque à travers de superbes documents.

Certes, l’exposition ne met pas en avant la critique qui lui sera faite ultérieurement, à part un commentaire évoquant sa mésentente avec Carl Jung. On sait aujourd’hui que la psychanalyse tel que Freud la pratiquait n’a jamais guéri aucun de ses patients et que, de toute manière, elle était théoriquement inadaptée pour les patients atteints de psychose, alias les fous. Cependant, même si la « science » psychanalytique que Freud a mis sur pied est critiquable, elle reste inspirante et mérite notre intérêt dans la mesure où elle cherche une logique et une causalité dans la vie psychique plutôt que dans un dysfonctionnement cérébral.

Voici quelques fragments de l’exposition :

L’exposition explore le cheminement scientifique et intellectuel de Sigmund Freud (1856-1939) en neuf séquences.

Elle évoque ses travaux méconnus de neurologue, l’importance du séjour parisien, le rôle de la théorie de l’évolution dans sa formation, son intérêt pour l’archéologie et les mythes, la naissance de la psychanalyse, le rôle de la sexualité dans la vie psychique, l’interprétation des rêves et son influence sur le mouvement surréaliste. Elle se conclut sur la dette de Freud envers le judaïsme.

exposition freud
Bienvenue au mahJ !

Du regard à l’écoute

On reconnaîtra à l’entrée de l’exposition le fameux tableau de Charcot donnant sa leçon sur l’hystérie à la Salpêtrière. On sera intrigué par les planches de Cesare Lombroso, père de l’anthropologie criminelle, avec ses portraits d‘Homme criminel, criminel-né, fou moral, épileptique et l’Art de connaître les hommes par la physionomie de Johann Lavater.

Avec Freud, on passe des démonstrations spectaculaires des hystériques de Charcot à une clinique de l’écoute attentive du patient.

aliéné en démence
« Aliéné en démence », Ambroise Tardieu (1838)

La naissance de la psychanalyse

A la Salpêtrière, Freud découvre l’hypnose, méthode qu’il abandonnera rapidement mais qui lui révèle le pouvoir de suggestion du médecin sur son patient. Il analyse la puissance de ce lien thérapeutique, qu’il nomme « transfert« , et la possibilité de le canaliser vers des fins cliniques. Le patient transfère sur le thérapeute des désirs qu’il éprouvait pour son père ou sa mère ; il revit symboliquement des pans de son enfance et voit émerger ses souvenirs enfouis.

En juillet 1895, quelque temps après la mort de son père, Freud entreprend de s’autoanalyser en déchiffrant ses rêves, « la voie royale vers l’inconscient » (L’Interprétation des rêves, 1900). Ce travail l’amène à découvrir que les songes et les symptômes psychiques parlent le même langage codé : ils dissimulent les désirs que nous préférons taire.

Freud recourt à l’association libre : pour permettre à ses patients de parler sans choisir les mots qui leur traversent l’esprit, il met à leur disposition un divan. La position allongée diminue la résistance du patient, favorise l’émergence des souvenirs refoulés, facilite le transfert. Le psychanalyste est assis derrière le patient, à l’abri de son regard.

 

« Les mots sont bien l’outil essentiel du traitement psychique. | Le profane trouvera sans doute difficilement concevable que les troubles morbides du corps ou de l’âme puissent être dissipés par la « simple » parole du médecin. Il pensera qu’on lui demande de croire à la magie. | En quoi il n’aura pas tout à fait tort ; les mots de nos discours quotidiens ne sont rien d’autre que magie décolorée. »

Sigmund Freud, « Traitement psychique » (1890)

 

La vie sexuelle

En 1905, lorsque Freud publie Trois essais sur la théorie sexuelle, suivie un peu plus tard de Contribution à la psychologie de la vie amoureuse, la sexualité fait déjà l’objet de nombreuses études scientifiques. Elle est aussi au cœur de l’œuvre de beaucoup d’artistes à Vienne, notamment Gustav Klimt ou Egon Schiele.

Dans son ouvrage, Freud décrit ce qu’il nomme « libido« , une énergie vitale ayant sa source dans la sexualité. Pour lui, il est impossible de concilier les exigences de cette pulsion sexuelle, dont le but est la recherche égoïste du plaisir, avec les attentes de la civilisation qui impliquent entente et cohésion sociale. Le refoulement de la libido entraîne le plus souvent des troubles psychiques, des névroses. Mais cette énergie vitale est également susceptible de se déplacer vers des buts non sexuels. Sa sublimation serait à l’origine des productions culturelles les plus élevées de l’humanité. Par sa capacité à se transformer, la pulsion sexuelle innerverait la plupart des activités et des comportements humains.

 

La beauté

l'origine du monde
« L’origine du monde », Gustave Courbet (1866)

Pour Freud, il est incontestable que le concept du beau a ses racines dans l’excitation sexuelle, pour autant la vue des organes génitaux n’éveille pas d’émotion esthétique, car cette dernière naît précisément d’un détournement de la pulsion sexuelle vers d’autres buts, notamment vers la forme du corps dans son ensemble. En somme, représentation des organes génitaux et œuvre d’art sont incompatibles.

L’Origine du monde, qui a appartenu au psychanalyste Jacques Lacan, et pour lequel ce dernier avait fait réaliser par son beau-frère, André Masson, un panneau coulissant servant de cache, est un cas limite, une représentation du sexe socialement considérée comme une œuvre d’art.

 

« Malheureusement, c’est sur la Beauté que la psychanalyse a le moins à nous dire. Un seul point semble certain, c’est que l’émotion esthétique dérive de la sphère des sensations sexuelles ; elle serait un exemple typique de tendance inhibée quant au but.

Primitivement la « beauté » et le « charme » sont des attributs de l’objet sexuel. | Il y a lieu de remarquer que les organes génitaux en eux-mêmes, dont la vue est toujours excitante, ne sont pourtant presque jamais considérés comme beaux. En revanche, ce caractère de beauté s’attache, semble-t-il, à certains signes sexuels secondaires. »

Sigmund Freud, Malaise dans la civilisation, 1930.

 

L’interprétation des rêves

« Avec Freud seulement on en revient à une appréciation positive du rêve considéré comme révélateur du sort. | Mais là où les autres ne voyaient que le chaos, l’incohérence, la psychologie abyssale a reconnu l’enchaînement ; ce qui semblait à ses prédécesseurs un labyrinthe confus et sans issue, lui apparaît comme la via regia qui relie la vie consciente à l’inconsciente. »

Stefan Zweig, La Guérison par l’esprit, 1931.

 

Dans l’un de ses rêves, Freud se voit sans le moindre dégoût, au sommet d’un tertre, nettoyant avec le jet de son urine une cuvette de latrines, recouverte d’excréments de toutes tailles et de tous les degrés de fraîcheur, et en éprouve une vive satisfaction. Analysant son rêve, il se souvient d’avoir consulté la veille une édition de Gargantua, illustrée par Jules Garnier, où l’on voit le géant de Rabelais compisser du haut des tours de Notre-Dame les Parisiens, jugés grossiers et sales. Au-delà de l’envie réelle d’uriner, qui peut être l’élément déclencheur, Freud interprète la scène comme un rêve de grandeur. Tel Gargantua purgeant Paris de ses immondices, il souhaite nettoyer la psychiatrie de ses erreurs et faire place nette pour que triomphe la psychanalyse.

 

fascinés de la charité
« Les fascinés de la Charité », Georges Moreau de Tours (1889)

« Sigmund Freud : Du regard à l’écoute. » Du mercredi 10 octobre 2018 jusqu’au dimanche 10 février 2019 au mahJ, 71 rue du Temple, Le Marais, Paris 3ème.

Quelle place pour la folie dans la civilisation ? [1h56min]

La folie inquiète et angoisse. Elle provoque le rejet ou la fascination. Dans son « Histoire de la folie à l’âge classique », Michel Foucault s’est intéressé aux modalités d’exclusion de la folie. L’avènement de la raison s’accompagne d’un rejet de ce qui n’est pas elle.

Mais avec Freud et la découverte de l’inconscient, surgit un nouveau rapport à la folie. Elle devient expérience humaine. Lacan parlera de causalité psychique pour montrer qu’être fou, c’est souffrir d’une maladie de la parole. Écouter le fou, c’est alors s’intéresser à ce qu’il nous apprend sur notre rapport à la parole et à l’Autre.

Conférence inaugurale du cycle Psychiatrie, psychanalyse et malaise social

8 octobre 2018, à la bibliothèque du Centre Pompidou, avec : Philippe Petit , Clotilde Leguil, Frédéric Gros

Portrait de M.D

Comme M.D, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

 

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

Ma mère est sans doute la personne qui m’inspire le plus. Elle est humainement hors norme ; la plus pure à mes yeux. Elle a souffert et souffre toujours, mais c’est une armure.

J’ai trouvé refuge dans la philosophie, qui est la voie que j’ai choisi pour reprendre mes études. J’adore apprendre, j’ai toujours aimé cela, et la philo m’apporte encore plus de clés pour comprendre les autres, le monde, et moi-même.

J’aspire à réussir mes études, à les continuer le plus loin possible. A apprendre, encore et toujours.

Secrètement, j’aimerais changer les choses, ne serait-ce qu’à un niveau local, et la politique est un domaine qui m’intéresse beaucoup.

 

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

A l’heure actuelle, je n’ai pas de métier !

J’étudie seulement, et je n’ai pas d’idée fixe de métier. Beaucoup de domaines différents m’intéressent.

Pendant longtemps, j’ai souhaité travailler au contact d’animaux, ils me font un bien fou. Mais j’aime aussi le contact avec les personnes en difficultés, les accompagner dans leurs démarches, initier les plus âgés et les plus éloignés du numérique a l’informatique. Et pleins d’autres choses encore…

Je trouve ça difficile de devoir faire un choix, quand des centaines de métiers sont intéressants.

Ma seule certitude est de vouloir un métier dans lequel je pourrai évoluer vers d’autres métiers encore.

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

Je pense que c’est compliqué, tant pour les patients eux-mêmes que pour les soignants, qui pour certains ont une réelle volonté d’aider, d’accompagner. Mais il y a beaucoup trop de choses qui ne vont pas dans les prises en charges telles qu’elles sont faites actuellement.

J’ai été régulièrement hospitalisé en psychiatrie de mes 11 ans à mes 18 ans. Ces hospitalisations avaient plus d’effets néfastes que bénéfiques.

Très jeune, on a commencé à me gaver de médicaments de toutes sortes. A 14 ans, sous anxiolytiques, je dormais 23h par jour.

Ce n’est pas normal de bousiller des jeunes comme ça. J’ai eu droit a des traitements de cheval jusqu’à mes 22 ans, et je n’allais pas bien, j’étais totalement instable.

Puis, j’ai rencontré un nouveau psychiatre et ma vie a changé du jour au lendemain.

Fini la tonne de médicament,s fini les menaces d’hospitalisation parce que je n’en pouvais plus d’avaler 15 pilules par jour.

Elle m’a écouté, entendue. deux médicaments différents par jour. Traitement que l’on a défini ensemble, en fonction de tout ce que j’avais déjà eu et des effets secondaires que j’avais pu avoir. Fini la menace, rien d’imposé, que des propositions d’hospitalisations dans les périodes les plus difficiles.

En l’espace d’un an, et grâce a elle, j’ai réussi à me stabiliser, et je le suis toujours.

Pourtant, elle n’a rien fait de plus que ce qu’un psychiatre devrait faire : elle m’a simplement écouté, m’a considéré comme un égal, comme une personne équilibrée et capable de prendre des décisions conscientes, installé une relation de confiance qu’elle n’a jamais brisé et ma permis de travailler sur moi-même.

Je souhaite à tout le monde de rencontrer un psychiatre comme cela, parce que pour moi ça a vraiment tout fait.

 

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

Tellement de choses ! Et pour moi, il est nécessaire d’en tirer du positif, ce n’est qu’une façon parmi d’autres de reprendre le contrôle dessus, de ne plus la subir de façon totalement passive mais au contraire d’en faire une force.

Les qualités humaines surtout. L’empathie, accepter l’autre comme il est. Ne pas juger, ne pas s’arrêter à des a priori.

Un respect sans nuances ou limites. Un sens de la justice également.

Il y aurait tant de choses a ajouter.

 

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Pourquoi pas, même si c’est une grande responsabilité.

Le modèle italien est inspirant.

Il faudrait commencer par changer en profondeur la système psychiatrique en France. Stopper les hospitalisations a outrances, qui ne sont pas toujours utiles, bien au contraire, et qui ne devraient être faites qu’en cas de crises majeures, sans autres solutions immédiates. Et, lorsqu’elles ont lieux, ne pas laisser les patients tourner en rond toute la journée.

L’activité est importante, que ce soit physique, manuel, intellectuelle. Rester inactif ne permet pas d’aller mieux, et c’est aberrant que ça se passe comme cela en HP. Des structures à taille humaine seraient également plus bénéfiques.

Privilégier les accompagnements dans la vie quotidienne, remettre le patient au cœur de la prise en charge, l’amener a reprendre le contrôle de sa vie quand cela est possible.

Faire en sorte que la prescription de tous les médicaments utilisés en psychiatrie ne puisse être faite que par un psychiatre, et que cela soit également possible qu’avec un suivi psychologique à côté. Que ces médicaments soient prescrits de la façon la plus modérée possible.

Portrait d’Iman

Comme Iman, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

 

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

Je me suis rendu compte que ma source principale d’inspiration était la nature humaine.

Je dirais plutôt qu’elle me fascine parce qu’elle m’intéresse autant qu’elle me révolte.

Je crois que depuis que je suis petite j’observe beaucoup mes congénères et je ne cesse de chercher à comprendre tous les rouages, principalement psychologiques de cette espèce !

Les personnes qui m’ont inspirée avaient toutes une très grande fragilité et étaient toutes des artistes. Comme je ressentais absolument tout par les pores de ma peau, je me suis mise à danser pour tenter de donner sens à toutes les émotions qui me submergeaient.

Lorsque je n’en peux plus, je retourne dans le nid de la Nature pour écouter ce qu’elle a à me dire.

J’aime l’intimité, j’aime le partage et les rencontres, j’aime énormément rire, sans-doute parce que j’ai beaucoup trop pleuré.

Je passe beaucoup de temps à écrire, à danser et à aimer. Aujourd’hui, l’art et l’humour sont des compagnons très précieux.

 

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

J’ai plusieurs cordes à mon arc mais l’activité que j’ai finalement le plus développée est la danse, l’enseignement de la danse. Laquelle vous demandez-vous ?

J’ai enseigné les danses orientales pendant 16 ans ( le style égyptien particulièrement mais pas seulement ). C’était passionnant mais difficile à la fois car je ne me reconnaissais pas dans les clichés qu’elle véhiculait et qui ont la peau dure. Je me suis beaucoup questionnée.

Finalement, j’ai créé mon approche, je suis sortie du cadre imposé et je me suis libérée de beaucoup de choses.

La Danse Source puise à la source des danses et des musiques du monde entier pour permettre de trouver en soi la voie de la danse. A la source de soi et du monde, trouver le chemin ici et maintenant, de notre propre corps dansant.

J’ai mis en place il y a peu des ateliers de danse thérapie car je suis convaincue que la restauration de ce que j’appelle « la Pyramide du Soi  » passe par le corps : estime de soi, confiance en soi et affirmation de soi, sont toujours la cause de grands troubles ou dysfonctionnements psychiques.

Je m’intéresse aussi beaucoup aux corps handicapés et je souhaite permettre au plus grand nombre de goûter à la joie de danser et d’apprendre de tout ce merveilleux patrimoine que constituent les danses dites du monde.

Je pourrais en parler des heures mais je suis contrainte ici de synthétiser. J’écris des articles régulièrement pour pouvoir exprimer tout cela !

 

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

C’est un sujet qui me passionne et me préoccupe tous les jours car je souffre moi-même de bipolarité et de dépressions.

Bien que je sois stabilisée, c’est forcément un sujet essentiel pour moi, tant d’un point de vue personnel que professionnel.

Je suis passée par toutes les phases, tout le parcours médical et psychiatrique, les hospitalisations, les doutes, les rejets puis l’apprentissage.

Car oui, finalement je peux dire aujourd’hui que j’ai appris considérablement sur moi-même, sur la pathologie et sur les autres.

Pendant longtemps je me suis sentie des deux côtés du mur : j’étais à la fois la personne souffrante et la thérapeute en devenir.

Il m’a fallu des années de travail sur moi pour que ce conflit n’en soit plus un.

Le diagnostique une fois posé, après bien des années d’errance, a été le point de départ de ma résilience.

Rien ne s’est fait facilement mais j’ai tellement appris !

Je continue d’apprendre, de grandir et d’avancer et je me suis réconciliée avec celle qui souffrait. La créativité a joué là encore un grand rôle mais pas seulement, la thérapie comportementale et cognitive avec mon psychiatre m’a donné de véritables outils que j’utilise à présent en danse thérapie et bien entendu dans ma vie quotidienne.

Il y a tant d’améliorations à apporter dans le monde de la santé mentale.

Je lutte beaucoup contre la stigmatisation, les idées reçues et les fausses croyances. Je suis pour que diverses compétences se rencontrent afin de proposer des soins complémentaires aux patients.

Je ne veux pas être « anti » je veux travailler « avec « .

 

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

La folie, c’est comme pour tout : si elle est acceptée, canalisée, prise en considération et prise en charge, elle peut être une grande source de créativité. La folie est partout.

Lors de ma toute première hospitalisation, j’avais 17 ans, j’ai dit à mes parents en quittant la clinique que « les fous étaient tous dehors  » ! Je quittais un univers clos dans lequel j’avais rencontré une telle diversité humaine et une telle richesse qu’il me semblait que tous les gens que je voyais dans la rue n’étaient pas normaux. La norme est forcément relative. Pour avoir côtoyé les deux mondes, je peux dire aujourd’hui qu’il n’y a pas plus de folie d’un côté du mur.

Le  » monde des fous  » m’a appris la tolérance inconditionnelle, l’acceptation de toutes les différences et le non jugement.

J’évite juste d’être souffrante lorsque je suis dans mon rôle d’enseignante ou de danse thérapeute car je sais que pour bien faire, il faut être en équilibre soi-même !

Alors la folie… oui j’ai dû être folle dans mes comportements, mes réactions, dans les diverses expressions de ma souffrance, mais je ne me suis jamais considérée comme folle.

La folie pour moi, c’est de laisser ce monde et cette planète se casser les jambes sans agir…

Je n’ai jamais été aussi créative que depuis que j’ai compris de quoi je souffrais.

 

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Non, je ne pourrais pas devenir ministre de quoique ce soit car je ne le souhaite pas. La politique ne m’intéresse pas de cette manière.

La politique, je l’aime dans les actions que je mène à mon tout petit niveau et ça me va bien comme ça.

Si j’en avais l’occasion je lui dirais de donner beaucoup de moyens pour la santé et particulièrement pour la santé mentale, car je sais que ça n’ira pas mieux.

Il faut absolument s’occuper de toutes ces personnes qui ont subi des guerres et l’exil, de toutes ces personnes qui souffrent et qui sont isolées, de tous ces jeunes qui vont très mal.

Beaucoup de moyens, c’est essentiel !

 

Une page que tu aimerais faire connaître?

http://dansesource.jimdo.com

Portrait de Julien Hennebo

Comme Julien, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

C’est une bien large question, il y a tant de choses auxquelles j’aspire. Je pourrais résumer en disant la sérénité, le bonheur…

Je souhaite le bonheur dans mon couple, au travail, avec les ami(e)s et le bien être de mes deux enfants, une relation facilitée avec mon ex-femme.

J’aimerais faire évoluer le monde de la psychiatrie, je suis en contact avec les professionnels du secteur.

Je suis président d’une association d’usagers créée en 2017, je souhaite faire évoluer la perception des gens.

Il y a beaucoup d’espoir contrairement à la vision générale du public.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

J’ai été 10 ans moniteur de char à voile. Je suis un grand adepte des sports nautiques, kite surf et windsurf. J’adore la proximité avec la nature, les sensations fortes… Je suis encore moniteur les weekends et les vacances mais j’essaie de ralentir pour m’octroyer plus de temps pour moi et ma famille.

En mars 2017 j’ai obtenu mon diplôme d’AMP, aide médico psychologique grâce à un congé individuel de formation.

Je travaille depuis novembre 2017 dans un collège-lycée avec internat auprès d’adolescents ayant un handicap moteur.

Mon rôle est de les accompagner dans leur vie quotidienne et de veiller à leur bien être psychologique.

J’aime beaucoup ce travail, c’est riche en relation humaine. J’apprends énormément particulièrement quand il y a des tensions à gérer. Ici les jeunes sont bien traités et on peut leur apporter beaucoup. Et on travaille en équipe pluridisciplinaire.

J’ai maintenant un temps plein (38H30) semaine et je suis en congé pendant chaque vacance scolaire.

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

A nouveau c’est large comme question.

D’abord c’est quoi le monde de la santé mentale?

C’est la psychiatrie? Les usagers? Les proches d’usagers? Les ex usagers?

Sans doute tout cela à la fois et plus peut être…

Les psychiatres sont bien trop fermés dans leur monde rationnel, ils refusent d’ accepter qu’il existe des choses qui dépassent l’entendement.

Les usagers sont englués dans leur troubles, manque de confiance en eux, n’arrivent pas à se détacher de leurs proches parents.

Les ex usagers eux ont vraiment du mal à se faire entendre. C’est à se demander s’il ne vaut mieux pas être toujours usager pour être écouté et crédible. Sinon on peut même être vu comme dangereux voire nocifs pour les « autres malades ».

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

La folie fait partie de la vie. Je suis adepte des philosophies asiatiques. Pas d’obscurité sans lumière, pas d’amour sans haine, pas de douleurs sans plaisirs… Et donc pas de folie sans sagesse…

La folie peut être, je crois, un des chemins de la sagesse. Un chemin difficile, très difficile et complexe. On ne sera jamais plus comme avant et d’ailleurs ce n’est plus du tout Ce que l’on cherche une fois rétabli.

Il faut apprendre à gérer de nouvelles émotions très fortes, on est une éponge, il ne faut pas se laisser déborder. C’est un jeu d’équilibriste.

On se connait mieux, on connait mieux son corps, on connait mieux les autres. On apprend beaucoup, on a aussi pleins d’interrogations.

Traverser le monde de la folie pour se rétablir, c’est un chemin initiatique, accepter les choses, se faire tout petit, être très humble et patient et accéder au final à une grande richesse intérieure.

Après ce n’est pas une aventure idyllique, j’aurais pu perdre la vie plusieurs fois, provoquer la mort d’autres personnes, rendre malheureux beaucoup de monde.

Ce qu’on peut tirer de positif de la folie, c’est donc ce à quoi je m’évertue chaque jour et c’est devenu en quelque sorte l’un des principal but de ma vie.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Non je ne pense pas. Je serais je crois bien trop éloigné du terrain.

J’aimerais beaucoup dans un premier temps travailler comme « pair aidant professionnel ».

J’aimerais que l’association OPALEGEM fonctionne réellement et que je puisse vraiment aider des personnes à évoluer, à se rétablir d’avantage de leurs troubles. J’aimerais encore qu’il existe dans mon secteur un conseil local en santé mentale.

Ce que je demanderais au ministre, je ne sais pas vraiment, ça dépend du contexte dans lequel je le rencontrerais.

En tous les cas, j’essayerais de lui transmettre mes ressentis, mes émotions, lui faire part de ce que moi j’ai vécu, de ce que je ressens, ce que l’on a dit à mes parents lors de ma première crise:

« Votre fils va prendre un traitement toute sa vie, il fera 20 kg de plus, il n’aura pas la vie que vous aviez espéré ».

Et pourtant… je suis là… et bien différent de leurs prédictions…

Une page que tu aimerais faire connaître?

http://revfrance.org/

Portrait de Fofolle73

Comme Fofolle73, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

Mes inspirations sont mes enfants. Grâce à eux, j’avance, je grandis en même temps qu’eux.

Mon job est aussi une grande passion. Il me fait rencontrer des personnes de toutes origines, cultures, des penseurs ou cartésiens et m’adapter à chacun est pour moi un jeu. Finalement, on pourrait m’appeler caméléon.

Mon Homme, mon Amour, me fait aussi avancer, en m’acceptant, en acceptant notre vie, avec des up et des down.

Je rêve d’avoir une vie avec des hauts, avec des bas, mais dans la mesure du raisonnable, à ne plus me poser de questions et vivre sereinement.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Mon métier finalement c’est gérer. Gérer mes collaborateurs, mes clients ou fournisseurs mais aussi gérer mes succès et mes échecs.

C’est me transformer aussi, en maître d’école ou psychologue. C’est aussi motiver, montrer l’enthousiasme et l’exemple. Pas facile… difficile même, mais vivant.

Et travailler avec son frère, sa chaire, se lever tous les matins en disant je vais retrouver mon frère

Ça… Ça… c’est plus important que tout… mon frère, mon opposé, mon complément… on forme un tout ensemble.

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

Merci… merci à eux d’être là… surtout dans les situations de crise…

Je l’appelle le grand sage… Mon premier psychiatre clinicien… m’a sauvé la vie.

Merci à ma toute nouvelle neuro-psy qui me fait avancer.

Je regrette une chose c’est le manque de liens entre les différents spécialistes et les différentes périodes de vie ce qui fausse les diagnostiques ou les retardent… et ça c’est grave.

Il faudra trouver une solution pour qu’il y ait un monde de la santé mentale et non des mondes différents.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

J’ai lu une citation :

« Certains ne deviennent jamais fous… que leurs vies doivent être ennuyeuses »

Je la trouve pas mal.

Sinon, en opposition avec le terme.

La folie m’apprend à mieux me connaître.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Carrément oui. Votez pour moi.

Je ferai de la santé mentale un seul monde, avec les liens pour qu’on avance.

Portrait de Caroline

Comme Caroline, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

Les animaux, les danseuses et danseurs, une rivière dans les Pyrénées Atlantiques, rénover et bricoler avec toutes sortes de matériaux, observer nos humains à une terrasse en fumant ma clope avec un petit café, respirer calmement, sereinement avec le sourire aux lèvres.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Pas encore trouvé ma voie mais j’ai eu plusieurs métiers…

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

Trop enfermé.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

Qu’elle soit douce ou pas ? Des éclairs de conscience qui vous font bouger les neurones et ouvrir les yeux sur notre petit bout de planète envahie par nous autres, nom d’un petit bonhomme.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Non, moi dans la politique ? Je lui demanderais s’il ne faut pas être fou pour vouloir assumer cette fonction.