A la rencontre des Psy de Nuit Debout!

Psychiatrie, Soins et Accueil : je ne pouvais pas passer à côté de cette commission à Nuit Debout sur la Place de la République à Paris! Fort de mon expérience sur ce blog et sur le sujet de la folie, j’aborde un visage connu, celui d’un psychiatre que j’ai vu un jour dans une vidéo. Il est là avec des collègues de son service à Asnières ainsi que d’autres pros de la santé mentale. Je connais Asnières! C’est là d’où émet Radio Sans Nom, la radio du CATTP d’Asnières animée par Alfredo Olivera, le fondateur de radio La Colifata!

L’idée de la commission est que chacun vienne en tant que citoyen, au-delà des étiquettes soignant-soigné. Mais pas de psychiatrisé en vue jusqu’au moment où surgit un monsieur qui voit les pancartes et s’arrête pour convaincre notre cher psychiatre qu’il est victime d’un faux diagnostic de bipolarité…

Revenons à cette commission: une page internet à été créée que voici:
http://psysoinsaccueil.canalblog.com/

hospi
Deux textes distribués sur place

Ci-dessous le compte-rendu de la réunion du 52 mars: Continuer la lecture de « A la rencontre des Psy de Nuit Debout! »

Du patient bourgeois de Freud au patient politique de Guattari

Dans un article précédent, on parlait de la méthode du patient traceur où l’étude du parcours d’un patient sert à analyser la performance des établissements de soins. 

Ici, il sera question d’un article écrit par Jean-Philippe Cazier sur l’Anti-Œdipe qui nous sort de cette dérive scientiste (où le patient devient traceur!) et nous ramène dans le champ de l’humain et de la complexité de la psyché. Cet article didactique expose les positions de Félix Guattari et Gilles Deleuze face à l’héritage de Freud. Et on peut se demander si le patient-traceur n’est pas justement l’expression du même ordre économico-politique que du temps de Freud.

« L’« idéologie freudienne » pose comme immuable ce qui est pourtant l’expression d’un ordre social, politique et historique relatif, qu’elle légitime en l’affirmant indépassable. Freud, introduisant dans les conditions de la subjectivité les codes, les relations, les mythologies de la société capitaliste, ne se sépare pas d’une intériorisation et légitimation de celle-ci. Le freudisme participe à la production de subjectivités capitalistes – le capitalisme, comme toute configuration sociale et politique, produisant un certain ordre économico-politique mais aussi des subjectivités particulières.

Pour Guattari, la structure sociale, politique et économique, englobe la production de subjectivités relatives à cette structure et l’analyse des subjectivités ne se sépare pas de celle des conditions concrètes de leur production, des processus de subjectivation toujours relatifs. Le politique ne se sépare pas du subjectif, et la psychanalyse ou la psychothérapie ne devraient pas être séparées du politique. »

5fdbd81e7ade495a2602c6422398d532 Continuer la lecture de « Du patient bourgeois de Freud au patient politique de Guattari »

Dans la tête d’un psy

Et là, il m’a répondu quelque chose que tout psy a dû entendre au moins une fois dans sa vie :

« Je ne vois pas pourquoi je dois voir un psy! Je ne suis pas fou! … Si? Je suis fou? »

Comment te dire, Pierre. C’est assez embêtant de se retrouver à devoir répondre à cette question. Si je te dis non, je considère que la folie existe, et que tu es dans la norme. Si je te dis oui, je considère que la folie existe, et on casse le lien. Or, en psychiatrie, le mot «folie», presque personne ne l’utilise. Pour une raison, sûrement.

Continuer la lecture de « Dans la tête d’un psy »

Qui sont les « bons schizophrènes » ? [traduction]

Merci à Lau pour cette traduction!

« Quand vous êtes désigné comme fou, avoir « le bon » type de diagnostic peut faire la différence entre une vie productive et une condamnation à perpétuité. » Esmé Weijun Wang

[Cet article est traduit de l’article Who gets to be the « good schizophrenic » ? , initialement paru en anglais sur BuzzFeed.] 

Esmé Weijun Wang

Chaque matin, je prends une petite pastille rose ; chaque soir je prends un et demi du même médicament rose. C’est, comme me l’explique mon psychiatre, ce qui m’a permis de fonctionner ces deux dernières années sans hallucinations ni délires. Mais quasi pendant toute l’année 2013, j’ai été une épave psychotique. Continuer la lecture de « Qui sont les « bons schizophrènes » ? [traduction] »

Vers une folie inclusive

Et si on cessait d’envisager l’inclusion sociale par les dispositifs institutionnels pour s’engager sur une voie nouvelle que je nommerai la folie inclusive !

Au lieu de demander à la société d’inclure pourquoi ne pas imaginer la folie comme une puissance incluante ?

motif folie by joan C
« Folie » par Joan

Continuer la lecture de « Vers une folie inclusive »

La Mad Pride, revendiquer la folie ?

« Les fous marchent pour sortir du silence » écrivait dans Libé, Eric Favereau, pour la première édition de la Mad Pride à Paris, pendant que l’Agence France-Presse titrait « Les malades mentaux défilent contre la descrimination ».

575df23b8a3ebcd5c4ffe3be49e6a

Le slogan « Fous, et alors ? » rappelle la récente campagne d’affichage « Une de ces personnes est handicapée psychique, et alors ? ». Ces slogans ont pour but d’interpeller le grand public, de rendre visible une population ignorée : celles des usagers des services en santé mentale.

Le terme usager désigne le patient qui bénéficie de soins en psychiatrie. Il hérite dans l’imaginaire collectif de la place qu’occupait le fou du temps où il était enfermé à l’asile. Le patient psychiatrique d’aujourd’hui, lui, se soigne en ville, hors les murs, et s’efforce pour être reconnu en tant que citoyen à part entière. Mais l’image du fou lui colle à la peau. Continuer la lecture de « La Mad Pride, revendiquer la folie ? »

La participation des usagers en santé mentale aux CLSM, chimère ou réalité ?

Le Conseil Local de Santé Mentale (CLSM) est conçu comme un lieu de concertation démocratique réunissant l’élu local, la psychiatrie publique, les aidants, parfois les bailleurs sociaux, ayant pour vocation de favoriser une inscription communautaire, sociale et citoyenne des usagers psy.

clsm dominique laurent

Peut-on participer au CLSM de sa ville ou de son quartier? Continuer la lecture de « La participation des usagers en santé mentale aux CLSM, chimère ou réalité ? »

Réponse à l’article « Jésus, Abraham et Moïse étaient-ils psychotiques? »

droit-rponsePartons de la conclusion qui résume assez bien la teneur de l’article :

« Il s’agit donc moins de décrédibiliser les monothéismes que de réhabiliter les patients souffrant de maladies psychiatriques. Et s’il y avait un futur Jésus parmi eux? »

Derrière ce titre percutant, Clément Guillet nous propose avec l’appui d’une blouse blanche, le dr. Didi Roy, une synthèse d’un article scientifique audacieux « The Role of Psychotic Disorders in Religious History Considered » publié en 2012 dans  « The Journal of Neuropsychatry and Clinical Neurosciences ».

Alors que Clément se demande si on aurait eu ces religions si les neuroleptiques et les antiépileptiques avaient existé il y a deux mille ans, le dr. Didi Roy est lui convaincu que Jésus était bipolaire et qu’il lui aurait suffi de quelques séances d’électrochocs pour changer son destin.

Déconcerté par les raccourcis et les phrases chocs, je me mets à lire l’article original de la revue américaine. Continuer la lecture de « Réponse à l’article « Jésus, Abraham et Moïse étaient-ils psychotiques? » »

Ma petite folie

« On a pris le temps, chère folie, de se connaître, de se comprendre, et jamais nous n’avons été si complices. Dans le fond, tu m’as sorti de l’impasse qu’était ma vie d’adolescent. J’ai eu besoin de toi et tu m’as pris sous ton aile. Je ne crois pas que tu sois tombée du ciel, tu as grandi en moi, dans mes silences, dans ma résistance face à un monde qui ne me plaisait pas.

Mais tu vois, chère folie, tu es une bonne thérapie mais je ne peux pas continuer à te porter comme une honte. Toi tu as toujours existé, tu en trouveras d’autres, alors que moi, j’ai une vie à vivre. Tu es un peu comme ces réseaux sociaux, je te donne mon temps sans compter sans rien attendre en retour. Je le fais pour moi mais surtout pour les autres. Ces autres qui parlent de toi comme une maladie, pour qui c’est une épée de Damoclès. J’ai voulu t’arracher un sourire, transformer ta noirceur en arc-en-ciel.

Alors oui, chère folie, tu prends trop de place dans ma vie, je te lis, je te cherche, je t’écoute même à la radio. Tu m’as fait connaître tant de belles personnes, en qui j’ai reconnu ma fragile humanité. Aujourd’hui, j’ai besoin de briser ce miroir, d’arrêter de te scruter dans le regard des autres, j’ai envie de redescendre dans la rue, oui, j’ai envie d’habiter ma vie! »

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=Ek0SgwWmF9w]

Faut-il expliquer à un schizophrène qu’il est fou oui ou non?

   blogschizo

« Bon, évidemment, le titre n’est pas de moi. C’est une requête google qui a mené à mon blog. Et c’est toujours une bonne occasion pour moi d’essayer de répondre simplement à ce genre de questions.

Déjà, je vais commencer par l’évidence: la réponse est non. Parce que « salut mon pote, je te dis que tu es fou, tu dois me croire », à mon avis ça ne fonctionnera pas. Il y a peu de chance que le schizophrène en question réponde « ah oui, je suis fou, je prendrais bien une petite dose de neuroleptiques ce soir ».

Je l’ai déjà dit cent fois, mais ça ne fait jamais de tort de le répéter: les proches d’une personne schizophrène ne sont pas des soignants. Leur rôle, c’est d’être là, un ami, un parent, quelqu’un sur qui on peut compter, et peut-être même se confier. Pas d’être celui qui va guérir le délire par… »

Lire la suite. 260 mots de plus