Vous autres – épisode 7

Embarquez chaque vendredi avec Agathe pour le feuilleton : « Vous autres ».

Vous avez manqué les premiers épisodes?

J’avais quitté la salle de télévision finalement assez rapidement, histoire de faire une petite sieste. Enfin, une sieste du matin, de toute façon, je n’avais rien de mieux à faire. En retournant vers ma chambre, je croisais un infirmier et deux infirmières qui couraient vers la chambre de la petite nana à qui j’avais prêté le rasoir pour se faire belle. Je les suivais du regard, ils paraissaient affolés, je me mis à les suivre de loin. Devant la chambre trois ou quatre patients restaient là, un peu hagards. Ils fixaient la porte d’entrée de la chambre de la petite nana… Une porte close dans laquelle s’engouffrèrent rapidement les infirmiers. Je m’approchais des trois patients hagards :

  • Qu’est-ce qui se passe ? Demandais-je à la cantonade mais sur un ton un peu désabusé et sans trop d’espoir de réponse.
  • Oh, ben je crois qu’elle a essayé de suicider la petite. Me répondit la vieille femme avec qui j’avais mangé la dernière fois, avec l’ancien reporter de guerre.
  • Ah bon ? Mais comment ? Demandais-je me sentant déjà coupable par le prêt de rasoir de l’autre jour…
  • Elle s’est ouvert les veines. Juste là, tout à l’heure. Me répondit-elle encore.

Heureusement, elle avait fait ça en pleine journée quand quelqu’un peut se rendre compte de ce qu’elle fait. Si elle avait tenté ça cette nuit, j’étais bon pour avoir une morte sur la conscience. Ne sachant trop comment réagir, je décidais de quitter les lieux. De peur aussi qu’elle me désigne comme le prêteur fautif du fameux rasoir… Drôle comme cette possibilité d’être inquiété et accusé m’avait passé toute compassion et tout élan de sollicitude envers la jeune fille. L’empathie devait avoir pour limite la mise en cause de son propre sort. Je filais discrètement vers ma chambre.

Je refermais la porte derrière moi, que personne ne vienne surtout, et surtout que personne ne sache pour ce foutu rasoir ! J’ouvrais mon placard pour me préparer un café soluble à l’eau chaude du robinet. Il n’était pas bien chaud mais bon… J’avais réussi à glaner un peu de clopes et d’argent à mon frangin, ce qui me permettait de vivre dans un pseudo-luxe pour un lieu comme celui-là.

Après ce pseudo-café, je m’allongeais sur le lit et fixais le plafond triste. Je n’avais que peu de chances d’avoir des problèmes pour le rasoir quand bien même la petite aurait parlé… Nous nous trouvions dans un lieu où la justice n’avait que peu de place… Une sorte d’espace de non-droit où les pauvres victimes n’avaient aucunes chances de voir leurs tords être entendus. J’aurais dû me douter, j’aurais pu me douter, j’aurais pu le faire exprès. Mais qui aurait cru cette nana à la conscience dérangée, peut-être même paranoïaque. Qui aurait pu croire un instant ses dires… La psychiatrisation a ceci de particulier qu’elle décrédibilise les mots que l’on peut mettre sur soi, sur sa vie et ses expériences. Tout ce que l’on peut prononcer devient sujet à caution. Pour qui est sain d’esprit à tous moments (si cela existe…), cette situation met en colère, elle révolte et donne envie de prouver. Pour qui doute de son esprit, cela signe la fin du minimum de confiance en sa conscience et en soi nécessaire à la constitution de soi comme sujet autonome. C’est le début de la fin de soi-même comme être humain. C’est le début de soi-même comme être vivant ou survivant….

Bref, quoi qu’elle dise et à moins que je n’avoue (ce qui serait encore sujet à caution… je pourrais être délirant), rien ne sera fait contre moi pour lui avoir donné ce rasoir. Je sais que je l’ai fait de bonne foi, que je n’imaginais pas l’usage qu’elle voulait en faire. Mais qu’en savent-ils. Si j’avais connu sa tentation suicidaire, si j’avais voulu (pour le fun) l’alimenter et en faire un spectacle pour moi, je n’aurais pas agi autrement. Mais devant le doute, au lieu de comprendre ou même de juger, ils vont s’abstenir. Ils vont me laisser en paix, et elle à demi-morte. Comme si par le fait d’être hors de la raison, le fou était considéré comme hors des droits de l’homme, hors de la justice et de ce que l’on peut raisonnablement attendre d’une société « démocratique ».

« Et si je n’étais pas folle… »

Petites réflexions sur ma folie

La normalité et ma marginalité subie sont pour moi comme pour d’autres une source de questionnements, de réflexions et peut-être même d’angoisses sans fin. Pourtant quoi de mieux en cette première partie de 21ème siècle que d’être folle ?

Certainement, il y a les 5, 10 ou 15 ans de trous noirs que nous traversons tous avant de parvenir à une forme ou une autres de stabilité psychique, intellectuelle, sociale (d’autres diraient rétablissement). Certainement, il y a les épisodes où l’on n’a plus été soi-même et où on a crée des dommages parfois irréversibles. Certainement, nous vivons aujourd’hui dans une forme de précarité professionnelle. Seuls 19% d’entre nous travaillent et seulement 6% dans ce qu’ils appellent le milieu ordinaire… Certainement, les 81% de ceux qui ne travaillent pas vivent d’allocations et leurs revenus ne dépassent pas le seuil de pauvreté de 900€… Certainement, nous sommes hautement stigmatisés : 75% des gens dits « normaux » nous prennent pour des (personnes ?) dangereuses et violentes.

Mais pourtant, à titre personnel, je ne regrette pas d’être folle. C’est parce que je suis ou que j’ai été folle que j’ai commencé des activités créatrices. C’est pour me prouver que je ne vivais pas hors de la raison cartésienne, que j’étais aussi du bon côté du grand partage entre folie et raison, que j’ai commencé à développer des sites web seule, que j’ai écris un roman, et d’autres bribes romanesques ça et là, que j’ai repris des études à 30 ans pour finir par obtenir une licence, un master. C’est pour me sortir de l’ornière de la liberté qu’il faut apprendre à gérer, que j’ai rencontré de nombreuses belles personnes qui m’ont permis de grandir et de devenir moi-même, que j’ai appris à vivre réellement normalement, avec des relations sociales saines et une vie autonome, et que j’ai trouvé my way of life. Loin des canons de l’ultra-capitalisme, je me suis inventée une vie de sociabilités annexes que d’autres diront marginales, j’ai appris à prendre le temps de vivre, à prendre soin de moi et à rechercher non pas la performance ou la réussite sociale (qui nous sont interdites en ce monde), mais une forme de bonheur de vivre et de ne pas souffrir. J’ai le sentiment que malgré la précarité économique, ce temps disponible pour se découvrir, se connaitre, cette opportunité d’avoir le temps de devenir soi et pas un autre, constitue la véritable richesse de nous autres, les fous qui vont mieux voire bien.

La bibliothèque des livres vivants

Comme chaque dimanche, retrouvez un texte de Françoise Etienne.

Si j’ose me présenter à vous aujourd’hui et vous parler de ma schizophrénie, c’est parce que j’ai envie que votre regard sur la maladie change et évolue.

J’ai 36 ans, je souffre de troubles bipolaires et d’une schizophrénie. Je suis une personne à part entière et cette maladie, j’ai appris à l’apprivoiser. Je sais, mieux qu’hier, comment la dompter. Et si seulement, vous aussi, vous en aviez moins peur, ça me comblerait de bonheur !

Le regard de l’autre est une épreuve pour beaucoup de malades « psy ». Moi, j’ai fait de ma maladie, une fierté.

Elle a fait de moi ce que je suis et je suis plutôt satisfaite de ma vie. Je m’accepte et me respecte, je revendique même ma pathologie !

Pourquoi ? Pour toutes les raisons que je suis prête à vous exposer si vous souhaitez que je me « livre » à vous aujourd’hui…

Mon parcours de vie

Ma petite enfance : une période dont je ne me souviens que très peu. A 5 ans, je perds mon Papa.

Les raisons de sa mort, je ne les connaîtrai que bien plus tard, à l’aube de mes 18 ans. Il se serait suicidé !

Une bombe à retardement a été amorcée !

Très vite, je perds pieds. Mais je dois rapidement me relever.

Je fais de brillantes études. Hypokhâgne. Un BTS Tourisme.

Un Premier grand Amour. Une séparation compliquée. Mon ami alcoolisé se tue en voiture.

Je pars ensuite au Pays de Galles, pour 1 an. Je suis serveuse dans un restaurant.

J’étudie l’anglais en parallèle et j’obtiens 2 diplômes (le Pitmans & le Cambridge First Certificate).

Je rentre en France. J’atterris en Haute-Savoie (74). Je suis réceptionniste dans un hôtel. J’y rencontre mon mari, le père de mon unique enfant.

Nous souhaitons très vite devenir parents. La réaction inattendue de ma mère à l’annonce de ma grossesse. La tristesse d’une future Maman, puis la mélancolie.

L’accouchement, le bonheur immensurable de donner la Vie à cet enfant ! Les problèmes de sommeil (la clé de voûte). « J’avais trop peur de fermer les yeux, trop peur d’y croire un peu ».

La chute, l’hospitalisation. La médication. Les impatiences non corrigées. Les tentatives de suicides répétées. Une nouvelle hospitalisation (beaucoup moins douce). La sortie, les nouvelles TS…

La lumière, le bout du tunnel, je ne les vois plus.

Nous déménageons pour Luçon. Mes parents s’occupent de notre fille. J’arrête les médicaments. Je rechute. 3 semaines en psychiatrie.

Et l’annonce de la schizophrénie !

Ma résilience

Or, malgré la souffrance, les épreuves & la maladie, je n’échangerais pour rien au monde ma vie contre celle de quelqu’un d’autre !

J’aime tout ce qui a fait de moi ce que je suis aujourd’hui. Même mes erreurs, même mes folies !

Beaucoup de douleur mais j’ai beaucoup appris.

J’ai beaucoup de ressources. Je suis très réceptive. Je perçois la vie différemment aujourd’hui.

J’aime à croire que nous, « les malades mentaux » avons su développer d’autres qualités ; qu’elles sont appréciables et qu’elles pourraient être appréciées.

Depuis 1 an ½ , je suis présidente d’une Association, « Schiz’osent écrire ! » et avec des mots, nous apprenons à définir nos maux. Nous essayons, malgré la pathologie, de transcrire nos émotions, nos ressentis…

Et qui sait, peut-être qu’un jour, la mentalité de certains « saints d’esprits » évoluera et qu’ils oseront à leur tour, faire un petit détour et s’intéresser à notre parcours !

Françoise ETIENNE, le 10 avril 2017

 

 

Vous autres – épisode 6

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Vous avez manqué les premiers épisodes?

Episode 6

J’arrivais enfin à mon lit, qui m’attendait, que j’attendais. Ces neuroleptiques donnés à haute dose me fatiguaient beaucoup, si bien que je me demandais par instants si je ne ressemblais pas à ceux qui traînent ça et là, tels des humains usagés d’une société trop violente…

Il arrivait même parfois que leurs regards creux et vide d’expression me glacent le sang. Mais peut-être avais-je le même. La lourdeur de leurs pas. Les tâches de bave et de bouffe sur les vêtements. L’odeur pesante de corps médicamentés. Tout ça commençait à me faire horreur.

J’avais du dégoût pour des êtres auxquels je ressemblais peut-être…

Finalement me retrouver ici me salissait. Ça cassait le peu de positif que j’avais pu entrevoir sur moi à l’extérieur. Ce « lieu de soins » me paraissait plus proche des lieux de privation de liberté – qu’il était – que des hôpitaux somatiques qui, sans être accueillant, maintenaient le minimum de respect pour la dignité humaine nécessaire à aller mieux.

Non, ici les murs transpiraient le carcéral, la population elle, relevait de la misère humaine. On n’était peut-être pas si loin de l’hôpital général que décrivait Foucault finalement. Se mêlaient les pauvres, les SDF, les anciens ou futurs détenus, les malades somatiques traumatisés par leur pathologie, et certains qui n’étaient « que » malades psychiques mais finalement si peu…

Il m’apparaissait que se stockaient là, tous les échecs des sociétés disciplinaires et néolibérales. Tous ceux que ce système n’avait pas réussi à formater, pas réussi à couler dans le moule de l’individu capitalistique. Biologiquement inadaptés à la violence de cette société qui fabrique des individus à la chaîne plus qu’elle ne les laisse se créer eux-mêmes.

Concentré des déviances de ce monde, l’hôpital psychiatrique renforçait cette inadaptation à la société malade et on était bien loin du soin et beaucoup plus près du maintien « en dehors » de ce monde qui avait échoué à nous fabriquer.

Ces pensées tristes et mortifères tournoyaient dans mon esprit tandis que je restais dans mon lit, elles ne me quittaient pas et me faisaient plus de mal que de bien malgré leur caractère de vérité. J’allais donc faire un tour. Pour oublier.

La salle de la télévision n’était pas bien loin de ma chambre. Sur le meuble bancal trônait l’icône de générations de patients de cet hôpital. Le petit écran. Ce matin, c’était le défilé du 14 juillet. Du coup, plusieurs patients étaient là accrochés à ce bout de « monde extérieur ».

Comme pour se réintégrer à leur société, sans être vus, ils regardaient toujours les cérémonies officielles comme celle-là. C’est vrai que malgré l’enfermement, l’exclusion, la pauvreté, le rejet que manifestaient à notre égard les services publics, les soignants, les éventuels employeurs et collègues, et les autres en général, regarder une grand-messe de ce genre renvoyait à la collectivité. On avait le sentiment illusoire d’en faire partie le temps d’une retransmission foireuse où les grands de ce monde nous faisaient l’honneur de nous laisser les voir, pour nous faire croire l’espace d’un instant que nous étions de leur monde.

Mais quelle traîtrise ! Ce petit écran, adorable, gentil, dernier lien vers cette usine à individus réifiés dont nous sommes les rebuts, il nous lamine. Il ne parle que très peu de nous. Rarement un reportage sur un entreprise d’insertion d’handicapé psy à Trifouillis, plus souvent un épisode d’Esprit criminel avec un schizophrène tueur insatiable de jeunes blondes aux quatre coins de l’Amérique…

Impression trompeuse d’être de ceux qui ne sont ni à Trifouillis, ni dans le Kansas, mais d’être de ceux qui sont dans cette société. La télévision a ce don de faire croire que vous êtes dans le société quand elle ne parle pas ou peu de vous. Elle vous relie à elle, vous la donne à voir et vous fait croire que vous y êtes bienvenus. Mais tout cela n’est que rêve…

En réalité, lorsque le monde parle de nous, ce qu’il fait rarement, c’est par pitié ou par voyeurisme. Pour faire fantasmer les individus réifiés sur ce monde hors-normes où je patauge chaque jour.

Ce matin, c’est le défilé. Ils sont huit dans la salle télé à rêver qu’un jour ils seront dans cette société que la télé leur promet. Ce soir ce sera Fort Boyard, et l’épreuve de l’Asile, qui va leur rappeler que finalement on rit bien avec nous, nos malheurs, avec ce que ce monde nous fait, nous les inréifiables !

Retrouvez-moi sur erreur-système.fr

Portrait de Fanny

Comme Fanny, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

J’aimerais faire connaître la page http://artsconvergences.com/appel-a-projet

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

Une multitude d’inspirations. D’ailleurs tout… Mais devant l’envergure de « Tout assimiler », je dirais:

La culture occidentale dont je suis issue, la culture orientale pour sa douceur et ses sagesses, la Nature pour ses ressources inépuisables ou presque… Les humains et leurs complexité, le Soi, du coup comme outils d’apprentissage du monde.

La psyché m’intéresse au plus haut point et je l’explore par le travail artistique, la vie, les bouquins, les histoires de vie, les liens, l’expérience…

J’aspire à réunir tout cela de manière juste pour transmettre au mieux et vivre en accord avec ma sensibilité et le monde… vaste programme, j’avoue.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes??

J’ai eu déjà quelques « vies ». Ces dernières années, j’ai testé de façon autonome pas mal de choses (artistiques, éditoriales, art-thérapeutiques, j’ai même tenté une « épicerie d’art et d’horizons »).

Je suis maintenant attachée au développement de l’association « Arts Convergences » que j’ai connu en remportant le prix du jury remis au musée du quai Branly en décembre dernier.

C’est assez exceptionnel pour moi de travailler pour cette association qui m’accueille entièrement: casquette d’artiste, casquette sensible/ »troublée psychiquement », communicante et probablement un peu « comptable »… (en recherche de formation ponctuelle soit dit en passant).

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

Je découvre à travers mon travail dans l’association, une multitudes d’initiatives dont je n’avais jamais entendues parlé avant qui, très certainement, accompagnent une transition entre l’internement qui peut être un choc en soi, et le retour à la « réalité » qui peut être un choc en soi, aussi.

Je n’ai pas eu la chance de connaître ce monde là (coaching, réinsertion sociale, groupes d’entraides, de rencontres de pairs, de facilitateurs, existe même des agents d’artistes psychotiques, paraîtrait…)… mais alors, à priori, je perçois toutes ces initiatives comme une immense forêt d’arbres plus ou moins grands, plus ou moins reliés, très différents les uns des autres, labyrinthique?

Heureusement des centres de ressources comme le Psycom ou Comme des fous font des synthèses qui permettent un peu mon orientation.

A l’époque de mes internements, je n’ai eu aucune information de tout ce foisonnement. Je ne l’imaginais même pas.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

Un apprentissage, une exploration singulière, non conforme, une acceptation de soi-même, de ses vides, de ses pleins, de ses nuances complexes et donc, une empathie forte couplée à l’humilité ainsi que la possibilité de transformer cette sensibilité en une force pour œuvrer dans le monde. On y croit!

En fait, finalement et aujourd’hui, je n’y vois que du positif. Je n’ai pas toujours pu dire cela, et je ne pourrais sans doute pas l’affirmer non plus toujours.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Je lui demanderai de financer en priorité les recherches de Corine Sombrun et de ceux qui l’entourent qui sont à la pointe, à l’aube d’une vision naturelle mais hélas nouvelle pour notre échelle, bien loin des représentations qu’on a de la « folie » en Occident via notre psychiatrie à cases…

Mais aussi de remettre en question, en tout cas en réflexion, les notions de normes, de différences, afin d’élargir les champs de représentations des sensibilités, de modifier l’espace urbain en ce sens, les emplois, l’éducation…

Je préfère croire en mon histoire

Retrouvez chaque dimanche un nouveau texte de Françoise.

Le diagnostic est posé : schizophrénie dysthymique ! Plus de 10 ans après les premiers symptômes !…

C’est à la naissance de ma fille, que tout à commencé réellement. Trop de bonheur d’un coup, je présume. Donner la Vie, mettre au monde. Ca a quelque chose de Divin !…

Beaucoup d’émotions à gérer, à canaliser. Pour moi, ce fut le début d’un long rêve éveillé.

Je suis restée presque trois semaines sans dormir ! Hospitalisée d’Office par le SAMU, j’ai du passer sept jours au CHD de Thonon-les- Bains. Toute une équipe de psychologues et de psychiatres s’est mobilisée autour de moi. On m’a donné des médicaments. Et c’est peu de temps après que j’ai terriblement souffert d’impatiences. Cette sensation unique et horrible, je n’ai pas su la décrire. Je ne soupçonnais même pas que ça puisse être un des effets secondaires du traitement. Alors, très vite, tout a basculé. Je ne supportais plus du tout ces sensations. Et puis, j’ai du croire que cette idylle, cette nouvelle vie de Maman, ne me correspondait plus. Je n’y arrivais pas… Je me suis sentie si mal que l’idée du pire s’est imposée à moi. Mettre fin à mes jours ! C’est ce que j’ai tenté de faire, à plusieurs reprises… Jusqu’à aller vraiment trop loin et cette fois ci, être internée en psychiatrie. Trois semaines.

L’enfer sur terre ! Je crois simplement que j’avais perdu la foi en ce qui m’animait vraiment jusque là…

J’ai toujours été intriguée par le Sens de la Vie. Pourquoi sommes-nous là ? A quoi rime tout cela ? On naît, on vit et on meurt, je n’y crois pas ! Je suis persuadée qu’il y a autre chose.

Quelque chose que le commun des mortels est amené à découvrir s’il se pose les bonnes questions, aux bons moments.

Seulement, il ne faut pas faire de faux pas.

Les miens sont sortis du terrain.

Je crois secrètement que je n’ai pas respecté certaines règles fondamentales et que c’est ce qui a causé ma perte. C’est pour moi le manque de sommeil qui a été à l’origine de cette terrible histoire qui fut la mienne. Voilà ce que je crois au plus profond de moi-même…

On me dit schizophrène.

Moi, je me dis souvent que j’ai défié la nature et qu’en ne dormant pas, j’ai eu accès à une autre réalité. C’est mon jardin secret. Ne pas croire à la folie pour pouvoir continuer à vivre. C’est ça qui m’aide.

Je suis peut-être dans le déni, la non-acceptation de ma maladie. Mais je préfère croire en mon histoire !

C’est à l’âge de quinze ans, que je vis le premier épisode de cette épopée. J’étais en première Littéraire et j’ai découvert la philosophie. Pour moi, tout part de là. S’interroger sur des sujets fondamentaux. Avancer avec l’idée qu’il peut y avoir d’autres vérités. Ça m’a interpellé !

Durant toute une semaine, j’ai vécu dans ma réalité. Celle de la négation du temps qui passe. J’ai perdu la notion de toutes choses. Je vivais au rythme de ce qui m’animait. Je ne mangeais que lorsque j’en avais envie et je ne dormais pour ainsi dire plus du tout. Plus rien ne me faisait peur. Je me sentais protégée, libre de toutes craintes.

Mais j’étais sans doute trop décalée, hors de la réalité. Mon entourage s’est beaucoup inquiété. Mes parents me croyaient sous l’emprise d’une drogue. Il n’en était rien. Je goûtais juste à une vie nouvelle. Une histoire m’était contée. J’étais au centre d’un scénario dont je ne connais toujours pas la fin…

Parce que, très vite, j’ai dû reprendre mes esprits. Cette vie n’était pas compatible avec le monde qui nous entoure.

Mais, j’ai grandi avec l’idée qu’à l’instar des chats, nous avons plusieurs existences sur terre.

Plusieurs vies durant lesquelles, on nous tend des perches, on reçoit des signes qui nous mènent ou ne nous mènent pas, à la vérité. Je reste persuadée qu’il y a une autre réalité. Un monde qui s’offre à nous si on se laisse guider. Depuis la nuit des temps, le monde en va ainsi…

Nous sommes tous là pour quelque chose ! Ça ne peut être autrement. Seulement, lorsque l’on touche à cette vérité, il faut pouvoir gérer. C’est là, la difficulté. Les sens sont bouleversés et tout est différent. Ce sont les bases mêmes de nos fondations qui sont ébranlées.

Je persiste et signe pour dire que le monde n’est pas tel qu’il nous apparaît. C’est ma philosophie, mon jardin secret.

Alors, à trop vouloir y croire, j’ai tout oublié. Je suis restée loin de ce jardin pendant presque dix ans. Ma vie n’était pas figée mais mon esprit, lui, était bouleversé. Je repensais souvent à cette réalité qui ne fut que mienne. Mais elle était désormais sous scellé. Les dieux voulaient sûrement me protéger…

Dix ans se sont écoulés sans que je n’y remette les pieds. Et puis, j’ai rencontré l’Amour.

Celui qui est aujourd’hui le père de mon unique enfant. Il m’a tout de suite permis de me décharger de mes peurs, mes angoisses. Sans rien demander en retour. Etre juste là, pour moi.

J’ai dû reprendre confiance et croire à nouveau en ce monde qui m’avait échappé. Les portes étaient blindées, mais je venais de retrouver la clef.

Un monde qui m’avait bien manqué ! Ses messages codés, ses signes très élaborés… Toute une réalité à ré apprivoiser. C’est l’essence même de mon existence, la raison de ma naissance. Toujours vivre pour aimer et suivre cette idée que les dieux ne peuvent nous lâcher tant que le dernier souffle n’est pas donné.

C’est au cours de ce second « voyage » que j’ai pris cette grande décision. Devenir mère !

Offrir un enfant à cet homme qui partageait ma vie depuis quelques temps. Il ne rêvait que de cela ! Et puis, dans le même temps, j’ai fait ma demande en mariage. Oui, c’est moi qui lui ai demandé sa main. Pas très courant… Je réalisais à ce moment précis, qu’il comptait vraiment dans ma vie. C’était mon sauveur, mon messie ! Je ne me voyais plus vivre sans lui.

A peine trois semaines après avoir pris la décision d’avoir un enfant, j’étais enceinte. Et là aussi, on a fait dans l’originalité puisque c’est lui qui me l’a annoncé ! J’étais au travail lorsqu’il est allé chercher les résultats de la prise de sang au laboratoire. Nous étions bénis des dieux !

Et pourtant, ma grossesse ne fut pas si merveilleuse. J’étais triste parfois, sans vraiment savoir pourquoi. Je sais que j’ai beaucoup culpabilisé car je portais ce bébé mais je n’arrivais pas à arrêter de fumer. Bien entendu, j’avais réduit ma consommation de tabac mais je ne suis pas parvenu à arrêter complètement. A huit mois de grossesse, j’ai participé au « Plan des 5 jours » organisé par l’hôpital de Thonon-les-Bains. Mais, les organisateurs m’ont conseillé de ne pas vraiment arrêter si c’était trop compliqué. Ce qu’il fallait, c’était surtout ne pas trop culpabiliser…

Et puis, un mois plus tard, le 10 juin 2006, elle est arrivée !

Le jour J, les premières contractions furent très douloureuses mais très vite, l’anesthésiste a pratiqué une péridurale et l’accouchement fut pour moi, un véritable bonheur !

C’était le début d’un rêve que je ne voulais quitter. Alors, comme je l’ai évoqué précédemment, j’ai cessé de dormir. J’avais trop peur de fermer les yeux ! Trop peur d’y croire un peu ! Pour moi, je crois que j’appréhendais la chute. Continuer à rester éveillée, c’était un gage de sûreté. Je ne pouvais risquer de m’éloigner un peu de cette réalité.

Trop de bonheur d’un coup ! Eh oui, il faut pouvoir gérer…

Le retour à la maison aurait pu tout apaiser, enfin je crois…

Mais, mes parents, qui n’habitaient pas la région, étaient venus pour la naissance de notre fille. Et ce soir là, leur petit chien, âgé de 17 ans, allait rendre l’âme. C’était un teckel qui m’avait vu grandir. Je devais avoir 7 ou 8 ans lorsqu’il est arrivé dans la famille. C’était le chien que j’avais tant aimé !

Ma maman, cette nuit là, m’a appelée, complètement bouleversée. Je suis arrivée dans leur maison de location pour les conduire chez le vétérinaire de garde. J’avais pris soin de le contacter et je savais où les amener. Mais, les images qui sont toujours trop bouleversantes pour moi. Son foie avait éclaté et il y avait du sang partout dans leur maison. Trop choquant pour une jeune maman !

Il fut piqué le lendemain matin.

J’ai essayé de me relever, tenté d’oublier.

J’ai continué de m’occuper de mon enfant. Un rôle épatant !

Mais ma santé s’est dégradée. A trop peu dormir, j’ai fini par craquer. Je me revois parfaitement le soir où tout à basculé. Une terrible crise d’angoisse que je n’ai pas su gérer.

J’ai composé le 15 et j’ai tenté d’expliquer au médecin ce qui se passait, sans vraiment le comprendre moi-même. Mais, la seule chose qu’il ait pu dire, c’est qu’il fallait que je rencontre un médecin le lendemain. Et c’est ce que je fis, avec mon mari. C’est un docteur épatant que nous sommes allés rencontrer. Il directement contacté les urgences.

Mais il a dû se battre pour mobiliser un véhicule du SAMU. Il a clairement dit qu’il ne me laisserait pas sortir de son cabinet sans leur intervention. Mon cas était trop grave !

Je crois que je ne soupçonnais pas les conséquences de tout cela.

La suite, vous la connaissez déjà…

Mais mon histoire ne s’arrête pas là. Après avoir traversé de nombreux moments difficiles, nous avons cherché la solution la mieux adaptée. Notre fille aurait peut-être été placée…

Je ne pouvais pas m’en occuper. Alors, il fallait parer au plus urgent. C’est à ce moment là que mes parents ont déménagé. Ils ont quitté la ville de La Tranche sur mer, en Vendée pour une maison plus grande à Luçon et très vite, l’idée de déménager pour les rejoindre s’est imposée. Ma maman a trouvé à nous loger. Elle a fait l’acquisition d’une seconde maison, que nous habitons toujours aujourd’hui. Ca nous a sauvés ! Cependant, en quittant la Haute-Savoie, j’ai décidé d’y laisser aussi mes problèmes et j’ai arrêté de me médicamenter.

Je voulais prendre un nouveau départ et tout oublier.

Six mois se sont écoulés avant la rechute. Fatale, évidemment !

Après avoir enfin trouvé un emploi, le job dont j’avais toujours rêvé, j’ai déraillé. Ça s’est très vite manifesté par des « bouffées délirantes », quelque chose d’effrayant !

Le jour où finalement, j’ai rencontré la psychiatre qui me suit actuellement, on a pu nommer ma maladie. Je repassais trois semaines en psychiatrie.

Une schizophrénie, voilà de quoi il s’agissait. Il m’a fallu du temps avant de l’accepter.

Accepter de souffrir d’une maladie mentale…

Avancer avec l’idée que plus rien ne sera comme avant. Et pourtant, j’y ai cru à nouveau. C’était comme un serment. Le monde est trop beau, la vérité s’invite avec acharnement.

J’y ai cru trop longtemps, trop distinctement. Il y a autre chose, c’est évident ! Mais vivre dans ce monde est peut-être utopique. Trop éloigné de cette plate réalité. Alors, j’ai accepté de me soigner. Admettre qu’il me faudrait prendre un traitement à vie.

Dompter cette étrange pathologie qui a fait de moi ce que je suis… Six ans après les débuts de la maladie, me voilà grandie. Riche de cette force qui est la mienne. Celle de toujours croire en mon histoire plutôt qu’en la maladie.

Françoise ETIENNE, décembre 2012

Vous autres – épisode 5

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Episode 5

Ce journaliste reporter de guerre vivait mal ce qu’il percevait comme une déchéance. Pourtant, il avait de la chance. Les stress post-traumatiques c’est relativement bien vu dans la société. Pas de folie de la personne concernée, non c’est le monde qui a été fou… Et en fait, c’était plus facile à dire, et ça se justifiait de soi-même. Une psychose sans événement traumatisant, sans cause, sans explication, c’était toujours de la faute de celui qui la développait, non du monde qui l’entoure. A bien y réfléchir et après avoir rencontré tant de gens dans ces hôpitaux psychiatriques, il me semblait qu’il s’agissait toujours d’un syndrome post-traumatique. On n’était jamais là sans raison extérieures à nous… Peut-être qu’on était juste biologiquement inadapté à ce monde et à la vie qu’il nous imposait de mener. Mais pour le coup, la guerre ça retirait toute la culpabilité de ne pas avoir été assez fort, assez solide. En tous les cas, à mon sens.

Mais lui, ça semblait le renvoyer quand même à son incapacité, à une pseudo-faiblesse de ne pas avoir fait face comme les autres, ses collègues. J’avais un peu de mal à comprendre pourquoi, moi qui n’avait subi « que » des violences psychologiques.

Mes collègues, ils ont réussi à tenir. Ils ne sont pas fous eux. Me disait-il. Ils n’ont pas perdu pied comme moi.

Ben, je sais pas, peut-être qu’ils sont moins sensible à ce qui se passe autour d’eux. Tu devais voir et percevoir des choses qui les dépassent…

Oui, peut-être.

C’est pour ça que tu étais bon, je pense. Mais tu sais, c’est pas normal d’être adapté à ce monde, de s’être créé une carapace, je trouve. Les gens, ils se créent un personnage et ils le jouent tellement qu’au fond, ils ne sont plus personne. C’est pas la vie ça ! C’est la mort de soi-même pour un rôle de théâtre ! Lui disais-je pour le rassurer, y croyant moi-même à moitié.

Peut-être… Mais bon. Moi, je ne suis plus rien maintenant. Se lamentait-il.

Non, tu n’es pas plus rien. Tu es au début du chemin pour être toi-même malgré le monde dans lequel on vit qui veut te dire qui tu es. Qui tu es, c’est à toi de le choisir pas aux autres !

Mais on est ce qu’on fait, et là je fais malade dans un hôpital psychiatrique pour l’instant !

Non, non, on est autre chose que ça, et puis tu vas sortir. Va falloir te créer ta nouvelle vie. Et dans cette nouvelle vie faut admettre que tu es plus sensible et que du coup, tu vois des choses que d’autres, enfermés dans leur ego, n’imaginent même pas.

Mouais…

Il se leva du lit. Il voulait fuir ce débat, je le sentais. Du coup, je n’insistais pas. Puis, après un silence un peu pesant, je quittais sa chambre non sans un sentiment d’échec. Mais il n’était pas possible d’ouvrir les yeux pour les autres. Et peut-être était-ce trop tôt, il était encore sous le choc d’être arrivé là. Moi, finalement, me disais-je en déambulant dans les couloirs, j’avais eu la chance de n’avoir que très peu connu la vie des gens normaux. Du coup, je ne devais pas me remettre d’un passé sur lequel je me serais retrouvé contraint de tirer un trait. C’était un peu comme les toxicos qui se réveillent après 25 ans de dépendance. Ils réalisent le temps perdu. Après 25 ans de malheur, ils se réveillent sans rien mais avec des portes ouvertes à nouveau. Lui, c’était le mécanisme inverse. Il avait 25 ans de bonheur et il se réveillait sans plus rien et s’acharnait à fermer toutes les portes devant lui.

Je l’aimais bien ce type…

En continuant mon chemin jusqu’à ma chambre, je tombais nez à nez avec une petite jeune fille toute maigrichonne, probablement une anorexique. Elle me demanda un rasoir pour s’épiler… Sans trop réfléchir, et pensant à une volonté de se faire belle, j’acceptais. Je lui ramenais ça dans le couloir. Elle me remercia en s’enfuyant à moitié… J’eu alors une drôle de sensation, mais bon, je repartais dormir un peu.

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Toujours plus loin, toujours plus haut, toujours plus fort !

Belle devise pour le jeu télévisé FORT-BOYARD qui, depuis 1990, chasse le trésor avec générosité, en soutenant de magnifiques projets associatifs, tels Perce-Neige (association d’utilité publique fondée par LINO VENTURA, pour le soutien des personnes handicapées mentales, et de leurs familles), Le Refuge (contre l’isolement social des jeunes), et tant d’autres.

Oui mais…

En 1965, quand Lino Ventura lance, sur les écrans de l’ORTF, l’appel d’un père en détresse face au manque de moyens pour la prise en charge de Linda, son « enfant différent », c’est avec gravité et émotion…

On ne joue pas avec la souffrance, même pour déstigmatiser, on ne joue pas avec les clichés, même pour vulgariser.

L’ « asile »

« L’asile », c’est le nom de la nouvelle épreuve que l’’émission Fort-Boyard propose en saison 2017…
Innovation qui sera suivie par des millions de foyers, sur un créneau de grande audience familiale.

On ne joue pas avec la souffrance. On peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui, ni n’importe comment. Une camisole de force, une cellule capitonnée. Mais au fait, à quoi joue-t-on ?

Il faut savoir raison garder. Un combat, pas un jeu, mais un parcours médical particulier, beaucoup plus souvent dans le cadre d’une thérapie, avec des phases dépressives, des éclaircies, des aidants qui apprennent la vie autrement… et ne souhaitent assister à cette sombre dérision grotesque.

L’ « Asile », les clés, -bien sûr !-, l’enfermement du « monstre ancestral», celui qui déconcerte, celui qui dérange, sa dé-sociabilisation, quand tant de belles personnes œuvrent pour le contraire.

Alors c’est NON !

Au nom de nos enfants, au nom de leurs parents et proches, nous, association SCHIzo’Jeun’S, refusons cette caricature d’un univers psychiatrique encore trop méconnu en France.

A l’instar de l’UNAFAM*, nous exigeons le retrait de ce « programme divertissant ».

L’isolement, la contention, les soins intensifs, prodigués avec parcimonie en hôpital psychiatrique pour des patients, -et non plus en « asile » pour des fous,- n’en restent pas moins parfois nécessaires, pour contraindre les bouffées d’angoisses délirantes d’un malade éperdu et souvent suicidaire. Cette mesure de dernier recours renvoie le patient esseulé à sa psychose déchirante, obstacle déjà suffisamment traumatisant, sans que la télévision publique ne le souligne en prime !

En matière de psychiatrie, on évitera de surfer sur de vieux fantasmes anxiogènes, même avec la meilleure intention qui soit, au risque de les alimenter, et d’aviver des souffrances déjà si invalidantes…. Communiquer, plutôt que prétendre distribuer l’altruisme, c’est d’abord écouter. Tenter de comprendre l’autre, sans négliger ses interprétations personnelles, parfois très déstructurantes.

Quels experts avez-vous mandatés pour filtrer les messages transmis, et dans quels objectifs? De l’audimat, de la médiatisation, ou bien de l’aide réelle de près de 600 000 Français diagnostiqués schizophrènes, 1/10 touchés de près ou de loin par la maladie mentale, comme moi. Comme vous peut-être ?

Que dire du malade qui essouffle et craint de consulter ; de l’enfant qui doit se rendre en Unité Spécialisée pour y être médicamenté sous contrôle ; de celui à qui l’on propose une représentation grossière et terrifiante du lieu de soin de son parent…

Parler de la maladie mentale, OUI . En délicatesse et dans le respect des malades, OUI AUSSI !

Lever les tabous sur la psychiatrie, OUI, en relever d’autres, NON !

*L’Unafam : « À l’heure où les idées fausses sur la psychiatrie sont légion, comment lutter contre la stigmatisation avec un tel ‘divertissement’ sur une chaîne publique? Les médecins se battent pour que les jeunes soient pris en charge le plus précocement possible pour éviter des retards de diagnostic de 5 à 10 ans en moyenne actuellement. Comment convaincre un jeune de consulter avec une telle image de la psychiatrie? »

Marie-Luc Sechet Bodineau

Association SCHIzo’Jeun’S. Chateau-Gontier.
Membre du Collectif Schizophrénies.

L’enfermement en hôpital psy

Merci à Alexia Laroche Joubert, productrice de Fort Boyard, et à France 2 d’avoir ouvert la boîte de Pandore.

« Pour avoir vécu l’enfermement, l’isolement et même la contention,
Je pense être en mesure de dire
Que ce n’est pas un sujet qu’il faut porter en dérision.

Je ne regarde pas souvent l’émission,
Mais, habitant Luçon (Vendée), pas très loin de Fort Boyard,
J’ai déjà fait une croisière au départ de la Rochelle.
Je n’ai pas vu Olivier MINNE,
Et encore moins le Père Fouras,
Mais je suis sûre d’une chose, aujourd’hui :

Il faudrait tout simplement éteindre votre écran
Au moment de l’épreuve de la cellule capitonnée !

Visionner cette monstruosité,
C’est cautionner l’idée
Que l’on peut se permettre de jouer
Avec un sujet si grave !

L’isolement c’est loin d’être hilarant
Alors, si vous riez de ces épreuves
Mises en scène par un jeu télévisé
Sachez que vous êtes outrageants !

Qu’un véritable enfermement
Vous inciterait peut être à réfléchir
À la bêtise de vos occupations !

Si France 2 est une chaîne télévisée
Qui prétend respecter l’humain dans sa globalité,

Elle se doit de retirer de ses programmes
Ce jeu qui vire au drame ! »

Si je devais m’exprimer sur le sujet, je dirais ceci :

Je n’ai commis aucun crime, je ne suis pas agoraphobe et pourtant…
J’ai vécu l’enfermement, et même l’isolement !

Cinq jours durant, j’ai vécu l’isolement.
La psychiatrie, l’enfermement !
C’était en mai 2007,
C’était vraiment pas la fête !

Une crise aigüe, un délire inattendu.
Je souffrais déjà de ma schizophrénie,
Mais je ne me soignais plus !

Un jour, alors que ma fille allait souffler sa première bougie,
J’ai dû être hospitalisée de force, en HDT.
Il n’y avait pas d’autre issue, mon mari avait signé !

La violence de l’épisode aux urgences restera en moi, gravée !
C’est à un brancard qu’on a dû m’attacher !
Ils devaient être sept ou huit infirmiers,
Je me suis débattue, j’ai même frappé !

Mes forces étaient décuplées, le bras de mon époux a même été marqué
Il tenait notre fille dans ses bras, et je ne voulais pas les lâcher !
Lorsque j’ai dû céder et me résigner, j’ai été transférée dans l’ambulance des urgences,
En route pour la Roche-sur-Yon, les sirènes du véhicule rythmant la cadence…

Et puis, je crois que l’on ne m’a rien expliqué,
Je me souviens juste que j’ai été détachée,
J’ai marché jusqu’à la porte d’entrée,
De cet hôpital tant redouté !

Je me revois, errante, n’ayant personne pour me rassurer.
J’attendais mon mari, il devait suivre l’ambulance…

Perdue dans ce lieu trop effrayant
J’ai encore dû avoir peur des « blouses blanches »
Et, à nouveau, j’ai frappé, je voulais mon enfant,
Je voulais mon mari, je voulais quitter ce lieu en urgence !

Ils furent encore nombreux pour me maîtriser et m’attacher
M’attacher au lit et m’injecter leur produit !

Cependant, j’ai enfin pu dormir,
J’ai dormi sans répit 3 jours durant…
Jusqu’à mon réveil, je ne savais pas que j’étais en isolement
J’ai dû faire encore 2 jours, mais là sans dormir !

Le jour du premier anniversaire de mon unique enfant,
J’étais entre ces 4 murs, à imaginer sa journée
J’aurais tant aimé être à ses côtés !

Et puis, il y a eu un face à face avec moi-même,
J’avais un peu repris mes esprits,
Mais je n’ai toujours pas compris,
Certains principes de l’isolement, quand même !

C’est lorsque j’ai eu besoin de me rendre aux WC,
Que j’ai vraiment été indignée !
Pas de sanitaires et personne pour m’ouvrir cette maudite porte blindée,
C’est dans une poubelle que j’ai dû me soulager !

Désolée pour cette scène peu poétique mais même en prose, c’aurait pas été glamour !
L’enfermement, l’isolement, c’est déjà pas fantastique,
Mais faire vivre ça à une jeune femme, c’est vraiment pathétique !

Alors oui, j’veux bien croire que, médicalement, l’enfermement s’explique
Ils ont probablement raison de choisir cette option lorsque c’est nécessaire,
Cependant, il faudrait mettre des mots, expliquer au patient,
Pourquoi et comment va se dérouler ce moment…

Car on n’oublie jamais vraiment,
Ça reste gravé, bien longtemps !

Françoise ETIENNE, le 21 avril 2017

Présidente de l’Association Schiz’osent écrire

« Asile » : une épreuve de folie à Fort Boyard

Profondément troublés par cette épreuve de Fort Boyard, nous aimerions vous proposer une réflexion sur la stigmatisation.

En passant la porte d’entrée du Boyard Psychiatric Hospital, le candidat se retrouve dans un sas, où Passe-Muraille lui enfile une camisole de force. Sur le vêtement sont accrochées plusieurs petites balles blanches et rouges.

Après cette étape, le candidat se positionne sur une porte à bascule automatique, qui l’envoie directement dans une salle capitonnée fortement éclairée, avec uniquement de caméras de surveillance. Cette action provoque la libération de la clé dans le sas d’entrée.

Pour ressortir de la salle capitonnée et récupérer la clé dans la première partie de la cellule, le candidat doit se secouer, se contorsionner et se frotter contre les murs, afin de décrocher (sans les mains évidemment) les 4 balles rouges présentes sur sa camisole

Lorsqu’il y parvient, il doit saisir avec la bouche, chacune des balles rouges tombées au sol, afin de les placer dans les tuyaux répartis à différents endroits de la cellule.

Mais dans cette salle capitonnée sans porte de sortie, les candidats deviennent fous rapidement ! Pour compliquer la tâche, l’ensemble la cellule tourne sur elle-même. Le candidat se retrouve à marcher sur les murs ou au plafond !

La pratique de l’isolement et la contention

Des candidats enfermés dans une cellule capitonnée avec une camisole de force, voici la nouvelle épreuve du jeu télévisé Fort Boyard.

Première réaction du gamin devant sa télé : « ça se passe comme ça à l’Hôpital Psychiatrique ? ».

Pour aider les parents à répondre à cette question, voici quelques clés de lecture :

  • L’asile comme lieu d’enfermement arbitraire, la chambre capitonnée et la camisole sont révolus mais les pratiques d’isolement (enfermement dans une chambre prévue à cet effet) et de contention (le fait d’attacher et sangler une personne) sont courantes et réglementées en France, souvent considérées comme nécessaires en cas de crise.
  • La psychiatrie d’aujourd’hui préfère parler de chambre de soins intensifs. Il s’agit à priori de désamorcer des situations extrêmes où l’interaction avec le personnel et les autres personnes hospitalisées peut être dangereuse. Une crise psychique peut s’accompagner d’une certaine agressivité envers les autres et envers soi-même d’où l’idée ancienne de capitonner les chambres pour éviter que la personne ne se blesse d’elle-même.
  • Que ressent-on dans ces situations-là ? L’isolement est une expérience très traumatisante bien qu’elle soit considérée comme une mesure thérapeutique de dernier recours. Elle peut être vécue comme une torture, surtout quand on ne vous explique pas les raisons de votre enfermement et qu’on vous laisse seul avec vous-même et votre angoisse.
  • Peut-on faire autrement ? L’hôpital psychiatrique en tant que lieu de soin se doit d’accueillir dignement toute personne en grande souffrance dans le respect de ses droits. Or, la pratique de l’isolement, justifiée par des situations d’urgence, pourrait être évitée si on s’en donnait les moyens. On peut prévenir la crise et les situations de violence, parfois quelques mots ou une présence attentive permettent d’éviter le recours à de telles pratiques.
  • Pourquoi n’abolit-on pas la contention et l’isolement en France ? Il faut du temps pour changer les pratiques et les mentalités mais aussi beaucoup d’implication et une volonté politique. C’est d’autant plus difficile dans la situation actuelle de la psychiatrie, avec le manque de moyens humains et de formation au soin relationnel, où les soignants sont condamnés à devenir des surveillants plutôt que des accompagnants.

Aujourd’hui en France, près de 100000 personnes sont internées chaque année sans leur consentement en hôpital psychiatrique. Lieu de refuge et d’asile au sens noble du terme, l’hôpital alimente aussi les pires fantasmes de la société, personne n’a envie de finir chez les fous.

Il faut savoir que la psychiatrie concerne 2 millions de personnes en France et que 80% des personnes sont soignées au plus près de leur domicile et ne sont jamais hospitalisées.

L’hospitalisation en psychiatrie reste une épreuve traumatisante dont il est difficile de se relever, notamment du fait de la stigmatisation et du regards des autres.

A travers Comme des fous, nous souhaitons interroger le regard qu’on porte sur la folie et les représentations que véhiculent les médias.

On peut s’amuser comme des fous devant cette séquence tant qu’on n’oublie pas que ce jeu peut être blessant pour les personnes qui ont été confrontées réellement à cette même situation sous prétexte qu’elles étaient folles. De plus, cela peut participer à stigmatiser les pratiques soignantes et à éloigner du soin les personnes en grande difficulté qui auraient peur de se voir infliger un tel traitement.

Mais peut-être aussi que les candidats pourront témoigner de leur ressenti après cette folle épreuve et qu’ils nous diront ce que ça fait d’être mis dans la peau d’un fou.

Ecouter la séquence du 28 juin 2017 sur radio Vivre FM.

Si vous souhaitez signaler l’émission au Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), la séquence a déjà été diffusée dans l’émission Fort Boyard du 24 juin 2017 à 21H sur France 2.

 

Si vous souhaitez demander le retrait de l’épreuve, vous pouvez également signer la pétition: