Je préfère croire en mon histoire

Retrouvez chaque dimanche un nouveau texte de Françoise.

Le diagnostic est posé : schizophrénie dysthymique ! Plus de 10 ans après les premiers symptômes !…

C’est à la naissance de ma fille, que tout à commencé réellement. Trop de bonheur d’un coup, je présume. Donner la Vie, mettre au monde. Ca a quelque chose de Divin !…

Beaucoup d’émotions à gérer, à canaliser. Pour moi, ce fut le début d’un long rêve éveillé.

Je suis restée presque trois semaines sans dormir ! Hospitalisée d’Office par le SAMU, j’ai du passer sept jours au CHD de Thonon-les- Bains. Toute une équipe de psychologues et de psychiatres s’est mobilisée autour de moi. On m’a donné des médicaments. Et c’est peu de temps après que j’ai terriblement souffert d’impatiences. Cette sensation unique et horrible, je n’ai pas su la décrire. Je ne soupçonnais même pas que ça puisse être un des effets secondaires du traitement. Alors, très vite, tout a basculé. Je ne supportais plus du tout ces sensations. Et puis, j’ai du croire que cette idylle, cette nouvelle vie de Maman, ne me correspondait plus. Je n’y arrivais pas… Je me suis sentie si mal que l’idée du pire s’est imposée à moi. Mettre fin à mes jours ! C’est ce que j’ai tenté de faire, à plusieurs reprises… Jusqu’à aller vraiment trop loin et cette fois ci, être internée en psychiatrie. Trois semaines.

L’enfer sur terre ! Je crois simplement que j’avais perdu la foi en ce qui m’animait vraiment jusque là…

J’ai toujours été intriguée par le Sens de la Vie. Pourquoi sommes-nous là ? A quoi rime tout cela ? On naît, on vit et on meurt, je n’y crois pas ! Je suis persuadée qu’il y a autre chose.

Quelque chose que le commun des mortels est amené à découvrir s’il se pose les bonnes questions, aux bons moments.

Seulement, il ne faut pas faire de faux pas.

Les miens sont sortis du terrain.

Je crois secrètement que je n’ai pas respecté certaines règles fondamentales et que c’est ce qui a causé ma perte. C’est pour moi le manque de sommeil qui a été à l’origine de cette terrible histoire qui fut la mienne. Voilà ce que je crois au plus profond de moi-même…

On me dit schizophrène.

Moi, je me dis souvent que j’ai défié la nature et qu’en ne dormant pas, j’ai eu accès à une autre réalité. C’est mon jardin secret. Ne pas croire à la folie pour pouvoir continuer à vivre. C’est ça qui m’aide.

Je suis peut-être dans le déni, la non-acceptation de ma maladie. Mais je préfère croire en mon histoire !

C’est à l’âge de quinze ans, que je vis le premier épisode de cette épopée. J’étais en première Littéraire et j’ai découvert la philosophie. Pour moi, tout part de là. S’interroger sur des sujets fondamentaux. Avancer avec l’idée qu’il peut y avoir d’autres vérités. Ça m’a interpellé !

Durant toute une semaine, j’ai vécu dans ma réalité. Celle de la négation du temps qui passe. J’ai perdu la notion de toutes choses. Je vivais au rythme de ce qui m’animait. Je ne mangeais que lorsque j’en avais envie et je ne dormais pour ainsi dire plus du tout. Plus rien ne me faisait peur. Je me sentais protégée, libre de toutes craintes.

Mais j’étais sans doute trop décalée, hors de la réalité. Mon entourage s’est beaucoup inquiété. Mes parents me croyaient sous l’emprise d’une drogue. Il n’en était rien. Je goûtais juste à une vie nouvelle. Une histoire m’était contée. J’étais au centre d’un scénario dont je ne connais toujours pas la fin…

Parce que, très vite, j’ai dû reprendre mes esprits. Cette vie n’était pas compatible avec le monde qui nous entoure.

Mais, j’ai grandi avec l’idée qu’à l’instar des chats, nous avons plusieurs existences sur terre.

Plusieurs vies durant lesquelles, on nous tend des perches, on reçoit des signes qui nous mènent ou ne nous mènent pas, à la vérité. Je reste persuadée qu’il y a une autre réalité. Un monde qui s’offre à nous si on se laisse guider. Depuis la nuit des temps, le monde en va ainsi…

Nous sommes tous là pour quelque chose ! Ça ne peut être autrement. Seulement, lorsque l’on touche à cette vérité, il faut pouvoir gérer. C’est là, la difficulté. Les sens sont bouleversés et tout est différent. Ce sont les bases mêmes de nos fondations qui sont ébranlées.

Je persiste et signe pour dire que le monde n’est pas tel qu’il nous apparaît. C’est ma philosophie, mon jardin secret.

Alors, à trop vouloir y croire, j’ai tout oublié. Je suis restée loin de ce jardin pendant presque dix ans. Ma vie n’était pas figée mais mon esprit, lui, était bouleversé. Je repensais souvent à cette réalité qui ne fut que mienne. Mais elle était désormais sous scellé. Les dieux voulaient sûrement me protéger…

Dix ans se sont écoulés sans que je n’y remette les pieds. Et puis, j’ai rencontré l’Amour.

Celui qui est aujourd’hui le père de mon unique enfant. Il m’a tout de suite permis de me décharger de mes peurs, mes angoisses. Sans rien demander en retour. Etre juste là, pour moi.

J’ai dû reprendre confiance et croire à nouveau en ce monde qui m’avait échappé. Les portes étaient blindées, mais je venais de retrouver la clef.

Un monde qui m’avait bien manqué ! Ses messages codés, ses signes très élaborés… Toute une réalité à ré apprivoiser. C’est l’essence même de mon existence, la raison de ma naissance. Toujours vivre pour aimer et suivre cette idée que les dieux ne peuvent nous lâcher tant que le dernier souffle n’est pas donné.

C’est au cours de ce second « voyage » que j’ai pris cette grande décision. Devenir mère !

Offrir un enfant à cet homme qui partageait ma vie depuis quelques temps. Il ne rêvait que de cela ! Et puis, dans le même temps, j’ai fait ma demande en mariage. Oui, c’est moi qui lui ai demandé sa main. Pas très courant… Je réalisais à ce moment précis, qu’il comptait vraiment dans ma vie. C’était mon sauveur, mon messie ! Je ne me voyais plus vivre sans lui.

A peine trois semaines après avoir pris la décision d’avoir un enfant, j’étais enceinte. Et là aussi, on a fait dans l’originalité puisque c’est lui qui me l’a annoncé ! J’étais au travail lorsqu’il est allé chercher les résultats de la prise de sang au laboratoire. Nous étions bénis des dieux !

Et pourtant, ma grossesse ne fut pas si merveilleuse. J’étais triste parfois, sans vraiment savoir pourquoi. Je sais que j’ai beaucoup culpabilisé car je portais ce bébé mais je n’arrivais pas à arrêter de fumer. Bien entendu, j’avais réduit ma consommation de tabac mais je ne suis pas parvenu à arrêter complètement. A huit mois de grossesse, j’ai participé au « Plan des 5 jours » organisé par l’hôpital de Thonon-les-Bains. Mais, les organisateurs m’ont conseillé de ne pas vraiment arrêter si c’était trop compliqué. Ce qu’il fallait, c’était surtout ne pas trop culpabiliser…

Et puis, un mois plus tard, le 10 juin 2006, elle est arrivée !

Le jour J, les premières contractions furent très douloureuses mais très vite, l’anesthésiste a pratiqué une péridurale et l’accouchement fut pour moi, un véritable bonheur !

C’était le début d’un rêve que je ne voulais quitter. Alors, comme je l’ai évoqué précédemment, j’ai cessé de dormir. J’avais trop peur de fermer les yeux ! Trop peur d’y croire un peu ! Pour moi, je crois que j’appréhendais la chute. Continuer à rester éveillée, c’était un gage de sûreté. Je ne pouvais risquer de m’éloigner un peu de cette réalité.

Trop de bonheur d’un coup ! Eh oui, il faut pouvoir gérer…

Le retour à la maison aurait pu tout apaiser, enfin je crois…

Mais, mes parents, qui n’habitaient pas la région, étaient venus pour la naissance de notre fille. Et ce soir là, leur petit chien, âgé de 17 ans, allait rendre l’âme. C’était un teckel qui m’avait vu grandir. Je devais avoir 7 ou 8 ans lorsqu’il est arrivé dans la famille. C’était le chien que j’avais tant aimé !

Ma maman, cette nuit là, m’a appelée, complètement bouleversée. Je suis arrivée dans leur maison de location pour les conduire chez le vétérinaire de garde. J’avais pris soin de le contacter et je savais où les amener. Mais, les images qui sont toujours trop bouleversantes pour moi. Son foie avait éclaté et il y avait du sang partout dans leur maison. Trop choquant pour une jeune maman !

Il fut piqué le lendemain matin.

J’ai essayé de me relever, tenté d’oublier.

J’ai continué de m’occuper de mon enfant. Un rôle épatant !

Mais ma santé s’est dégradée. A trop peu dormir, j’ai fini par craquer. Je me revois parfaitement le soir où tout à basculé. Une terrible crise d’angoisse que je n’ai pas su gérer.

J’ai composé le 15 et j’ai tenté d’expliquer au médecin ce qui se passait, sans vraiment le comprendre moi-même. Mais, la seule chose qu’il ait pu dire, c’est qu’il fallait que je rencontre un médecin le lendemain. Et c’est ce que je fis, avec mon mari. C’est un docteur épatant que nous sommes allés rencontrer. Il directement contacté les urgences.

Mais il a dû se battre pour mobiliser un véhicule du SAMU. Il a clairement dit qu’il ne me laisserait pas sortir de son cabinet sans leur intervention. Mon cas était trop grave !

Je crois que je ne soupçonnais pas les conséquences de tout cela.

La suite, vous la connaissez déjà…

Mais mon histoire ne s’arrête pas là. Après avoir traversé de nombreux moments difficiles, nous avons cherché la solution la mieux adaptée. Notre fille aurait peut-être été placée…

Je ne pouvais pas m’en occuper. Alors, il fallait parer au plus urgent. C’est à ce moment là que mes parents ont déménagé. Ils ont quitté la ville de La Tranche sur mer, en Vendée pour une maison plus grande à Luçon et très vite, l’idée de déménager pour les rejoindre s’est imposée. Ma maman a trouvé à nous loger. Elle a fait l’acquisition d’une seconde maison, que nous habitons toujours aujourd’hui. Ca nous a sauvés ! Cependant, en quittant la Haute-Savoie, j’ai décidé d’y laisser aussi mes problèmes et j’ai arrêté de me médicamenter.

Je voulais prendre un nouveau départ et tout oublier.

Six mois se sont écoulés avant la rechute. Fatale, évidemment !

Après avoir enfin trouvé un emploi, le job dont j’avais toujours rêvé, j’ai déraillé. Ça s’est très vite manifesté par des « bouffées délirantes », quelque chose d’effrayant !

Le jour où finalement, j’ai rencontré la psychiatre qui me suit actuellement, on a pu nommer ma maladie. Je repassais trois semaines en psychiatrie.

Une schizophrénie, voilà de quoi il s’agissait. Il m’a fallu du temps avant de l’accepter.

Accepter de souffrir d’une maladie mentale…

Avancer avec l’idée que plus rien ne sera comme avant. Et pourtant, j’y ai cru à nouveau. C’était comme un serment. Le monde est trop beau, la vérité s’invite avec acharnement.

J’y ai cru trop longtemps, trop distinctement. Il y a autre chose, c’est évident ! Mais vivre dans ce monde est peut-être utopique. Trop éloigné de cette plate réalité. Alors, j’ai accepté de me soigner. Admettre qu’il me faudrait prendre un traitement à vie.

Dompter cette étrange pathologie qui a fait de moi ce que je suis… Six ans après les débuts de la maladie, me voilà grandie. Riche de cette force qui est la mienne. Celle de toujours croire en mon histoire plutôt qu’en la maladie.

Françoise ETIENNE, décembre 2012

Vous autres – épisode 5

Embarquez chaque vendredi avec Agathe pour le feuilleton : « Vous autres ».

Vous avez manqué les premiers épisodes?

Episode 5

Ce journaliste reporter de guerre vivait mal ce qu’il percevait comme une déchéance. Pourtant, il avait de la chance. Les stress post-traumatiques c’est relativement bien vu dans la société. Pas de folie de la personne concernée, non c’est le monde qui a été fou… Et en fait, c’était plus facile à dire, et ça se justifiait de soi-même. Une psychose sans événement traumatisant, sans cause, sans explication, c’était toujours de la faute de celui qui la développait, non du monde qui l’entoure. A bien y réfléchir et après avoir rencontré tant de gens dans ces hôpitaux psychiatriques, il me semblait qu’il s’agissait toujours d’un syndrome post-traumatique. On n’était jamais là sans raison extérieures à nous… Peut-être qu’on était juste biologiquement inadapté à ce monde et à la vie qu’il nous imposait de mener. Mais pour le coup, la guerre ça retirait toute la culpabilité de ne pas avoir été assez fort, assez solide. En tous les cas, à mon sens.

Mais lui, ça semblait le renvoyer quand même à son incapacité, à une pseudo-faiblesse de ne pas avoir fait face comme les autres, ses collègues. J’avais un peu de mal à comprendre pourquoi, moi qui n’avait subi « que » des violences psychologiques.

– Mes collègues, ils ont réussi à tenir. Ils ne sont pas fous eux. Me disait-il. Ils n’ont pas perdu pied comme moi.

– Ben, je sais pas, peut-être qu’ils sont moins sensible à ce qui se passe autour d’eux. Tu devais voir et percevoir des choses qui les dépassent…

– Oui, peut-être.

– C’est pour ça que tu étais bon, je pense. Mais tu sais, c’est pas normal d’être adapté à ce monde, de s’être créé une carapace, je trouve. Les gens, ils se créent un personnage et ils le jouent tellement qu’au fond, ils ne sont plus personne. C’est pas la vie ça ! C’est la mort de soi-même pour un rôle de théâtre ! Lui disais-je pour le rassurer, y croyant moi-même à moitié.

– Peut-être… Mais bon. Moi, je ne suis plus rien maintenant. Se lamentait-il.

– Non, tu n’es pas plus rien. Tu es au début du chemin pour être toi-même malgré le monde dans lequel on vit qui veut te dire qui tu es. Qui tu es, c’est à toi de le choisir pas aux autres !

– Mais on est ce qu’on fait, et là je fais malade dans un hôpital psychiatrique pour l’instant !

– Non, non, on est autre chose que ça, et puis tu vas sortir. Va falloir te créer ta nouvelle vie. Et dans cette nouvelle vie faut admettre que tu es plus sensible et que du coup, tu vois des choses que d’autres, enfermés dans leur ego, n’imaginent même pas.

– Mouais…

Il se leva du lit. Il voulait fuir ce débat, je le sentais. Du coup, je n’insistais pas. Puis, après un silence un peu pesant, je quittais sa chambre non sans un sentiment d’échec. Mais il n’était pas possible d’ouvrir les yeux pour les autres. Et peut-être était-ce trop tôt, il était encore sous le choc d’être arrivé là. Moi, finalement, me disais-je en déambulant dans les couloirs, j’avais eu la chance de n’avoir que très peu connu la vie des gens normaux. Du coup, je ne devais pas me remettre d’un passé sur lequel je me serais retrouvé contraint de tirer un trait. C’était un peu comme les toxicos qui se réveillent après 25 ans de dépendance. Ils réalisent le temps perdu. Après 25 ans de malheur, ils se réveillent sans rien mais avec des portes ouvertes à nouveau. Lui, c’était le mécanisme inverse. Il avait 25 ans de bonheur et il se réveillait sans plus rien et s’acharnait à fermer toutes les portes devant lui.

Je l’aimais bien ce type…

En continuant mon chemin jusqu’à ma chambre, je tombais nez à nez avec une petite jeune fille toute maigrichonne, probablement une anorexique. Elle me demanda un rasoir pour s’épiler… Sans trop réfléchir, et pensant à une volonté de se faire belle, j’acceptais. Je lui ramenais ça dans le couloir. Elle me remercia en s’enfuyant à moitié… J’eu alors une drôle de sensation, mais bon, je repartais dormir un peu.

Retrouvez-moi sur erreur-systeme.fr

Toujours plus loin, toujours plus haut, toujours plus fort !

Belle devise pour le jeu télévisé FORT-BOYARD qui, depuis 1990, chasse le trésor avec générosité, en soutenant de magnifiques projets associatifs, tels Perce-Neige (association d’utilité publique fondée par LINO VENTURA, pour le soutien des personnes handicapées mentales, et de leurs familles), Le Refuge (contre l’isolement social des jeunes), et tant d’autres.

Oui mais…

En 1965, quand Lino Ventura lance, sur les écrans de l’ORTF, l’appel d’un père en détresse face au manque de moyens pour la prise en charge de Linda, son « enfant différent », c’est avec gravité et émotion…

On ne joue pas avec la souffrance, même pour déstigmatiser, on ne joue pas avec les clichés, même pour vulgariser.

L’ « asile »

« L’asile », c’est le nom de la nouvelle épreuve que l’’émission Fort-Boyard propose en saison 2017…
Innovation qui sera suivie par des millions de foyers, sur un créneau de grande audience familiale.

On ne joue pas avec la souffrance. On peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui, ni n’importe comment. Une camisole de force, une cellule capitonnée. Mais au fait, à quoi joue-t-on ?

Il faut savoir raison garder. Un combat, pas un jeu, mais un parcours médical particulier, beaucoup plus souvent dans le cadre d’une thérapie, avec des phases dépressives, des éclaircies, des aidants qui apprennent la vie autrement… et ne souhaitent assister à cette sombre dérision grotesque.

L’ « Asile », les clés, -bien sûr !-, l’enfermement du « monstre ancestral», celui qui déconcerte, celui qui dérange, sa dé-sociabilisation, quand tant de belles personnes œuvrent pour le contraire.

Alors c’est NON !

Au nom de nos enfants, au nom de leurs parents et proches, nous, association SCHIzo’Jeun’S, refusons cette caricature d’un univers psychiatrique encore trop méconnu en France.

A l’instar de l’UNAFAM*, nous exigeons le retrait de ce « programme divertissant ».

L’isolement, la contention, les soins intensifs, prodigués avec parcimonie en hôpital psychiatrique pour des patients, -et non plus en « asile » pour des fous,- n’en restent pas moins parfois nécessaires, pour contraindre les bouffées d’angoisses délirantes d’un malade éperdu et souvent suicidaire. Cette mesure de dernier recours renvoie le patient esseulé à sa psychose déchirante, obstacle déjà suffisamment traumatisant, sans que la télévision publique ne le souligne en prime !

En matière de psychiatrie, on évitera de surfer sur de vieux fantasmes anxiogènes, même avec la meilleure intention qui soit, au risque de les alimenter, et d’aviver des souffrances déjà si invalidantes…. Communiquer, plutôt que prétendre distribuer l’altruisme, c’est d’abord écouter. Tenter de comprendre l’autre, sans négliger ses interprétations personnelles, parfois très déstructurantes.

Quels experts avez-vous mandatés pour filtrer les messages transmis, et dans quels objectifs? De l’audimat, de la médiatisation, ou bien de l’aide réelle de près de 600 000 Français diagnostiqués schizophrènes, 1/10 touchés de près ou de loin par la maladie mentale, comme moi. Comme vous peut-être ?

Que dire du malade qui essouffle et craint de consulter ; de l’enfant qui doit se rendre en Unité Spécialisée pour y être médicamenté sous contrôle ; de celui à qui l’on propose une représentation grossière et terrifiante du lieu de soin de son parent…

Parler de la maladie mentale, OUI . En délicatesse et dans le respect des malades, OUI AUSSI !

Lever les tabous sur la psychiatrie, OUI, en relever d’autres, NON !

*L’Unafam : « À l’heure où les idées fausses sur la psychiatrie sont légion, comment lutter contre la stigmatisation avec un tel ‘divertissement’ sur une chaîne publique? Les médecins se battent pour que les jeunes soient pris en charge le plus précocement possible pour éviter des retards de diagnostic de 5 à 10 ans en moyenne actuellement. Comment convaincre un jeune de consulter avec une telle image de la psychiatrie? »

Marie-Luc Sechet Bodineau

Association SCHIzo’Jeun’S. Chateau-Gontier.
Membre du Collectif Schizophrénies.

L’enfermement en hôpital psy

Merci à Alexia Laroche Joubert, productrice de Fort Boyard, et à France 2 d’avoir ouvert la boîte de Pandore.

« Pour avoir vécu l’enfermement, l’isolement et même la contention,
Je pense être en mesure de dire
Que ce n’est pas un sujet qu’il faut porter en dérision.

Je ne regarde pas souvent l’émission,
Mais, habitant Luçon (Vendée), pas très loin de Fort Boyard,
J’ai déjà fait une croisière au départ de la Rochelle.
Je n’ai pas vu Olivier MINNE,
Et encore moins le Père Fouras,
Mais je suis sûre d’une chose, aujourd’hui :

Il faudrait tout simplement éteindre votre écran
Au moment de l’épreuve de la cellule capitonnée !

Visionner cette monstruosité,
C’est cautionner l’idée
Que l’on peut se permettre de jouer
Avec un sujet si grave !

L’isolement c’est loin d’être hilarant
Alors, si vous riez de ces épreuves
Mises en scène par un jeu télévisé
Sachez que vous êtes outrageants !

Qu’un véritable enfermement
Vous inciterait peut être à réfléchir
À la bêtise de vos occupations !

Si France 2 est une chaîne télévisée
Qui prétend respecter l’humain dans sa globalité,

Elle se doit de retirer de ses programmes
Ce jeu qui vire au drame ! »

Si je devais m’exprimer sur le sujet, je dirais ceci :

Je n’ai commis aucun crime, je ne suis pas agoraphobe et pourtant…
J’ai vécu l’enfermement, et même l’isolement !

Cinq jours durant, j’ai vécu l’isolement.
La psychiatrie, l’enfermement !
C’était en mai 2007,
C’était vraiment pas la fête !

Une crise aigüe, un délire inattendu.
Je souffrais déjà de ma schizophrénie,
Mais je ne me soignais plus !

Un jour, alors que ma fille allait souffler sa première bougie,
J’ai dû être hospitalisée de force, en HDT.
Il n’y avait pas d’autre issue, mon mari avait signé !

La violence de l’épisode aux urgences restera en moi, gravée !
C’est à un brancard qu’on a dû m’attacher !
Ils devaient être sept ou huit infirmiers,
Je me suis débattue, j’ai même frappé !

Mes forces étaient décuplées, le bras de mon époux a même été marqué
Il tenait notre fille dans ses bras, et je ne voulais pas les lâcher !
Lorsque j’ai dû céder et me résigner, j’ai été transférée dans l’ambulance des urgences,
En route pour la Roche-sur-Yon, les sirènes du véhicule rythmant la cadence…

Et puis, je crois que l’on ne m’a rien expliqué,
Je me souviens juste que j’ai été détachée,
J’ai marché jusqu’à la porte d’entrée,
De cet hôpital tant redouté !

Je me revois, errante, n’ayant personne pour me rassurer.
J’attendais mon mari, il devait suivre l’ambulance…

Perdue dans ce lieu trop effrayant
J’ai encore dû avoir peur des « blouses blanches »
Et, à nouveau, j’ai frappé, je voulais mon enfant,
Je voulais mon mari, je voulais quitter ce lieu en urgence !

Ils furent encore nombreux pour me maîtriser et m’attacher
M’attacher au lit et m’injecter leur produit !

Cependant, j’ai enfin pu dormir,
J’ai dormi sans répit 3 jours durant…
Jusqu’à mon réveil, je ne savais pas que j’étais en isolement
J’ai dû faire encore 2 jours, mais là sans dormir !

Le jour du premier anniversaire de mon unique enfant,
J’étais entre ces 4 murs, à imaginer sa journée
J’aurais tant aimé être à ses côtés !

Et puis, il y a eu un face à face avec moi-même,
J’avais un peu repris mes esprits,
Mais je n’ai toujours pas compris,
Certains principes de l’isolement, quand même !

C’est lorsque j’ai eu besoin de me rendre aux WC,
Que j’ai vraiment été indignée !
Pas de sanitaires et personne pour m’ouvrir cette maudite porte blindée,
C’est dans une poubelle que j’ai dû me soulager !

Désolée pour cette scène peu poétique mais même en prose, c’aurait pas été glamour !
L’enfermement, l’isolement, c’est déjà pas fantastique,
Mais faire vivre ça à une jeune femme, c’est vraiment pathétique !

Alors oui, j’veux bien croire que, médicalement, l’enfermement s’explique
Ils ont probablement raison de choisir cette option lorsque c’est nécessaire,
Cependant, il faudrait mettre des mots, expliquer au patient,
Pourquoi et comment va se dérouler ce moment…

Car on n’oublie jamais vraiment,
Ça reste gravé, bien longtemps !

Françoise ETIENNE, le 21 avril 2017

Présidente de l’Association Schiz’osent écrire

« Asile » : une épreuve de folie à Fort Boyard

Profondément troublés par cette épreuve de Fort Boyard, nous aimerions vous proposer une réflexion sur la stigmatisation.

En passant la porte d’entrée du Boyard Psychiatric Hospital, le candidat se retrouve dans un sas, où Passe-Muraille lui enfile une camisole de force. Sur le vêtement sont accrochées plusieurs petites balles blanches et rouges.

Après cette étape, le candidat se positionne sur une porte à bascule automatique, qui l’envoie directement dans une salle capitonnée fortement éclairée, avec uniquement de caméras de surveillance. Cette action provoque la libération de la clé dans le sas d’entrée.

Pour ressortir de la salle capitonnée et récupérer la clé dans la première partie de la cellule, le candidat doit se secouer, se contorsionner et se frotter contre les murs, afin de décrocher (sans les mains évidemment) les 4 balles rouges présentes sur sa camisole

Lorsqu’il y parvient, il doit saisir avec la bouche, chacune des balles rouges tombées au sol, afin de les placer dans les tuyaux répartis à différents endroits de la cellule.

Mais dans cette salle capitonnée sans porte de sortie, les candidats deviennent fous rapidement ! Pour compliquer la tâche, l’ensemble la cellule tourne sur elle-même. Le candidat se retrouve à marcher sur les murs ou au plafond !

La pratique de l’isolement et la contention

Des candidats enfermés dans une cellule capitonnée avec une camisole de force, voici la nouvelle épreuve du jeu télévisé Fort Boyard.

Première réaction du gamin devant sa télé : « ça se passe comme ça à l’Hôpital Psychiatrique ? ».

Pour aider les parents à répondre à cette question, voici quelques clés de lecture :

  • L’asile comme lieu d’enfermement arbitraire, la chambre capitonnée et la camisole sont révolus mais les pratiques d’isolement (enfermement dans une chambre prévue à cet effet) et de contention (le fait d’attacher et sangler une personne) sont courantes et réglementées en France, souvent considérées comme nécessaires en cas de crise.
  • La psychiatrie d’aujourd’hui préfère parler de chambre de soins intensifs. Il s’agit à priori de désamorcer des situations extrêmes où l’interaction avec le personnel et les autres personnes hospitalisées peut être dangereuse. Une crise psychique peut s’accompagner d’une certaine agressivité envers les autres et envers soi-même d’où l’idée ancienne de capitonner les chambres pour éviter que la personne ne se blesse d’elle-même.
  • Que ressent-on dans ces situations-là ? L’isolement est une expérience très traumatisante bien qu’elle soit considérée comme une mesure thérapeutique de dernier recours. Elle peut être vécue comme une torture, surtout quand on ne vous explique pas les raisons de votre enfermement et qu’on vous laisse seul avec vous-même et votre angoisse.
  • Peut-on faire autrement ? L’hôpital psychiatrique en tant que lieu de soin se doit d’accueillir dignement toute personne en grande souffrance dans le respect de ses droits. Or, la pratique de l’isolement, justifiée par des situations d’urgence, pourrait être évitée si on s’en donnait les moyens. On peut prévenir la crise et les situations de violence, parfois quelques mots ou une présence attentive permettent d’éviter le recours à de telles pratiques.
  • Pourquoi n’abolit-on pas la contention et l’isolement en France ? Il faut du temps pour changer les pratiques et les mentalités mais aussi beaucoup d’implication et une volonté politique. C’est d’autant plus difficile dans la situation actuelle de la psychiatrie, avec le manque de moyens humains et de formation au soin relationnel, où les soignants sont condamnés à devenir des surveillants plutôt que des accompagnants.

Aujourd’hui en France, près de 100000 personnes sont internées chaque année sans leur consentement en hôpital psychiatrique. Lieu de refuge et d’asile au sens noble du terme, l’hôpital alimente aussi les pires fantasmes de la société, personne n’a envie de finir chez les fous.

Il faut savoir que la psychiatrie concerne 2 millions de personnes en France et que 80% des personnes sont soignées au plus près de leur domicile et ne sont jamais hospitalisées.

L’hospitalisation en psychiatrie reste une épreuve traumatisante dont il est difficile de se relever, notamment du fait de la stigmatisation et du regards des autres.

A travers Comme des fous, nous souhaitons interroger le regard qu’on porte sur la folie et les représentations que véhiculent les médias.

On peut s’amuser comme des fous devant cette séquence tant qu’on n’oublie pas que ce jeu peut être blessant pour les personnes qui ont été confrontées réellement à cette même situation sous prétexte qu’elles étaient folles. De plus, cela peut participer à stigmatiser les pratiques soignantes et à éloigner du soin les personnes en grande difficulté qui auraient peur de se voir infliger un tel traitement.

Mais peut-être aussi que les candidats pourront témoigner de leur ressenti après cette folle épreuve et qu’ils nous diront ce que ça fait d’être mis dans la peau d’un fou.

Ecouter la séquence du 28 juin 2017 sur radio Vivre FM.

Si vous souhaitez signaler l’émission au Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), la séquence a déjà été diffusée dans l’émission Fort Boyard du 24 juin 2017 à 21H sur France 2.

 

Si vous souhaitez demander le retrait de l’épreuve, vous pouvez également signer la pétition:

Vous autres – épisode 4

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Vous avez manqué les premiers épisodes?

Episode 4

Le repas s’était terminé en silence, l’histoire de cet homme m’avait renvoyé à mes propres échecs. Il
en allait de même pour cette pauvre femme dont j’ignorais le nom. Mais au fond, ici, nous n’avions
plus réellement de nom ni même d’identité. A quoi bon demander un état civil que l’on nous avait
tacitement retiré.

Après tout ça, je m’étais dirigé vers les machines à café. Une file incommensurable
de gens se tenait entre la machine et moi. J’hésitais entre patienter là vingt minutes et revenir plus
tard. Le temps que je pose ces quelques questions, apparu le reporter de guerre. Toujours aussi
déconfit. Peut-être même encore un peu plus du fait de ces aveux que je lui avais bien
involontairement soutirés. Je me sentais un peu mal à l’aise de l’avoir mis dans cette situation et
indirectement cet état. Il ne me voyait pas. Il errait plus qu’il se dirigeait vers les machines. Voulant
rattraper le coup, je me dirigeais vers lui.

– Vous venez prendre un café ? Lui demandais-je avec une fausse innocence.
– Oui, mais j’en ai dans ma chambre. C’est de la chicorée avec l’eau tiède, mais bon. Il ne faut
pas attendre une demi-heure pour l’avoir. Tu veux venir en prendre une avec moi ? Me
répondit-il.
– Oui, ok. Merci. Lui répondis-je assez content de ne pas avoir à me contraindre à cette attente
dans ce couloir glauque avec ces patients qui pour certains sentaient une drôle d’odeur,
mélange de crasse et de transpiration médicamenteuse.
– Je suis au troisième secteur. Et toi ? Me dit-il d’un ton morne.
– Moi aussi. On doit être voisin. Répondis-je en tentant de mettre un peu de joie dans mon
propos banalement évident.

Il ne me répondit pas et commença à se diriger vers les escaliers. Je lui emboîtais le pas. J’avais peut-
être trouvé quelqu’un pour m’assurer mon minimum vital en café et en clopes… Dans l’attente d’une
réponse de mon frère, c’était devenu un besoin critique pour moi. Mon frère répondait de plus en plus
tard à mes appels. A la première hospitalisation, il était là le lendemain de mon arrivée. A la deuxième,
il était venu trois jours plus tard. A présent, il venait quand il n’avait vraiment que ça à faire. Enfin, c’est
ce qu’il me semblait.

Alors oui, il avait un travail. Mais pas si prenant que ça. Pas de famille, il était plus
jeune que moi et ne parvenait pas à se fixer. Il avait trente et un ans maintenant. Mais j’avais bien le
sentiment que comme moi, il finirait ses jours seuls. Notre génération était un peu maudite à cet égard.
Il me semblait que plus personne ne voulait s’embarrasser des problèmes des autres dans une relation.
Et en fait, moi, j’avais mon problème d’être un peu fou. Et mon frère, depuis la mort de nos parents, il
m’avait moi comme problème. Aucune fille n’acceptait ce type de casseroles en 2017…

Le reporter de guerre entrait dans sa chambre. Je l’avais suivi.

– Vas-y installe toi. Me dit-il.

Je m’asseyais alors sur son lit. Il ouvrait son armoire à verrou, la même que la mienne. Il sortit un pot
de chicorée soluble. Tout le monde buvait de la chicorée ici. Le café ça énerve et avec l’enfermement
ça peut rendre barjo ou faire faire des conneries. Ça empêche de dormir pour oublier ou fuir aussi. Il
avait des gobelets en plastique récupérés de la machine à café du rez-de-chaussée. Il en prit deux et
mis au fond quelques cuillères de chicorée. Puis, il se dirigea vers la salle de bain où il remplit les
gobelets d’eau chaude ou plutôt un peu plus que tiède.

– Tu veux un sucre ? Me lança-t-il sans me regarder.
– Non, non, ça va merci. Répondis-je.
– Moi non plus. Tant mieux, déjà que je suis gros maintenant…. C’est ces médicaments, ça me
rend obèse, je commence à en avoir ma claque. Même si je retourne au journal, ils ne me
reconnaîtront même pas mes collègues…

 

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Vous autres – épisode 3

Embarquez chaque vendredi avec Agathe pour le feuilleton : « Vous autres ».

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Episode 3

Le réfectoire ouvrait, chacun entrait à petits pas, dans une file désordonnée mais calme. Seul un jeune
homme criait, il devait être autiste… J’entrais à mon tour et devant le spectacle de ces hommes et de
ces femmes, hagards pour certains, excités pour d’autres, je m’installais à une table de personnes
calmes. Là où se trouvaient ceux qui discutaient devant tout à l’heure. Je n’entamais pas tout de suite
la conversation, les écoutait pour savoir un peu avant à qui j’avais affaire. La femme était petite et très
ronde, assez propre. L’homme lui était rond lui aussi mais plus grand, bien plus grand. Blond aux
cheveux courts mais trop longs, il était quant à lui un peu sale mais semblait avoir toute sa tête. Ils
parlaient peu, échangeaient des banalités. Cette femme devait avoir au moins cinquante ans, lui un
peu moins. Elle me semblait être une de ces éternels patients psychiatrisés jusqu’au bout des ongles.
Elle avait dû connaitre plusieurs hôpitaux de jours, SAVS etc. Et elle avait sûrement vu passer sous ses
yeux plusieurs générations de psychiatres, de médicaments, une véritable anthologie vivante de la
psychiatrie française…

– C’est Snarkovski qui a été élu ! Cria un type au fond de la salle en enlevant sa casquette Sergio
Tacchini et en la baissant en signe d’adoubement.
– Y en a qui ne vont vraiment pas bien. Dit l’homme à côté de moi à la femme psychiatrisée.
– Oui, c’est normal. Répondit-elle, en se replongeant dans son assiette de crudités. Mais c’est
Sarkozy par Snarkovski, et puis ça fait longtemps qu’il est plus président…
– Je n’étais pas en France quand il a été élu. Dit l’homme. J’étais encore en Afghanistan…
– Vous étiez militaire ? Lui demandais-je alors pour entamer la conversation et en savoir plus,
car finalement il m’intriguait avec sa dernière phrase.
– Non, journaliste. Reporter de guerre. Me dit-il. C’est pour ça que je suis là. Puis, il baissa la tête
dans un mouvement un peu honteux mais surtout triste.
– Ah ! Fit la femme. Moi, je n’ai pas travaillé. Presque jamais…

Les cantines du plat arrivèrent coupant court à cette conversation qui m’étonnait par sa normalité.
Même si chacun n’avait parlé que de soi, comme d’habitude, on aurait pu voir cet échange à l’extérieur
et ça m’avait fait du bien un peu de cohérence dans ce monde de folie exacerbée. Ils n’avaient parlé
que d’eux sans échanger vraiment, mais c’était logique. Il me semble que lorsque l’on est trop aux
prises avec sa souffrance intérieure et personnelle, rien ne peut réellement nous en faire sortir.
Comme si une bulle de malheur s’était formée autour de soi et que plus rien ne pouvait entrer ou
réellement sortir.

– Vous faisiez un reportage en Afghanistan ? Demandais-je pour relancer une conversation.
– Oui. Je l’ai fini. On l’a ramené au journal. Je faisais les photographies. J’en ai fait beaucoup des
conflits. Mais celui-là, il a eu raison de mon esprit. J’arrive plus à retourner sur le terrain, où
que ce soit. Stress post-traumatique, il parait. Moi, il me parait plus grand-chose, à part que
j’en rêve la nuit des morts, des enfants blessés, du sang sur la terre sèche et chaude. Délire de
persécution aussi ils ont dit ! Comme si c’était du délire de voir que ça peut arriver la guerre
ici aussi. Mais bon, la psychiatre est gentille, elle ne comprend rien mais elle est gentille.

Ne sachant trop que répondre à tout ça, je me tus. Finalement, ma petite psychose me paraissait bien
légère tout à coup… Indécente aussi à lui exposer face à sa tristesse. J’étais plus fou que lui, et j’en
avais bien moins de raisons. J’eu honte et me tus. La femme me prit mon assiette pour la ramener au
comptoir où il fallait les déposer. Le fromage et les desserts insipides arrivaient. Je mangeais avec aussi
la honte d’être là, impuissant, inactif, et goinfre… L’homme ne disait plus rien. La femme non plus. Il
me semblait qu’elle, ne ressentait pas la même chose que moi bien qu’étant dans le même cas. Elle,
elle s’était mise hors de la discussion. Elle avait arrêté d’écouter pour se préserver, se mettant hors du
jeu de la vie, elle ne souffrait plus la comparaison.

 

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La peur de l’insignifiance nous rend fous, Carlo Strenger

« C’est, selon la pensée existentialiste, en façonnant les contraintes et les tragédies de nos identités, en les transcendant d’une façon aussi pleine et créative que possible que nous trouvons notre liberté et le sentiment de mener une vie signifiante. »

carlo strenger
Carlo Strenger

Vous autres – épisode 2

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agathe martin

Vous avez manqué le premier épisode?

Episode 2

C’était la cinquième fois que j’entrais dans ces lieux inhospitaliers, clos et sales. Il devait maintenant être 11 heures du matin. Du moins, c’était ce qu’indiquait l’horloge quasiment illisible parce que trop noire de poussière de ce hall d’entrée. J’attendais là, qu’on m’emmène à ma chambre. Puis, il y aurait le repas. Puis, il y aurait l’attente de la pause cigarette. Puis, il y aurait la pause cigarette dans le « jardin ». Puis, il y aurait encore l’attente, mais l’attente de plus rien, celle qui dure tellement longtemps qu’on ne sait plus à quoi elle mène. Peut-être à rien finalement, car ce n’est plus de l’attente en fait. C’est devenu de la lassitude, de l’ennui profond. Continuer la lecture de « Vous autres – épisode 2 »

Vous autres – épisode 1

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agathe martin

Episode 1

J’étais arrivé là comme on arrive en prison. Assis sur un strapontin d’une camionnette de police. Il faut croire que j’avais insulté des agents de la « force publique ». Enfin, c’est ce qu’ils avaient dit à un moment. Tout ça était assez flou encore dans mon esprit. Le fourgon me bringuebalait de gauche à droite, ou de droite à gauche, je ne sais pas bien…

Je n’avais pas de menottes. J’étais assis dans le sens de la marche, avec deux policiers autour de moi qui me regardaient, qui me scrutaient pour détecter tout signe de débordement. Je regardais au sol, mes baskets décrépites je crois. Il y avait du soleil, beaucoup de soleil ce jour-là. Et moi, je regardais par terre. Je me sentais comme un condamné dans un camion de transfèrement, d’une cellule à l’autre. Continuer la lecture de « Vous autres – épisode 1 »