Bipolarité : j’ai signé sous contrainte

Mon frère n’avait jamais paru aussi calme et serein.

Il reprenait vie et des couleurs, lui, d’habitude si taciturne. C’était l’été et sa peau dorait au soleil, un de ses rares plaisirs. Il est tellement blond que même ses cils sont blancs. Parfois, on dirait que ses yeux bleus sont translucides.

Je m’inquiète pour lui depuis des années. Il ne faisait plus rien, mis à part fumer. Je savais qu’il jouait un rôle. Être un p’tit mec avec un cerveau en plus ne facilite pas l’adaptation sociale. Maman lui avait offert le bouquin Trop intelligent pour être heureux ? Il n’y a pas trouvé ce qu’il cherchait.

Il cherchait le chapitre « comment faire pour être heureux ».

Il s’habillait toujours pareil, avec un jogging et son t-shirt de foot. Toujours rasé de près, avec sa petite boucle d’oreille en faux diamant. Il pouvait tromper tout le monde, sauf moi. Son déguisement jurait avec son calme olympien.

Je suis hyperactif et hypersociable. Lui et moi, c’est la Lune et le Soleil. Je suis aussi pataud et vulgaire à l’oral qu’il est précieux et habile dans son langage. Je n’arrive pas à me canaliser et parfois j’en ai honte. C’est comme ça. Quand on ne peut pas changer les choses, on essaie de les accepter.

Notre famille nous renvoyait sans cesse notre différence. Il était oisif alors que je faisais des études d’infirmier. Il paraît même qu’il existe un syndrome qui s’appelle le syndrome de l’infirmière : on veut sauver tout le monde, faute de pouvoir se sauver soi-même.

Je ne suis pas le plus intelligent de nous deux, je le reconnais. Il a toujours eu des facilités à l’école. Puis un jour, il est devenu « moyen ». Même son prénom était moyen. Il passait partout, et c’était son souhait. En fait, son vrai souhait, c’était de ne pas exister.

Il parlait peu. Nos parents ont essayé de l’envoyer chez plusieurs psychologues, sans résultat. Enfin, si : le seul résultat fut qu’il ne leur ferait plus jamais confiance.

On peut le qualifier de passif. Vivre était pour lui d’une neutralité morbide. Il se sentait comme un objet qu’on déplace. Il disait qu’il écrivait depuis des années. Il allait se poser dans un jardin et prenait son stylo. Il a horreur des technologies : lancer une machine à laver le faisait paniquer. Son perfectionnisme, poussé à l’extrême, le rendait handicapé de la vie.

Ses journées se baignaient dans une contemplation molle. Parfois, il sortait ses deux serpents noirs de l’aquarium pour le plaisir de sentir leurs douces écailles froides sur ses bras. Quand on n’a plus de sentiments, on essaie d’avoir des sensations.

Le joint le rendait encore plus… comment qu’on dit, euh… pathétique ? Ah non, pardon, apathique !

Rien ne l’animait. Les filles ne semblaient pas l’intéresser, pas plus que le fait de se nourrir. Il nous disait que son seul plaisir de la journée était un café très soigneusement préparé : double dose de lait, un demi-sucre exactement et un soupçon de cannelle. Il surnommait ce café « son goûter ».

Il était emprisonné à l’intérieur de lui. Notre famille et moi avions essayé de l’aider, mais il restait sourd. Le monde lui semblait être un vacarme lointain, tout juste digne d’indifférence.

Ce jour-là, le soleil a brillé un peu plus fort sur ce garçon lunaire. Il a commencé à apprendre le langage des signes, bercé par sa musique préférée, Hijo de la Luna.

Le vent eut une résonance particulière et lui susurrait qu’il avait des choses à faire.

Il prenait son goûter trois fois par jour et ne mangeait plus du tout. Il disait qu’on pouvait vivre uniquement en mangeant de l’air. Il s’était enfin ouvert à nous et à ses ami·es. Nous découvrions qu’un sage penseur sommeillait en lui. Il semblait habité par une âme d’un autre siècle. Il a toujours été un curieux personnage, mais mon intuition y voyait autre chose.

Auparavant, je ne représentais pour lui qu’une nuisance sonore et toutes mes tentatives de l’incorporer à ma vie sociale se soldaient par un échec. Cette fois-ci, il était de toutes les sorties. L’alcool l’a très vite dégoûté quand il était ado, et désormais, c’est lui qui tenait le bar. Ses côtes devenaient de plus en plus saillantes, tandis que sa cote auprès des filles augmentait en flèche.

C’était une beauté froide qui devenait incandescente. Mes amies en tombaient raides dingues. Comme ce fut son cas.

Son brusque changement de comportement m’inquiétait, alors que pour lui, la vie n’avait jamais été aussi belle. J’avais étudié la psychiatrie très brièvement dans ma formation. Je me refusais à lui coller un autre terme que « garçon dépressif qui va mieux ».

Un jour, je l’aperçus faire des mouvements gracieux avec ses mains. Si j’avais eu cinq ans, j’aurais dit qu’il dansait avec les fées. Il disait qu’il signait, qu’il apprenait le langage des signes et que je ne pouvais pas comprendre. J’avais l’impression qu’il me toisait des cieux et que je n’étais qu’un pauvre humain impie. J’aurais préféré signer avec lui.

Je ne reconnaissais plus mon frère.

La Lune ne doit pas faire de l’ombre au Soleil.

Ses yeux étaient encore plus clairs et ses pupilles plus dilatées que d’habitude. Alors l’expression « un regard de fou » prenait tout son sens.

Un soir, il ne rentra pas. Quand il revint, il raconta son périple et sa marche pieds nus à trois heures du matin dans la ville. Il attendait que le grillage s’ouvre par la force de sa pensée.

On lui proposa une sortie en famille. Il s’y attendait : ses serviteurs lui devaient allégeance. Il vit un bâtiment massif et blanc. Il devait y avoir erreur sur la destination.

Google Maps n’avait pas les clés du Paradis. Il comprit qu’il était devant un hôpital. Il commença à paniquer et à nous menacer. De quel droit osions-nous l’amener sans lui dire ?

Je suis allé discuter avec la docteure et j’ai vite compris quand elle m’a tendu un misérable bout de papier.

J’amenais mon propre frère dans un hôpital psychiatrique d’où il ne sortirait plus jamais le même. J’allais laisser une marque indélébile au stylo, telle une lame tranchante dans notre relation. Et pour ça, il m’en voudrait toujours.

Une hospitalisation sous contrainte. Sans son consentement.

Mais c’est moi qui signais sous contrainte, avec des larmes de sang.

Lucie

Vous autres – épisode 9

Vous autres revient par intermittences et continue au moins jusqu’en 2018 !

Vous avez manqué les premiers épisodes…

Le reporter avait réveillé quelque chose en moi de l’ordre de la honte, de la culpabilité et peut-être même du dégoût de moi-même. C’était vrai que je n’avais jamais réellement été utile à cette société, je vivais à se crochets et en plus la haïssais un peu quelque part. Mais il me semblait bien que d’être entretenu par un système d’aide sociale se payait autrement que financièrement. Déjà, il était clair que je vivotais, je n’étais pas bien riche. Mais en plus, s’exerçait sur moi un contrôle social, une forme de tutelle de mes faits et gestes qui m’était assez insupportable. Comme si, ces petites sommes d’argent versées chaque mois, me retiraient une part de ma liberté. Comme si, parce qu’on me donnait on s’octroyait des droits sur moi et sur ma façon de mener ma vie. Alors oui, pour les braves gens, tout somme d’argent a sa contrepartie, et c’est peut-être partiellement légitime. Mais il me semblait parfois que ce contrôle débordait un peu et qu’il envahissait de nombreux domaines de mon existence… Un peu comme avec les enfants… Les parents donnent trois sous d’argent de poche et s’octroient des droits incommensurables sur la vie de leur rejeton. Finalement, tout se paye, c’était clair. Ce qui n’est pas soldé par du travail se retrouve soldé par du pouvoir exercé sur celui qui reçoit la mendicité. J’avais parfois le sentiment d’être non pas ce qu’ils nomment un assisté, ni même un cas social, mais bien un sous-homme, qui parce qu’il ne peut subvenir à ses besoins par un travail, perd son statut d’individu libre et autonome. Comme si, parce que je ne travaillais pas, je n’étais plus un citoyen et qu’il fallait me faire payer ce retrait involontaire du système. J’avais une maladie, invalidante, handicapante, qui m’avait contraint dans les marges de la société. Et en plus, on me faisait payer humainement cet exclusion, cette marginalisation subie. Ils ne voulaient pas que je travaille, jamais ils n’auraient créé des conditions me permettant de faire quelque chose d’utile, mais en plus de ce refus de m’intégrer à une place que je pourrais tenir, ils me reprochaient de ne pas réussir dans des conditions pour moi impossible. Non seulement la société ne me faisait pas de place adaptée à ce que je suis mais en plus elle me condamnait pour incapacité à tenir dans un moule pas à ma forme. Ça me rappelait cette citation d’Einstein, sur le poisson rouge et l’intelligence. J’étais moi et on me demandait d’être quelqu’un d’autre pour être respecté et admis dans le sérail des gens convenables. Tout ça pourrait encore me révolter, mais j’y étais tellement accoutumé que ça m’attristait seulement. Je savais que notre monde ne changerait pas de mon vivant. Dans cette vie, on fabriquait des cases moulées, on formatait ensuite les enfants pour qu’ils puissent plus tard entrer au forceps ou non dans ces cases pré-moulées. Mais chez moi le formatage avait fait dérailler la machine. Et aucune case ne pouvait plus me correspondre. Je me retrouvais ad vitam aeternam dans la case prison du Monopoly. Pourtant, si l’on prenait le parti de dire que tous doivent être utiles et que l’on doit tirer bénéfice de chacun en construisant tous notre propre case à notre forme initiale, on en serait peut-être pas là. Le pire, c’est qu’aujourd’hui, je n’imagine pas le nombre de personne sans case disponible… De nombreux handicaps médicaux, sociaux, politiques, ethniques etc., font qu’aucune case ne correspond à une grande partie de la population.

Pour ma part, j’avais accepté d’être marginal subi, j’avais compris que ce monde ne voulait pas de moi. Ce n’était pas moi qui l’avait rejeté mais bien lui, et il me le reprochait. A l’usure, ce comportement du système m’avait fait admettre que j’étais biologiquement inadapté à cette folie furieuse du 21ème siècle, et la révolte que cette condamnation sociale sans procès avait générée m’avait rendu marginal par choix. Je ne voulais plus de ce monde. Alors oui, il ne voulait pas de moi, mais il m’avait trop écœuré pour que je puisse encore vouloir de lui. Du coup, j’étais marginal par choix et par contrainte, mais de fait je ne pouvais que l’être.

Demain, je serais peut-être ici, ou en prison, ou dans mon petit appart que dans sa grande bienveillance, ce monde qui me rejetait avait bien voulu me concéder moyennant une visite hebdomadaire d’un inspecteur de ma salubrité. Alors oui, j’admirais un peu cet ex-reporter de guerre, futur critique littéraire, parce qu’au fond peut-être avais-je encore un peu envie de faire partie de ce monde par moment.

Vous autres – épisode 8

Un nouvel épisode de « Vous autres » qui durera plus longtemps qu’un été !!!

Vous avez manqué les premiers épisodes…

 

Cela faisait maintenant plusieurs jours que la jeune fille avait tenté de se suicider avec mon rasoir. Depuis, elle s’était remise et il me semblait même que cette tentative d’en finir avait éveillé en elle comme une envie de s’en sortir. Cette mise au pied du mur avait peut-être, dans un sursaut de révolte et de colère, réanimé cet instinct de survie qui nous tient vivant. Je n’avais jamais réellement songé à me suicider, j’étais bien trop dépendant de la vie pour ça. J’y avais pensé, qui n’y a jamais pensé, mais je crois bien que cette pulsion irrépressible de ne pas mourir, de ne pas souffrir et de ne pas disparaitre, était bien plus forte que mon pseudo-désir d’absolu dans la matérialisation de la fin romantique de ma vie. Il parait qu’il y a une grande part d’égo dans la mise à mort de soi-même. Comme un dernier sursaut de moi sur terre, qui condamne les autres et nous glorifie au passage… C’était quand même un truc bien malsain de se tuer. Bien malsain et bien lâche. Car finalement, si l’on souffre de ce que le monde nous fait, c’est le monde qu’il faut tenter de tuer. C’est tellement plus facile de se tuer soi, être qui n’opposera aucune résistance plutôt que l’autre avec qui il va falloir engager un combat, qu’en ce sens le suicide c’est de la lâcheté et de la haine criée au monde. Finalement, je crois bien que l’adversité tue ou renforce. Moi, elle m’avait renforcé un peu, suffisamment pour rester en vie malgré tout ce qui avait pu s’y passer dans cette vie… Mais je ne préfère pas parler de moi, je ne le fais jamais, je fuis les psychiatres, les psychologues qui veulent me faire remuer cette merde qui me colle encore aux pieds. Si je parle, elle va me remonter le long des jambes et peu à peu atteindre mon cœur et mon esprit. Non, je ne dirais rien… Pour l’heure… Ces méditations matinales, un peu avant sept heures, se faisaient le ventre vide. Je n’avais dans mon placard que du café soluble, et des clopes. Donc je buvais ces nescafés tièdes et fumais clope sur clope jusqu’à huit heures trente : heure du petit déjeuner, meilleur moment de la journée. Je fus tiré de ma torpeur après probablement trois quart d’heures de cafés-clopes par mon ami, l’ancien reporter de guerre, qui venait glaner ce que je pouvais lui offrir. Les couloirs étaient encore sombres et déserts. Quelques patients hagards déambulaient. D’autres discutaient en attendant devant la porte du réfectoire avec plus d’une heure d’avance l’ouverture des portes.

  • Tu as un café ? Me lança le reporter de guerre.
  • Ouais, viens.

Il avait vite compris qu’on pouvait taxer des cafés ou des clopes aux autres lui. Ça faisait à peine deux semaines qu’il était là, et il avait toujours un truc à manger, des clopes, un truc à boire. Il savait y faire pour manquer de rien. J’acceptais quand même de le dépanner, c’est toujours un peu rude cette attente du petit déjeuner le ventre vide dans cet univers pas loin de l’hôtel du film Shinning. Le petit môme sur le vélo en moins.

  • Alors, quoi de neuf ? Lui demandais-je.
  • Ben, pas grand-chose. Ils vont surement me reprendre au journal. Mais plus sur le terrain. Je vais faire des critiques de livres. Je m’y connais un peu en livres d’actualité, pas en romans ni en poésie ni en essai, mais en bouquins de journalistes, ça va.
  • Ah, c’est bien. Tu seras peinard. Rétorquais-je, un peu admiratif mais faisant tout pour le cacher.
  • Oui, c’est bien. Et toi ? S’enquit-il à ma grande surprise.
  • Moi, je ne sais pas, tu sais ma vie, c’est l’hôpital, la prison et chez moi à rien faire de temps en temps. Tout ça successivement et dans le désordre… Quand je ressors je bouge plus. Pas de conneries, pas de taf, surtout rien faire, rester chez moi peinard et pas retomber. C’est ma seule préoccupation…
  • Ah, mais tu ne veux pas travailler ?
  • Je ne sais pas, j’ai jamais essayé… J’ai le sentiment que c’est pas pour moi, je suis pas comme vous, comme toi, comme tous ces gens. Ils sont bizarres. Et ils veulent pas de moi.

Vous autres – épisode 7

Embarquez chaque vendredi avec Agathe pour le feuilleton : « Vous autres ».

Vous avez manqué les premiers épisodes?

J’avais quitté la salle de télévision finalement assez rapidement, histoire de faire une petite sieste. Enfin, une sieste du matin, de toute façon, je n’avais rien de mieux à faire. En retournant vers ma chambre, je croisais un infirmier et deux infirmières qui couraient vers la chambre de la petite nana à qui j’avais prêté le rasoir pour se faire belle. Je les suivais du regard, ils paraissaient affolés, je me mis à les suivre de loin. Devant la chambre trois ou quatre patients restaient là, un peu hagards. Ils fixaient la porte d’entrée de la chambre de la petite nana… Une porte close dans laquelle s’engouffrèrent rapidement les infirmiers. Je m’approchais des trois patients hagards :

  • Qu’est-ce qui se passe ? Demandais-je à la cantonade mais sur un ton un peu désabusé et sans trop d’espoir de réponse.
  • Oh, ben je crois qu’elle a essayé de suicider la petite. Me répondit la vieille femme avec qui j’avais mangé la dernière fois, avec l’ancien reporter de guerre.
  • Ah bon ? Mais comment ? Demandais-je me sentant déjà coupable par le prêt de rasoir de l’autre jour…
  • Elle s’est ouvert les veines. Juste là, tout à l’heure. Me répondit-elle encore.

Heureusement, elle avait fait ça en pleine journée quand quelqu’un peut se rendre compte de ce qu’elle fait. Si elle avait tenté ça cette nuit, j’étais bon pour avoir une morte sur la conscience. Ne sachant trop comment réagir, je décidais de quitter les lieux. De peur aussi qu’elle me désigne comme le prêteur fautif du fameux rasoir… Drôle comme cette possibilité d’être inquiété et accusé m’avait passé toute compassion et tout élan de sollicitude envers la jeune fille. L’empathie devait avoir pour limite la mise en cause de son propre sort. Je filais discrètement vers ma chambre.

Je refermais la porte derrière moi, que personne ne vienne surtout, et surtout que personne ne sache pour ce foutu rasoir ! J’ouvrais mon placard pour me préparer un café soluble à l’eau chaude du robinet. Il n’était pas bien chaud mais bon… J’avais réussi à glaner un peu de clopes et d’argent à mon frangin, ce qui me permettait de vivre dans un pseudo-luxe pour un lieu comme celui-là.

Après ce pseudo-café, je m’allongeais sur le lit et fixais le plafond triste. Je n’avais que peu de chances d’avoir des problèmes pour le rasoir quand bien même la petite aurait parlé… Nous nous trouvions dans un lieu où la justice n’avait que peu de place… Une sorte d’espace de non-droit où les pauvres victimes n’avaient aucunes chances de voir leurs tords être entendus. J’aurais dû me douter, j’aurais pu me douter, j’aurais pu le faire exprès. Mais qui aurait cru cette nana à la conscience dérangée, peut-être même paranoïaque. Qui aurait pu croire un instant ses dires… La psychiatrisation a ceci de particulier qu’elle décrédibilise les mots que l’on peut mettre sur soi, sur sa vie et ses expériences. Tout ce que l’on peut prononcer devient sujet à caution. Pour qui est sain d’esprit à tous moments (si cela existe…), cette situation met en colère, elle révolte et donne envie de prouver. Pour qui doute de son esprit, cela signe la fin du minimum de confiance en sa conscience et en soi nécessaire à la constitution de soi comme sujet autonome. C’est le début de la fin de soi-même comme être humain. C’est le début de soi-même comme être vivant ou survivant….

Bref, quoi qu’elle dise et à moins que je n’avoue (ce qui serait encore sujet à caution… je pourrais être délirant), rien ne sera fait contre moi pour lui avoir donné ce rasoir. Je sais que je l’ai fait de bonne foi, que je n’imaginais pas l’usage qu’elle voulait en faire. Mais qu’en savent-ils. Si j’avais connu sa tentation suicidaire, si j’avais voulu (pour le fun) l’alimenter et en faire un spectacle pour moi, je n’aurais pas agi autrement. Mais devant le doute, au lieu de comprendre ou même de juger, ils vont s’abstenir. Ils vont me laisser en paix, et elle à demi-morte. Comme si par le fait d’être hors de la raison, le fou était considéré comme hors des droits de l’homme, hors de la justice et de ce que l’on peut raisonnablement attendre d’une société « démocratique ».

Vous autres – épisode 6

Embarquez chaque vendredi avec Agathe pour le feuilleton : « Vous autres ».

Vous avez manqué les premiers épisodes?

Episode 6

J’arrivais enfin à mon lit, qui m’attendait, que j’attendais. Ces neuroleptiques donnés à haute dose me fatiguaient beaucoup, si bien que je me demandais par instants si je ne ressemblais pas à ceux qui traînent ça et là, tels des humains usagés d’une société trop violente…

Il arrivait même parfois que leurs regards creux et vide d’expression me glacent le sang. Mais peut-être avais-je le même. La lourdeur de leurs pas. Les tâches de bave et de bouffe sur les vêtements. L’odeur pesante de corps médicamentés. Tout ça commençait à me faire horreur.

J’avais du dégoût pour des êtres auxquels je ressemblais peut-être…

Finalement me retrouver ici me salissait. Ça cassait le peu de positif que j’avais pu entrevoir sur moi à l’extérieur. Ce « lieu de soins » me paraissait plus proche des lieux de privation de liberté – qu’il était – que des hôpitaux somatiques qui, sans être accueillant, maintenaient le minimum de respect pour la dignité humaine nécessaire à aller mieux.

Non, ici les murs transpiraient le carcéral, la population elle, relevait de la misère humaine. On n’était peut-être pas si loin de l’hôpital général que décrivait Foucault finalement. Se mêlaient les pauvres, les SDF, les anciens ou futurs détenus, les malades somatiques traumatisés par leur pathologie, et certains qui n’étaient « que » malades psychiques mais finalement si peu…

Il m’apparaissait que se stockaient là, tous les échecs des sociétés disciplinaires et néolibérales. Tous ceux que ce système n’avait pas réussi à formater, pas réussi à couler dans le moule de l’individu capitalistique. Biologiquement inadaptés à la violence de cette société qui fabrique des individus à la chaîne plus qu’elle ne les laisse se créer eux-mêmes.

Concentré des déviances de ce monde, l’hôpital psychiatrique renforçait cette inadaptation à la société malade et on était bien loin du soin et beaucoup plus près du maintien « en dehors » de ce monde qui avait échoué à nous fabriquer.

Ces pensées tristes et mortifères tournoyaient dans mon esprit tandis que je restais dans mon lit, elles ne me quittaient pas et me faisaient plus de mal que de bien malgré leur caractère de vérité. J’allais donc faire un tour. Pour oublier.

La salle de la télévision n’était pas bien loin de ma chambre. Sur le meuble bancal trônait l’icône de générations de patients de cet hôpital. Le petit écran. Ce matin, c’était le défilé du 14 juillet. Du coup, plusieurs patients étaient là accrochés à ce bout de « monde extérieur ».

Comme pour se réintégrer à leur société, sans être vus, ils regardaient toujours les cérémonies officielles comme celle-là. C’est vrai que malgré l’enfermement, l’exclusion, la pauvreté, le rejet que manifestaient à notre égard les services publics, les soignants, les éventuels employeurs et collègues, et les autres en général, regarder une grand-messe de ce genre renvoyait à la collectivité. On avait le sentiment illusoire d’en faire partie le temps d’une retransmission foireuse où les grands de ce monde nous faisaient l’honneur de nous laisser les voir, pour nous faire croire l’espace d’un instant que nous étions de leur monde.

Mais quelle traîtrise ! Ce petit écran, adorable, gentil, dernier lien vers cette usine à individus réifiés dont nous sommes les rebuts, il nous lamine. Il ne parle que très peu de nous. Rarement un reportage sur un entreprise d’insertion d’handicapé psy à Trifouillis, plus souvent un épisode d’Esprit criminel avec un schizophrène tueur insatiable de jeunes blondes aux quatre coins de l’Amérique…

Impression trompeuse d’être de ceux qui ne sont ni à Trifouillis, ni dans le Kansas, mais d’être de ceux qui sont dans cette société. La télévision a ce don de faire croire que vous êtes dans le société quand elle ne parle pas ou peu de vous. Elle vous relie à elle, vous la donne à voir et vous fait croire que vous y êtes bienvenus. Mais tout cela n’est que rêve…

En réalité, lorsque le monde parle de nous, ce qu’il fait rarement, c’est par pitié ou par voyeurisme. Pour faire fantasmer les individus réifiés sur ce monde hors-normes où je patauge chaque jour.

Ce matin, c’est le défilé. Ils sont huit dans la salle télé à rêver qu’un jour ils seront dans cette société que la télé leur promet. Ce soir ce sera Fort Boyard, et l’épreuve de l’Asile, qui va leur rappeler que finalement on rit bien avec nous, nos malheurs, avec ce que ce monde nous fait, nous les inréifiables !

Retrouvez-moi sur erreur-système.fr

Vous autres – épisode 5

Embarquez chaque vendredi avec Agathe pour le feuilleton : « Vous autres ».

Vous avez manqué les premiers épisodes?

Episode 5

Ce journaliste reporter de guerre vivait mal ce qu’il percevait comme une déchéance. Pourtant, il avait de la chance. Les stress post-traumatiques c’est relativement bien vu dans la société. Pas de folie de la personne concernée, non c’est le monde qui a été fou… Et en fait, c’était plus facile à dire, et ça se justifiait de soi-même. Une psychose sans événement traumatisant, sans cause, sans explication, c’était toujours de la faute de celui qui la développait, non du monde qui l’entoure. A bien y réfléchir et après avoir rencontré tant de gens dans ces hôpitaux psychiatriques, il me semblait qu’il s’agissait toujours d’un syndrome post-traumatique. On n’était jamais là sans raison extérieures à nous… Peut-être qu’on était juste biologiquement inadapté à ce monde et à la vie qu’il nous imposait de mener. Mais pour le coup, la guerre ça retirait toute la culpabilité de ne pas avoir été assez fort, assez solide. En tous les cas, à mon sens.

Mais lui, ça semblait le renvoyer quand même à son incapacité, à une pseudo-faiblesse de ne pas avoir fait face comme les autres, ses collègues. J’avais un peu de mal à comprendre pourquoi, moi qui n’avait subi « que » des violences psychologiques.

Mes collègues, ils ont réussi à tenir. Ils ne sont pas fous eux. Me disait-il. Ils n’ont pas perdu pied comme moi.

Ben, je sais pas, peut-être qu’ils sont moins sensible à ce qui se passe autour d’eux. Tu devais voir et percevoir des choses qui les dépassent…

Oui, peut-être.

C’est pour ça que tu étais bon, je pense. Mais tu sais, c’est pas normal d’être adapté à ce monde, de s’être créé une carapace, je trouve. Les gens, ils se créent un personnage et ils le jouent tellement qu’au fond, ils ne sont plus personne. C’est pas la vie ça ! C’est la mort de soi-même pour un rôle de théâtre ! Lui disais-je pour le rassurer, y croyant moi-même à moitié.

Peut-être… Mais bon. Moi, je ne suis plus rien maintenant. Se lamentait-il.

Non, tu n’es pas plus rien. Tu es au début du chemin pour être toi-même malgré le monde dans lequel on vit qui veut te dire qui tu es. Qui tu es, c’est à toi de le choisir pas aux autres !

Mais on est ce qu’on fait, et là je fais malade dans un hôpital psychiatrique pour l’instant !

Non, non, on est autre chose que ça, et puis tu vas sortir. Va falloir te créer ta nouvelle vie. Et dans cette nouvelle vie faut admettre que tu es plus sensible et que du coup, tu vois des choses que d’autres, enfermés dans leur ego, n’imaginent même pas.

Mouais…

Il se leva du lit. Il voulait fuir ce débat, je le sentais. Du coup, je n’insistais pas. Puis, après un silence un peu pesant, je quittais sa chambre non sans un sentiment d’échec. Mais il n’était pas possible d’ouvrir les yeux pour les autres. Et peut-être était-ce trop tôt, il était encore sous le choc d’être arrivé là. Moi, finalement, me disais-je en déambulant dans les couloirs, j’avais eu la chance de n’avoir que très peu connu la vie des gens normaux. Du coup, je ne devais pas me remettre d’un passé sur lequel je me serais retrouvé contraint de tirer un trait. C’était un peu comme les toxicos qui se réveillent après 25 ans de dépendance. Ils réalisent le temps perdu. Après 25 ans de malheur, ils se réveillent sans rien mais avec des portes ouvertes à nouveau. Lui, c’était le mécanisme inverse. Il avait 25 ans de bonheur et il se réveillait sans plus rien et s’acharnait à fermer toutes les portes devant lui.

Je l’aimais bien ce type…

En continuant mon chemin jusqu’à ma chambre, je tombais nez à nez avec une petite jeune fille toute maigrichonne, probablement une anorexique. Elle me demanda un rasoir pour s’épiler… Sans trop réfléchir, et pensant à une volonté de se faire belle, j’acceptais. Je lui ramenais ça dans le couloir. Elle me remercia en s’enfuyant à moitié… J’eu alors une drôle de sensation, mais bon, je repartais dormir un peu.

Retrouvez-moi sur erreur-systeme.fr

Vous autres – épisode 4

Embarquez chaque vendredi avec Agathe pour le feuilleton : « Vous autres ».

Vous avez manqué les premiers épisodes?

Episode 4

Le repas s’était terminé en silence, l’histoire de cet homme m’avait renvoyé à mes propres échecs. Il
en allait de même pour cette pauvre femme dont j’ignorais le nom. Mais au fond, ici, nous n’avions
plus réellement de nom ni même d’identité. A quoi bon demander un état civil que l’on nous avait
tacitement retiré.

Après tout ça, je m’étais dirigé vers les machines à café. Une file incommensurable
de gens se tenait entre la machine et moi. J’hésitais entre patienter là vingt minutes et revenir plus
tard. Le temps que je pose ces quelques questions, apparu le reporter de guerre. Toujours aussi
déconfit. Peut-être même encore un peu plus du fait de ces aveux que je lui avais bien
involontairement soutirés. Je me sentais un peu mal à l’aise de l’avoir mis dans cette situation et
indirectement cet état. Il ne me voyait pas. Il errait plus qu’il se dirigeait vers les machines. Voulant
rattraper le coup, je me dirigeais vers lui.

Vous venez prendre un café ? Lui demandais-je avec une fausse innocence.
Oui, mais j’en ai dans ma chambre. C’est de la chicorée avec l’eau tiède, mais bon. Il ne faut
pas attendre une demi-heure pour l’avoir. Tu veux venir en prendre une avec moi ? Me
répondit-il.
Oui, ok. Merci. Lui répondis-je assez content de ne pas avoir à me contraindre à cette attente
dans ce couloir glauque avec ces patients qui pour certains sentaient une drôle d’odeur,
mélange de crasse et de transpiration médicamenteuse.
Je suis au troisième secteur. Et toi ? Me dit-il d’un ton morne.
Moi aussi. On doit être voisin. Répondis-je en tentant de mettre un peu de joie dans mon
propos banalement évident.

Il ne me répondit pas et commença à se diriger vers les escaliers. Je lui emboîtais le pas. J’avais peut-
être trouvé quelqu’un pour m’assurer mon minimum vital en café et en clopes… Dans l’attente d’une
réponse de mon frère, c’était devenu un besoin critique pour moi. Mon frère répondait de plus en plus
tard à mes appels. A la première hospitalisation, il était là le lendemain de mon arrivée. A la deuxième,
il était venu trois jours plus tard. A présent, il venait quand il n’avait vraiment que ça à faire. Enfin, c’est
ce qu’il me semblait.

Alors oui, il avait un travail. Mais pas si prenant que ça. Pas de famille, il était plus
jeune que moi et ne parvenait pas à se fixer. Il avait trente et un ans maintenant. Mais j’avais bien le
sentiment que comme moi, il finirait ses jours seuls. Notre génération était un peu maudite à cet égard.
Il me semblait que plus personne ne voulait s’embarrasser des problèmes des autres dans une relation.
Et en fait, moi, j’avais mon problème d’être un peu fou. Et mon frère, depuis la mort de nos parents, il
m’avait moi comme problème. Aucune fille n’acceptait ce type de casseroles en 2017…

Le reporter de guerre entrait dans sa chambre. Je l’avais suivi.

Vas-y installe toi. Me dit-il.

Je m’asseyais alors sur son lit. Il ouvrait son armoire à verrou, la même que la mienne. Il sortit un pot
de chicorée soluble. Tout le monde buvait de la chicorée ici. Le café ça énerve et avec l’enfermement
ça peut rendre barjo ou faire faire des conneries. Ça empêche de dormir pour oublier ou fuir aussi. Il
avait des gobelets en plastique récupérés de la machine à café du rez-de-chaussée. Il en prit deux et
mis au fond quelques cuillères de chicorée. Puis, il se dirigea vers la salle de bain où il remplit les
gobelets d’eau chaude ou plutôt un peu plus que tiède.

Tu veux un sucre ? Me lança-t-il sans me regarder.
Non, non, ça va merci. Répondis-je.
Moi non plus. Tant mieux, déjà que je suis gros maintenant…. C’est ces médicaments, ça me
rend obèse, je commence à en avoir ma claque. Même si je retourne au journal, ils ne me
reconnaîtront même pas mes collègues…

 

Retrouvez-moi sur erreur-systeme.fr

Vous autres – épisode 3

Embarquez chaque vendredi avec Agathe pour le feuilleton : « Vous autres ».

Vous avez manqué les premiers épisodes?

Episode 3

Le réfectoire ouvrait, chacun entrait à petits pas, dans une file désordonnée mais calme. Seul un jeune
homme criait, il devait être autiste… J’entrais à mon tour et devant le spectacle de ces hommes et de
ces femmes, hagards pour certains, excités pour d’autres, je m’installais à une table de personnes
calmes. Là où se trouvaient ceux qui discutaient devant tout à l’heure. Je n’entamais pas tout de suite
la conversation, les écoutait pour savoir un peu avant à qui j’avais affaire. La femme était petite et très
ronde, assez propre. L’homme lui était rond lui aussi mais plus grand, bien plus grand. Blond aux
cheveux courts mais trop longs, il était quant à lui un peu sale mais semblait avoir toute sa tête. Ils
parlaient peu, échangeaient des banalités. Cette femme devait avoir au moins cinquante ans, lui un
peu moins. Elle me semblait être une de ces éternels patients psychiatrisés jusqu’au bout des ongles.
Elle avait dû connaitre plusieurs hôpitaux de jours, SAVS etc. Et elle avait sûrement vu passer sous ses
yeux plusieurs générations de psychiatres, de médicaments, une véritable anthologie vivante de la
psychiatrie française…

C’est Snarkovski qui a été élu ! Cria un type au fond de la salle en enlevant sa casquette Sergio
Tacchini et en la baissant en signe d’adoubement.
Y en a qui ne vont vraiment pas bien. Dit l’homme à côté de moi à la femme psychiatrisée.
Oui, c’est normal. Répondit-elle, en se replongeant dans son assiette de crudités. Mais c’est
Sarkozy par Snarkovski, et puis ça fait longtemps qu’il est plus président…
Je n’étais pas en France quand il a été élu. Dit l’homme. J’étais encore en Afghanistan…
Vous étiez militaire ? Lui demandais-je alors pour entamer la conversation et en savoir plus,
car finalement il m’intriguait avec sa dernière phrase.
Non, journaliste. Reporter de guerre. Me dit-il. C’est pour ça que je suis là. Puis, il baissa la tête
dans un mouvement un peu honteux mais surtout triste.
Ah ! Fit la femme. Moi, je n’ai pas travaillé. Presque jamais…

Les cantines du plat arrivèrent coupant court à cette conversation qui m’étonnait par sa normalité.
Même si chacun n’avait parlé que de soi, comme d’habitude, on aurait pu voir cet échange à l’extérieur
et ça m’avait fait du bien un peu de cohérence dans ce monde de folie exacerbée. Ils n’avaient parlé
que d’eux sans échanger vraiment, mais c’était logique. Il me semble que lorsque l’on est trop aux
prises avec sa souffrance intérieure et personnelle, rien ne peut réellement nous en faire sortir.
Comme si une bulle de malheur s’était formée autour de soi et que plus rien ne pouvait entrer ou
réellement sortir.

Vous faisiez un reportage en Afghanistan ? Demandais-je pour relancer une conversation.
Oui. Je l’ai fini. On l’a ramené au journal. Je faisais les photographies. J’en ai fait beaucoup des
conflits. Mais celui-là, il a eu raison de mon esprit. J’arrive plus à retourner sur le terrain, où
que ce soit. Stress post-traumatique, il parait. Moi, il me parait plus grand-chose, à part que
j’en rêve la nuit des morts, des enfants blessés, du sang sur la terre sèche et chaude. Délire de
persécution aussi ils ont dit ! Comme si c’était du délire de voir que ça peut arriver la guerre
ici aussi. Mais bon, la psychiatre est gentille, elle ne comprend rien mais elle est gentille.

Ne sachant trop que répondre à tout ça, je me tus. Finalement, ma petite psychose me paraissait bien
légère tout à coup… Indécente aussi à lui exposer face à sa tristesse. J’étais plus fou que lui, et j’en
avais bien moins de raisons. J’eu honte et me tus. La femme me prit mon assiette pour la ramener au
comptoir où il fallait les déposer. Le fromage et les desserts insipides arrivaient. Je mangeais avec aussi
la honte d’être là, impuissant, inactif, et goinfre… L’homme ne disait plus rien. La femme non plus. Il
me semblait qu’elle, ne ressentait pas la même chose que moi bien qu’étant dans le même cas. Elle,
elle s’était mise hors de la discussion. Elle avait arrêté d’écouter pour se préserver, se mettant hors du
jeu de la vie, elle ne souffrait plus la comparaison.

 

Retrouvez-moi sur erreur-systeme.fr

Vous autres – épisode 2

Embarquez chaque vendredi avec Agathe pour le feuilleton : « Vous autres ».

agathe martin

Vous avez manqué le premier épisode?

Episode 2

C’était la cinquième fois que j’entrais dans ces lieux inhospitaliers, clos et sales. Il devait maintenant être 11 heures du matin. Du moins, c’était ce qu’indiquait l’horloge quasiment illisible parce que trop noire de poussière de ce hall d’entrée. J’attendais là, qu’on m’emmène à ma chambre. Puis, il y aurait le repas. Puis, il y aurait l’attente de la pause cigarette. Puis, il y aurait la pause cigarette dans le « jardin ». Puis, il y aurait encore l’attente, mais l’attente de plus rien, celle qui dure tellement longtemps qu’on ne sait plus à quoi elle mène. Peut-être à rien finalement, car ce n’est plus de l’attente en fait. C’est devenu de la lassitude, de l’ennui profond. Continuer la lecture de « Vous autres – épisode 2 »

Vous autres – épisode 1

Embarquez chaque vendredi avec Agathe pour le feuilleton : « Vous autres ».

agathe martin

Episode 1

J’étais arrivé là comme on arrive en prison. Assis sur un strapontin d’une camionnette de police. Il faut croire que j’avais insulté des agents de la « force publique ». Enfin, c’est ce qu’ils avaient dit à un moment. Tout ça était assez flou encore dans mon esprit. Le fourgon me bringuebalait de gauche à droite, ou de droite à gauche, je ne sais pas bien…

Je n’avais pas de menottes. J’étais assis dans le sens de la marche, avec deux policiers autour de moi qui me regardaient, qui me scrutaient pour détecter tout signe de débordement. Je regardais au sol, mes baskets décrépites je crois. Il y avait du soleil, beaucoup de soleil ce jour-là. Et moi, je regardais par terre. Je me sentais comme un condamné dans un camion de transfèrement, d’une cellule à l’autre. Continuer la lecture de « Vous autres – épisode 1 »