« Schizophrénie, incompréhension et responsabilité pénale »

[starbox id=maladementale]

Bonjour,

toute analyse et réflexion, de ma part, sur la schizophrénie, sont issues de ma plongée en celle-ci, en premier lieu, et le vécu.

Lire, me documenter, collecter des données nécessitant ou faisant appel à la mémoire, la culture, les connaissances, complètent.

keridwen

Il me semble crucial d’aborder le sujet de la responsabilité d’une personne schizophrène, lors de délits, agressions, au vu des mécanismes qui engendrent ces comportements.

Je les exprime aujourd’hui, non sans chagrin, et grande inquiétude, puisque de plus en plus de psychotiques sont jugés responsables de leurs actes.

L’incompréhension vis-à-vis de nous, et nos comportements dits « insensés », peut aussi se concevoir.

Pendant mon délire psychotique, qui dura deux ans avant d’être freiné par les neuroleptiques, j’ai traversé chaque minute de ma vie, en état second, happée par une vie parallèle, qui avait immergé ma conscience dans ce si caractéristique : « hors réel » …

Dans ce monde autre, effectivement, nous entendons des voix, qui harcèlent, tortures, ordonnent. Les visions sont là, devant nos yeux. Ces sons, ces images, nous n’avons alors aucune raison de douter de leur réalité, car ils sont là, devant nous, en nous, ou accédant à notre ouïe.

 Je n’aborderai pas ici les raisons, l’origine, de ces hallucinations.

Mais je confirme, que dans ces états, nous avons un discernement altéré de la norme et du sens, puisque nous évoluons nous, dans nos normes.

Lors de mes délires, nul n’aurait pu me convaincre de leur absurdité, de leur irréalité, car à mes yeux ils étaient réels, concrets, et cohérents à ce « monde autre »…

Lorsque la voix, les voix, vous ordonnent d’agir comme ceci ou comme cela, vous ne pouvez pas aller contre. C’est absolument impensable, impossible. Nous obéissons, nous sommes soumis à l’ordre. C’est souvent aussi une injonction vécue comme divine, qui, si elle nous somme de voler, nous volons, d’agresser, nous agressons. De tuer, nous tuons, oui, cela peut aller jusque là, même si ces cas sont rares. Ils répondent néanmoins à la même approche.

Les juges, la loi, se demandent si, chez une personne en crise, le discernement est aboli.

Oui, il l’est.

Les voix, « les êtres de l’invisible », autour de moi, me donnaient des ordres, j’obtempérais. Des comportements destructeurs, comme m’ordonner de déchirer de l’argent, et le mettre à la poubelle. Il faut obéir.

Des personnes me remarquaient, lorsque j’allais en ville, car j’étais occupée à dialoguer intérieurement, avec ces interlocuteurs parasites, et envahissants.

Concernant les notions de bien et de mal, je me souviens qu’au début de ma psychose, un de mes neveux était un nourrisson, et je voyais, dans mon monde de psychose, des femmes autour de lui, qui voulaient lui nuire, l’enlever. Je pleurais, pleurais, en réel, car j’avais du chagrin que l’on fasse du mal à ce petit.

Ma sœur était là aussi, mais bien évidemment, elle ne pouvait rien voir de ce que moi je visualisais.

J’étais en plein délire, mais c’était du « mal » que l’on voulait faire à mon neveu. Par contre : ce fut un mal imaginé, dénué de sens.

Le discernement est aboli, dans ces crises.

Comment voulez-vous que la personne soit consciente d’avoir fait du mal ou du bien si elle fut guidée, si elle obéit, à une force démesurée et irrésistible ? Qui plus est faut-il voir cela uniquement en ces termes ? Elle a agi, et surtout elle a fait ce que les voix lui demandaient. La nécessité de passer à l’ acte quel qu’il soit, domine.

Lorsque j’ai déchiré ces billets de banque, dont je parle ci-dessus, et les ai jetés à la poubelle, je ne voulais pas, quel comble ! Jeter de l’argent ! Mais cela était un ordre, impératif, je devais l’exécuter, je le devais. Je suis passée à l’acte.

De plus, lorsque, dans les hallucinations de la personne, c’est « Dieu » qui exprime cette autorité, et que tout pouvoir lui est donné dans la relation à celui-ci, on s’y soumet. (La foi, « croire » en Dieu, je n’étais pas dans cette démarche du tout, avant le déclenchement de la psychose, et me révélais inculte en matière de religion.)

Donc soumettre ensuite à la personne qu’elle a fait du mal, est totalement hors de sa compréhension, non parce qu’elle est stupide, mais son acte a répondu à un appel, qui lui, dans sa psyché, était fondé.

D’autre part, des soignants estiment que mettre en prison, ou condamner juridiquement, est thérapeutique, et sert à responsabiliser l’auteur des délits.

C’est aussi de l’ordre de l’incohérence.

Une abolition de conscience, est intrinsèque à un fonctionnement différent des notions de bien et de mal, de responsabilité autre.

Et si la personne a l’ordre d’agresser, parce que les voix lui affirment qu’elle va ainsi sauver le monde, que cela fait partie de sa mission de vie ? Où se situe pour elle la responsabilité ?

Les situations intérieures psychiques, sont de cet ordre-là.

Le délire messianique, je l’ai traversé.

Aussi…

Malgré mon mince éclairage du divin, je me pris pour celle qui sauvera le monde..Rien n’aurait pu modifier cette pensée, les preuves sont de ci delà, glanées et emplissent le panier de la certitude d’une mission d’ordre sacré.

On se sent exalté, transporté, fière, de cette mission, et ce, à proportion égale à la honte suprême que l’on a de soi, au fond, réellement.

Le manque, le vide total, se laissent emplir d’un autre monde qui ne demande qu’à s’engouffrer, s’installe, et parasite. 

La psychose, est un enfer, et j’ai mis longtemps à illustrer ce vécu, cet état, par ce mot.

Si les schizophrènes hurlent, se tordent, s’isolent, prennent leur tête entre leur main, c’est pour que cela s’arrête, car ils subissent une réelle torture mentale, insoutenable. L’agressivité qui en découle, souvent envers soi, cherche à soulager les souffrances par une extériorisation, une expression, qui malheureusement peut mener au pire. Parce que la douleur doit cesser, et cesser vite, parfois violemment, car proportionnellement à la violence de l’horreur.

La prise de médicaments, bloque les crises violentes, peut soulager la douleur, mais en échange de mourir d’une autre façon, lentement, à soi-même. Les effets secondaires des molécules destinées à nous soulager, à éviter une auto agression, sont redoutables et maltraitent le corps, et l’esprit. L’issue peut être tout aussi fatale par les conséquences de la chimie. 

Un point me semble très important à aborder, et peut sembler complexe… ou absurde…

Une personne schizophrène sait, au fond d’elle même, qu’elle n’est pas malade mentale, et sait, aussi, combien est démesurée l’incompréhension que lui témoigne une grande partie du corps médical.

L’approche que l’on a de la schizophrénie, est faussée, parce que les réalités engagées dans le processus ne sont pas les mêmes, tout en étant de l’ordre de l’Humain malgré tout.

Le psychotique est coupé du Réel ? Oui, et le normal est coupé du Réel du psychotique.

Il se présente alors, pour la personne schizophrène, un état de chagrin, de prostration. Beaucoup d’entre nous, clamons, revendiquons, ou pressentons, que nous ne sommes pas malades. Une telle étiquette relève de l’absurde, et ajoute à notre angoisse, notre impuissance, et souvent nous renonçons à être compris,

Alors nous optons pour une soumission, une adhésion à une doctrine psychiatrique. Tout du moins: nous n’avons que ce recours.

La non-observance d’un traitement, vient des effets secondaires qui peuvent nous tuer à petit feu, mais aussi parce qu’au fond de nous, nous savons que ce ne sont pas les remèdes qu’il nous faut, et que l’incompréhension de notre vraie personne est totale.

Pourtant, autour de nous, dans l’invisible, les manifestations de ces « êtres » sont réelles, font mal, s’expriment par des remarques qui blessent au cœur, quand, quoi que nous fassions, comme gestes, hurlements, suppliques intériorisées, ou exprimées ouvertement par des gestes, ne font aucun effet sur ces agressions cruelles que nous sommes seuls à sentir.

La capacité de bloquer ces perceptions douloureuses, c’est cela qui est à forger, à « rééduquer ». Un traitement peut commencer le soin, mais sans abandon du traitement, il est impossible d’aller plus loin et de recouvrer une autonomie, une conscience.

Les personnes psychotiques, ont besoin de soins, d’écoute, et leurs actes délictueux se situent dans un contexte soit ignorant de leur mental et de leur psychologie, soit déshumanisant. Nous mettre en prison, nous juger, nous enfermer, nous condamne à la terreur dans la terreur.

Nous sommes cohérents avec nous-mêmes, lorsque nous sommes dans une crise, dans une soumission aux ordres, dans une phase hallucinatoire. Notre réel, est aussi réel à nos yeux que le réel des normaux l’est au leur. Tenter de nous expliquer ou de nous faire comprendre que nous sommes dans la faute, le mal, est du domaine de l’absurde. Cet inversement des réels, rend les condamnations insensées.

KERIDWEN

« Ma schizophrénie, génétique et stérilité »

[starbox id=maladementale]

Bonjour, je suis vraiment très heureuse que mon premier article intitulé : Ma schizophrénie, mon sevrage, ait autant été lu et partagé. Cela fait chaud au cœur dans ce combat titanesque : vivre la psychose.

Mon témoignage est celui d’une femme qui passa sa vie sous traitement alors que d’autres solutions, dont on commence un peu à parler, existent.

Pour moi, il est trop tard, j’ai 61 ans, mais que ma descente « aux enfers » puisse aider à en remonter un témoignage, oui, je le souhaite, et ainsi je reste en vie.

Je cite parfois la notion d’intangible, d’abstrait. Oui. J’aurai peut être la possibilité de développer davantage ces éléments essentiels, et au cœur même du sujet.

Je témoigne peut-être parfois maladroitement, mais tout mon vécu, mon ressenti, ont comme intention humaniste, de sortir de l’ornière, la façon de voir, de définir, de « traiter » (comme on traite de mauvaises herbes dans un jardin) la schizophrénie.

Je ne dis pas qu’il n’y a pas de colère, dans mes témoignages, et elle me semble légitime, mais il y a surtout aussi un vœu que des solutions autres soient trouvées, comprises. 

Pour ma part, le sevrage m’en fait voir la sortie, mais je suis vigilante, et si je sais me voir, c’est aussi parce que j’ai pris le risque de diminuer le traitement. Je suis devenue responsable de mon amélioration, et cette conscience, prémisse de guérison, ne se serait pas produite si j’étais restée soumise à la médecine qui, malgré son utilité, a ses limites, commet des erreurs. Ou refuse les remises en question.

Oui, la psychose, ce sont les douleurs, tortures, psychologiques (sons ou paroles allant jusque dans l’ultra-son donc l’insoutenable, les harcèlements, les ordres auxquels il nous est impossible de désobéir) qui peuvent faire hurler. Et sans cesse le regard de la société, prête à assommer de son œil noir l’ être qui n’entre pas dans le rang, ou qui se fait trop remarquer.

L’être qui souffre aussi.

L’entourage, même mu par le souhait ardent de bien faire, et aimant soit le frère, la sœur, l’enfant (mais « anormal ») cet entourage s’égare aussi par maladresse, par déni, et insulte parfois, délibérément, rejette ce fruit non-conforme aux calibres en vigueur, ce fruit sur lequel avaient été fondés tant d’espoirs, de projections d’ego, et qui s’avère avoir échoué dans sa forme

Un regard peut être un long langage, de rejet, malgré l’envie d’aimer.

Dans nos sociétés occidentales, modernes, le premier réflexe, devant un être perdu, exalté, ne répondant pas aux comportements lissés, appris, discrets, dits » cohérents » , est de faire appel systématiquement à la psychiatrie, donc aux médicaments, à la piqûre intrusive, voire à la force, la contention. Exista aussi la lobotomie. L’électrochoc.

Je poursuis volontiers, non sans amertume et tristesse (deux euphémismes), sur un terrain aussi très glissant, mais couramment emprunté de pied ferme : la stérilisation des malades mentaux, ou toute autre population présentant une « imperfection », ou une identité précise,

Lors de la Seconde Guerre mondiale, sous le régime nazi, les malades mentaux furent les premiers à être stérilisés, étant un poids lourd sur les épaules du pays désireux de ne compter que des êtres, des fruits, sains, beaux, vigoureux.

Puis l’assassinat, par les gaz.

Les gaz qui servirent à l’extermination des personnes juives, furent tout d’abord expérimentés sur les malades mentaux. Dont les schizophrènes.

Je suis une malade mentale, une schizophrène, qui aurait été stérilisée, gazée, car considérée, comme beaucoup de mes frères et sœurs schizophrènes, un coût, parce qu’inapte, imparfaite, tarée. On m’a déjà qualifiée plusieurs fois de « tarée », et autres poésies, qui suffisent à ne plus avoir envie de lutter, tant ils sont abjectes, et poussent vers la sortie.

Bien d’autres populations, qualifiées inférieures, furent stérilisées aussi, telles les Amérindiennes.

Stérilisées, par des médecins normaux.

Les politiques de luttes contre la pauvreté pratiquent et ont pratiqué ces méthodes, de stérilisation. Mais comment, déjà, ces pays ont-ils basculé vers cette pauvreté ?

Comment en est-on arrivés là ? Et jusqu’où va-t-on aller ? 

L’on m’a donné force antipsychotiques, pendant toute ma jeunesse et ma vie de femme. Je n’ai jamais été enceinte. Ces médicaments font efficacement effet contraceptif.

Je me suis documentée sur la composition, et les conséquences des substances contenues dans ces comprimés, que nous sommes obligés de prendre bien gentiment, à vie. Contester les décisions des spécialistes, de plus, est très mal toléré, la plupart du temps. 

Ces substances, bloquent, pour beaucoup, le processus de fécondation et entraînent donc une stérilité, ou un risque d’être stérile.

Ajoutons aussi que la molécule d’origine des antipsychotiques, est la Phénothiazine, composant des pesticides.

Le neuropsychiatre, qui m’a « traitée » en tout début de psychose, savait-il que ces traitements, à vie, allaient me rendre stérile, ou jouer sur ma fertilité ?  Ou ces molécules, nocives, risquaient-elles, elles, de rendre anormal un enfant ? Si oui, pourquoi ne pas en avoir parlé ? A-t-il été question de ce sujet avec ma famille ? Qui suis-je donc, ou que suis-je donc, pour avoir été ainsi mise hors circuit ?

Si j’avais demandé à être mère, désiré une grossesse, que m’aurait-on répondu ? 

Les molécules diminuent-elles l’envie de grossesse ? Ou désinhibent-t-elles ?

Mais si l’on avait pensé très fort que je pouvais avoir un enfant malade mentale, comme moi, j’aurais répondu : « Et alors ?! »

J’en suis une, où est le problème ? Je ne dois pas me reproduire pourquoi ? Afin de préserver la Terre ? Afin de la protéger contre la violence, ou le déséquilibre des malades mentaux comme moi ?

Les mots que vous lisez-là sous ma plume, sont-ils bel et bien ceux d’une dégénérée ?

Une Terre massacrée, oui, par des personnes normales !

Se rend-on compte, lorsqu’on cherche à tout prix une origine cérébrale ou génétique, à la schizophrénie, de ce qu’il se produirait, si l’on trouvait :« la -moindre -trace -de -peut -être -une -possibilité -que -sans -doute- au- vu- de,- un -fœtus -peut- développer -une -schizophrénie ,- mais -sans -en -être -certain ?, Il va se produire le rejet de cet enfant, et les avortements.

L’avortement est un droit, oui, et s’avère parfois vital, nécessaire.

Mais jusqu’où va-t-on aller, et se laisser conduire au nom de « preuves » d’anormalités, dans une société qui encourage aussi : la performance, le résultat, l’efficacité, le champion, le parfait, le rectiligne ?

La personne que je suis et qui est en tain de vous écrire, pseudo Keridwen, serait sans doute passée aux oubliettes, si un diagnostique existant de schizophrénie avait été détecté lors de la gestation. 

Mais il est vrai aussi que cette solution radicale, ne permettrait pas l’exploitation, longue en recherches, et la vente de nouvelles molécules. Et longue va être la recherche de la panacée qui « guérira » la schizophrénie, car cette panacée chimique n’existe pas.

Toute molécule colmatera, chronicisera, faussera, mais jamais rien de chimique ne conviendra.

Remettre en question la notion de réel, cela oui, fera avancer et nous aidera. Mais la chimie, jamais. Cette dernière détruira le cerveau, mais ne permettra aucune sortie de psychose. Au contraire, elle l’enfoncera.

La médication peut être un début de solution, mais ensuite, la parole, l’écoute, l’expulsion des poisons de la psyché… Oui… par les mots…

Cela existe déjà, et fait ses preuves, un procédé humain, naturel. Le dialogue.

Rassembler les pièces du puzzle éclaté, oui, est un dur labeur. Mais lorsqu’on y parvient et l’on en sort ; on discerne toutes les fausses routes prises, Qui mènent à un sacrifice de personnes schizophrènes aussi à venir, si rien ne change.

Un remarquable constat, à mes yeux, est l’acharnement des scientifiques, de vouloir absolument trouver une cause génétique, je me répète, à ce qui est une crise existentielle.

Des traces spécifiques sont, dit-on, repérées dans des cerveaux de schizophrènes, mais ce sont des conséquences, et les séquelles des traitements, lourds, que l’on détecte-là, et non les preuves d’une maladie qui aurait été là avant.

D’autre part, la schizophrénie, telle que je l’ai vécue intérieurement, au plus profond des crises, me plongeait surtout dans un état modifié de conscience, une transe. Tout comme dans un état de méditation, lequel est, certes plus paisible, mais de même nature à transformer le fonctionnement cérébral.

La « folle « comme on se plut parfois à me qualifier…

La folie, n’est-elle pas nécessaire à un équilibre ?

La Terre, et les personnes normales, survivraient-elles et tiendraient-elles debout sans les malades mentaux ?

La santé mentale coûte cher, est-il souvent émis !

Je suis désolée de vous coûter aussi cher, alors que ma tête penchée est aussi cohérente que notre planète, penchée aussi, et sans laquelle, lesquelles, personne ne serait en vie.

KERIDWEN

« Ma schizophrénie, mon sevrage »

Bonjour,

En 1981, suite à des manifestations qualifiées de « bizarres » par la science psychiatrique ( j’ai senti que l’on me touchait, alors que la personne à qui j’attribuais ce contact n’était pas présente), j’ai commencé à entendre des sons sourds, venus d’autour de moi, de l’invisible.

Ces hallucinations auditives se sont amplifiées, et sont venues s’ajouter des hallucinations visuelles, une paranoïa, un délire érotomaniaque.

Ce fut atroce de douleurs psychologiques.

Je précise que je ne prenais aucune substance, ou drogue.

En 1983 une personne de ma famille m’emmena au cabinet d’un neuropsychiatre, et à partir de cette visite, je pris des neuroleptiques, et fus suivie, par des spécialistes

Les neuroleptiques, puis antipsychotiques, n’ont jamais totalement supprimé les voix, les hallucinations. J’en ai pris beaucoup

Je ne savais pas que j’étais « malade mentale », ni schizophrène, je ne l’ai appris qu’en 2003, par déduction. Pourquoi ne m’a-t-on rien dit ?

Pourquoi me « traita »- t-on, d’emblée, chimiquement ?

A partir du moment où l’on m’a donné ces drogues, c’en fut terminé de mon cerveau, de mon intellectualité. La lumière s’est éteinte.

J’étais très fière de moi, car, disais-je, bien obéissante : « je prends bien mes médicaments »..

Oui, la psychose fut un ravage, et me tua, à 23 ans, avec ce déclenchement des voix. Mais auparavant, j’allais bien. J’étais un peu ermite,mais complexée physiquement car mesurant depuis très jeune 1, 80 m.

Ma personnalité, affirmée, fut mise à mal dès le plus jeune âge.

A mes yeux, ce sont des traumatismes d’enfant et d’adolescente, qui s’acharnèrent à me faire sombrer dans la folie, et non pas une origine cérébrale, qui aurait prédéterminé celle-ci. N’en déplaise au « Tout scientifique » qui ne jure que par les neurones. Je pourrais, en privé, vous disséquer comment et pourquoi je suis devenue psychotique, par des causes psychologiques

Donc, à partir de l’âge de 25 ans, en 1983, suite à la visite chez le neuropsychiatre, je sombrai dans l’oubli. Sous chimie. Finie, la vie. Fini, faire partir du normal. Normal qui mène, observe-t-on, à beaucoup de folie, de folies, pourtant.

Les guerres, les drames, sont commis par des gens « classés » normaux.

Le combat intérieur est en chaque être humain, et tant que la guerre sera de soi à soi, et non résolue intérieurement, aucune paix extérieure ne s’installera. Les guerres contre soi-même, sont l’origine de celles commises entre nations. Les personnes dites normales, qui se cherchent et qui cherchent, expriment et explosent leur guerre intérieure, en guerres.

Pourquoi donc jeter la pierre aux malades mentaux, tout autant dans une lutte, et une quête éperdues, mais ouvertes car leur psychisme est déchiqueté et leur inconscient étalé-là, devant leurs yeux exorbités, qui voient ce qui est caché aux normaux, et refoulé par ceux-ci, ce qui les sauve, eux, de la folie.

Comment comprendre, que les guerres soient qualifiées de norme, alors qu’un malade mental va, lui, être rejeté, et mis sous contrôle, en raison d’idées qualifiées d’excentriques. Quel est donc ce centre que tout le monde s’arrache ?

Je parviens désormais à réfléchir, et je le dois à mon sevrage médicamenteux qui a duré dix longues années. J’en suis à la dixième, et c’est vraiment encore très pénible.

J’ai observé, depuis le tout début de ce sevrage commencé en août 2009, une naissance de moi-même, car, sous camisole chimique, j’étais morte. Mais peu à peu, en diminuant les doses, je me découvrais être pensant, et réintégrais enfin, presque, mon statut d’humaine.

Je constatai, au fil des ans, au fur et à mesure de la suppression des molécules, que ces dernières avaient bloqué tout mon fonctionnement existentiel, tout. Avec le sevrage mon psychisme ouvrait enfin les vannes, et j’entendais sortir de ma tête, mais non en délire, des flots de mots, de paroles, caractéristiques de mes traumatismes, et de ma psyché. Enfin, enfin ! Tout ce que la camisole chimique avait camouflé par son action, était libéré.

Le travail de remises en question, que tout être fait ou a la possibilité de faire, n’avait pu être assumé, car freiné, empêché par ces antipsychotiques, donnés par ailleurs trop systématiquement, sans hésitations, sans recherche d’alternatives.

Un changement arrive, mais encore trop souvent, j’entends, que les personnes dans ma situation, doivent bien prendre leurs médicaments à vie car, est-il dit encore, à tort, nous sommes incurables. Ces affirmations sont discutables, et peuvent être prononcées par des personnes soignantes qui ne veulent pas revoir leur idées, car cela équivaudrait à contester tout ce qu’ils ont appris sur les bancs de la faculté, et considérer que leurs professeurs et leur savoir, ne …savaient pas si bien que cela. Ou pas assez.

Les antipsychotiques rendent chronique la psychose, qui disparaîtrait sans eux.

J’ai mis dix ans, à me sevrer, dix ans.

Déjà, pendant mes décennies sous antipsychotiques j’ai subi les conséquences de leurs effets secondaires.

Mais lorsqu’il s’est agi de subir les conséquences du sevrage, ce fut difficile, et cela continue, car des reliquats demeurent.

J’aimerais ajouter une chose, non des moindres,.. ; Vous n’aiderez pas les schizophrènes, ni ne trouverez les raisons de cette crise psychique, si vous ne vous situez pas dans une vision plus abstraite

La psychiatrie est trop cartésienne, et ne laisse aucune place à un intangible qui permettrait pourtant l’accès à un meilleur entendement de ce qui est, à mes yeux et aux yeux d’autres personnes non schizophrènes, non pas une maladie mentale, mais un chemin de vie, sorti d’un cadre posé comme la norme. Selon quels critères ?

Ces normes sont faussées par des jugements de valeur, qui ne tiennent pas compte de l’âme, de l’esprit, en tant que vecteurs d’un réel autre, mais tout aussi valable. Car un réel de schizophrène, coupé est-il dit, de celui des dits « normaux » est l’autre face de la médaille, donc fait partie de la médaille.

Mon psychisme éclata, effectivement. Mais les médicaments chimiques n’ont jamais, jamais recollé les morceaux du puzzle. C’est par mon sevrage de ces substances, que je réussis laborieusement à recoller les morceaux.

J’ai trouvé en la personne d’une médecin homéopathe, la compréhension, et l’aide au sevrage, puisque ce dernier, je le confirme, ne doit pas se faire du jour au lendemain et il faut être accompagné.

KERIDWEN

Je préfère croire en mon histoire

Retrouvez chaque dimanche un nouveau texte de Françoise.

Le diagnostic est posé : schizophrénie dysthymique ! Plus de 10 ans après les premiers symptômes !…

C’est à la naissance de ma fille, que tout à commencé réellement. Trop de bonheur d’un coup, je présume. Donner la Vie, mettre au monde. Ca a quelque chose de Divin !…

Beaucoup d’émotions à gérer, à canaliser. Pour moi, ce fut le début d’un long rêve éveillé.

Je suis restée presque trois semaines sans dormir ! Hospitalisée d’Office par le SAMU, j’ai du passer sept jours au CHD de Thonon-les- Bains. Toute une équipe de psychologues et de psychiatres s’est mobilisée autour de moi. On m’a donné des médicaments. Et c’est peu de temps après que j’ai terriblement souffert d’impatiences. Cette sensation unique et horrible, je n’ai pas su la décrire. Je ne soupçonnais même pas que ça puisse être un des effets secondaires du traitement. Alors, très vite, tout a basculé. Je ne supportais plus du tout ces sensations. Et puis, j’ai du croire que cette idylle, cette nouvelle vie de Maman, ne me correspondait plus. Je n’y arrivais pas… Je me suis sentie si mal que l’idée du pire s’est imposée à moi. Mettre fin à mes jours ! C’est ce que j’ai tenté de faire, à plusieurs reprises… Jusqu’à aller vraiment trop loin et cette fois ci, être internée en psychiatrie. Trois semaines.

L’enfer sur terre ! Je crois simplement que j’avais perdu la foi en ce qui m’animait vraiment jusque là…

J’ai toujours été intriguée par le Sens de la Vie. Pourquoi sommes-nous là ? A quoi rime tout cela ? On naît, on vit et on meurt, je n’y crois pas ! Je suis persuadée qu’il y a autre chose.

Quelque chose que le commun des mortels est amené à découvrir s’il se pose les bonnes questions, aux bons moments.

Seulement, il ne faut pas faire de faux pas.

Les miens sont sortis du terrain.

Je crois secrètement que je n’ai pas respecté certaines règles fondamentales et que c’est ce qui a causé ma perte. C’est pour moi le manque de sommeil qui a été à l’origine de cette terrible histoire qui fut la mienne. Voilà ce que je crois au plus profond de moi-même…

On me dit schizophrène.

Moi, je me dis souvent que j’ai défié la nature et qu’en ne dormant pas, j’ai eu accès à une autre réalité. C’est mon jardin secret. Ne pas croire à la folie pour pouvoir continuer à vivre. C’est ça qui m’aide.

Je suis peut-être dans le déni, la non-acceptation de ma maladie. Mais je préfère croire en mon histoire !

C’est à l’âge de quinze ans, que je vis le premier épisode de cette épopée. J’étais en première Littéraire et j’ai découvert la philosophie. Pour moi, tout part de là. S’interroger sur des sujets fondamentaux. Avancer avec l’idée qu’il peut y avoir d’autres vérités. Ça m’a interpellé !

Durant toute une semaine, j’ai vécu dans ma réalité. Celle de la négation du temps qui passe. J’ai perdu la notion de toutes choses. Je vivais au rythme de ce qui m’animait. Je ne mangeais que lorsque j’en avais envie et je ne dormais pour ainsi dire plus du tout. Plus rien ne me faisait peur. Je me sentais protégée, libre de toutes craintes.

Mais j’étais sans doute trop décalée, hors de la réalité. Mon entourage s’est beaucoup inquiété. Mes parents me croyaient sous l’emprise d’une drogue. Il n’en était rien. Je goûtais juste à une vie nouvelle. Une histoire m’était contée. J’étais au centre d’un scénario dont je ne connais toujours pas la fin…

Parce que, très vite, j’ai dû reprendre mes esprits. Cette vie n’était pas compatible avec le monde qui nous entoure.

Mais, j’ai grandi avec l’idée qu’à l’instar des chats, nous avons plusieurs existences sur terre.

Plusieurs vies durant lesquelles, on nous tend des perches, on reçoit des signes qui nous mènent ou ne nous mènent pas, à la vérité. Je reste persuadée qu’il y a une autre réalité. Un monde qui s’offre à nous si on se laisse guider. Depuis la nuit des temps, le monde en va ainsi…

Nous sommes tous là pour quelque chose ! Ça ne peut être autrement. Seulement, lorsque l’on touche à cette vérité, il faut pouvoir gérer. C’est là, la difficulté. Les sens sont bouleversés et tout est différent. Ce sont les bases mêmes de nos fondations qui sont ébranlées.

Je persiste et signe pour dire que le monde n’est pas tel qu’il nous apparaît. C’est ma philosophie, mon jardin secret.

Alors, à trop vouloir y croire, j’ai tout oublié. Je suis restée loin de ce jardin pendant presque dix ans. Ma vie n’était pas figée mais mon esprit, lui, était bouleversé. Je repensais souvent à cette réalité qui ne fut que mienne. Mais elle était désormais sous scellé. Les dieux voulaient sûrement me protéger…

Dix ans se sont écoulés sans que je n’y remette les pieds. Et puis, j’ai rencontré l’Amour.

Celui qui est aujourd’hui le père de mon unique enfant. Il m’a tout de suite permis de me décharger de mes peurs, mes angoisses. Sans rien demander en retour. Etre juste là, pour moi.

J’ai dû reprendre confiance et croire à nouveau en ce monde qui m’avait échappé. Les portes étaient blindées, mais je venais de retrouver la clef.

Un monde qui m’avait bien manqué ! Ses messages codés, ses signes très élaborés… Toute une réalité à ré apprivoiser. C’est l’essence même de mon existence, la raison de ma naissance. Toujours vivre pour aimer et suivre cette idée que les dieux ne peuvent nous lâcher tant que le dernier souffle n’est pas donné.

C’est au cours de ce second « voyage » que j’ai pris cette grande décision. Devenir mère !

Offrir un enfant à cet homme qui partageait ma vie depuis quelques temps. Il ne rêvait que de cela ! Et puis, dans le même temps, j’ai fait ma demande en mariage. Oui, c’est moi qui lui ai demandé sa main. Pas très courant… Je réalisais à ce moment précis, qu’il comptait vraiment dans ma vie. C’était mon sauveur, mon messie ! Je ne me voyais plus vivre sans lui.

A peine trois semaines après avoir pris la décision d’avoir un enfant, j’étais enceinte. Et là aussi, on a fait dans l’originalité puisque c’est lui qui me l’a annoncé ! J’étais au travail lorsqu’il est allé chercher les résultats de la prise de sang au laboratoire. Nous étions bénis des dieux !

Et pourtant, ma grossesse ne fut pas si merveilleuse. J’étais triste parfois, sans vraiment savoir pourquoi. Je sais que j’ai beaucoup culpabilisé car je portais ce bébé mais je n’arrivais pas à arrêter de fumer. Bien entendu, j’avais réduit ma consommation de tabac mais je ne suis pas parvenu à arrêter complètement. A huit mois de grossesse, j’ai participé au « Plan des 5 jours » organisé par l’hôpital de Thonon-les-Bains. Mais, les organisateurs m’ont conseillé de ne pas vraiment arrêter si c’était trop compliqué. Ce qu’il fallait, c’était surtout ne pas trop culpabiliser…

Et puis, un mois plus tard, le 10 juin 2006, elle est arrivée !

Le jour J, les premières contractions furent très douloureuses mais très vite, l’anesthésiste a pratiqué une péridurale et l’accouchement fut pour moi, un véritable bonheur !

C’était le début d’un rêve que je ne voulais quitter. Alors, comme je l’ai évoqué précédemment, j’ai cessé de dormir. J’avais trop peur de fermer les yeux ! Trop peur d’y croire un peu ! Pour moi, je crois que j’appréhendais la chute. Continuer à rester éveillée, c’était un gage de sûreté. Je ne pouvais risquer de m’éloigner un peu de cette réalité.

Trop de bonheur d’un coup ! Eh oui, il faut pouvoir gérer…

Le retour à la maison aurait pu tout apaiser, enfin je crois…

Mais, mes parents, qui n’habitaient pas la région, étaient venus pour la naissance de notre fille. Et ce soir là, leur petit chien, âgé de 17 ans, allait rendre l’âme. C’était un teckel qui m’avait vu grandir. Je devais avoir 7 ou 8 ans lorsqu’il est arrivé dans la famille. C’était le chien que j’avais tant aimé !

Ma maman, cette nuit là, m’a appelée, complètement bouleversée. Je suis arrivée dans leur maison de location pour les conduire chez le vétérinaire de garde. J’avais pris soin de le contacter et je savais où les amener. Mais, les images qui sont toujours trop bouleversantes pour moi. Son foie avait éclaté et il y avait du sang partout dans leur maison. Trop choquant pour une jeune maman !

Il fut piqué le lendemain matin.

J’ai essayé de me relever, tenté d’oublier.

J’ai continué de m’occuper de mon enfant. Un rôle épatant !

Mais ma santé s’est dégradée. A trop peu dormir, j’ai fini par craquer. Je me revois parfaitement le soir où tout à basculé. Une terrible crise d’angoisse que je n’ai pas su gérer.

J’ai composé le 15 et j’ai tenté d’expliquer au médecin ce qui se passait, sans vraiment le comprendre moi-même. Mais, la seule chose qu’il ait pu dire, c’est qu’il fallait que je rencontre un médecin le lendemain. Et c’est ce que je fis, avec mon mari. C’est un docteur épatant que nous sommes allés rencontrer. Il directement contacté les urgences.

Mais il a dû se battre pour mobiliser un véhicule du SAMU. Il a clairement dit qu’il ne me laisserait pas sortir de son cabinet sans leur intervention. Mon cas était trop grave !

Je crois que je ne soupçonnais pas les conséquences de tout cela.

La suite, vous la connaissez déjà…

Mais mon histoire ne s’arrête pas là. Après avoir traversé de nombreux moments difficiles, nous avons cherché la solution la mieux adaptée. Notre fille aurait peut-être été placée…

Je ne pouvais pas m’en occuper. Alors, il fallait parer au plus urgent. C’est à ce moment là que mes parents ont déménagé. Ils ont quitté la ville de La Tranche sur mer, en Vendée pour une maison plus grande à Luçon et très vite, l’idée de déménager pour les rejoindre s’est imposée. Ma maman a trouvé à nous loger. Elle a fait l’acquisition d’une seconde maison, que nous habitons toujours aujourd’hui. Ca nous a sauvés ! Cependant, en quittant la Haute-Savoie, j’ai décidé d’y laisser aussi mes problèmes et j’ai arrêté de me médicamenter.

Je voulais prendre un nouveau départ et tout oublier.

Six mois se sont écoulés avant la rechute. Fatale, évidemment !

Après avoir enfin trouvé un emploi, le job dont j’avais toujours rêvé, j’ai déraillé. Ça s’est très vite manifesté par des « bouffées délirantes », quelque chose d’effrayant !

Le jour où finalement, j’ai rencontré la psychiatre qui me suit actuellement, on a pu nommer ma maladie. Je repassais trois semaines en psychiatrie.

Une schizophrénie, voilà de quoi il s’agissait. Il m’a fallu du temps avant de l’accepter.

Accepter de souffrir d’une maladie mentale…

Avancer avec l’idée que plus rien ne sera comme avant. Et pourtant, j’y ai cru à nouveau. C’était comme un serment. Le monde est trop beau, la vérité s’invite avec acharnement.

J’y ai cru trop longtemps, trop distinctement. Il y a autre chose, c’est évident ! Mais vivre dans ce monde est peut-être utopique. Trop éloigné de cette plate réalité. Alors, j’ai accepté de me soigner. Admettre qu’il me faudrait prendre un traitement à vie.

Dompter cette étrange pathologie qui a fait de moi ce que je suis… Six ans après les débuts de la maladie, me voilà grandie. Riche de cette force qui est la mienne. Celle de toujours croire en mon histoire plutôt qu’en la maladie.

Françoise ETIENNE, décembre 2012

Toujours plus loin, toujours plus haut, toujours plus fort !

Belle devise pour le jeu télévisé FORT-BOYARD qui, depuis 1990, chasse le trésor avec générosité, en soutenant de magnifiques projets associatifs, tels Perce-Neige (association d’utilité publique fondée par LINO VENTURA, pour le soutien des personnes handicapées mentales, et de leurs familles), Le Refuge (contre l’isolement social des jeunes), et tant d’autres.

Oui mais…

En 1965, quand Lino Ventura lance, sur les écrans de l’ORTF, l’appel d’un père en détresse face au manque de moyens pour la prise en charge de Linda, son « enfant différent », c’est avec gravité et émotion…

On ne joue pas avec la souffrance, même pour déstigmatiser, on ne joue pas avec les clichés, même pour vulgariser.

L’ « asile »

« L’asile », c’est le nom de la nouvelle épreuve que l’’émission Fort-Boyard propose en saison 2017…
Innovation qui sera suivie par des millions de foyers, sur un créneau de grande audience familiale.

On ne joue pas avec la souffrance. On peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui, ni n’importe comment. Une camisole de force, une cellule capitonnée. Mais au fait, à quoi joue-t-on ?

Il faut savoir raison garder. Un combat, pas un jeu, mais un parcours médical particulier, beaucoup plus souvent dans le cadre d’une thérapie, avec des phases dépressives, des éclaircies, des aidants qui apprennent la vie autrement… et ne souhaitent assister à cette sombre dérision grotesque.

L’ « Asile », les clés, -bien sûr !-, l’enfermement du « monstre ancestral», celui qui déconcerte, celui qui dérange, sa dé-sociabilisation, quand tant de belles personnes œuvrent pour le contraire.

Alors c’est NON !

Au nom de nos enfants, au nom de leurs parents et proches, nous, association SCHIzo’Jeun’S, refusons cette caricature d’un univers psychiatrique encore trop méconnu en France.

A l’instar de l’UNAFAM*, nous exigeons le retrait de ce « programme divertissant ».

L’isolement, la contention, les soins intensifs, prodigués avec parcimonie en hôpital psychiatrique pour des patients, -et non plus en « asile » pour des fous,- n’en restent pas moins parfois nécessaires, pour contraindre les bouffées d’angoisses délirantes d’un malade éperdu et souvent suicidaire. Cette mesure de dernier recours renvoie le patient esseulé à sa psychose déchirante, obstacle déjà suffisamment traumatisant, sans que la télévision publique ne le souligne en prime !

En matière de psychiatrie, on évitera de surfer sur de vieux fantasmes anxiogènes, même avec la meilleure intention qui soit, au risque de les alimenter, et d’aviver des souffrances déjà si invalidantes…. Communiquer, plutôt que prétendre distribuer l’altruisme, c’est d’abord écouter. Tenter de comprendre l’autre, sans négliger ses interprétations personnelles, parfois très déstructurantes.

Quels experts avez-vous mandatés pour filtrer les messages transmis, et dans quels objectifs? De l’audimat, de la médiatisation, ou bien de l’aide réelle de près de 600 000 Français diagnostiqués schizophrènes, 1/10 touchés de près ou de loin par la maladie mentale, comme moi. Comme vous peut-être ?

Que dire du malade qui essouffle et craint de consulter ; de l’enfant qui doit se rendre en Unité Spécialisée pour y être médicamenté sous contrôle ; de celui à qui l’on propose une représentation grossière et terrifiante du lieu de soin de son parent…

Parler de la maladie mentale, OUI . En délicatesse et dans le respect des malades, OUI AUSSI !

Lever les tabous sur la psychiatrie, OUI, en relever d’autres, NON !

*L’Unafam : « À l’heure où les idées fausses sur la psychiatrie sont légion, comment lutter contre la stigmatisation avec un tel ‘divertissement’ sur une chaîne publique? Les médecins se battent pour que les jeunes soient pris en charge le plus précocement possible pour éviter des retards de diagnostic de 5 à 10 ans en moyenne actuellement. Comment convaincre un jeune de consulter avec une telle image de la psychiatrie? »

Marie-Luc Sechet Bodineau

Association SCHIzo’Jeun’S. Chateau-Gontier.
Membre du Collectif Schizophrénies.

L’enfermement en hôpital psy

Merci à Alexia Laroche Joubert, productrice de Fort Boyard, et à France 2 d’avoir ouvert la boîte de Pandore.

« Pour avoir vécu l’enfermement, l’isolement et même la contention,
Je pense être en mesure de dire
Que ce n’est pas un sujet qu’il faut porter en dérision.

Je ne regarde pas souvent l’émission,
Mais, habitant Luçon (Vendée), pas très loin de Fort Boyard,
J’ai déjà fait une croisière au départ de la Rochelle.
Je n’ai pas vu Olivier MINNE,
Et encore moins le Père Fouras,
Mais je suis sûre d’une chose, aujourd’hui :

Il faudrait tout simplement éteindre votre écran
Au moment de l’épreuve de la cellule capitonnée !

Visionner cette monstruosité,
C’est cautionner l’idée
Que l’on peut se permettre de jouer
Avec un sujet si grave !

L’isolement c’est loin d’être hilarant
Alors, si vous riez de ces épreuves
Mises en scène par un jeu télévisé
Sachez que vous êtes outrageants !

Qu’un véritable enfermement
Vous inciterait peut être à réfléchir
À la bêtise de vos occupations !

Si France 2 est une chaîne télévisée
Qui prétend respecter l’humain dans sa globalité,

Elle se doit de retirer de ses programmes
Ce jeu qui vire au drame ! »

Si je devais m’exprimer sur le sujet, je dirais ceci :

Je n’ai commis aucun crime, je ne suis pas agoraphobe et pourtant…
J’ai vécu l’enfermement, et même l’isolement !

Cinq jours durant, j’ai vécu l’isolement.
La psychiatrie, l’enfermement !
C’était en mai 2007,
C’était vraiment pas la fête !

Une crise aigüe, un délire inattendu.
Je souffrais déjà de ma schizophrénie,
Mais je ne me soignais plus !

Un jour, alors que ma fille allait souffler sa première bougie,
J’ai dû être hospitalisée de force, en HDT.
Il n’y avait pas d’autre issue, mon mari avait signé !

La violence de l’épisode aux urgences restera en moi, gravée !
C’est à un brancard qu’on a dû m’attacher !
Ils devaient être sept ou huit infirmiers,
Je me suis débattue, j’ai même frappé !

Mes forces étaient décuplées, le bras de mon époux a même été marqué
Il tenait notre fille dans ses bras, et je ne voulais pas les lâcher !
Lorsque j’ai dû céder et me résigner, j’ai été transférée dans l’ambulance des urgences,
En route pour la Roche-sur-Yon, les sirènes du véhicule rythmant la cadence…

Et puis, je crois que l’on ne m’a rien expliqué,
Je me souviens juste que j’ai été détachée,
J’ai marché jusqu’à la porte d’entrée,
De cet hôpital tant redouté !

Je me revois, errante, n’ayant personne pour me rassurer.
J’attendais mon mari, il devait suivre l’ambulance…

Perdue dans ce lieu trop effrayant
J’ai encore dû avoir peur des « blouses blanches »
Et, à nouveau, j’ai frappé, je voulais mon enfant,
Je voulais mon mari, je voulais quitter ce lieu en urgence !

Ils furent encore nombreux pour me maîtriser et m’attacher
M’attacher au lit et m’injecter leur produit !

Cependant, j’ai enfin pu dormir,
J’ai dormi sans répit 3 jours durant…
Jusqu’à mon réveil, je ne savais pas que j’étais en isolement
J’ai dû faire encore 2 jours, mais là sans dormir !

Le jour du premier anniversaire de mon unique enfant,
J’étais entre ces 4 murs, à imaginer sa journée
J’aurais tant aimé être à ses côtés !

Et puis, il y a eu un face à face avec moi-même,
J’avais un peu repris mes esprits,
Mais je n’ai toujours pas compris,
Certains principes de l’isolement, quand même !

C’est lorsque j’ai eu besoin de me rendre aux WC,
Que j’ai vraiment été indignée !
Pas de sanitaires et personne pour m’ouvrir cette maudite porte blindée,
C’est dans une poubelle que j’ai dû me soulager !

Désolée pour cette scène peu poétique mais même en prose, c’aurait pas été glamour !
L’enfermement, l’isolement, c’est déjà pas fantastique,
Mais faire vivre ça à une jeune femme, c’est vraiment pathétique !

Alors oui, j’veux bien croire que, médicalement, l’enfermement s’explique
Ils ont probablement raison de choisir cette option lorsque c’est nécessaire,
Cependant, il faudrait mettre des mots, expliquer au patient,
Pourquoi et comment va se dérouler ce moment…

Car on n’oublie jamais vraiment,
Ça reste gravé, bien longtemps !

Françoise ETIENNE, le 21 avril 2017

Présidente de l’Association Schiz’osent écrire

#DisMaman c’est quoi un schizo?

On lance une campagne virale pour changer les regards sur la schizophrénie, sur une suggestion de l’association Schizo?…Oui! A vos partages!

schizo dédoublement

Continuer la lecture de « #DisMaman c’est quoi un schizo? »

Jeune, sympa et schizophrène

Jeune, sympa et schizophrène, une création de Claire Hauter (janvier 2007)

Chaleureuse, cultivée, marrante, Agathe a 27 ans et souffre de délires schizophrènes. Lors de son rendez-vous chez le psy, elle raconte les voix dans sa tête, mais aussi ses lectures et sa vie ‘normale’. Agathe nous ressemble. Une série documentaire sur l’ordinaire de la folie.

« Vivre sans traitement » [Alain Karinthi]

« Petit témoignage concernant le traitement obligatoire et à vie quand on porte un trouble psychique sévère, schizophrénie, bipolarité de type 1 (ou maniaco-dépression) et sur la question de la rémission ou du rétablissement :

Peut on vivre une rémission totale de ces troubles?

rémission en santé mentale

Ces personnes, dont je suis, vivent une rémission avec une vigilance à maintenir, oui, mais alors cette rémission est-elle une rémission partielle?

Non, nous vivons une rémission tout court…

Une vigilance à maintenir oui, mais comporte-t-elle forcément un traitement médicamenteux psychotrope puissant? NON!

Je suis étonné de voir à quel point la question de l’obligation de la médication, et même de la médication à vie, est tranchée de façon nette par la positive… Et par une écrasante majorité des soignants et des proches… Continuer la lecture de « « Vivre sans traitement » [Alain Karinthi] »