“Par nos propres moyens” [Judi Chamberlin]

Alternatives au système psychiatrique contrôlées par les patients.

Traduction d’Antonin Cortot du livre : On Our Own: Patient-Controlled Alternatives to the Mental Health System (1978).

Judi Chamberlin (1944-2010) était une militante américaine du mouvement des survivants de la psychiatrie. Son activisme politique était le fruit de sa révolte contre l’institution psychiatrique, à la suite d’une hospitalisation contrainte dans un établissement psychiatrique dans les années 1960.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Judi_Chamberlin

Portrait d’Elodith

Comme Elodith, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires ?

D’abord une personne qui me tire vers le haut, ma fille, Judith.

C’est une belle personne pour laquelle j’ai beaucoup d’admiration. Sa vie n’est pas forcément simple avec un père absent depuis qu’elle est toute petite et une maman présente, trop ? Mais qui ne sera jamais ses deux parents.

En tout cas, je suis toujours là et toujours du mieux possible malgré le chaos que provoque parfois la bipolarité dans notre quotidien.

Ce que j’admire en elle, c’est sa volonté d’avancer, de comprendre pour dépasser les obstacles intelligemment. Elle se questionne beaucoup mais ses questions à propos de ce qu’elle ressent sont constructives, elle semble déjà bien se connaître ce qui, je trouve n’est pas donné à tout le monde.

Ce à quoi j’aspire ?… Un peu de sérénité. Pouvoir lâcher de temps en temps la vigilance et savoir me dire, « pas d’inquiétude, relax ».

Et aussi avoir un meilleur sommeil, c’est tellement important pour éviter que tout s’emballe.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes ?

Je suis bibliothécaire.

J’aime ce métier car il est varié selon l’endroit où on l’exerce, bibliothèque universitaire ou bibliothèque municipale de grandes villes ou rurales… Selon les personnes qui la fréquentent, selon les demandes formulées. Les possibilités sont grandes de proposer une offre culturelle variée et d’être à l’écoute des demandes.

La relation avec les usagers est sans doute ce que j’apprécie le plus avec bien sûr ce rapport étroit au livre et aux connaissances.

Que penses-tu du monde de la santé mentale ?

C’est très compliqué. Dans le sens où, quand on parle de santé mentale cela présuppose déjà que cela ne va pas bien. C’est un début mais… Ce que je veux dire, c’est qu’en général, quand on se retrouve hospitalisé d’urgence ou non, en psychiatrie c’est rarement notre souhait le plus cher.

Il faudrait parvenir à ne pas tant occulter ces maladies psy afin de pouvoir mieux les reconnaître, les dépister et surtout les prendre en charge rapidement : 10 ans d’errance pour moi avant qu’un diagnostic de bipolarité soit posé à 25 ans. Et bien, ce diagnostic m’a fait du bien bizarrement, enfin, on savait ce qui n’allait pas.

La psychiatrie fait peur, il y a un grand travail de déstigmatisation à réaliser.

Comment voulez-vous que les malades se confient si on leur renvoie une telle image de défiance ?

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie ?

De positif… Bon, mis à part la galère régulière et le chaos inhérent à « la folie », ce que l’on peut peut-être noter pour une majorité de ces personnes touchées par les maladies psychiatriques, c’est leur grande sensibilité.

Alors, d’un côté, elle peut être un obstacle à vivre sereinement mais, d’un autre, elle peut être source de créativité et d’expression.

C’est un moyen de s’exprimer important et utile.

Je veux quand même dire que ce mot « folie » est peut-être joli mais un peu réducteur à mon goût.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais ?

Non, je ne serai pas ministre, bien trop de stress pour moi !

En revanche, je peux lui dire qu’il y a encore beaucoup à faire en matière de santé mentale.

Sensibiliser, déstigmatiser, accompagner et informer un maximum pour dédramatiser.

L’enfermement à la folie [Prison Insider]

En novembre 2021, Prison Insider publie, en collaboration avec l’Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques (Unafam), une analyse de la prise en charge des auteurs d’infractions qui souffrent de troubles psychiques dans huit pays : Allemagne 🇩🇪, Angleterre 🏴󠁧󠁢󠁥󠁮󠁧󠁿 et Pays-de-Galles 🏴󠁧󠁢󠁷󠁬󠁳󠁿, Belgique 🇧🇪, Espagne 🇪🇸, Italie 🇮🇹, France 🇫🇷, Pays-Bas 🇳🇱, Suisse 🇨🇭.

Plus de 40 % des personnes détenues en Italie 🇮🇹 présentent au moins un trouble psychique. Elles sont environ 30 % en Espagne 🇪🇸, 35 % en Angleterre 🏴󠁧󠁢󠁥󠁮󠁧󠁿 et 60 % aux Pays-Bas 🇳🇱. Ces proportions sont nettement supérieures à celles constatées en population générale. La prison signe fréquemment la rupture des liens sociaux et familiaux. L’isolement, la promiscuité et le bruit plongent les personnes détenues dans une atmosphère violente. Les consommations de substances sont courantes. Des conditions propices pour que se déclenchent, se développent ou se renforcent des pathologies psychiatriques existantes.

La prison se voit accueillir des personnes en souffrance, elle qui n’est pas un lieu de soin. Partout en Europe, les parcs pénitentiaires se dotent d d’unités de soins psychiatriques ou d’établissements dédiés : « on fait entrer l’hôpital en prison ». Des structures hybrides émergent, entre gestion pénitentiaire et soins psychiatriques. La Belgique 🇧🇪 ouvre des annexes psychiatriques en prison. L’Espagne 🇪🇸 se dote d’hôpitaux psychiatriques pénitentiaires. La France 🇫🇷 dispose de 26 Services médicopsychologiques régionaux (SMPR). Elle développe un plan de construction d’unités hospitalières spécialement aménagées (UHSA), surnommées hôpitaux-prisons. Aux Pays-Bas 🇳🇱, les établissements pénitentiaires psychiatriques sont situés au sein des prisons. Ils accueillent les personnes sous mesure de soins et les détenus qui nécessitent des soins.

Si la possibilité de transférer les détenus malades en hôpital psychiatrique existe, l’accueil reste timide, et ces derniers y sont largement discriminés. En Allemagne 🇩🇪, la majorité des hôpitaux psychiatriques généraux de Rhénanie-du-Nord-Westphalie et de Rhénanie-Palatinat refusent d’accueillir des patients détenus. Les personnels hospitaliers déclarent craindre pour leur sécurité et s’inquiéter du danger que ces personnes représentent. En Espagne 🇪🇸, le CPT note la réticence des autorités à effectuer des transferts de la prison vers l’hôpital psychiatrique : seules 2 % des personnes détenues le sont alors que 30 % d’entre elles répondent aux critères de transfert. En France 🇫🇷, le recours à l’isolement est quasiment systématique et la durée de séjour très courte.

Les personnels font face à des situations qu’ils ne sont pas en mesure de gérer. Une formation sur la prise en charge des troubles psychiques ne leur est que rarement dispensée. Elle est réduite au strict minimum lorsqu’elle existe : un paradoxe alors que la prison se mue peu à peu en annexe de l’hôpital. Le manque de formation adéquate du personnel entraîne une prise en charge souvent inadaptée des personnes détenues qui souffrent de troubles psychiques.

En bref, les murs sont poussés, place aux malades. Faute de moyens, la qualité des soins psychiatriques, lorsqu’ils sont proposés, ne suit pas. Le recours à l’isolement et à la contention est fréquent. Les traitements médicamenteux sont administrés à de fortes doses. L’évaluation de la dangerosité de la personne est au cœur de toutes les modalités d’enfermement. Les durées des peines et des mesures de soins s’allongent : les libérations sont conditionnées au risque zéro, au terme d’évaluations très exigeantes. Le mirage d’une société sans risque marque l’apogée de la vision sécuritaire de la maladie psychique. Souvent au détriment des soins.

État des lieux, analyses, témoignages : Prison Insider vous invite à découvrir L’enfermement à la folie et à entrer, pays par pays, dans le fonctionnement d’un système.

Prison Insider attache un intérêt tout particulier aux témoignages. Aucun chiffre, aucune donnée, aucun rapport ne peut se substituer au récit. Ces regards sont complémentaires. Il nous importe de faire entendre vos voix.

Contactez-nous (c.bouchart@prison-insider.com et etudes.comparees@prisoninsider.com).

Portrait d’Océane

Comme Océane, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

Je m’inspire des personnes qui n’ont pas peur de dire haut et fort ce qu’elles pensent, tout en respectant la sensibilité de chacun.e.

J’aime le sport, son mouvement, son souffle de vie.

J’aime les mots, leur force et leur résistance.

J’aspire à un monde où la santé mentale serait connue et reconnue aux yeux de tou.te.s.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Je suis assistante d’éducation, celle qui tente de résoudre les conflits, de sécher les larmes, de transmettre tant qu’elle peut ce qu’est l’acceptation de chacun.e.

J’aime ce métier pour ses éclats de rire partagés, je ne l’aime pas pour l’ordre à faire respecter.

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

C’est un monde sous une cloche de verre, où celles et ceux qui ne se sentent pas concerné.e.s ne s’y intéressent pas.

Et si nous soulevions la cloche ensemble, au lieu de regarder en travers ?

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

Avoir un autre regard sur ce qui nous entoure.

Créer, intensément.

Se révolter, infiniment.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Ministre,

Et si tu demandais à ce que soit enseignée la santé mentale ?

Et si tu faisais en sorte qu’elle ne soit plus un tabou ?

Et si tu donnais les moyens humains et financiers pour que cela soit possible ?

Cela sauverait des vies, merci.

Une association que tu aimerais faire connaître?

https://www.unafam.org/

Déconfinement, doit-on s’affoler ?

Récemment, on a pu lire des psychiatres affolés qui craignent de voir arriver une vague de décompensations psychologiques dans l’après corona virus immédiat. Des gens, déjà suivis en psychiatrie et d’autres, qui tiennent tant bien que mal et qui tirent sur leurs ressources psychiques pendant le confinement, seraient amenés à craquer pendant le déconfinement.

Non, ce n’est pas un virus qui va nous rendre fou. Même si apparemment, parmi les nouveaux patients psy, ceux qui ont décompensé pendant le confinement, c’est souvent lié au contexte du corona virus, à la saturation d’information, à l’isolement forcé.

Pourquoi cette perspective du jour d’après, où on se retrouvera tous, est-elle anxiogène ?

Vous avez tous envie de revoir des amis, des proches éloignés, ou même votre psy, d’avoir une contenance affective ou un soutien psychologique.
Il n’y a pas de quoi avoir honte d’être resté enfermé chez soi pendant deux mois, tout le monde a partagé ce vécu et ce sentiment de solitude et d’isolement.

Alors pourquoi les gens angoissent et même les psychiatres ?

Est-ce le retour à la normale qui fait peur ? Est-ce dû au fait que le quotidien ait été bousculé voire immobilisé ? Le manque de soutien pour vivre cette torpeur du quotidien sera-t-il la cause de craquages psychologiques ?

Côté psychiatrie, on a aussi lu que l’interruption du suivi par les psys, pendant le confinement, pourrait conduire les patients au long cours à arrêter leur traitement médicamenteux.

Est-ce là la seule chose qui préoccupe les psychiatres qui passent dans les médias ? Est-ce que leur métier se résume à contrôler les humeurs et les angoisses par leurs prescriptions médicamenteuses?

La peur est aussi grande du côté des patients de devoir sortir pour se rendre à une consultation et d’attraper le virus en salle d’attente ou pendant le trajet.

Certains redoutent de devoir reprendre les transports en commun pour aller au travail, d’autres redoutent également de les prendre pour aller voir le psy.

Mais alors, que se passerait-il si on arrêtait d’aller travailler ou d’aller voir le psy ?

Pour les uns, on perdrait toute ressource économique, pour les autres on décompenserait ?

Il ne s’agit pas d’opposer les travailleurs aux patients psy, car beaucoup de travailleurs sont au bord du craquage, ou déjà fous, et que « patient psy », ce n’est pas une catégorie sociale.

Ce n’est pas parce que le travail ou le suivi psychologique s’est transformé ou interrompu à cause du confinement que la vie de chacun s’est arrêtée.
Mais, avons-nous changé ? On nous dit que le monde ne sera plus comme avant, plus de bisous, qu’on marchera dans la rue avec une vigilance accrue, qu’on portera des masques. C’est comme si le futur se résumait à la fin de la crise sanitaire, à des mesures de protection et d’hygiène renforcées.

Le monde d’après ce n’est pas que la crainte de voir des gens atterrir en psychiatrie. Si on a survécu sans les psys, ça ne veut pas non plus dire qu’ils ne servent à rien, qu’ils ne sont pas essentiels à la société.

Ceux qui ne décompenseront pas, malgré le corona, ce sont ceux qui ont eu un contexte favorable de confinement, qui ont eu cette contenance affective, qui ont pu souffler et apaiser leurs angoisses.

Non, ce n’est pas le virus qui rend fou. C’est le manque de soutien social, le manque de solidarité entre nous, le désespoir, c’est-à-dire la façon dont on vit le confinement quand on n’a pas non plus de résidence secondaire où aller se préserver.

Si nos dirigeants nous répètent que c’est juste une crise sanitaire et que ce n’est pas la fin du monde, rien ne nous empêche de constater que nous ne sommes plus comme avant et la planète non plus.

Le point de vue pessimiste serait de dire qu’il va falloir se serrer la ceinture pour relancer l’économie.

Mais d’un autre côté, on peut se réjouir du résultat de deux mois de confinement sur la santé de la planète, quand les voitures, les avions, les usines s’arrêtent, la planète se refait une santé.

C’est vrai que le confinement c’est déprimant au bout d’un moment, mais ça nous a quand même permis d’inventer de nouvelles manières de rester en lien, je pense à la radio à distance de la Colifata France, et de constater que lorsque la machine économique tourne au ralenti, l’écosystème se porte mieux.

Il est aussi vrai que beaucoup n’ont pas la chance de vivre le même confinement que nous, que les soignants se démènent comme des fous pour lutter contre le virus et n’ont pas eu le temps de souffler.

L’hôpital public les a pressés comme des citrons et ça ne sera pas sans conséquence sur leur santé. A nous de les soutenir au-delà des primes ou des chaleureux applaudissements mais aussi de nous rappeler que l’hôpital n’a pas été à la hauteur de nos besoins.

Qu’il soit psychiatrique ou général, l’hôpital et ses urgences ne sont plus à la hauteur depuis bien avant la crise du corona. Ce ne sont pas que les tests et les masques qui manquent, ce sont aussi des soignants en quantité et en qualité pour réhumaniser la machine hospitalière et aussi des dirigeants qui ne soient pas là que pour gérer les flux ou les sous mais pour soigner l’humain.

La menace de finir à l’hôpital, d’être relégué à la condition de patient psy, c’est-à-dire de patient potentiellement non-réanimable en cas d’infection par le virus, c’est peut-être ça qui nous tient bien confinés.

Pour déconfiner le futur, c’est cette structure sociale et cette déconsidération de la santé mentale et de la psychiatrie qu’il faudra remettre en cause car, pour moi comme pour d’autres, il est hors de question de remettre un pied à l’hôpital tant qu’il fonctionnera comme ça, cet hôpital où la vie d’un patient psy n’a pas de valeur, où on l’exclut des soins autres que psychiatriques.

Spleen, le podcast

Nous vous invitons à découvrir Spleen, le tout nouveau podcast de Lorine Le Louvier sur la santé mentale : https://lasouffleuse.com/index.php/spleen/

Spleen est un podcast sur la santé mentale. On y parle de dépression, de TOC, de dépression du post-partum, de schizophrénie… Des personnes extraordinaires vous racontent leurs vies bouleversées par le trouble psychique. C’est un podcast qui est là pour se sentir moins seul.e dans ces angoisses, ces peurs irrationnelles, les pensées sombre, la tristesse infinie, la culpabilité de ne pas être « normal »… C’est aussi pour les proches des personnes concernées pour vous aider à mieux comprendre, à être plus emphatique et juste dans vos réactions… 

Attention, ce podcast aborde des sujets sensibles. Il y est question de santé mentale et de pulsions suicidaires.

C’est un podcast de Lorine Le Louvier avec une musique de Olivier Delhomme et Guillaume Piolat. C’est une production La Souffleuse.

https://lasouffleuse.com/index.php/spleen/

La fleur de Patricia : Carnet du rétablissement en santé mentale

Carnet du rétablissement en santé mentale à destination de l’usager, de son proche et du professionnel.

Le copyright de cette publication venue de Belgique est la propriété de l’association En Route (www.enrouteweb.org).

Un COFOR de Paris

Par et pour les pairs parisiens, un centre de formation au rétablissement en santé mentale doit ouvrir à Paris dans les prochains mois (vraisemblablement en septembre 2020 ou en janvier 2021).

Il vise la récupération du pouvoir d’agir des personnes concernées par des troubles psychiques. Un pouvoir d’agir sur elles-mêmes et sur les autres par la prise de conscience de leur capacité à influer sur elles et de leur capacité à s’extirper intellectuellement des modes de pensées imprégnés en elles par les dispositifs psychiatriques fermés ou ouverts sur la cité.

Le centre de formation parisien est avant tout pensé dans une parfaite autonomie des pairs par rapport aux professionnels de la psychiatrie et de la santé mentale.

Les participants au COFOR de Paris peuvent être à la fois pairs-aidants formateurs, pairs-aidants auditeurs, ou simplement dans l’un des deux rôles. Tous ensemble, ils constituent le noyau d’un groupe autogéré de personnes actives décidant d’agir pour elles, par elles-mêmes dans un dialogue constant avec les professionnels mais avec la force du collectif.

Le COFOR se base sur les savoirs issus de l’expérience de vie de chacun, son expertise de vie fait de chaque pair une personne à même de communiquer son savoir expérientiel aux autres pairs et la formalisation de ce savoir permet par le partage la reconnaissance des savoirs et des capacités à agir de chacun qui lui sont propre et issu de sa propre trajectoire de vie.

L’échange sous forme d’ateliers animés par les pairs pour les pairs permet l’horizontalité dans le fonctionnement et l’équité de la démarche. Chaque pair peut être animateur d’un module de formation basé sur son expertise d’expérience, il peut également rester pair auditeur et participer aux ateliers simplement en acteur d’échange.

Les ateliers pourront mener à la création d’outils pratiques et techniques de rétablissement et d’empowerment validés scientifiquement. Des recherches pourront également être adossées au projet.

Le COFOR de Paris devrait ouvrir fin 2020 et s’ouvrir à une vingtaine de personnes concernées par la pair-aidance en santé mentale. Comme des fous constitue le partenaire initial du COFOR qui reste ouvert à des partenariats opérationnels nouveaux.

Que la folie d’autrui soit ta sagesse.
Proverbe allemand ; (1827)

Portrait d’Altolune

Comme Altolune, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

Les grands espaces sans humains, comme la mer et la haute montagne, la musique classique instrumentale, le feu et le chocolat. Les romans et le cinéma. Les enfants qui se racontent des histoires. Se laisser glisser dans le sommeil ou sur des pentes neigeuses en respirant l’air frais. Les odeurs de thyms, de bois, d’humus, de neige, de mer, de chocolat.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Mon métier n’est pas vraiment un métier. Je passe beaucoup de temps à écouter, à analyser, à rêver, à penser, à faire des vagues, à lire, à écrire.

J’aime tout cela. Ce qui est dur, c’est qu’il n’y a aucune certitude, seulement des paris, des rencontres, et chaque fois, l’incertitude qu’il se passe un peu quelque chose, dans le bon sens de la pente !

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

C’est un monde stigmatisé, qui a été mis de côté, comme toujours dans son histoire, mais de manière plus cruelle qu’à d’autres époques, car sous couvert d’intégration, il nie la différence.

Il fait de cette différence un handicap à rééduquer, au lieu d’accueillir cette différence, et de créer des ponts pour partager sans se blesser ces différences.

Les soignants, pour une part sont des gens engagés, passionnés, mais qui ne peuvent que s’épuiser, si la société ne change pas son regard en mettant en place une politique nouvelle, qui ne cherche pas le gène à éliminer, le symptôme à éradiquer, mais comment faire avec nos gènes, comment nos symptômes peuvent se mobiliser pour être vivables avec les autres et dans la cité.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

La folie est dans son aspect de liberté et de création source d’inspiration.

Son intensité est également inspirante, car elle garde intacte la lucidité de notre finitude et de l’éphémérité des instants.

Sa souffrance ne doit pas être minimisée et méprisée. Il faut pouvoir aller vers ceux qui ont leur grain de folie, et leur montrer qu’en étant plus tempérée, elle sera magnifique, leur donner aussi le goût pour les aspects normatifs qui créent de la sécurité à vivre, et à vivre avec les autres.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Je ne pourrais, pas, car il faut avoir une dose de narcissisme et d’illusions que je n’ai pas. Il faut aussi aimer travailler avec les autres et pouvoir s’appuyer sur leurs expertises et propositions.

Un ministre de la santé devrait être un ancien soignant qui a en outre de l’ambition, assez d’utopie pour vouloir changer le monde de la santé, et assez de normalité pour séduire ceux qui détiennent le pouvoir économique et décisionnel pour mettre des moyens pour la santé et la santé mentale en général.

Plus de lits dans les hôpitaux avec des séjours plus longs, plus de moyens pour les associations au cœur des cités qui créent du lien et des activités qui maintiennent la santé psychique.