Portrait de snoopy75

Comme snoopy75, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

L’architecture, l’art, l’imagination, la photographie, l’amitié, l’amour, la vie…

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Des chiffres, toujours des solutions, et 1+1=2 toujours clair, net précis…

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

On est tous un peu fous mais parfois ça nous échappe, c’est incontrôlable, et ça c’est dommage à tout niveau.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

Ça peut faire ressortir certaines choses de nous que l’on ne soupçonnait pas.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Je demanderais de ne pas mélanger tous les genres et de classer les personnes hospitalisées par catégories soient maladies.

« Schizophrénie, incompréhension et responsabilité pénale »

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Bonjour,

toute analyse et réflexion, de ma part, sur la schizophrénie, sont issues de ma plongée en celle-ci, en premier lieu, et le vécu.

Lire, me documenter, collecter des données nécessitant ou faisant appel à la mémoire, la culture, les connaissances, complètent.

keridwen

Il me semble crucial d’aborder le sujet de la responsabilité d’une personne schizophrène, lors de délits, agressions, au vu des mécanismes qui engendrent ces comportements.

Je les exprime aujourd’hui, non sans chagrin, et grande inquiétude, puisque de plus en plus de psychotiques sont jugés responsables de leurs actes.

L’incompréhension vis-à-vis de nous, et nos comportements dits « insensés », peut aussi se concevoir.

Pendant mon délire psychotique, qui dura deux ans avant d’être freiné par les neuroleptiques, j’ai traversé chaque minute de ma vie, en état second, happée par une vie parallèle, qui avait immergé ma conscience dans ce si caractéristique : « hors réel » …

Dans ce monde autre, effectivement, nous entendons des voix, qui harcèlent, tortures, ordonnent. Les visions sont là, devant nos yeux. Ces sons, ces images, nous n’avons alors aucune raison de douter de leur réalité, car ils sont là, devant nous, en nous, ou accédant à notre ouïe.

 Je n’aborderai pas ici les raisons, l’origine, de ces hallucinations.

Mais je confirme, que dans ces états, nous avons un discernement altéré de la norme et du sens, puisque nous évoluons nous, dans nos normes.

Lors de mes délires, nul n’aurait pu me convaincre de leur absurdité, de leur irréalité, car à mes yeux ils étaient réels, concrets, et cohérents à ce « monde autre »…

Lorsque la voix, les voix, vous ordonnent d’agir comme ceci ou comme cela, vous ne pouvez pas aller contre. C’est absolument impensable, impossible. Nous obéissons, nous sommes soumis à l’ordre. C’est souvent aussi une injonction vécue comme divine, qui, si elle nous somme de voler, nous volons, d’agresser, nous agressons. De tuer, nous tuons, oui, cela peut aller jusque là, même si ces cas sont rares. Ils répondent néanmoins à la même approche.

Les juges, la loi, se demandent si, chez une personne en crise, le discernement est aboli.

Oui, il l’est.

Les voix, « les êtres de l’invisible », autour de moi, me donnaient des ordres, j’obtempérais. Des comportements destructeurs, comme m’ordonner de déchirer de l’argent, et le mettre à la poubelle. Il faut obéir.

Des personnes me remarquaient, lorsque j’allais en ville, car j’étais occupée à dialoguer intérieurement, avec ces interlocuteurs parasites, et envahissants.

Concernant les notions de bien et de mal, je me souviens qu’au début de ma psychose, un de mes neveux était un nourrisson, et je voyais, dans mon monde de psychose, des femmes autour de lui, qui voulaient lui nuire, l’enlever. Je pleurais, pleurais, en réel, car j’avais du chagrin que l’on fasse du mal à ce petit.

Ma sœur était là aussi, mais bien évidemment, elle ne pouvait rien voir de ce que moi je visualisais.

J’étais en plein délire, mais c’était du « mal » que l’on voulait faire à mon neveu. Par contre : ce fut un mal imaginé, dénué de sens.

Le discernement est aboli, dans ces crises.

Comment voulez-vous que la personne soit consciente d’avoir fait du mal ou du bien si elle fut guidée, si elle obéit, à une force démesurée et irrésistible ? Qui plus est faut-il voir cela uniquement en ces termes ? Elle a agi, et surtout elle a fait ce que les voix lui demandaient. La nécessité de passer à l’ acte quel qu’il soit, domine.

Lorsque j’ai déchiré ces billets de banque, dont je parle ci-dessus, et les ai jetés à la poubelle, je ne voulais pas, quel comble ! Jeter de l’argent ! Mais cela était un ordre, impératif, je devais l’exécuter, je le devais. Je suis passée à l’acte.

De plus, lorsque, dans les hallucinations de la personne, c’est « Dieu » qui exprime cette autorité, et que tout pouvoir lui est donné dans la relation à celui-ci, on s’y soumet. (La foi, « croire » en Dieu, je n’étais pas dans cette démarche du tout, avant le déclenchement de la psychose, et me révélais inculte en matière de religion.)

Donc soumettre ensuite à la personne qu’elle a fait du mal, est totalement hors de sa compréhension, non parce qu’elle est stupide, mais son acte a répondu à un appel, qui lui, dans sa psyché, était fondé.

D’autre part, des soignants estiment que mettre en prison, ou condamner juridiquement, est thérapeutique, et sert à responsabiliser l’auteur des délits.

C’est aussi de l’ordre de l’incohérence.

Une abolition de conscience, est intrinsèque à un fonctionnement différent des notions de bien et de mal, de responsabilité autre.

Et si la personne a l’ordre d’agresser, parce que les voix lui affirment qu’elle va ainsi sauver le monde, que cela fait partie de sa mission de vie ? Où se situe pour elle la responsabilité ?

Les situations intérieures psychiques, sont de cet ordre-là.

Le délire messianique, je l’ai traversé.

Aussi…

Malgré mon mince éclairage du divin, je me pris pour celle qui sauvera le monde..Rien n’aurait pu modifier cette pensée, les preuves sont de ci delà, glanées et emplissent le panier de la certitude d’une mission d’ordre sacré.

On se sent exalté, transporté, fière, de cette mission, et ce, à proportion égale à la honte suprême que l’on a de soi, au fond, réellement.

Le manque, le vide total, se laissent emplir d’un autre monde qui ne demande qu’à s’engouffrer, s’installe, et parasite. 

La psychose, est un enfer, et j’ai mis longtemps à illustrer ce vécu, cet état, par ce mot.

Si les schizophrènes hurlent, se tordent, s’isolent, prennent leur tête entre leur main, c’est pour que cela s’arrête, car ils subissent une réelle torture mentale, insoutenable. L’agressivité qui en découle, souvent envers soi, cherche à soulager les souffrances par une extériorisation, une expression, qui malheureusement peut mener au pire. Parce que la douleur doit cesser, et cesser vite, parfois violemment, car proportionnellement à la violence de l’horreur.

La prise de médicaments, bloque les crises violentes, peut soulager la douleur, mais en échange de mourir d’une autre façon, lentement, à soi-même. Les effets secondaires des molécules destinées à nous soulager, à éviter une auto agression, sont redoutables et maltraitent le corps, et l’esprit. L’issue peut être tout aussi fatale par les conséquences de la chimie. 

Un point me semble très important à aborder, et peut sembler complexe… ou absurde…

Une personne schizophrène sait, au fond d’elle même, qu’elle n’est pas malade mentale, et sait, aussi, combien est démesurée l’incompréhension que lui témoigne une grande partie du corps médical.

L’approche que l’on a de la schizophrénie, est faussée, parce que les réalités engagées dans le processus ne sont pas les mêmes, tout en étant de l’ordre de l’Humain malgré tout.

Le psychotique est coupé du Réel ? Oui, et le normal est coupé du Réel du psychotique.

Il se présente alors, pour la personne schizophrène, un état de chagrin, de prostration. Beaucoup d’entre nous, clamons, revendiquons, ou pressentons, que nous ne sommes pas malades. Une telle étiquette relève de l’absurde, et ajoute à notre angoisse, notre impuissance, et souvent nous renonçons à être compris,

Alors nous optons pour une soumission, une adhésion à une doctrine psychiatrique. Tout du moins: nous n’avons que ce recours.

La non-observance d’un traitement, vient des effets secondaires qui peuvent nous tuer à petit feu, mais aussi parce qu’au fond de nous, nous savons que ce ne sont pas les remèdes qu’il nous faut, et que l’incompréhension de notre vraie personne est totale.

Pourtant, autour de nous, dans l’invisible, les manifestations de ces « êtres » sont réelles, font mal, s’expriment par des remarques qui blessent au cœur, quand, quoi que nous fassions, comme gestes, hurlements, suppliques intériorisées, ou exprimées ouvertement par des gestes, ne font aucun effet sur ces agressions cruelles que nous sommes seuls à sentir.

La capacité de bloquer ces perceptions douloureuses, c’est cela qui est à forger, à « rééduquer ». Un traitement peut commencer le soin, mais sans abandon du traitement, il est impossible d’aller plus loin et de recouvrer une autonomie, une conscience.

Les personnes psychotiques, ont besoin de soins, d’écoute, et leurs actes délictueux se situent dans un contexte soit ignorant de leur mental et de leur psychologie, soit déshumanisant. Nous mettre en prison, nous juger, nous enfermer, nous condamne à la terreur dans la terreur.

Nous sommes cohérents avec nous-mêmes, lorsque nous sommes dans une crise, dans une soumission aux ordres, dans une phase hallucinatoire. Notre réel, est aussi réel à nos yeux que le réel des normaux l’est au leur. Tenter de nous expliquer ou de nous faire comprendre que nous sommes dans la faute, le mal, est du domaine de l’absurde. Cet inversement des réels, rend les condamnations insensées.

KERIDWEN

Le droit à l’oubli

« Dans le plus petit comme dans le plus grand bonheur, il y a quelque chose qui fait que le bonheur est un bonheur : la possibilité d’oublier […] il y a un degré d’insomnie, de rumination, de sens, historique qui nuit au vivant et qui finit par le détruire, qu’il s’agisse d’un homme, d’un peuple ou d’une civilisation. »

Friedrich Nietzsche

Il est des choses qu’on ne peut pas oublier, il est des personnes qu’il vaut mieux oublier.

Non pas qu’elles ne méritent pas notre attention mais parce qu’elles prennent trop place dans notre esprit.

Le temps fait son œuvre, il éloigne les moments douloureux et nous invite à passer à autre chose avant qu’il ne soit trop tard.

Parfois l’idée même du temps nous paralyse, on a peur de l’irréversible, on préfère remettre à plus tard, ne pas se projeter dans un temps futur qui nous rapproche de la mort.

S’oublier un instant, oublier qu’un jour on va mourir, c’est s’autoriser à vivre dans le présent et profiter d’un rayon de soleil, d’une rencontre plaisante mais aussi nous encourager à nous inscrire dans le futur.

La liberté d’oublier c’est peut-être se donner la liberté d’exister et de ne pas ressasser le passé afin d’entrouvrir la porte des jours nouveaux.

OK tu dois prendre des médicaments tous les jours parce que tu as une fragilité psychique mais est-ce que cette habitude t’empêche de faire que chaque jour soit nouveau et différent.

Si les jours se répètent et se ressemblent comme dans un présent continuel où l’on s’empêche de penser à tout ce que l’on pourrait faire autrement, alors il est temps d’enclencher le changement, de prendre un pied de biche et d’enfoncer cette porte entrouverte qui ouvre un espoir.

Prenons l’exemple de la psychiatrie puisque c’est à elle que je pense sans la nommer, j’ai l’impression d’être attaché à elle comme à un lit, ai-je le droit de l’oublier?

Je peux oublier un jour de prendre des médicaments mais je les prendrai le lendemain, ce n’est pas un si grand problème et ce n’est pas définitif.

Mais puis-je oublier la psychiatrie et passer à autre chose? Faire de ces comprimés une habitude journalière, comme si c’était une simple maladie, et faire de ma vie autre chose, penser et circuler hors des espaces de santé mentale.

La psychiatrie ne doit pas être une expérience identitaire, on devrait pouvoir se passer de ses étiquettes. Pouvoir se dire qu’on a un diagnostic médical mais que dans la vraie vie ça ne regarde que moi et que ça ne fait pas mon identité. Cette liberté implique qu’on ne soit pas attaché par la contrainte, ou une quelconque tutelle ou curatelle qui fait de nous un malade avant d’être une personne à part entière.

Si le droit à l’oubli est le droit à passer à autre chose, comment faire en psychiatrie pour représenter les usagers par des personnes directement concernées si le rétablissement passe par un affranchissement, par le fait de ne plus vouloir entendre parler de la psychiatrie?

Si la psychiatrie n’était pas si stigmatisante, que l’on pouvait circuler dans ses espaces et puis dans d’autres, aller et venir, on pourrait militer en tant qu’usager ou ex-usager une fois par semaine (dans les instances de « démocratie sanitaire » ou autres), puis vivre sa vie le reste de la semaine.

Et puis, pour ceux qui voudraient qu’on les oublie complètement, est-ce que ce droit à l’oubli est juridiquement possible, quand on sait que pour un prêt ou une assurance on peut vous demander votre historique notamment par rapport aux hospitalisations.

Pourquoi est-ce si honteux d’être passé par la psychiatrie ou d’être suivi en psychiatrie, et qu’en parler vous expose à devoir faire un « coming-out » comme un aveu de votre fragilité ou plutôt de votre déviance?

Le problème n’est-il pas qu’on laisse parler les normaux à notre place, professionnels, industriels du médicament, lobbyistes en tout genre, qu’on coûte tant de milliards à l’assurance maladie, qu’on a 10 à 20 ans d’espérance de vie en moins, que nous sommes 12 millions?

Où sont les 12 millions quand il s’agit de parler dans les médias de la stigmatisation, du vécu en psychiatrie, des conditions d’accueil indignes et traumatisantes, de ces portes fermées à double-tour, de ces sangles qui attachent parce que le patient agité est dit ingérable…

Je ne me permettrai pas d’oublier car je sais que d’autres conditions d’accueil sont possibles, que notre intérêt diverge des intérêts médico-économiques et que je n’ai pas envie de me retrouver une nouvelle fois dans le même pavillon psychiatrique dans quelques années. Non pas qu’il faille fermer les hôpitaux et les lits comme le suggère le cours actuel des choses, mais qu’il est temps de revendiquer et de se donner les moyens de faire la psychiatrie autrement avec les personnes directement concernées, les soignants qui veulent faire leur métier dignement et sans maltraitances, et les citoyens se sentant concernés.

JOAN


« Ma schizophrénie, génétique et stérilité »

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Bonjour, je suis vraiment très heureuse que mon premier article intitulé : Ma schizophrénie, mon sevrage, ait autant été lu et partagé. Cela fait chaud au cœur dans ce combat titanesque : vivre la psychose.

Mon témoignage est celui d’une femme qui passa sa vie sous traitement alors que d’autres solutions, dont on commence un peu à parler, existent.

Pour moi, il est trop tard, j’ai 61 ans, mais que ma descente « aux enfers » puisse aider à en remonter un témoignage, oui, je le souhaite, et ainsi je reste en vie.

Je cite parfois la notion d’intangible, d’abstrait. Oui. J’aurai peut être la possibilité de développer davantage ces éléments essentiels, et au cœur même du sujet.

Je témoigne peut-être parfois maladroitement, mais tout mon vécu, mon ressenti, ont comme intention humaniste, de sortir de l’ornière, la façon de voir, de définir, de « traiter » (comme on traite de mauvaises herbes dans un jardin) la schizophrénie.

Je ne dis pas qu’il n’y a pas de colère, dans mes témoignages, et elle me semble légitime, mais il y a surtout aussi un vœu que des solutions autres soient trouvées, comprises. 

Pour ma part, le sevrage m’en fait voir la sortie, mais je suis vigilante, et si je sais me voir, c’est aussi parce que j’ai pris le risque de diminuer le traitement. Je suis devenue responsable de mon amélioration, et cette conscience, prémisse de guérison, ne se serait pas produite si j’étais restée soumise à la médecine qui, malgré son utilité, a ses limites, commet des erreurs. Ou refuse les remises en question.

Oui, la psychose, ce sont les douleurs, tortures, psychologiques (sons ou paroles allant jusque dans l’ultra-son donc l’insoutenable, les harcèlements, les ordres auxquels il nous est impossible de désobéir) qui peuvent faire hurler. Et sans cesse le regard de la société, prête à assommer de son œil noir l’ être qui n’entre pas dans le rang, ou qui se fait trop remarquer.

L’être qui souffre aussi.

L’entourage, même mu par le souhait ardent de bien faire, et aimant soit le frère, la sœur, l’enfant (mais « anormal ») cet entourage s’égare aussi par maladresse, par déni, et insulte parfois, délibérément, rejette ce fruit non-conforme aux calibres en vigueur, ce fruit sur lequel avaient été fondés tant d’espoirs, de projections d’ego, et qui s’avère avoir échoué dans sa forme

Un regard peut être un long langage, de rejet, malgré l’envie d’aimer.

Dans nos sociétés occidentales, modernes, le premier réflexe, devant un être perdu, exalté, ne répondant pas aux comportements lissés, appris, discrets, dits » cohérents » , est de faire appel systématiquement à la psychiatrie, donc aux médicaments, à la piqûre intrusive, voire à la force, la contention. Exista aussi la lobotomie. L’électrochoc.

Je poursuis volontiers, non sans amertume et tristesse (deux euphémismes), sur un terrain aussi très glissant, mais couramment emprunté de pied ferme : la stérilisation des malades mentaux, ou toute autre population présentant une « imperfection », ou une identité précise,

Lors de la Seconde Guerre mondiale, sous le régime nazi, les malades mentaux furent les premiers à être stérilisés, étant un poids lourd sur les épaules du pays désireux de ne compter que des êtres, des fruits, sains, beaux, vigoureux.

Puis l’assassinat, par les gaz.

Les gaz qui servirent à l’extermination des personnes juives, furent tout d’abord expérimentés sur les malades mentaux. Dont les schizophrènes.

Je suis une malade mentale, une schizophrène, qui aurait été stérilisée, gazée, car considérée, comme beaucoup de mes frères et sœurs schizophrènes, un coût, parce qu’inapte, imparfaite, tarée. On m’a déjà qualifiée plusieurs fois de « tarée », et autres poésies, qui suffisent à ne plus avoir envie de lutter, tant ils sont abjectes, et poussent vers la sortie.

Bien d’autres populations, qualifiées inférieures, furent stérilisées aussi, telles les Amérindiennes.

Stérilisées, par des médecins normaux.

Les politiques de luttes contre la pauvreté pratiquent et ont pratiqué ces méthodes, de stérilisation. Mais comment, déjà, ces pays ont-ils basculé vers cette pauvreté ?

Comment en est-on arrivés là ? Et jusqu’où va-t-on aller ? 

L’on m’a donné force antipsychotiques, pendant toute ma jeunesse et ma vie de femme. Je n’ai jamais été enceinte. Ces médicaments font efficacement effet contraceptif.

Je me suis documentée sur la composition, et les conséquences des substances contenues dans ces comprimés, que nous sommes obligés de prendre bien gentiment, à vie. Contester les décisions des spécialistes, de plus, est très mal toléré, la plupart du temps. 

Ces substances, bloquent, pour beaucoup, le processus de fécondation et entraînent donc une stérilité, ou un risque d’être stérile.

Ajoutons aussi que la molécule d’origine des antipsychotiques, est la Phénothiazine, composant des pesticides.

Le neuropsychiatre, qui m’a « traitée » en tout début de psychose, savait-il que ces traitements, à vie, allaient me rendre stérile, ou jouer sur ma fertilité ?  Ou ces molécules, nocives, risquaient-elles, elles, de rendre anormal un enfant ? Si oui, pourquoi ne pas en avoir parlé ? A-t-il été question de ce sujet avec ma famille ? Qui suis-je donc, ou que suis-je donc, pour avoir été ainsi mise hors circuit ?

Si j’avais demandé à être mère, désiré une grossesse, que m’aurait-on répondu ? 

Les molécules diminuent-elles l’envie de grossesse ? Ou désinhibent-t-elles ?

Mais si l’on avait pensé très fort que je pouvais avoir un enfant malade mentale, comme moi, j’aurais répondu : « Et alors ?! »

J’en suis une, où est le problème ? Je ne dois pas me reproduire pourquoi ? Afin de préserver la Terre ? Afin de la protéger contre la violence, ou le déséquilibre des malades mentaux comme moi ?

Les mots que vous lisez-là sous ma plume, sont-ils bel et bien ceux d’une dégénérée ?

Une Terre massacrée, oui, par des personnes normales !

Se rend-on compte, lorsqu’on cherche à tout prix une origine cérébrale ou génétique, à la schizophrénie, de ce qu’il se produirait, si l’on trouvait :« la -moindre -trace -de -peut -être -une -possibilité -que -sans -doute- au- vu- de,- un -fœtus -peut- développer -une -schizophrénie ,- mais -sans -en -être -certain ?, Il va se produire le rejet de cet enfant, et les avortements.

L’avortement est un droit, oui, et s’avère parfois vital, nécessaire.

Mais jusqu’où va-t-on aller, et se laisser conduire au nom de « preuves » d’anormalités, dans une société qui encourage aussi : la performance, le résultat, l’efficacité, le champion, le parfait, le rectiligne ?

La personne que je suis et qui est en tain de vous écrire, pseudo Keridwen, serait sans doute passée aux oubliettes, si un diagnostique existant de schizophrénie avait été détecté lors de la gestation. 

Mais il est vrai aussi que cette solution radicale, ne permettrait pas l’exploitation, longue en recherches, et la vente de nouvelles molécules. Et longue va être la recherche de la panacée qui « guérira » la schizophrénie, car cette panacée chimique n’existe pas.

Toute molécule colmatera, chronicisera, faussera, mais jamais rien de chimique ne conviendra.

Remettre en question la notion de réel, cela oui, fera avancer et nous aidera. Mais la chimie, jamais. Cette dernière détruira le cerveau, mais ne permettra aucune sortie de psychose. Au contraire, elle l’enfoncera.

La médication peut être un début de solution, mais ensuite, la parole, l’écoute, l’expulsion des poisons de la psyché… Oui… par les mots…

Cela existe déjà, et fait ses preuves, un procédé humain, naturel. Le dialogue.

Rassembler les pièces du puzzle éclaté, oui, est un dur labeur. Mais lorsqu’on y parvient et l’on en sort ; on discerne toutes les fausses routes prises, Qui mènent à un sacrifice de personnes schizophrènes aussi à venir, si rien ne change.

Un remarquable constat, à mes yeux, est l’acharnement des scientifiques, de vouloir absolument trouver une cause génétique, je me répète, à ce qui est une crise existentielle.

Des traces spécifiques sont, dit-on, repérées dans des cerveaux de schizophrènes, mais ce sont des conséquences, et les séquelles des traitements, lourds, que l’on détecte-là, et non les preuves d’une maladie qui aurait été là avant.

D’autre part, la schizophrénie, telle que je l’ai vécue intérieurement, au plus profond des crises, me plongeait surtout dans un état modifié de conscience, une transe. Tout comme dans un état de méditation, lequel est, certes plus paisible, mais de même nature à transformer le fonctionnement cérébral.

La « folle « comme on se plut parfois à me qualifier…

La folie, n’est-elle pas nécessaire à un équilibre ?

La Terre, et les personnes normales, survivraient-elles et tiendraient-elles debout sans les malades mentaux ?

La santé mentale coûte cher, est-il souvent émis !

Je suis désolée de vous coûter aussi cher, alors que ma tête penchée est aussi cohérente que notre planète, penchée aussi, et sans laquelle, lesquelles, personne ne serait en vie.

KERIDWEN

26 propositions pour sortir la psychiatrie de l’impasse

A l’occasion des Semaines de la Folie Ordinaire, nous avons voulu nous réapproprier l’acte de faire des propositions en écho aux 25 propositions faites par l’Institut Montaigne, un think tank (groupe de réflexion) national, face à une approche neuropsychiatrique, trop réductrice et gestionnaire, sourde à la parole des personnes concernées et aveugle à la question du lien social et du temps irréductible nécessaire pour accueillir, soigner et faire lien.

Une proposition de plus, donc, pour montrer que nous pouvons aussi proposer et qu’il existe une pluralité de voix, rarement prises en compte, mais salutaires pour le débat démocratique.

Voici les 26 propositions qui ont émergé ce dimanche à la Parole Errante, n’hésitez pas à les compléter :

  1. Créer des maisons de la parole pour tous pour en finir avec la médicalisation et la stigmatisation
  2. Création d’espaces citoyens pour la participation des usagers, des proches, des soignants au débat public sur la psychiatrie
  3. Rédiger le manifeste de ce qui nous rend fou
  4. Créer des outils pédagogiques sur les termes de la psychiatrie
  5. Un accès facilité à un(e) psychologue dans les écoles
  6. Pas de traitement médicamenteux avant trois rencontres avec le psychologue
  7. Enseignement à l’école de la relation de soin
  8. Formation des soignants à la relation et à la parole
  9. Abolition de la contention (et arrêt de la formation à la contention)
  10. Ouverture des services fermés
  11. Une banque du temps pour se donner le temps de l’échange et du soin
  12. Enrichir les formations des « dits » professionnels, entendre ceux qui décrivent ce qui leur a fait du bien
  13. Rendre les ateliers à médiation artistique obligatoires (à l’hôpital)
  14. Création de lieux d’accueil de crise sans médicaments
  15. Des lieux de soins à la campagne (avec des soignants)
  16. Arrêt de la Valorisation de l’Activité en Psychiatrie (VAP) pour une dotation des services alignés sur les besoins de la population
  17. Boycott, sabotage, grève des outils informatiques de gestion dans les services de psychiatrie et partout ailleurs
  18. Purger la folie de la maladie mentale, mais pas nécessairement des diagnostics
  19. Accueillir les proches (familles, fratries, amis…)
  20. Faciliter la participation des usagers
  21. Rendre accessibles les droits
  22. Création d’un syndicat des patients en psychiatrie
  23. Ressusciter la Mad Pride!
  24. Lutter contre la psychophobie
  25. Redonner aux patients leur espérance de vie (+15 à +20 ans)
  26. En finir avec la normalité

Pour rappel, vous trouverez les 25 propositions de l’Institut Montaigne et de la Fondation FondaMental ici :

Groupe d’Entraide Mutuelle, l’équation impossible?

Le texte qui va suivre a été élaboré en 2016 par des animateurs, stagiaires, intervenants travaillant dans quatre Groupes d’Entraide Mutuelle 
de Seine Saint Denis et du Val d’Oise (Montreuil, Aulnay-Sous-Bois, Saint-Denis et Arnouville). En janvier 2019, les animatrices et animateurs des GEM de Saint-Denis, Epinay-sur-Seine, Montreuil, Bobigny, Bondy, Persan et Arnouville se réunissant lors de rencontres mensuelles réactualisent ce texte à l’occasion de l’appel de la journée du 22 janvier 2019 et pour faire écho aux tentatives de constructions communes qui émanent partout en France au sein du mouvements des Gilets Jaunes.

Ce texte espère souligner les difficultés que partagent les travailleurs et travailleuses de ces différents GEM d’abord et peut-être, si d’autres personnes s’y reconnaissent, pour dégager des problèmes plus structuraux.

Les Groupes d’Entraide Mutuelle (GEM) sont issus de la loi du 11 février 2005 pour « l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées« . Il en existe aujourd’hui à peu près 500 en France (100 GEM de plus depuis 2016) et sont financés par les ARS (Agence Régionale de Santé) à hauteur maximale de 77000€ par an (2000€ d’augmentation depuis 2016). Les GEM ont la particularité de relever d’une approche globale de la santé portée par le service public. Statut hybride devant s’organiser en association Loi 1901, s’inspirant des clubs thérapeutiques mais détaché de la logique hospitalière, ils naissent parallèlement à la destruction progressive des secteurs de la psychiatrie (coupe budgétaire massive, diminution des nombres de lits, logique de l’urgence contre une logique de l’accueil, augmentation des pratiques de contentions…). La loi santé, dite loi Touraine, instaurant les Groupements Hospitaliers de Territoires (GHT) s’inscrit parfaitement dans ce processus.

De par la possibilité que les GEM offrent aux personnes qui les fréquentent d’être partie prenante d’une collectivité active et d’y être accueillies en trouvant une place et une fonction sociales qui leur conviennent, les Groupes d’Entraide Mutuelle sont des outils très précieux. Il nous faut cependant dans le même temps être conscient.e.s des logiques actuelles qui gouvernent les modalités de prise en charge (pour ne pas dire de « gestion ») des personnes qui ont à faire avec la psychiatrie. Les GEM ne peuvent remplacer l’importance du travail effectué dans de nombreuses unités intra-hospitalières, CMP, hôpitaux de jour, CATTP, … Les GEM ne peuvent pas remplacer non plus le travail des services médico-sociaux (SAVS, SAMSAH, ESAT…) et des services sociaux (CCAS, 115, ASE, …).

Lorsque ces lieux (qu’ils relèvent du sanitaire, du médico-social ou du social) ne sont pas ou plus en capacité d’accueillir, alors les situations difficiles auxquelles les adhérent.e.s des GEM font face ont un impact immédiat sur la vie et l’ambiance des GEM – et donc sur le travail de leurs animateurs et animatrices. Accueil, disponibilité, vigilance, amicalité doivent pouvoir réunir leurs conditions d’existence au sein de l’ensemble des dispositifs existants.

Deux divisé par deux égal un. A un on ne fait pas équipe.

Deux, c’est le nombre de salarié.e.s qui habituellement travaillent dans un GEM. Divisé par deux car en général, vu l’insuffisance de la subvention, l’un et l’autre travaillent à temps partiel. Mais peut-être faut-il entrer dans le détail pour comprendre l’équation impossible à laquelle les GEM sont confrontés.

Si l’on considère que le nombre de personnes accueillies par les GEM a considérablement augmenté ces dernières années (certains GEM comme Saint-Denis, Montreuil, Aulnay-sous-Bois peuvent accueillir entre vingt et trente personnes par jour.)

Si l’on considère que les besoins exprimés par les personnes accueillies dans les GEM ne cessent d’augmenter : besoins de soins, de relations, d’activités, de revenus, de logements.

Si l’on considère que ni les personnes qui fréquentent les GEM, ni les besoins qu’ils expriment n’ont de raison de diminuer compte tenu des réformes successives.

Si l’on considère le territoire d’implantation de certains GEM (territoires du 93 précaires et avec une population grandissante).

Si l’on considère que les nécessaires activités à développer pour que les GEM soient autre chose que des salles d’attente.

Si l’on considère la disponibilité, l’attention, la présence requises.

Si l’on considère la gestion du GEM, la comptabilité, les rapports d’activité, les recherches de subvention, à faire avec la participation des adhérent.e.s.

Si l’on considère le travail de secteur à savoir la mise en relation du GEM avec d’autres institutions : secteurs de psychiatrie, services médico-sociaux, services municipaux, vie associative environnante, maisons de quartier, cinéma, librairie, médiathèque,…

Si l’on considère la nécessité pour les adhérent.e.s qui le souhaitent et les animateurs/animatrices de se former à la dynamique de la vie associative et à l’accueil de personnes parfois très fragiles.

Si l’on considère l’obligation d’ouvrir les GEM un nombre d’heures minimum par semaine, ce qui oblige les salarié.e.s à se répartir les jours de la semaine et à ouvrir l’un sans l’autre – ce qui, selon les lieux, les moments et compte-tenu des situations parfois difficiles auxquelles ils sont susceptibles de faire face, est tout simplement irresponsable de la part de l’autorité de tutelle.

Si l’on considère que beaucoup d’animateurs/animatrices doivent trouver un second emploi compte tenu du caractère précaire de celui qu’ils ont déjà.

Si l’on considère que dans ces conditions, un travail d’équipe est impossible.

Si l’on considère que cette situation impossible ne peut que fabriquer chez les salarié.e.s une grande fatigue psychique – fatigue psychique incompatible avec le fait de « bien faire son travail ».

Si l’on considère que pour cette somme de travail, deux SMIC à mi-temps pour les animateurs/animatrices, et au mieux quelques AAH, RSA, revenus d’arrêts longue maladie ou de statut d’invalidité pour les adhérent.e.s, stagiaires et bénévoles qui font vivre le GEM – au nom d’une « pair-aidance » à bas prix – ne peuvent pas suffire.

Si l’on considère que le coût des loyers en continuelle augmentation qui engloutit une part importante de la subvention d’une majorité de GEM et limite généralement le nombre de salarié.e.s à deux à temps partiel.

Si l’on considère que les animateurs et animatrices, s’ils veulent développer le travail de secteur, le travail d’équipe, les activités d’atelier, la vie associative, l’autonomie des usagers, devront faire de nombreuses heures supplémentaires (forcément non-payées, au vu d’une subvention insuffisante).

Alors nous concluons qu’il s’agit là d’une situation impossible :

  • Situation impossible pour toutes les personnes qui circulent dans ces lieux et les font vivre.
  • Situation impossible pour que les travailleurs et travailleuses des GEM ne veulent plus accepter.
  • Situation impossible qui est faite à l’ensemble de la société.

Pour cela nous demandons :

Le doublement de la subvention de tous les GEM

La mise à disposition de locaux gratuits par l’Etat ou les collectivités territoriales pour les GEM

Le retrait de la loi Touraine.

Tout cela afin notamment d’augmenter le nombre de salariés, de revaloriser leur salaire, de rémunérer intervenants et stagiaires et d’acquérir un budget de fonctionnement décent à la hauteur du besoin réel de ces associations.

Afin de tisser un réseau d’entraide toujours plus dense et vivable dans nos quartiers, dans nos campagnes.

Afin de garantir un accueil digne, dans les GEM comme ailleurs (Hôpitaux, CMP, services sociaux, médico-sociaux, …)

Vous pouvez nous contacter à cette adresse mail dédiée:
gemprecaire@gmail.com

Psyché Délices : la maison d’édition un peu OUF

Benoit Dauphin et Agathe de Belleville vont se lancer dans la découverte de vieux talents de l’activisme américain en santé mentale, les traduire et les publier pour ces petits pays de la francophonie que sont Paris et Marseille !

En ligne de mire : Patricia Deegan et d’autres (aux origines du mouvement des survivants de la psychiatrie), Diana Rose (chercheuse-paire en santé mentale aux Kings College de Londres), les écrits de Intervoices Movement (Réseau international des entendeurs de voix), Larry Davidson, et bien d’autres anglo-saxons célèbres fous ou presque… Certains normopathes pourront être acceptés par le comité éditorial sous réserve de preuve d’un minimum de folie intrinsèque !

Pour les besoins de cet œuvre titanesque (3 titres / an minimum), il va falloir :

des découvreurs de talents acharnés

des talents qui se perdent

des traducteurs pas trop fatigués

des correcteurs rigoureux mais pas trop

des amis hauts-placés pour publier et diffuser en toute liberté

 

Tous vos soutiens sont les bienvenus !

mailto:1984surprise@gmail.com



Portrait de Fitlhip

Comme Fitlhip, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

Le bambou, parce qu’il pousse de façon étonnante, qu’il a une forme magique, qu’on peut le transformer.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Amoureux du geste et de la parole, je bricole très sérieusement, par plaisir de faire, de faire faire et de voir le résultat.

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

Il y a les payants et les payés. Mais il y a un monde dans le monde : toutes les composantes s’y trouvent, s’y retrouvent, s’y rencontrent ou pas.

Avec juste ce qu’il faut de truc en plus, un peu plus sucré, un peu plus salé, un peu plus pimenté que dans le grand monde.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

Une possibilité d’être librement. Une possibilité aux neurotypiques de s’autoriser à se penser plus libres.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Pas de ministère. Un ministre administré. Les hommes n’ont pas à être administrés mais aimés. Simplement.

« Ma schizophrénie, mon sevrage »

Bonjour,

En 1981, suite à des manifestations qualifiées de « bizarres » par la science psychiatrique ( j’ai senti que l’on me touchait, alors que la personne à qui j’attribuais ce contact n’était pas présente), j’ai commencé à entendre des sons sourds, venus d’autour de moi, de l’invisible.

Ces hallucinations auditives se sont amplifiées, et sont venues s’ajouter des hallucinations visuelles, une paranoïa, un délire érotomaniaque.

Ce fut atroce de douleurs psychologiques.

Je précise que je ne prenais aucune substance, ou drogue.

En 1983 une personne de ma famille m’emmena au cabinet d’un neuropsychiatre, et à partir de cette visite, je pris des neuroleptiques, et fus suivie, par des spécialistes

Les neuroleptiques, puis antipsychotiques, n’ont jamais totalement supprimé les voix, les hallucinations. J’en ai pris beaucoup

Je ne savais pas que j’étais « malade mentale », ni schizophrène, je ne l’ai appris qu’en 2003, par déduction. Pourquoi ne m’a-t-on rien dit ?

Pourquoi me « traita »- t-on, d’emblée, chimiquement ?

A partir du moment où l’on m’a donné ces drogues, c’en fut terminé de mon cerveau, de mon intellectualité. La lumière s’est éteinte.

J’étais très fière de moi, car, disais-je, bien obéissante : « je prends bien mes médicaments »..

Oui, la psychose fut un ravage, et me tua, à 23 ans, avec ce déclenchement des voix. Mais auparavant, j’allais bien. J’étais un peu ermite,mais complexée physiquement car mesurant depuis très jeune 1, 80 m.

Ma personnalité, affirmée, fut mise à mal dès le plus jeune âge.

A mes yeux, ce sont des traumatismes d’enfant et d’adolescente, qui s’acharnèrent à me faire sombrer dans la folie, et non pas une origine cérébrale, qui aurait prédéterminé celle-ci. N’en déplaise au « Tout scientifique » qui ne jure que par les neurones. Je pourrais, en privé, vous disséquer comment et pourquoi je suis devenue psychotique, par des causes psychologiques

Donc, à partir de l’âge de 25 ans, en 1983, suite à la visite chez le neuropsychiatre, je sombrai dans l’oubli. Sous chimie. Finie, la vie. Fini, faire partir du normal. Normal qui mène, observe-t-on, à beaucoup de folie, de folies, pourtant.

Les guerres, les drames, sont commis par des gens « classés » normaux.

Le combat intérieur est en chaque être humain, et tant que la guerre sera de soi à soi, et non résolue intérieurement, aucune paix extérieure ne s’installera. Les guerres contre soi-même, sont l’origine de celles commises entre nations. Les personnes dites normales, qui se cherchent et qui cherchent, expriment et explosent leur guerre intérieure, en guerres.

Pourquoi donc jeter la pierre aux malades mentaux, tout autant dans une lutte, et une quête éperdues, mais ouvertes car leur psychisme est déchiqueté et leur inconscient étalé-là, devant leurs yeux exorbités, qui voient ce qui est caché aux normaux, et refoulé par ceux-ci, ce qui les sauve, eux, de la folie.

Comment comprendre, que les guerres soient qualifiées de norme, alors qu’un malade mental va, lui, être rejeté, et mis sous contrôle, en raison d’idées qualifiées d’excentriques. Quel est donc ce centre que tout le monde s’arrache ?

Je parviens désormais à réfléchir, et je le dois à mon sevrage médicamenteux qui a duré dix longues années. J’en suis à la dixième, et c’est vraiment encore très pénible.

J’ai observé, depuis le tout début de ce sevrage commencé en août 2009, une naissance de moi-même, car, sous camisole chimique, j’étais morte. Mais peu à peu, en diminuant les doses, je me découvrais être pensant, et réintégrais enfin, presque, mon statut d’humaine.

Je constatai, au fil des ans, au fur et à mesure de la suppression des molécules, que ces dernières avaient bloqué tout mon fonctionnement existentiel, tout. Avec le sevrage mon psychisme ouvrait enfin les vannes, et j’entendais sortir de ma tête, mais non en délire, des flots de mots, de paroles, caractéristiques de mes traumatismes, et de ma psyché. Enfin, enfin ! Tout ce que la camisole chimique avait camouflé par son action, était libéré.

Le travail de remises en question, que tout être fait ou a la possibilité de faire, n’avait pu être assumé, car freiné, empêché par ces antipsychotiques, donnés par ailleurs trop systématiquement, sans hésitations, sans recherche d’alternatives.

Un changement arrive, mais encore trop souvent, j’entends, que les personnes dans ma situation, doivent bien prendre leurs médicaments à vie car, est-il dit encore, à tort, nous sommes incurables. Ces affirmations sont discutables, et peuvent être prononcées par des personnes soignantes qui ne veulent pas revoir leur idées, car cela équivaudrait à contester tout ce qu’ils ont appris sur les bancs de la faculté, et considérer que leurs professeurs et leur savoir, ne …savaient pas si bien que cela. Ou pas assez.

Les antipsychotiques rendent chronique la psychose, qui disparaîtrait sans eux.

J’ai mis dix ans, à me sevrer, dix ans.

Déjà, pendant mes décennies sous antipsychotiques j’ai subi les conséquences de leurs effets secondaires.

Mais lorsqu’il s’est agi de subir les conséquences du sevrage, ce fut difficile, et cela continue, car des reliquats demeurent.

J’aimerais ajouter une chose, non des moindres,.. ; Vous n’aiderez pas les schizophrènes, ni ne trouverez les raisons de cette crise psychique, si vous ne vous situez pas dans une vision plus abstraite

La psychiatrie est trop cartésienne, et ne laisse aucune place à un intangible qui permettrait pourtant l’accès à un meilleur entendement de ce qui est, à mes yeux et aux yeux d’autres personnes non schizophrènes, non pas une maladie mentale, mais un chemin de vie, sorti d’un cadre posé comme la norme. Selon quels critères ?

Ces normes sont faussées par des jugements de valeur, qui ne tiennent pas compte de l’âme, de l’esprit, en tant que vecteurs d’un réel autre, mais tout aussi valable. Car un réel de schizophrène, coupé est-il dit, de celui des dits « normaux » est l’autre face de la médaille, donc fait partie de la médaille.

Mon psychisme éclata, effectivement. Mais les médicaments chimiques n’ont jamais, jamais recollé les morceaux du puzzle. C’est par mon sevrage de ces substances, que je réussis laborieusement à recoller les morceaux.

J’ai trouvé en la personne d’une médecin homéopathe, la compréhension, et l’aide au sevrage, puisque ce dernier, je le confirme, ne doit pas se faire du jour au lendemain et il faut être accompagné.

KERIDWEN

Portrait de Sandra

Comme Sandra, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

Les étoiles. L’espace. La santé mentale. Les communautés tribales. Le bord de mer. Les cristaux. La relativité. Les chats.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Comme quelque chose que je cherche. Parce qu’il est bien caché et inaccessible.

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

Lequel ? … Celui officiel et objectif des oppresseurs adeptes des cases et des carrés… Ou celui officieux et subjectif de ceux qui vivent l’enfermement et la drogue deale des premiers.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

La création… Parfois. La fuite d’un monde en ruine souvent.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Non, je ne deviens pas ministre pour faire plein de paperasse. Je lui demanderais que les soins soient essayés sur ceux qui les imposent.

Une page, association ou initiative que tu aimerais faire connaître?

Cinglerie Émancipatrice. C’est un Projet nourri par des rencontres qui prétend Réclamer et Trouver de l’Émancipation dans la Folie.