Le grand renfermement – Episode 2

Ravie de voir un psy parler de cette façon !

Rappelons que les hôpitaux psychiatriques sont plus des lieux de privation de liberté que de de soins, que la façon dont les politiques abordent la maladie psychique ne fait que renforcer cet éloignement du soin et ce rapprochement de la contrainte.

Oui ! la psychiatrie est un outil de gestion de populations potentiellement dangereuse :

« Sur 36 000 personnes interrogées dans l’enquête « Santé mentale en population générale », plus de 75% associent les termes de fou et de malade mental à des comportements violents et dangereux. » selon JL Roelandt et d’autres chercheurs associés sur cette étude portant sur la France de 2010.

Dans ce contexte, comment se faire élire sur la base d’un regard bienveillant sur ces fous ? Comment parler de soins, d’aide et d’accompagnement à destination d’indésirables, que finalement la société préférerais ne pas avoir en son sein.

Avec cette approche de psychiatrisation des extrémistes religieux, on retourne tranquillement vers le grand renfermement dont parlait Foucault dans son Histoire de la folie à l’âge classique, vers la mise à l’écart, l’enfermement conjoint de tout ce qui dérange l’ordre social et moral, vers l’assimilation de tout ce qui « ne file pas droit » à un même statut celui d’exclu enfermé. Et nous y arrivons peu à peu…

Et si les fous dérangent l’ordre rationnel et social de nos sociétés, si les « criminels » dérangent l’ordre capitalistique et parfois social, si les réfugiés qu’ils soient économiques ou politiques dérangent l’ordre capitalistique et social de l’Occident, c’est bien parce qu’ils osent y mener une vie marginale hors des canons de la société, et qu’ils refusent pour des raisons biologiques pour les premiers – sortes de résistants biologiques à l’ordre établis -, pour des raisons économiques et politiques pour les seconds et pour des raisons de survie digne pour les troisièmes ; le jeu de cette société qui fabrique des êtres vivants formatés à entrer tel un rouage parfaitement usiné dans la mécanique sociale.

Et finalement, nous revenons – si nous en étions sortis par l’apparence d’une différenciation de traitement en morcelant les institutions : prison, hôpital psychiatrique, et centres de demandeurs d’asile – à ce traitement unique pour des populations qui finalement n’ont qu’un point commun : celui de déranger un système dont ils ne peuvent ou ne veulent pas faire partie.

En bout de course, le fou ne peut faire partie du système, le « criminel » ne veut faire partie du système, et le réfugiés tente de faire partie d’un système qui ne veut pas de lui. On en arrive alors naturellement… à la mise en détention de ces populations non utiles à l’économie et au social.

Ces vies marginales, ces vies nues peut-être au sens d’Agamben, sont bel et bien celles de ceux que la société ne veut plus et qu’elle exclue et, ne l’oublions pas, qu’elle enferme toujours. Le centre de déradicalisation constitue le quatrième exemple de cet enfermement généralisé de celui qui s’exclu ou est exclu. Exemple d’une société qui ne sait traiter autrement que par des institutions disciplinaires ce qui lui échappe. Ce qui lui échappe apparait donc par définition dangereux pour elle, dangereux pour sa survie idéologique et matérielle, et bien sûr doit apparaitre comme une menace aux yeux de ceux qu’elle souhaite conserver en son sein.

Et justement, le traitement réservé aux fous, dans son inefficacité et sa violence ; comme le traitement réservé aux criminel, lui aussi dans son inefficacité et sa violence ; le traitement réservé aux réfugiés dans les même dimensions inefficaces et violente ; ne peuvent-ils pas nous amener à nous demander si les réponses offertes à ce que la société nomme la déviance – l’erreur au moulage idéologique et matériel – ne sont pas justement totalement inappropriées. Et peut-être que réfléchir à la façon dont la société traite ses marginaux irréductibles, symbolique de ses limites, peut amener des pistes de réflexion à M Collomb pour adapter la « réponse » de la société au problème des extrémistes religieux. Car tant que la réponse sera uniquement disciplinaire, elle ne sera pas.

 

La mataora – histoire d’une psychose

« La mataora » est un court-métrage réalisé vers 2005 par Robin Lobel. Il est basé sur le récit brut d’un épisode de folie. Cet écrit retrace le contenu des hallucinations et interprétations que j’ai pu connaitre. Il est accessible au téléchargement sous le titre « Une petite voix ».

 

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Agathe

Témoignage au Ministère de la Santé sur la contrainte en psychiatrie

Visionnez le témoignage de Joan lors de la journée de réflexion organisée par le Centre collaborateur OMS pour la recherche et la formation en santé mentale (CCOMS) intitulée « Contrainte et liberté en psychiatrie : des expériences, des résultats » du 14 mars 2017.

Présentation du COFOR à Marseille

Revivez la présentation du Centre de Formation au Rétablissement CoFor de Marseille du 14 juin aux soirées de l’association Solidarité Réhabilitation par Yves Bancelin, Caroline Gianninazzi et Anakin Pochon.

#DisMaman c’est quoi un schizo?

On lance une campagne virale pour changer les regards sur la schizophrénie, sur une suggestion de l’association Schizo?…Oui! A vos partages!

schizo dédoublement

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La psychiatrie phénoménologique

Conférence du 21 avril 2017 du professeur Jean Naudin dans le cadre de la chaire de philosophie de l’Hôtel-Dieu à Paris.

La phénoménologie, un courant de la psychiatrie illustre et réputé difficile à comprendre, peut être directement enseignée par l’exemple. Il suffira de dire la différence entre comprendre et expliquer, de montrer comment nous cherchons l’explication par un processus pathologique lorsque la compréhension vient à faire défaut, comment nous repoussons les limites de cette dernière si nous comprenons que l’incompréhensible a parfois en lui-même un sens philosophique plus profond, qui porte sur la vérité de l’être et nous concerne tous. Nous verrons enfin comment nous pouvons accéder à cette compréhension en mettant momentanément entre parenthèses ce que nous croyons savoir déjà en théorie à propos de la maladie mentale, les mythes auxquels nous l’associons sans le savoir (le cerveau en est un tout comme l’inconscient) et leurs conséquences sur les hommes et la vie de tous les jours.

De grands courants en psychiatrie sont inspirés de cette forme de critique épistémologique : la psychothérapie institutionnelle, l’antipsychiatrie, aujourd’hui la psychiatrie communautaire. Certaines études de cas sont demeurées exemplaires de ce que veut dire vivre avec une maladie mentale. D’autres ont montré clairement comment l’attachement excessif à la norme peut être un facteur de décompensation ou comment on peut perdre le sens propre de soi en ayant pour aspiration d’être juste comme tout le monde.

Peut-être la phénoménologie nous apprend-elle à ne pas trop nous dénaturer, nous qui sommes encore capables de nous étonner de ce que veulent simplement dire : être et exister.

Jean Naudin est professeur de psychiatrie à l’Université de la Méditerranée et Chef de service au CHU Sainte-Marguerite à Marseille. Il est également docteur en philosophie et chercheur permanent au CNRS (UMR 6578).

Il est l’auteur de Phénoménologie et Psychiatrie. Les voix et la chose, Editions Presses Universitaires du Mirail, 1997 ou encore La schizophrénie, avec Bernard Granger, In Le grand dictionnaire des idées reçues, Le Cavalier Bleu, Paris, 2008.