« Freud disait des hystériques, comme Fromm-Reichmann le dira plus tard des schizophrènes, qu’ils avaient besoin à la fois de donner et de recevoir plus d’amour que la plupart des gens. On pourrait inverser la phrase. Si vous avez besoin de donner et de recevoir trop d’ « amour » (quel que soit le sens qu’on donne au mot), vous courez un grand risque de vous voir appliquer le diagnostic de schizophrénie. Ce diagnostic vous attribue l’incapacité, en gros, de donner ou de recevoir l’ « amour » comme il sied à un adulte. Si vous souriez à cette idée, cela pourrait confirmer le diagnostic, car vous souffririez alors d’ « affectivité inadaptée ». » Ronald D. Laing
« D’une certaine manière, la folie est pour chacun de nous une tentation et un danger permanents, et si elle nous effraye tant chez autrui, c’est sans doute qu’elle réactive notre propre refoulé. Aussi préférons-nous exclure plutôt que d’être exclu. (…) À propos de l’exclusion, du rejet social, il conviendra de se demander si toute collectivité n’a pas besoin de fous, de déviants, de délinquants pour y inscrire sa négativité. Les victimes sacrificielles, les rôles maudits ne sont-ils pas nécessaires pour qu’une ligne de partage puisse être tracée entre la raison et la déraison, entre le permis et le défendu, entre le convenable et l’indécent, entre ce qui rassure et ce qui menace ? » Roland Jaccard
«Les CLSM* sont à l’origine d’une révolution culturelle : la santé mentale ne relève plus uniquement de la psychiatrie», Pilar Arcella-Giraux, ARS Île de France
* Conseils Locaux de Santé Mentale : présidés par un élu local, co-animés par les acteurs du secteur de la psychiatrie publique locale, et intégrant des représentants d’usagers et d’aidants, ces conseils sont des acteurs centraux d’élaboration de politiques et de coordination de l’action publique en matière de santé mentale.
« La folie n’est pas un phénomène à part, ne concernant que certains d’entre nous. Tosquelles avait pour habitude de dire que ceux qui sont dans les asiles sont des gens qui ont raté leur folie, autrement dit ceux qui ne sont pas arrivés à jouer avec elle, en étant parfois un peu paranoïaques, parfois un peu hystériques, parfois un brin schizophrènes, comme nous le faisons tous pour nous sauver face à des situations inacceptables… mais sans jamais devenir totalement fous. Lorsqu’on ne peut plus jouer, la folie apparaît et l’inconscient devient à ciel ouvert. »
Cynthia Fleury, chronique du 30 septembre 2016 dans l’Humanité.
«La médecine de l’hystérie vivrait-elle dans le risque ?
Le risque d’un charme ? Un charme, oui. A la Salpêtrière, cet enfer, les hystériques n’ont pas cessé de faire de l’œil à leurs médecins. Ce fut une espèce de loi du genre, non seulement la loi du fantasme hystérique (désir de captiver), mais encore la loi de toute l’institution asilaire elle-même. Et je dirai que celle-ci avait structure de chantage : en effet, il aura fallu que chaque hystérique fasse montre, et régulièrement, de son orthodoxe «caractère hystérique» (amour des couleurs, «légèreté», extases érotiques…) pour ne pas être réaffectée au «Quartier», très dur, des toutes simples et incurables Aliénées».
Georges Didi-Huberman, Invention de l’hystérie: Charcot et l’Iconographie photographique de la Salpêtrière.
« Soigner quelqu’un, c’est l’aider à retrouver SA norme: l’état dans lequel il ne se sent plus malade, ne souffre pas, se porte aussi bien que possible ».
Martin Winckler, Les brutes en blanc via @Blog_Schizo
«Loin donc que la folie soit le fait contingent des fragilités de son organisme, elle est la virtualité permanente d’une faille ouverte dans son essence.
Loin qu’elle soit pour la liberté «une insulte», elle est sa plus fidèle compagne, elle suit son mouvement comme une ombre. Et l’être de l’homme, non seulement ne peut être compris sans la folie, mais il ne serait pas l’être de l’homme s’il ne portait en lui la folie comme la limite de sa liberté. Et pour rompre ce propos sévère par l’humour de notre jeunesse, il est bien vrai que, comme nous l’avions écrit en une formule lapidaire au mur de notre salle de garde : “Ne devient pas fou qui veut.” »
Jacques Lacan, «Propos sur la causalité psychique» (1946).
« Ni acier, ni surhomme, le résilient ne peut pas échapper à l’oxymoron dont la perle de l’huître pourrait être l’emblème : quand un grain de sable pénètre dans une huître et l’agresse au point que, pour s’en défendre, elle doit sécréter la nacre arrondie, cette réaction de défense donne un bijou dur, brillant et précieux. »