«La médecine de l’hystérie vivrait-elle dans le risque ?
Le risque d’un charme ? Un charme, oui. A la Salpêtrière, cet enfer, les hystériques n’ont pas cessé de faire de l’œil à leurs médecins. Ce fut une espèce de loi du genre, non seulement la loi du fantasme hystérique (désir de captiver), mais encore la loi de toute l’institution asilaire elle-même. Et je dirai que celle-ci avait structure de chantage : en effet, il aura fallu que chaque hystérique fasse montre, et régulièrement, de son orthodoxe «caractère hystérique» (amour des couleurs, «légèreté», extases érotiques…) pour ne pas être réaffectée au «Quartier», très dur, des toutes simples et incurables Aliénées».
Georges Didi-Huberman, Invention de l’hystérie: Charcot et l’Iconographie photographique de la Salpêtrière.
…à la Salpêtrière on prend les femmes mendiantes mais aussi de plus en plus les filles de joie, les folles les orphelines, les libertines, les protestantes, les juives, les impies, les criminelles, les paralytiques, les ivrognes, les mourantes, les sorcières, les mélancoliques, les aveugles, les adultérines, les voleuses, les homosexuelles, les épileptiques, les magiciennes, les convulsionnaires, les dépravées, les séniles, les idiotes, les cartouchiennes, les intrigantes, les érotomanes, les filles gâtées, les suicidaires, les bohémiennes, les filles grosses, les crétines, mélangées, entassées, emprisonnées, vieilles, jeunes, enfants, les familles, les voisins, les maris, demandent, dénoncent, le Roi signe, la police rafle, la Salpêtrière se construit s’organise, s’agrandit de siècles en siècles, le plus grand lieu d’enfermement des femmes, jusqu’à six mille, huit mille détenues ensemble…