Inspiré par sa propre expérience de l’hôpital psychiatrique, qu’il a vécu comme des lieux punitifs plutôt que des environnements accueillants, The Vacuum Cleaner espère que les idées de son projet collaboration pourra éventuellement influencer le soin en psychiatrie, offrant aux individus un espace accueillant pour la folie (‘a safe place to go mad’).
Auteur/autrice : Joan
Les Chemins de la Philosophie par Adèle Van Reeth : la psychiatrie
Une semaine en quatre épisodes consacrée à la psychiatrie sur France Culture, à réécouter dans les Chemins de la Philosophie.
(1/4) L’Histoire de la folie par Michel Foucault
(2/4) Sommes-nous tous malades ?
(3/4) Antonin Artaud, pour en finir avec l’enfermement
(4/4) Heidegger, psychiatre malgré lui ?
Lauréats du Prix Vidéo Arts Convergences 2018
Le Prix Vidéo Arts Convergences (dont le Psycom est partenaire) a récompensé au Forum des Images, à Paris le 5 décembre 2018, de très courts métrages, de tous genres ou type de réalisation, sur le thème « Il faut bien vivre avec une maladie psychique! ».
GRAND PRIX : « The Mess (Le Désordre) », réalisation Dorothy Allen-Pickard – Docu-Fiction (4’12’’)
Quand Ellice va mal, sa chambre devient bordélique – elle ne le voit jamais venir, mais cela vient à tous les coups. Il semble qu’il n’y ait aucun moyen de briser le cycle de hauts et de bas qui constitue la bipolarité.
PRIX DU JURY : « Le chien de Churchill », réalisation Etienne Husson – Animation (4’15’’)
À travers un personnage historique Churchill, dont la maladie n’a pourtant jamais été vraiment diagnostiquée, un portrait singulier des maladies psychiques où l’on relativise la notion du « bien vivre ».
PRIX DU PUBLIC : « Saperlipopette », réalisation Cécile Poirier – Fiction (2’27’’)
Itinéraire vers les pôles Nord et Sud.
Portrait d’Erazade
Comme Erazade, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.
Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?
Mes ami-es sont mes inspirations, ainsi que l’art en général.
Je veux juste être heureuse.
Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?
Pour l’instant, je n’en ai pas. J’ai été libraire un temps, et j’adore ranger, trier les livres, ainsi que discuter des livres avec les client-es et trouver THE bouquin.
Que penses-tu du monde de la santé mentale?
Très mal fait, autant pour les patient-es que pour les soignant-es.
Nous patient-es sommes mal traité-es, soit comme des enfants, soit comme des monstres.
Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?
Ça fait voir le monde différemment. Je sais que c’est cliché mais je pense que c’est vrai.
Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?
Non, trop d’obligations !
+ de moyens pour le monde de la santé mentale
+ d’informations pour tout le monde
+ d’écoute envers les malades
Cicatriser et dé-psychiatriser
Cicatriser les blessures de l’âme,
Explorer les mécanismes de la psyché,
Pour ne pas répéter les mêmes schémas,
Défaire les nœuds, résoudre les traumatismes,
Déconstruire les peurs qui nous paralysent,
Les réactions qui nous immobilisent,
Passer à l’action, changer,
S’ouvrir au monde, résilier,
Se connaître, se respecter,
Apprendre à être soi, à dire non,
Non aux étiquettes, non au tout médicament,
Cicatriser, faire la paix avec son passé,
Trouver refuge en dehors de la psychiatrie,
Retrouver le lien aux autres,
Se dépsychiatriser,
Prendre soin de soi, faire de la psychiatrie une ressource plutôt qu’une fin,
Et l’aider à se transformer,
Pour que le dialogue et l’écoute priment,
Que le délire soit entendu et non pas combattu,
Que la personne puisse trouver l’appui qui lui permettra d’évacuer sa souffrance,
Qu’elle puisse verbaliser, exprimer ses choix,
Qu’elle soit considérée et encouragée à s’en sortir,
Et à trouver une place dans la société.
Se refaire une santé, cicatriser et repartir de l’avant.
Portrait d’Az
Comme Az, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.
Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?
J’aspire a vivre un état de présence et d’équilibre intérieur le plus souvent possible, état de réceptivité et d’harmonie qui révèle la vraie beauté qui se trouve en chaque chose, en chaque lieu, en chaque expérience.
Etat d’ouverture que je place en exacte opposition a l’état de psychose que je vis souvent, ou je suis enfermé dans mon mental et dans ses représentations, ce qui attire mon attention sur ces phénomènes et me coupe du « réel ».
Je suis inspiré par la marche, la natation, le temps passé avec mes proches, amis, guide, ma chienne Xela, et beaucoup par la musique (écouté ou joué = basse, clarinette, chant).
Que penses-tu du monde de la santé mentale?
C’est un métier compliqué, où chaque personne atteinte par un trouble mental est un univers en soi, et requiert beaucoup de temps, une grande flexibilité, et il faut parfois accepter que la personne « malade » ne pourra peut être pas coller à l’image que l’on a d’une personne « saine ».
La personne doit coller à sa représentation d’une vie « réussie ».
Ayant été hospitalisé plusieurs fois, j’ai trouvé a chaque fois des infirmier(e)s concernés et bienveillant, qui ont le rôle de tenir la baraque, et des Psy qui m’ont bien souvent semblé dépassés … ils n’étaient juste pas très impliqués, et ont rarement su jouer le rôle de miroir non déformant que j’attendais d’eux, posture qui je pense m’aurait aidé à prendre conscience plus rapidement de certains de mes fonctionnements défaillants. Par un engagement et un intérêt réel, ils auraient également pu m’être utile à détricoter des schémas de pensées limitants ou à la limite du délirant…
Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?
En sortant « des cadres », on se rend compte que la vie est aussi en dehors des sentiers battus, et qu’il n’y a aucune « loi réelle », juste une posture où à un moment « les autres » signifient par leur comportements, paroles, ou silence, que l’on a franchi une limite, que l’on est en hors piste, et que si on se prend une avalanche sur la gueule, bah tant pis pour nous.
Pour ma part, ça m’a donné une bonne dose de flexibilité mental, et parfois beaucoup de recul, notamment sur les relations interpersonnelles.
En m’avançant « à contrecœur » à travers les lignes, dans ce qu’on nomme communément la folie, je me suis surtout rendu compte qu’il n’y a pas de limite … j’ai pu avoir des comportements très étranges pour les gens qui m’entourent, alors que pour moi tout avait un sens … seulement je commençais (pendant une rechute) à ne plus me rendre compte (ou alors a mal interpréter) que les gens ne savaient plus comment se positionner vis-à-vis de moi …
Donc pour conclure, on peut tirer de positif de la folie que ça permet d’ouvrir le champ des possibles, mais que au moment ou on « conscientise » que l’on est en train de glisser dedans, il me parait judicieux d’essayer de garder des points de repères, et ne pas se vautrer dedans, car ce « trou » n’ayant pas de fond, on peut se retrouver à faire des choses vraiment « bizarre, et/ou dangereuses pour soi ou autrui » …
Je pense également qu’il y a certaines limites qui une fois franchies, empêchent de revenir en arrière, ou en tout cas que c’est vraiment jouer à la roulette russe …
Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?
Oui, je pense que ce serait un énorme plus pour un Ministre de la Santé Mentale d’avoir traversé une maladie mentale … Moi Ministre …
Je lui demanderais de s’impliquer de manière concrète et au maximum possible, en donnant des fonds pour des études non médicamenteuses pour tous les troubles schizophréniques, autistiques, dépressifs …
Je lui demanderais également de lancer des ateliers à l’école, ou l’on parlerait de psychisme, de développement personnel, ainsi que de la prévention sur les drogues, à grande échelle, avec des gens ayant beaucoup consommé, et qui n’aurait pas un discours vide, mais quelqu’un qui vienne parler de son expérience, en disant, oui c’est bien, et … mais …
Egalement parler des différentes formes de maladies mentales, comme ça tout un chacun aurait une meilleur image de ces troubles et saurait par exemple que lorsqu’on parle avec un schizophrène, ça passe souvent mieux si on évite de le fixer dans les yeux … ou alors poser des questions, en levant les tabous …
En fait, j’ai tellement de choses a demander a ce Ministre que je pense que je vais demander le poste, ça sera plus simple 🙂
Portrait de Nanne
Comme Nanne, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.
Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?
Mon inspiration est ma fille. J’aspire à mon bonheur et au sien.
Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?
Je ne travaille plus. Licenciée pour une deuxième hospitalisation qui, celle-ci, aura été trop longue.
Et je n’aimais plus mon métier. C’est un mal pour un bien.
Que penses-tu du monde de la santé mentale?
Il y a trop de croyances et pas assez de savoirs. Il n’y a pas assez de moyens dans le public alors qu’un quart de la population est touché, tous symptômes confondus.
La santé mentale en France est depuis trop longtemps taboue et stigmatisée. Voire autostigmatisée.
Les mentalités n’évoluent pas. Ne veulent pas évoluer ?
Le sensationnel qu’on leur offre dans les médias grand public est tellement violent. Comment peut il alors en être autrement dans la pensée publique ? Qui ira vérifier une statistique ?
Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?
Mais quelle folie ? Qu’est-ce qu’être fou ? Suis-je folle moi qui suis bipolaire mais parfaitement consciente du trouble dont je suis atteinte et bien au fait de ce que je dois mettre en place aux premiers signaux d’alarme ?
On est plutôt en face de quelqu’un de sain, non ?
Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?
Je pense avoir les capacités de le devenir mais pas celles d’exercer la fonction. Et je n’en ai aucune envie !
Alors à ce fameux ministre, je lui demanderais de s’entourer de personnes malades, de leur demander leurs besoins réels, de les mesurer en coût, temps, etc… de limiter les délais d’attente pour les dossiers invalidité / handicap et j’en passe, de faciliter l’accès à l’emploi et pas seulement en ESAT, de nous donner la possibilité d’être protégés, voire favorisés, et autonomes. De vivre et plus de survivre.
Une page, association ou initiative que tu aimerais faire connaître?
Fragments de l’exposition « Sigmund Freud : Du regard à l’écoute »
Ah ce cher Sigmund Freud! Le tant décrié inventeur de la psychanalyse s’expose jusqu’au 10 février 2019 au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme à Paris. L’occasion pour moi de redécouvrir l’homme, son œuvre et son époque à travers de superbes documents.
Certes, l’exposition ne met pas en avant la critique qui lui sera faite ultérieurement, à part un commentaire évoquant sa mésentente avec Carl Jung. On sait aujourd’hui que la psychanalyse tel que Freud la pratiquait n’a jamais guéri aucun de ses patients et que, de toute manière, elle était théoriquement inadaptée pour les patients atteints de psychose, alias les fous. Cependant, même si la « science » psychanalytique que Freud a mis sur pied est critiquable, elle reste inspirante et mérite notre intérêt dans la mesure où elle cherche une logique et une causalité dans la vie psychique plutôt que dans un dysfonctionnement cérébral.
Voici quelques fragments de l’exposition :
L’exposition explore le cheminement scientifique et intellectuel de Sigmund Freud (1856-1939) en neuf séquences.
Elle évoque ses travaux méconnus de neurologue, l’importance du séjour parisien, le rôle de la théorie de l’évolution dans sa formation, son intérêt pour l’archéologie et les mythes, la naissance de la psychanalyse, le rôle de la sexualité dans la vie psychique, l’interprétation des rêves et son influence sur le mouvement surréaliste. Elle se conclut sur la dette de Freud envers le judaïsme.
Du regard à l’écoute
On reconnaîtra à l’entrée de l’exposition le fameux tableau de Charcot donnant sa leçon sur l’hystérie à la Salpêtrière. On sera intrigué par les planches de Cesare Lombroso, père de l’anthropologie criminelle, avec ses portraits d‘Homme criminel, criminel-né, fou moral, épileptique et l’Art de connaître les hommes par la physionomie de Johann Lavater.
Avec Freud, on passe des démonstrations spectaculaires des hystériques de Charcot à une clinique de l’écoute attentive du patient.

La naissance de la psychanalyse
A la Salpêtrière, Freud découvre l’hypnose, méthode qu’il abandonnera rapidement mais qui lui révèle le pouvoir de suggestion du médecin sur son patient. Il analyse la puissance de ce lien thérapeutique, qu’il nomme « transfert« , et la possibilité de le canaliser vers des fins cliniques. Le patient transfère sur le thérapeute des désirs qu’il éprouvait pour son père ou sa mère ; il revit symboliquement des pans de son enfance et voit émerger ses souvenirs enfouis.
En juillet 1895, quelque temps après la mort de son père, Freud entreprend de s’autoanalyser en déchiffrant ses rêves, « la voie royale vers l’inconscient » (L’Interprétation des rêves, 1900). Ce travail l’amène à découvrir que les songes et les symptômes psychiques parlent le même langage codé : ils dissimulent les désirs que nous préférons taire.
Freud recourt à l’association libre : pour permettre à ses patients de parler sans choisir les mots qui leur traversent l’esprit, il met à leur disposition un divan. La position allongée diminue la résistance du patient, favorise l’émergence des souvenirs refoulés, facilite le transfert. Le psychanalyste est assis derrière le patient, à l’abri de son regard.
« Les mots sont bien l’outil essentiel du traitement psychique. | Le profane trouvera sans doute difficilement concevable que les troubles morbides du corps ou de l’âme puissent être dissipés par la « simple » parole du médecin. Il pensera qu’on lui demande de croire à la magie. | En quoi il n’aura pas tout à fait tort ; les mots de nos discours quotidiens ne sont rien d’autre que magie décolorée. »
Sigmund Freud, « Traitement psychique » (1890)
La vie sexuelle
En 1905, lorsque Freud publie Trois essais sur la théorie sexuelle, suivie un peu plus tard de Contribution à la psychologie de la vie amoureuse, la sexualité fait déjà l’objet de nombreuses études scientifiques. Elle est aussi au cœur de l’œuvre de beaucoup d’artistes à Vienne, notamment Gustav Klimt ou Egon Schiele.
Dans son ouvrage, Freud décrit ce qu’il nomme « libido« , une énergie vitale ayant sa source dans la sexualité. Pour lui, il est impossible de concilier les exigences de cette pulsion sexuelle, dont le but est la recherche égoïste du plaisir, avec les attentes de la civilisation qui impliquent entente et cohésion sociale. Le refoulement de la libido entraîne le plus souvent des troubles psychiques, des névroses. Mais cette énergie vitale est également susceptible de se déplacer vers des buts non sexuels. Sa sublimation serait à l’origine des productions culturelles les plus élevées de l’humanité. Par sa capacité à se transformer, la pulsion sexuelle innerverait la plupart des activités et des comportements humains.
La beauté

Pour Freud, il est incontestable que le concept du beau a ses racines dans l’excitation sexuelle, pour autant la vue des organes génitaux n’éveille pas d’émotion esthétique, car cette dernière naît précisément d’un détournement de la pulsion sexuelle vers d’autres buts, notamment vers la forme du corps dans son ensemble. En somme, représentation des organes génitaux et œuvre d’art sont incompatibles.
L’Origine du monde, qui a appartenu au psychanalyste Jacques Lacan, et pour lequel ce dernier avait fait réaliser par son beau-frère, André Masson, un panneau coulissant servant de cache, est un cas limite, une représentation du sexe socialement considérée comme une œuvre d’art.
« Malheureusement, c’est sur la Beauté que la psychanalyse a le moins à nous dire. Un seul point semble certain, c’est que l’émotion esthétique dérive de la sphère des sensations sexuelles ; elle serait un exemple typique de tendance inhibée quant au but.
Primitivement la « beauté » et le « charme » sont des attributs de l’objet sexuel. | Il y a lieu de remarquer que les organes génitaux en eux-mêmes, dont la vue est toujours excitante, ne sont pourtant presque jamais considérés comme beaux. En revanche, ce caractère de beauté s’attache, semble-t-il, à certains signes sexuels secondaires. »
Sigmund Freud, Malaise dans la civilisation, 1930.
L’interprétation des rêves
« Avec Freud seulement on en revient à une appréciation positive du rêve considéré comme révélateur du sort. | Mais là où les autres ne voyaient que le chaos, l’incohérence, la psychologie abyssale a reconnu l’enchaînement ; ce qui semblait à ses prédécesseurs un labyrinthe confus et sans issue, lui apparaît comme la via regia qui relie la vie consciente à l’inconsciente. »
Stefan Zweig, La Guérison par l’esprit, 1931.
Dans l’un de ses rêves, Freud se voit sans le moindre dégoût, au sommet d’un tertre, nettoyant avec le jet de son urine une cuvette de latrines, recouverte d’excréments de toutes tailles et de tous les degrés de fraîcheur, et en éprouve une vive satisfaction. Analysant son rêve, il se souvient d’avoir consulté la veille une édition de Gargantua, illustrée par Jules Garnier, où l’on voit le géant de Rabelais compisser du haut des tours de Notre-Dame les Parisiens, jugés grossiers et sales. Au-delà de l’envie réelle d’uriner, qui peut être l’élément déclencheur, Freud interprète la scène comme un rêve de grandeur. Tel Gargantua purgeant Paris de ses immondices, il souhaite nettoyer la psychiatrie de ses erreurs et faire place nette pour que triomphe la psychanalyse.

« Sigmund Freud : Du regard à l’écoute. » Du mercredi 10 octobre 2018 jusqu’au dimanche 10 février 2019 au mahJ, 71 rue du Temple, Le Marais, Paris 3ème.
Quelle place pour la folie dans la civilisation ? [1h56min]
La folie inquiète et angoisse. Elle provoque le rejet ou la fascination. Dans son « Histoire de la folie à l’âge classique », Michel Foucault s’est intéressé aux modalités d’exclusion de la folie. L’avènement de la raison s’accompagne d’un rejet de ce qui n’est pas elle.
Mais avec Freud et la découverte de l’inconscient, surgit un nouveau rapport à la folie. Elle devient expérience humaine. Lacan parlera de causalité psychique pour montrer qu’être fou, c’est souffrir d’une maladie de la parole. Écouter le fou, c’est alors s’intéresser à ce qu’il nous apprend sur notre rapport à la parole et à l’Autre.
Conférence inaugurale du cycle Psychiatrie, psychanalyse et malaise social
8 octobre 2018, à la bibliothèque du Centre Pompidou, avec : Philippe Petit , Clotilde Leguil, Frédéric Gros
Portrait de M.D
Comme M.D, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.
Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?
Ma mère est sans doute la personne qui m’inspire le plus. Elle est humainement hors norme ; la plus pure à mes yeux. Elle a souffert et souffre toujours, mais c’est une armure.
J’ai trouvé refuge dans la philosophie, qui est la voie que j’ai choisi pour reprendre mes études. J’adore apprendre, j’ai toujours aimé cela, et la philo m’apporte encore plus de clés pour comprendre les autres, le monde, et moi-même.
J’aspire à réussir mes études, à les continuer le plus loin possible. A apprendre, encore et toujours.
Secrètement, j’aimerais changer les choses, ne serait-ce qu’à un niveau local, et la politique est un domaine qui m’intéresse beaucoup.
Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?
A l’heure actuelle, je n’ai pas de métier !
J’étudie seulement, et je n’ai pas d’idée fixe de métier. Beaucoup de domaines différents m’intéressent.
Pendant longtemps, j’ai souhaité travailler au contact d’animaux, ils me font un bien fou. Mais j’aime aussi le contact avec les personnes en difficultés, les accompagner dans leurs démarches, initier les plus âgés et les plus éloignés du numérique a l’informatique. Et pleins d’autres choses encore…
Je trouve ça difficile de devoir faire un choix, quand des centaines de métiers sont intéressants.
Ma seule certitude est de vouloir un métier dans lequel je pourrai évoluer vers d’autres métiers encore.
Que penses-tu du monde de la santé mentale?
Je pense que c’est compliqué, tant pour les patients eux-mêmes que pour les soignants, qui pour certains ont une réelle volonté d’aider, d’accompagner. Mais il y a beaucoup trop de choses qui ne vont pas dans les prises en charges telles qu’elles sont faites actuellement.
J’ai été régulièrement hospitalisé en psychiatrie de mes 11 ans à mes 18 ans. Ces hospitalisations avaient plus d’effets néfastes que bénéfiques.
Très jeune, on a commencé à me gaver de médicaments de toutes sortes. A 14 ans, sous anxiolytiques, je dormais 23h par jour.
Ce n’est pas normal de bousiller des jeunes comme ça. J’ai eu droit a des traitements de cheval jusqu’à mes 22 ans, et je n’allais pas bien, j’étais totalement instable.
Puis, j’ai rencontré un nouveau psychiatre et ma vie a changé du jour au lendemain.
Fini la tonne de médicament,s fini les menaces d’hospitalisation parce que je n’en pouvais plus d’avaler 15 pilules par jour.
Elle m’a écouté, entendue. deux médicaments différents par jour. Traitement que l’on a défini ensemble, en fonction de tout ce que j’avais déjà eu et des effets secondaires que j’avais pu avoir. Fini la menace, rien d’imposé, que des propositions d’hospitalisations dans les périodes les plus difficiles.
En l’espace d’un an, et grâce a elle, j’ai réussi à me stabiliser, et je le suis toujours.
Pourtant, elle n’a rien fait de plus que ce qu’un psychiatre devrait faire : elle m’a simplement écouté, m’a considéré comme un égal, comme une personne équilibrée et capable de prendre des décisions conscientes, installé une relation de confiance qu’elle n’a jamais brisé et ma permis de travailler sur moi-même.
Je souhaite à tout le monde de rencontrer un psychiatre comme cela, parce que pour moi ça a vraiment tout fait.
Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?
Tellement de choses ! Et pour moi, il est nécessaire d’en tirer du positif, ce n’est qu’une façon parmi d’autres de reprendre le contrôle dessus, de ne plus la subir de façon totalement passive mais au contraire d’en faire une force.
Les qualités humaines surtout. L’empathie, accepter l’autre comme il est. Ne pas juger, ne pas s’arrêter à des a priori.
Un respect sans nuances ou limites. Un sens de la justice également.
Il y aurait tant de choses a ajouter.
Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?
Pourquoi pas, même si c’est une grande responsabilité.
Le modèle italien est inspirant.
Il faudrait commencer par changer en profondeur la système psychiatrique en France. Stopper les hospitalisations a outrances, qui ne sont pas toujours utiles, bien au contraire, et qui ne devraient être faites qu’en cas de crises majeures, sans autres solutions immédiates. Et, lorsqu’elles ont lieux, ne pas laisser les patients tourner en rond toute la journée.
L’activité est importante, que ce soit physique, manuel, intellectuelle. Rester inactif ne permet pas d’aller mieux, et c’est aberrant que ça se passe comme cela en HP. Des structures à taille humaine seraient également plus bénéfiques.
Privilégier les accompagnements dans la vie quotidienne, remettre le patient au cœur de la prise en charge, l’amener a reprendre le contrôle de sa vie quand cela est possible.
Faire en sorte que la prescription de tous les médicaments utilisés en psychiatrie ne puisse être faite que par un psychiatre, et que cela soit également possible qu’avec un suivi psychologique à côté. Que ces médicaments soient prescrits de la façon la plus modérée possible.
