Portrait d’Iman

Comme Iman, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

 

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

Je me suis rendu compte que ma source principale d’inspiration était la nature humaine.

Je dirais plutôt qu’elle me fascine parce qu’elle m’intéresse autant qu’elle me révolte.

Je crois que depuis que je suis petite j’observe beaucoup mes congénères et je ne cesse de chercher à comprendre tous les rouages, principalement psychologiques de cette espèce !

Les personnes qui m’ont inspirée avaient toutes une très grande fragilité et étaient toutes des artistes. Comme je ressentais absolument tout par les pores de ma peau, je me suis mise à danser pour tenter de donner sens à toutes les émotions qui me submergeaient.

Lorsque je n’en peux plus, je retourne dans le nid de la Nature pour écouter ce qu’elle a à me dire.

J’aime l’intimité, j’aime le partage et les rencontres, j’aime énormément rire, sans-doute parce que j’ai beaucoup trop pleuré.

Je passe beaucoup de temps à écrire, à danser et à aimer. Aujourd’hui, l’art et l’humour sont des compagnons très précieux.

 

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

J’ai plusieurs cordes à mon arc mais l’activité que j’ai finalement le plus développée est la danse, l’enseignement de la danse. Laquelle vous demandez-vous ?

J’ai enseigné les danses orientales pendant 16 ans ( le style égyptien particulièrement mais pas seulement ). C’était passionnant mais difficile à la fois car je ne me reconnaissais pas dans les clichés qu’elle véhiculait et qui ont la peau dure. Je me suis beaucoup questionnée.

Finalement, j’ai créé mon approche, je suis sortie du cadre imposé et je me suis libérée de beaucoup de choses.

La Danse Source puise à la source des danses et des musiques du monde entier pour permettre de trouver en soi la voie de la danse. A la source de soi et du monde, trouver le chemin ici et maintenant, de notre propre corps dansant.

J’ai mis en place il y a peu des ateliers de danse thérapie car je suis convaincue que la restauration de ce que j’appelle « la Pyramide du Soi  » passe par le corps : estime de soi, confiance en soi et affirmation de soi, sont toujours la cause de grands troubles ou dysfonctionnements psychiques.

Je m’intéresse aussi beaucoup aux corps handicapés et je souhaite permettre au plus grand nombre de goûter à la joie de danser et d’apprendre de tout ce merveilleux patrimoine que constituent les danses dites du monde.

Je pourrais en parler des heures mais je suis contrainte ici de synthétiser. J’écris des articles régulièrement pour pouvoir exprimer tout cela !

 

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

C’est un sujet qui me passionne et me préoccupe tous les jours car je souffre moi-même de bipolarité et de dépressions.

Bien que je sois stabilisée, c’est forcément un sujet essentiel pour moi, tant d’un point de vue personnel que professionnel.

Je suis passée par toutes les phases, tout le parcours médical et psychiatrique, les hospitalisations, les doutes, les rejets puis l’apprentissage.

Car oui, finalement je peux dire aujourd’hui que j’ai appris considérablement sur moi-même, sur la pathologie et sur les autres.

Pendant longtemps je me suis sentie des deux côtés du mur : j’étais à la fois la personne souffrante et la thérapeute en devenir.

Il m’a fallu des années de travail sur moi pour que ce conflit n’en soit plus un.

Le diagnostique une fois posé, après bien des années d’errance, a été le point de départ de ma résilience.

Rien ne s’est fait facilement mais j’ai tellement appris !

Je continue d’apprendre, de grandir et d’avancer et je me suis réconciliée avec celle qui souffrait. La créativité a joué là encore un grand rôle mais pas seulement, la thérapie comportementale et cognitive avec mon psychiatre m’a donné de véritables outils que j’utilise à présent en danse thérapie et bien entendu dans ma vie quotidienne.

Il y a tant d’améliorations à apporter dans le monde de la santé mentale.

Je lutte beaucoup contre la stigmatisation, les idées reçues et les fausses croyances. Je suis pour que diverses compétences se rencontrent afin de proposer des soins complémentaires aux patients.

Je ne veux pas être « anti » je veux travailler « avec « .

 

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

La folie, c’est comme pour tout : si elle est acceptée, canalisée, prise en considération et prise en charge, elle peut être une grande source de créativité. La folie est partout.

Lors de ma toute première hospitalisation, j’avais 17 ans, j’ai dit à mes parents en quittant la clinique que « les fous étaient tous dehors  » ! Je quittais un univers clos dans lequel j’avais rencontré une telle diversité humaine et une telle richesse qu’il me semblait que tous les gens que je voyais dans la rue n’étaient pas normaux. La norme est forcément relative. Pour avoir côtoyé les deux mondes, je peux dire aujourd’hui qu’il n’y a pas plus de folie d’un côté du mur.

Le  » monde des fous  » m’a appris la tolérance inconditionnelle, l’acceptation de toutes les différences et le non jugement.

J’évite juste d’être souffrante lorsque je suis dans mon rôle d’enseignante ou de danse thérapeute car je sais que pour bien faire, il faut être en équilibre soi-même !

Alors la folie… oui j’ai dû être folle dans mes comportements, mes réactions, dans les diverses expressions de ma souffrance, mais je ne me suis jamais considérée comme folle.

La folie pour moi, c’est de laisser ce monde et cette planète se casser les jambes sans agir…

Je n’ai jamais été aussi créative que depuis que j’ai compris de quoi je souffrais.

 

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Non, je ne pourrais pas devenir ministre de quoique ce soit car je ne le souhaite pas. La politique ne m’intéresse pas de cette manière.

La politique, je l’aime dans les actions que je mène à mon tout petit niveau et ça me va bien comme ça.

Si j’en avais l’occasion je lui dirais de donner beaucoup de moyens pour la santé et particulièrement pour la santé mentale, car je sais que ça n’ira pas mieux.

Il faut absolument s’occuper de toutes ces personnes qui ont subi des guerres et l’exil, de toutes ces personnes qui souffrent et qui sont isolées, de tous ces jeunes qui vont très mal.

Beaucoup de moyens, c’est essentiel !

 

Une page que tu aimerais faire connaître?

http://dansesource.jimdo.com

Portrait de Julien Hennebo

Comme Julien, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

C’est une bien large question, il y a tant de choses auxquelles j’aspire. Je pourrais résumer en disant la sérénité, le bonheur…

Je souhaite le bonheur dans mon couple, au travail, avec les ami(e)s et le bien être de mes deux enfants, une relation facilitée avec mon ex-femme.

J’aimerais faire évoluer le monde de la psychiatrie, je suis en contact avec les professionnels du secteur.

Je suis président d’une association d’usagers créée en 2017, je souhaite faire évoluer la perception des gens.

Il y a beaucoup d’espoir contrairement à la vision générale du public.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

J’ai été 10 ans moniteur de char à voile. Je suis un grand adepte des sports nautiques, kite surf et windsurf. J’adore la proximité avec la nature, les sensations fortes… Je suis encore moniteur les weekends et les vacances mais j’essaie de ralentir pour m’octroyer plus de temps pour moi et ma famille.

En mars 2017 j’ai obtenu mon diplôme d’AMP, aide médico psychologique grâce à un congé individuel de formation.

Je travaille depuis novembre 2017 dans un collège-lycée avec internat auprès d’adolescents ayant un handicap moteur.

Mon rôle est de les accompagner dans leur vie quotidienne et de veiller à leur bien être psychologique.

J’aime beaucoup ce travail, c’est riche en relation humaine. J’apprends énormément particulièrement quand il y a des tensions à gérer. Ici les jeunes sont bien traités et on peut leur apporter beaucoup. Et on travaille en équipe pluridisciplinaire.

J’ai maintenant un temps plein (38H30) semaine et je suis en congé pendant chaque vacance scolaire.

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

A nouveau c’est large comme question.

D’abord c’est quoi le monde de la santé mentale?

C’est la psychiatrie? Les usagers? Les proches d’usagers? Les ex usagers?

Sans doute tout cela à la fois et plus peut être…

Les psychiatres sont bien trop fermés dans leur monde rationnel, ils refusent d’ accepter qu’il existe des choses qui dépassent l’entendement.

Les usagers sont englués dans leur troubles, manque de confiance en eux, n’arrivent pas à se détacher de leurs proches parents.

Les ex usagers eux ont vraiment du mal à se faire entendre. C’est à se demander s’il ne vaut mieux pas être toujours usager pour être écouté et crédible. Sinon on peut même être vu comme dangereux voire nocifs pour les « autres malades ».

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

La folie fait partie de la vie. Je suis adepte des philosophies asiatiques. Pas d’obscurité sans lumière, pas d’amour sans haine, pas de douleurs sans plaisirs… Et donc pas de folie sans sagesse…

La folie peut être, je crois, un des chemins de la sagesse. Un chemin difficile, très difficile et complexe. On ne sera jamais plus comme avant et d’ailleurs ce n’est plus du tout Ce que l’on cherche une fois rétabli.

Il faut apprendre à gérer de nouvelles émotions très fortes, on est une éponge, il ne faut pas se laisser déborder. C’est un jeu d’équilibriste.

On se connait mieux, on connait mieux son corps, on connait mieux les autres. On apprend beaucoup, on a aussi pleins d’interrogations.

Traverser le monde de la folie pour se rétablir, c’est un chemin initiatique, accepter les choses, se faire tout petit, être très humble et patient et accéder au final à une grande richesse intérieure.

Après ce n’est pas une aventure idyllique, j’aurais pu perdre la vie plusieurs fois, provoquer la mort d’autres personnes, rendre malheureux beaucoup de monde.

Ce qu’on peut tirer de positif de la folie, c’est donc ce à quoi je m’évertue chaque jour et c’est devenu en quelque sorte l’un des principal but de ma vie.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Non je ne pense pas. Je serais je crois bien trop éloigné du terrain.

J’aimerais beaucoup dans un premier temps travailler comme « pair aidant professionnel ».

J’aimerais que l’association OPALEGEM fonctionne réellement et que je puisse vraiment aider des personnes à évoluer, à se rétablir d’avantage de leurs troubles. J’aimerais encore qu’il existe dans mon secteur un conseil local en santé mentale.

Ce que je demanderais au ministre, je ne sais pas vraiment, ça dépend du contexte dans lequel je le rencontrerais.

En tous les cas, j’essayerais de lui transmettre mes ressentis, mes émotions, lui faire part de ce que moi j’ai vécu, de ce que je ressens, ce que l’on a dit à mes parents lors de ma première crise:

« Votre fils va prendre un traitement toute sa vie, il fera 20 kg de plus, il n’aura pas la vie que vous aviez espéré ».

Et pourtant… je suis là… et bien différent de leurs prédictions…

Une page que tu aimerais faire connaître?

http://revfrance.org/

Portrait de Fofolle73

Comme Fofolle73, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

Mes inspirations sont mes enfants. Grâce à eux, j’avance, je grandis en même temps qu’eux.

Mon job est aussi une grande passion. Il me fait rencontrer des personnes de toutes origines, cultures, des penseurs ou cartésiens et m’adapter à chacun est pour moi un jeu. Finalement, on pourrait m’appeler caméléon.

Mon Homme, mon Amour, me fait aussi avancer, en m’acceptant, en acceptant notre vie, avec des up et des down.

Je rêve d’avoir une vie avec des hauts, avec des bas, mais dans la mesure du raisonnable, à ne plus me poser de questions et vivre sereinement.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Mon métier finalement c’est gérer. Gérer mes collaborateurs, mes clients ou fournisseurs mais aussi gérer mes succès et mes échecs.

C’est me transformer aussi, en maître d’école ou psychologue. C’est aussi motiver, montrer l’enthousiasme et l’exemple. Pas facile… difficile même, mais vivant.

Et travailler avec son frère, sa chaire, se lever tous les matins en disant je vais retrouver mon frère

Ça… Ça… c’est plus important que tout… mon frère, mon opposé, mon complément… on forme un tout ensemble.

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

Merci… merci à eux d’être là… surtout dans les situations de crise…

Je l’appelle le grand sage… Mon premier psychiatre clinicien… m’a sauvé la vie.

Merci à ma toute nouvelle neuro-psy qui me fait avancer.

Je regrette une chose c’est le manque de liens entre les différents spécialistes et les différentes périodes de vie ce qui fausse les diagnostiques ou les retardent… et ça c’est grave.

Il faudra trouver une solution pour qu’il y ait un monde de la santé mentale et non des mondes différents.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

J’ai lu une citation :

« Certains ne deviennent jamais fous… que leurs vies doivent être ennuyeuses »

Je la trouve pas mal.

Sinon, en opposition avec le terme.

La folie m’apprend à mieux me connaître.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Carrément oui. Votez pour moi.

Je ferai de la santé mentale un seul monde, avec les liens pour qu’on avance.

Portrait de Caroline

Comme Caroline, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

Les animaux, les danseuses et danseurs, une rivière dans les Pyrénées Atlantiques, rénover et bricoler avec toutes sortes de matériaux, observer nos humains à une terrasse en fumant ma clope avec un petit café, respirer calmement, sereinement avec le sourire aux lèvres.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Pas encore trouvé ma voie mais j’ai eu plusieurs métiers…

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

Trop enfermé.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

Qu’elle soit douce ou pas ? Des éclairs de conscience qui vous font bouger les neurones et ouvrir les yeux sur notre petit bout de planète envahie par nous autres, nom d’un petit bonhomme.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Non, moi dans la politique ? Je lui demanderais s’il ne faut pas être fou pour vouloir assumer cette fonction.

Portrait d’Ulule

Comme Ulule, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

J’aspire vraiment à une vie la plus normée possible et pourtant je vois bien que je n’y arrive pas.

J’aimerais des choses simples pour mon avenir, comme un travail, me marier, avoir un enfant, quelques loisirs…

Dans la mesure de mes capacités, j’essaye de ne pas trop me projeter, c’est angoissant pour moi.

J’avance au fur et à mesure, je fixe quelques objectifs à long terme et je tente de les mener au bout même si je dévie en route.

Je ne considère pas avoir des « inspirations », j’essaye de prendre le positif dans toutes choses.

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

Je pense que les hôpitaux psychiatriques sont à fuir dans la mesure du possible (ça reste parfois la seule alternative pour éviter de se retrouver impliqué dans une « non assistance à personne en danger »).

Des séjours courts seraient bénéfiques pour certaines personnes mais je pense qu’il faut vraiment réfléchir à l’utilité de l’hospitalisation longue et/ou sous contrainte. Un patient hospitalisé contre son gré ne peux se soigner dans de bonnes conditions. Une hospitalisation trop longue implique un retrait total de la vie sociale et professionnelle, une réintégration difficile…

Pour ma part j’ai été hospitalisée seulement en tant que mineure (mais pas que dans des services accueillant des mineurs) pendant environ 4 années.

Ce n’est pas la psychiatrie qui m’a aidé, c’est ce qui m’a détruit.

Je pense même pas avoir besoin de raconter pour qu’on s’imagine ce que représentent 4 années d’hospi.

En réalité je n’étais pas sensée m’en sortir (ce qu’on a dit a mes parents c’est que je vivrais internée, de faire le deuil !)

Puis finalement j’ai galéré mais je m’en suis sortie (à force de fugues, de demande de sortie, de crises et de désespoir)

Pour preuve : j’ai moi même décidé d’arrêter tout traitements (avec un sevrage progressif, l’appui de ma mère et d’un médecin scolaire incroyable) ça a pris 2 ans.

Et aujourd’hui ça fait 3 ans que je vis bien, sans aucuns neuroleptiques ni anxiolytiques alors que j’étais hyper médicamentée et sois disant destinée à l’être à vie…

Ou comment juger de la santé mentale d’une gamine peux ruiner sa vie.

Je pense que ça suffit à résumer ce que je pense du monde de la santé mentale lol.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

Je ne trouve pas le mot « folie » adéquat… Je ne trouve pas que je suis folle ni que les gens que j’ai pu rencontrés en HP soient fous.

Inadaptés, décalés oui mais aussi uniques, riches, avec souvent de grosses expériences de vie. De belles personnes et de belles rencontres, pas des fous.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Je ne serai jamais ministre et je crois que même si je lui demandais ça ne se ferait pas donc à quoi bon ?

Mais dans la possibilité où ça changerait quelque-chose je demanderais un vrai suivi des personnes fragiles et/ou atteintes de troubles mentaux /psychiques et pas seulement de l’occupationnel au mieux, de la semi-surveillance au pire.

Un suivi non seulement médicamenteux selon les cas, mais aussi global impliquant l’intégration sociale, la vie personnelle (hygiène, besoins primaires et secondaires..), professionnelle dans la mesure du possible et surtout au maximum « hors les murs ».

Puis vu l’état des hôpitaux… Quelques travaux ne feraient pas de mal hein.

Portrait de Rafa83

Comme Rafa83, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

Les deux seules personnes qui m’aient inspirée, qui ont forgé ma personnalité, ne sont plus de ce monde.

Le premier c’était mon papa, c’est l’homme idéal introuvable, l’artiste talentueux mais incompris, celui qui n’a pas sa place dans cette société où le rêve, la douceur et le beau n’ont pas leur place, tellement incompris qu’il a échoué en psychiatrie, pour schizophrénie… il faudra encore m’expliquer comment un homme de 50 ans se découvre schizophrène un beau matin, après avoir travaillé et élevé 5 enfants.

La seconde c’est ma grande sœur, belle, flamboyante, de ces femmes qui ne passent pas inaperçue. Moi à côté, je n’étais rien ou pas grand chose, timide, petite, boulotte… mais je l’aimais et c’était mon modèle. C’était ma Marylin Monroe et comme elle, elle n’a pas supporté le temps qui passe, les flétritures de l’âge et elle a tiré sa révérence.

Maintenant, je n’aspire à rien si ce n’est au calme et à la sérénité… j’ai envie de flâner, de musarder, de photographier, de rêver… je ne veux plus avoir mal, je ne veux plus avoir d’émotions, de peurs et d’angoisse…

Certains diraient que c’est ennuyeux, je répondrais que c’est apaisant. Je me lance dans la contemplation.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Je n’ai plus de métier depuis 10 ans. J’étais assistante commerciale, tout se passait bien (ou pas), j’aimais mon métier jusqu’à l’extrême, jusqu’à en oublier ma vie privé, jusqu’à ne vivre que pour mon travail, rapportant du travail chez moi la nuit.

Ca a tenu une quinzaine d’année et puis badaboum, l’anorexie, peut-être ma manière de dire: stop, ce n’est pas la vie que je veux.

J’ai été tellement bien à ce moment là, j’étais surpuissante, sûre de moi, je me pensais belle et attirante, j’ai eu, pendant quelques temps, tout ce dont je rêvais et j’ai encore du mal à me dire que c’était un mensonge de la maladie.

Je n’ai pas compris quand j’ai été hospitalisée, pas compris qu’on me dise que j’étais en danger alors que je me sentais si bien.

D’hospitalisation en arrêt de travail, je me suis retrouvée en invalidité et là je me suis écrabouillée.

Je n’avais plus rien. Mon boulot c’était ma vie. Mon anorexie mon anti dépresseur.

Depuis, je survis, j’ai tout perdu, je saute de dépression en dépression…

J’attends la retraite pour me dire que je ne suis pas en arrêt de travail mais à la retraite…

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

Beaucoup de bien… et autant de mal.

Si la psychiatrie ne s’ouvre pas, ne s’appuie pas sur d’autres acteurs, elle se fourvoie et se perdra.

Si la psychiatrie se résume à enfermer les malades et ne cherchent pas à les en sortir, en leur faisant confiance et en les accompagnant… autant mettre fin à leur souffrance.

J’ai fais plusieurs séjours en HP dont un dans un CHU. Les malades étaient triés par secteur géographique.

Autant dire que je n’oublierais jamais ces gens, du schizophrène qui hurlait en regardant le ciel et voyait Satan apparaitre en passant par l’autiste qui mangeait mon savon, le drogué en manque qui menaçait tout le monde à la dame déprimée qui m’a agrippé la main pour que j’appuie sur la sienne dans laquelle elle tenait un couteau appuyé sur sa poitrine…

Je ne les ai pas oublié, sans doute sont ils encore là bas… ou pas…

Moi j’observais, j’avais le malheur de ne pas avoir de médicaments, j’avais les idées « à peu près claires », j’attendais qu’on veuille bien me sortir de là.

Ce n’est pas la psy qui m’a sauvé, c’est mon médecin généraliste. Pourtant, j’en ai fait des centres spécialisés soit disant, des cliniques privées… il a juste fallu la bonne rencontre, un médecin généraliste. Elle m’a tenu à bout de bras pendant 10 ans. Sans elle, et qu’avec la psy, je serais retournée en HP ou pas, je m’étais juré de ne plus y remettre les pieds, plutôt mourir que de voir ce que j’y ai vu.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

Tous ceux que j’ai rencontré dans mon parcours chaotique en psy sont d’une incroyable sensibilité.

On me dira comment savez-vous qu’un autiste est sensible ?

Je m’en rappelle de ce monsieur qui ne sortait jamais, n’a sans doute pas vu le ciel depuis 20 ans. En attendant, il gémissait la nuit, en attendant, il se mettait en colère quand l’infirmière lui parlait comme à un enfant, en attendant, il me regardait, me fixait et il n’avait pas le regard vide.

Quand je suis arrivé dans le service, beaucoup m’ont pris sous leur protection, je pesais 30 kg mais pas un ne m’a jugé mais tous à table me demandaient de manger un peu et me gardaient la meilleur part et essayaient de me convaincre quand je ne voulais pas passer à table.

Je n’ai pas oublié cette petite mamie qui me refilait systématiquement et sans un mot tous les gâteaux que ses enfants lui ramenaient.

Tous ces gens ont une histoire, ont un passé, pour moi, le monde, la société, sont trop durs pour eux, pour moi, pour mon papa.

La « folie » est un refuge, une protection, une coquille.

On nous dit « fous » alors qu’on se protège de ceux-là même qui nous disent fous, mais en quoi est-ce fou de ne pas vouloir ou pouvoir être dans les normes sociales?

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Si je devenais ministre de la Santé, je commence d’entrée par restaurer les hôpitaux psy vétustes voire insalubres.

J’ai fait l’HP en CHU et une clinique psychiatrique, l’un c’était l’enfer, l’autre le paradis. Quatre personnes dans une chambre prévue pour deux, des murs moches gris et craquelés, la saleté, pas de sortie dans le parc possible s’il n’y a pas de soignants accompagnateurs, la gale en prime… c’est juste honteux.

Après, on peut discuter du nombre de soignants, mais avant tout prévoir des activités. Ca sert à quoi d’enfermer des gens si c’est pour les laisser tourner en rond entre deux repas…

Après les soignants, je suis partagée. Je comprends qu’il en manque, je comprends que c’est compliqué mais je vois aussi que lorsqu’on t’aboie dessus, te traite comme un bébé, tu n’as qu’un envie, c’est de les rabrouer… Je suis une calme, voire très calme, je ne me mets jamais en colère, j’essaye d’être le plus discrète possible, mais j’ai eu l’occasion de sortir de mes gonds, ce qui était une grande première pour moi.

J’imagine alors ce qui doit se produire dans la tête de ceux qui ont le sang plus chaud. J’avoue que lorsque j’ai fait appelé une infirmière en urgence par ma voisine de chambre, parce qu’une dame me cramponnait la main en me suppliant de lui enfoncer le couteau qu’elle cachait sur sa poitrine et qu’elle est revenue en me disant qu’elle viendrait après le petit déjeuner, soit dans une demi heure, j’ai hurlé et j’ai mis un tel ramdam qu’elle a finit par arrivé en me gueulant dessus. le ton est monté très très haut. Sauf qu’à un moment, j’ai senti la main de la dame m’agripper un peu plus fort et s’enfoncé. Bilan, elle a fini aux urgences et je n’ai jamais su si elle en était ressorti vivante, le psy avait interdit qu’on m’en parle.

Je n’oublierai jamais le regard de cette dame, je n’oublierai jamais la légèreté de l’infirmière.

Bref, il y a du travail, un énorme travail, mais le premier, c’est de reconnaitre les malades comme des êtres humains, comme des être sensibles…

Portrait de Sophie

Comme Sophie, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

J’aspire à la paix de l´esprit. Observer les insectes, les nuages qui n’ont d’autres buts que d’être m’inspire.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Le côté intellectuel est ma motivation première. Le désir de m’améliorer me guide.

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

Ça fait pitié. On fait peur, on rend mal à l’aise. Même les travailleurs de la santé sont bourrés de préjugés! Et c’est le parent pauvre de la santé.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

Ma créativité, ma manière de penser différente. Et des relations vraies.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Investir dans le milieu communautaire. Plus que les hôpitaux, les organismes nous aident et nous guident à travers ce que l’on vit.

Une page, association ou initiative que tu aimerais faire connaître?

Les Ressources alternatives en santé mentale du Québec.

Portrait de Bazile

Comme Bazile, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

J’aime être surpris, j’aime ce qui n’est pas conventionnel, ce qui ne fait pas consensus.

La créativité est un moteur mais pour y parvenir, il faut tout de même auparavant avoir travaillé ses gammes.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Je suis maintenant formateur en santé mentale et responsable formation d’un CHS après avoir longtemps été un acteur de terrain.

J’ai beaucoup aimé la rencontre en premier lieu des patients que j’ai eu la chance de côtoyer, j’ai apprécié leur folie, les ai peut être enviés même par moment (mais pas tous) car pour certains ils s’expriment sans filtres, sans compromis.

Maintenant, avoir la responsabilité de former de jeunes professionnels, entre autres, est une super opportunité pour leur faire gagner du temps sur la compréhension des troubles mentaux.

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

Il est mouvant, j’assiste à des guerres de clans, des philosophies de soin qui s’opposent et ne se respectent pas.

Il manque souvent, de part et d’autre, d’écoute de l’autre alors que pourtant le métier nous y inviterait.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

La liberté, cette possibilité d’agir sans s’inquiéter du regard de l’autre.

Quelquefois, j’aimerais avoir un peu de folie mais ma place dans la société ne m’y autorise pas (ou pas assez).

Moi je dis souvent qu’en psychiatrie, ce ne sont pas les patients le problème, ce sont les dynamiques d’équipe.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Ne pas voir que l’abord financier des prises en charge, même si l’efficience doit être un guide.

Si chacun savait occuper sa juste place!

Mais cela passe sûrement par la reconnaissance de l’autre, savoir aussi mobiliser ses équipes, les entraîner dans la bienveillance, le plaisir à travailler en équipe.

C’est quoi le soin?

Comment expliquer le soin à ceux qui vivent hors du soin?

Le soin, c’est la relation qui unit une personne souffrante à un professionnel de la santé.

C’est la relation soignant-soigné. Aussi humaine soit cette relation, elle n’en reste pas moins asymétrique.

Vous pouvez tomber amoureux de l’infirmière, c’est humain, mais l’inverse est improbable, elle est là pour vous soigner, prendre soin de vous mais jusqu’à une certaine limite, c’est la déontologie du professionnel.

Le soin rentre donc dans un cadre. A l’hôpital psychiatrique, le soin semble à l’évidence de distribuer des médicaments matin, midi et soir, et quand le patient refuse, de les lui injecter. On parle ici de soins sans consentement. Même si vous ne consentez pas, on vous pique.

Et puis, il y a les chambres de soins intensifs ou chambre d’isolement pour contenir en dernier recours les patients agités. Fermer une double-porte à clé et distribuer des psychotropes avec les repas, est-ce une modalité du soin ou une dérive?

Entre veiller sur vous et vous surveiller, où est la limite?

Quand il n’y a pas de moyens, que les soignants sont trop peu nombreux, sont-ils condamnés à devenir des gardiens de prison?

Le soin par la parole

Pourquoi assimile-t-on le besoin de soins à la prise de médicaments? Et la rupture de soins à l’arrêt précipité du traitement médicamenteux?

N’accorde-t-on pas trop d’importance à ces médicaments qui vous tranquillisent mais qui ne vous soignent pas.

Le soin passe avant tout par la parole, par des mots et une présence qui vous apaisent, par une écoute attentionnée. C’est ce qui différencie le personnel soignant d’un distributeur robotisé de médicaments.

Dans les moments de crise, la parole peut sembler superflue, on vous immobilise et on vous sédate comme condition préalable au dialogue.

Une fois la crise passée ou maîtrisée, et une fois qu’on va mieux, on peut se demander si on a encore besoin de soins.

Les soins à vie (et la continuité des soins) semblent être la seule issue à long terme pour prévenir les rechutes.

Prendre soin de soi aussi car il y a une vie en dehors du cadre du soin.

Joan

Joan a lu « Architecture pour la psychiatrie de demain »

Cet ouvrage collectif rassemble un panel d’auteurs d’horizons variés comme le député Denys Robiliard, des directeurs d’hôpitaux, des soignants (psychiatres et infirmiers), des architectes mais aussi des directeurs des investissements et de l’immobilier.

On regrettera l’absence de contributions de la part d’usagers de la psychiatrie bien que les auteurs insistent sur le rôle important qu’ils auront dans la psychiatrie de demain.

Le livre présente 20 projets et établissements, parmi les 635 établissements autorisés pour l’activité de psychiatrie en France, sous la forme de fiches où le texte prend le dessus sur les images et les plans d’architecture.

Au-delà de ces fiches-projets, ce sont les contributions théoriques qui prédominent parmi lesquelles on peut piocher des idées intéressantes.

Mais revenons sur ce titre prometteur: l’architecture de la psychiatrie de demain.

La psychiatrie de demain

La psychiatrie est ici définie comme l’étude médicale des maladies mentales. On se situe dans le champ de la santé, du sanitaire et, finalement, qu’est-ce que le lieu de la psychiatrie sinon un hôpital entre les mains d’un médecin psychiatre et son équipe soignante.

La psychiatrie de demain remet en cause l’hospitalo-centrisme au profit d’une psychiatrie « hors les murs » rendue apparemment possible par l’apparition des neuroleptiques dans les années 1950. Disons qu’avant c’était l’asile de fous et que maintenant les patients sont médicamentés donc plus calmes et réinsérables. Héritière de la psychiatrie de secteur, la psychiatrie de demain sortira de son cloisonnement pour se rapprocher des soins somatiques et de l’hôpital général mais aussi du champ social et médico-social.

A travers plus de coordination et d’ouverture, il s’agit de redonner au patient le goût de la vraie vie en dehors des lieux de soin. On entrevoit cependant le risque d’un soin « médico-technique » qui se résumerait à trouver les bonnes doses de médicaments laissant de côté le soin relationnel.

L’architecture psychiatrique

« Ce qui compte, c’est de construire un lieu de vie agréable, lumineux, favorisant la rencontre, le bien-être… Ce qui vaut pour le bien-portant vaut pour la personne fragilisée! »

Donato Severo

Qu’est-ce qui distingue l’hôpital psychiatrique de l’hôpital général? Sûrement les soins sous contrainte.

Le livre n’interroge pas l’existence de secteurs fermés et des chambres d’isolement où l’on place les patients agités. Cependant, il évoque l’exemple des espaces fermés-fermables comme une alternative intéressante:

Cette zone à géométrie variable de 5 chambres par unité permet en usage fermé de contenir un patient dans une zone de circulation fermée avec espaces communs et extérieurs, mais d’avoir un usage classique de chacune de ces chambres en autorisant la circulation dans tout le service et ceci grâce à une double porte.

L’architecture peut avoir une fonction apaisante mais pas que:

« L’apaisement n’est sans doute pas une condition suffisante… Pour qu’ils recouvrent cette place tant convoitée, encore faut-il qu’ils puissent s’ouvrir à l’autre et au monde extérieur. Or cette ouverture peut aussi être du ressort de l’architecture.

L’espace individuel qui se projette sur l’espace collectif, l’espace collectif qui se projette sur l’espace extérieur, l’espace extérieur qui se projette sur la ville… sont autant de projections successives qui, traitées avec subtilité et poésie, contribuent à une socialisation progressive. »

Victor Castro, architecte.

Il s’agit idéalement de lutter contre la sensation d’enfermement, d’ouvrir les lieux sur la ville, mais les questions de sécurité notamment du personnel soignant semblent peu conciliables avec cet idéal.

« Un espace suffisamment ouvert pour que le patient ne se sente pas enfermé et suffisamment contenant pour qu’il ne se sente pas esseulé. »

Les patients sont décrits comme imprévisibles ou alors en état de confusion. La hantise de la crise suicidaire semble orienter tous les aménagements intérieurs, on ferme les fenêtres pour éviter les défenestrations et on supprime tout matériel pouvant servir le passage à l’acte. On aurait apprécié une approche sensible de ce que vit le patient.

Concernant l’organisation spatiale, on nous suggère des bâtiments en forme d’étoile ou alors en forme de papillon avec un poste de soins central et des unités de chambres en périphérie mais on a du mal à distinguer la puissance évocatrice de ces formes de leur réelle pertinence en terme d’architecture.

Enfin, certaines expressions en anglais dans le texte comme magnet hospitals, design thinking, digital hospital, healing environment bien qu’évocatrices, auraient mérité d’être expliquées plus concrètement au-delà de leur effet « magique ».

On aurait aimé plus d’exemples d’architecture extra-hospitalière mais il faut souligner la qualité des projets choisis et de l’édition.

 

Architecture pour la psychiatrie de demain / sous la direction de Yann Bubien & Cécile Jaglin-Grimonprez. 

Presses de l’EHESP, 2017.