Un match de folie

Par un dimanche de septembre, je me suis rendu au stade et j’ai fini le lendemain interné en psychiatrie. Voici mon récit pour tenter de mettre en mots ce souvenir vivace.

Nouvellement abonné au Paris Saint-Germain, je devais me rendre au Parc des Princes pour le match entre le PSG et Lyon. Mais en attendant, je me suis arrêté en chemin à Place de la République pour voir s’il y avait encore des débats sur la place publique. Alors que j’étais dans les couloirs du métro, j’entends une annonce prévenant que les sorties du métro sont fermées pour cause de manifestation. Je me dirige tout de même vers la sortie et, à ma surprise, les portes sont ouvertes.

Je replonge dans le métro après avoir vu une voiture de police et une forte suspicion m’envahit, j’ai l’impression que les caméras du métro m’observent. Direction le Parc des Princes, dans un métro bondé. Je prends mon temps pour sortir car je commence à croire qu’il y a des policiers en civil, ou plutôt des renseignements généraux (RG) qui m’attendent à la sortie.

Comme il pleuvait, j’attendais dans le couloir qui donnait sur la sortie avec d’autres supporters. Alors qu’arrivent les voyageurs d’un second métro, je décide de sortir. Je vois des cars de CRS, l’un des chefs me regarde sans m’interpeler, je me dis alors qu’il a dû me prendre pour un policier en civil vu que j’étais tout de noir vêtu.

Je passe un à un les contrôles avec ma carte d’abonné et je vois une policière avec un fusil mitrailleur postée sur le chemin. Je commence à croire à une menace terroriste et que la menace c’est moi.

Je décide de me fondre dans la foule et j’entame la discussion avec d’autres supporters. J’étais arrivé trop tôt et les portes du stade étaient encore fermées. Sauf qu’à un moment on entend le son d’un mégaphone qui demande s’il y a des abonnés dans la foule. Puis ils commencent à se moquer d’un jeune avec qui je parlais.

Après avoir ignoré les supporters au mégaphone, j’accède enfin à la tribune encore vide de monde. Assis impassiblement, j’écoute les chants des supporters et j’ai l’impression d’entendre mon prénom et des chants contre Daesh. Au bout d’un moment, on nous distribue des ballons de baudruche rouges et bleus, chose que je n’avais jamais vu au stade. Et puis, le speaker annonce le jeu concours qui récompense un abonné capté au hasard dans la tribune par les caméras du stade. Quand arrive la mi-temps, le supporter descend sur la pelouse pour recevoir son cadeau, sauf que ce soir là, personne n’est descendu. J’espère me tromper, j’avais sûrement la tête ailleurs car je voyais défiler dans l’escalier des personnes dont la tenue neutre me faisait penser à des policiers en civils.

Comme ils s’arrêtaient près de moi, j’ai bien tenté de les démasquer et je me souviens avoir crié « tout le monde déteste la police ». Mais la palme du déguisement revient à cet homme au t-shirt jaune qui déboula façon touriste avec des bières plein les mains alors que le match touchait à sa fin.

A la fin du match, la foule qui sortait était compacte et avançait au ralenti. J’ai eu l’impression qu’ils allaient en profiter pour m’attraper alors j’ai crié « ici c’est paris » et puis certains ont commencé à m’interpeler. N’arrivant pas à distinguer les policiers en civils ni non plus les soignants en civil, j’ai suivi le pas d’un couple qui me conseillait de ne pas haranguer la foule.

Un fois dehors, j’entends un monsieur âgé qui vociférait dans son téléphone et qui repasse devant moi quelques instants plus tard comme pour me barrer la route. Je commence à croire qu’ils sont nombreux à mes trousses et qu’ils m’encerclent à distance, soit devant, soit derrière, pendant que je me dirige vers le tramway. J’interpelle deux jeunes couples qui semblent s’être déguisés en supporters pour se fondre dans la masse, puis me sentant pris au piège, je me mets à courir pour les dépasser. Je m’arrête alors devant le passage piéton à quelques mètres du tramway quand je vois un homme barbu enlever ses écouteurs, s’approcher en courant et me mettre un coup de poing qui fait voler mes lunettes en éclat. Je me mets au milieu de la chaussée devant les voitures qui arrivent à toute vitesse quand un homme m’aide à ramasser les lunettes puis disparaît à son tour.

Avec une douleur et un bruit sourd dans l’oreille, je me dirige vers le tramway. Comme il est plein à craquer, je le laisse partir et j’attends le départ du prochain. Je m’assois à côté d’un homme âgé qui a plus l’air d’un sans abri que d’un policier et je me mets à lui raconter l’histoire pendant la dizaine de minutes à attendre puis le long du trajet en tramway où j’ai l’impression que les policiers en civil sont présents. Je descends du tramway et j’arrive chez moi après avoir croisé trois personnes qui ne semblent pas être là par hasard.

Puis je décide d’aller dans la nuit aux urgences car j’ai mal. Au bout d’un moment, je retourne en salle d’attente et là je vois le monsieur du tramway blotti dans un coin qui fait mine de ne pas me reconnaître.

Je suis alors les soignants qui décident de m’attacher avec des sangles. Après quelques heures, ils me font passer un scanner et m’envoient en ambulance direction l’hôpital psychiatrique où je confonds certains patients et soignants avec des infiltrés de la police. Vu mon agitation, je suis placé en chambre d’isolement où ils m’injectent une dose d’Haldol avec les renforts. Mauvaise dose car je suis emmené une semaine plus tard en réanimation et que je ne garde aucun souvenir de cette semaine en isolement.

Joan

Nous, les intranquilles [Agathe]

Les premières minutes du film furent douloureuses. Douloureuses parce que je percevais quelque chose de l’ordre du reflet peut-être. Mais surtout parce que je voyais des hommes et des femmes que la vie, le monde avait profondément écorché. Parce que je voyais ces gens au destin brisé par un monde qui une fois les avoir cassés par ces traumatismes qui créent les psychoses, se retrouvaient à nouveau cassées mais cette fois par une forme de torture chimique, brisés par ce monde qui après les avoir usés, élimés les rejette…

Et loin de moi l’idée d’incriminer le centre Artaud, non, c’est la société qui les a détruits, et qui continue de plus belle une fois la folie déclenchée. Non, ce centre est beau, il s’escrime à faire revivre cette humanité première qui fait de nous des êtres vivants respectables et respectés. Mais on ressent aussi cette violence d’un monde qui a brisé des âmes et qui les relègue après. Heureusement, qu’il existe des lieux comme celui-là. Mais les montagnes à soulever sont hautes, tellement hautes…

Ce sparadrap chimique que la psychiatrie juge suffisant, cette torture de perdre ses sentiments, ses repères, de se noyer dans la dépression et le doute sous l’effet de neuroleptique, c’est contre tout ça que se battent jour après jour les héros du film : concernés par des troubles ou simplement soignants révoltés. Ces hommes et ces femmes assassinés par un monde qui ne les voie plus, à l’âme cabossée par le monde et leur parcours, ce film les montre avec respect, bienveillance et honnêteté. Mais il reste quand même qu’il fait mal, qu’on sort en colère de voir que des personnes, des êtres vivants, pensant et ressentant la vie comme tout le monde peut-être même encore plus fortement, sont reclus dans des îlots où certains acceptent de les considérer.

Condamnés pour s’être blessés au combat de la vie, ils sont ensemble et envisagent la lutte contre cette dépossession ultime, celle d’être un sous-individu dans un monde où seuls les héros existent. Rappelant au monde la vulnérabilité, l’humanité de tout un chacun ils attaquent par leur essence la volonté scientiste et technocratique d’un ordre qui les broie. Ils résistent, biologiquement résistants à l’ordre établi !

Et pour finir, une simple dédicace à tous ceux qui pensent que la psychiatrie manque trop de moyens économiques pour se réformer : changer de regard, respecter, rester dans l’horizontalité semble possible au centre Artaud avec peu de moyens…

Portrait de Thalia

Comme Thalia, fais-toi tirer le portrait en 5 questions par Comme des fous.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

Ma famille, les animaux, l’écriture et tout ce qui touche à la créativité, l’harmonie corps esprit.

J’aspire à trouver la paix intérieure malgré les troubles bipolaires.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

J’écris et c’est ce que j’aime faire, ce n’est pas mon métier, c’est ce qui nourrit mon âme.

Je suis une maman disponible à chaque instant et ça c’est un vrai métier à temps plein.

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

Mon mari est psychanalyste psychothérapeute et il a de plus en plus de demandes.

Le monde est incertain et je pense que nombreux sont ceux et celles qui ont besoin de parler et d’évacuer leurs démons.

Le stress est quasi permanent et vibre un peu partout. Je pense que la santé mentale n’est pas au beau fixe.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

La folie c’est quoi ? La normalité c’est quoi ? Ou sont les frontières entre folie et normalité ?

J’aime ma folie, elle donne de la magie à ma vie quotidienne. J’ai appris à vivre avec mes troubles bipolaires et émotionnels, ils font partie de moi, ils sont mon histoire.

Ma folie c’est aussi mon imaginaire et il n’a aucune limite.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Non, je déteste la politique, je déteste les hommes politiques.

Une page, association ou initiative que tu aimerais faire connaître?

La Fondation SEVE.

SEVE (Savoir Etre et Vivre Ensemble) a pour mission de former des animateurs et des formateurs d’ateliers de philosophie et de méditation dans les écoles, mais aussi soutenir, faire connaître et accompagner les projets qui, à travers la réflexion philosophique, la pratique de l’attention, l’activité ludique ou artistique œuvrent pour mieux préparer les enfants et les jeunes à devenir des humains et des citoyens confiants, actifs, responsables et respectueux du vivant.

Petit mot de Craig Lewis avant sa venue à Paris

Mes frères et sœurs de France, francophones où que vous soyez, je vous salue.

Avec une profonde gratitude, et grâce à cette opportunité qui m’est très chère ; je vous salue ici aujourd’hui avec tout mon cœur.

Lorsque j’étais enfant, je vivais avec une soif insatiable d’aventure et d’aller à la rencontre du monde comme des gens qui y vivent.

Toujours rêveur, j’ai toujours su que quelque chose de mieux pour moi existait, quelque part dans le monde. Et même si je n’avais aucune idée de ce à quoi une vie meilleure pouvait ressembler, ni comment faire en sorte de pouvoir l’atteindre moi-même : j’étais sûr que chaque jour, chaque lever de soleil était en fait un nouveau départ.

Je ne saisissais pas encore le sens du monde, les motivations des gens… ni la cruauté qui était et qui est encore souvent, le lot nombreuses relations, de toutes sortes, que j’ai eu et que j’ai.

Heureusement, je n’ai plus aucune difficulté à comprendre pourquoi les gens se livrent à des actes de cruauté, et cette sagesse que j’ai me permet de voir cela sous un autre angle.

Toutefois, pour pouvoir trouver la paix, il m’a fallu pardonner à tous ceux qui m’ont fait du mal.

En agissant de la sorte, j’ai pu retrouver l’innocence et la pure capacité d’aimer, comme celle d’un nouveau-né. Le nouveau-né que nous avons dans nos cœurs, celui qui a été brisé au cours de notre vie. A cause de ça, nos cœurs brisés n’ont pas été soignés et ne sont pas retournés à leur état initial.

Sans guérison, les cœurs brisés font pleurer de douleur, à travers des paroles et actions nocives. Nous le faisons en tant qu’adultes, reconnaissant à peine les dommages que nous perpétuons, alors que ce que nous voulons vraiment, c’est être aimés, compris, acceptés et adoptés.

Par expérience, pour ceux d’entre nous qui ont été gravement blessés ; il se peut que le chemin de la guérison nécessite une méthode introspective telle que « Better Days / Un jour nouveau ». Ce travail est le produit de ma tentative pour trouver de la lumière dans l’obscurité. Rien d’autre n’a fonctionné pour moi, alors j’ai créé « Better Days / Un jour nouveau ».

C’est pour vous en parler que je réalise mon cinquième voyage triomphal en Europe, pour partager ce que j’ai appris sur la guérison d’un cœur brisé. Je le fais en étant plus conscient que jamais d’à quel point mon cœur a été brisé et, avec le plus grand désir, la plus grande envie de guérir et d’aider les autres à faire l’expérience de quelque chose d’aussi beau. Vous rencontrerez bientôt un homme qui choisit activement de vivre son rêve d’enfance qui lui assurait que quelque chose de meilleur était à portée de main, même s’il ne savait pas ce que c’était ou comment l’atteindre. Je sais maintenant ce que signifie vraiment aimer, je connais ma valeur et c’est mon choix de vivre ma vérité.

J’accueille la vérité, rien de moins.

Je cherche la beauté en chacun de nous.

Je pardonne, et j’aime.

Un feu intérieur me guide et me protège.

Je suis un prisme par essence, et, de la façon dont nous percevons ce que nous ne savons pas, avec nos réflexes intégrés (et altérés par nos traumatismes et expériences), je vous lance le défi de vous joindre à moi pour découvrir votre vérité, pour vous. Il y a toujours du travail à faire. Nous nous devons tous de nous améliorer. Nous avons tous le droit de vivre notre vérité. Nous sommes tous dignes d’être libres, d’être appréciés et d’être aimés.

Je viens à vous avec un profond amour avec mes livres Better Days, New Traditions et Un jour nouveau. Je viens pour partager avec vous ce que j’ai appris, parce que c’est en aidant les autres que je guéris.

Je dois poursuivre cette mission pour tout le reste de ma vie, et je ne peux pas vivre un jour de plus qui ne serait pas concentré sur la guérison, la beauté et l’amour.

Pour m’en donner les moyens, j’ai renoncé à ma maison aux États-Unis.

Oui, vous avez bien lu.

Mon cœur est ma maison.

Quand on agit guidé par l’amour; il est réellement possible de faire des miracles.

Il existe des « Meilleurs chemins pour de meilleurs jours » – ces mots pleins de vérité que prononce Sherry, (co-auteur de « New Traditions » notre tout nouveau livre actuellement uniquement disponible en anglais) et je m’efforce de vivre cette vérité ; à chaque nouveau jour, avec chaque « jour nouveau », je deviens quelqu’un de meilleur. Vous pouvez en faire de même, et c’est mon message pour vous. C’est ça, « Better Days ». C’est ça, « New Traditions ». C’est ça, « Un jour nouveau ».

Merci pour cet accueil à Paris le 31 janvier 2018 et tous les jours qui suivront.

Je viens en paix.

-Craig LEWIS

 

Père d’un chat, homme de foi, Expert par expérience, auteur de « Better Days » et co-auteur de « New Traditions »

Le 11 janvier 2018

 

 

Craig Lewis à Paris le 31 janvier 2018 !

Lien vers l’événement !

Greetings to my brothers and sisters in France and French speakers everywhere.

With my deepest gratitude, and via this most cherished opportunity; I greet you here today from my heart.

As a child,  I lived with an insatiable thirst for adventure and to experience the world and all its peoples.

Always a dreamer, I lived every day believing that something better was out there for me and even as I did not know what the better life was or how to make it mine; I believed that every sunrise was a new beginning.

I did not know how to make sense of the world, or people, and I did not understand the cruelty that was and often still is, a feature of so many relationships of all sorts, that I have had and have.

Thankfully, I no longer have any difficulty understanding why people engage in acts of cruelty and this wisdom allows me to see them in a different light.

However, in order to find peace within my heart; I needed to forgive all who have hurt me.

By doing so; I could see that it was the innocence and the pure capacity of love, of a newborn baby; the newborn baby that we all still are in our heart, that somewhere throughout their life, was shattered, resulting in our broken hearts not healing back to their previously unbroken state.

Without this healing,  we cry in pain, via harmful words and actions, and we do so in adult form, barely recognizing the damage we perpetuate, when what we really want is  to be loved, understood, accepted and embraced.

In my experience, for those of us who have been hurt in the most extreme ways; the path to healing may require applying  an introspective method like  Better Days/Un jour nouveau.  This work is the product of my attempt to find light while shrouded in darkness. Nothing else worked for me so I created Better Days.

I come to you on this, my triumphant fifth journey to Europe, to share what I have learned about healing from a broken heart.  I do so with the greatest awareness I have ever known, of how deeply my heart has been shattered and  with the most beautiful desire and commitment to healing and helping others experience something similarly beautiful. You will soon meet a man who actively chooses to live his childhood dream that something better out there was in reach  even if he did not know what it was or how to achieve it. I now know what it means to truly love and I know my value and it is my choice to live my truth.

I accept truth and nothing less.  

I look for the beauty in all people.

I forgive and I love.

The white fire within me guides and protects me.

I am by nature, a prism, and as we view what we do not know, with our built in (and altered via trauma and experiences) reflexes,   I challenge you to join me in discovering your truth, about you. There is always work to do. We all owe it to ourselves to improve ourselves. We are all worthy of living our truth. We are all worthy of being free, being known and being loved.

I come to you with the deepest love for Better Days, New Traditions and Un jour nouveau. I come to you to share what I have learned because this is how I heal; by helping others.

I must do this for the rest of my life and I cannot live another day that is anything less than focused on healing and beauty and love.

In order to do this I no longer have a home to live in, in the United States.

You read that correctly.

My home is in my heart.

When we act from a source of love; miracles are truly possible.

There are “Better Ways for Better Days”  – these words are the truth as spoken by Sherry, (co-author of ‘New Traditions’ our brand new workbook – currently in English) and I strive to live this truth and as I do so; with each new day, with every ‘Un jour nouveau’, I become a better version of me. You can do the very same thing and this is my message to you. This is Better Days. This is New Traditions. This is Un jour nouveau.

Thank you for embracing me in Paris on January 31st and every day forward.

I come in peace.

-Craig

 

Cat-Dad, Spiritual Human,  Expert by Experience and Author of Better Days and Co-Author of New Traditions

January 11, 2018

 

[traduction française d’ici quelques jours … ]

Portrait de deelilah

Comme deelilah, fais-toi tirer le portrait en 5 questions par Comme des fous.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

La nature et son observation. Les animaux. La physique quantique et la spiritualité.
J’aspire à une meilleure compréhension (plus objective) des choses qui forment notre monde. C’est large oui.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

J’aime apprendre et apprendre aux autres.

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

Des choses positives… mais pas forcément toujours, les statistiques sont parfois biaisantes quant à son propre état.
Peut-être que parfois ce monde regarde les choses à travers un regard normal / pathologique qui peut être sacrément stigmatisant.
Mais c’est une chose qui va dans l’ensemble vers des choses positives, alors c’est déjà ça.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

Pleins de choses!

On peut apprendre de sa propre différence à apprécier et respecter aussi d’autres différences, et être moins dans un état d’esprit de normalisation du monde.

Une remise en question de son monde et donc une recherche de compréhension des choses sous un autre regard, moins normé. Parfois la folie est causée par le fait de vivre des choses ou de vivre dans un environnement qui nous pousse à la folie, à partir de là, de cet état on peut chercher à se comprendre soi-même et accéder à une recherche personnelle à laquelle on ne pense parfois pas quand on est « normal ».

On peut aussi assister à des choses artistiques impressionnantes parfois, cela permet d’ouvrir les horizons des regards les plus étriqués.

« La folie » c’est très subjectif. Et parfois ceux qui semblent très sains extérieurement ont des comportements en réalité pervers et ceux qui se pensent fous au moins ne renient pas la multiplicité de la nature humaine…

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Non! la santé mentale…. c’est quoi?

Une page, association ou initiative que tu aimerais faire connaître?

The Knife.

Comment l’asile de Fort Boyard m’a rendu fou

J’apprends hier la mise en garde par le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel de l’émission qui nous a mobilisés une bonne partie de l’été : Fort Boyard et son épreuve de l’asile. Un sourire éclaire mon visage puis je reste perplexe, j’ai ruiné ma vie pour ça?

La décision du CSA: « Tout en relevant que l’épreuve litigieuse avait été renommée « La cellule capitonnée » et avait fait l’objet d’un nouveau travail de montage la semaine suivant la première diffusion, le CSA a regretté la diffusion d’une telle épreuve dans cette émission familiale et emblématique du service public. Il a estimé que la séquence en question, caricaturale et stigmatisante à l’égard des personnes souffrant de troubles psychiatriques ou psychiques, portait atteinte aux dispositions précitées du cahier des charges de France Télévisions. En conséquence, le Conseil a demandé aux responsables de France Télévisions de veiller à mieux respecter, à l’avenir, ses obligations en matière de respect des droits et libertés et les a mis en garde contre le renouvellement de telles pratiques. »

Après la première diffusion le samedi 24 juin 2017, on avait réussi à mobiliser grâce à Comme des fous une bonne partie du monde de la santé mentale derrière le slogan Touche Pas à Ma Folie pour revendiquer le retrait de l’épreuve.

Les semaines passant, les vacances de chacun arrivant, on a bien vu qu’on n’obtiendrait pas le retrait de l’épreuve.

J’aurai dû en rester là et passer à autre chose, comme tout le monde, mais je n’ai pas pu, cette histoire m’avait pris trop à cœur.

Alors accroche-toi car voici ce qui s’est passé pendant que je disparaissais des réseaux sociaux.

Non, Alexia Laroche-Joubert et sa production ne m’ont ni kidnappé ni offert un chèque pour me taire, j’ai juste fini à l’asile.

Connecté non-stop aux réseaux sociaux (à consommer avec modération), j’étais épuisé de courir après les médias qui ne sont qu’une chambre d’écho cherchant à faire le buzz sans décrypter ni chercher le fond du problème.

Cette implacable raison du plus fort qui voulait qu’on ne puisse pas couper la séquence au montage, que ça coûterait trop cher, que même en mobilisant tous les médias qui existent, on n’y pourrait rien, m’exaspérait au plus au point alors j’ai eu des pensées suicidaires.

Mais non, je n’ai pas sauté d’un pont. Avec toute cette suractivité, j’avais basculé dans ce qu’on appelle un épisode maniaque.

Le suicidaire d’un soir a commencé à se sentir tout-puissant, à mettre de l’ordre dans sa vie, à prendre soin de lui-même, à se sentir bien et exister.

La frontière entre l’épanouissement et la maladie psychiatrique est difficile à tracer car j’ai commencé à déraper malgré cette vie devenue parfaite. Il y a eu ce voyage improvisé au Pays-Bas où j’ai fini une nuit en garde-à-vue puis une fois retourné à Paris mis en contention par les urgences psy malgré mon envie de dialogue et de méthodes douces. J’ai ensuite parlé de mon envie de lancer un pavé sur les psychiatres et j’ai fini attaché à nouveau dans une ambulance direction le Pavillon 7 fermé de Soisy-sur-Seine, en bref « l’asile », le vrai.

Retour à la case départ, je me retrouvais dans le même hôpital psychiatrique qu’il y a 7 ans quand j’avais déjà fait une bouffée délirante. Comme j’étais en rupture de soin (je ne prenais plus de médicaments), le fait de gober des pilules jour et nuit sans aucun suivi psychothérapeutique m’a paru d’une violence énorme.

Avale les pilules sinon c’est la piqûre. L’hôpital ce n’est pas un lieu de dialogue mais un lieu de distribution de médicaments, c’est un lieu de crise. Malgré des symptômes persistants, j’ai été libéré une douzaine de jours plus tard après être passé face au juge des libertés.

Portrait de La Folie Ordinaire

Comme La Folie Ordinaire fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

J’aimerais faire connaître lafolieordinaire.fr

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

Je suis inspirée par des personnes qui me donnent l’impression qu’il est possible d’atteindre une certaine paix intérieure. Des figures comme le Dalaï Lama ou plus proche dans notre culture occidentale Mathieu Ricard et Christophe André m’amènent à penser que le travail que l’on peut faire sur soi peut permettre de toucher à plus de sérénité.

J’aime la nature qui me permet de relativiser la place que l’Homme prend. Me sentir toute petite face à un paysage grandiose me donne à chaque fois une claque agréable qui m’apprend à rester à ma place. Quand je le peux, j’aime fuir le vrombissement trop actif de la Cité. Alors les loisirs ayant rapport à la nature sont ceux qui m’apportent le plus, avec la lecture et l’écriture.

Cela sonnera peut-être mièvre, mais j’aspire à plus d’harmonie entre les être vivants. Je n’arrive toujours pas à comprendre que les hommes ne puissent pas arrêter de se taper dessus à la moindre occasion. La fermeture d’esprit et le manque de curiosité de beaucoup de gens m’intrigue. J’estime que la découverte de l’autre est d’une grande richesse.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Mon métier de psychiatre psychothérapeute consiste à aider des personnes en difficulté psychologique ou psychiatrique, à aller au delà pour trouver ou retrouver un équilibre qui puisse leur rendre le plaisir de la vie.

Je l’aime car se sentir utile est agréable. Rendre service, apaiser la souffrance, voir des personnes s’améliorer à une échelle temporelle relativement restreinte met du baume au cœur. C’est parfois dur les premiers temps, quand la situation est compliquée, quand on ne voit pas trop comment soulager.

Mais la majorité du temps, je me sent passeuse de connaissances, starter de mieux-être, car ce sont les patients que je vois qui bossent. La guérison, l’amélioration, l’équilibre, ce sont eux qui l’obtiennent.

Je n’ai fait que les aider à s’alléger de quelques poids et acquérir de meilleures stratégies pour pouvoir s’en sortir seuls face à l’adversité.

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

C’est un vaste monde qui regroupe énormément d’intervenants. Soignés, soignants, administratifs, politiques. Je ne suis pas sûre que je serais capable de pouvoir trouver tous les corps de métier qui peuvent s’y rapporter. Par le petit bout de ma lorgnette de psychiatre, je pense que ce monde est en train d’évoluer et que l’on a tendance à changer de modèle.

Nous étions au temps des asiles avec une vision d’exclusion de la cité des fous et déments que l’on ne voulait pas côtoyer. La stigmatisation était officielle, assumée.

Avec l’avènement du secteur en psychiatrie en France, les soins ont été dispensés au cœur de la Cité, avec les centres médico-psychologiques, les établissements de santé spécialisés qui se sont rapprochés et se rapprochent encore.

Les patients sont devenus des acteurs de la prise en charge de plus en plus avec l’apparition des GEM (Groupes d’Entraide Mutuelle) et des associations de plus en plus impliquées. Les patients experts commencent à se former et avoir un rôle dans l’information des « nouveaux patients » ce qui améliore la trajectoire de santé.

Je pense que les choses ont donc tendance à s’améliorer d’un certain côté, mais qu’il ne faut pas que des baisses de budget ne coupent les ailes des projets innovants qui améliorent le quotidien de personnes fragilisées par une santé mentale vacillante.

L’incertitude du devenir de la pratique libérale me fait craindre par moments ce que je ferai plus tard, mais je reste optimiste.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

Cela paraîtra banal, mais les moments de folie que l’on peut avoir apportent une créativité qui ne peut sortir de la monotonie.

Un grand nombre d’artistes ont été et sont encore de grands tourmentés. Le mal-être a tendance à rendre plus perméable à une certaine sensibilité qui peut toucher, quelle que soit la voie qui sera choisie: peinture, sculpture, musique, littérature, cinéma…

On peut imaginer que ceux qui frayent avec le bonheur plus souvent ont un truc qui manque sur ce plan là.
J’ai beaucoup de patients qui ont des talents artistiques qu’ils exploitent en lien avec leur souffrance. Elle est leur muse, leur échappatoire, parfois leur seul moment de respiration.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Je ne pense pas pouvoir devenir un jour avec autant de responsabilités que ministre.

Déjà si je réussi à ce que mes enfants m’écoutent ce sera pas mal. Mais si un jour un ministre spécifique de la santé mentale vient à être nommé, je lui demanderai de faire des campagnes d’information pour que la population générale puisse changer l’image des problèmes de santé mentale.

On l’a bien vu avec l’histoire de l’épreuve de l’Asile de Fort Boyard qui stigmatise une frange de la population en surfant sur la vague de la psychophobie. De même avec l’histoire de la vaccination.

Or qu’est-ce qui est responsable de la peur? La méconnaissance.

Informer, c’est lutter contre la peur. Et si des choses restent difficilement acceptables dans les pratiques psychiatriques, il sera nécessaire de faire en sorte qu’elles puissent être améliorées, avec les budgets nécessaires.

N’oublions pas que la santé mentale est le premier poste des dépenses de santé avec les conséquences que l’on connait sur l’efficience au travail.

Car oui, il est nécessaire d’argumenter maintenant terme économique pour justifier de l’intérêt de la prise en charge de la santé mentale : c’est ce que voit le politique!

La bibliothèque des livres vivants

Comme chaque dimanche, retrouvez un texte de Françoise Etienne.

Si j’ose me présenter à vous aujourd’hui et vous parler de ma schizophrénie, c’est parce que j’ai envie que votre regard sur la maladie change et évolue.

J’ai 36 ans, je souffre de troubles bipolaires et d’une schizophrénie. Je suis une personne à part entière et cette maladie, j’ai appris à l’apprivoiser. Je sais, mieux qu’hier, comment la dompter. Et si seulement, vous aussi, vous en aviez moins peur, ça me comblerait de bonheur !

Le regard de l’autre est une épreuve pour beaucoup de malades « psy ». Moi, j’ai fait de ma maladie, une fierté.

Elle a fait de moi ce que je suis et je suis plutôt satisfaite de ma vie. Je m’accepte et me respecte, je revendique même ma pathologie !

Pourquoi ? Pour toutes les raisons que je suis prête à vous exposer si vous souhaitez que je me « livre » à vous aujourd’hui…

Mon parcours de vie

Ma petite enfance : une période dont je ne me souviens que très peu. A 5 ans, je perds mon Papa.

Les raisons de sa mort, je ne les connaîtrai que bien plus tard, à l’aube de mes 18 ans. Il se serait suicidé !

Une bombe à retardement a été amorcée !

Très vite, je perds pieds. Mais je dois rapidement me relever.

Je fais de brillantes études. Hypokhâgne. Un BTS Tourisme.

Un Premier grand Amour. Une séparation compliquée. Mon ami alcoolisé se tue en voiture.

Je pars ensuite au Pays de Galles, pour 1 an. Je suis serveuse dans un restaurant.

J’étudie l’anglais en parallèle et j’obtiens 2 diplômes (le Pitmans & le Cambridge First Certificate).

Je rentre en France. J’atterris en Haute-Savoie (74). Je suis réceptionniste dans un hôtel. J’y rencontre mon mari, le père de mon unique enfant.

Nous souhaitons très vite devenir parents. La réaction inattendue de ma mère à l’annonce de ma grossesse. La tristesse d’une future Maman, puis la mélancolie.

L’accouchement, le bonheur immensurable de donner la Vie à cet enfant ! Les problèmes de sommeil (la clé de voûte). « J’avais trop peur de fermer les yeux, trop peur d’y croire un peu ».

La chute, l’hospitalisation. La médication. Les impatiences non corrigées. Les tentatives de suicides répétées. Une nouvelle hospitalisation (beaucoup moins douce). La sortie, les nouvelles TS…

La lumière, le bout du tunnel, je ne les vois plus.

Nous déménageons pour Luçon. Mes parents s’occupent de notre fille. J’arrête les médicaments. Je rechute. 3 semaines en psychiatrie.

Et l’annonce de la schizophrénie !

Ma résilience

Or, malgré la souffrance, les épreuves & la maladie, je n’échangerais pour rien au monde ma vie contre celle de quelqu’un d’autre !

J’aime tout ce qui a fait de moi ce que je suis aujourd’hui. Même mes erreurs, même mes folies !

Beaucoup de douleur mais j’ai beaucoup appris.

J’ai beaucoup de ressources. Je suis très réceptive. Je perçois la vie différemment aujourd’hui.

J’aime à croire que nous, « les malades mentaux » avons su développer d’autres qualités ; qu’elles sont appréciables et qu’elles pourraient être appréciées.

Depuis 1 an ½ , je suis présidente d’une Association, « Schiz’osent écrire ! » et avec des mots, nous apprenons à définir nos maux. Nous essayons, malgré la pathologie, de transcrire nos émotions, nos ressentis…

Et qui sait, peut-être qu’un jour, la mentalité de certains « saints d’esprits » évoluera et qu’ils oseront à leur tour, faire un petit détour et s’intéresser à notre parcours !

Françoise ETIENNE, le 10 avril 2017