Enfin, un club des travailleurs Pairs : Pairiscoop

Pairiscoop le Club va bientôt naitre. Avec cinq fondateurs en lien avec le travail pair depuis de nombreuses années, l’initiative vise à faire du commun dans le travail pair. Portée par Alain Karinthi, Jean-Marc Legagneux, Céline Letailleur, Agathe Martin et Iannis McCluskey, l’association Pairiscoop le Club va mettre en lien les travailleurs pairs du pays à travers une plateforme web et va les rendre visible par un annuaire en ligne à destination des professionnels intéressés par leurs interventions.

Aujourd’hui, nous rencontrons Alain et Agathe qui nous parlent de Pairiscoop le Club.

Q : Qu’est-ce que le club Pairiscoop ?

R : Le club Pairiscoop c’est la mise à disposition d’outils numériques pour une coopération des travailleurs pairs en France. Nous sommes partis du constat que le travail pair manquait d’un espace d’échange autour de la profession et qu’il était urgent de fédérer nos actions pour avoir à la fois des libertés nouvelles et des marges de manœuvre dans les institutions. Cela passe par une réflexion commune sur notre métier et sur des actions collectives. Véritable vivier des travailleurs pairs du pays, Pairiscoop veut leur donner visibilité et possibilité d’actions communes. Sans intervenir, Pairisicoop le Club, met à disposition des outils et laisse ses membres s’en saisir.

Q : A quoi répond Pairiscoop ?

R : Il est de coutume de dire que les travailleurs pairs sont isolés et seuls dans leur coin sans appuis et sans échanges avec leur pairs. Et ce constat, nous le trouvons assez réel et souhaitons répondre à ce besoin de coopération. Que ce soit la coopération par de l’échange autour des pratiques, des positions ou de la vie de travailleur pair, que ce soit la coopération active sur des prestations communes, le Club Pairiscoop, cherche à créer une communauté des travailleurs pairs pour que plus personne ne reste isolé dans sa pratique. Il vise également l’insertion des nouveaux travailleurs pairs dans une communauté plus large.

Q : Concrètement, comment ça fonctionne ?

R : Le Club Pairiscoop va mettre à disposition de ses membres (tous les travailleurs pairs ou aspirants) une suite bureautique professionnelle sur le web qui favorisera les échanges et pourra permettre de la mise en commun, du partage et le développement d’actions communes.

En plus, le Club Pairiscoop va créer un annuaire de ses membres qui servira de vitrine pour eux de façon à les présenter à d’éventuels partenaires pour des missions ou de l’emploi. Une section d’offres d’emploi de travailleurs pairs et une section documentation recensant les travaux et ressources académiques, scolaires et professionnelles produites par les pairs.

Q : Alors, comment les pairs peuvent-ils vous contacter pour devenir membres ?

R : C’est très simple, les travailleurs pairs ou aspirants, voulant être membres de Pairiscoop le Club peuvent nous contacter à contact@pairiscoop.fr

Schizophrène et menotté

Ce récit n’est qu’un point de vue personnel, le mien, sur la façon dont j’ai été traité voire maltraité. Suite à une bagarre intrafamiliale, je décide d’appeler la police afin de porter plainte au milieu de la nuit. La police débarque et écoute les versions de chacune des personnes concernées, me demandant au passage si j’avais pris mon traitement.

Le traitement qui me sera réservé me semble indigne, avec le recul, mais voici ce qui s’est passé ce dimanche.

Ils m’emmènent en toute discrétion, menottes en mains, jusqu’au commissariat du 13e arrondissement de Paris où m’attend souriant l’officier-lieutenant qui aime se faire appeler Jolly Joe.

Puis on monte à l’étage voir l’Officier de Police Judiciaire pour recevoir ma plainte.

S’en suit une mise en cellule d’attente, ils me dépouillent de mes affaires et me placent dans une cellule sauf qu’ils oublient au passage de m’informer de mes droits car pour eux ce n’est pas une garde à vue.

Je commence à m’agiter, Jolly Joe en profite pour rassurer mes camarades de garde à vue d’une nuit comme quoi je suis schizophrène, et au bout de quelques heures je repars menotté vers le Centre Médico-Judiciaire de l’Hôtel-Dieu pour une expertise psychiatrique, le tout en roulant à 100 à l’heure dans les rues de Paris, chaque freinage me produisant une douleur atroce aux mains attachées dans le dos.

Arrivés là-bas, les trois officiers de police qui m’ont accompagné sont bien embêtés d’attendre d’autant qu’il est l’heure de déjeuner. Je vois enfin un expert psychiatre qui me demande des trucs relevant du secret médical mais il me laisse entendre que je pourrais souffrir de troubles schizo-affectifs.

Une fois passé entre ces mains expertes, on me remet les menottes et on m’embarque au commissariat du 13e, cette fois en respectant les feux rouges. Et là, je reste menotté dans une autre voiture de la police-urgence en attendant un ordre venu d’en haut du commissaire pour savoir dans quel hôpital me transférer. L’ambiance est détendue, on papote des heures avec les flics en attendant les ordres, le tout avec les poignets menottés et douloureux.

Je change de voiture et on m’emmène à l’IPPP, l’Infirmerie de la Préfecture de Police de Paris. Là, je me montre hyper conciliant pour éviter la contention mécanique une fois défait de mes menottes.

La nuit se passe tranquillement et ils décident de me transférer à Soisy-sur-Seine, l’hôpital de mon secteur situé à 40 km.

Sauf que pour le transfert, ils sont obligés de m’attacher avec une ceinture de contention. Alors quand j’arrive à bon port, je me montre revendicatif cherchant des témoins qui puissent voir la façon dont ils m’ont attaché. Au prétexte de cette agitation soudaine, les infirmiers de Soisy appellent les renforts et me mettent immédiatement en chambre d’isolement et ce, pour quelques jours, une vraie torture psychique. Comme je suis conciliant, ils me laissent sortir au bout de quelques jours mais la question reste entière sur cette façon de traiter le « schizophrène dangereux », que je ne suis pas et qui ne demandait qu’à être entendu et protégé par la police.

Stop Loi Psychophobie Globale

Dans une étude du Lancet réalisée pour l’OMS nous rappelle que 24% des personnes souffrant de troubles psychiques ont été victimes de violence dans l’année précédente. Qui ne se rappelle pas de ces faits divers sordides de maltraitance de personnes handicapé, de séquestration et d’abus sur elles. Que dire de la maltraitance institutionnelle de l’hôpital psychiatrique ? Comment ne pas voir dans ces personnes des cibles de la violence des rues que le gouvernement et les médias nous déclarent régulièrement croissante. 

Et pourtant, là est la surprise, les pouvoirs publics ne veulent pas créer ce qui est fait en termes de prévention, d’écoute et d’assistance pour les femmes victimes de violence, ou les enfants. Il existe même des lignes d’écoute pour les auteurs de crimes sexuels. Mais non, nos pauvres fous resteront la cible de toutes les violences de rue. Les malades ne seront pas aidés pour s’en prémunir. Non, nous dit par les actes le gouvernement. 

Nous, les fous, nous serons fichés au nom de la sécurité intérieure. Traités uniquement sur le volet de la violence perpétrée parfois, jamais sur le plan des violences subies, les personnes concernées par des troubles psychiques restent une menace à juguler pour un pouvoir psychophobe. Une menace sur les bons travailleurs qu’il faut protéger de trublions qui, rappellent par leur existence même de déviants, de personnes transformées par les traumatismes, de résistants biologiques à la violence de ce monde que la société semble tout de même aller mal. 

Alors, je me pose une question. Les survivants du 13 novembre, pour certains suivis en psychiatrie, sont-ils eux aussi fichés ? Ne se trompe-t-on pas là de cible pour cette loi sécurité globale ? La psychiatrie à approche globale et le DSM ont-ils tellement tout psychiatrisé que victimes et bourreaux se retrouvent fichés ? 

Les survivants (de la violence) de la psychiatrie que nous sommes, doivent-ils réellement se retrouver encore une fois stigmatisés, ciblés par un pouvoir qui veut les mettre sous le tapis et les criminaliser ? 

A quand des questionnements sérieux sur la santé mentale plutôt que des relégations au ban de la société comme c’est le cas depuis toujours. Ces malades réintégrés dans la cité y ont-ils finalement une place ou se contente-t-on de limiter les dégâts sociaux qu’ils pourraient générer ? 

Non, ce n’est pas surveiller les psychotiques qui vous sauvera d’eux, c’est bien dépasser votre psychophobie. C’est aussi leur porter secours. Les liens entre violence subie et perpétrée doivent être sérieusement étudiés et la société se doit d’y répondre pour ne pas réserver aux fous une relégation digne des détenus et ex-détenus. 

Criminaliser la folie, c’est comme avec toute violence, la mettre au ban sans la comprendre, juste en l’excluant de la société pour l’étouffer. Déjà dans le domaine criminel cette stratégie punitive ne paye pas et on commence à s’en rendre compte. Mais dans le cas d’une résistance structurelle de la personne face à la violence du monde qui l’entoure, la folie, comment nos sociétés entendent-elle faire face à cette déviance biologique dont nous ne sommes pas coupables et qui, est peut-être même déjà le fruit d’une violence sociale endémique ?

Ce sont les raisons pour lesquelles Comme des fous rejoint aujourd’hui le collectif Stop Loi Sécurité Globale ! Pour une cohérence sur la question de la violence et des troubles psychiques ! Nous, les fous, sommes la conséquence de violences ! Nous, les fous, sommes des cibles potentielles de violence ! Nous, les fous, faisons face à une psychophobie rampante ! Nous, les fous, refusons le même traitement inefficace que celui imposé aux criminels ! 

Agathe pour Comme des fous

https://stoploisecuriteglobale.fr/

Brochure d’un collectif autogéré marseillais !

Un petite brochure de la part d’un collectif informel et autogéré de Marseille, sur l’importance d’un rétablissement dont les personne s concernés sont au centre du processus décisionnaire car ce seront elles seules qui savent ce qui est bon pour elles. 


De nombreux exemples d’abus du corps soignant y sont abordés, et montrent bien que l’on en a pas fini avec les préjugés, les mauvais traitements, et la dévaluation des personnes avec des difficultés psychiatrique. 


Nous ne voulons pas fustiger de manière globale l’hôpital publique, car il y a de nombreux soignant.e.s très compétents, mais pointer de manière plus général les dérives d’un système qui, dans son fonctionnement, le rend malhabile et délétère.


Cette brochure part d’un entretien par mail entre deux personnes du collectif. Il a été corrigé, adapté, augmenté afin de le rendre plus lisible.

Portrait de MoM

Comme MoM, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

De nature spontanée, j’aime vivre!

Tant seule qu’en groupe. J’aime apprendre des autres et enseigner.

Je suis aussi anxieuse et très souvent j’ai besoin de contrôler mon environnement pour me rassurer. Mon entourage me connaît bien et parfois me laisse faire et souvent me pousse dans mes retranchements.

J’aime les activités manuelles, le sport, la nature, je m’émerveille encore de pas grand chose.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Je suis infirmière en psychiatrie depuis 9 ans maintenant. D’abord en pavillon d’entrée puis en hôpital de jour et en résidence thérapeutique.

J’ai choisis cette spécialité pour la qualité du contact humain et le temps.

J’aime mon métier même si nos conditions d’accueil se dégradent.

J’aime les échanges avec les patients et les liens qui se créer.

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

Elle manque de visibilité. Quand il y en a, c’est pour hurler son outrage sur un événement sans chercher à comprendre.

Je me sens plus en sécurité dans mon établissement que dans la rue!

Je lutte contre les stigmatisations et les représentations, qu’elles soient d’un public peu averti ou des mes paires.

Je lutte pour la reconnaissance des personnes en soins, tant humainement, que somatiquement, que socialement.

Je me questionne tout le temps sur le sens des soins. Sur nos limites et notre toute puissance. J’apprends de toutes les personnes avec qui je travaille, de toutes!

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

Pour moi, la folie est un concept.

Moi aussi j’ai un grain!

Je dis souvent qu’il n’y a pas de fous, juste des personnes malades et la différence est grande!

Mais sinon la folie demande à s’adapter constamment, de connaitre l’autre, non pas au travers de sa pathologie mais dans son ensemble!

Elle m’a fait avoir des fous rires mémorables, elle a permis de vrai moment de partage, de la joie. J’ai pu y voir de la solidarité, de la confiance et de l’espoir.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Ah non! Je ne pense pas qu’on puisse mélanger politique et santé. On l’a déjà vu et ce n’est pas joli joli.

Mais sinon, je lui demanderais de venir me suivre 1 mois. Sans langue de bois. Que ce ministre voit comment on travaille pour de vrai, comment on fait avec la misère humaine, avec des situations de vie horrible.

Ce qu’on vit au quotidien, comment les patients vivent au quotidien.

Comment on fait avec le temps et les injonctions contradictoires.

Que ce ministre soit confronté la vraie vie, je l’emmènerais en visite à domicile où même moi j’ai pas envie y mettre les pieds tellement ça grouille de petites bêtes.

Je lui montrerais combien on s’arrache pour que la personne est une vie décente, pour qu’elle retrouve l’estime de soi.

Que ce ministre redescende dans la réalité.

Et à la fin, je lui demanderais qui est le plus fou : nous ou notre système ?

Portrait de Gaïa

Comme Gaïa, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

J’aspire à une nouvelle psychiatrie, j’ai été internée abusivement plusieurs fois et cela depuis des années mais je suis aussi et avant tout une personne ayant travaillé plus de 10 ans dans l’aide aux personnes et aussi dans l’accompagnement d’adultes autistes et psychotiques dans un foyer de vie où j’y ai découvert un vrai monde adapté pour eux, c’était d’ailleurs à nous de nous adapter.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Je n’ai plus de métier.

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

Ce monde m’a détruite volontairement.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

La folie est un bien grand mots, fou pour qui? Fou pourquoi? Fou un jour, fou toujours? Qu’est-ce donc que la folie?

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Je souhaiterais la destruction totale du milieu psychiatrique je souhaiterais que soient communiqués des chiffres publics sur le taux de mortalité après traitements, que soit rendu public les coûts d’hospitalisation et de traitements, que les psychiatres soit tenus non pas à la stabilisation mais aussi à la guérison des patients, de nouveaux lieux de vie, interdiction immédiate de tout traitement dégradant, mise à l’isolement, manque de soin, surmédication… ouvrons les yeux et les portes des asiles, de nouveaux lieux de vie sont possibles.

L’impasse au bout de la nuit

« Me voilà en train de filmer ma propre mise à l’oubli.

Mais que s’est-il passé pour en arriver à allumer ma caméra dans un lieu de soin psychiatrique (ce qui est interdit) ?

Pas grand chose et à la fois tellement de choses, on sait bien comme ça part au quart de tour dans ce genre de situation. L’objet du litige, un gobelet de calmant versé au sol le dos appuyé sur les portes du service fermé (celui qui a les chambres d’isolement) en guise de sit-in improvisé.

Derrière cette porte, les oubliés de la psychiatrie, ceux que l’on soigne sans leur consentement le temps qu’ils acceptent la sédation imposée.

Car là était le dilemme, sédation ou prédation.

Je ne voulais pas me faire sédater, ce qui m’aurait sûrement évité de re-débouler menottes en mains les portes cette fois-ci ouvertes quelques minutes plus tard pour une mise à l’isolement et piqûre tenu par les policiers. J’écris à une vingtaine de jours d’intervalle, le temps qu’ils ont jugé utile de me garder en me demandant gentiment d’effacer la vidéo de mon éjection de la polyclinique de la rue Wurtz, celle qui deviendra qui le sait mon lieu de soin privilégié pour éviter de finir à l’hôpital des oubliés celui de Soisy en banlieue parisienne.

Car les oubliés, on ne les garde que 72h au centre-ville et on les envoie après validation du juge des libertés au pavillon fermé, celui où ils m’ont tenu 5 jours entiers sans pause ni considération en chambre d’isolement, celle où on te laisse hurler et taper sur la porte comme bon te semble dans la limite de ta santé physique. Car la torture psychique, elle, n’a toujours pas trouvé d’issue et l’impasse reste entière dans ces pavillons de l’oubli qu’on appelle la psychiatrie. »

Joan

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La torture psychique a un prix

Ayant reçu une facture me réclamant 180 euros après un séjour de 12 jours (comme le nom du film de Raymond Depardon) à l’hôpital psychiatrique, je m’interroge sur le sens de ce courrier et la violence que cela signifie pour moi.

Car je n’ai aucunement envie de payer une telle somme pour un séjour en chambre d’isolement où le « forfait psy » perd son sens car il n’y a pas eu de soin psychique. En effet, quand on est enfermé, on ne vous parle pas dans un but thérapeutique, on ne fait que vous nourrir et vous médicamenter.

Comme le dit l’image, cette contribution c’est pour le ménage et l’hébergement, alors vous me direz que ce n’est pas cher pour un toit comparément à un hôtel.

Sauf que la psychiatrie asilaire n’est pas un lieu accueillant ou un refuge pour les personnes en souffrance, les chambres fermées à clé m’ont toujours poussé au désespoir et j’appelle cela de la torture. Les gens en chambre d’apaisement passent leur journée à hurler et à taper à la porte du plus fort qu’ils peuvent et je n’étais pas l’exception.

D’où ma question, doit-on payer quand on se fait torturer psychiquement ?

Ne devrait-il pas y avoir une réparation de leur part, peut-être pas une indemnisation mais au moins une reconnaissance que les droits de l’homme ont été bafoués.

Comprenez-vous la violence qu’une telle facture représente ? Non pas pour mon porte-monnaie car je ne paierai peut-être pas, malgré les menaces des huissiers, mais pour la dignité humaine ? Comment accepter de financer un lieu de torture psychique ?

La santé psychique a bien un prix, 180€ pour 12 jours, mais je refuse de financer à posteriori et de force un lieu de torture psychique appelé soi-disant établissement de santé mentale.

Ce n’est pas au patient de s’endetter pour financer les soins non-consentis. La psychiatrie manque peut-être de moyens mais ce n’est pas au psychiatrisé de financer un système qui bien souvent le maltraite et le traumatise.

Ou alors, je veux bien payer la nourriture et le ménage mais d’abord il faut leur signifier combien ils sont systématiquement maltraitants dans le service fermé de cet établissement public de la banlieue d’Evry.

Vous voudriez des moyens pour la psychiatrie, l’argent est sûrement le nerf de la guerre pour former et recruter du personnel mais commencez par respecter les droits de l’homme, par abolir la contention, par demander le consentement au patient, à ne pas sédater de force et par trouver des clés pour ouvrir toutes ces portes qui ferment toute possibilité d’échange et de relation sécurisante et pacifiée entre patients et soignants.

Il faut de l’argent pour financer de tels services, mais à quel prix et selon quelle éthique ?

« Je suis un monstre qui vous parle », Paul B. Preciado

En novembre 2019, Paul Preciado s’exprime devant 3500 psychanalystes lors des journées internationales de l’Ecole de la Cause Freudienne à Paris. Devant la profession qui l’a diagnostiqué « malade mental » et « dysphorique du genre », il s’appuie sur Kafka et son Rapport pour une académie, dans lequel un singe parlant discourt devant une assemblée de scientifiques. Loin de toute émancipation, le singe parlant de Kafka explique que son apprentissage du langage ne fut qu’un passage d’une cage à une autre  : des barreaux de fer à la subjectivité humaine.

Depuis sa cage de «  mutant  », il ne s’agit pas pour Preciado de parler de l’homophobie ou la transphobie des pères fondateurs de la psychanalyse, mais de montrer la complicité de celle-ci avec une idéologie de la différence sexuelle datant de l’ère coloniale, aujourd’hui rendue obsolète par les moyens dont nous disposons pour influer sur nos corps et notre façon de procréer.

Surtout, le philosophe lance un appel à la transformation des discours et des pratiques psychologiques et psychanalytiques  : dans les années à venir, nous devrons élaborer collectivement une épistémologie capable de rendre compte de la multiplicité des vivants, sans réduire le corps à sa force reproductive hétérosexuelle, et qui ne légitime pas la violence hétéro-patriarcale et coloniale.

La conférence provoque un séisme dans l’auditoire et depuis les associations psychanalytiques se déchirent. Filmé par des smartphones, le discours est mis en ligne et des fragments sont retranscrits, traduits et publiés sur internet sans souci d’exactitude. Afin d’élargir le débat, il importait de publier ce texte dans son intégralité.

https://www.grasset.fr/livres/je-suis-un-monstre-qui-vous-parle-9782246825562#
je suis un monstre qui vous parle preciado