« Ma schizophrénie, mon sevrage »

Bonjour,

En 1981, suite à des manifestations qualifiées de « bizarres » par la science psychiatrique ( j’ai senti que l’on me touchait, alors que la personne à qui j’attribuais ce contact n’était pas présente), j’ai commencé à entendre des sons sourds, venus d’autour de moi, de l’invisible.

Ces hallucinations auditives se sont amplifiées, et sont venues s’ajouter des hallucinations visuelles, une paranoïa, un délire érotomaniaque.

Ce fut atroce de douleurs psychologiques.

Je précise que je ne prenais aucune substance, ou drogue.

En 1983 une personne de ma famille m’emmena au cabinet d’un neuropsychiatre, et à partir de cette visite, je pris des neuroleptiques, et fus suivie, par des spécialistes

Les neuroleptiques, puis antipsychotiques, n’ont jamais totalement supprimé les voix, les hallucinations. J’en ai pris beaucoup

Je ne savais pas que j’étais « malade mentale », ni schizophrène, je ne l’ai appris qu’en 2003, par déduction. Pourquoi ne m’a-t-on rien dit ?

Pourquoi me « traita »- t-on, d’emblée, chimiquement ?

A partir du moment où l’on m’a donné ces drogues, c’en fut terminé de mon cerveau, de mon intellectualité. La lumière s’est éteinte.

J’étais très fière de moi, car, disais-je, bien obéissante : « je prends bien mes médicaments »..

Oui, la psychose fut un ravage, et me tua, à 23 ans, avec ce déclenchement des voix. Mais auparavant, j’allais bien. J’étais un peu ermite,mais complexée physiquement car mesurant depuis très jeune 1, 80 m.

Ma personnalité, affirmée, fut mise à mal dès le plus jeune âge.

A mes yeux, ce sont des traumatismes d’enfant et d’adolescente, qui s’acharnèrent à me faire sombrer dans la folie, et non pas une origine cérébrale, qui aurait prédéterminé celle-ci. N’en déplaise au « Tout scientifique » qui ne jure que par les neurones. Je pourrais, en privé, vous disséquer comment et pourquoi je suis devenue psychotique, par des causes psychologiques

Donc, à partir de l’âge de 25 ans, en 1983, suite à la visite chez le neuropsychiatre, je sombrai dans l’oubli. Sous chimie. Finie, la vie. Fini, faire partir du normal. Normal qui mène, observe-t-on, à beaucoup de folie, de folies, pourtant.

Les guerres, les drames, sont commis par des gens « classés » normaux.

Le combat intérieur est en chaque être humain, et tant que la guerre sera de soi à soi, et non résolue intérieurement, aucune paix extérieure ne s’installera. Les guerres contre soi-même, sont l’origine de celles commises entre nations. Les personnes dites normales, qui se cherchent et qui cherchent, expriment et explosent leur guerre intérieure, en guerres.

Pourquoi donc jeter la pierre aux malades mentaux, tout autant dans une lutte, et une quête éperdues, mais ouvertes car leur psychisme est déchiqueté et leur inconscient étalé-là, devant leurs yeux exorbités, qui voient ce qui est caché aux normaux, et refoulé par ceux-ci, ce qui les sauve, eux, de la folie.

Comment comprendre, que les guerres soient qualifiées de norme, alors qu’un malade mental va, lui, être rejeté, et mis sous contrôle, en raison d’idées qualifiées d’excentriques. Quel est donc ce centre que tout le monde s’arrache ?

Je parviens désormais à réfléchir, et je le dois à mon sevrage médicamenteux qui a duré dix longues années. J’en suis à la dixième, et c’est vraiment encore très pénible.

J’ai observé, depuis le tout début de ce sevrage commencé en août 2009, une naissance de moi-même, car, sous camisole chimique, j’étais morte. Mais peu à peu, en diminuant les doses, je me découvrais être pensant, et réintégrais enfin, presque, mon statut d’humaine.

Je constatai, au fil des ans, au fur et à mesure de la suppression des molécules, que ces dernières avaient bloqué tout mon fonctionnement existentiel, tout. Avec le sevrage mon psychisme ouvrait enfin les vannes, et j’entendais sortir de ma tête, mais non en délire, des flots de mots, de paroles, caractéristiques de mes traumatismes, et de ma psyché. Enfin, enfin ! Tout ce que la camisole chimique avait camouflé par son action, était libéré.

Le travail de remises en question, que tout être fait ou a la possibilité de faire, n’avait pu être assumé, car freiné, empêché par ces antipsychotiques, donnés par ailleurs trop systématiquement, sans hésitations, sans recherche d’alternatives.

Un changement arrive, mais encore trop souvent, j’entends, que les personnes dans ma situation, doivent bien prendre leurs médicaments à vie car, est-il dit encore, à tort, nous sommes incurables. Ces affirmations sont discutables, et peuvent être prononcées par des personnes soignantes qui ne veulent pas revoir leur idées, car cela équivaudrait à contester tout ce qu’ils ont appris sur les bancs de la faculté, et considérer que leurs professeurs et leur savoir, ne …savaient pas si bien que cela. Ou pas assez.

Les antipsychotiques rendent chronique la psychose, qui disparaîtrait sans eux.

J’ai mis dix ans, à me sevrer, dix ans.

Déjà, pendant mes décennies sous antipsychotiques j’ai subi les conséquences de leurs effets secondaires.

Mais lorsqu’il s’est agi de subir les conséquences du sevrage, ce fut difficile, et cela continue, car des reliquats demeurent.

J’aimerais ajouter une chose, non des moindres,.. ; Vous n’aiderez pas les schizophrènes, ni ne trouverez les raisons de cette crise psychique, si vous ne vous situez pas dans une vision plus abstraite

La psychiatrie est trop cartésienne, et ne laisse aucune place à un intangible qui permettrait pourtant l’accès à un meilleur entendement de ce qui est, à mes yeux et aux yeux d’autres personnes non schizophrènes, non pas une maladie mentale, mais un chemin de vie, sorti d’un cadre posé comme la norme. Selon quels critères ?

Ces normes sont faussées par des jugements de valeur, qui ne tiennent pas compte de l’âme, de l’esprit, en tant que vecteurs d’un réel autre, mais tout aussi valable. Car un réel de schizophrène, coupé est-il dit, de celui des dits « normaux » est l’autre face de la médaille, donc fait partie de la médaille.

Mon psychisme éclata, effectivement. Mais les médicaments chimiques n’ont jamais, jamais recollé les morceaux du puzzle. C’est par mon sevrage de ces substances, que je réussis laborieusement à recoller les morceaux.

J’ai trouvé en la personne d’une médecin homéopathe, la compréhension, et l’aide au sevrage, puisque ce dernier, je le confirme, ne doit pas se faire du jour au lendemain et il faut être accompagné.

KERIDWEN

La scientologie déploie ses griffes sur les personnes psychiatrisées, réagissons ! #stopCCDH

Attention ! « La Commission des Citoyens pour les Droits de l’Homme (CCDH), association caritative à but non lucratif créée par des membres de l’Église de Scientologie en 1969 » recrute en France !

Voir le lien suivant: http://www.prevensectes.com/psy6.htm

Les sectes cherchant à déployer leur emprise s’en prennent généralement aux personnes vulnérables, alors pourquoi pas les personnes psychiatrisées ?

Sous couvert de la défense des citoyens contre les abus de la psychiatrie, l’église de la scientologie a créé l’association caritative CCDH qui, d’ailleurs, dissimule sur son site internet tout lien avec la scientologie.

Ignorant leur existence jusqu’à ce jour de mars 2019 où on les a vu manifester gaiement à Paris, on a cherché à en savoir un peu plus sur cette association qui prônait haut et fort « Halte aux abus de la psychiatrie ».

CCDH
Manifestation du vendredi 8 mars 2019 à Paris

La propagande de la Commission des Citoyens pour les Droits de l’Homme (CCDH) a de quoi séduire :

La Commission des Citoyens pour les Droits de l’Homme (CCDH), association caritative à but non lucratif créée par des membres de l’Église de Scientologie en 1969, est un organisme de vigilance dans le domaine de la santé mentale qui se consacre à l’éradication des abus psychiatriques et à la protection des patients. La CCDH a soutenu l’adoption de plus de 160 lois qui protègent les individus contre les pratiques abusives ou coercitives de la psychiatrie, exigeant le consentement éclairé pour les traitements psychiatriques, demandant la fin de la mise sous psychotropes et des électrochocs imposés aux enfants et aux personnes âgées, et requérant des sanctions sévères en cas d’abus sexuels commis par les psychiatres sur des patients.

https://www.scientologie.fr/how-we-help/citizens-commission-on-human-rights/#slide3

La consommation de psychotropes en France est parmi les plus élevées d’Europe, et le problème est aggravé par de graves conflits d’intérêt entre les organismes de réglementation des médicaments et les sociétés pharmaceutiques. C’est dans ce climat que la Commission des Citoyens pour les Droits de l’Homme travaille activement à apporter des changements grâce à de larges campagnes d’information. Ces campagnes peuvent avoir contribué, entre autres, à l’adoption, plusieurs mois après, d’une loi pour assurer la transparence du processus de réglementation des médicaments, obligeant toute personne conseillant le ministère de la Santé à déclarer tout conflit d’intérêt.

https://www.scientologie.fr/how-we-help/citizens-commission-on-human-rights/education-initiative.html

Oui, nous sommes contre les pratiques abusives et coercitives en psychiatrie, contre la surmédication, comment ne pas adhérer à tout cela.

Mais doit-on se laisser abuser par une association qui voit le diable en chaque psychiatre et la cause de tous les maux du monde dans la psychiatrie.

Sans déconstruire leur discours, on remarque quand même de grosses ficelles pour tenter de nous manipuler : les abus sexuels, les électrochocs, les enfants et femmes enceintes sous neuroleptiques sont autant d’arguments capables d’éveiller notre rancœur envers la psychiatrie.

Mais peut-on continuer à les laisser parler en notre nom et à avoir pignon sur rue comme cette exposition intitulée « Psychiatrie : la vérité sur ses abus » organisée en plein cœur de Paris jusqu’au 14 mars 2019 ?

Que faire dans cette situation ? On peut alerter les citoyens sur la supercherie et mettre en garde contre un mouvement sectaire qui prétend dénoncer les abus mais ne fait qu’abuser de nos difficultés et notre crédulité. Non aux abus donc non à la scientologie, non aux sectes !

#stopCCDH

Un documentaire Canal+ pour comprendre comment procède cette secte (1H54Min)

Les amis et les années qui passent

“Dis-moi qui sont tes amis et je te dirais combien d’années tu vas vivre”, c’est une phrase que j’ai entendu dire par Dan Buettner, l’auteur de Blue Zones. Cet explorateur de National Geographic a parcouru le monde pour étudier et élaborer une sorte de taxinomie des populations ayant la plus grande longévité sur la planète. Il a vécu dans des communautés en Grèce, en Italie, au Japon, au Costa Rica et en Californie. Il a découvert plusieurs points en commun que vous trouverez dans son livre ou sur internet, mais celui de l’amitié, qu’il nomme “la bonne tribu”, me semble un sujet merveilleux à discuter. La qualité et la force de nos relations sera déterminante pour notre longévité, et bien évidemment pour comment on va en profiter! Je vous propose de réfléchir sur la valeur et la joie de l’amitié.

Buettner raconte que les habitants d’Okinawa, au Japon, ont créé des groupes d’amis appelés “moais”, composés de cinq personnes qui s’engagent mutuellement pour toute la vie. Il se réunissent chaque après-midi, à la même heure, pour discuter et rire ensemble. Ils se tiennent compagnie, se nourrissent et s’appuient jusqu’à la mort. Ne croyez-vous pas que la vie est bien plus heureuse, moins stressante, avec des amis inconditionnels sur lesquels on peut compter? C’est un privilège de savoir que quoiqu’il arrive, on aura quelqu’un avec qui partager ses joies et ses peines, qui appeler pour demander quelque chose qu’on ne sait pas ou être là en cas d’urgence.

L’idée de “la bonne tribu” apparait aussi dans un autre livre, The 100 Year-Life, de Gratton y Scott, avec un terme moins poétique mais tout aussi puissant. Ils nomment « les amitiés régénérantes », qui s’opposent aux amitiés toxiques, et qui remplissent chacun d’inspiration et de tranquillité. L’obésité, la cigarette et même le bonheur, disent-ils, sont contagieux. C’est pour cela qu’ils nous rappellent que, pour prendre soin de notre santé et vitalité, il faut prendre soin de ces relations qui nous rendent de meilleures personnes. Ils attirent l’attention sur cette période de la vie où les enfants et le travail font que beaucoup s’éloignent leurs amis les plus chers. Au fil des années, ces personnes se rendent compte qu’il n’ont plus leur tribu, qu’il n’ont plus de “réseau d’entraide”, qu’ils sont seuls.

Pourrait-on retrouver des idées simples sur comment cultiver l’amitié? Comment fait-on pour que, dès l’école, on comprenne que l’amitié n’est pas un droit, mais plutôt une bénédiction qui se construit? Comment nous expliquer qu’il n’y a pas de réunion de travail qui puisse empêcher une rencontrent entre bons amis? Comment faire comprendre que le meilleur cadeau, ce ne sont pas des chaussettes ou une bouteille de rhum, mais plutôt apporter une soupe chaude le jour où un ami tombe malade?

Dans un monde, où de plus en plus de personnes vivent seules, effet de la démographie, et dans lequel nous sommes déconnectés de ce qui compte réellement, effet de la technologie, le salut pour nombre de nos problèmes de santé mentale, suicides et détresse peut se trouver dans la bonne vieille et pure amitié. Que pensez-vous d’ouvrir sur cette phrase du Prophète de Gibran :

Et que dans la douceur de l’amitié, il y ait des rires et un partage des plaisirs. Car c’est dans la rosée des petites choses que le cœur trouve son matin et se rafraîchit.

Le prophète de Khalil Gibran.

Traduction de l’espagnol d’un édito de David Escobar Arango depuis http://www.elcolombiano.com/opinion/columnistas/los-amigos-y-los-anos-DL9793360

Cicatriser et dé-psychiatriser

Cicatriser les blessures de l’âme,

Explorer les mécanismes de la psyché,

Pour ne pas répéter les mêmes schémas,

Défaire les nœuds, résoudre les traumatismes,

Déconstruire les peurs qui nous paralysent,

Les réactions qui nous immobilisent,

Passer à l’action, changer,

S’ouvrir au monde, résilier,

Se connaître, se respecter,

Apprendre à être soi, à dire non,

Non aux étiquettes, non au tout médicament,

Cicatriser, faire la paix avec son passé,

Trouver refuge en dehors de la psychiatrie,

Retrouver le lien aux autres,

Se dépsychiatriser,

Prendre soin de soi, faire de la psychiatrie une ressource plutôt qu’une fin,

Et l’aider à se transformer,

Pour que le dialogue et l’écoute priment,

Que le délire soit entendu et non pas combattu,

Que la personne puisse trouver l’appui qui lui permettra d’évacuer sa souffrance,

Qu’elle puisse verbaliser, exprimer ses choix,

Qu’elle soit considérée et encouragée à s’en sortir,

Et à trouver une place dans la société.

Se refaire une santé, cicatriser et repartir de l’avant.

C’est quoi le soin?

Comment expliquer le soin à ceux qui vivent hors du soin?

Le soin, c’est la relation qui unit une personne souffrante à un professionnel de la santé.

C’est la relation soignant-soigné. Aussi humaine soit cette relation, elle n’en reste pas moins asymétrique.

Vous pouvez tomber amoureux de l’infirmière, c’est humain, mais l’inverse est improbable, elle est là pour vous soigner, prendre soin de vous mais jusqu’à une certaine limite, c’est la déontologie du professionnel.

Le soin rentre donc dans un cadre. A l’hôpital psychiatrique, le soin semble à l’évidence de distribuer des médicaments matin, midi et soir, et quand le patient refuse, de les lui injecter. On parle ici de soins sans consentement. Même si vous ne consentez pas, on vous pique.

Et puis, il y a les chambres de soins intensifs ou chambre d’isolement pour contenir en dernier recours les patients agités. Fermer une double-porte à clé et distribuer des psychotropes avec les repas, est-ce une modalité du soin ou une dérive?

Entre veiller sur vous et vous surveiller, où est la limite?

Quand il n’y a pas de moyens, que les soignants sont trop peu nombreux, sont-ils condamnés à devenir des gardiens de prison?

Le soin par la parole

Pourquoi assimile-t-on le besoin de soins à la prise de médicaments? Et la rupture de soins à l’arrêt précipité du traitement médicamenteux?

N’accorde-t-on pas trop d’importance à ces médicaments qui vous tranquillisent mais qui ne vous soignent pas.

Le soin passe avant tout par la parole, par des mots et une présence qui vous apaisent, par une écoute attentionnée. C’est ce qui différencie le personnel soignant d’un distributeur robotisé de médicaments.

Dans les moments de crise, la parole peut sembler superflue, on vous immobilise et on vous sédate comme condition préalable au dialogue.

Une fois la crise passée ou maîtrisée, et une fois qu’on va mieux, on peut se demander si on a encore besoin de soins.

Les soins à vie (et la continuité des soins) semblent être la seule issue à long terme pour prévenir les rechutes.

Prendre soin de soi aussi car il y a une vie en dehors du cadre du soin.

Joan

Joan a lu « Architecture pour la psychiatrie de demain »

Cet ouvrage collectif rassemble un panel d’auteurs d’horizons variés comme le député Denys Robiliard, des directeurs d’hôpitaux, des soignants (psychiatres et infirmiers), des architectes mais aussi des directeurs des investissements et de l’immobilier.

On regrettera l’absence de contributions de la part d’usagers de la psychiatrie bien que les auteurs insistent sur le rôle important qu’ils auront dans la psychiatrie de demain.

Le livre présente 20 projets et établissements, parmi les 635 établissements autorisés pour l’activité de psychiatrie en France, sous la forme de fiches où le texte prend le dessus sur les images et les plans d’architecture.

Au-delà de ces fiches-projets, ce sont les contributions théoriques qui prédominent parmi lesquelles on peut piocher des idées intéressantes.

Mais revenons sur ce titre prometteur: l’architecture de la psychiatrie de demain.

La psychiatrie de demain

La psychiatrie est ici définie comme l’étude médicale des maladies mentales. On se situe dans le champ de la santé, du sanitaire et, finalement, qu’est-ce que le lieu de la psychiatrie sinon un hôpital entre les mains d’un médecin psychiatre et son équipe soignante.

La psychiatrie de demain remet en cause l’hospitalo-centrisme au profit d’une psychiatrie « hors les murs » rendue apparemment possible par l’apparition des neuroleptiques dans les années 1950. Disons qu’avant c’était l’asile de fous et que maintenant les patients sont médicamentés donc plus calmes et réinsérables. Héritière de la psychiatrie de secteur, la psychiatrie de demain sortira de son cloisonnement pour se rapprocher des soins somatiques et de l’hôpital général mais aussi du champ social et médico-social.

A travers plus de coordination et d’ouverture, il s’agit de redonner au patient le goût de la vraie vie en dehors des lieux de soin. On entrevoit cependant le risque d’un soin « médico-technique » qui se résumerait à trouver les bonnes doses de médicaments laissant de côté le soin relationnel.

L’architecture psychiatrique

« Ce qui compte, c’est de construire un lieu de vie agréable, lumineux, favorisant la rencontre, le bien-être… Ce qui vaut pour le bien-portant vaut pour la personne fragilisée! »

Donato Severo

Qu’est-ce qui distingue l’hôpital psychiatrique de l’hôpital général? Sûrement les soins sous contrainte.

Le livre n’interroge pas l’existence de secteurs fermés et des chambres d’isolement où l’on place les patients agités. Cependant, il évoque l’exemple des espaces fermés-fermables comme une alternative intéressante:

Cette zone à géométrie variable de 5 chambres par unité permet en usage fermé de contenir un patient dans une zone de circulation fermée avec espaces communs et extérieurs, mais d’avoir un usage classique de chacune de ces chambres en autorisant la circulation dans tout le service et ceci grâce à une double porte.

L’architecture peut avoir une fonction apaisante mais pas que:

« L’apaisement n’est sans doute pas une condition suffisante… Pour qu’ils recouvrent cette place tant convoitée, encore faut-il qu’ils puissent s’ouvrir à l’autre et au monde extérieur. Or cette ouverture peut aussi être du ressort de l’architecture.

L’espace individuel qui se projette sur l’espace collectif, l’espace collectif qui se projette sur l’espace extérieur, l’espace extérieur qui se projette sur la ville… sont autant de projections successives qui, traitées avec subtilité et poésie, contribuent à une socialisation progressive. »

Victor Castro, architecte.

Il s’agit idéalement de lutter contre la sensation d’enfermement, d’ouvrir les lieux sur la ville, mais les questions de sécurité notamment du personnel soignant semblent peu conciliables avec cet idéal.

« Un espace suffisamment ouvert pour que le patient ne se sente pas enfermé et suffisamment contenant pour qu’il ne se sente pas esseulé. »

Les patients sont décrits comme imprévisibles ou alors en état de confusion. La hantise de la crise suicidaire semble orienter tous les aménagements intérieurs, on ferme les fenêtres pour éviter les défenestrations et on supprime tout matériel pouvant servir le passage à l’acte. On aurait apprécié une approche sensible de ce que vit le patient.

Concernant l’organisation spatiale, on nous suggère des bâtiments en forme d’étoile ou alors en forme de papillon avec un poste de soins central et des unités de chambres en périphérie mais on a du mal à distinguer la puissance évocatrice de ces formes de leur réelle pertinence en terme d’architecture.

Enfin, certaines expressions en anglais dans le texte comme magnet hospitals, design thinking, digital hospital, healing environment bien qu’évocatrices, auraient mérité d’être expliquées plus concrètement au-delà de leur effet « magique ».

On aurait aimé plus d’exemples d’architecture extra-hospitalière mais il faut souligner la qualité des projets choisis et de l’édition.

 

Architecture pour la psychiatrie de demain / sous la direction de Yann Bubien & Cécile Jaglin-Grimonprez. 

Presses de l’EHESP, 2017.

Quand j’étais immortel

Porté par une énergie folle, je ne fermais plus trop les yeux depuis quelques jours.

Au bout d’un moment, j’ai senti que je n’avais plus besoin de cligner des yeux. Les yeux grands ouverts, je m’aventurais dans la rue. Je m’arrêtais devant la vitrine d’une librairie fermée et je lisais les extraits des livres exposés. Un sentiment de mélancolie m’envahissait devant ces leçons de sagesse qui me rappelaient que tous ces auteurs étaient morts.

Mais la sagesse des morts m’était devenue étrangère, ces livres n’étaient que feuilles mortes, je ne voulais pas lire les morts, je voulais vivre la vie présente. Alors je détournais ma vue de ces livres et j’observais les reflets des passants avant de me retourner pour observer la drôle de façade de l’immeuble d’en face. Très joliment ornementée, mes yeux suivaient un chat qui allait de fenêtre en fenêtre.

Je remarquais alors la plaque qui commémorait un habitant illustre, sûrement un écrivain dont j’ai oublié le nom et je me rappelais qu’une fois j’avais essayé de compiler tous les personnages illustres qui avaient donné leur nom à une rue de Paris. Tous ces morts nous ont laissé des plaques de rues à défaut d’avoir laissé des livres.

Depuis quelques minutes, j’étais devenu immortel. Moi, je n’allais plus mourir. Je pourrais lire les morts mais je préférais continuer mon chemin d’autant que j’avais rendez-vous dans une galerie de street-art pour une dédicace.

Pendant le temps de l’immortalité, je me souviens que je prenais mon temps, je marchais d’un pas lent pour observer la vie en détail.

Je me disais que les gens habillés en noir devaient être bien tristes tout comme ceux qui cachaient leur yeux derrière des lunettes de soleil quand il n’y avait pas de soleil.

Je regrette l’insouciance qui accompagnait mon immortalité ainsi que cet élan vital.

Tuer la mort quand on a peur de mourir est une solution assez radicale. Il faut être bien fou pour croire qu’on va échapper à la mort.

Je me demande si être immortel parmi les mortels, ce n’est pas être déjà mort parmi les vivants.

Avoir le privilège de ne pas mourir, ça doit être difficile à porter à la longue et il vaut sans doute mieux être égaux face à la mort plutôt que de vouloir être autre.

Changer les regards sur la folie : de la honte à la fierté

Le regard de la société sur les troubles psychiques est très influencé par le discours médical. La folie serait avant tout un problème de santé, une maladie comme les autres.

Mais contrairement au cancer ou au diabète, le regard sur soi du malade psychique est chargé de honte. Comme pour les autres maladies, on ne choisit pas de tomber malade. Mais on ne peut pas mettre le trouble uniquement sur le compte d’une défaillance corporelle en se disant « Ce n’est pas moi, c’est mon cerveau. ». D’autres argumenteront que c’est la société qui nous a rendu malade.

Mais il y a quand même une honte sociale propre à la folie : il faut se cacher, ne jamais dire le diagnostic qu’il y a derrière une situation de handicap (psychique) au travail. Les autres n’ont pas à savoir que je suis suivi en psychiatrie ou que je prends des médicaments nuit et jour.

Oui, la folie est traitée comme un problème de santé personnel et intime protégé par le secret médical.

Mais si on sort la folie du champ médical et de la relation médecin-patient et qu’on s’intéresse à la dimension sociale et aux relations individus-société, on peut essayer de dépasser la honte par un changement de regard collectif.

On a vu que la honte naît d’une position subie face à la maladie, à un mal-être personnel et à un discours essentiellement médical.

Redevenir acteur de sa vie, sortir du rôle de patient, trouver un équilibre avec les médicaments et aller mieux, c’est trouver un motif de fierté et porter un discours moins centré sur l’individu lui-même que sur les relations avec les autres. Le discours biologisant sur le cerveau doit être complété par une vision écologique de la folie, c’est-à-dire orientée vers les interactions des individus avec leur environnement social.

Il n’y a pas de quoi être fier d’être malade, mais la fierté vient du simple fait qu’on ne nous regarde plus comme des malades (vivant cachés) mais comme des êtres à part entière (vivant follement leur vie).

Une étincelle de folie, à vous la parole!

Si vous aussi vous trouvez que la folie on n’en parle jamais en bien, ce post est fait pour vous!

Parce que la folie est parfois dure à porter, qu’elle nous plonge souvent dans le désespoir, nous fait souffrir et nous empêche de vivre.

Et puis qu’une fois qu’on surmonte son mal-être, on a du mal à trouver une place parmi les autres.

Et quand tu regardes le traitement médiatique de la folie, tu sens un malaise dans l’usage de termes comme le « coup de folie » du dernier meurtrier ou le côté « schizophrénique » d’un tel ou d’un autre.

Si toi aussi, tu penses qu’on doit changer les regards sur la folie et participer à déstigmatiser, je te propose de partager avec nous ton étincelle de folie.

Une étincelle, une idée lumineuse qui transperce les ténèbres et te fait sentir vivant.

Tu peux partager spontanément un éclair de génie ou de drôlerie, un truc dont tu te sens fier, que tu ne pensais pas pouvoir réaliser ou une pensée qui te redonne le sourire ou alors un texte, des phrases.

Construisons ensemble un mur d’idées aussi folles ou loufoques soient-elles pour montrer ce qu’apporte la folie dans nos vies et dans un monde parfois triste et sans magie. Et si chacun s’accordait un moment de folie? Et si toutes nos étincelles pouvaient rallumer la flamme?

A vos commentaires!

L’autre – Maladie d’amour [Natacha]

Merdre à marraine et baronne, daronne non exergue

Claude en l’état de fait était ma tante, balbutiant l’air
Marin côte vendéenne où non l’aunt glacière déambule embrun, attente
À l’asthme n’inspirant guère clair dessein. À 20 ans
Atteinte à brain, les cases en moins, la toge ébène

Claude hérisse broie du glauque, sombres affres militantes au black
Destroys son adaptable au globe en cas soc’, déguerpit d’hiver
En peine capitale. Studio l’Isoloir en moue Simone Weil
Maugréé mutique en tête et veine butée, augure Robotnik

Claude dévolue sous tutelle sans le sou solitaire
Destituée transcrite en fée, fissure qui s’ébrèche non ma marraine
Ma terrible tempête, tante aux tempes enflées schizophrènes
Enraye en la nièce invertie délétère l’insulaire anémique suspendue

Ma tante m’ hait aussi bien guère qu’elle me conna(i)sse
Ignore jusqu’à l’héréditaire destitué je t’aime, toute guerre apparentée
Hein génie génétique m’exagère l’amère onde nébuleuse
Je gère à nauséabond gré cette folie-potentiel qui m’octroie
À ta plaie, plaisir de frigide cécité en cellules ADN re-scalpées
HP, box familière, les us de nos mères, les tocs de nos gênes, conservés

Mère mensure et menstrue le mimétisme marraine’ Nat
Parrainage Ô patrimoine maladif, le miasme délicieux
De la dégénérescence en partage, gloses communes hématomes
Fille-mère, on déterre et transmute modèle hirsute, parfaire le glaucome

Je m’essaie pluie battante, m’inviter chez la tante
Dilettante au plus niais, marraine nier ma présence, toc bis terne-chevillette
Puis déguerpis malade, minaude mine brisée, éteinte incertaine
Des bris de famille explosée défunte, ses fantômes éclectiques délaissés errant
Édentés en couffins aux confins des relents dédain consumé, butinant mortifères

Claude antique damnée s’évertue morose, se morfond recluse du blockhaus en toc
Fille gothique à moelle molle et caduque, éperdue hantée, a-dégrippant l’amour
Sein de famille nom saint sauf honneur, similaire simulacre racines nobles