Joan a lu « Architecture pour la psychiatrie de demain »

Cet ouvrage collectif rassemble un panel d’auteurs d’horizons variés comme le député Denys Robiliard, des directeurs d’hôpitaux, des soignants (psychiatres et infirmiers), des architectes mais aussi des directeurs des investissements et de l’immobilier.

On regrettera l’absence de contributions de la part d’usagers de la psychiatrie bien que les auteurs insistent sur le rôle important qu’ils auront dans la psychiatrie de demain.

Le livre présente 20 projets et établissements, parmi les 635 établissements autorisés pour l’activité de psychiatrie en France, sous la forme de fiches où le texte prend le dessus sur les images et les plans d’architecture.

Au-delà de ces fiches-projets, ce sont les contributions théoriques qui prédominent parmi lesquelles on peut piocher des idées intéressantes.

Mais revenons sur ce titre prometteur: l’architecture de la psychiatrie de demain.

La psychiatrie de demain

La psychiatrie est ici définie comme l’étude médicale des maladies mentales. On se situe dans le champ de la santé, du sanitaire et, finalement, qu’est-ce que le lieu de la psychiatrie sinon un hôpital entre les mains d’un médecin psychiatre et son équipe soignante.

La psychiatrie de demain remet en cause l’hospitalo-centrisme au profit d’une psychiatrie « hors les murs » rendue apparemment possible par l’apparition des neuroleptiques dans les années 1950. Disons qu’avant c’était l’asile de fous et que maintenant les patients sont médicamentés donc plus calmes et réinsérables. Héritière de la psychiatrie de secteur, la psychiatrie de demain sortira de son cloisonnement pour se rapprocher des soins somatiques et de l’hôpital général mais aussi du champ social et médico-social.

A travers plus de coordination et d’ouverture, il s’agit de redonner au patient le goût de la vraie vie en dehors des lieux de soin. On entrevoit cependant le risque d’un soin « médico-technique » qui se résumerait à trouver les bonnes doses de médicaments laissant de côté le soin relationnel.

L’architecture psychiatrique

« Ce qui compte, c’est de construire un lieu de vie agréable, lumineux, favorisant la rencontre, le bien-être… Ce qui vaut pour le bien-portant vaut pour la personne fragilisée! »

Donato Severo

Qu’est-ce qui distingue l’hôpital psychiatrique de l’hôpital général? Sûrement les soins sous contrainte.

Le livre n’interroge pas l’existence de secteurs fermés et des chambres d’isolement où l’on place les patients agités. Cependant, il évoque l’exemple des espaces fermés-fermables comme une alternative intéressante:

Cette zone à géométrie variable de 5 chambres par unité permet en usage fermé de contenir un patient dans une zone de circulation fermée avec espaces communs et extérieurs, mais d’avoir un usage classique de chacune de ces chambres en autorisant la circulation dans tout le service et ceci grâce à une double porte.

L’architecture peut avoir une fonction apaisante mais pas que:

« L’apaisement n’est sans doute pas une condition suffisante… Pour qu’ils recouvrent cette place tant convoitée, encore faut-il qu’ils puissent s’ouvrir à l’autre et au monde extérieur. Or cette ouverture peut aussi être du ressort de l’architecture.

L’espace individuel qui se projette sur l’espace collectif, l’espace collectif qui se projette sur l’espace extérieur, l’espace extérieur qui se projette sur la ville… sont autant de projections successives qui, traitées avec subtilité et poésie, contribuent à une socialisation progressive. »

Victor Castro, architecte.

Il s’agit idéalement de lutter contre la sensation d’enfermement, d’ouvrir les lieux sur la ville, mais les questions de sécurité notamment du personnel soignant semblent peu conciliables avec cet idéal.

« Un espace suffisamment ouvert pour que le patient ne se sente pas enfermé et suffisamment contenant pour qu’il ne se sente pas esseulé. »

Les patients sont décrits comme imprévisibles ou alors en état de confusion. La hantise de la crise suicidaire semble orienter tous les aménagements intérieurs, on ferme les fenêtres pour éviter les défenestrations et on supprime tout matériel pouvant servir le passage à l’acte. On aurait apprécié une approche sensible de ce que vit le patient.

Concernant l’organisation spatiale, on nous suggère des bâtiments en forme d’étoile ou alors en forme de papillon avec un poste de soins central et des unités de chambres en périphérie mais on a du mal à distinguer la puissance évocatrice de ces formes de leur réelle pertinence en terme d’architecture.

Enfin, certaines expressions en anglais dans le texte comme magnet hospitals, design thinking, digital hospital, healing environment bien qu’évocatrices, auraient mérité d’être expliquées plus concrètement au-delà de leur effet « magique ».

On aurait aimé plus d’exemples d’architecture extra-hospitalière mais il faut souligner la qualité des projets choisis et de l’édition.

 

Architecture pour la psychiatrie de demain / sous la direction de Yann Bubien & Cécile Jaglin-Grimonprez. 

Presses de l’EHESP, 2017.

Quand j’étais immortel

Porté par une énergie folle, je ne fermais plus trop les yeux depuis quelques jours.

Au bout d’un moment, j’ai senti que je n’avais plus besoin de cligner des yeux. Les yeux grands ouverts, je m’aventurais dans la rue. Je m’arrêtais devant la vitrine d’une librairie fermée et je lisais les extraits des livres exposés. Un sentiment de mélancolie m’envahissait devant ces leçons de sagesse qui me rappelaient que tous ces auteurs étaient morts.

Mais la sagesse des morts m’était devenue étrangère, ces livres n’étaient que feuilles mortes, je ne voulais pas lire les morts, je voulais vivre la vie présente. Alors je détournais ma vue de ces livres et j’observais les reflets des passants avant de me retourner pour observer la drôle de façade de l’immeuble d’en face. Très joliment ornementée, mes yeux suivaient un chat qui allait de fenêtre en fenêtre.

Je remarquais alors la plaque qui commémorait un habitant illustre, sûrement un écrivain dont j’ai oublié le nom et je me rappelais qu’une fois j’avais essayé de compiler tous les personnages illustres qui avaient donné leur nom à une rue de Paris. Tous ces morts nous ont laissé des plaques de rues à défaut d’avoir laissé des livres.

Depuis quelques minutes, j’étais devenu immortel. Moi, je n’allais plus mourir. Je pourrais lire les morts mais je préférais continuer mon chemin d’autant que j’avais rendez-vous dans une galerie de street-art pour une dédicace.

Pendant le temps de l’immortalité, je me souviens que je prenais mon temps, je marchais d’un pas lent pour observer la vie en détail.

Je me disais que les gens habillés en noir devaient être bien tristes tout comme ceux qui cachaient leur yeux derrière des lunettes de soleil quand il n’y avait pas de soleil.

Je regrette l’insouciance qui accompagnait mon immortalité ainsi que cet élan vital.

Tuer la mort quand on a peur de mourir est une solution assez radicale. Il faut être bien fou pour croire qu’on va échapper à la mort.

Je me demande si être immortel parmi les mortels, ce n’est pas être déjà mort parmi les vivants.

Avoir le privilège de ne pas mourir, ça doit être difficile à porter à la longue et il vaut sans doute mieux être égaux face à la mort plutôt que de vouloir être autre.

Changer les regards sur la folie : de la honte à la fierté

Le regard de la société sur les troubles psychiques est très influencé par le discours médical. La folie serait avant tout un problème de santé, une maladie comme les autres.

Mais contrairement au cancer ou au diabète, le regard sur soi du malade psychique est chargé de honte. Comme pour les autres maladies, on ne choisit pas de tomber malade. Mais on ne peut pas mettre le trouble uniquement sur le compte d’une défaillance corporelle en se disant « Ce n’est pas moi, c’est mon cerveau. ». D’autres argumenteront que c’est la société qui nous a rendu malade.

Mais il y a quand même une honte sociale propre à la folie : il faut se cacher, ne jamais dire le diagnostic qu’il y a derrière une situation de handicap (psychique) au travail. Les autres n’ont pas à savoir que je suis suivi en psychiatrie ou que je prends des médicaments nuit et jour.

Oui, la folie est traitée comme un problème de santé personnel et intime protégé par le secret médical.

Mais si on sort la folie du champ médical et de la relation médecin-patient et qu’on s’intéresse à la dimension sociale et aux relations individus-société, on peut essayer de dépasser la honte par un changement de regard collectif.

On a vu que la honte naît d’une position subie face à la maladie, à un mal-être personnel et à un discours essentiellement médical.

Redevenir acteur de sa vie, sortir du rôle de patient, trouver un équilibre avec les médicaments et aller mieux, c’est trouver un motif de fierté et porter un discours moins centré sur l’individu lui-même que sur les relations avec les autres. Le discours biologisant sur le cerveau doit être complété par une vision écologique de la folie, c’est-à-dire orientée vers les interactions des individus avec leur environnement social.

Il n’y a pas de quoi être fier d’être malade, mais la fierté vient du simple fait qu’on ne nous regarde plus comme des malades (vivant cachés) mais comme des êtres à part entière (vivant follement leur vie).

Une étincelle de folie, à vous la parole!

Si vous aussi vous trouvez que la folie on n’en parle jamais en bien, ce post est fait pour vous!

Parce que la folie est parfois dure à porter, qu’elle nous plonge souvent dans le désespoir, nous fait souffrir et nous empêche de vivre.

Et puis qu’une fois qu’on surmonte son mal-être, on a du mal à trouver une place parmi les autres.

Et quand tu regardes le traitement médiatique de la folie, tu sens un malaise dans l’usage de termes comme le « coup de folie » du dernier meurtrier ou le côté « schizophrénique » d’un tel ou d’un autre.

Si toi aussi, tu penses qu’on doit changer les regards sur la folie et participer à déstigmatiser, je te propose de partager avec nous ton étincelle de folie.

Une étincelle, une idée lumineuse qui transperce les ténèbres et te fait sentir vivant.

Tu peux partager spontanément un éclair de génie ou de drôlerie, un truc dont tu te sens fier, que tu ne pensais pas pouvoir réaliser ou une pensée qui te redonne le sourire ou alors un texte, des phrases.

Construisons ensemble un mur d’idées aussi folles ou loufoques soient-elles pour montrer ce qu’apporte la folie dans nos vies et dans un monde parfois triste et sans magie. Et si chacun s’accordait un moment de folie? Et si toutes nos étincelles pouvaient rallumer la flamme?

A vos commentaires!

L’autre – Maladie d’amour [Natacha]

Merdre à marraine et baronne, daronne non exergue

Claude en l’état de fait était ma tante, balbutiant l’air
Marin côte vendéenne où non l’aunt glacière déambule embrun, attente
À l’asthme n’inspirant guère clair dessein. À 20 ans
Atteinte à brain, les cases en moins, la toge ébène

Claude hérisse broie du glauque, sombres affres militantes au black
Destroys son adaptable au globe en cas soc’, déguerpit d’hiver
En peine capitale. Studio l’Isoloir en moue Simone Weil
Maugréé mutique en tête et veine butée, augure Robotnik

Claude dévolue sous tutelle sans le sou solitaire
Destituée transcrite en fée, fissure qui s’ébrèche non ma marraine
Ma terrible tempête, tante aux tempes enflées schizophrènes
Enraye en la nièce invertie délétère l’insulaire anémique suspendue

Ma tante m’ hait aussi bien guère qu’elle me conna(i)sse
Ignore jusqu’à l’héréditaire destitué je t’aime, toute guerre apparentée
Hein génie génétique m’exagère l’amère onde nébuleuse
Je gère à nauséabond gré cette folie-potentiel qui m’octroie
À ta plaie, plaisir de frigide cécité en cellules ADN re-scalpées
HP, box familière, les us de nos mères, les tocs de nos gênes, conservés

Mère mensure et menstrue le mimétisme marraine’ Nat
Parrainage Ô patrimoine maladif, le miasme délicieux
De la dégénérescence en partage, gloses communes hématomes
Fille-mère, on déterre et transmute modèle hirsute, parfaire le glaucome

Je m’essaie pluie battante, m’inviter chez la tante
Dilettante au plus niais, marraine nier ma présence, toc bis terne-chevillette
Puis déguerpis malade, minaude mine brisée, éteinte incertaine
Des bris de famille explosée défunte, ses fantômes éclectiques délaissés errant
Édentés en couffins aux confins des relents dédain consumé, butinant mortifères

Claude antique damnée s’évertue morose, se morfond recluse du blockhaus en toc
Fille gothique à moelle molle et caduque, éperdue hantée, a-dégrippant l’amour
Sein de famille nom saint sauf honneur, similaire simulacre racines nobles

Un match de folie

Par un dimanche de septembre, je me suis rendu au stade et j’ai fini le lendemain interné en psychiatrie. Voici mon récit pour tenter de mettre en mots ce souvenir vivace.

Nouvellement abonné au Paris Saint-Germain, je devais me rendre au Parc des Princes pour le match entre le PSG et Lyon. Mais en attendant, je me suis arrêté en chemin à Place de la République pour voir s’il y avait encore des débats sur la place publique. Alors que j’étais dans les couloirs du métro, j’entends une annonce prévenant que les sorties du métro sont fermées pour cause de manifestation. Je me dirige tout de même vers la sortie et, à ma surprise, les portes sont ouvertes.

Je replonge dans le métro après avoir vu une voiture de police et une forte suspicion m’envahit, j’ai l’impression que les caméras du métro m’observent. Direction le Parc des Princes, dans un métro bondé. Je prends mon temps pour sortir car je commence à croire qu’il y a des policiers en civil, ou plutôt des renseignements généraux (RG) qui m’attendent à la sortie.

Comme il pleuvait, j’attendais dans le couloir qui donnait sur la sortie avec d’autres supporters. Alors qu’arrivent les voyageurs d’un second métro, je décide de sortir. Je vois des cars de CRS, l’un des chefs me regarde sans m’interpeler, je me dis alors qu’il a dû me prendre pour un policier en civil vu que j’étais tout de noir vêtu.

Je passe un à un les contrôles avec ma carte d’abonné et je vois une policière avec un fusil mitrailleur postée sur le chemin. Je commence à croire à une menace terroriste et que la menace c’est moi.

Je décide de me fondre dans la foule et j’entame la discussion avec d’autres supporters. J’étais arrivé trop tôt et les portes du stade étaient encore fermées. Sauf qu’à un moment on entend le son d’un mégaphone qui demande s’il y a des abonnés dans la foule. Puis ils commencent à se moquer d’un jeune avec qui je parlais.

Après avoir ignoré les supporters au mégaphone, j’accède enfin à la tribune encore vide de monde. Assis impassiblement, j’écoute les chants des supporters et j’ai l’impression d’entendre mon prénom et des chants contre Daesh. Au bout d’un moment, on nous distribue des ballons de baudruche rouges et bleus, chose que je n’avais jamais vu au stade. Et puis, le speaker annonce le jeu concours qui récompense un abonné capté au hasard dans la tribune par les caméras du stade. Quand arrive la mi-temps, le supporter descend sur la pelouse pour recevoir son cadeau, sauf que ce soir là, personne n’est descendu. J’espère me tromper, j’avais sûrement la tête ailleurs car je voyais défiler dans l’escalier des personnes dont la tenue neutre me faisait penser à des policiers en civils.

Comme ils s’arrêtaient près de moi, j’ai bien tenté de les démasquer et je me souviens avoir crié « tout le monde déteste la police ». Mais la palme du déguisement revient à cet homme au t-shirt jaune qui déboula façon touriste avec des bières plein les mains alors que le match touchait à sa fin.

A la fin du match, la foule qui sortait était compacte et avançait au ralenti. J’ai eu l’impression qu’ils allaient en profiter pour m’attraper alors j’ai crié « ici c’est paris » et puis certains ont commencé à m’interpeler. N’arrivant pas à distinguer les policiers en civils ni non plus les soignants en civil, j’ai suivi le pas d’un couple qui me conseillait de ne pas haranguer la foule.

Un fois dehors, j’entends un monsieur âgé qui vociférait dans son téléphone et qui repasse devant moi quelques instants plus tard comme pour me barrer la route. Je commence à croire qu’ils sont nombreux à mes trousses et qu’ils m’encerclent à distance, soit devant, soit derrière, pendant que je me dirige vers le tramway. J’interpelle deux jeunes couples qui semblent s’être déguisés en supporters pour se fondre dans la masse, puis me sentant pris au piège, je me mets à courir pour les dépasser. Je m’arrête alors devant le passage piéton à quelques mètres du tramway quand je vois un homme barbu enlever ses écouteurs, s’approcher en courant et me mettre un coup de poing qui fait voler mes lunettes en éclat. Je me mets au milieu de la chaussée devant les voitures qui arrivent à toute vitesse quand un homme m’aide à ramasser les lunettes puis disparaît à son tour.

Avec une douleur et un bruit sourd dans l’oreille, je me dirige vers le tramway. Comme il est plein à craquer, je le laisse partir et j’attends le départ du prochain. Je m’assois à côté d’un homme âgé qui a plus l’air d’un sans abri que d’un policier et je me mets à lui raconter l’histoire pendant la dizaine de minutes à attendre puis le long du trajet en tramway où j’ai l’impression que les policiers en civil sont présents. Je descends du tramway et j’arrive chez moi après avoir croisé trois personnes qui ne semblent pas être là par hasard.

Puis je décide d’aller dans la nuit aux urgences car j’ai mal. Au bout d’un moment, je retourne en salle d’attente et là je vois le monsieur du tramway blotti dans un coin qui fait mine de ne pas me reconnaître.

Je suis alors les soignants qui décident de m’attacher avec des sangles. Après quelques heures, ils me font passer un scanner et m’envoient en ambulance direction l’hôpital psychiatrique où je confonds certains patients et soignants avec des infiltrés de la police. Vu mon agitation, je suis placé en chambre d’isolement où ils m’injectent une dose d’Haldol avec les renforts. Mauvaise dose car je suis emmené une semaine plus tard en réanimation et que je ne garde aucun souvenir de cette semaine en isolement.

Joan

C’est la nuit [Ann]

Après ces épreuves,

Après ces jugements péremptoires,

Après ce contact avec le sbire toujours l’attente,

Toujours la permission,

Et bien maintenant plus de deux ans que je demande la même chose,

Plus de deux ans que j’ai déposé des dossiers,

Je viens de prendre rendez vous avec un notaire,

Et  bien non cela m’est refusé une fois de plus par un garçon à peine sorti de l’enfance,

Qui ne connait rien à la vie,

Qui continue à me traiter comme un enfant,

Dois-je donc toujours demander la permission,

Et ne pas réaliser ce que je veux,

Dois-je donc toujours être privé de liberté,

Dois-je donc toujours être maltraitée, humiliée,

Ne pas pouvoir réaliser ce que je veux,

Dois-je donc en permanence revenir en arrière,

Dois-je donc toujours être humiliée,

N’ai-je pas 69 ans,

Ne suis-je donc pas mature,

Suis-je donc une enfant,

Et bien le loups vous avez gagné je vais redevenir légume.

 

Est-ce bien des fous qu’on assassine ?

Parce que devenir fou n’est à mon sens, et au sens de beaucoup d’autres, qu’une conséquence de traumatismes survenus dans la vie de personnes que le monde n’avait pas armé à y faire face.

Parce que la sortie du monde, par la production de créations psychiques, par la folie intestine, par le recours à l’altération artificielle du psychisme, par le suicide même, n’est que la conséquence de cette impossibilité à faire face à ces traumatismes.

Parce que vient ensuite l’enfermement psychiatrique qui par son recours à la discipline croit pouvoir juguler des tentatives d’évasion de ce monde qui a blessé, ces tentatives de sortie de ce réel invivable, en incarcérant des hommes et des femmes à moitié assassinés par un environnement trop dur, en les plaçant dans cet univers fait de murs, de fenêtres qui ne s’ouvrent pas, d’odeurs pestilentielles et de colocataires eux-mêmes hautement blessé dans leur âme.

C’est l’heure de la torture spirituelle et affective.

Parce qu’ensuite c’est le recours aux traitements médicamenteux, à ce sparadrap chimique qui masque, annihile les émotions pour tenter de faire bonne figure en société disciplinaire, qui permet de produire des individus dociles là où le monde avait créé des électrons libérés.

Parce qu’ensuite c’est la solitude, la solitude d’un cœur qui ne ressent plus, d’une âme qui ne rêve plus, d’un corps qui ne jouit plus, cette prison intérieure qui se mue en prison extérieure par le rejet et le jugement de ce même monde qui a fait de nous d’anciens combattants de la guerre psychologique.

C’est l’heure de la torture chimique et émotionnelle.

Puis, contre toutes attentes, certains parviennent à se remettre de cet assassinat latent et incessant du monde sur eux. Ce monde qui n’a pas armé, qui a attaqué, qui à écrasé et qui a annihilé toute résistance et toute perspective de joie.

Puis, ceux-là, ceux qui survivent à ces traitements meurtriers, ceux qui parviennent à se retrouver humains dans tous ça, à se reconstruire une âme, un corps, un cœur, ils tentent de retourner dans ce monde assassin, et là c’est le jugement, le rejet, le poids du stigmate de plomb sur les épaules.

C’est l’heure de la torture sociale, c’est l’heure de comprendre que c’est bien ce monde toxique qui a participé à toutes ces étapes de vie de celui qu’on dit fou, produit d’une société maltraitante, blessante qui oublie l’amour et le respect, qui ne donne pas les armes pour se battre, qui fabrique ses fous et les rejette pour avoir échoué dans sa production…

Alors oui, la folie n’est pas une pathologie, une maladie de l’homme, c’est une conséquence d’un monde qui croit pouvoir fabriquer des petits soldats de plomb mécanisés qui entreront dans les rouages pré-dessinés et qui échoue sur des personnes qui n’avait juste pas les clefs, et qui peu à peu se font assassiner dans une destruction programmée.

Agathe M.

Dernier voyage à Paris [Craig]

A ma chère « Famille Française », aux amis, aux pairs, aux collègues

De tout mon cœur, je voudrais vous exprimer ô combien vous avez touché mon âme.

Tel un homme qui cherchait à avoir son cœur embrassé par l’amour guérisseur de l’accomplissement, mes rêves existent bel et bien dans la vérité et la réalité de ce que fut ma récente et libératrice expérience de la France.

J’ai appris tant de chose durant le temps que j’ai passé dans votre beau pays. Le plus important, et je vous prie d’excuser mon égoïsme très américain, c’est quand je vous exprime que les moments que j’ai passés en France m’ont fait réaliser que j’étais vraiment devenu celui que j’aspirais à devenir ; et cela bien plus que ce que j’ai pu vous en dire, ou vous le faire ressentir, au moment où j’étais transcendé et éveillé par ce profond sentiment de paix.

Merci de ce cadeau.

 

De façon naturelle, vous tous m’avais fait me sentir chez moi, comme si j’étais l’un des vôtres, et de fait je le suis.

Comme citoyen du monde, comme un être humain qui cherche sa vérité dans les étoiles, c’est avec une clarté bien définie que je puis tous vous affirmer que nous sommes un et identiques.

Je suis de ceux qui trouvent que quand le cœur lui, parle, l’esprit (notre conscience intellectuelle intégrée) peut nous trahir.

Nous sommes endoctrinés dès le plus âge aux États-Unis à croire que les sentiments sont une faiblesse et qu’avoir de la force et une solide situation matérielle sous les pieds sont les clés pour être respecté et entendu.

Je m’inscris en faux contre ce standard culturel qui ne m’a rien apporté et qui n’apporte rien « aux nôtres ».

Pour se relever, pour reprendre en main votre vie, pour marcher sur le sentier magnifique et douloureux du rétablissement, nous devons être aussi intelligent que nous sommes remplis de sentiments.

Le cœur de notre mouvement est de vivre avec un cœur brisé, collectivement, et notre travail en 2018 consiste à embrasser l’amour qui guérit ce qui fut autrefois brisé.

Être un survivant est un bon début, mais être beau avec vos fêlures, vos confusions et vos cicatrices, construire votre plaidoyer (votre sagesse), c’est ça qui définit votre beauté, comme j’ai coutume de le dire, moi un fou venu d’Amérique qui croit au pouvoir collectif de la transformation radical de l’être humain par lui-même !

 

Vous qui me lisez, sachez que vous avez la capacité et la responsabilité de faire que vos rêves se réalisent !

Vos cicatrices sont belles ! Les anciens artisans japonais le savaient.

Lorsque vous mangez votre repas quotidien et que votre bol se fissure ; si souvent nous jetons le bol cassé et en achetons un nouveau.

Non, je l’ai dit, je ne serai pas mis au rebut parce que j’ai été brisé !

Au contraire, mon cœur brisé et le bol brisé sont identiques. Les anciens Japonais remplissaient les fissures d’or, et considéraient cette nouvelle version, encore plus belle que l’originale.

Le Kintsugi, c’est l’art japonais d’embellir ce qui était cassé.

Vous êtes tous et toutes une œuvre de Kintsugi. Vos cicatrices font votre beauté. Ce qu’est prendre soin de soi ? du Kintsugi, et vous êtes votre propre artiste, ainsi parle un américain à Paris !

J’adore utiliser mon cerveau, comme vous le savez peut-être, mais de toute façon, pour vraiment faire une différence dans le monde et dans nos communautés ; Je sais que je dois utiliser mon cœur. Nous devons parler avec nos cœurs, et quand nous le faisons; le changement se produit..

Je vous dis, avec toute ma tendresse, à la prochaine fois !

 

Merci,

Craig Lewis, auteur de Betterdays

Traduit en Français par Alain Karinthi sous le titre Un jour nouveau

11 Février 2018

Varsovie, Pologne