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Le rôle social des usagers en santé mentale

L’expérience de la folie ne légitime pas le fou dans sa parole mais ne justifie pas qu’on parle à sa place.

usagers santé mentale

En France, nous sommes 2 millions d’usagers en santé mentale. Ceux qui s’en sortent préfèrent se désigner comme ex-usagers ou survivants de la psychiatrie. Car il est vrai que l’expérience de l’hospitalisation en psychiatrie est souvent vécue comme une épreuve traumatisante. Non pas que les personnels soignants soient particulièrement inhumains ou incompétents ; l’hôpital psychiatrique est par essence un lieu d’accueil de la détresse extrême, coupé du monde, étape d’un mécanisme d’exclusion sociale.

L’intégration sociale c’est réussir à s’en sortir, à ré-inventer une forme de vie satisfaisante au sein de la société, où l’espace et le temps des soins ne soient pas prépondérants. C’est créer une forme d’autonomie, pouvoir s’émanciper en corps et en esprit, avec le soutien bienveillant des autres.

La question sous-jacente est celle de la maladie psychique. Pour qu’il y ait des soignants, des aidants voire des pair-aidants ou des proches-aidants, il faut des personnes « malades ». Or le statut de « malade » peut être pertinent dans les espaces de soins et la pharmacie mais pas dans l’espace social.

Reconnaître à quelqu’un une maladie est un acte médical. Le transformer en statut social, c’est un acte malveillant qui ne peut conduire qu’à l’exclusion sociale.

Se sortir du statut de malade, voilà ce qui nous intéresse, avoir une vie comme tout le monde et se libérer des étiquettes médicales. Le terme d’usager reconnaît au moins à la personne sa capacité à être autre chose qu’un malade.

Le rôle de l’usager en santé mentale peut devenir un enjeu politique. Se sortant des schémas de la maladie, il peut revendiquer son droit à la parole sur les sujets qui le concernent plutôt que de laisser la parole aux seules familles ou aux experts de la psychiatrie. L’expérience de la folie ne légitime pas le fou dans sa parole mais ne justifie pas qu’on parle à sa place.

Au-delà des revendications par rapport aux traitements déshumanisants qui existent en psychiatrie, le rôle de l’usager peut devenir un rôle social : il « incarne » un message d’espoir qui parle à tous, faisant sortir la « folie » du champ médical et des représentations négatives.

Nous avons le pouvoir de changer les représentations sociales sur les troubles psy en en faisant un sujet de débat au sein même de la société et non plus un sujet médical du ressort de l’intime et une honte sociale source de mal-être et d’auto-exclusion.

 

« La puissance du délire », Frédéric Bisson

Délirer, c’est « sortir du sillon ». Cette étymologie marque l’infécondité du délire. Mais quelle peut être, au contraire, la puissance positive de ce processus oblique ? À la naissance de la psychiatrie, la catégorisation clinique du délire inhibe ce processus en fabriquant un fou d’hôpital. La psychiatrie isole le fou du jeu social.

« La folie comme limite de la liberté », Marc Zerbib

marc zerbibIl s’agit de faire entendre quelle valeur humaine gît dans la folie. Autrement dit, il ne s’agit pas de comprendre le fou – le fou est justement celui que l’on ne comprend pas -, mais de comprendre ce que, par cette non-compréhension, le fou nous enseigne sur l’être de l’homme.

«L’être de l’homme non seulement ne peut être compris sans la folie, mais il ne serait pas l’être de l’homme s’il ne portait en lui la folie comme la limite de sa liberté.»

Jacques Lacan

« Le Goût de vivre », Edouard Zarifian [Livre]

zarifianLe Goût de vivre est un livre très plaisant dans lequel Edouard Zarifian nous guide de manière intuitive dans le monde complexe du psychisme.

Le psychisme ce n’est pas le cerveau. Si le cerveau permet les opérations mentales, le psychisme, lui, est une construction à la fois intime et sociale qui se joue dans l’interaction avec les autres à travers ce que l’auteur appelle la parole. Continuer la lecture de « « Le Goût de vivre », Edouard Zarifian [Livre] »

La zénitude du fou et le délire du moine

humapsy
pancarte de l’association Humapsy à la Mad Pride

Ce titre loufoque, qui inverse le sens des mots et qui semble ne pas avoir de sens, vise à interroger, justement, le sens qu’on donne à l’expérience du fou qui délire au regard de celle du moine zen. L’intention n’est pas d’opposer les deux figures pour briser les clichés mais de les rapprocher côte à côte pour les faire dialoguer. La quête de sens, c’est un peu la hantise de nos deux protagonistes, l’un voulant comprendre le sens de son délire et l’autre aspirant à un état de conscience supérieur qu’il appelle « éveil spirituel ».

Sans vouloir profaner cette quête spirituelle, ces deux expériences sont-elles si différentes l’une de l’autre ? Continuer la lecture de « La zénitude du fou et le délire du moine »

« Les choses qui ne se disent pas »

Un jour, j’ai dit à une prof : « Je pense des choses qui ne se disent pas. »
Aujourd’hui, j’en souris mais je m’interroge sur l’auto-censure et cette faculté que j’ai à taire mes pensées. Passons l’hypothèse de la timidité qui me pousse à me protéger du jugement de mon interlocuteur ou à ne pas le froisser.

Quelle est cette puissante force qui bloque les mots avant qu’ils ne sortent de ma bouche ? Nul doute que ma tête est envahie par un flot de pensées mais existe-t-il des pensées non-verbalisables ou n’est-ce qu’un flux de pensées parasites pré-verbales ?

Ecrire c’est aussi mettre des mots à ces pensées tout en en découvrant de nouvelles. Ces mots que je barre au fur et à mesure que j’écris, c’est une censure mais aussi une manière de clarifier ma pensée. Je lui trace un sillon pour qu’elle devienne intelligible.

Dans le fond, on ne peut pas dire tout ce qui nous passe par la tête mais le danger quand on se tait trop longtemps c’est que les pensées laissent place au vide au point d’en devenir malade ou fou. Le silence est parfois le signe d’un mal-être que les mots peuvent apaiser.

Apprendre à gérer ses émotions, c’est apprendre à les verbaliser pour qu’elles ne deviennent pas toxiques. Parler et écrire, c’est ne pas tout dire mais c’est aussi ne pas s’empêcher de penser.

Comme des fous à l’affiche!

Une drôle de campagne de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (LICRA) inspirée d’une phrase de Martin Luther King:
« We must learn to live together as brothers or perish together as fools. »

affiche licra
Campagne de la LICRA, Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme.

On en sourit mais stigmatiser les fous pour rabibocher la fratrie humaine c’est un peu limite, non?

Lutter contre toute forme d’exclusion c’est aussi accepter la folie comme étant le propre de l’homme et non pas comme une menace pour la société.

Le sens « guérisseur », Véronique Béguet

Entre psychopathologie et religion/spiritualité

Merci à Julien pour ce lien!

« Le sens donné à l’expérience est considéré comme un élément important du processus de rétablissement, terme que le champ de la santé mentale préfère à celui de « guérison ».
La notion de rétablissement est issue de récits de « survivants », d’études longitudinales et d’intervenants psychosociaux qui, tous, ont remis en cause la chronicité et le destin inéluctable de la « maladie mentale ». »  Véronique Béguet

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« Un nouveau regard sur les troubles psychiques »

Table ronde à la Cité des Sciences de Paris animée par Zoé Logak, psychanalyste, secrétaire générale de la Fondation pour la recherche en psychiatrie et en santé mentale. (1H32min)

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