Thérapie de choc contre le désespoir [Témoignage]

Vous l’aurez compris, cette conférence de Sherwin Nuland s’attaque à un sujet délicat, délicat comme un cerveau humain, à savoir l’électroconvulsivothérapie (ECT) ou traitement par électrochocs.  Pas plus naturelle que d’ingurgiter des médicaments ou que la stimulation magnétique (voir cet article sur la rTMS), cette méthode s’applique au cas extrêmes, lorsque le cerveau est malade dans le sens où les soins classiques se heurtent au plus grand désespoir. En tout cas, il a retrouvé le chemin de la vie, la preuve en images:

« Mon fils m’a dit : pourquoi ils ont fait ça ? Je lui ai répondu sans réfléchir : parce qu’ils sont fous »

« Il faut être un peu fou pour avoir la conviction que nous allons venir à bout de la violence à laquelle il faut à présent faire face. Mais nous avons raison de l’être. »

Mon fils m’a dit : pourquoi ils ont fait ça ? Je lui ai répondu sans réfléchir : parce qu’ils sont fous.

Je n’ai pas trouvé d’autres mots, je l’ai dit spontanément. Je me suis aperçue qu’on utilise le mot folie pour désigner ce qui est en dehors de l’humain. C’est du ressort de la psychiatrie dit-on. Comme pour dire que ce n’est pas du ressort de notre monde. Que pour eux, il faut créer un espace en dehors du monde. Parce qu’ils sont fous, parce que ce sont des malades. Et pas n’importe quels malades, des malades mentaux.
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Conférence Nationale du Handicap 2016: emploi accompagné

Revivez le magnifique témoignage de Sophie, membre du Clubhouse, (avancer jusqu’à 1H20min de la vidéo) lors de la table ronde sur l’emploi accompagné de la Conférence Nationale du Handicap 2016 au Palais de l’Elysée.

Fais un effort !

Merci à AliénorD pour cet article!

« Ma seule façon de me défendre fût longtemps d’embrasser les jugements que l’on me portait. Hé bien oui ! ma foi, je suis une fainéante, je profite joyeusement du système, de mes parents, de tout le monde, et j’en ri avec mes amis fainéants autour de l’alcool que l’on s’est acheté avec notre butin. (…)

Cela n’a pas duré, et ce pour trois raisons. D’abord, parce que je n’étais pas inactive. Il est difficile de se prétendre absolument fainéante lorsqu’on lit une petite dizaine de livres par mois, que l’on suit l’actualité, que l’on critique des films, que l’on participe à des manifestations, que l’on fait du bénévolat, etc. Je trahissais mon personnage. Problème.

Ensuite, parce que le discours autour de moi me revenait sans cesse à la figure, et j’avais du mal à l’ignorer. De ma famille au contrôleur de l’ONEM, on surveillait mes mouvements, on évaluait l’effort, on me faisait remarquer régulièrement que je percevais un argent indu (j’étaisbénéficiaire d’une allocation), bref, que j’étais un parasite.

Et enfin, parce qu’au fond, j’avais envie de faire quelque chose. Je ne pouvais donc pas être une fainéante. »

Source : Fais un effort !

Le rétablissement en santé mentale, c’est possible! [témoignage]

« Le rétablissement est un processus unique débutant là où la personne décide de ne plus donner le pouvoir à la maladie de contrôler toute sa vie. »
Nathalie Lagueux

La jeune Kharoll-Ann Souffrant témoigne de son parcours de rétablissement.

L’expérience de la folie mise au service de la vie

delacroix
Jeune orpheline au cimetière, Eugène Delacroix

« Je me souviens assez précisément du moment où j’ai enfin pu avoir une lecture plus sereine et plus juste des délires que j’avais vécu dans la maladie bipolaire.

C’était comme d’entendre les premières notes d’une mélodie que j’aimais beaucoup, comme de ressentir les premières vibrations d’une harmonie vitale. C’était vital pour moi d’extraire du diagnostic psychiatrique le trésor que j’avais dérobé à la folie. C’était important de pouvoir ramener cette expérience dans le champ de l’humain pour la mettre au service de la vie. Cela voulait dire guérir et reconquérir mon intégrité.

La manie m’a donné l’impression d’explorer des dimensions insoupçonnables de l’existence. Même si j’ai été diagnostiquée malade mentale et qu’il existe toutes sortes d’explications scientifiques pour expliquer les mécanismes du délire que j’ai traversé, cette expérience reste pour moi énigmatique et fondatrice. Elle a changé en profondeur ma vision des êtres et du monde.

Je reste persuadée qu’il faut apprendre à lire avec plus de justesse et d’intelligence ces phénomènes. Le prisme du diagnostic psychiatrique est pauvre à cet endroit-là. Ce qui ne signifie pas qu’il n’a pas de validité. Mais il ne peut pas être l’unique regard et l’unique réponse à une expérience aussi bouleversante, au risque de laisser celui qui l’a vécu dans un désarroi qui nuirait à son rétablissement.

Un jour, un ami m’a dit « moi je croyais que j’avais vécu et ressenti des choses extraordinaires et mystiques quand j’ai déliré. Et en parlant avec d’autres je me suis rendu compte que c’était comme un schéma qui s’était produit chez tous ceux à qui il est arrivé la même chose qu’à moi ».

C’était mignon, il était tout dépité, comme un enfant à qui on apprend que ce qu’il croit être une pièce d’or est en fait une pièce de monnaie de jeu de société. Je le comprenais, j’avais ressenti ça moi aussi.

Ce qui est extraordinaire au fond, ce n’est pas d’expérimenter des états de conscience modifiés qui donnent l’impression d’être Dieu. Ce qui est extraordinaire, héroïque même, c’est de revenir entier d’une telle expérience et de parvenir à la mettre au service de la vie et de la réalité. C’est la seule façon de prouver qu’au delà de sa forme délirante, cette expérience a une validité.
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« Explaining My Depression to My Mother », Sabrina Benaim [ENG/ESP/IT/FR]

[FR]

Expliquer ma dépression à ma mère : une conversation.

Maman, ma dépression prend plusieurs formes. Une journée, elle est aussi petite qu’une libellule dans la paume d’un ours.

Le lendemain, elle est l’ours.

Ces jours-là, je fais la morte jusqu’à ce que l’ours me laisse tranquille.

J’appelle les mauvais jours : « Les jours noirs. »

Maman dit : « Essaie d’allumer des chandelles. »

Mais quand je vois des chandelles, je vois la chair d’une église, le vacillement d’une flamme, des étincelles d’un souvenir naissant…

Je suis debout à côté de de son cercueil ouvert.

Ce moment où j’apprends que tous les gens que je connaîtrai dans ma vie vont mourir un jour.

Par ailleurs, maman, je n’ai pas peur du noir. Peut-être que cela fait partie du problème.

Maman dit : « Je croyais que le problème était que tu ne pouvais pas sortir du lit. »

Je ne peux pas, l’anxiété me tient en otage dans ma maison, dans ma tête.

Maman demande : « Elle arrive d’où, l’anxiété? »

L’anxiété est la cousine en visite, qui arrive de l’extérieur et que la dépression s’est sentie obligée d’inviter à la fête.

Maman, je suis la fête. Seulement, je suis une fête à laquelle je n’ai pas envie d’être.

Maman demande : « Pourquoi n’essaies-tu pas d’aller à de vraies fêtes, voir tes amis? »

Bien sûr, je fais des plans. Des plans de sorties auxquelles je n’ai pas envie d’aller.

Je fais des plans parce que je sais que je devrais avoir envie d’y aller, je sais qu’à d’autres moments j’aurais eu envie d’y aller.

Mais ce n’est pas amusant de s’amuser quand tu n’as pas envie de t’amuser, maman.

Tu vois maman, chaque nuit l’insomnie m’étreint dans ses bras et me plonge vers la cuisine. Dans la lumière de la cuisinière l’insomnie me fait croire à cette idée romantique que la lune est ma compagne parfaite.

Maman dit : « Essaie de compter les moutons. »

Mais ma tête ne sait que compter les raisons de rester éveillée.

Alors je vais prendre des marches, mais mes rotules tremblent et se cognent comme des cuillères en argent tenues par des bras forts avec des poignets branlants.

Elles résonnent dans mes oreilles comme des cloches d’église maladroites qui me rappellent que je suis une somnambule marchant sur un océan de joie dans lequel je ne peux pas me baptiser.

Maman dit : « Le bonheur est un choix. »

Mais mon bonheur est aussi vide que la coquille d’un œuf percé.

Mon bonheur est une forte fièvre qui va casser.

Maman dit que je suis tellement bonne pour faire tout un plat avec rien et me demande soudainement si j’ai peur de mourir.

Non, maman, j’ai peur de vivre.

Maman, je me sens seule.

Je crois que j’ai appris, quand papa est parti, comment changer la colère en solitude et la solitude en « occupée »

Donc quand je dis que j’ai été super occupée dernièrement, je veux dire que je m’endormais sur le divan en écoutant SportsCenter pour éviter d’affronter le côté vide de mon lit.

Mais ma dépression me ramène toujours à mon lit jusqu’à ce que mes os deviennent les fossiles oubliés du squelette d’une ville engloutie.

Ma bouche, un jardin d’os, de dents brisées à force de se mordre elles-mêmes.

L’auditorium vide de ma poitrine se pâme dans les échos d’un battement de cœur.

Mais je ne suis qu’une touriste indifférente ici.

Je ne saurai jamais vraiment où j’ai été.

Maman ne comprend toujours pas.

Maman, ne vois-tu pas que moi non plus?

source: http://gatineau.rougefm.ca/rachelcustin/story.aspx?ID=2189268