Portrait de Sylvie Ef

Comme Sylvie Ef, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

« J’aimerais faire connaître l’EPS Barthélémy Durand à Etampes et sa cité culturelle. »

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

J’aime les gens fragiles, dans les banlieues, les villes, les campagnes.

J’aime écrire des nouvelles, des récits courts qui surprennent par une fin inattendue, j’aime aussi aller au musée, faire de la mosaïque, tricoter, préparer à manger, me lever tôt, me coucher tôt.

J’aimerais me passer des insomnies et des angoisses et des peurs et des doutes et des douleurs et des sarcasmes aussi.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Mon métier est nécessaire. Indispensable. C’est un métier rude et exigeant mais gratifiant aussi. Il faut une formation solide pour le maîtriser et on apprend sans arrêt, tout au long de sa carrière.

On se lève très tôt, on se couche très tard, on travaille la nuit, les weekend, les jours fériés.

On a des responsabilités importantes. C’est un travail d’équipe. On aide les gens à naître, à vivre, à mourir aussi. J’aime cette part d’humanité au service de tous. Je suis infirmière.

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

La santé mentale n’est pas la maladie mentale. Il y a dans la santé mentale quelque chose de positif, quelque chose d’enthousiasmant : un possible. C’est un objectif à atteindre. Presque une chance qui nous pousse à connaître nos limites et à repérer les failles. A savoir frapper aux bonnes portes, au bon moment.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

La folie permet des rencontres. d’abord avec soi puis avec les autres. La folie est une extension de l’âme. Elle est un supplément de vie, elle va de paire avec la création artistique. Elle autorise tous les possibles.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Moi, ministre de la santé mentale, j’ouvrirais les portes des hôpitaux psychiatriques.

Je demanderais un budget énorme au titre d’une priorité nationale. Je lutterais contre les préjugés, je lancerais des invitations à venir voir les fous, à passer tu temps avec eux.

J’informerais le monde du travail de la nécessité à employer des fous.

Je déjeunerais tous les jours avec eux, je chanterais avec eux, j’irais à la piscine avec eux, j’écrirais avec eux, je les inviterais à ma table, à mon ministère.

Il seraient à mes côtés tous les jours, ils m’apprendraient tout et je les écouterais et je les remercierais.

Portrait de W

Comme W, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

« J’aimerais faire connaître l’Association des Hypersensibles. »

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

Les échanges lors de nouvelles rencontres. Les livres. Les films.

J’aspire à la tranquillité de l’esprit, à la paix intérieure, à l’harmonie entre mon monde intérieur et extérieur.

J’aspire à la liberté, me déconditionner de tous les vieux schémas mentaux que j’ai hérité à la naissance.

J’aspire à la révolution de notre société. Que les valeurs humaines de tolérance, de bienveillance, de sobriété, renverse la norme actuelle : compétition, consommation, culte du corps, déshumanisation des relations, recherche du profit, de la croissance économique sans cesse.

J’aspire à un monde meilleur, et d’y contribuer au maximum de mes capacités.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Je travaille bénévolement en tant que président de l’association des hypersensibles.

C’est une activité qui fait sens pour moi et qui répond à un besoin : le manque de lien social chez les personnes hypersensibles.

Mon projet de vie est lié avec le développement de cette association. Le projet final est de m’installer dans la campagne est de diriger un centre de ressourcement pour personnes hypersensibles.

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

Je pense que la santé mentale franchira un pas quand on n’utilisera plus les termes : bipolaires, schizophrènes, dépressifs, phobiques, autistes, etc. et qu’on s’intéressera à ces 2 millions de personnes concernées par la santé mentale en France comme des personnes qui sont victimes de l’état actuel du système professionnel et social excluant, et non comme des malades qui doivent se soigner pour se réinsérer.

Car se réinsérer dans un système malade qui nous a rendu malade… absurde!

Le monde de la santé mentale met le focus sur ceux qui souffrent. Il devrait aussi le mettre sur les origines de cette souffrance : encore une fois, les maux de la société actuelle énoncée non exhaustivement au dessus.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

La folie n’est ni positive ni négative en soit. La folie c’est plus de couleurs. La folie c’est l’anormal. La folie c’est ce qui ne se cadre pas, ne se gère pas. La folie c’est une liberté d’esprit et de cœur.

La folie va être plus ou moins bien vécue. Cela dépend si elle est acceptée à l’intérieur comme à l’extérieur.

Le plus difficile souvent étant d’assumer sa folie en tant que personnalité et non en tant que maladie.

La souffrance vient quand on essaye de calmer cette folie, de rentrer dans les clous, quand on se tait, quand on refoule les couleurs explosives en nous.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Prendre en compte ces millions de Français qui sont malheureux dans cette société qui se déshumanise à petit feu.

Prenez nous en compte, ou sans cela, bientôt, ce sera la révolution! 🙂

Portrait de Monde à l’Œil

Comme Le Monde à l’Œil, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

« J’aimerais faire connaître le blog lemondealoeil.wordpress.com. »  

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

Mes détracteurs : le rapport de forces me détruit, mais le dialogue m’anime. J’ai besoin de mettre à mal mes propres idées, d’affiner ma vision du monde grâce à la confrontation pacifique des esprits. Il y a aussi mes soutiens : deux ou trois amis en qui je confierais ma vie, pour peu qu’ils m’aient maintenu en elle.

J’aspire à me rendre le plus utile possible et à respecter l’échéancier de mon existence.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

En tant que multipotentiel, la stabilité professionnelle est délicate. J’évoquerai surtout mon activité d’écrivain public, au service justement du public et pourtant si méconnue de celui-ci. Même nos ancêtres copistes, les scribes, sont encore plus célèbres !
Le plus appréciable demeure l’extrême diversité des tâches demandées. Cela nécessite des qualités humaines nécessaires pour comprendre « l’esprit » du client, son besoin réel, jusqu’au respect du plus intime : celui de son propre langage.

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

Pour en garder un souvenir très mitigé, je mettrais l’expression au pluriel. Il semble y avoir autant de mondes que de professionnels de santé.

Curieusement, le cerveau, siège de notre conscience, est la partie du corps que la science appréhende avec le plus de malaise. Le langage, verbal ou non, joue un rôle primordial dans le diagnostic, et donc dans la thérapie. Mais le risque d’erreur médicale est accru : les pathologies se renomment plus vite qu’elles ne se comprennent et la médication (qui plus est, chimique) est un réflexe dépersonnalisant parfois proche de l’expérimentation non rémunérée.

Davantage d’humilité, d’écoute et d’humain serait bénéfique pour le secteur dans son ensemble.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

Je retourne la question : en quoi la « folie » (si tant est qu’elle existe) serait-elle plus négative que la norme (tout aussi difficile à définir) ?

Le dynamisme, la créativité, la curiosité, l’émotion, même – et surtout – en excès, nous conservent parfaitement vivants. Renoncer à cette part de nous-mêmes, c’est s’inscrire dans une spirale mortifère, dégradante, voire abrutissante.

Rester fou, à défaut de le devenir, c’est donc prendre le parti de la liberté et d’une puissante cohérence interne, hélas encore mal comprise de la société… mais peut-il en être autrement?

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Mes propres troubles pourront justifier le « oui » comme le « non ».

Une chose est sûre : je crois qu’il faut investir massivement dans la recherche, lutter contre les « lobbies » pharmaceutiques et placer les maladies mentales au cœur des politiques publiques avec une approche transversale (santé, social et justice).

Pour cela, inverser le paradigme : exit l’abandon (voire la répression) des patients, au profit de la prévention et de la protection des plus fragiles.

Portrait de Le Bipolaire

Comme Le Bipolaire, fais-toi tirer le portrait par Comme des Fous en répondant à ces 5 questions.

« J’aimerais faire connaître la page www.lebipolaire.com, premier réseau social pour personnes souffrant de troubles bipolaires et leur entourage. »

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

J’aime parler de tout, autant de ce qui dérange que de ce qui est normal. Mais après tout, c’est quoi la normalité ?

Anticonformiste en essayant de toujours rétablir la vérité pour changer les regards de beaucoup d’ignorants…

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Mon métier, c’est ma vie ! Je l’aime et j’essaie de le faire partager en écrivant… Un métier qui m’occupe ma tête 24H/24H… Hyperactif, créatif, sensible mais surtout très généreux en dons, bienvenue dans ma vie, mon travail !!!

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

J’ai toujours dit qu’on ne parlait jamais assez des maladies mentales comme le trouble bipolaire. Souvent déformé pour faire réagir et jamais assez approfondi en terme de santé sérieuse.

Bien sûr, la recherche avance ( et heureusement ), mais c’est toujours très ( trop ) lent à mon goût… Pas assez d’implications de la part de beaucoup de professionnels qui, souvent, généralisent les symptômes à force de voir beaucoup de patients; il faut dire qu’on ne leur donne pas beaucoup de moyens non plus…

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

L’originalité, la créativité, des choses exceptionnelles qu’on ne peut voir qu’en étant atteint de ce pseudo-symptôme que beaucoup de gens appellent « la folie »…

J’ai juste une question à vous poser : La folie ne serait-elle pas une liberté qu’on ne veut pas nous donner ?

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Non, car je deviendrais peut-être comme eux à force, personne ne peut savoir… Il faut savoir dire la vérité aux personnes malades, proposer un programme c’est bien, mais il faut pouvoir le tenir. Exemple : Il vaut mieux dire qu’on ne guérira jamais la bipolarité mais qu’on peut arriver à très bien la stabiliser avec un traitement à vie, plutôt que de dire que les troubles bipolaires peuvent être guéris grâce à un traitement… C’est certainement pareils aux yeux des personnes non-malades, mais absolument pas pour les personnes concernées.

Portrait d’Elkrem hassna

Comme Elkrem hassna, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

J’aimerais faire connaître L’Association marocaine des usagers de la psychiatrie AMUP. L’hôpital psychiatrique Errazi de Salé, Maroc. »

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

Toutes les personnes qui ont marqué l’histoire avec leur génie ou sagesse ou exploits me fascinent. J’adore les lieux gorgés d’histoires et de mystères, de beauté.

Ma profession « professeur » est ma raison d’être, mais je perds pieds…un amour qui se disloque?

J’aspire à la plénitude et la Paix . Que la clarté puisse habiter mon esprit.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Mon métier est le plus noble au monde. Être professeur a été un rêve. Réalisé donc.

Mais une brèche…m’empêche de savourer cet amour de transmission et d’éducation.

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

Le monde de la santé mentale chez nous au Maroc est une arène… le malade doit être soit un gladiateur soit une bête de foire. Un monde où l’empathie s’est effacée pour laissé place à l’intérêt.

Il avance certes mais à deux vitesses. Pour certains les dés sont joués pour d’autres ils sont pipés.

Un monde impitoyable. On se bat face à un géant. David et Goliath? J’espère qu’on sera tous ébahis par ce que peut faire : un usager de la psychiatrie.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

La folie est douce , elle est enivrante…qu’on voudrait la boire jusqu’à la lie. Folie …à l’infini . Un univers où s’exprime les génies et les incompris.

La folie est la garantie qu’une société est saine d’esprit. Sinon être tous des clones…relèverait d’une conspiration. Des Aliens? Pour le coup on dira que c’est une aliénation.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Jamais je ne serai assez folle pour être ministre ! Dieu merci , j’ai un cerveau…
Je ne jetterai pas les malades dans le caniveau…

A notre ministre je lui demanderai de ne pas être si certain que la folie est fatidique et que s’il avait cette chance d’avoir une graine de folie bien des problèmes serait résolus.

La folie meurtrière est celle qui habite les responsables irresponsables. Ceux qui sont aux commandes.

Portrait d’Adri1

Comme Adri1, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

« J’aimerais faire connaître radio Micro-Sillons. »

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

Georges Perec, Bobby Lapointe, Georges Brassens, La Nature, la Montagne, les balades, bien manger et boire des choses qui viennent de là où je suis et sans cochonneries dedans! écouter de la musique, écrire, lire, encore?

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Mon métier consiste à inventer des moments, des espaces, des lieux qui permettent à des personnes (enfants, adultes) en souffrance d’être bien avec eux mêmes et avec les autres et avec moi! J’adore, ça me hante tout le temps mais c’est passionnant! Alors, j’observe, j’écoute, je lis, je parle…

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

Un monde trop fermé, avec des gens inquiets qui voudraient aller trop vite et qui n’écoutent pas les personnes malades et des gens inspirés, sincères qui ne demandent qu’à s’exprimer et être écoutés!

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

La créativité, l’authenticité.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Je suis en deuxième année de l’école des ministres de la santé mentale, il me reste quelques années, j’ai beaucoup d’espoir!

Portrait de Philippa

Comme Philippa, fais-toi tirer le portrait par Comme des Fous en répondant à ces 5 questions.

« J’aimerais faire connaître Bell Cause pour la cause pour montrer que c’est possible de faire une belle action de communication et de mécénat en faveur de la santé mentale quand on est une grosse entreprise (ou le charme irrésistible de l’accent québécois). »

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

La lecture de romans et d’essais, la peinture, l’écriture, la pratique de la méditation, les rencontres, mes enfants, les gens que j’aime sont pour moi des sources d’inspiration.

Tout ce qui me permet de m’interroger, de m’ouvrir, de rencontrer et d’apprivoiser mes forces et mes fragilités, m’intéresse.

Des artistes et des penseurs m’ont beaucoup enrichie. Il y en a comme Bach, Nietzsche, Dostoïevski ou Chögyam Trungpa qui ont été comme des éducateurs. Ce qu’ils m’ont apporté ne cesse de m’accompagner. Il y a aussi des femmes comme Maria Callas, Nina Simone, Romy Schneider, Christiane Singer, Nancy Houston …

J’aspire à garder les pieds sur terre, à avoir l’esprit ouvert, à faire preuve de discernement et de douceur, pour ne pas être une source d’agression pour les autres.

Un petit cadeau au passage :
Glenn Gould qui joue Bach, ça vous ancre dans la terre et ça élève l’esprit dans les hauteurs.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Mon travail c’est d’aller dans les entreprises, auprès des pouvoirs publics, et d’essayer de trouver un langage pour parler avec justesse du handicap psychique et des troubles qui en sont à l’origine. L’objectif est de favoriser l’insertion et le maintien dans l’emploi des personnes qui souffrent de ce type de problématiques à un moment dans leur vie ou de façon plus chronique.

Je forme des référents handicap, des RH, des managers, des médecins du travail, des assistantes sociales. Il arrive que ces formations me fassent l’effet d’un bras de fer. Les préjugés et les idées négatives ont la peau dure.

Je rédige aussi des guides et des documents pédagogiques sur le sujet. J’accompagne des personnes concernées dans l’emploi.

J’ai fait de la chose qui aurait pu me tuer, mon métier. Sur la base de ma fragilité, j’ai construit une expertise. Je n’ai rien concédé à la maladie. Je l’ai prise à bras le corps et j’ai retourné la situation. Mais je ne fais pas la maline, parce que c’est un adversaire de taille.

Je suis intrépide, je continue à aller de l’avant, mais je reste prudente.

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

Je n’ai jamais aimé que le monde soit constitué d’une multitude de « micros monde » qui ne communiquent pas les uns avec les autres et qui se connaissent mal. Le monde de la santé mentale a les mêmes défauts que les autres micros monde. Il manque d’ouverture et souffre de querelles intestines. C’est embêtant, parce qu’il traite d’un sujet important.

Le monde de la santé mentale doit apprendre à communiquer et à expliquer son sujet. Même s’il se sent stigmatisé et rejeté, il doit redoubler d’efforts et d’intelligence pour se faire entendre. Le chantier est énorme à tous les niveaux : sanitaire, social, professionnel.

Pour pouvoir faire changer le regard du monde extérieur sur lui, le monde de la santé mentale doit changer de regard sur lui-même. Les possibilités sont immenses, les talents et les compétences sont là.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

La folie est une faculté proprement humaine. Chacun porte en lui la façon dont il pourrait devenir fou. Un homme qui se connaît quand il est fou, en connaît long sur lui-même.

Je dis souvent pour rigoler que la folie est l’épreuve des sages. Développer une certaine sagesse est la seule manière de transcender l’expérience de la folie.

À travers la folie, tout ce qui constitue un individu s’exprime sans fard. Le tragique côtoie le sublime. La créativité côtoie la destruction. Le comique côtoie le pathétique.

La folie est une sorte d’expérience ultime. C’est une grande école dont il n’est pas facile de sortir diplômé. La folie est une grande éducatrice, qu’il faudrait traiter avec plus de respect qu’on ne le fait aujourd’hui.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Je ne crois pas avoir le mental assez solide pour être ministre de la Santé mentale. Le monde politique, comme beaucoup d’autres, est plein de complexités inutiles, de lenteurs, de jeux d’influence qui ne sont pas propices à l’équilibre psychique.

Mais si je pouvais parler au ministre de la Santé mentale, voilà ce que je lui dirais :

Monsieur (ou madame) le/la ministre, on vous a confié une mission importante et fondamentale.

Permettre aux gens de traverser des périodes complexes sur le plan psychique, sans pour autant voir leurs vies voler en éclat,  est un défi pour le XXIe siècle et les siècles à venir.

Vous devriez commencer par visiter les hôpitaux psychiatriques, par observer et par jauger l’objet de votre mandat. Rencontrez les acteurs, rencontrez-les vraiment, malades, infirmiers, aides-soignants, médecins, éducateurs, assistantes sociales. Écoutez leurs frustrations, leurs indignations, leurs idées et leurs visions aussi.

Menez jusqu’au bout avec eux la réflexion qui a été entamée sur la contention et l’isolement. À l’heure actuelle, il n’est pas rare que l’hospitalisation en service fermé soit pour le patient un traumatisme qui s’ajoute au traumatisme de la pathologie. Cela ne peut plus durer.

Vous devriez introduire dans le cursus universitaire des soignants des cours avec des pairs-aidants. Il est fort à parier qu’une personne ayant  souffert d’un trouble psychique rétablie, ait des choses importantes à apprendre  aux soignants, que nul autre ne peut leur transmettre.

Vous devriez introduire des cours d’histoire de la folie et des cours de philosophie dans la formation des psychiatres. Il faut profondément s’intéresser à l’être humain pour être un bon soignant en psychiatrie. Il faut s’interroger, sans relâche, un peu comme Socrate incitait ses interlocuteurs à le faire.

Il est temps d’entamer des recherches approfondies sur la pertinence des traitements indépendante de celle des laboratoires pharmaceutiques. D’entamer toute sorte de recherche y compris sur des patients rétablis. Si on étudie que les malades, on ne voit que la maladie.

Il me semble qu’il faudrait accompagner différemment les premières crises. Que l’accompagnement devrait être pensé par étape et toujours en pluridisciplinarité. Que le corps devrait être pris en compte autant que la tête. Non seulement à travers l’hygiène de vie, la nourriture, le sommeil, le sport, les rythmes. Mais aussi avec l’aide de professions paramédicales comme l’acupuncture, l’hypnose, l’ostéopathie. Il faut retracer les contours du corps physique et énergétique du malade psychique. Il faut toucher la personne fragilisée par la souffrance, lui redonner corps.

Après un épisode de psychose, voire plusieurs, après une dépression sévère ou des phases d’anxiété prononcées, on n’est plus jamais le même. On peut sombrer dans une vie à moitié vivante ou tirer des enseignements qui permettent de prendre un chemin vigoureux.

Le seul bon accompagnement en santé mentale est celui qui permet cela. Il est à inventer, il est en devenir.

Peut-être que la première mesure symbolique que je lui demanderais de prendre, c’est de faire disparaître le mot psychiatrie et tous ses dérivés. Ce sont des mots sans espoir à la sonorité agressive. Ce qui se cache derrière le mot psychiatrie doit tellement être repensé qu’il faudrait commencer par réinventer le mot lui même.

Portrait de sabpalumbo

Comme sabpalumbo, fais-toi tirer le portrait par Comme des Fous en répondant à ces 5 questions.

« J’aimerais faire connaître la page www.corps-et-ame-en-eveil.com. »

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

J’aspire à trouver l’équilibre : vie professionnelle, vie familiale, amis…
Œuvrer dans le domaine de la santé mentale, promouvoir la pleine conscience.
Me nourrir grâce aux rencontres magiques que je fais dans le cadre de mes activité.
Diffuser un message de paix et d’amour.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Je collabore avec des personnes formidables, aussi professionnelles que bienveillantes c’est une chance. Je me sens libre et dispose de temps pour faire ce que j’aime.

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

La France est en retard sur beaucoup de choses. Porter notre regard au-delà de nos frontières me semble nécessaire. Des avancées certes mais changer les mentalités prend du temps.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

J’ai été placée chez les fous. En sortant j’ai cru atterrir… Chez les fous ! Finalement la folie nous protège aussi de certaines agressions du monde.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Plus de moyens. Une vraie politique de santé en matière de TCA (troubles du comportement alimentaire). Plus de campagnes d’information.

Portrait de Claire Le Roy Hatala

Comme Claire Le Roy Hatala, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

« J’aimerais faire connaître l’association Clubhouse France. »

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

Ce qui m’inspire c’est la rencontre, l’écoute des autres, l’observation. Je suis souvent émue, remuée, bousculée par des moments d’amitié, de discussion qui m’invitent à réfléchir. J’aime les émotions que cela me procure.

Récemment, j’ai découvert le yoga et c’est tout un univers très inspirant qui s’ouvre à moi. Sans bien comprendre dans le détail cet art de vivre, je sens qu’il vient toucher au plus profond de moi des ressources qui m’invitent à regarder le monde différemment, à me positionner autrement, à m’ouvrir.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Je suis sociologue et je travaille depuis plus de 10 ans sur le thème de l’emploi des personnes handicapées, du handicap psychique, de la santé mentale au travail.

Cela me passionne à la fois comme sujet qui est totalement sous exploré mais aussi pour les projets que cela me permet de faire.

Comme une fourmi, j’ai l’impression de contribuer modestement à ce que ces sujets existent dans les entreprises, dans la vie des salariés et j’ai la conviction que l’on a besoin d’en parler, de libérer des espaces de réflexion sur ces sujets.

De plus, cela me permet de travailler aussi bien avec des personnes concernées en direct qu’avec des dirigeants d’entreprises, des responsables d’association, ou des professionnels du médico-social. C’est très varié et stimulant!

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

Je pense que le monde de la santé mentale est en mauvaise santé mentale…C’est un constate sombre que je fais, car j’ai le sentiment qu’il a été oublié par la société. Or pour aider, soutenir, soigner, il faut être en bonne santé mentale, il faut se sentir soi même soutenu.

Je vois cependant des éclaircies réelles, des médecins, des soignants, des professionnels du médico-social qui sont très engagés pour faire évoluer les pratiques, pour imaginer d’autres manières de faire pour retrouver un peu plus d’espoir!

Tous les dispositifs de psychoéducation, de réhabilitation, de remédiation cognitive vont dans le bon sens. Je soutiens toutes les initiatives qui permettent de s’appuyer sur les forces des personnes concernées. L’expérience du Clubhouse à Paris est selon moi, un lieu très important pour inventer de nouvelles manières de faire!

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

La folie nous aide à comprendre l’être humain dans toute sa complexité, elle nous ouvre sur l’expérience la plus subjective qui soit en chacun de nous. C’est d’une immense richesse, d’une grande ouverture sur l’Homme dans toute son humanité!

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

OUI!! 😉 et je ferais un grand plan de réinvestissement dans la santé mentale:
– revalorisation des différents métiers (effectifs, salaires, statuts)
– investissement dans des infrastructures de petite taille
– je développerais des métiers d’accompagnement par des professionnels non soignants
– ouverture de 200 Clubhouses en France!
– développement massif des programmes de psychoéducation/remédiation cognitive / réhabilitation
– soutien aux associations d’usagers
– développement d’un programme fort sur l’emploi accompagné pour les personnes concernées

Portrait de Numenuial

Comme Numenuial, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

« J’aimerais que vous alliez découvrir le club photo le plus proche de chez vous. La photographie est un formidable moyen d’appréhender différemment le réel… »

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

La personne qui m’inspire : Mon meilleur ami, à mes côtés depuis plus de douze ans, depuis la fin du collège et qui n’a jamais reculé face à mes troubles psychotiques.

Le lieu qui m’inspire est sans conteste cette étrange bâtisse, un bar (dont l’histoire serait trop longue et absconse à raconter) et à la fois une auberge, qui habite mon esprit, dans laquelle je me rends quand j’ai besoin de quiétude.

L’activité qui m’inspire c’est la photographie; j’y passe des heures par jour. Mais j’y viens…

La chose, l’objet qui m’inspire, c’est cet anneau recouvert de runes que j’ai depuis le début de ma maladie, et qui vient toujours se loger sur mon majeur. J’y attache une grande importance symbolique -obscure et mystique- comme s’il était à la fois une partie de moi et une partie de ma folie.

Quant à moi, aussi cruel que ça paraisse, j’aspire à devenir normal. J’aspire en fait à paraître normal. Je ne changerai pas ma nature, qui est foncièrement atypique, mais on me l’a trop reprochée pour que je sache encore l’assumer. Quoi que je fasse, on ne me voit pas « comme tout le monde », et c’est blessant.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Vaste question. Qu’est-ce qu’un métier ? Est-ce un travail ? Ou un travail salarié ? Est-ce qu’un métier est une activité qui nous définit ou une activité qui nous donne un rôle social ?

Je n’ai pas de travail. Pas au sens capitaliste du terme; je ne participe pas à créer de la richesse; au contraire j’en coûte. Je vis grâce à l’AAH française.

Néanmoins, toutes les personnes qui ont du respect pour moi s’accordent pour dire que je travaille -à ma manière- en faisant de la photographie amateur. La photo est ma passion et ce pour quoi les gens m’adressent la parole. Ayant toujours mon reflex avec moi, j’existe socialement à travers cette activité. C’est plus que ce que beaucoup de travailleurs salariés pourraient prétendre. Malheureusement, de nombreuses personnes sont aliénées par leur salariat, là où j’ai la chance de pouvoir développer mes talents et ma pensée sans contraintes autres que le coût du matériel.

N’est-ce pas une bonne raison d’aimer ce « métier » ? Avoir le temps d’être qui on veut être et de devenir ce qu’on aimerait devenir, fût-ce juste un photographe amateur, fût-ce un simple visage familier pour les personnes qui me croisent dans la rue.

Par ailleurs, la photographie m’a permis de sortir de mon isolement, via une activité au sein d’un club photo, et d’affronter le monde extérieur malgré mon agoraphobie prononcée et mon sentiment permanent d’être hors de la -votre- réalité.

Sans la photographie, j’aurais même probablement fait de nouveaux séjours à l’HP du coin depuis deux ans…

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

Le monde de la santé mentale est à la fois dur et cruel et compréhensif et patient. C’est difficile de comprendre un tel paradoxe sans être plongé dedans.

Dans ce petit monde, j’ai pu croiser des tas de personnes à l’écoute des personnes souffrant de troubles psychiques, comme j’ai pu rencontrer -et parfois subir moi-même- des situations d’une extrême dureté… Pour le plus grand bien, à ce qu’il paraissait.

Mais l’enfer est pavé de bonnes intentions, et c’est justement parce que ce monde veut le plus grand bien des patients que paradoxalement il peut en venir à être violent.

Et bien évidemment, plus on lui tient tête plus il devient difficile d’y trouver une quelconque douceur.

Surtout, ce monde est un monde ignoré de beaucoup. Et c’est pour ça que la situation présente, incohérente avec elle-même, est rendue possible. Quand on laisse un monde en vase clos, celui-ci tombe tôt ou tard dans le paradoxe, les abus et la domination des uns sur les autres. J’affirme qu’actuellement le fait que nous autres personnes atteintes de troubles psychiques divers et variés soyons boudés par l’ensemble des dirigeants voire carrément passés sous silence (ou réduits à des tueurs en série) embourbe le monde de la santé mentale dans un statu quo dont tous les intervenants veulent sortir, sans pouvoir se mettre d’accord sur la manière de faire.

En résulte fatalement ce que ma professeure de physique de terminale appelait un référentiel inertiel : soit à l’arrêt total, soit en m.r.u. (mouvement rectiligne uniforme) selon le point de vue, et qui se caractérisait par une annulation mutuelle de toutes les forces s’y appliquant, laissant la place libre au dernier mouvement imprimé sur le système concerné. Ici, celui de la défiance envers les fous.

Et vu la trajectoire prise, je dirais bien qu’on va lentement mais sûrement vers un mur.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

La folie a-t-elle seulement quelque chose de positif ?

On associe souvent la folie à une certaine originalité de pensée ou autre force créatrice.

Déjà, entendons-nous sur ce que signifie folie. Est-ce que la folie c’est un synonyme de trouble psychique ? Mais en ce cas, est-ce que la folie concerne aussi l’être qui s’amusera à des excentricités ? Car être excentrique n’est pas être malade.

Est-ce que la folie est un synonyme d’excentricité, de marginalité ?

Dans le premier cas, je dirais que non, la folie n’apporte rien de positif. Comme elle est avant tout handicap et souffrance, incompréhension de la part du monde extérieur et monde miné à l’intérieur, ce n’est clairement mais alors clairement pas une force positive en ce monde.

Mais la folie peut être simplement le synonyme de l’excentricité ou de la marginalité.
J’ai beaucoup appris en observant les autres fous à l’hôpital. En étant parfois soutenu par ces derniers. En observant leurs souffrances, leurs peurs, leurs joies, leurs histoires.

Celui dont l’originalité est devenue excentricité a ceci pour lui : il ne sera jamais de ceux qui rentrent dans le rang, mais de ceux qui apportent un vent d’humanité dans un monde trop sérieux, trop conformiste et trop peu sensible. Un être comme Albert Einstein était de ce genre d’individus. La science n’est pas trop sérieuse ou conformiste ou trop peu sensible, ce n’est en tout cas pas elle que je vise. Trop de gens n’y entravent pas grand chose. Einstein était un excentrique de la science. Aujourd’hui encore, on parle de lui. On pourrait aussi parler de Dirac, qui disait moins de cent mots par an. Ou Isaac Newton qui a réalisé des expériences sur lui-même qui lui vaudraient de nos jours un séjour forcé en chambre de soins intensifs à l’HP du coin.

L’excentricité du fou, c’est la muse du poète, c’est l’eurêka d’Archimède, c’est la relativité générale d’Einstein. C’est le cubisme de Picasso, c’est le Hobbit de J.R.R. Tolkien (Tolkien, original peu soupçonné de nos jours et premier geek au monde), c’est la science infuse d’Achille Talon et c’est le palais idéal du Facteur Cheval.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Jamais de la vie je ne souhaiterais devenir Ministre de la Santé Mentale. A quoi bon ? Un ministre est un capitaine essayant de fixer un cap face à des lieutenants qui recalculent le cap derrière lui jusqu’à le rendre méconnaissable.

Si j’avais un ministre de la santé mentale en face de moi, je lui demanderais volontiers d’embarquer sa clique de conseillers et de hauts fonctionnaires et d’aller demander directement aux fous d’un HP ce qui doit être changé. Si tant est qu’il joue le jeu de l’écoute, il apprendra de toute façon deux ou trois choses qui le rendront meilleur ministre. Et même si l’administration doit pédaler en sens contraire, au moins, cette expérience l’aura rendu meilleur homme.