Les mots de Sabrina sur les TCA

Sabrina nous fait le plaisir de contribuer à Comme des fous ! Son expérience dans le domaine des Troubles du Comportement Alimentaire parviendra sûrement à aider celles et ceux qui peuvent être concernés. Commentez, partagez !

Chers lecteurs et lectrices du blog Comme des fous,

Joan, après avoir lu certains de mes écrits, m’a sympathiquement proposé de contribuer à l’écriture de son blog. Un blog dédié à changer les regards sur la folie, et que je trouve aussi riche qu’utile. Oui mais voilà, je ne veux pas me disperser… Oui mais voilà, il me semble que j’ai des choses à dire sur la santé mentale et pas seulement les tca 😉

Pour me présenter brièvement j’ai souffert une quinzaine d’années de Troubles du Comportement Alimentaire (anorexie-boulimie). Un parcours chaotique, différentes hospitalisations : à l’âge de 25 ans je passerai un an enfermée à l’hôpital de mon secteur pour « cause de péril imminent ». Voici une interview que j’ai livrée au Parisien à ce sujet : article.

En rémission j’ai fondé l’association de lutte contre les troubles alimentaires SabrinaTCA92 qui était parrainée par le Pr Michel Lejoyeux (psychiatre et addictologue). Le Pr Lejoyeux est également le préfaceur de mon livre témoignage « L’âme en éveil, le corps en sursis » paru en 2014 aux Editions Quintessence. Au cours de ces deux années et demies (allez on va dire trois) je me suis formée en parallèle. J’ai participé à des actions du Psycom et bénéficié de formations. J’ai suivi le D.I.U « santé mentale dans la communauté » (vous trouverez mon mémoire sur le site du CCOMS). Je me suis aussi intéressée aux thérapies brèves (je suis devenue praticienne en hypnose ericksonienne et en pnl).

Ma formation initiale c’est le market et la com. Malgré mes tca j’ai passé mon bac en ayant loupé 6 mois de cours, obtenu différents diplômes et jusqu’au Master Marketing et Publicité toujours sans années de retard, en séchant les cours, en soutenant mon mémoire alors que j’étais hospitalisée. Professionnellement on peut dire que j’ai galéré ensuite, les tca rendant compliqué l’accès aux postes auxquels j’aurais sans doute pu prétendre.

En mai 2017 j’ai publié « Troubles alimentaires : mieux comprendre pour mieux guérir » (Editions La Providence). Je vous invite à lire au moins la magnifique préface du Dr Alain Perroud (spécialiste des tca) et la postface du Dr Alain Meunier qui m’a fait connaître une charmante équipe celle de l’association La Note Bleue avec qui je collabore régulièrement. J’ai tenu à expliquer au début de ce livre en quoi le fait d’aider ne m’a jamais fait oublier l’importance de mon propre suivi. C’est à trente ans passés que j’ai franchi les portes d’un psychologue (auparavant j’étais un peu fâchée avec la médecine suite à mon incarcération de 2006…). J’ai enchaîné avec une seconde thérapie, une thérapie ACT qui m’a fait travailler sur mes valeurs. Nous avons pas mal travaillé sur le trauma de mon hospitalisation et aujourd’hui je continue de le faire car je suis en psychanalyse ce qui me permet de mieux comprendre mon histoire et apaiser encore un peu plus ma colère. Depuis plus d’un an j’accompagne aussi des personnes confrontées aux troubles alimentaires je le fais en collaboration avec des professionnels de santé aussi compétents que bienveillants et je me fais superviser pour cela. J’apprécie beaucoup d’échanger ainsi avec des psys qui reconnaissent à sa juste valeur le savoir expérientiel. Ce savoir expérientiel que l’on peut le transformer en connaissance. Ce savoir qui est aussi et surtout très complémentaire au savoir scientifique des soignants, l’un ne pouvant se substituer à l’autre.

Des psys j’en ai vu plus d’un. Certains m’ont aidée, d’autres m’ont démolie, et puis la plupart reconnaissaient être un peu paumés face à mes troubles (c’est déjà bien de le reconnaître lorsque c’est le cas !) Des étiquettes on a essayé de m’en coller plus d’une aussi : un tel parlait de troubles de l’humeur, de personnalité borderline etc. Au final je n’ai eu à porter que l’étiquette anorexique et croyez-moi c’est suffisant ! Bien sûr il y a ceux pour qui j’ai juste fini chez les fous avec toutes les représentations que cela entraîne mais ceux-là je vais les mettre de côté je m’adresse ici à des personnes s’intéressant un minimum aux troubles dits « psys » et qui connaissent un peu les mécanismes par lesquels on peut vite se retrouver enfermé (et abruti de médicaments par la même occasion). Enfermée dans une chambre de quelques mètres carrés, privée de tout lien social, parfois attachée, gavée, je n’embêtais pas le monde avec des troubles qu’on ne comprenait pas et qu’on ne parvenait pas à soigner. La méthode forte m’a sauvée certes mais à quel prix ? J’ai mis près de 10 ans à me reconstruire…

Je voudrais revenir sur le diagnostic pour les problèmes de santé mentale :

Le Dr Alain Perroud explique dans sa préface qu’il est « si important de s’adresser à la personne vraiment et pas seulement à sa maladie. »

Pour ma part je dirai que ma démarche n’a pas pour but de banaliser le symptôme (je sais toute l’importance de bénéficier d’une prise en charge rapide et efficace). Un diagnostic qui doit être posé dès l’apparition des premiers signes permet de réagir rapidement et offre la possibilité à la personne malade de s’en sortir plus tôt. Sinon la maladie s’installe et finit par se chroniciser.

Malgré cela, « Se définir en fonction de sa maladie, « je suis anorexique » empêche la personne malade de plonger en elle pour constater qu’elle dispose en elle de nombreuses ressources pouvant lui permettre d’aller mieux mais surtout qu’elle est bien plus que sa maladie. En d’autres termes, l’anorexie ne fait pas la personne anorexique. » (Troubles alimentaires : mieux comprendre pour mieux guérir).

Ceci est vrai pour bon nombre de maladies mentales. Parfois les malades se retrouvent « enfermés » dans un état et le diagnostic soulève des questions. Effectivement, nous ne sommes pas malades « ou » guéri(e)s, car, entre les deux, nous sommes vivants et puisque nous sommes en vie autant vivre le mieux possible.

Le rétablissement1 est une manière de penser la santé comme un état de complet bien-être physique, mental et social qui ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité2.

C’est sur cette notion de rétablissement (ainsi que sur l’empowerment) que j’essaie d’insister dans mon dernier ouvrage car, excusez-moi, j’ai toujours préféré parler santé et santé mentale que de maladie 😉

Ce que je peux dire aux personnes malades c’est que le rétablissement c’est un petit pas chaque jour. Cela prend du temps et cela signifie devenir « acteur » de sa guérison. C’est donner un sens à la maladie qui n’en a pas initialement. On ne choisit pas d’être malade. On peut choisir par contre de se rétablir. Ce n’est pas oublier que la maladie est là, qu’elle fait partie de nous et qu’elle nécessite de se soigner, mais c’est choisir de se concentrer sur ce qui est important pour nous, sur ce qui a du sens et investir tous les domaines de sa vie qui nous permettent de nous sentir mieux.

Pour les personnes anorexiques je rappellerai juste que vous n’êtes pas un chiffre sur une balance ! Vous êtes bien plus que cela. A vous de trouver quels sont vos talents et de vous exprimer. Car il y a tellement de façon de s’exprimer que par la souffrance…

Un dernier point : vous n’êtes pas fous/folles.

Sabrina Palumbo

http://corps-et-ame-en-eveil.com

  1. Le recovery (rétablissement) est une démarche personnelle de réappropriation de pouvoir. C’est un courant actuellement dominant en matière de transformation des services et politiques de santé mentale un peu partout dans le monde, en particulier dans les pays anglo-saxons, par exemple en Australie, en Nouvelle-Zélande, en Angleterre, en Irlande, aux États-Unis et au Canada.
  2. Définition de la Santé selon le préambule de 1946 à la Constitution

Comment l’asile de Fort Boyard m’a rendu fou

J’apprends hier la mise en garde par le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel de l’émission qui nous a mobilisés une bonne partie de l’été : Fort Boyard et son épreuve de l’asile. Un sourire éclaire mon visage puis je reste perplexe, j’ai ruiné ma vie pour ça?

La décision du CSA: « Tout en relevant que l’épreuve litigieuse avait été renommée « La cellule capitonnée » et avait fait l’objet d’un nouveau travail de montage la semaine suivant la première diffusion, le CSA a regretté la diffusion d’une telle épreuve dans cette émission familiale et emblématique du service public. Il a estimé que la séquence en question, caricaturale et stigmatisante à l’égard des personnes souffrant de troubles psychiatriques ou psychiques, portait atteinte aux dispositions précitées du cahier des charges de France Télévisions. En conséquence, le Conseil a demandé aux responsables de France Télévisions de veiller à mieux respecter, à l’avenir, ses obligations en matière de respect des droits et libertés et les a mis en garde contre le renouvellement de telles pratiques. »

Après la première diffusion le samedi 24 juin 2017, on avait réussi à mobiliser grâce à Comme des fous une bonne partie du monde de la santé mentale derrière le slogan Touche Pas à Ma Folie pour revendiquer le retrait de l’épreuve.

Les semaines passant, les vacances de chacun arrivant, on a bien vu qu’on n’obtiendrait pas le retrait de l’épreuve.

J’aurai dû en rester là et passer à autre chose, comme tout le monde, mais je n’ai pas pu, cette histoire m’avait pris trop à cœur.

Alors accroche-toi car voici ce qui s’est passé pendant que je disparaissais des réseaux sociaux.

Non, Alexia Laroche-Joubert et sa production ne m’ont ni kidnappé ni offert un chèque pour me taire, j’ai juste fini à l’asile.

Connecté non-stop aux réseaux sociaux (à consommer avec modération), j’étais épuisé de courir après les médias qui ne sont qu’une chambre d’écho cherchant à faire le buzz sans décrypter ni chercher le fond du problème.

Cette implacable raison du plus fort qui voulait qu’on ne puisse pas couper la séquence au montage, que ça coûterait trop cher, que même en mobilisant tous les médias qui existent, on n’y pourrait rien, m’exaspérait au plus au point alors j’ai eu des pensées suicidaires.

Mais non, je n’ai pas sauté d’un pont. Avec toute cette suractivité, j’avais basculé dans ce qu’on appelle un épisode maniaque.

Le suicidaire d’un soir a commencé à se sentir tout-puissant, à mettre de l’ordre dans sa vie, à prendre soin de lui-même, à se sentir bien et exister.

La frontière entre l’épanouissement et la maladie psychiatrique est difficile à tracer car j’ai commencé à déraper malgré cette vie devenue parfaite. Il y a eu ce voyage improvisé au Pays-Bas où j’ai fini une nuit en garde-à-vue puis une fois retourné à Paris mis en contention par les urgences psy malgré mon envie de dialogue et de méthodes douces. J’ai ensuite parlé de mon envie de lancer un pavé sur les psychiatres et j’ai fini attaché à nouveau dans une ambulance direction le Pavillon 7 fermé de Soisy-sur-Seine, en bref « l’asile », le vrai.

Retour à la case départ, je me retrouvais dans le même hôpital psychiatrique qu’il y a 7 ans quand j’avais déjà fait une bouffée délirante. Comme j’étais en rupture de soin (je ne prenais plus de médicaments), le fait de gober des pilules jour et nuit sans aucun suivi psychothérapeutique m’a paru d’une violence énorme.

Avale les pilules sinon c’est la piqûre. L’hôpital ce n’est pas un lieu de dialogue mais un lieu de distribution de médicaments, c’est un lieu de crise. Malgré des symptômes persistants, j’ai été libéré une douzaine de jours plus tard après être passé face au juge des libertés.

« Et si je n’étais pas folle… »

Petites réflexions sur ma folie

La normalité et ma marginalité subie sont pour moi comme pour d’autres une source de questionnements, de réflexions et peut-être même d’angoisses sans fin. Pourtant quoi de mieux en cette première partie de 21ème siècle que d’être folle ?

Certainement, il y a les 5, 10 ou 15 ans de trous noirs que nous traversons tous avant de parvenir à une forme ou une autres de stabilité psychique, intellectuelle, sociale (d’autres diraient rétablissement). Certainement, il y a les épisodes où l’on n’a plus été soi-même et où on a crée des dommages parfois irréversibles. Certainement, nous vivons aujourd’hui dans une forme de précarité professionnelle. Seuls 19% d’entre nous travaillent et seulement 6% dans ce qu’ils appellent le milieu ordinaire… Certainement, les 81% de ceux qui ne travaillent pas vivent d’allocations et leurs revenus ne dépassent pas le seuil de pauvreté de 900€… Certainement, nous sommes hautement stigmatisés : 75% des gens dits « normaux » nous prennent pour des (personnes ?) dangereuses et violentes.

Mais pourtant, à titre personnel, je ne regrette pas d’être folle. C’est parce que je suis ou que j’ai été folle que j’ai commencé des activités créatrices. C’est pour me prouver que je ne vivais pas hors de la raison cartésienne, que j’étais aussi du bon côté du grand partage entre folie et raison, que j’ai commencé à développer des sites web seule, que j’ai écris un roman, et d’autres bribes romanesques ça et là, que j’ai repris des études à 30 ans pour finir par obtenir une licence, un master. C’est pour me sortir de l’ornière de la liberté qu’il faut apprendre à gérer, que j’ai rencontré de nombreuses belles personnes qui m’ont permis de grandir et de devenir moi-même, que j’ai appris à vivre réellement normalement, avec des relations sociales saines et une vie autonome, et que j’ai trouvé my way of life. Loin des canons de l’ultra-capitalisme, je me suis inventée une vie de sociabilités annexes que d’autres diront marginales, j’ai appris à prendre le temps de vivre, à prendre soin de moi et à rechercher non pas la performance ou la réussite sociale (qui nous sont interdites en ce monde), mais une forme de bonheur de vivre et de ne pas souffrir. J’ai le sentiment que malgré la précarité économique, ce temps disponible pour se découvrir, se connaitre, cette opportunité d’avoir le temps de devenir soi et pas un autre, constitue la véritable richesse de nous autres, les fous qui vont mieux voire bien.

Toujours plus loin, toujours plus haut, toujours plus fort !

Belle devise pour le jeu télévisé FORT-BOYARD qui, depuis 1990, chasse le trésor avec générosité, en soutenant de magnifiques projets associatifs, tels Perce-Neige (association d’utilité publique fondée par LINO VENTURA, pour le soutien des personnes handicapées mentales, et de leurs familles), Le Refuge (contre l’isolement social des jeunes), et tant d’autres.

Oui mais…

En 1965, quand Lino Ventura lance, sur les écrans de l’ORTF, l’appel d’un père en détresse face au manque de moyens pour la prise en charge de Linda, son « enfant différent », c’est avec gravité et émotion…

On ne joue pas avec la souffrance, même pour déstigmatiser, on ne joue pas avec les clichés, même pour vulgariser.

L’ « asile »

« L’asile », c’est le nom de la nouvelle épreuve que l’’émission Fort-Boyard propose en saison 2017…
Innovation qui sera suivie par des millions de foyers, sur un créneau de grande audience familiale.

On ne joue pas avec la souffrance. On peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui, ni n’importe comment. Une camisole de force, une cellule capitonnée. Mais au fait, à quoi joue-t-on ?

Il faut savoir raison garder. Un combat, pas un jeu, mais un parcours médical particulier, beaucoup plus souvent dans le cadre d’une thérapie, avec des phases dépressives, des éclaircies, des aidants qui apprennent la vie autrement… et ne souhaitent assister à cette sombre dérision grotesque.

L’ « Asile », les clés, -bien sûr !-, l’enfermement du « monstre ancestral», celui qui déconcerte, celui qui dérange, sa dé-sociabilisation, quand tant de belles personnes œuvrent pour le contraire.

Alors c’est NON !

Au nom de nos enfants, au nom de leurs parents et proches, nous, association SCHIzo’Jeun’S, refusons cette caricature d’un univers psychiatrique encore trop méconnu en France.

A l’instar de l’UNAFAM*, nous exigeons le retrait de ce « programme divertissant ».

L’isolement, la contention, les soins intensifs, prodigués avec parcimonie en hôpital psychiatrique pour des patients, -et non plus en « asile » pour des fous,- n’en restent pas moins parfois nécessaires, pour contraindre les bouffées d’angoisses délirantes d’un malade éperdu et souvent suicidaire. Cette mesure de dernier recours renvoie le patient esseulé à sa psychose déchirante, obstacle déjà suffisamment traumatisant, sans que la télévision publique ne le souligne en prime !

En matière de psychiatrie, on évitera de surfer sur de vieux fantasmes anxiogènes, même avec la meilleure intention qui soit, au risque de les alimenter, et d’aviver des souffrances déjà si invalidantes…. Communiquer, plutôt que prétendre distribuer l’altruisme, c’est d’abord écouter. Tenter de comprendre l’autre, sans négliger ses interprétations personnelles, parfois très déstructurantes.

Quels experts avez-vous mandatés pour filtrer les messages transmis, et dans quels objectifs? De l’audimat, de la médiatisation, ou bien de l’aide réelle de près de 600 000 Français diagnostiqués schizophrènes, 1/10 touchés de près ou de loin par la maladie mentale, comme moi. Comme vous peut-être ?

Que dire du malade qui essouffle et craint de consulter ; de l’enfant qui doit se rendre en Unité Spécialisée pour y être médicamenté sous contrôle ; de celui à qui l’on propose une représentation grossière et terrifiante du lieu de soin de son parent…

Parler de la maladie mentale, OUI . En délicatesse et dans le respect des malades, OUI AUSSI !

Lever les tabous sur la psychiatrie, OUI, en relever d’autres, NON !

*L’Unafam : « À l’heure où les idées fausses sur la psychiatrie sont légion, comment lutter contre la stigmatisation avec un tel ‘divertissement’ sur une chaîne publique? Les médecins se battent pour que les jeunes soient pris en charge le plus précocement possible pour éviter des retards de diagnostic de 5 à 10 ans en moyenne actuellement. Comment convaincre un jeune de consulter avec une telle image de la psychiatrie? »

Marie-Luc Sechet Bodineau

Association SCHIzo’Jeun’S. Chateau-Gontier.
Membre du Collectif Schizophrénies.

« Asile » : une épreuve de folie à Fort Boyard

Profondément troublés par cette épreuve de Fort Boyard, nous aimerions vous proposer une réflexion sur la stigmatisation.

En passant la porte d’entrée du Boyard Psychiatric Hospital, le candidat se retrouve dans un sas, où Passe-Muraille lui enfile une camisole de force. Sur le vêtement sont accrochées plusieurs petites balles blanches et rouges.

Après cette étape, le candidat se positionne sur une porte à bascule automatique, qui l’envoie directement dans une salle capitonnée fortement éclairée, avec uniquement de caméras de surveillance. Cette action provoque la libération de la clé dans le sas d’entrée.

Pour ressortir de la salle capitonnée et récupérer la clé dans la première partie de la cellule, le candidat doit se secouer, se contorsionner et se frotter contre les murs, afin de décrocher (sans les mains évidemment) les 4 balles rouges présentes sur sa camisole

Lorsqu’il y parvient, il doit saisir avec la bouche, chacune des balles rouges tombées au sol, afin de les placer dans les tuyaux répartis à différents endroits de la cellule.

Mais dans cette salle capitonnée sans porte de sortie, les candidats deviennent fous rapidement ! Pour compliquer la tâche, l’ensemble la cellule tourne sur elle-même. Le candidat se retrouve à marcher sur les murs ou au plafond !

La pratique de l’isolement et la contention

Des candidats enfermés dans une cellule capitonnée avec une camisole de force, voici la nouvelle épreuve du jeu télévisé Fort Boyard.

Première réaction du gamin devant sa télé : « ça se passe comme ça à l’Hôpital Psychiatrique ? ».

Pour aider les parents à répondre à cette question, voici quelques clés de lecture :

  • L’asile comme lieu d’enfermement arbitraire, la chambre capitonnée et la camisole sont révolus mais les pratiques d’isolement (enfermement dans une chambre prévue à cet effet) et de contention (le fait d’attacher et sangler une personne) sont courantes et réglementées en France, souvent considérées comme nécessaires en cas de crise.
  • La psychiatrie d’aujourd’hui préfère parler de chambre de soins intensifs. Il s’agit à priori de désamorcer des situations extrêmes où l’interaction avec le personnel et les autres personnes hospitalisées peut être dangereuse. Une crise psychique peut s’accompagner d’une certaine agressivité envers les autres et envers soi-même d’où l’idée ancienne de capitonner les chambres pour éviter que la personne ne se blesse d’elle-même.
  • Que ressent-on dans ces situations-là ? L’isolement est une expérience très traumatisante bien qu’elle soit considérée comme une mesure thérapeutique de dernier recours. Elle peut être vécue comme une torture, surtout quand on ne vous explique pas les raisons de votre enfermement et qu’on vous laisse seul avec vous-même et votre angoisse.
  • Peut-on faire autrement ? L’hôpital psychiatrique en tant que lieu de soin se doit d’accueillir dignement toute personne en grande souffrance dans le respect de ses droits. Or, la pratique de l’isolement, justifiée par des situations d’urgence, pourrait être évitée si on s’en donnait les moyens. On peut prévenir la crise et les situations de violence, parfois quelques mots ou une présence attentive permettent d’éviter le recours à de telles pratiques.
  • Pourquoi n’abolit-on pas la contention et l’isolement en France ? Il faut du temps pour changer les pratiques et les mentalités mais aussi beaucoup d’implication et une volonté politique. C’est d’autant plus difficile dans la situation actuelle de la psychiatrie, avec le manque de moyens humains et de formation au soin relationnel, où les soignants sont condamnés à devenir des surveillants plutôt que des accompagnants.

Aujourd’hui en France, près de 100000 personnes sont internées chaque année sans leur consentement en hôpital psychiatrique. Lieu de refuge et d’asile au sens noble du terme, l’hôpital alimente aussi les pires fantasmes de la société, personne n’a envie de finir chez les fous.

Il faut savoir que la psychiatrie concerne 2 millions de personnes en France et que 80% des personnes sont soignées au plus près de leur domicile et ne sont jamais hospitalisées.

L’hospitalisation en psychiatrie reste une épreuve traumatisante dont il est difficile de se relever, notamment du fait de la stigmatisation et du regards des autres.

A travers Comme des fous, nous souhaitons interroger le regard qu’on porte sur la folie et les représentations que véhiculent les médias.

On peut s’amuser comme des fous devant cette séquence tant qu’on n’oublie pas que ce jeu peut être blessant pour les personnes qui ont été confrontées réellement à cette même situation sous prétexte qu’elles étaient folles. De plus, cela peut participer à stigmatiser les pratiques soignantes et à éloigner du soin les personnes en grande difficulté qui auraient peur de se voir infliger un tel traitement.

Mais peut-être aussi que les candidats pourront témoigner de leur ressenti après cette folle épreuve et qu’ils nous diront ce que ça fait d’être mis dans la peau d’un fou.

Ecouter la séquence du 28 juin 2017 sur radio Vivre FM.

Si vous souhaitez signaler l’émission au Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), la séquence a déjà été diffusée dans l’émission Fort Boyard du 24 juin 2017 à 21H sur France 2.

 

Si vous souhaitez demander le retrait de l’épreuve, vous pouvez également signer la pétition:

Pamplemousse Power

pamplemousse power

Je voulais intituler cet article « Le pamplemousse m’a tué » mais je ne voulais pas affoler le cours du marché du pamplemousse et porter atteinte aux petits producteurs d’autant plus que je suis toujours en vie!

Folie et agrumes, en voilà un sujet! On connaissait radio Citron ou encore le film l’Orange Mécanique mais le pamplemousse n’est pas en reste, ni en zeste d’ailleurs!

Je découvre ce matin qu’il y aurait une longue liste de médicaments qui interagissent avec le pamplemousse allant jusqu’à causer la mort. Ce n’est pas le pamplemousse qui tue, c’est bien le médicament. Mais l’action des produits actifs du pamplemousse bloquent la métabolisation de certains médicaments. Du coup, comme le corps ne métabolise pas le produit médicamenteux, sa concentration augmente dans le sang jusqu’à en devenir toxique. Continuer la lecture de « Pamplemousse Power »

Comme des fous sur la bande FM ?

radio

En tant qu’auteur du blog Comme des fous, mon rêve le plus fou serait de créer une émission de radio.

Le blog Comme des fous est né comme un média pour changer les regards et oser parler de folie. L’idée étant de prendre la parole pour créer du débat et inviter à la réflexion sur un sujet tabou et relégué par les médias dominants à la rubrique santé et faits divers.

En parler, non pas juste pour positiver, esthétiser ou politiser la folie, mais pour changer les représentations sociales.

Si vous vous promenez sur le blog, vous verrez que ce projet cristallise tout un intérêt pour les médias sonores car pour moi la radio exige souvent moins de concentration que la lecture et c’est plus vivant ! Vous trouverez une série d’enregistrement sur notre mixcloud et même une playlist de titre musicaux en lien avec la folie.

Continuer la lecture de « Comme des fous sur la bande FM ? »

Détecter la maladie mentale

Vous avez quelqu’un en tête, vous vous inquiétez pour un proche, un collègue ou un client qui présente un comportement anormal et souhaitez réagir avant qu’il ne soit trop tard ?

Vous n’êtes pas psy dans l’âme mais vous aimeriez aider cette personne voire l’amener à consulter un professionnel sans qu’elle ne se sente prise pour folle ?

Vous pouvez lui faire part de votre ressenti personnel et de votre inquiétude pour qu’elle se sente comprise et non pas attaquée et jugée.

détecter la maladie mentale

Plutôt que de savoir si elle cache un trouble de la personnalité, un trouble addictif, un trouble de l’humeur, une dépression sévère ou passagère, vous aimeriez affronter cette situation problématique et trouver une solution, des mots, un conseil qui puissent apaiser rapidement cette souffrance et rouvrir les portes qui semblent se refermer entre entre elle et vous, entre elle et le monde.

On sait que plus on intervient tôt, plus on évite le recours à l’hospitalisation psychiatrique, mais comment agir? Comment savoir si une personne est en train de basculer dans la maladie mentale ? Continuer la lecture de « Détecter la maladie mentale »

Marseille, capitale du Rétablissement

« Le séjour à Marseille m’a formé le caractère. Je suis disposé à prendre tout en gai et je guéris de la mélancolie. » Stendhal

Un nouveau paradigme

Le concept de rétablissement (recovery) est né dans les suites du mouvement des droits civiques aux Etats-Unis, au sein du mouvement des usagers de la psychiatrie qui publiaient des comptes rendus de leur rétablissement de maladies mentales graves, communiquaient dans des conférences, prenaient la parole face aux politiques et aux professionnels soignants afin de contribuer au changement, de formaliser le concept et faire connaître cette conception positive du devenir de la personne vivant avec un trouble de santé mentale.

« Le rétablissement est un processus individuel et collectif de sortie de la maladie de personnes expérimentant des troubles psychiatriques sévères. Il s’oppose à l’idée courante d’incurabilité de la psychose. Il intègre le fait que les personnes atteintes de troubles psychiatriques doivent à la fois se rétablir des symptômes de la maladie, mais aussi des conséquences sociales négatives liées aux représentations de la psychose. » Alain Karinthi

Ce mouvement a mené, dans les pays concernés, à une véritable transformation de l’offre de soins, avec un nombre croissant de politiques nationales de santé mentale centrées aujourd’hui de manière explicite sur le rétablissement (États-Unis, Canada, Royaume-Uni, Australie, Nouvelle-Zélande). Il s’affirme aujourd’hui en France comme un modèle offrant de nouveaux espoirs pour les personnes vivant avec un trouble de santé mentale.

La nouvelle approche basée sur le rétablissement réintroduit de manière résolue, voire militante, la notion d’espoir dans le monde de la psychiatrie, une approche pragmatique qui influence directement le contexte de vie des personnes sans se focaliser sur la dimension bio-médicale de la maladie.

Le rétablissement remet en question l’hypothèse pessimiste, encore répandue aujourd’hui y compris chez de nombreux professionnels, selon laquelle il s’agirait de maladies de longue durée et chroniques avec au mieux une stabilisation des symptômes, et considérant l’usager comme un récipiendaire passif de soins spécialisés médicaux et sociaux à long terme.

Le mouvement du rétablissement à Marseille

C’est à Marseille que va s’ouvrir, sous l’impulsion de l’association Solidarité Réhabilitation, le premier Centre de Formation au Rétablissement de France, un centre de ressources documentaires sur le modèle du Recovery College avec des modules de formations et des groupes d’auto-support par et pour les personnes concernées.

PAIRLe  groupe PAIR (Plan d’Actions Individualisé au Rétablissement) est organisé par le collectif Eutopia un vendredi sur deux de 15h à 17h au Théâtre de l’Oeuvre de Marseille (prochain rendez-vous le 28 avril 2017).

Le PAIR, librement inspiré du WRAP© (Wellness Recovery Action Planning) s’appuie avant tout sur l’échange de conseils de bon sens, et sur l’expérience vécue.

C’est un outil de défense de ses droits, de rétablissement mis en place depuis plusieurs années par des personnes rencontrant ou ayant vécu des difficultés liées à leurs émotions et leurs comportements.

À quoi sert le PAIR ?
Le PAIR est un outil que chacun.e peut mobiliser à un ou plusieurs moments de sa vie afin, notamment, de :

  • se sentir mieux ;
  • surmonter des difficultés passagères ;
  • éviter la survenue de « crises » ;
  • améliorer sa qualité de vie ;
  • Élaborer son plan de crise et ses directives anticipées.

Le Lieu de Répit, porté par l’équipe MARSS (Mouvement et Action pour le Rétablissement Social et Sanitaire), est un autre exemple de cette psychiatrie alternative.

Le rétablissement n’est possible que dans un contexte où l’individu peut être acteur de sa propre vie, de ses soins et où il lui est possible de s’engager dans un travail ou des activités significatives dans la collectivité. Le travail peut devenir un levier du rétablissement et c’est l’objectif du programme Working First 13 qui accompagne les personnes vivant avec un trouble psychique vers l’emploi en milieu ordinaire .

Cela suppose aussi que les services psychiatriques soient organisés de manière à ce que cette inclusion sociale devienne possible. Il s’agit de créer et d’assurer un contexte de soins et de soutien dans lequel la personne concernée puisse retrouver la confiance en soi, l’estime de soi, l’espoir d’un avenir riche et positif, mais également la confiance et le respect d’autrui, de sa famille, de ses proches, de ses collègues, de son quartier ; il s’agit pour elle d’apprendre à s’adapter au fur et à mesure aux défis auxquels elle doit faire face, de trouver de nouvelles façons d’« être au monde ».

Les professionnels se doivent de fonctionner comme des guides et rendre accessible les ressources disponibles dans la cité, et lever les barrières au rétablissement.

C’est pour penser ces nouveaux modèles d’interventions qu’a été créé le DESIU « Pratiques orientées autour du Rétablissement », une formation qui sensibilise les acteurs à ce nouveau paradigme et à ses enjeux théoriques mais surtout pratiques.

Dans ce contexte, un nouveau métier émerge : les travailleurs pairs dits aussi médiateurs.

Ce sont des personnes qui ont l’expérience de la maladie et de ses conséquences, couplée à celle du rétablissement. Ils utilisent ce savoir issue de leurs expériences de vie pour aider des personnes qui ont des problèmes similaires. A Marseille, vous les trouverez dans les équipes de soins orientées rétablissement et animant des groupes d’entendeurs de voix.

Même si la psychiatrie traditionnelle a encore du mal à leur faire une place, l’alternative est en marche!

Merci à Céline, Nico, Julien, Aurélie, Emma, J-R, Marianne, Anne, Julie, Caroline, Christophe, Zoélie, l’équipe de Radio-là et tous les autres pour leur accueil chaleureux! 

La vie après la folie

N’être plus vierge de l’expérience de la folie

Le XXe siècle est celui de la mort de la « Folie ». Ce terme qui recouvre une réalité très vaste, trop vaste peut-être, ne veut aujourd’hui plus rien dire. La folie n’est plus, elle est devenue pathologie.

la vie après la folie

Un individu dans un état délirant n’est plus un fou, c’est un malade. Dans cette logique, la psychiatrie s’est appliquée à classifier les différents types de délires, à leur attribuer des caractéristiques afin de pouvoir les appréhender rationnellement pour les traiter.

Établir une approche « rationnelle » de la folie est une démarche caractéristique de notre époque qui met une énergie formidable à classifier les choses afin de les passer au crible de l’expérience scientifique et d’en tirer des conclusions sur lesquelles s’appuyer pour les expliquer. C’est une démarche qui a une validité, mais qui a aussi des limites, notamment dans le cas de la folie. Continuer la lecture de « La vie après la folie »