J’ai peur de ne plus être fou

J’ai peur d’être enfin guéri.
J’ai peur de devoir vivre comme tout le monde.
J’ai peur d’être englouti par le système.
J’ai peur de dire ce que je ressens.
J’ai peur de ne pas être compris.
J’ai peur de dire que le handicap c’est une jolie arnaque.
J’ai peur de trahir les vrais malades.
J’ai peur d’enjoliver la folie.
J’ai peur de m’en sortir. Continuer la lecture de « J’ai peur de ne plus être fou »

« Oui mais toi… », Céline Letailleur

oui mais toiOui mais toi, tu es trop proche…
Oui mais toi tu es militante…
Oui mais toi tu es une fille à problèmes…
Oui mais toi t’es premier degré…
Oui mais toi tu es trop susceptible…
Oui mais toi tu es trop sensible…
Oui mais toi t’es blanche…
Oui mais toi tu ne sais pas ce que c’est…
Oui mais toi tu es agressive…
Oui mais toi c’est ton orgueil qui parle…
Oui mais toi tu te mets en colère trop rapidement…
Oui mais toi on ne peut pas te parler…
Oui mais toi t’es trop franche…
Oui mais toi tu es malade…
Oui mais toi tu as du mal à gérer tes émotions…
Oui mais toi tu n’as pas assez de recul pour être objective…
Oui mais toi tu n’as aucune expérience…
Oui mais toi tu es trop radicale…
Oui mais toi tu es une dictatrice…
Oui mais toi tu rêves un peu trop aussi…
Oui mais toi tu n’es pas une professionnelle… Continuer la lecture de « « Oui mais toi… », Céline Letailleur »

Clozapine

clozapineUn frémissement… une ondulation de l’espace au fur et à mesure que j’entendais les pas pesants mais furtifs de la psychiatre de service   et donc de celle à qui on avait donné « l’ordre » de farfouiller dans mon cerveau pour m’empêcher de psychoter.

Une interne donc, un désarroi affiché clairement derrière l’artifice de son sourire. Une acuité visuelle et sensorielle propre aux sujets dits : compliqués.

Compliquée moi? Certainement pas.

Principe de prudence face aux trois royaumes de la peur : l’enfermement, la contention et la médication forcée. Continuer la lecture de « Clozapine »

La nouvelle Nef des fous

migrants

Dans son grand poème « La Nef des fous », Brant, le vieil écrivain du Moyen-âge allemand, nommait fous tous ceux qui ne pensaient qu’à leur vie terrestre et n’avaient souci du salut céleste.

Aujourd’hui, je dis fous ceux qui pensent trouver seuls leur salut sur la Terre sans souci du salut commun de tous les peuples de la Terre.

Comme si nous ne voguions pas tous à bord du même vaisseau
Comme si la Terre entière n’était pas pour nous tous un seul radeau
Comme si nous n’étions pas tous embarqués sur le même bateau perdu en haute mer

Oui, nous vivons tous sur un immense et unique bateau un vaisseau baptisé Terre, pour quelques-uns un paquebot de croisière, pour d’autres une galère, un bateau négrier, un rafiot rafistolé, où les deux-tiers de l’humanité s’entassent à fond de cale et qui risque de chavirer.
A moins peut-être qu’éclate à bord une mutinerie…

Francis Combes, 26 juin 2015

En ligne sur franciscombes.unblog.fr/
Paru dans Cerises n° 260

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« Explaining My Depression to My Mother », Sabrina Benaim [ENG/ESP/IT/FR]

[FR]

Expliquer ma dépression à ma mère : une conversation.

Maman, ma dépression prend plusieurs formes. Une journée, elle est aussi petite qu’une libellule dans la paume d’un ours.

Le lendemain, elle est l’ours.

Ces jours-là, je fais la morte jusqu’à ce que l’ours me laisse tranquille.

J’appelle les mauvais jours : « Les jours noirs. »

Maman dit : « Essaie d’allumer des chandelles. »

Mais quand je vois des chandelles, je vois la chair d’une église, le vacillement d’une flamme, des étincelles d’un souvenir naissant…

Je suis debout à côté de de son cercueil ouvert.

Ce moment où j’apprends que tous les gens que je connaîtrai dans ma vie vont mourir un jour.

Par ailleurs, maman, je n’ai pas peur du noir. Peut-être que cela fait partie du problème.

Maman dit : « Je croyais que le problème était que tu ne pouvais pas sortir du lit. »

Je ne peux pas, l’anxiété me tient en otage dans ma maison, dans ma tête.

Maman demande : « Elle arrive d’où, l’anxiété? »

L’anxiété est la cousine en visite, qui arrive de l’extérieur et que la dépression s’est sentie obligée d’inviter à la fête.

Maman, je suis la fête. Seulement, je suis une fête à laquelle je n’ai pas envie d’être.

Maman demande : « Pourquoi n’essaies-tu pas d’aller à de vraies fêtes, voir tes amis? »

Bien sûr, je fais des plans. Des plans de sorties auxquelles je n’ai pas envie d’aller.

Je fais des plans parce que je sais que je devrais avoir envie d’y aller, je sais qu’à d’autres moments j’aurais eu envie d’y aller.

Mais ce n’est pas amusant de s’amuser quand tu n’as pas envie de t’amuser, maman.

Tu vois maman, chaque nuit l’insomnie m’étreint dans ses bras et me plonge vers la cuisine. Dans la lumière de la cuisinière l’insomnie me fait croire à cette idée romantique que la lune est ma compagne parfaite.

Maman dit : « Essaie de compter les moutons. »

Mais ma tête ne sait que compter les raisons de rester éveillée.

Alors je vais prendre des marches, mais mes rotules tremblent et se cognent comme des cuillères en argent tenues par des bras forts avec des poignets branlants.

Elles résonnent dans mes oreilles comme des cloches d’église maladroites qui me rappellent que je suis une somnambule marchant sur un océan de joie dans lequel je ne peux pas me baptiser.

Maman dit : « Le bonheur est un choix. »

Mais mon bonheur est aussi vide que la coquille d’un œuf percé.

Mon bonheur est une forte fièvre qui va casser.

Maman dit que je suis tellement bonne pour faire tout un plat avec rien et me demande soudainement si j’ai peur de mourir.

Non, maman, j’ai peur de vivre.

Maman, je me sens seule.

Je crois que j’ai appris, quand papa est parti, comment changer la colère en solitude et la solitude en « occupée »

Donc quand je dis que j’ai été super occupée dernièrement, je veux dire que je m’endormais sur le divan en écoutant SportsCenter pour éviter d’affronter le côté vide de mon lit.

Mais ma dépression me ramène toujours à mon lit jusqu’à ce que mes os deviennent les fossiles oubliés du squelette d’une ville engloutie.

Ma bouche, un jardin d’os, de dents brisées à force de se mordre elles-mêmes.

L’auditorium vide de ma poitrine se pâme dans les échos d’un battement de cœur.

Mais je ne suis qu’une touriste indifférente ici.

Je ne saurai jamais vraiment où j’ai été.

Maman ne comprend toujours pas.

Maman, ne vois-tu pas que moi non plus?

source: http://gatineau.rougefm.ca/rachelcustin/story.aspx?ID=2189268

Profession Psychiatre

Compétences requises : Excellentes compétences en analyse – Grande perception – Maturité – Bonnes compétences en communication – Empathie – Compassion.(source wikipedia )

Vous apprendrez à prescrire des médicaments psychotropes mais pas comment les arrêter car qui dit arrêt du traitement dit rechute. Et vos (im)patients se chargeront par eux-mêmes d’essayer d’arrêter ces traitements qui minent leur élan vital.

Un petit film d’animation du docteur Kamran Ahmed qui essaie de changer les regards sur son métier de psychiatre.
[youtube https://www.youtube.com/watch?v=G-Kbk8gvDIk]

Maupassant & la Vénus de Syracuse

Affolante Vénus qui fait perdre la tête à Maupassant!

En pénétrant dans le musée, je l’aperçus au fond d’une salle, et belle comme je l’avais devinée.

Elle n’a point de tête, un bras lui manque ; mais jamais la forme humaine ne m’est apparue plus admirable et plus troublante.

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Elle n’a pas de tête ! Qu’importe ! Le symbole en est devenu plus complet. C’est un corps de femme qui exprime toute la poésie réelle de la caresse.

Schopenhauer a dit que la nature, voulant perpétuer l’espèce, a fait de la reproduction un piège.

Cette forme de marbre, vue à Syracuse, c’est bien le piège humain deviné par l’artiste antique, la femme qui cache et montre l’affolant mystère de la vie.

Extraits du récit du voyage en Sicile qu’accomplit Guy de Maupassant au printemps 1885.

Paris, la mort au coin de la rue.

oeil parisLendemain de carnage dans les rues de Paris et Saint-Denis.
Tristesse et peur, profonde tristesse pour ceux qui ont péri et leurs proches, et peur pour les miens.
« Rentrez chez vous » nous a-t-on dit sur le moment, la mort court les rues et fauche qui s’y trouve sans distinction. Restons chez nous, en sécurité. Dehors, la mort.
Derrière le seuil de la porte, l’horreur. Mais l’horreur n’a que faire des frontières, elle rentre chez moi par la télévision, et la guerre par-delà des frontières frappe en plein Paris.
Se replier pour faire le deuil, fermer les frontières.
Ne pas oublier, la mort ne s’oublie pas, mais aussi reprendre notre chemin, ressortir dans les rues car la vraie vie est dehors, c’est avec les autres qu’elle prend tout sens.

Moi, ce qui me fait du bien, c’est…

« Moi, ce qui me fait du bien, c’est…
· faire une longue balade méditative en vélo
· cuisiner et recevoir à dîner des gens que j’aime
· faire du ski de fond dans les bois et sentir mes joues bien rouges
· rire »
Julie D. Continuer la lecture de « Moi, ce qui me fait du bien, c’est… »