Portrait de Le Bipolaire

Comme Le Bipolaire, fais-toi tirer le portrait par Comme des Fous en répondant à ces 5 questions.

« J’aimerais faire connaître la page www.lebipolaire.com, premier réseau social pour personnes souffrant de troubles bipolaires et leur entourage. »

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

J’aime parler de tout, autant de ce qui dérange que de ce qui est normal. Mais après tout, c’est quoi la normalité ?

Anticonformiste en essayant de toujours rétablir la vérité pour changer les regards de beaucoup d’ignorants…

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Mon métier, c’est ma vie ! Je l’aime et j’essaie de le faire partager en écrivant… Un métier qui m’occupe ma tête 24H/24H… Hyperactif, créatif, sensible mais surtout très généreux en dons, bienvenue dans ma vie, mon travail !!!

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

J’ai toujours dit qu’on ne parlait jamais assez des maladies mentales comme le trouble bipolaire. Souvent déformé pour faire réagir et jamais assez approfondi en terme de santé sérieuse.

Bien sûr, la recherche avance ( et heureusement ), mais c’est toujours très ( trop ) lent à mon goût… Pas assez d’implications de la part de beaucoup de professionnels qui, souvent, généralisent les symptômes à force de voir beaucoup de patients; il faut dire qu’on ne leur donne pas beaucoup de moyens non plus…

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

L’originalité, la créativité, des choses exceptionnelles qu’on ne peut voir qu’en étant atteint de ce pseudo-symptôme que beaucoup de gens appellent « la folie »…

J’ai juste une question à vous poser : La folie ne serait-elle pas une liberté qu’on ne veut pas nous donner ?

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Non, car je deviendrais peut-être comme eux à force, personne ne peut savoir… Il faut savoir dire la vérité aux personnes malades, proposer un programme c’est bien, mais il faut pouvoir le tenir. Exemple : Il vaut mieux dire qu’on ne guérira jamais la bipolarité mais qu’on peut arriver à très bien la stabiliser avec un traitement à vie, plutôt que de dire que les troubles bipolaires peuvent être guéris grâce à un traitement… C’est certainement pareils aux yeux des personnes non-malades, mais absolument pas pour les personnes concernées.

Portrait d’Elkrem hassna

Comme Elkrem hassna, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

J’aimerais faire connaître L’Association marocaine des usagers de la psychiatrie AMUP. L’hôpital psychiatrique Errazi de Salé, Maroc. »

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

Toutes les personnes qui ont marqué l’histoire avec leur génie ou sagesse ou exploits me fascinent. J’adore les lieux gorgés d’histoires et de mystères, de beauté.

Ma profession « professeur » est ma raison d’être, mais je perds pieds…un amour qui se disloque?

J’aspire à la plénitude et la Paix . Que la clarté puisse habiter mon esprit.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Mon métier est le plus noble au monde. Être professeur a été un rêve. Réalisé donc.

Mais une brèche…m’empêche de savourer cet amour de transmission et d’éducation.

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

Le monde de la santé mentale chez nous au Maroc est une arène… le malade doit être soit un gladiateur soit une bête de foire. Un monde où l’empathie s’est effacée pour laissé place à l’intérêt.

Il avance certes mais à deux vitesses. Pour certains les dés sont joués pour d’autres ils sont pipés.

Un monde impitoyable. On se bat face à un géant. David et Goliath? J’espère qu’on sera tous ébahis par ce que peut faire : un usager de la psychiatrie.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

La folie est douce , elle est enivrante…qu’on voudrait la boire jusqu’à la lie. Folie …à l’infini . Un univers où s’exprime les génies et les incompris.

La folie est la garantie qu’une société est saine d’esprit. Sinon être tous des clones…relèverait d’une conspiration. Des Aliens? Pour le coup on dira que c’est une aliénation.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Jamais je ne serai assez folle pour être ministre ! Dieu merci , j’ai un cerveau…
Je ne jetterai pas les malades dans le caniveau…

A notre ministre je lui demanderai de ne pas être si certain que la folie est fatidique et que s’il avait cette chance d’avoir une graine de folie bien des problèmes serait résolus.

La folie meurtrière est celle qui habite les responsables irresponsables. Ceux qui sont aux commandes.

Portrait d’Adri1

Comme Adri1, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

« J’aimerais faire connaître radio Micro-Sillons. »

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

Georges Perec, Bobby Lapointe, Georges Brassens, La Nature, la Montagne, les balades, bien manger et boire des choses qui viennent de là où je suis et sans cochonneries dedans! écouter de la musique, écrire, lire, encore?

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Mon métier consiste à inventer des moments, des espaces, des lieux qui permettent à des personnes (enfants, adultes) en souffrance d’être bien avec eux mêmes et avec les autres et avec moi! J’adore, ça me hante tout le temps mais c’est passionnant! Alors, j’observe, j’écoute, je lis, je parle…

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

Un monde trop fermé, avec des gens inquiets qui voudraient aller trop vite et qui n’écoutent pas les personnes malades et des gens inspirés, sincères qui ne demandent qu’à s’exprimer et être écoutés!

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

La créativité, l’authenticité.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Je suis en deuxième année de l’école des ministres de la santé mentale, il me reste quelques années, j’ai beaucoup d’espoir!

Portrait de Philippa

Comme Philippa, fais-toi tirer le portrait par Comme des Fous en répondant à ces 5 questions.

« J’aimerais faire connaître Bell Cause pour la cause pour montrer que c’est possible de faire une belle action de communication et de mécénat en faveur de la santé mentale quand on est une grosse entreprise (ou le charme irrésistible de l’accent québécois). »

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

La lecture de romans et d’essais, la peinture, l’écriture, la pratique de la méditation, les rencontres, mes enfants, les gens que j’aime sont pour moi des sources d’inspiration.

Tout ce qui me permet de m’interroger, de m’ouvrir, de rencontrer et d’apprivoiser mes forces et mes fragilités, m’intéresse.

Des artistes et des penseurs m’ont beaucoup enrichie. Il y en a comme Bach, Nietzsche, Dostoïevski ou Chögyam Trungpa qui ont été comme des éducateurs. Ce qu’ils m’ont apporté ne cesse de m’accompagner. Il y a aussi des femmes comme Maria Callas, Nina Simone, Romy Schneider, Christiane Singer, Nancy Houston …

J’aspire à garder les pieds sur terre, à avoir l’esprit ouvert, à faire preuve de discernement et de douceur, pour ne pas être une source d’agression pour les autres.

Un petit cadeau au passage :
Glenn Gould qui joue Bach, ça vous ancre dans la terre et ça élève l’esprit dans les hauteurs.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Mon travail c’est d’aller dans les entreprises, auprès des pouvoirs publics, et d’essayer de trouver un langage pour parler avec justesse du handicap psychique et des troubles qui en sont à l’origine. L’objectif est de favoriser l’insertion et le maintien dans l’emploi des personnes qui souffrent de ce type de problématiques à un moment dans leur vie ou de façon plus chronique.

Je forme des référents handicap, des RH, des managers, des médecins du travail, des assistantes sociales. Il arrive que ces formations me fassent l’effet d’un bras de fer. Les préjugés et les idées négatives ont la peau dure.

Je rédige aussi des guides et des documents pédagogiques sur le sujet. J’accompagne des personnes concernées dans l’emploi.

J’ai fait de la chose qui aurait pu me tuer, mon métier. Sur la base de ma fragilité, j’ai construit une expertise. Je n’ai rien concédé à la maladie. Je l’ai prise à bras le corps et j’ai retourné la situation. Mais je ne fais pas la maline, parce que c’est un adversaire de taille.

Je suis intrépide, je continue à aller de l’avant, mais je reste prudente.

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

Je n’ai jamais aimé que le monde soit constitué d’une multitude de « micros monde » qui ne communiquent pas les uns avec les autres et qui se connaissent mal. Le monde de la santé mentale a les mêmes défauts que les autres micros monde. Il manque d’ouverture et souffre de querelles intestines. C’est embêtant, parce qu’il traite d’un sujet important.

Le monde de la santé mentale doit apprendre à communiquer et à expliquer son sujet. Même s’il se sent stigmatisé et rejeté, il doit redoubler d’efforts et d’intelligence pour se faire entendre. Le chantier est énorme à tous les niveaux : sanitaire, social, professionnel.

Pour pouvoir faire changer le regard du monde extérieur sur lui, le monde de la santé mentale doit changer de regard sur lui-même. Les possibilités sont immenses, les talents et les compétences sont là.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

La folie est une faculté proprement humaine. Chacun porte en lui la façon dont il pourrait devenir fou. Un homme qui se connaît quand il est fou, en connaît long sur lui-même.

Je dis souvent pour rigoler que la folie est l’épreuve des sages. Développer une certaine sagesse est la seule manière de transcender l’expérience de la folie.

À travers la folie, tout ce qui constitue un individu s’exprime sans fard. Le tragique côtoie le sublime. La créativité côtoie la destruction. Le comique côtoie le pathétique.

La folie est une sorte d’expérience ultime. C’est une grande école dont il n’est pas facile de sortir diplômé. La folie est une grande éducatrice, qu’il faudrait traiter avec plus de respect qu’on ne le fait aujourd’hui.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Je ne crois pas avoir le mental assez solide pour être ministre de la Santé mentale. Le monde politique, comme beaucoup d’autres, est plein de complexités inutiles, de lenteurs, de jeux d’influence qui ne sont pas propices à l’équilibre psychique.

Mais si je pouvais parler au ministre de la Santé mentale, voilà ce que je lui dirais :

Monsieur (ou madame) le/la ministre, on vous a confié une mission importante et fondamentale.

Permettre aux gens de traverser des périodes complexes sur le plan psychique, sans pour autant voir leurs vies voler en éclat,  est un défi pour le XXIe siècle et les siècles à venir.

Vous devriez commencer par visiter les hôpitaux psychiatriques, par observer et par jauger l’objet de votre mandat. Rencontrez les acteurs, rencontrez-les vraiment, malades, infirmiers, aides-soignants, médecins, éducateurs, assistantes sociales. Écoutez leurs frustrations, leurs indignations, leurs idées et leurs visions aussi.

Menez jusqu’au bout avec eux la réflexion qui a été entamée sur la contention et l’isolement. À l’heure actuelle, il n’est pas rare que l’hospitalisation en service fermé soit pour le patient un traumatisme qui s’ajoute au traumatisme de la pathologie. Cela ne peut plus durer.

Vous devriez introduire dans le cursus universitaire des soignants des cours avec des pairs-aidants. Il est fort à parier qu’une personne ayant  souffert d’un trouble psychique rétablie, ait des choses importantes à apprendre  aux soignants, que nul autre ne peut leur transmettre.

Vous devriez introduire des cours d’histoire de la folie et des cours de philosophie dans la formation des psychiatres. Il faut profondément s’intéresser à l’être humain pour être un bon soignant en psychiatrie. Il faut s’interroger, sans relâche, un peu comme Socrate incitait ses interlocuteurs à le faire.

Il est temps d’entamer des recherches approfondies sur la pertinence des traitements indépendante de celle des laboratoires pharmaceutiques. D’entamer toute sorte de recherche y compris sur des patients rétablis. Si on étudie que les malades, on ne voit que la maladie.

Il me semble qu’il faudrait accompagner différemment les premières crises. Que l’accompagnement devrait être pensé par étape et toujours en pluridisciplinarité. Que le corps devrait être pris en compte autant que la tête. Non seulement à travers l’hygiène de vie, la nourriture, le sommeil, le sport, les rythmes. Mais aussi avec l’aide de professions paramédicales comme l’acupuncture, l’hypnose, l’ostéopathie. Il faut retracer les contours du corps physique et énergétique du malade psychique. Il faut toucher la personne fragilisée par la souffrance, lui redonner corps.

Après un épisode de psychose, voire plusieurs, après une dépression sévère ou des phases d’anxiété prononcées, on n’est plus jamais le même. On peut sombrer dans une vie à moitié vivante ou tirer des enseignements qui permettent de prendre un chemin vigoureux.

Le seul bon accompagnement en santé mentale est celui qui permet cela. Il est à inventer, il est en devenir.

Peut-être que la première mesure symbolique que je lui demanderais de prendre, c’est de faire disparaître le mot psychiatrie et tous ses dérivés. Ce sont des mots sans espoir à la sonorité agressive. Ce qui se cache derrière le mot psychiatrie doit tellement être repensé qu’il faudrait commencer par réinventer le mot lui même.

Portrait de sabpalumbo

Comme sabpalumbo, fais-toi tirer le portrait par Comme des Fous en répondant à ces 5 questions.

« J’aimerais faire connaître la page www.corps-et-ame-en-eveil.com. »

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

J’aspire à trouver l’équilibre : vie professionnelle, vie familiale, amis…
Œuvrer dans le domaine de la santé mentale, promouvoir la pleine conscience.
Me nourrir grâce aux rencontres magiques que je fais dans le cadre de mes activité.
Diffuser un message de paix et d’amour.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Je collabore avec des personnes formidables, aussi professionnelles que bienveillantes c’est une chance. Je me sens libre et dispose de temps pour faire ce que j’aime.

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

La France est en retard sur beaucoup de choses. Porter notre regard au-delà de nos frontières me semble nécessaire. Des avancées certes mais changer les mentalités prend du temps.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

J’ai été placée chez les fous. En sortant j’ai cru atterrir… Chez les fous ! Finalement la folie nous protège aussi de certaines agressions du monde.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Plus de moyens. Une vraie politique de santé en matière de TCA (troubles du comportement alimentaire). Plus de campagnes d’information.

Portrait de Claire Le Roy Hatala

Comme Claire Le Roy Hatala, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

« J’aimerais faire connaître l’association Clubhouse France. »

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

Ce qui m’inspire c’est la rencontre, l’écoute des autres, l’observation. Je suis souvent émue, remuée, bousculée par des moments d’amitié, de discussion qui m’invitent à réfléchir. J’aime les émotions que cela me procure.

Récemment, j’ai découvert le yoga et c’est tout un univers très inspirant qui s’ouvre à moi. Sans bien comprendre dans le détail cet art de vivre, je sens qu’il vient toucher au plus profond de moi des ressources qui m’invitent à regarder le monde différemment, à me positionner autrement, à m’ouvrir.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Je suis sociologue et je travaille depuis plus de 10 ans sur le thème de l’emploi des personnes handicapées, du handicap psychique, de la santé mentale au travail.

Cela me passionne à la fois comme sujet qui est totalement sous exploré mais aussi pour les projets que cela me permet de faire.

Comme une fourmi, j’ai l’impression de contribuer modestement à ce que ces sujets existent dans les entreprises, dans la vie des salariés et j’ai la conviction que l’on a besoin d’en parler, de libérer des espaces de réflexion sur ces sujets.

De plus, cela me permet de travailler aussi bien avec des personnes concernées en direct qu’avec des dirigeants d’entreprises, des responsables d’association, ou des professionnels du médico-social. C’est très varié et stimulant!

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

Je pense que le monde de la santé mentale est en mauvaise santé mentale…C’est un constate sombre que je fais, car j’ai le sentiment qu’il a été oublié par la société. Or pour aider, soutenir, soigner, il faut être en bonne santé mentale, il faut se sentir soi même soutenu.

Je vois cependant des éclaircies réelles, des médecins, des soignants, des professionnels du médico-social qui sont très engagés pour faire évoluer les pratiques, pour imaginer d’autres manières de faire pour retrouver un peu plus d’espoir!

Tous les dispositifs de psychoéducation, de réhabilitation, de remédiation cognitive vont dans le bon sens. Je soutiens toutes les initiatives qui permettent de s’appuyer sur les forces des personnes concernées. L’expérience du Clubhouse à Paris est selon moi, un lieu très important pour inventer de nouvelles manières de faire!

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

La folie nous aide à comprendre l’être humain dans toute sa complexité, elle nous ouvre sur l’expérience la plus subjective qui soit en chacun de nous. C’est d’une immense richesse, d’une grande ouverture sur l’Homme dans toute son humanité!

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

OUI!! 😉 et je ferais un grand plan de réinvestissement dans la santé mentale:
– revalorisation des différents métiers (effectifs, salaires, statuts)
– investissement dans des infrastructures de petite taille
– je développerais des métiers d’accompagnement par des professionnels non soignants
– ouverture de 200 Clubhouses en France!
– développement massif des programmes de psychoéducation/remédiation cognitive / réhabilitation
– soutien aux associations d’usagers
– développement d’un programme fort sur l’emploi accompagné pour les personnes concernées

Portrait de Numenuial

Comme Numenuial, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

« J’aimerais que vous alliez découvrir le club photo le plus proche de chez vous. La photographie est un formidable moyen d’appréhender différemment le réel… »

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

La personne qui m’inspire : Mon meilleur ami, à mes côtés depuis plus de douze ans, depuis la fin du collège et qui n’a jamais reculé face à mes troubles psychotiques.

Le lieu qui m’inspire est sans conteste cette étrange bâtisse, un bar (dont l’histoire serait trop longue et absconse à raconter) et à la fois une auberge, qui habite mon esprit, dans laquelle je me rends quand j’ai besoin de quiétude.

L’activité qui m’inspire c’est la photographie; j’y passe des heures par jour. Mais j’y viens…

La chose, l’objet qui m’inspire, c’est cet anneau recouvert de runes que j’ai depuis le début de ma maladie, et qui vient toujours se loger sur mon majeur. J’y attache une grande importance symbolique -obscure et mystique- comme s’il était à la fois une partie de moi et une partie de ma folie.

Quant à moi, aussi cruel que ça paraisse, j’aspire à devenir normal. J’aspire en fait à paraître normal. Je ne changerai pas ma nature, qui est foncièrement atypique, mais on me l’a trop reprochée pour que je sache encore l’assumer. Quoi que je fasse, on ne me voit pas « comme tout le monde », et c’est blessant.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Vaste question. Qu’est-ce qu’un métier ? Est-ce un travail ? Ou un travail salarié ? Est-ce qu’un métier est une activité qui nous définit ou une activité qui nous donne un rôle social ?

Je n’ai pas de travail. Pas au sens capitaliste du terme; je ne participe pas à créer de la richesse; au contraire j’en coûte. Je vis grâce à l’AAH française.

Néanmoins, toutes les personnes qui ont du respect pour moi s’accordent pour dire que je travaille -à ma manière- en faisant de la photographie amateur. La photo est ma passion et ce pour quoi les gens m’adressent la parole. Ayant toujours mon reflex avec moi, j’existe socialement à travers cette activité. C’est plus que ce que beaucoup de travailleurs salariés pourraient prétendre. Malheureusement, de nombreuses personnes sont aliénées par leur salariat, là où j’ai la chance de pouvoir développer mes talents et ma pensée sans contraintes autres que le coût du matériel.

N’est-ce pas une bonne raison d’aimer ce « métier » ? Avoir le temps d’être qui on veut être et de devenir ce qu’on aimerait devenir, fût-ce juste un photographe amateur, fût-ce un simple visage familier pour les personnes qui me croisent dans la rue.

Par ailleurs, la photographie m’a permis de sortir de mon isolement, via une activité au sein d’un club photo, et d’affronter le monde extérieur malgré mon agoraphobie prononcée et mon sentiment permanent d’être hors de la -votre- réalité.

Sans la photographie, j’aurais même probablement fait de nouveaux séjours à l’HP du coin depuis deux ans…

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

Le monde de la santé mentale est à la fois dur et cruel et compréhensif et patient. C’est difficile de comprendre un tel paradoxe sans être plongé dedans.

Dans ce petit monde, j’ai pu croiser des tas de personnes à l’écoute des personnes souffrant de troubles psychiques, comme j’ai pu rencontrer -et parfois subir moi-même- des situations d’une extrême dureté… Pour le plus grand bien, à ce qu’il paraissait.

Mais l’enfer est pavé de bonnes intentions, et c’est justement parce que ce monde veut le plus grand bien des patients que paradoxalement il peut en venir à être violent.

Et bien évidemment, plus on lui tient tête plus il devient difficile d’y trouver une quelconque douceur.

Surtout, ce monde est un monde ignoré de beaucoup. Et c’est pour ça que la situation présente, incohérente avec elle-même, est rendue possible. Quand on laisse un monde en vase clos, celui-ci tombe tôt ou tard dans le paradoxe, les abus et la domination des uns sur les autres. J’affirme qu’actuellement le fait que nous autres personnes atteintes de troubles psychiques divers et variés soyons boudés par l’ensemble des dirigeants voire carrément passés sous silence (ou réduits à des tueurs en série) embourbe le monde de la santé mentale dans un statu quo dont tous les intervenants veulent sortir, sans pouvoir se mettre d’accord sur la manière de faire.

En résulte fatalement ce que ma professeure de physique de terminale appelait un référentiel inertiel : soit à l’arrêt total, soit en m.r.u. (mouvement rectiligne uniforme) selon le point de vue, et qui se caractérisait par une annulation mutuelle de toutes les forces s’y appliquant, laissant la place libre au dernier mouvement imprimé sur le système concerné. Ici, celui de la défiance envers les fous.

Et vu la trajectoire prise, je dirais bien qu’on va lentement mais sûrement vers un mur.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

La folie a-t-elle seulement quelque chose de positif ?

On associe souvent la folie à une certaine originalité de pensée ou autre force créatrice.

Déjà, entendons-nous sur ce que signifie folie. Est-ce que la folie c’est un synonyme de trouble psychique ? Mais en ce cas, est-ce que la folie concerne aussi l’être qui s’amusera à des excentricités ? Car être excentrique n’est pas être malade.

Est-ce que la folie est un synonyme d’excentricité, de marginalité ?

Dans le premier cas, je dirais que non, la folie n’apporte rien de positif. Comme elle est avant tout handicap et souffrance, incompréhension de la part du monde extérieur et monde miné à l’intérieur, ce n’est clairement mais alors clairement pas une force positive en ce monde.

Mais la folie peut être simplement le synonyme de l’excentricité ou de la marginalité.
J’ai beaucoup appris en observant les autres fous à l’hôpital. En étant parfois soutenu par ces derniers. En observant leurs souffrances, leurs peurs, leurs joies, leurs histoires.

Celui dont l’originalité est devenue excentricité a ceci pour lui : il ne sera jamais de ceux qui rentrent dans le rang, mais de ceux qui apportent un vent d’humanité dans un monde trop sérieux, trop conformiste et trop peu sensible. Un être comme Albert Einstein était de ce genre d’individus. La science n’est pas trop sérieuse ou conformiste ou trop peu sensible, ce n’est en tout cas pas elle que je vise. Trop de gens n’y entravent pas grand chose. Einstein était un excentrique de la science. Aujourd’hui encore, on parle de lui. On pourrait aussi parler de Dirac, qui disait moins de cent mots par an. Ou Isaac Newton qui a réalisé des expériences sur lui-même qui lui vaudraient de nos jours un séjour forcé en chambre de soins intensifs à l’HP du coin.

L’excentricité du fou, c’est la muse du poète, c’est l’eurêka d’Archimède, c’est la relativité générale d’Einstein. C’est le cubisme de Picasso, c’est le Hobbit de J.R.R. Tolkien (Tolkien, original peu soupçonné de nos jours et premier geek au monde), c’est la science infuse d’Achille Talon et c’est le palais idéal du Facteur Cheval.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Jamais de la vie je ne souhaiterais devenir Ministre de la Santé Mentale. A quoi bon ? Un ministre est un capitaine essayant de fixer un cap face à des lieutenants qui recalculent le cap derrière lui jusqu’à le rendre méconnaissable.

Si j’avais un ministre de la santé mentale en face de moi, je lui demanderais volontiers d’embarquer sa clique de conseillers et de hauts fonctionnaires et d’aller demander directement aux fous d’un HP ce qui doit être changé. Si tant est qu’il joue le jeu de l’écoute, il apprendra de toute façon deux ou trois choses qui le rendront meilleur ministre. Et même si l’administration doit pédaler en sens contraire, au moins, cette expérience l’aura rendu meilleur homme.

Portrait d’Olivia Hagimont

Comme Olivia Hagimont, fais-toi tirer le portrait par Comme des Fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

Mes inspirations sont: ma grand mère qui a fait face à l’adversité, à la guerre, la mort, qui est restée 4 jours avec le corps de son mari décédé dans les années 1960, et qui à 93 ans et aveugle, déplace ses meubles, prend le RER et met des coups de cannes à celui qui osera l’insulter.

Comme lieu, ma maison, c’est ma zone de sécurité. C’est là où je suis en sécurité, avec ma famille. Au bord de la mer dans l’ouest de la France aussi, l’impression d’être la première arrivée, que tout est sauvage.

J’aspire au bonheur, à aider les autres et être en paix, n’avoir aucun regret quand je m’éteindrais.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Passionnant. Je suis dessinatrice.

J’ai accès à beaucoup de plateforme pour faire passer des messages qui me semblent nécessaires.

La confiance en soi, l’agoraphobie, le diktat de la minceur, la famille, tous les sujets psys me passionnent.

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

Qu’il y a une énorme chape de plomb sur la santé mentale. C’est très mal vu.

Etant moi même allé à l’hôpital psychiatrique pour de l’agoraphobie sévère, j’ai vu les gens partir en courant. Certains sont restés, je les garde précieusement. Mais tout se sait très vite.

Pas très accessible non, il y a une liste d’attente énorme pour être prise en charge par les CMP (centre médico-psychologique). Glauque. Les CMP auraient bien besoin d’un coup de peinture rose. On en peut pas mettre des gens fragiles dans un endroit aussi moches et tristes.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

Je suis très heureuse d’être tombée malade. Ça m’a permit de me mieux me connaître, de rencontrer des gens extraordinaires. De publier chez Odile Jacob, de travailler avec Christophe André.

Je suis plus forte face aux coups durs, et je sais rationaliser, rester calme. Et je sais ce que je veux.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

J’aimerais qu’il débloque autant, sinon plus, de fonds que pour la Défense.
Qu’il se rende compte que tout le monde, toutes les couches sociales peuvent être touchées.
De faire de la santé mentale la Grande Cause de 2017.
Je voudrais qu’on en parle plus, mais pas dans le pathos. Quelque chose de drôle. Parce qu’il faut.
Je voudrais la réfection des CMP et des hôpitaux psychiatriques, une augmentation des subventions et du personnel.

Le portrait d’un Directeur des soins

Comme Directeur des soins, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Découvrez le blog dsirmtcom.wordpress.com!

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

Ce qui m’inspire depuis quelques temps, c’est de prendre la voie vers la philosophie et l’éthique. Mes lectures sont variées et je découvre peu à peu les différents auteurs et leurs courants philosophiques.

J’ai découvert aussi il y a quelques mois le plaisir de parler l’italien, à l’occasion d’un voyage dans ce magnifique pays et de mon apprentissage récent de cette belle langue.

J’aspire à terminer ma vie professionnelle. Ce sera le cas dans tout juste deux mois. Et j’aspire bien sûr aussi à vivre cette troisième partie de ma vie en profitant pleinement de chaque instant.
J’envisage, en plus des mes différents hobbies, de me tourner vers l’écriture, en lien avec la philosophie que j’étudie le plus assidûment possible.

J’ai déjà écrit quelques articles sur mon blog dsirmtcom.wordpress.com.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

J’exerce le métier de Directeur des Soins dans un centre hospitalier public. Je travaille dans la fonction publique hospitalière depuis 1977 où j’ai commencé comme agent des services hospitaliers. Je suis ensuite devenu infirmier, cadre de santé et enfin Directeur des Soins en 1999.

Le métier de Directeur des Soins a cette particularité d’être précédé d’un passage obligé par une fonction de soignant (infirmier, manip radio, kiné…). Nous forgeons donc d’abord nos valeurs professionnelles au contact direct des usagers des soins et de leur entourage. Cela favorise et encourage l’humanisme, l’altruisme et l’empathie, ainsi que l’humilité devant le combat mené par les personnes soignées contre leur maladie ou lors de la fin de vie.

Les différentes politiques de santé, tous gouvernements confondus, ont peu à peu démantelé le Service Public Hospitalier, créé en 1970 et dont il ne reste plus grand chose à présent.

L’hôpital public, comparé à celui que j’ai connu dans mes premières années professionnelles, est devenu essentiellement un monde économique et financier.

La tarification à l’activité (les hôpitaux reçoivent leur budget en fonction des actes réalisés et du respect de bornes de durée d’hospitalisation) a modifié le statut du patient/usager en le transformant en patient “rentable” ou non. Selon les actes, selon les pathologies associées, le patient “rapporte” plus ou moins à l’hôpital. Des services ont dû être fermés car il n’étaient pas assez “rentables”.

Le regroupement des hôpitaux, d’abord sous la forme de communautés hospitalières de territoire laissées à l’appréciation des établissements, puis des groupements hospitaliers de territoire (GHT créés en 2016) s’imposant cette fois à tous les établissements publics de santé, a induit et induira encore des mutualisations, toujours pour satisfaire l’appétit insatiable de recherche d’économies. Là encore, des services fermeront. L’accès aux soins sera toujours possible, mais au prix de distances parfois bien grandes.

Le métier de Directeur des Soins, qui avait vocation à son origine à coordonner les services de soins et à améliorer la qualité des soins au travers des projets de soin, est devenu de plus en plus difficile à exercer. De nos jours, il consiste essentiellement à la recherche des équilibres extrêmement instables entre sécurité des soins et économies financières. Réduire la dépense hospitalière a peu à peu rogné les valeurs professionnelles citées plus haut, par le poids immense de la contrainte de faire autant voire plus, avec la réduction progressive des moyens : baisses d’effectif, fermeture de services…

Aujourd’hui, à l’heure où je m’apprête à quitter l’hôpital public, mon souhait serait que les gouvernants comprennent un jour enfin qu’une politique de santé ne se fait pas sur un quinquennat. Elle doit voir très loin, sur plusieurs générations, et cette politique a besoin de bien plus de moyens que ceux octroyés aujourd’hui.

Cela aurait certes un coût important au début, mais les effets progressifs de la prévention, du meilleur remboursement de soins, comme pour la vue ou les dents par exemple, produiraient leurs fruits dans un moyen terme : meilleur niveau de santé global, donc moins de maladies et moins de coûts d’hospitalisation et/ou de soins, moins d’arrêts de travail, et surtout beaucoup plus de qualité de vie. Il a par ailleurs été démontré que le nombre d’infirmiers avaient une corrélation avec le taux de mortalité dans les hôpitaux.

Il faut donc cesser l’hémorragie des effectifs et réviser le goulet réducteur du numerus clausus de certaines professions de santé.

J’ai aimé ce/ces métiers car leur essence même était la relation humaine. Mon maître Saint-Exupéry le dira bien mieux que je ne saurai le faire :

“La grandeur d’un métier est peut être avant tout d’unir les hommes, mais il n’y a qu’un luxe véritable et c’est celui des relations humaines. »

J’ai vécu luxueusement, mais avec des richesses que nul ne peut acquérir par des biens matériels.

Je quitte ce métier fier de ce que j’ai accompli et honoré par toutes ces personnes que j’ai directement ou indirectement contribué à soigner et à accompagner.

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

J’ai connu le monde de la santé mentale dans les années 1990 (même si j’y avais fait un stage dans les années 1980 lors de ma formation d’infirmier). J’étais cadre aux urgences et les premières équipes de psychiatrie venaient d’être intégrées dans le service.

Choc des cultures majeur : les temporalités d’un urgentiste et celle d’un psychiatre sont totalement opposées. Le temps pour l’urgentiste est celui de trouver un lit ou de faire sortir l’usager le plus vite possible pour accueillir le suivant : il n’a pas de temps à perdre. Le temps pour le psychiatre est celui de l’alliance thérapeutique, de l’étayage, des mots à dire et des silences à entendre : il a tout son temps, voire même, il doit prendre tout son temps.

Au début des années 2000, j’ai intégré un hôpital dont l’activité était majoritairement psychiatrique. Ici aussi, il fallait du temps. Les réunions notamment en étaient un parfait exemple. Une réunion d’une heure en soins généraux avait son ordre du jour et se structurait sur celui-ci. En psychiatrie, si la réunion durait une heure et avait bien un ordre du jour, il fallait immanquablement un temps de palabres, la “vraie” réunion ne durait que vingt minutes, après quarante minutes de discussions improbables.

Dans cet hôpital, héritier d’un asile datant de plusieurs siècles, on continuait de faire tout à la place des patients. Ceux-ci restaient des semaines, parfois des années. Certains étaient là quasiment depuis leur naissance, suivis d’abord en pédopsychiatrie puis passant en service adulte.

Les agents me disaient : “On tient les malades à bout de bras”. Je n’avais qu’une envie, leur dire : “Lâchez-les”, en me faisant ainsi l’humble successeur d’un Pinel délivrant les malades mentaux de leurs chaînes. Il se passera encore bien des années avant que les choses ne changent ici, sauf à ce qu’un tsunami économique oblige à réduire encore les services, à défaut d’instituer de véritables soins psychiatriques modernes.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

Passons d’abord par l’étymologie du mot “Folie”. Ce mot vient du du latin follis, soufflet, ballon, le fou étant comparé à un ballon, à une vessie gonflée (Dictionnaire Littré). Ne dit-on pas un “vent de folie” ?

La folie n’est qu’un état comparé. Il n’est possible de parler de folie que par référence à un état dit “normal”. Hors cet état n’est que le reflet d’une culture de société. Il n’y a pas encore si longtemps, une personne homosexuelle était considérée comme malade mentale. Je me souviendrai toujours d’une émission télévisée intitulée “Les Dossiers de l’Ecran”, diffusée le 21 janvier 1975, où pour la première fois on parlait d’homosexualité en tentant de la sortir de ce carcan pathologique. Quarante-et-un ans plus tard, les miasmes sont encore là, lorsque la rue s’emplit de gens “normaux” voulant abroger le mariage homosexuel.

Nous sommes tous fous, ou en tout cas nous devrions l’être. Car être fou, c’est s’ouvrir à une autre pensée que celle pré-déterminée par la culture et l’éducation. Je ne renie pas ces deux fondements des sociétés, mais je veux affirmer qu’il faut toujours avoir l’esprit en questionnement.

Bien sûr, je ne nie pas la douleur que peuvent éprouver les personnes “folles”. Mais une grande partie de cette douleur tient à notre aveuglement de “normal”, à ne pas vouloir poser notre regard autrement. Citons encore une fois Saint-Exupéry :

“Si tu diffères de moi, frère, loin de me léser, tu m’enrichis”.

Les personnes hospitalisées dans mon établissement psychiatrique m’ont donné leur richesse de cœur et d’âme. Beaucoup m’appelait par mon nom, et je considérais cela comme un honneur. De mon côté, je me faisais un devoir de les appeler par leur nom, pour qu’ils soient d’abord des personnes, des être humains, avant que d’être des malades mentaux.

J’ai eu d’ailleurs la chance extrême, dans le cadre d’actions culturelles dans les hôpitaux, de créer une chorale avec des patients de psychiatrie, des résidents de maison d’accueil spécialisée et d’établissement pour personnes âgées, et des agents dont moi-même. Il n’y a avait plus de Directeur des Soins, plus de “malades” ou de “vieillards”. Il n’y avait que des choristes. Nous avons fait deux représentations publiques dont je garderai à jamais le chaleureux souvenir.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

J’aurais été très honoré d’être appelé à être ministre de la Santé Mentale. Mais je crains que si cela avait été le cas, j’aurais dépensé tous les budgets possibles et imaginables.

La santé mentale a besoin de temps. Le rétablissement en santé mentale ne peut se faire comme pour l’ablation d’un organe défaillant, de la réduction d’une fracture ou de la pose d’une prothèse. Le temps en psychiatrie est un médicament irremplaçable.

La santé mentale a besoin d’être humains en relation et donc de personnel formé. Elle a besoin de n’être pas limitée au seul soin sanitaire, mais doit s’ouvrir et s’enrichir de tous les partenaires possibles : structures médico-sociales, associations dont celle pour les personnes ayant des troubles mentaux, groupes d’entraide mutuelle où les patients se retrouvent…

La santé mentale a aussi besoin d’un nouveau regard. Il s’agit ici d’ouvrir l’esprit, d’ouvrir “la cage aux oiseaux” de nos préjugés. Il faut déstigmatiser, démythifier, démystifier. Nous sommes un peu dans le même mécanisme que celui décrit par Elisabeth Kübler-Ross dans les étapes du deuil.

Le déni : celui qui a fait cacher les “fous” dans les asiles, ceux qu’on ne voulait pas voir.
La colère : celle qui a fait considérer les “fous” comme dangereux et qui a produit des lois pour les enfermer encore plus.
Le marchandage : celui qui fait qu’on ne voudrait pas que les “fous” sortent trop tôt, où qu’ils viennent trop nombreux s’installer dans la cité, “chez nous”.
La dépression : celle qui engendre la détresse de devoir être contraint de côtoyer le “fou”.

Et voilà la phrase que je souhaiterais, si j’étais ministre de la Santé Mentale, faire partager au plus grand nombre : l’acceptation. S’accepter l’un l’autre : toi, le “fou”, et moi, le “non-fou”. Henri Laborit, psychiatre inventeur du neuroleptique Largactil, disait :

“Nous ne sommes que les autres”.

Parce que les autres nous construisent, parce que les autres nous aiment ou ne nous aiment pas, parce que les autres nous enrichissent en nous faisant sortir un peu de notre “Moi”.

Alors donc, le “fou” et le “non-fou” ne sont qu’êtres complémentaires et surtout jamais opposés.
“Soi-même comme un autre”. Je terminerai en citant le philosophe Paul Ricoeur :

“L’éthique, c’est le désir d’une vie accomplie, avec et pour les autres ; dans des institutions justes.”

Si j’étais ministre de la Santé Mentale, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour rendre les institutions plus justes, en termes d’égalité et d’équité.

Accomplissons donc nos vies ensemble, avec et pour les autres, toi le “fou” et moi le ”non-fou”, parce qu’un jour ce sera peut-être moi qui deviendrai le “fou” ou qui le suis déjà sans le savoir.

Portrait d’Aure

Comme Aure, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

« J’aimerais faire connaître BLADE, association des enfants diabétiques. »

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

Je m’inspire personnellement des erreurs du passé pour évoluer vers d’ autre chose qui m’apporte plus de satisfaction. La mer m’inspire beaucoup elle peut être paisible et désinvolte comme moi. Elle me fait penser à ce que je suis. La mode, j’aime ce qu’elle dégage que se soit bon ou mauvais.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Mon métier est d’être mère. Le plus dur et beau du monde.

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

La santé mentale du monde est divisée. Il y a des gens qui sont dans un confort illusoire et d’autres qui découvrent certaines réalités. Certains s’expriment et d’autres se taisent.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

La créativité est la folie de l’esprit.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Je lui demanderais de devenir bouddhiste.