Portrait de Claire Le Roy Hatala

Comme Claire Le Roy Hatala, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

« J’aimerais faire connaître l’association Clubhouse France. »

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

Ce qui m’inspire c’est la rencontre, l’écoute des autres, l’observation. Je suis souvent émue, remuée, bousculée par des moments d’amitié, de discussion qui m’invitent à réfléchir. J’aime les émotions que cela me procure.

Récemment, j’ai découvert le yoga et c’est tout un univers très inspirant qui s’ouvre à moi. Sans bien comprendre dans le détail cet art de vivre, je sens qu’il vient toucher au plus profond de moi des ressources qui m’invitent à regarder le monde différemment, à me positionner autrement, à m’ouvrir.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Je suis sociologue et je travaille depuis plus de 10 ans sur le thème de l’emploi des personnes handicapées, du handicap psychique, de la santé mentale au travail.

Cela me passionne à la fois comme sujet qui est totalement sous exploré mais aussi pour les projets que cela me permet de faire.

Comme une fourmi, j’ai l’impression de contribuer modestement à ce que ces sujets existent dans les entreprises, dans la vie des salariés et j’ai la conviction que l’on a besoin d’en parler, de libérer des espaces de réflexion sur ces sujets.

De plus, cela me permet de travailler aussi bien avec des personnes concernées en direct qu’avec des dirigeants d’entreprises, des responsables d’association, ou des professionnels du médico-social. C’est très varié et stimulant!

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

Je pense que le monde de la santé mentale est en mauvaise santé mentale…C’est un constate sombre que je fais, car j’ai le sentiment qu’il a été oublié par la société. Or pour aider, soutenir, soigner, il faut être en bonne santé mentale, il faut se sentir soi même soutenu.

Je vois cependant des éclaircies réelles, des médecins, des soignants, des professionnels du médico-social qui sont très engagés pour faire évoluer les pratiques, pour imaginer d’autres manières de faire pour retrouver un peu plus d’espoir!

Tous les dispositifs de psychoéducation, de réhabilitation, de remédiation cognitive vont dans le bon sens. Je soutiens toutes les initiatives qui permettent de s’appuyer sur les forces des personnes concernées. L’expérience du Clubhouse à Paris est selon moi, un lieu très important pour inventer de nouvelles manières de faire!

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

La folie nous aide à comprendre l’être humain dans toute sa complexité, elle nous ouvre sur l’expérience la plus subjective qui soit en chacun de nous. C’est d’une immense richesse, d’une grande ouverture sur l’Homme dans toute son humanité!

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

OUI!! 😉 et je ferais un grand plan de réinvestissement dans la santé mentale:
– revalorisation des différents métiers (effectifs, salaires, statuts)
– investissement dans des infrastructures de petite taille
– je développerais des métiers d’accompagnement par des professionnels non soignants
– ouverture de 200 Clubhouses en France!
– développement massif des programmes de psychoéducation/remédiation cognitive / réhabilitation
– soutien aux associations d’usagers
– développement d’un programme fort sur l’emploi accompagné pour les personnes concernées

L’aveu par l’écriture de soi ou la tentative de résolution d’une injonction paradoxale de l’institution psychiatrique

Bienvenue à Agathe dans l’équipe de Comme des Fous et merci pour ce remarquable article!

agathe martin

« Il apparaît que l’aveu autobiographique du fou, constitue une forme de « super-aveu » spontané et exhaustif qui requalifie le fou en « fou-pas-si-fou » pour l’institution et la société et qui peut constituer un sésame pour l’insertion sociale. Dans mon cas spécifique de sujet « fou », peut-on parler d’une forme d’aveu ? » Agathe Martin

 

L’écriture autobiographique est une pratique très répandue chez les personnes atteintes de pathologie psychiatrique. Que ce soit à travers des ateliers d’écriture réalisés au sein des structures médico-sociales ou par un exercice libre du récit de soi par l’autobiographie, de nombreux malades psychiques se prêtent à cet exercice littéraire sur soi. Continuer la lecture de « L’aveu par l’écriture de soi ou la tentative de résolution d’une injonction paradoxale de l’institution psychiatrique »

Schizo? Oui on en parle!

L’autre jour, en bon voisin, j’ai poussé la porte d’une asso au nom rigolo : Schizo ?…Oui !

Trancher le terme Schizo par un Oui, il fallait oser. Le terrain de la schizophrénie est tellement miné par les représentations négatives qu’un oui ne nous fera pas de mal.

Oui, la schizophrénie c’est cette maladie à laquelle on pense en premier lorsqu’on parle de folie, alors parlons-en !

Oui, il faut mettre des mots pour essayer de comprendre les peurs qu’elle soulève. Cette peur de perdre la tête à l’image de cet être qui se construit des châteaux dans le ciel pour mieux s’évader. Alors je propose de lancer une corde pour l’aider à s’évader parmi nous. Oublie un instant ton château, enjambe les remparts. Descendons par la corde de la vie, la vraie, celle de notre corps ancré au sol qui nous rattrape quand on est angoissé. Restons concrets et allons parler aux voisins.

Oui, quand on souffre de schizophrénie, se soigner c’est important. Se soigner déjà du regard des autres, car oui, si on veut mener une vie comme tout le monde, on ne peut raisonnablement pas dire qu’on est atteint de schizophrénie à moins d’être complètement fou! Il faut se protéger, rester invisible, alors souvent ce sont les familles qui mènent le combat pour changer les regards sur la maladie. Car la famille, c’est tout ce qu’il te reste quand la société fait défaut.

Oui, la schizophrénie c’est un tabou qui reste en famille ou alors ce sont les experts qui en parlent en termes de symptômes ultra-négatifs. Et pourtant le schizophrène est partout dans les médias, c’est devenu un gros-mot prisé pour discréditer quelqu’un, synonyme de dédoublement de la personnalité.

Personne ne vous expliquera clairement ce qu’est la schizophrénie, elle n’existe pas sous une seule forme et on ne sait pas expliquer comment et pourquoi elle surgit. Alors, que fait la science ? Elle cherche des traitements pharmacologiques pour dissiper les symptômes.

Ce que vous devriez savoir, c’est que la schizophrénie n’est pas un dédoublement de la personnalité et que le schizophrène n’est pas un fou dangereux en puissance puisque les statistiques montrent qu’il est plus souvent victime de violences que tout autre personne. Dans la schizophrénie, telle que je l’ai comprise, c’est le rapport à la réalité qui est difficile comme si le cerveau interprétait les choses de travers et on peut ainsi entendre des voix ou se croire persécuté.

Mais cessons un instant de voir le schizo comme un être à part. Car on a tous des difficultés à vivre dans ce monde surtout quand un diagnostic médical vous en exclut d’office.

Comment agir ensemble pour soigner la perception erronée qu’a cette société de la schizophrénie ? Certains le font en adhérant à une association et en militant, d’autres en s’informant mais l’important c’est d’abolir cette distance qui nous sépare, du moins mentalement, de la personne qu’on appelle schizo. Car oui, le schizo est parmi nous et quand on parle avec lui, sa plus grande souffrance c’est bien le rejet de la société et non pas sa folie. Fragiles, oui, mais comme toutes les belles choses dans ce monde, il faut savoir les préserver et ne pas passer à côté des grandes joies qu’elles nous procurent.

Ne passez pas à côté de votre vie et un grand merci à l’association Schizo ?…Oui ! pour leur accueil chaleureux !

Joan

Portrait de Numenuial

Comme Numenuial, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

« J’aimerais que vous alliez découvrir le club photo le plus proche de chez vous. La photographie est un formidable moyen d’appréhender différemment le réel… »

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

La personne qui m’inspire : Mon meilleur ami, à mes côtés depuis plus de douze ans, depuis la fin du collège et qui n’a jamais reculé face à mes troubles psychotiques.

Le lieu qui m’inspire est sans conteste cette étrange bâtisse, un bar (dont l’histoire serait trop longue et absconse à raconter) et à la fois une auberge, qui habite mon esprit, dans laquelle je me rends quand j’ai besoin de quiétude.

L’activité qui m’inspire c’est la photographie; j’y passe des heures par jour. Mais j’y viens…

La chose, l’objet qui m’inspire, c’est cet anneau recouvert de runes que j’ai depuis le début de ma maladie, et qui vient toujours se loger sur mon majeur. J’y attache une grande importance symbolique -obscure et mystique- comme s’il était à la fois une partie de moi et une partie de ma folie.

Quant à moi, aussi cruel que ça paraisse, j’aspire à devenir normal. J’aspire en fait à paraître normal. Je ne changerai pas ma nature, qui est foncièrement atypique, mais on me l’a trop reprochée pour que je sache encore l’assumer. Quoi que je fasse, on ne me voit pas « comme tout le monde », et c’est blessant.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Vaste question. Qu’est-ce qu’un métier ? Est-ce un travail ? Ou un travail salarié ? Est-ce qu’un métier est une activité qui nous définit ou une activité qui nous donne un rôle social ?

Je n’ai pas de travail. Pas au sens capitaliste du terme; je ne participe pas à créer de la richesse; au contraire j’en coûte. Je vis grâce à l’AAH française.

Néanmoins, toutes les personnes qui ont du respect pour moi s’accordent pour dire que je travaille -à ma manière- en faisant de la photographie amateur. La photo est ma passion et ce pour quoi les gens m’adressent la parole. Ayant toujours mon reflex avec moi, j’existe socialement à travers cette activité. C’est plus que ce que beaucoup de travailleurs salariés pourraient prétendre. Malheureusement, de nombreuses personnes sont aliénées par leur salariat, là où j’ai la chance de pouvoir développer mes talents et ma pensée sans contraintes autres que le coût du matériel.

N’est-ce pas une bonne raison d’aimer ce « métier » ? Avoir le temps d’être qui on veut être et de devenir ce qu’on aimerait devenir, fût-ce juste un photographe amateur, fût-ce un simple visage familier pour les personnes qui me croisent dans la rue.

Par ailleurs, la photographie m’a permis de sortir de mon isolement, via une activité au sein d’un club photo, et d’affronter le monde extérieur malgré mon agoraphobie prononcée et mon sentiment permanent d’être hors de la -votre- réalité.

Sans la photographie, j’aurais même probablement fait de nouveaux séjours à l’HP du coin depuis deux ans…

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

Le monde de la santé mentale est à la fois dur et cruel et compréhensif et patient. C’est difficile de comprendre un tel paradoxe sans être plongé dedans.

Dans ce petit monde, j’ai pu croiser des tas de personnes à l’écoute des personnes souffrant de troubles psychiques, comme j’ai pu rencontrer -et parfois subir moi-même- des situations d’une extrême dureté… Pour le plus grand bien, à ce qu’il paraissait.

Mais l’enfer est pavé de bonnes intentions, et c’est justement parce que ce monde veut le plus grand bien des patients que paradoxalement il peut en venir à être violent.

Et bien évidemment, plus on lui tient tête plus il devient difficile d’y trouver une quelconque douceur.

Surtout, ce monde est un monde ignoré de beaucoup. Et c’est pour ça que la situation présente, incohérente avec elle-même, est rendue possible. Quand on laisse un monde en vase clos, celui-ci tombe tôt ou tard dans le paradoxe, les abus et la domination des uns sur les autres. J’affirme qu’actuellement le fait que nous autres personnes atteintes de troubles psychiques divers et variés soyons boudés par l’ensemble des dirigeants voire carrément passés sous silence (ou réduits à des tueurs en série) embourbe le monde de la santé mentale dans un statu quo dont tous les intervenants veulent sortir, sans pouvoir se mettre d’accord sur la manière de faire.

En résulte fatalement ce que ma professeure de physique de terminale appelait un référentiel inertiel : soit à l’arrêt total, soit en m.r.u. (mouvement rectiligne uniforme) selon le point de vue, et qui se caractérisait par une annulation mutuelle de toutes les forces s’y appliquant, laissant la place libre au dernier mouvement imprimé sur le système concerné. Ici, celui de la défiance envers les fous.

Et vu la trajectoire prise, je dirais bien qu’on va lentement mais sûrement vers un mur.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

La folie a-t-elle seulement quelque chose de positif ?

On associe souvent la folie à une certaine originalité de pensée ou autre force créatrice.

Déjà, entendons-nous sur ce que signifie folie. Est-ce que la folie c’est un synonyme de trouble psychique ? Mais en ce cas, est-ce que la folie concerne aussi l’être qui s’amusera à des excentricités ? Car être excentrique n’est pas être malade.

Est-ce que la folie est un synonyme d’excentricité, de marginalité ?

Dans le premier cas, je dirais que non, la folie n’apporte rien de positif. Comme elle est avant tout handicap et souffrance, incompréhension de la part du monde extérieur et monde miné à l’intérieur, ce n’est clairement mais alors clairement pas une force positive en ce monde.

Mais la folie peut être simplement le synonyme de l’excentricité ou de la marginalité.
J’ai beaucoup appris en observant les autres fous à l’hôpital. En étant parfois soutenu par ces derniers. En observant leurs souffrances, leurs peurs, leurs joies, leurs histoires.

Celui dont l’originalité est devenue excentricité a ceci pour lui : il ne sera jamais de ceux qui rentrent dans le rang, mais de ceux qui apportent un vent d’humanité dans un monde trop sérieux, trop conformiste et trop peu sensible. Un être comme Albert Einstein était de ce genre d’individus. La science n’est pas trop sérieuse ou conformiste ou trop peu sensible, ce n’est en tout cas pas elle que je vise. Trop de gens n’y entravent pas grand chose. Einstein était un excentrique de la science. Aujourd’hui encore, on parle de lui. On pourrait aussi parler de Dirac, qui disait moins de cent mots par an. Ou Isaac Newton qui a réalisé des expériences sur lui-même qui lui vaudraient de nos jours un séjour forcé en chambre de soins intensifs à l’HP du coin.

L’excentricité du fou, c’est la muse du poète, c’est l’eurêka d’Archimède, c’est la relativité générale d’Einstein. C’est le cubisme de Picasso, c’est le Hobbit de J.R.R. Tolkien (Tolkien, original peu soupçonné de nos jours et premier geek au monde), c’est la science infuse d’Achille Talon et c’est le palais idéal du Facteur Cheval.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Jamais de la vie je ne souhaiterais devenir Ministre de la Santé Mentale. A quoi bon ? Un ministre est un capitaine essayant de fixer un cap face à des lieutenants qui recalculent le cap derrière lui jusqu’à le rendre méconnaissable.

Si j’avais un ministre de la santé mentale en face de moi, je lui demanderais volontiers d’embarquer sa clique de conseillers et de hauts fonctionnaires et d’aller demander directement aux fous d’un HP ce qui doit être changé. Si tant est qu’il joue le jeu de l’écoute, il apprendra de toute façon deux ou trois choses qui le rendront meilleur ministre. Et même si l’administration doit pédaler en sens contraire, au moins, cette expérience l’aura rendu meilleur homme.

Conseil Local de Santé Mentale, Pilar Arcella-Giraux

«Les CLSM* sont à l’origine d’une révolution culturelle : la santé mentale ne relève plus uniquement de la psychiatrie», Pilar Arcella-Giraux, ARS Île de France

pilar arcella giraux

* Conseils Locaux de Santé Mentale : présidés par un élu local, co-animés par les acteurs du secteur de la psychiatrie publique locale, et intégrant des représentants d’usagers et d’aidants, ces conseils sont des acteurs centraux d’élaboration de politiques et de coordination de l’action publique en matière de santé mentale.

Pour aller plus loin: 

Les CLSM, une priorité pour l’ARS Île-de-France par Pilar Arcella-Guiraux

Le Cahier des Charges de l’Agence Régionale de Santé ARS Île de France pour la mise en place d’un CLSM.

Les conseils locaux de santé mentale en France : état des lieux en 2015 par Pauline Guézennec et Jean-Luc Roelandt du CCOMS paru dans le n°91 de l’Information Psychiatrique.

Le CCOMS à Lille est le Centre collaborateur de l’Organisation mondiale de la santé pour la recherche et la formation en santé mentale.

Comment je suis devenu fou

Maintenant que je vois le bout du tunnel de la psychiatrie, je vais vous raconter comment j’y suis entré, comment je suis devenu fou.

“Si c’est vers une plus grande réalité que nous nous tournons, c’est à une femme de nous montrer le chemin. L’hégémonie du mâle touche à sa fin. Il a perdu contact avec la terre.” Henry Miller

comment je suis devenu fou

Partons de cette image qui m’accompagne depuis 6 ans: une femme qui ponctue le schéma de l’évolution.

En novembre 2010, j’ai pressenti qu’il était venu le temps de la révolution des femmes. Rien d’insensé jusque là, la révolution était dans l’air, on était à quelques mois du printemps arabe.

Sauf que le 24 novembre à l’aube, j’atterrissai à l’hôpital psychiatrique. A 2h du matin, je m’étais levé direction Place d’Italie pour assister à la révolution. C’était le grand soir! Rien d’insensé là encore, j’étais persuadé que la femme italienne du président Sarkozy était aux commandes et il y avait eu une grande manifestation sur la place quelques jours auparavant.

Voyant que la place était déserte et craignant pour la vie de ma mère qui m’avait suivi (il devait y avoir des snipers sur les toits), je me résignais à mon tour à la suivre aux urgences dans le plus grand mutisme, non sans avoir hurlé Che Guevara! au cas où…

Après être revenu d’un échange universitaire en Argentine, la patrie du Che, je m’étais inscrit en parallèle de mon cursus d’architecte à un cours sur la formation des Etats-nations en Amérique Latine. Normal, quand on veut faire la révolution. A l’école d’architecture, j’avais commencé à m’investir dans un cours un peu philo sur l’art de l’espoir allant jusqu’à écrire un Manifeste du Nouveau Monde qui a ensuite été publié sur internet.

Il y a eu cette conférence sur les tours d’un architecte italien, le samedi 20 novembre, où j’ai pris le micro pour exposer ma théorie sur la ville phallique où les tours seraient l’expression de l’égo démesuré de ces architectes-hommes, poussant l’animateur de la conférence à inviter la femme et collaboratrice du dit architecte sur scène. C’est là qu’en sortant de l’ancienne cinémathèque de Paris et en voyant la tour Eiffel éclairée, j’ai ressenti une décharge de bonheur, comme si je venais de m’éveiller à la vie et d’arrêter le cours du temps.

Le soir même, je commençais à voir des signes partout, Barcelone gagnait 8-0, je m’inscrivais sur Facebook pour annoncer la « bonne nouvelle » et découvrais que c’était l’anniversaire de la fille que j’aimais à la folie au Lycée, encore un signe! Et puis vint le dimanche soir, le Napoli gagne 4-1, le journal télévisé parle d’une affaire Berlusconi et je me mets à rêver de la révolution des femmes italiennes.

Je commence à craindre pour ma vie, ces machos ne vont pas se laisser faire, je choisis de ne pas aller en cours le lundi, la police et l’église doivent être à mes trousses. Je croyais que le bruit des camions poubelles était celui des chars qui se mettaient en place autour de chez moi. Je vois défiler les news et là je vois un énième rebondissement du conflit en Corée sauf que j’étais alors amoureux d’une fille coréenne et je me dis qu’ils sont en train d’attaquer la Corée pour se venger. C’est là, que j’entends une voie rauque au répondeur du téléphone, pas dans ma tête, c’est la police!

Le lundi soir, je me décide à sortir pour aller voir une autre conférence à l’ancienne cinémathèque, j’entends les cloches sonner, c’est un message de l’église, même pas peur, je suis le nouveau prince de Paris (j’avais lu le Prince de Machiavel comme tout bon révolutionnaire). Portable coupé, je suis sur écoute.

Le mardi, je me décide à aller en cours sauf qu’arrivé à Nation, je change de direction, j’ai sauvé l’humanité, allez, je peux bien faire ce qui me plaît, direction la Tour Eiffel. Je m’arrête à Châtelet et regarde un journal italien, pas de révolution en cours, silenzio stampa… Je repars vers l’école, je suis persuadé d’y retrouver la fille du lycée mais elle n’y est pas. Mes amis italiens m’accueillent, ils sont de mèche avec Berlusconi, les caméras me regardent, je me tais et les suis en cours. Le professeur annonce qu’il vient de se faire décorer! Normal, avec ma théorie sur les tours qui a circulé comme une rumeur dans tout Paris, il ne pouvait en être autrement! Et puis, je retourne à la maison, il y a cette bougie allumée en forme de cœur, ma famille aurait-elle tout compris? Et ce film Valse avec Bachir à la télé qui me parle à la première personne!

Plus que quelques heures avant l’hospitalisation, je vais me coucher, la suite vous la connaissez. Arrivé aux urgences, je ne parle plus, sauf au troisième médecin, qui est italien, je lui fais confiance. Il m’injecte des tranquillisants et je me réveille dans un dortoir le jour d’après. Une fois seul, je pique une brosse à dents. Là, les souvenirs sont flous, je me retrouve seul dans une chambre d’isolement, croyant que j’étais pris en otage et qu’on allait me tuer, normal. Et là, on me laisse m’époumoner à hurler mon nom, et puis c’est la dose de cheval, je ne peux plus marcher, parler, écouter la radio, le temps ne passe plus, je suis mort psychiquement.

Pas besoin de chercher dans mes gènes pour expliquer ma folie. Ce qui m’a rendu fou?  L’amour, la peur de devenir adulte, la peur de mourir, le déracinement, les violences familiales, la solitude, la difficulté à communiquer avec les autres, le stress du diplôme.

La psychiatrie doit rester une réponse exceptionnelle à des souffrances extrêmes, mais j’aimerais par ce récit vous inviter à voir la folie autrement et la psychose comme quelque chose d’évitable.

Joan

C’est quoi pour toi le mouvement des entendeurs de voix?

On a rempli un mur de cartes postales lors du congrès mondial sur l’entente de voix qui s’est tenu à Paris en octobre 2016 pour répondre à la question: « What does the Hearing Voices Movement mean to you? ». Saurez-vous retrouver celle de Comme des fous?

Portrait d’Olivia Hagimont

Comme Olivia Hagimont, fais-toi tirer le portrait par Comme des Fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

Mes inspirations sont: ma grand mère qui a fait face à l’adversité, à la guerre, la mort, qui est restée 4 jours avec le corps de son mari décédé dans les années 1960, et qui à 93 ans et aveugle, déplace ses meubles, prend le RER et met des coups de cannes à celui qui osera l’insulter.

Comme lieu, ma maison, c’est ma zone de sécurité. C’est là où je suis en sécurité, avec ma famille. Au bord de la mer dans l’ouest de la France aussi, l’impression d’être la première arrivée, que tout est sauvage.

J’aspire au bonheur, à aider les autres et être en paix, n’avoir aucun regret quand je m’éteindrais.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Passionnant. Je suis dessinatrice.

J’ai accès à beaucoup de plateforme pour faire passer des messages qui me semblent nécessaires.

La confiance en soi, l’agoraphobie, le diktat de la minceur, la famille, tous les sujets psys me passionnent.

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

Qu’il y a une énorme chape de plomb sur la santé mentale. C’est très mal vu.

Etant moi même allé à l’hôpital psychiatrique pour de l’agoraphobie sévère, j’ai vu les gens partir en courant. Certains sont restés, je les garde précieusement. Mais tout se sait très vite.

Pas très accessible non, il y a une liste d’attente énorme pour être prise en charge par les CMP (centre médico-psychologique). Glauque. Les CMP auraient bien besoin d’un coup de peinture rose. On en peut pas mettre des gens fragiles dans un endroit aussi moches et tristes.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

Je suis très heureuse d’être tombée malade. Ça m’a permit de me mieux me connaître, de rencontrer des gens extraordinaires. De publier chez Odile Jacob, de travailler avec Christophe André.

Je suis plus forte face aux coups durs, et je sais rationaliser, rester calme. Et je sais ce que je veux.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

J’aimerais qu’il débloque autant, sinon plus, de fonds que pour la Défense.
Qu’il se rende compte que tout le monde, toutes les couches sociales peuvent être touchées.
De faire de la santé mentale la Grande Cause de 2017.
Je voudrais qu’on en parle plus, mais pas dans le pathos. Quelque chose de drôle. Parce qu’il faut.
Je voudrais la réfection des CMP et des hôpitaux psychiatriques, une augmentation des subventions et du personnel.

Une étude d’Harvard sur des vies entières nous dit que le bonheur vient d’une chose…

Qu’est-ce qui assure notre bonheur et notre bien-être tout au long de l’existence ? Harvard a étudié les gens pendant 75 ans et a constaté que le bonheur vient d’une chose…

[ENG] « What make a good life ? Lessons from the longest study on happiness » by Robert Waldinger, filmed in november 2015.