Mon combat pour la vie [Emilie]

J’ai beaucoup hésité avant de publier cet article. J’hésite encore d’ailleurs… Je ne sais pas pourquoi, car je n’ai pas honte, ni peur de ce que j’ai vécu. J’ai déjà publié plusieurs poèmes…

Alors pourquoi hésiter ? Peut-être parce que je partage avec vous certains écrits qui datent de mes années de souffrance, et qui sont assez violents.  Lorsque je les lis, je revois l’enfer sous mes yeux.

Mais écrire cet article (ou plutôt le mettre en forme, car comme je l’ai dit la plupart des ces lignes étaient écrites.), et de le partager avec vous, était important pour moi. Une façon de tourner une page. D’écrire noir sur blanc, je suis guérie. Je m’en suis sortie. Je ne pensais pas pouvoir écrire cela un jour. C’est une victoire pour moi !

SENTIMENT DE VIDE ET BESOIN D’AFFECTION…

La solitude me pèse. Le vide m’habite, me hante. Un peu comme un couteau qu’on plante.  Le vide est tout autour de moi. Il rebondit sur moi et m’agresse. Il me brûle et me blesse. Il me marque de son empreinte, m’étouffant d’une plainte. Le vide est constamment là, à l’extérieur comme à l’intérieur… Il m’étouffe, m’aspire, me noie. Impossible de le combler, de m’apaiser. Mon cœur est brisé par l’absence. L’absence de l’autre. L’absence d’affection.

Le manque. L’abandon. La disparition.

CE MONDE QUE JE NE COMPRENDS PAS…

Je me sens comme une feuille de papier qu’on aurait déchirée. Comme un puits sans fond impossible à combler. La vie semble passer à côté de moi sans jamais me toucher. Rien ne semble réellement avoir d’intérêt. Je me sens décalée par rapport au monde, par rapport aux autres que je ne comprends pas. Tout m’ennuie. J’ai constamment l’impression de jouer un rôle, d’être quelqu’un d’autre… Mais rien ne semble me porter, ni me remplir. Je reste toujours aussi vide de tout. Rien ne semble m’atteindre, ou alors on me traverse. Je suis transparente. Personne ne me voit. Personne ne fait attention à moi. Je suis constamment seule. Je me contente de miettes et pourtant jamais cela ne suffit.

Je suis prête à supplier, prête à tout pour avoir ne serait-ce qu’un peu d’attention. Et je me perds… Je me perds dans le néant.

ANGOISSES – DEPRESSION – MORT

J’ai peur.

Je suis captive.

La peur m’enchaîne le long de ses bras. Elle m’enserre, m’étouffe parfois. Sournoise, elle me paralyse et me noie. Je suis incapable de faire quoi que ce soit. Je tremble et puis j’ai froid. Je ne suis qu’une ombre sans visage, une âme parmi les nuages. La vie me séquestre ici-bas. Elle me condamne à une existence que je ne veux pas. Tandis que le monde se renverse sous mes pas, j’erre sans but et sans désir.

Il n’y a plus de vie en moi.

Je suis morte depuis si longtemps déjà. Plus aucune lumière ne m’anime, plus aucune joie. Mon corps m’emprisonne dans sa forteresse. Je suis ligotée dans les aiguilles du temps qui ne cessent de me rappeler que la mort est proche alors que je n’ai rien accomplie. J’aimerais pouvoir laisser une trace, un message de mon passage sur terre. Une empreinte qui signifierait que j’ai bel et bien existé. J’aimerais pouvoir changer les choses mais j’ignore comment. Puis-je rêver d’une vie meilleure, ou n’est-ce qu’une illusion ? Je n’ai plus aucune passion, aucune motivation. La vie rebondit sur mon corps mais ne le réchauffe pas. Les murs de ma prison sont bien trop épais pour laisser passer l’espérance.

Le bonheur existe-t-il ?

DANS L’ENFER DE L’AUTODESTRUCTION

Je crois que la souffrance a toujours fait partie de moi, même si je n’en étais pas consciente…

Un jour, la souffrance s’est emparée de mon corps et en a fait sa marionnette. Elle a dévasté mon âme et m’a fait perdre la tête. Elle s’est infiltrée dans mes veines et y a mis du poison. Elle a pénétré mon armure et y a mis le chaos. Elle a volé mes rêves et mes espoirs et m’a fait voir tout en noir. Elle m’a traquée jusqu’à me faire perdre pieds. Elle s’est emparée de mes faiblesses et m’a dépeint toute sa tristesse. Elle a dessiné le vide sur une page blanche, a écrit avec mon sang et a gravé mes cicatrices à l’encre indélébile. Elle m’a fait oublier qui j’étais et a mis la mort entre mes mains.

A l’intérieur de moi, un monstre a fait son nid.

Il m’assassine à petit feu. Il m’asphyxie. Je n’ai plus d’air. Des larmes naviguent dans l’océan de mes peines. Le monstre gronde. Il a faim. Il se nourrit de mes frayeurs. Il a le don pour trouver la moindre petite faille. Il s’y infiltre et ronge mes organes. Je tremble. J’ai peur. Comment lui échapper ? Mon monde s’écroule. Ma vie n’est qu’un château de carte. Un souffle et elle se transforme en poussière. Je vois flou. Je suffoque. Mais que ce passe-t-il ? Je tremble. Je suis terrifiée. Quelque chose de terrible va m’arriver. Les gens me veulent du mal. Le démon, assis sur mon ventre, prend de l’ampleur. Je pleure. Je ne supporte plus cette souffrance, et mon seul espoir repose au Paradis. Je suis désolée pour toutes les personnes qui tentent de me sauver, mais la mort me veut. Elle me traque. Elle m’attend. Elle m’aura… Je ne sais combien de temps je vais pouvoir lui résister. La lame m’appelle déjà, me suppliant de lui obéir. Et c’est à son tranchant, que je découpe. Je fais des ouvertures pour que le monstre puisse s’en aller. Je transperce ma chair avec force et colère.

Plus rien ne compte alors, ni la Vie, ni la Mort.

ANOREXIE – BOULIMIE

Une petite voix dans ma tête m’interdit de manger et l’autre me dit: » vas-y mange ! Pourquoi te priver ? Les autres mangent bien eux ! Il y a tant de bonnes choses… »

La nourriture me nargue, elle m’attire… Je dois lui résister… Je pense aux chiffres sur la balance et à mon poids qui ne fait que grimper. Je suis grosse, mais la nourriture est trop bonne. Les autres mangent et ne se posent pas toutes ces questions. Mais c’est si calorique !!! « Tu vas le regretter, tu le sais ! Et après direction les toilettes, c’est ça que tu veux ? Tu veux patauger dans le vomi et être une puanteur ? De toute façon, tu l’es déjà ! Alors arrête de manger, arrête le massacre ! Tu peux le faire ! Tu veux maigrir non ? Alors oublie la nourriture, tu n’en as pas besoin… Oublie les autres, tu veux leur ressembler ? Alors aujourd’hui, interdiction de manger !

A LA LIMITE…

Peu importe la longueur du voyage, et la profondeur de la descente… Au bout du compte il n’y a qu’un pas. Qu’un seul pas… Entre moi et la folie. Entre la souffrance et le Néant… Un petit pas de rien du tout.

Ma vie est en pointillés. Une immense ligne discontinue. Une ligne où s’alternent des hauts et des bas, du plein et du vide. Je balance sans cesse d’un extrême à l’autre. A la frontière entre deux mondes, deux états. Entre la névrose et la psychose, entre l’amour et la haine, la joie et la dépression. Entre la motivation et la démotivation, la conscience et l’inconscience…

Je suis comme un élastique qui se tend vers la lumière, qui se charge en tension, et se projette contre un mur. Je passe du blanc au noir sans modération, sans ponctuation. Il n’y a pas de couleur. Il n’y a pas de nuances. Juste une suite de traits sans aucun lien entre eux. Ma vie est écrite en morse et je n’ai toujours pas appris à la déchiffrer.

Je suis tout et rien à la fois. Je suis une bombe à retardement, un volcan en irruption. Je suis une cocotte-minute sur le point d’exploser. Je suis la raison et la folie, un arbre déraciné. Je suis le flou sur un tableau. Une étrangère dans le chaos. Je suis la douceur et la violence. Le contrôle et la pulsion. Je suis l’ombre et la lumière. La pluie et le beau temps. Je suis l’exception qui confirme la règle. La virgule entre les mots. Je suis la Vie et puis la Mort.

JE SUIS BORDERLINE

Ou du moins je l’étais. On m’a diagnostiquée en Avril 2010.

Aujourd’hui la plupart des symptômes du Trouble de la Personnalité Borderline se sont atténués, ou ont disparu. Je suis enfin libre.

Pourtant, c’était loin d’être gagné. J’étais au fond du trou… Le plus dur fût ma dépendance aux scarifications. Dur, très dur de s’en passer…

LE TROUBLE DE LA PERSONNALITÉ BORDERLINE C’EST QUOI ?

La personnalité Borderline est aussi connue sous le nom d’ « état limite » ou « état frontière » :

L’appréhension de cette maladie est complexe car il est difficile de savoir s’il s’agit d’une maladie psychique à part entière ou d’un trouble de la personnalité.

Parfois elle n’est que la première manifestation d’un trouble psychotique.

La personnalité Borderline se caractérise par une grande instabilité des relations interpersonnelles, une instabilité émotionnelle, une mauvaise appréciation de l’image du soi, une impulsivité marquée.

L’impulsivité se manifeste sous toutes ses formes : sexualité, alimentation, addictions. La mauvaise organisation de la personnalité associée aux symptômes précédents entraîne agressivité, automutilation tentatives de suicide.

L’alternance de périodes pathologiques et de stabilité est rapide et déconcertante pour son environnement. Le malade n’est pas en rupture avec la réalité comme dans d’autres troubles psychiques mais il est gravement inadapté à la réalité.

Les troubles commencent souvent à l’adolescence pour continuer à l’âge adulte. Au cours de certains épisodes, l’intensité des troubles associés à certains symptômes peut évoquer une pathologie psychotique ou un trouble bipolaire. Il est à ces moments possible de penser que la personne va basculer dans une pathologie bien définie, mais l’évolution avec des hauts et des bas voire des périodes de normalité fait rejeter cette possibilité.

La quête affective démesurée du « Borderline » entraîne des conflits avec l’entourage qui ne sait jamais où il en est. Il s’agit de la caractéristique principale de ce trouble de la personnalité. L’état limite entre le normal et le pathologique est épuisant pour le malade et ses proches.
C’est l’association des symptômes décrits qui fait évoquer le diagnostic, mais les symptômes sont parfois déroutants et changeants. Il faut du temps avant de pouvoir confirmer un diagnostic. (Source : Unafam)

Les différents symptômes : Selon le site de l’Aapel, il faut avoir au moins 5 de ces symptômes pour être considéré comme « Borderline ». Mais, bien entendu, seul un psychiatre pourra établir un diagnostic.

  • Incapacité à gérer ses émotions ou victime de ses émotions (absence de contrôle de ses émotions fortes ?)
  • Problèmes relationnels
  • Changements d’humeurs soudains, intenses rapides ou fréquents, sautes d’humeur.
  • Anxiété
  • Relations de type Amour / Haine. Pense autrui en Tout Bon / Tout Mauvais sans compromis
  • Sentiment d’être une  » victime « , incapacité à accepter ses propres responsabilités
  • Sentiment de déprime, tristesse ou de vide
  • Accès de colère fréquents ou imprévisibles (extériorisés ou pas), colère incontrôlable
  • Image de soi instable
  • Peur de l’abandon
  • Comportements impulsifs autodestructeurs comme la Boulimie, Sexualité à risque, Anorexie, Dépenses incontrôlées, Alcool, Drogue, Conduite dangereuse, Abus de médicaments, …
  • Attaques de rage
  • Tentatives de suicides ou d’automutilation comme se couper, se brûler, se griffer

COMMENT J’AI SURVÉCU ?

Pour cela, j’ai dû parcourir un long chemin, un chemin semé d’embûches. Une montagne immense à gravir. J’ai eu les pieds en sang à force de marcher dans les débris encombrant mon parcours. J’ai eu le dos bossu à force de porter le poids de mes souffrances. J’ai eu le cœur en miettes à force d’attendre un soupçon de tendresse…

Mais heureusement, des personnes étaient là pour m’accompagner dans ma traversée. Pour me porter. Me supporter. Pour m’écouter. Me rassurer.

Il y a des jours où tout est noir. Des jours où la Mort nous vole notre dernier espoir… Et pourtant… Une rencontre va tout changer… Ou presque. Le changement prend du temps. Je l’ai appris à mes dépends.

UNE PSYCHOTHÉRAPIE

Il m’a fallu 9 années de thérapie pour sortir des abysses mais je ne regrette aucun sacrifice.

Il a fallu que je me retrouve en psychiatrie pour qu’enfin on entende mes maux. C’était loin d’être un château, mais je n’avais guère le choix. C’était souvent contre mon gré, mais c’était surtout pour me protéger. Me protéger de moi-même.

C’était pour ma survie.

Des tentatives de suicide il y en a eu en orgie. Des scarifications aussi… Sans parler de l’anorexie et de la boulimie…

Il m’a donc fallu 9 années de thérapie pour me sortir de l’enfer, avec hospitalisations, et médication. J’avais 22 ans à l’époque. J’en ai 31 aujourd’hui.

Des fois, je pense avoir perdu toutes ces années. Mais en réalité, ces 9 années m’ont aidée à me construire, à grandir, à vivre.

Je n’étais qu’une petite fille dans un corps de femme. Je n’étais qu’une petite fille accrochée à une enfance traumatique.

Je n’étais qu’un petit oiseau apeuré qu’il a fallu apprivoiser.

Ma thérapie m’a rendue plus forte. Elle m’a permis de me connaitre d’avantage, de prendre conscience de mes schémas de fonctionnement, d’atténuer mes angoisses, de faire la paix avec le passé, et surtout avec moi-même.

ET POURTANT, TOUT N’ETAIT PAS AUSSI SIMPLE…

Surtout quand la dépendance affective vient semer la zizanie. Je suis devenue accro à ma psy, que je voyais un peu comme une seconde mère.

Envie de me faire du mal, envie de lui montrer à quel point j’ai mal. Envie de mourir, non je vous assure je ne suis pas suicidaire, juste pour vous mesurer l’intensité de ma souffrance. Une souffrance insoutenable, intolérable. Une souffrance cruelle, presque irréelle. Une souffrance acide, livide. Une souffrance invisible, indicible. Une souffrance démente, violente. Une souffrance violence. Une violence intense. Une violence insolence. En quête de sens. Une folle violence. Une douce folie. Une folie passagère… Une folie meurtrière.

Juste envie de lui montrer à quel point j’ai mal. Mes larmes coulent à flot. Et moi je ne vole plus très haut. Envie de prendre des somnifères, juste pour m’anesthésier, et la douleur la faire taire. Juste pour oublier. Juste pour m’oublier. Fuir la réalité. Fuir la vie qui m’étouffe, qui m’agresse. Fuir qui je suis. Fuir le vide, le manque… Le manque d’Elle, le manque d’amour. Et le vide toujours… Le trop plein et puis le vide. L’amour et puis le manque. Le bien-être et puis la dépression. Le néant et puis la mort. Comment lui dire que je ne peux pas vivre sans elle ? Juste envie de la voir. Elle, ma psy.

UN EXUTOIRE

J’aurais tout fait je crois. Et pourtant je suis là à écrire ces lignes. Ces mots si chers à mon cœur. Car oui l’écriture était un exutoire, une échappatoire à ma douleur. Ecrire m’a aidé à mettre des mots sur mes maux, à laisser courir mes émotions. C’était bien plus simple que de parler… Quand on me demandait, je disais « tout va bien ». Alors que tous mes actes disaient le contraire.

QUAND UNE RENCONTRE VIENT TOUT CHANGER…

« Car il y a des rencontres qui sauvent. Elles vous saisissent au corps, elles vous soulèvent du sol auquel vous êtes englué, elles vous font passer de la nuit à la lumière. »

Une vie à soi – Laurence Tardieu

J’ai eu cette chance. Cette chance de rencontrer des personnes formidables. Des personnes inoubliables. Elles m’ont sauvée.

Elles m’ont sauvée de l’Enfer dans lequel je m’engouffrais, du trou dans lequel je m’enfonçais. Elles m’ont sauvée du monstre qui envahissait mon esprit, de cette chose qu’on appelle Folie.

Mais surtout, elles m’ont sauvée de moi-même.

Car il faut bien le dire, nous sommes notre plus grand ennemi. Et je dois bien l’avouer, je ne sais pas si je serais encore en vie sans leur soutien.

Je ne les remercierais jamais assez.

Merci à ma psychologue qui sera toujours dans mon cœur. Merci pour sa patience et sa bienveillance.

Merci à ma psychiatre, qui malgré tous nos « affrontements » ne m’a pas lâchée.

Merci aux infirmières de l’hôpital de jour qui m’ont soutenue depuis le début.

Merci à C. qui m’a fait découvrir ma créativité.

Merci à M. pour sa douceur. Elle a su apprivoiser la tornade que j’étais.

Merci à A. de continuer à me suivre encore aujourd’hui dans mes démarches professionnelles.

Merci à toute l’équipe d’Alpha Plappeville qui m’ont aidée à construire un projet professionnel. C’est grâce à eux que j’ai pu me lancer dans l’aventure du Greta, et que j’ai obtenu mon Cap Pâtissier.

Merci aux amis que j’ai pu rencontrer durant mon parcours, que ce soit à l’hôpital de jour, à Alpha Plappeville, à l’atelier théâtre…

Merci pour ces moments de bonheur que vous m’avez offerts. Merci pour ces partages et ces fous rires. Merci pour tous ces souvenirs…

POUR ENFIN SE RECONSTRUIRE

Après des années de galères et des trous dans mon cv, j’ai enfin trouvé ma voie dans la pâtisserie.

Un métier manuel et créatif qui correspond très bien à mon côté artistique, et qui complète parfaitement mes autres passions : la photographie et l’écriture.

Je me sens enfin sereine dans ma vie. Je n’irais pas jusqu’à dire que je suis heureuse et épanouie. Mais je me sens bien. Je me sens enfin vivante.

Cela fait désormais 3 ans sans scarification et j’en suis fière !

Je ne ressens plus ce besoin de me détruire. Je ne veux plus mourir.

Je veux vivre !

Je ne ressens plus le vide. Je supporte mieux la solitude et la séparation. Je ne suis plus sans cesse en recherche d’affection. J’arrive désormais à me nourrir de mes passions. Même si je rêve encore du prince charmant !

Je ne dis pas que tout est réglé dans ma vie. Ce n’est pas aussi simple. J’ai encore des difficultés, notamment avec mon corps et l’intimité. Puis, il me reste encore des angoisses à surmonter. Mais j’ai en quelque sorte appris à vivre avec, appris à les accepter comme elles sont. Je vais mieux, c’est déjà bien.  Et j’arrive désormais à voler de mes propres ailes. 

Donc voilà, je peux dire haut et fort que j’ai survécu à l’enfer de la dépression. L’enfer de la folie.

Je suis une guerrière et j’en suis fière !!!!!

Je suis en vie et je profite de chaque moment. Je vis l’instant présent. J’hume les fleurs, les petits moments de bonheur. Je capture les émotions et les souvenirs.

Je respire la VIE.

Je suis VIVANTE !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

LA FOLIE, C’EST QUOI ?

Mais avant de vous quitter, je souhaiterais revenir sur un mot que j’ai à plusieurs reprises utilisé. Le mot « Folie ».

La Folie, ça peut faire peur.

Mais qu’est-ce que c’est ?« Depuis l’Antiquité, les médecins s’ingénient à nommer, répertorier, expliquer, prendre en charge les troubles mentaux. Et ils ne sont pas au bout de leurs peines…

On disait naguère « folie », « démence », ou encore « aliénation ». On parle aujourd’hui de « maladies mentales ». Autant de mots qui couvrent une réalité multiple, dans laquelle on a rangé toute une classe de troubles divers : de l’arriéré mental qui fait figure d’« idiot du village » au délirant qui se prend pour le Christ, du criminel psychopathe au dépressif, de l’irascible « fou furieux » à l’autiste qui vit replié sur soi, de la démence sénile aux troubles obsessionnels… »  (Source : Sciences Humaines)

Mais il n’y a pas de fous. Non, il n’y a que des personnes en souffrances et qui ont besoin d’aide, souvent comme moi, contre leur gré.

Et la Schizophrénie ? C’est un trouble psychiatrique faisant partie des psychoses.

La différence entre psychose et névrose ? Dans la psychose, le patient n’a pas conscience de ses troubles, à part dans quelques rares moments.

Un schizophrène est-il dangereux ? Peut-il tuer ? Je ne vous dirais pas que ce n’est pas vrai. Cela peut arriver dans le cas où la personne n’est pas soignée. Cette maladie présente des symptômes tel que les hallucinations, ou la paranoïa… Attention, chaque personne est différente, et donc aura des symptômes différents.

Mais, je peux vous assurer que les personnes atteintes de schizophrénie ne sont pas toutes des tueurs en série. Une fois suivie, ces personnes vivent comme tout le monde. En parlant de cette pathologie, je rends hommage à un ami, qui malheureusement a rejoint les Anges.

Tout cela pour dire qu’il ne faut pas avoir peur des personnes avec un trouble psy. Tout le monde peut, à un moment de sa vie, être en souffrance. La dépression, le burn-out… Tout le monde est concerné ! Bien entendu, je ne le souhaite à personne. Je veux simplement faire réagir les gens. Dans les films, souvent les tueurs sont atteints de troubles psychiatriques. Mais il s’agit là d’un film, et non pas de la réalité !

J’espère qu’avec mon Histoire, certains d’entre vous auront changé de point de vue sur le monde de la psychiatrie.

VOUS ETES EN SOUFFRANCE ?

Pour finir, je m’adresse aux personnes en souffrance. Je sais que c’est difficile lorsqu’on voit tout en noir, mais croyez-moi, on peut tous s’en sortir. Continuez à vous battre, et gardez espoir. Un jour, vous verrez la lumière au bout du tunnel.

N’oubliez pas : la Vie est Belle !!!! Alors profitons-en ! 

Emilie

source : http://www.lentracte-gourmand.fr/index.php/2018/08/31/mon-combat-pour-la-vie/

Portrait de Carole

Comme Carole, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

J’aime les belles rencontres avec des marginaux ou des artistes, ceux qui savent avoir un œil critique sur les choses de la vie.

J’aime aussi rencontrer des personnes avec beaucoup de bienveillance, de tolérance, de solidarité, de générosité avec les autres et avec eux-mêmes ; ceux qui savent partager équitablement.

D’autres personnes me mettent en colère… alors je leur écris des poèmes slammés pour apaiser ma colère.

J’aime écrire des textes qui dégomment les préjugés et qui rendent les différences positives.

Dans cinq ans je veux être entrepreneur coach socio-professionnel pour des usagers de la psychiatrie qui aimeraient créer leur propre emploi en devenant entrepreneur. Je vais commencer par un doctorat sur le sujet.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Je travaille depuis quinze ans masseuse et magnétiseuse au noir car j’ai très peur de perdre mon statut d’AAH (Allocation aux Adultes Handicapés) qui me protège dans la société mais je n’ai plus la force physique de le faire.

J’aimais ce métier en prise avec l’humain auquel j apportais des soins et du soulagement physique mais il pouvait être dangereux de recevoir des inconnus chez moi. Alors j’ai développé un sens aigu de self défense mentale par le bluff… Etant schizophrène depuis 25 ans j’étais naïve et ne savais pas bien me défendre. C’est à dire que je me suis bien entraînée pendant quinze ans à me défendre sans attaquer. Ainsi je me suis dirigée plus proche du rétablissement.

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

J’ai lu le témoignage d’Emilie et je suis d’accord que les soignants sont débordés ou mal formés et c’est grave pour les préventions de suicides chez les jeunes adultes qui viennent de tomber malades.

C’est pourquoi j’aimerais aussi que l’éducation nationale fasse une campagne de prévention en décrivant les symptômes et les diagnostics dans les collèges en faisant intervenir des pair-aidants et en leur permettant de témoigner de leur expérience de la maladie… au passage ce serait aussi de la prévention au terrorisme islamique car je suis personnellement convaincue que les terroristes entendent des voix.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

Une hypersensibilité qui rend les émotions plus fortes aussi dans le bonheur.

Des chemins de vie riches parfois ; des personnes attachantes souvent artistes de leurs vies et un potentiel créatif énorme.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Pourquoi pas lol !

Une page, association ou initiative que tu aimerais faire connaître?

https://www.toitamoi.net

Portrait d’Emilie

Comme Emilie, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

J’aime l’art en général : le théâtre, la poésie, la danse, la peinture, visiter des expositions, des musées… J’aime écrire (en particulier des poèmes), pâtisser, faire des photos. J’aime la nature, les arbres, les fleurs, les animaux.

J’aspire à un monde meilleur, à un certain bien être, à la tolérance, et à la paix.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Hélas, je ne travaille pas. Il y a tant de trous dans mon CV que je ne pourrais dire si j’ai un métier. Cela me rend triste d’ailleurs. Car j’aimerais travailler, mais mon trouble, mes angoisses m’en empêchent.

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

J’ai eu énormément de chance de trouver une équipe compétente. Je suis suivie dans un hôpital de jour avec infirmières, psychologue et psychiatre. Je ne sais pas ce que j’aurais fait sans eux.

Il y a encore quelques années, les patients avaient « cette chance » de pouvoir être hospitalisés en urgences. Même si j’avoue que je n’ai jamais voulu être hospitalisée, que l’hôpital c’est l’Enfer… Surtout la chambre d’isolement où on est « nu ». Cela est très humiliant. Et je dois dire aussi que certains soignants à l’hôpital ne sont pas très empathiques. On se demande pourquoi ils sont là. Ils devraient changer de métier.

Je disais donc que c’était une chance, car même si je détestais l’enfermement, je reconnais que cela m’a aidée. (Après je parle pour moi, et aussi du CHS dans lequel j’étais. Car je suis bien consciente que les conditions sont différentes d’une ville à une autre, d’un hôpital à un autre…).

Sauf que depuis deux ou trois ans environ, les choses ont changé. Ils ont supprimés des postes, mais aussi des lits dans les services. Les soignants sont débordés, et surtout, les personnes en souffrance doivent attendre parfois un mois afin d’être hospitalisées, d’être mis « à l’abri ».

Les « nouveaux » patients doivent attendre des mois pour avoir un rendez-vous avec ma psychiatre. Ce n’était pas le cas avant.

Ce qui m’énerve, c’est que pour les administrations, tout est une question d’argent. Les patients sont des numéros, des cases.

Une infirmière m’a racontée l’autre jour, que désormais il devaient mettre des croix dans un tableau. Mais comment peut-on mettre des troubles psy dans un tableau ? Comment peut-on quantifier si ce patient va bien ou non ? La psychiatrie est beaucoup trop abstraite !

Que ce soit les « hauts » dirigeants qui n’y connaissent rien, les soignants parfois mal ou peu formé, ou le grand public qui juge… Il y a énormément à faire, énormément de choses à changer.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

Déjà, je trouve le mot « folie » péjoratif. Je ne suis pas folle ! J’ai juste des difficultés.

Ensuite, je trouve que mon trouble me rend plus sensible, plus ouverte au monde et aux autres, plus tolérante et empathique.

Je suis également créative, sensible à l’art, à la beauté qui nous entoure.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Non, je ne pourrais pas. La politique ce n’est pas pour moi !

Par contre, je demanderais :

– Une plus grande sensibilisation du grand public. Nous ne sommes pas des monstres ! Et qu’on arrête avec les clichés dans les films comme quoi si on est fou, on est forcément un tueur. N’importe quoi !

– Des soignants mieux formés.

– Plus de budget : plus de personnel dans les hôpitaux afin d’avoir une meilleure prise en charge, plus de structures, plus d’art-thérapeutes ou de « choses » pour s’occuper.

– Un meilleur accompagnement lorsqu’on est en crise : au lieu d’être enfermé dans une pièce comme un animal.

– Améliorer l’insertion sociale et professionnelle : avoir plus d’entreprise adaptée, esat… plus d’aide pour trouver un emploi, un appartement…

– Avoir des groupes de paroles pour les patients, mais aussi la famille.

– Mieux accompagner les proches qui sont souvent perdus.

– Avoir une prise en charge identique dans toutes les villes et structure.

– Avoir les mêmes droits, qui changent d’un département à l’autre.

– Accélérer la prise en charge des dossiers de la MDPH ( Maison Départementale des Personnes Handicapées) qui est d’une lenteur pas possible… Attendre 3 mois, voir plus, pour une demande de RQTH (reconnaissance de qualité de travailleur handicapé).

Une page, association ou initiative que tu aimerais faire connaître?

Il s’agit de mon blog : http://www.lentracte-gourmand.fr

Un clip vidéo pour lutter contre la stigmatisation en santé mentale

Ce clip vidéo découle d’un travail effectué au sein de l’atelier slam dans le but de sensibiliser le grand public aux troubles psychiques.

Les patients et les équipes des Cliniques psychiatriques CLINÉA Robert Schuman (à Berlaimont), Marie Savoie (à Le Cateau Cambrésis) et des Hauts-de-France (à Louvroil), avec le concours du GEM de Maubeuge « La Main tendue » ont réalisé un slam pour lutter contre la stigmatisation en santé mentale et présenter la réalité quotidienne en réponse aux clichés encore trop souvent répandus.

Psycom

Portrait de Lili

Comme Lili, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous, en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

Mes inspirations sont la nature, les fleurs, le jardin, les arbres, l’eau, les rivières.

J’aspire à de la sérénité dans les relations sociales, dans la compréhension de l’autre. J’aspire à une meilleure connaissance de l’être humain et de son fonctionnement.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

J’ai fait beaucoup de métiers avec en fil rouge le bien-être d’autrui. Ce que j’aime c’est de partager, d’échanger joués et souffrances.

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

Le monde de la santé mentale est difficile à comprendre. On dirait qu’il a perdu son objectif qui est de rendre possible une vie sereine aux personnes souffrant de maladies mentales.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

Chacun a sa folie… la folie c’est une différence… la folie apporte une façon de voir les choses sous un autre angle, de la créativité au sens très large du terme.

De la folie, on peut tirer de grandes idées qui font les grands hommes. De la folie, on peut tirer de magnifiques œuvres musicales ou de peintures.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Ministre de la santé mentale, je réformerai en profondeur la façon de voir la maladie mentale. Dès l’école, je ferai apprendre aux enfants que nous avons tous une santé mentale et qu’il faut en prendre soin comme de sa santé physique. J’intégrerai de façon obligatoire un module sur la santé mentale dans toutes les formations médicales car on ne peut bien soigner quelqu’un sans prendre en compte son mental.

Une page, association ou initiative que tu aimerais faire connaître?

Le travail auprès des proches de personnes souffrant de troubles bipolaires en Franche-Comté avec l’Antenne Argos 2001 Doubs Franche-Comté.

L’utilisation humaine des êtres humains : Comment prescrire ?

Quant au DSM-8 prévu pour janvier 2021, il est attendu sous peu sous forme d’une nouvelle méthode de réflexion sur le fonctionnement interne des être vivants notamment humains, via l’étude avancée du fonctionnement neuronal, voire du stress-post-traumatique élément essentiel du dysfonctionnement psychique. L’étude de la parole de l’individu isolée en lieu de privation de liberté psychiatrique est envisagée pour 2034 de façon à analyser les problématiques intellectuelles voire affective des individus concernés.

C’est par l’observation clinique des êtres vivants que s’est établi historiquement le DSM-1, -2 jusqu’au DSM-30-12. S’apparentant à la classification de Linné du 17ème siècle, botaniste célèbre du roi, le DSM permet via observation extérieure de l’être humain, voire uniquement vivant, l’expression de croix dans des cases de type QCM afin de déterminer par une approche exclusivement extérieure et externe le mode de fonctionnement du cerveau humain. Se basant sur la mécanique des cartes perforées d’IBM dans les années 1950 (Cf. IBM et l’holocauste – Edwin Black), et des études chimiques des militaires américains sur le LSD dans l’US army (Cf. LSD mon enfant terrible – Albert Hoffmann), la psychiatrie mondiale a rendu possible vers cette même époque, la compréhension d’un phénomène étrange : le rôle de la chimie dans le fonctionnement du cerveau. Déjà démontré en -3000 par l’usage du vin des vignes grecques, les produits ingérés auraient un rôle sur le fonctionnement cérébral. Ce n’est qu’en 1950 que la Grande Amérique établira ce lien indéniable mais jusque là mis en doute par des génération d’alcooliques et de fumeurs de tabac ! De là, la recherche scientifique des laboratoires pharmaceutique établit de façon sûre et certaine un lien avéré entre éléments extérieurs et interiorité humaine et bim, découverte majeure en 1950 des médicaments neuroleptiques sur des générations (de soldats précédemment LSDisés ?, alcoolisés, voire alimentés !)

« Comme des fous », l’asso, s’engage à agir avant 2034 pour laisser s’exprimer une voire deux personnes concernées via un blog participatif et ouvert à tous pour réaliser ce doux rêve de la psychiatrie de secteur : laisser la parole s’exprimer !

NB : Les psychiatres sont nos amis il faut les aimer aussi :p

Portrait de Magichit

Comme Magichit, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

Sans réel métier depuis longtemps j’ai des activités professionnelles que je fait (ou veut accomplir – dans l’art donc) parfois pour d’autre rarement pour un gain.

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

Confronté à des personnes hors du monde de la santé mentale, j’ai appris à voir ce qu’était l’aliénation, être étranger à la raison.

Je pense toutefois que les catégories et les « normes sociétales et/ou sociales' » sont autant des carcans que des barrières illusoires à l’individualité.

Certes s’aventurer loin de la raison et de la conscience de soi et du monde est aussi souffrance et peine, danger et errance quand ce n’est pas un choix mais une obligation réelle ou somatique.

Santé mentale indiquant une norme je préfère parler de « monde » de l’équilibre personnel, de ce qui permet de nous réaliser.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

Une vision autre. La force d’avoir à se battre même si par obligation, mais tout ceci est biaisé et relatif à l’expérience de chacun et chacune.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

Non. Je demanderais que les gens soient plus et mieux pris en charge et intégrés à la société quand possible. Parfois, certes les solutions n’existent pas mais parfois les médications ou autres camisoles et internements ne sont pas des solutions.

L’écoute et le soutien, les thérapies comportementales et le temps accordé aux diagnostics et patients pourront toujours être accrus pour résulter en bénéfices.

Portrait de Poppy

Comme Poppy, fais-toi tirer le portrait par Comme des fous en répondant à ces 5 questions.

Quelles sont tes inspirations dans la vie et à quoi tu aspires?

J’adore les animaux et en particulier les chats. J’aime la musique et la peinture, écrire aussi.

Je suis seule depuis des années et j’espère rencontrer des gens qui pourraient devenir des amis. C’est un grand but dans ma vie.

Comment décrirais-tu ton métier et pourquoi tu l’aimes?

Je ne travaille pas mais je passe mon temps à me documenter sur les médecines alternatives, les plantes, les vitamines, tout ce qui peut aider à supporter ou à soigner une maladie sans passer par la case « médecin ou spécialiste ».

J’ai pu remarquer que les docteurs en général avaient tous un certain mépris pour les personnes souffrant de maladie mentale et ne les prennent pas au sérieux. Alors si je peux éviter de les fréquenter, c’est mieux…

Que penses-tu du monde de la santé mentale?

Du mal, du mal… Les psychiatres sont totalement incompétents, pour la plupart, ce sont des distributeurs de cachets sans état d’âme qui vous condamnent à vie à avaler des poisons qui induisent la maladie plus qu’ils ne la soignent.

Les infirmiers sont à la botte des psy et n’ont pas de recul sur les malades qu’ils fréquentent. Je n’ai que des expériences désastreuses en hôpital ou en clinique psychiatrique. J’envie les finlandais et leur Open Dialogue qui soignent en six mois des schizophrénies qu’on condamne à vie ici.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de positif de la folie?

La seule chose que j’en ai retiré, c’est d’avoir compris que je ne suis pas faite comme la plupart des gens, que je suis très sensible aux rapports humains et que je suis souvent déçue parce que j’en attends beaucoup plus d’authenticité et de chaleur que cela est possible.

Cela m’a fait comprendre que les gens en majorité ne réagissent pas comme moi du tout et à force de recherches, j’ai découvert que j’étais surdouée et hypersensible. Cela ne fait pas avancer le schmilblick mais au moins je sais qui je suis aujourd’hui.

Avant j’attendais tout de autres, maintenant, je n’attends plus grand chose du commun des mortels et ce n’est pas plus mal parce que c’est une des clés de ma maladie.

Pourrais-tu devenir un jour ministre de la santé mentale et sinon qu’est-ce que tu lui demanderais?

J’accepterais le poste avec joie et je commencerais par demander aux psychiatres d’aller se former à la psychologie et à la thérapie familiale.

Sinon je demanderais à ce qu’il y ait beaucoup plus de pair-aidants, de médiateurs en santé mentale et qu’ils aient plus de poids face au milieu infirmier qui y est très hostile en France.

Une page, association ou initiative que tu aimerais faire connaître?

Je lis souvent le blog de Paul, un garçon schizophrène qui va mal, tout seul dans son studio, bourré de cachets et sans issue : blog-schizophrène.fr Paul, la schizophrénie dans la peau.

« A l’intérieur », la série qui vous arrache le cœur.

Un commentaire personnel et sans spoil sur la série policière en 6 épisodes d’une cinquantaine de minutes produite par France 2 à voir en replay ici.

Une jeune fille – Ana – est retrouvée morte dans une clinique psychiatrique, la veille du jour de sa sortie. Le cœur arraché. Angèle, 29 ans, est chargée de l’enquête. C’est sa première mission, elle sera seule à la mener. On ne rentre pas à plusieurs dans ce genre d’endroit quand on est flic, car il n’est pas simple d’interroger des “fous”. La folie fait peur et rebute. Mais pas Angèle. Elle se sent bien « à l’intérieur », et ces « fous » sont pour elle attachants, vivants, drôles. Presque plus que les gens « normaux » qu’elle côtoie tous les jours dehors.

France 2

La brillante et lumineuse Noémie Schmidt incarne la policière chargée d’élucider ce crime atroce commis dans une clinique psychiatrique, atroce car une patiente est retrouvée morte, le cœur arraché… Un tel synopsis en rebutera plus d’un, mais la série mérite qu’on lui laisse une chance.

Car cette série réveille les clichés les plus sombres de la psychiatrie pour essayer de les déconstruire, faisant oeuvre malgré tout d’un bel effort de déstigmatisation. En effet, on joue avec les représentations mentales de tout un chacun et sur les peurs que nous inspire la psychiatrie. Et on ne peut s’empêcher d’associer ce meurtre aux faits divers horrifiants qui alimentent l’imaginaire du fou dangereux dans la presse et dans nos têtes.

Soignants comme soignés sont suspectés de la même manière. Dans cette clinique, les patients sont autiste, bipolaire, psychopathe, borderline, transgenre, suicidaire, nympho, parano, anorexique, voyante ou encore exhib’ mais surtout ce sont des personnages à part entière. On remarquera que les scénaristes se sont abstenus de personnifier la ou les schizophrénies.

La série interroge un nombre impressionnant d’idées et de préjugés : peut-on vraiment faire rentrer la police dans un lieu de soin? L’hôpital est-il vraiment un lieu de non-droit où l’on peut tuer impunément? Où le psychiatre fait sa loi?

Et peu à peu, on découvre l’inverse. Les patients ont des relations sexuelles, ils tombent amoureux, ils ont leur intimité, les soignants également, et finalement on découvre que nous répondons tous aux mêmes instincts et aux mêmes passions.

C’est là que le rôle de la jeune policière est admirable puisque peu à peu on la voit se laisser envahir par sa propre folie. Les frontières entre le normal et le pathologique se brouillent et on rentre dans l’humain. On sort de nos cases mentales et on se surprend à suspecter tout le monde. Et si l’autiste ou le bipolaire se laissaient emportés furieusement par la violence? Que se passerait-il si les patients arrêtaient leur traitement? Et puis, il y a les électrochocs, la patiente qui fait un transfert sur son psy, les infirmiers qui nous font des leçons de psychiatrie, les proches de la policière tellement dépassés qu’ils veulent la faire interner, et elle qui se met à écouter les patients et à les comprendre, ainsi qu’une mémorable leçon de féminisme par l’une des patientes face à son mari.

Je m’arrête là pour ne pas en dire trop!

En tout cas, n’hésitez pas à regarder cette mini-série et à donner votre avis, les images sont joliment filmées, Béatrice Dalle est excellente dans son rôle et les scènes de danse sur un fond de rap sont des moments de poésie pure dans un monde de brutes.

Joan

Lettre ouverte à la nouvelle génération de soignants en psychiatrie.

Dans cette « Lettre ouverte à la nouvelle génération de soignants en psychiatrie » Jérôme Cornier, cadre de santé en psychiatrie exhorte les nouvelles générations à moins de docilité et les invite à « définitivement refuser d’attacher pieds et poings liés un être humain sur un lit car tu sais que ce n’est pas thérapeutique, mais surtout que l’on peut faire autrement. »

Revue Santé Mentale

« Voici une invitation à la désobéissance adressée par un cadre de santé à la nouvelle génération de soignants en psychiatrie. Une seule exhortation : avoir l’audace de désobéir pour défendre la dignité des personnes hospitalisées et trouver l’énergie pour entraîner l’ensemble de la société dans cette belle aventure car on ne fait rien de bon tout seul en psychiatrie. »

Infirmiers.com

Bonjour à toi, oui toi qui vas faire partie de cette génération qui va définitivement bannir des soins psychiatriques la contention physique comme d’autres ont réussi à nous débarrasser de la lobotomie. A toi qui va définitivement refuser d’attacher pieds et poings liés un être humain sur un lit car tu sais que ce n’est pas thérapeutique, mais surtout que l’on peut faire autrement. A toi qui a lu ou va lire qu’au CH de Valvert, cela fait 10 ans que cette pratique d’un autre âge, est interdite. Et à toi enfin qui a peut-être eu la chance de grandir sans te prendre des tartes dans la gueule et qui a la conviction qu’en éducation comme en soin, la parole peut remplacer les maltraitances. Bien entendu éduquer sans user de sévices corporels n’est pas toujours simple mais c’est possible et surtout souhaitable.

Dans une récente publication, une équipe du CH Valvert (Fernández , 2019), souligne un paradoxe de la Haute autorité de santé (HAS) qui préconise une pratique dont elle reconnaît les effets délétères. Qui oserait revendiquer comme bonne pratique aujourd’hui en France le fait de frapper un enfant lors d’une crise, même en dernier recours ?

De plus l’équipe explique dans le même article, que limiter les dispositifs de coercition a comme effet immédiat de calmer les patients. De mémoire, Jean-Baptiste Pussin, surveillant de l’hospice de Bicêtre, avait fait le même constat à la fin du XVIIIème siècle et avait encouragé le Dr Philippe Pinel à faire preuve d’audace et à se fier à la clinique infirmière pour améliorer la condition des agités et révolutionner la psychiatrie.

Pour l’anecdote, pendant la seconde guerre, il fallut vider, à la hâte, les hôpitaux psychiatriques parisiens à l’approche de l’ennemi. Et là, à la grande surprise des soignants, même les patients que l’on croyait tout juste bons à rester dans un lit, ont rapidement retrouvé leur autonomie. Comment expliquer qu’un simple changement de cadre puisse provoquer un tel changement de conduite ? (Mornet, 2014).

J’en suis persuadé, en ce qui concerne l’éthique de notre profession, tu ne renonceras pas à penser la complexité afin d’être un soignant, pas un salaud.

D’Hermann Simon (1921) à Jean-Paul Lanquetin (2019) en passant par François Tosquelles et sa bande, cette question a une réponse simple : pour que le milieu puisse devenir facteur de changement et de développement et non plus de déshumanisation, il est nécessaire de considérer que l’établissement psychiatrique lui-même doit faire l’objet d’attentions et de soins.

Parce que l’environnement est déterminant (Laborit, 1997), l’urgence est de soigner l’ambiance dans les services de soins. La synthèse réalisée par le CRMC (Nicolas, Lanquetin, 2017) permet d’appréhender les trois niveaux de mesures préventives pour éviter d’avoir à restreindre les libertés des usagers. Depuis plus de dix ans, je tente de convaincre ma hiérarchie de tenter une semaine sans contentions, malheureusement en dépit de rencontre avec les équipes, d’interventions, de textes, et même d’activités de recherche, ma proposition a une nouvelle fois été rejetée lors du séminaire cadre de l’année dernière.

Alors, même si je continue à penser qu’écrire est utile et que des articles, comme le dernier de Didier Morisot (2019), sont aussi délectables que nécessaires, j’ai également la conviction que ce ne sera pas suffisant pour impulser un réel changement de pratique. Pour dépasser le dogmatisme et l’incroyable allégeance de la majorité des psychiatres à une politique sécuritaire et néo libérale qui rend possible une insoutenable maltraitance institutionnelle (Gabarron-Garcia, 2015), tu vas devoir faire preuve de courage et t’allier avec les usagers pour imposer un autre imaginaire.

Et c’est pourquoi je compte sur toi pour être moins docile que tes aînés. Car j’en suis persuadé, en ce qui concerne l’éthique de notre profession, tu ne renonceras pas à penser la complexité (Touzet, 2019) afin d’être un soignant, pas un salaud. Et non seulement tu auras l’audace de désobéir pour défendre la dignité des personnes hospitalisées, mais tu trouveras également l’énergie pour entraîner l’ensemble de la société dans cette belle aventure car tu sais qu’on ne fait rien de bon tout seul en psychiatrie.

Merci pour finir à toi d’exister et sache mon impatience à l’idée de te rencontrer. A très bientôt donc !

Tu vas devoir faire preuve de courage et t’allier avec les usagers pour imposer un autre imaginaire.

Jérôme CORNIER
Cadre de santé
jerome.cornierifcs@gmail.com

Bibliographie

  • Fernández VI, Karavokyros S, Lagier F, Bauer L, Védie C. (2019). “Soigner sans contention physique, quels enjeux psychiques ? De la contention à la contenance”. Evol psychiatrique; 85(3).
  • Gabarron-Garcia, F. (2015). « De la psychothérapie institutionnelle à l’analyse institutionnelle », les contractions de la psychiatrie : expériences labordiennes ». In La psychothérapie institutionnelle, SUD/NORD folies et cultures, N°26. Edition ERES.
  • Herman, S. (1921). « La thérapeutique active en hôpital psychiatrique ». Paris, PUF.
  • Mornet, J. (2014). « Chapitre V. La psychothérapie institutionnelle ». In, J. Mornet, Une introduction aux psychothérapies (pp. 177-204). Nîmes, France: Champ social.
  • Laborit, H. (1997). « La légende des comportements ». Flammarion.
  • Lanquetin, J. (2019). « Prévention primaire en psychiatrie, un travail d’ambiance ». Empan ,114(2), 72-78. doi:10.3917/empa.114.0072.
  • Nicolas M, Lanquetin JP. (2017). « Isolement et contention : Repères pratiques pour en limiter le recours ». Voiron : CRMC Disponible
  • Touzet, P. (2019). « Activités occupationnelles ou activités thérapeutiques, une différenciation complexe ». Soins Psychiatrie, Volume 40, numéro 323.