Si j’étais invisible [Alex]

Si j’étais invisible, je pourrais écouter les gens parler sans qu’ils me voient. Je pourrais monter dans les avions, les trains, aller où je veux, j’en profiterais pour faire des blagues. Rentrer dans une pièce et disparaître. Il faudrait que le pouvoir d’invisibilité soit autant que je veux. Que je puisse apparaître et
disparaître à ma guise.
Ce qui est intéressant c’est d’écouter des conversations qui ne me sont pas destinées. Je pense que je prendrais l’avion pour le Vietnam. Je profiterais d’être invisible pour ne pas payer l’avion. Et là-bas je voudrais être bien visible pour que ma famille me voie. Je n’y suis allé qu’une fois en trente-huit ans à cause du prix.
Avec ce pouvoir je pourrais y aller deux fois par an, pour le nouvel An vietnamien par exemple.
Je pense que j’agis souvent selon l’image que je renvoie. Si on est invisible, plus besoin de se coiffer, de se raser et de s’habiller. Mais alors, si je suis invisible est-ce que j’existe ?
L’un de nos cinq sens majeurs est la vue. Il faudrait exister par l’odorat, le toucher, l’ouïe. Exister par le goût cela est possible, mais bon.
Alors un monde où je suis invisible est de la pure science-fiction. Alors existerait-il un monde où tout le monde serait aveugle ?
On développerait nos quatre autres sens. Bien sûr c’est encore de la science-fiction, je prends le cas où ce serait la grande crise financière pire qu’en 1929. Pour résoudre la crise il y aurait une guerre mondiale. En ce moment ce sont les Américains qui n’ont plus d’argent. Qui va attaquer les États-Unis ? Ceux qui ont de l’argent et qui prêtent aux États-Unis, c’est-à-dire la Chine, l’Inde, les Saoudiens par exemple. Bon le conflit devient mondial. On se lance dans une guerre bactériologique. On propage un virus qui tue ou qui rend aveugle. Donc tout le monde est invisible.
Pour se dire bonjour les aveugles se touchent les deux mains. Avant la troisième guerre mondiale certains voyants se serraient la main sans se regarder. Le sens du toucher est développé.
Pour trinquer ensemble, non seulement on choque ensemble les verres, mais on fait phalanges contre phalanges.
Il n’y aura plus de voitures. Tout sera automatisé.
Il est vrai que si tout le monde est aveugle, je suis invisible.
Au lieu d’engendrer des chanteurs de la Star Ac’ et des téléfilms américains, on privilégiera les sculpteurs, les vrais musiciens, les masseurs-kinésithérapeutes. L’industrie d’Hollywood sera complètement fermée. L’ère du paraître sera finie. La grande couture ne se souciera plus des couleurs flashy, mais des matières agréables à porter et à toucher.
Alors le fait d’être invisible est intéressant seulement si on peut réapparaître.
Le problème de la cécité peut être guéri si on fait de la chirurgie oculaire. Mais le problème c’est qu’un chirurgien a besoin de ses yeux pour opérer. Alors pendant la guerre bactériologique, les chirurgiens ophtalmo ont été placés dans des bunkers.
La guerre se finit car les épidémiologistes ont des antidotes pour empêcher les gens de mourir mais pas de devenir aveugle.
Dans chaque grand pays, on a deux ou trois chirurgiens ophtalmo qui rendent la vue à quelques personnes élues par le peuple. Il y a de nouveau des pilotes de ligne, des médecins, des coiffeurs, des artistes peintres.
Mais la plupart des gens sont aveugles. Les gens ont des enfants voyants. Ces enfants ont été élevés par des aveugles, ils n’ont pas connu la télévision, le cinéma, les jeux vidéo. Ils connaissent le piano, le yoga, la cuisine, la sculpture. Ils sont les yeux de leurs parents. Ce sont les yeux de la planète.
Si j’étais invisible, je pourrais aussi faire un voyage en avion que tout le monde meurt et que je reste seul sur une île déserte, sans radio, sans téléphone. Je serais invisible, puisque personne ne me verra.
Je ne sais pas si j’arriverais à survivre. Cela sera difficile.
Je crois que dans la vie, j’ai besoin du regard de l’autre. Quand on me dit quelque chose je change mon comportement : je suis vexé, je suis heureux, je ris, je suis triste, je suis rancunier. Mais l’Autre avec un grand A m’aide à vivre.
Je pense que si je suis malade et que j’ai du mal à m’insérer dans la vie socialement, professionnellement et affectivement, c’est que j’ai un problème comportemental vis-à-vis des autres. J’arrive à vivre avec. Alors je ne veux pas être invisible. Je veux exister dans le regard de l’autre. Le regard de l’autre fait souvent mal, mais il nous aide à vivre.
Je crois que si j’étais invisible, je n’existerais pas. Je laisserais des traces de dents dans un pomme, je froisserais des draps, je déformerais un pouf…
Je fais le vœu de rester visible. Il n’y aura plus de guerre mondiale. Ceux qui meurent restent visibles dans nos cœurs et dans nos mémoires.

Alex Tran, concerné par des troubles psychiques

Faut-il se révolter pour se rétablir ? [Agathe]

Souvent, les professionnels, les pairs, les personnes intéressées par la question du rétablissement me demandent comment j’ai fait pour me rétablir de ces voyages répétés dans les univers parallèles de la folie. Alors bien sûr, j’ai acquis une forme de conscience de moi-même, j’ai appris à pratiquer une forme d’observance de moi-même aussi, j’ai écrit sur moi-même, j’ai parlé et me suis vue entendue dans les yeux de personnes qui m’inspiraient énormément de respect et d’amour et qui m’aimaient et me respectaient en retour. Mais sur un plan plus identitaire, je crois que je suis sortie de toutes formes de déni quand j’ai compris que me rétablir était une forme de victoire sur moi mais aussi sur le monde.

Un monde, des institutions qui m’avaient produit comme femme folle, qui avaient réifié un concept d’individu déviant malgré lui en moi, qui avaient matérialisé mon être comme un être fou. Et cette assignation si forte, puisqu’émanant de la société et de mon environnement dans son ensemble, je l’intégrais peu à peu. J’étais dans une forme de marginalité subie, dans un de ces espaces où l’individu est nié dans son essence, un de ces espaces où ce n’est plus lui qui dit qui il est mais les autres et leur norme oppressante.

Et finalement, pour sortir du refus d’avoir vécu des moments de vie parallèle, pour sortir de la négation de mes créations psychiques, il a fallu que j’accepte cette marginalité subie pour me l’approprier et pour mieux la dénoncer. Il a fallu que je me dise que j’étais bel et bien biologiquement marginale, et que ce fait faisait de moi une personne hors système. Et finalement, ce fait d’assumer cette dimension d’outsider, de personne hors des normes, m’a permis de me créer en tant que personne. Il ne s’agit pas là de promouvoir une forme ou une autre d’auto-stigmatisation, mais bien d’assumer la stigmatisation dont nous, les fous et les folles, faisons l’objet pour mieux la dénoncer, pour la mettre en lumière et s’en départir pour ne plus s’embourber dans les oppositions de normalité et d’anormalité, pour ne plus se voir comme individu pathologique, mais bien cerner à quel point même rétablis nous sommes l’objet d’une oppression par l’appareil psychiatrique bien sûr, mais aussi par la société dans son ensemble.

Et il me semble que vivre au milieu des outsiders de ce monde, des marginaux sous toutes leurs formes rejetés ou s’étant eux-mêmes éjectés de la société, m’a permis de me rétablir, d‘entrevoir mon identité, de comprendre ma force, d’avoir le courage de me battre, etc. Et pour finir, je pense bien qu’on ne peut se rétablir réellement sans prendre en compte le regard du monde sur nous, et s’y opposer fermement.

 

Agathe Martin, 38 ans, Paris, usagère-formatrice et webmaster pour le laboratoire de recherche de Maison Blanche, animatrice du blog Comme des fous

Un américain à Paris

Cette dernière semaine nous avons reçu Craig Lewis à Paris, activiste américain en santé mentale. Il est venu présenter ses ouvrages sur le rétablissement en santé mentale, et notamment, Better Days, traduit en Français par Alain Karinthi sous le titre Un jour nouveau. Craig et Alain nous ont permis de connaitre mieux le parcours de Craig mais aussi le livre lors d’un atelier-conférence au théâtre Le vent se lève, le 31 janvier dernier. Ce moment fut assez exceptionnel pour nous, car il fut organisé quasiment exclusivement par des pairs et a permis de réunir professionnels, pairs et aidants dans un même lieu avec une grande horizontalité dans les discours. La libre parole qui s’en est dégagé augure des collaborations fructueuses entre les pairs et les professionnels à l’avenir.

Craig a pu raconter son histoire, puis s’en est suivi un atelier-débat s’appuyant sur Un jour nouveau. Le livre, composé de thématiques une à une, est construit comme un guide pratique. Chaque thème est introduit par un petit paragraphe de réflexions sur le sujet, puis trois questions personnelles sont posées sur chaque thème. Conçu lors de groupes d’auto-support, les thématiques et les questions introduisent une approche quasi-existentielle du rétablissement. Conçu comme un guide pratique pour découvrir en soi comment aller mieux demain, l’ouvrage peut être utilisé à titre individuel par des personnes concernées par les troubles psychiques, pour l’animation de groupes de parole ou encore par tout-un-chacun pour trouver la meilleure façon pour lui-même de mener sa vie.

Cette approche peut sembler étrange car elle formalise des choses que nous taisons souvent. Mais elle a le mérite de soulever des non-dits et des tabous que les institutions psychiatriques peinent à lever. Donner un sens à sa vie et réaliser ses rêves, sont des éléments du rétablissement que la quotidienneté des soins tend à faire oublier. Ce parcours initiatique que constitue le rétablissement est là décortiqué, et le livre cherche à donner des outils pour avancer dans cette quête.

Comme des fous est ravi d’avoir accueilli Craig à Paris et espère vivement que ce type de rencontres internationales pourra se répéter à l’avenir.

Lien vers la vente du livre : http://www.lulu.com/shop/craig-lewis/un-jour-nouveau-guide-pour-le-r%C3%A9tablissement-en-sant%C3%A9-mentale/paperback/product-23106079.html

Lien vers le site web de Craig Lewis : http://www.betterdaysinternational.net/

Agathe.

Trouble Borderline : Entre déni et ignorance [Mélanie A]

Nombreux articles évoquent aujourd’hui le trouble borderline, appelé également trouble de la personnalité limite, expliquant les symptômes d’un point de vue scientifique mais également neurologique, puisque des études ont prouvé le rôle de l’amygdale dans la dérégulation des émotions. Nous retrouvons également des témoignages, aidant à comprendre et faire comprendre en quoi le trouble borderline est éprouvant au quotidien.

 

Pourtant, aujourd’hui encore, ce trouble reste méconnu, tant par la société que par les professionnels, allant même parfois jusqu’à nier son existence. Pourquoi autant d’ignorance sur un trouble qui touche pourtant 1 à 2% de la population mondiale contre 1% pour la schizophrénie et 1 à 2% pour la bipolarité, deux maladies à titre d’exemple, tout autant répandues mais néanmoins bien plus reconnues ?
« Les gens peuvent parfois croire que je suis normale, mais en réalité, j’ai l’impression de devenir folle. Mes peurs, mes tristesses, mes colères. Rien n’est contrôlable. Tout est toujours surdimensionné, à l’extrême. Parfois, pour un rien, je peux me mettre dans des états lamentables, et finir aux urgences. C’est pas comme si j’arrivais à contrôler, c’est ce que je n’arrive pas à expliquer aux gens. C’est plus fort que moi. J’agis parfois avec automatisme, je ne suis « plus moi », comme dans un rêve, en dehors de la réalité. Peut-être que je fuis, ma propre existence, ou ma vie. En permanence, d’une manière ou d’une autre. Les drogues, les hôpitaux, les tentatives de suicide. Et en parallèle, je peux sourire, et paraitre tout à fait « normale ». Tu croiras alors que je le suis. Et que mon trouble n’existe pas. Au fond, tu ne sauras jamais l’enfer que je vis à l’intérieur. » M.

 

Face à cette désinformation, les personnes souffrantes se retrouvent souvent à errer de psychiatres en psychiatres, de thérapeutes en thérapeutes, sans pouvoir avoir de suivi régulier ni de traitement adapté, alors que beaucoup d’entre elles estiment en avoir besoin.

 

Heureusement, il arrive également que certains patients soient satisfaits et que le suivi se fasse sur le long terme, dans la confiance et l’écoute bienveillante, vers une stabilisation du trouble.

 

Mélanie A, concernée par les troubles psychiques.

 

Hypocrampe insuline [Natacha]

Dans quelle mesure
La porosité de mon crâne
Ne permet plus de tenir le cadre
Postiche à l’hivernal cheveuleresque
Déserteur à l’heure du lit

Dans quelle mesure
La porosité de mes pores
De ma peau blême qui commence
À suer chair de poule
Les abeilles me picorent
Junkie si j’appose des carreaux
De sucre dans le pli du coude

Je me pare
Prédisposée à l’hypo’
Déjà en transe tremblotante
Température en hausse
Je prévois un casse-croûte
À fort dosage en glucose
Les dragées roses à sucer
Don d’ancestraux biloutes

Ma langue anesthésiée par le transfert
Taux au rabais
Susurre le susucre
Hymne au saccharose
Mytho saccharine
Invertie mélasse au grain

Je laisse croître l’hypo’
Trop fièvre pour aller croaquer
Une parcelle oh sugar
Lécher un pot de miel
Boire cul sec une fiasque de sirop

J’attends bouillonnante
De me mettre à nu
Sus mes conneries chimiques
Le vêtement trop humide
Devenu froid glaçant

Je claque me redresse debout
À la hâte spasmée aspartame
Sensations disparates
en quête de sucrettes

Saloperies des morves couenne de porcelet
Jus d’eau gélules en bonbonne
Roses à croquer, à fondre sous la langue
Seringue à schtroumpf et schnouff sous le coude
En-cas d’imprévu
Ivre de coquilles diabétises
Je sombre somnambul’ivre éthylique

Natacha [SNG], artiste-clinique

Alice nous présente Bipol

L’Œuvre Falret innove avec la création de Bipol Falret, un Centre de Jour à Saint-Ouen dédié aux personnes atteintes de troubles bipolaires. En effet, le savoir expérientiel est au cœur du projet de l’établissement, qui est porté par une équipe de professionnels comportant un pair aidant afin de proposer une offre la plus adaptée possible aux besoins des personnes concernées et de leur permettre de participer activement à la vie de l’établissement.

Les notions d’empowerment et de rétablissement sont véritablement au centre des programmes : le programme START comporte un programme de formation à l’autogestion de la maladie, des activités thérapeutiques et de bien-être et un programme d’accompagnement au rétablissement dans des projets de vie choisis. Ceux qui souhaitent entreprendre un projet professionnel pourront également suivre le programme ANTEM d’insertion professionnelle et de maintien en emploi.

La personne suit un programme personnalisé, co-construit avec l’équipe, en fonction de ses besoins, alternant des consultations individuelles (avec pair aidant, psychiatre, psychologue, assistante sociale, psychomotricien…) et des ateliers collectifs (les ateliers entre pairs étant essentiels, car ils sont sources d’apprentissage, de soutien et de motivation).

L’autogestion de la maladie permet de mieux prévenir les rechutes pour se stabiliser et favoriser le rétablissement, mais le rétablissement va bien au-delà, car il ne concerne non pas l’évolution de la maladie, mais le devenir de la personne. Les soins, la guérison sont des moyens, mais la vraie finalité c’est de se rétablir, de mener une vie épanouie avec ou sans trouble psychique. C’est pourquoi les projets de vie sont essentiels et sont au cœur du projet de Bipol Falret.

Alice Vignaud

Pair aidante et chef de projet

Bipol Falret

avignaud@oeuvre-falret.asso.fr

Tél : 01 58 79 20 20

https://www.facebook.com/Bipol-Falret-381076322351337/

Petit mot de Craig Lewis avant sa venue à Paris

Mes frères et sœurs de France, francophones où que vous soyez, je vous salue.

Avec une profonde gratitude, et grâce à cette opportunité qui m’est très chère ; je vous salue ici aujourd’hui avec tout mon cœur.

Lorsque j’étais enfant, je vivais avec une soif insatiable d’aventure et d’aller à la rencontre du monde comme des gens qui y vivent.

Toujours rêveur, j’ai toujours su que quelque chose de mieux pour moi existait, quelque part dans le monde. Et même si je n’avais aucune idée de ce à quoi une vie meilleure pouvait ressembler, ni comment faire en sorte de pouvoir l’atteindre moi-même : j’étais sûr que chaque jour, chaque lever de soleil était en fait un nouveau départ.

Je ne saisissais pas encore le sens du monde, les motivations des gens… ni la cruauté qui était et qui est encore souvent, le lot nombreuses relations, de toutes sortes, que j’ai eu et que j’ai.

Heureusement, je n’ai plus aucune difficulté à comprendre pourquoi les gens se livrent à des actes de cruauté, et cette sagesse que j’ai me permet de voir cela sous un autre angle.

Toutefois, pour pouvoir trouver la paix, il m’a fallu pardonner à tous ceux qui m’ont fait du mal.

En agissant de la sorte, j’ai pu retrouver l’innocence et la pure capacité d’aimer, comme celle d’un nouveau-né. Le nouveau-né que nous avons dans nos cœurs, celui qui a été brisé au cours de notre vie. A cause de ça, nos cœurs brisés n’ont pas été soignés et ne sont pas retournés à leur état initial.

Sans guérison, les cœurs brisés font pleurer de douleur, à travers des paroles et actions nocives. Nous le faisons en tant qu’adultes, reconnaissant à peine les dommages que nous perpétuons, alors que ce que nous voulons vraiment, c’est être aimés, compris, acceptés et adoptés.

Par expérience, pour ceux d’entre nous qui ont été gravement blessés ; il se peut que le chemin de la guérison nécessite une méthode introspective telle que « Better Days / Un jour nouveau ». Ce travail est le produit de ma tentative pour trouver de la lumière dans l’obscurité. Rien d’autre n’a fonctionné pour moi, alors j’ai créé « Better Days / Un jour nouveau ».

C’est pour vous en parler que je réalise mon cinquième voyage triomphal en Europe, pour partager ce que j’ai appris sur la guérison d’un cœur brisé. Je le fais en étant plus conscient que jamais d’à quel point mon cœur a été brisé et, avec le plus grand désir, la plus grande envie de guérir et d’aider les autres à faire l’expérience de quelque chose d’aussi beau. Vous rencontrerez bientôt un homme qui choisit activement de vivre son rêve d’enfance qui lui assurait que quelque chose de meilleur était à portée de main, même s’il ne savait pas ce que c’était ou comment l’atteindre. Je sais maintenant ce que signifie vraiment aimer, je connais ma valeur et c’est mon choix de vivre ma vérité.

J’accueille la vérité, rien de moins.

Je cherche la beauté en chacun de nous.

Je pardonne, et j’aime.

Un feu intérieur me guide et me protège.

Je suis un prisme par essence, et, de la façon dont nous percevons ce que nous ne savons pas, avec nos réflexes intégrés (et altérés par nos traumatismes et expériences), je vous lance le défi de vous joindre à moi pour découvrir votre vérité, pour vous. Il y a toujours du travail à faire. Nous nous devons tous de nous améliorer. Nous avons tous le droit de vivre notre vérité. Nous sommes tous dignes d’être libres, d’être appréciés et d’être aimés.

Je viens à vous avec un profond amour avec mes livres Better Days, New Traditions et Un jour nouveau. Je viens pour partager avec vous ce que j’ai appris, parce que c’est en aidant les autres que je guéris.

Je dois poursuivre cette mission pour tout le reste de ma vie, et je ne peux pas vivre un jour de plus qui ne serait pas concentré sur la guérison, la beauté et l’amour.

Pour m’en donner les moyens, j’ai renoncé à ma maison aux États-Unis.

Oui, vous avez bien lu.

Mon cœur est ma maison.

Quand on agit guidé par l’amour; il est réellement possible de faire des miracles.

Il existe des « Meilleurs chemins pour de meilleurs jours » – ces mots pleins de vérité que prononce Sherry, (co-auteur de « New Traditions » notre tout nouveau livre actuellement uniquement disponible en anglais) et je m’efforce de vivre cette vérité ; à chaque nouveau jour, avec chaque « jour nouveau », je deviens quelqu’un de meilleur. Vous pouvez en faire de même, et c’est mon message pour vous. C’est ça, « Better Days ». C’est ça, « New Traditions ». C’est ça, « Un jour nouveau ».

Merci pour cet accueil à Paris le 31 janvier 2018 et tous les jours qui suivront.

Je viens en paix.

-Craig LEWIS

 

Père d’un chat, homme de foi, Expert par expérience, auteur de « Better Days » et co-auteur de « New Traditions »

Le 11 janvier 2018

 

 

Craig Lewis à Paris le 31 janvier 2018 !

Lien vers l’événement !

Greetings to my brothers and sisters in France and French speakers everywhere.

With my deepest gratitude, and via this most cherished opportunity; I greet you here today from my heart.

As a child,  I lived with an insatiable thirst for adventure and to experience the world and all its peoples.

Always a dreamer, I lived every day believing that something better was out there for me and even as I did not know what the better life was or how to make it mine; I believed that every sunrise was a new beginning.

I did not know how to make sense of the world, or people, and I did not understand the cruelty that was and often still is, a feature of so many relationships of all sorts, that I have had and have.

Thankfully, I no longer have any difficulty understanding why people engage in acts of cruelty and this wisdom allows me to see them in a different light.

However, in order to find peace within my heart; I needed to forgive all who have hurt me.

By doing so; I could see that it was the innocence and the pure capacity of love, of a newborn baby; the newborn baby that we all still are in our heart, that somewhere throughout their life, was shattered, resulting in our broken hearts not healing back to their previously unbroken state.

Without this healing,  we cry in pain, via harmful words and actions, and we do so in adult form, barely recognizing the damage we perpetuate, when what we really want is  to be loved, understood, accepted and embraced.

In my experience, for those of us who have been hurt in the most extreme ways; the path to healing may require applying  an introspective method like  Better Days/Un jour nouveau.  This work is the product of my attempt to find light while shrouded in darkness. Nothing else worked for me so I created Better Days.

I come to you on this, my triumphant fifth journey to Europe, to share what I have learned about healing from a broken heart.  I do so with the greatest awareness I have ever known, of how deeply my heart has been shattered and  with the most beautiful desire and commitment to healing and helping others experience something similarly beautiful. You will soon meet a man who actively chooses to live his childhood dream that something better out there was in reach  even if he did not know what it was or how to achieve it. I now know what it means to truly love and I know my value and it is my choice to live my truth.

I accept truth and nothing less.  

I look for the beauty in all people.

I forgive and I love.

The white fire within me guides and protects me.

I am by nature, a prism, and as we view what we do not know, with our built in (and altered via trauma and experiences) reflexes,   I challenge you to join me in discovering your truth, about you. There is always work to do. We all owe it to ourselves to improve ourselves. We are all worthy of living our truth. We are all worthy of being free, being known and being loved.

I come to you with the deepest love for Better Days, New Traditions and Un jour nouveau. I come to you to share what I have learned because this is how I heal; by helping others.

I must do this for the rest of my life and I cannot live another day that is anything less than focused on healing and beauty and love.

In order to do this I no longer have a home to live in, in the United States.

You read that correctly.

My home is in my heart.

When we act from a source of love; miracles are truly possible.

There are “Better Ways for Better Days”  – these words are the truth as spoken by Sherry, (co-author of ‘New Traditions’ our brand new workbook – currently in English) and I strive to live this truth and as I do so; with each new day, with every ‘Un jour nouveau’, I become a better version of me. You can do the very same thing and this is my message to you. This is Better Days. This is New Traditions. This is Un jour nouveau.

Thank you for embracing me in Paris on January 31st and every day forward.

I come in peace.

-Craig

 

Cat-Dad, Spiritual Human,  Expert by Experience and Author of Better Days and Co-Author of New Traditions

January 11, 2018

 

[traduction française d’ici quelques jours … ]

Tous les cris les SOS [Lee]

Tous ces cris et SOS, ça serait bien qu’ils ne partent pas dans les airs non ?

Allô ? Oui bonjour, le système de santé en France est malade.

Les murs ont des oreilles, mais surtout les oreilles ont des murs…
Des murs qui devraient être détruits, qu’on vire ces parpaings au marteau piqueur.

Ce n’est pas une généralité, c’est une expérience personnelle passée…
Mais… Quand on hurle à l’intérieur de soi, quand on se retrouve à hurler à voix haute…
On a besoin que les oreilles soient grandes ouvertes.
On a besoin que les signes de détresse soient entendus…

Quand je demande à avoir des rendez-vous psy plus rapprochés et qu’on me répond : « on se revoit dans un mois »… Les oreilles ont des murs blindés.
Parce que non, quand je demandais de l’aide, quand je tirais la sonnette d’alarme,
Quand j’avais besoin d’être protégée de moi-même…
J’avais besoin d’oreilles grandes ouvertes, pas d’un mur entre le médecin et moi.

C’est violent un mur.
A travers un mur on ne se voit pas, on se s’entend pas, on ne se comprend pas.
Et surtout, quand on crie et qu’on lance des SOS, on n’est pas toujours en capacité d’escalader ce satané mur.

Je me suis retrouvée à chercher des non-murs dans tous les sens avec l’énergie de la colère.
L’énergie et l’espoir qui me restait.
Vous imaginez monter toutes les montagnes du monde afin de trouver un non mur ?
Pour trouver des oreilles sans parpaings ?
C’est en partie ça la lutte pour survivre et se rétablir…

Elles existent ces oreilles grandes ouvertes. Elles existent. Mais c’est comme un parcours du combattant pour les dénicher.
J’ai la chance d’avoir trouvé des grandes oreilles sans mur. C’est rare et précieux.

Je suis d’accord avec le terme de « survivants de la psychiatrie »… Il faut survivre au non espoir de rétablissement qu’on nous envoie à la gueule. Survivre face aux murs. Survivre quand on a commencé à franchir le mur et qu’il faut sauter de l’autre côté. Ma vie a failli s’arrêter à cause d’oreilles murées.

Essayer essayer essayer tout le temps… en prenant le risque de se fracturer trois jambes et deux nez.
Et…

Quand j’ai enfin trouvé un service d’urgence aux grandes oreilles… j’ai senti qu’après quelques visites dans leur regard, il y avait un sentiment profond d’impuissance.
Oui j’allais aux urgences quand j’allais MAL. Donc non, ils ne me voyaient pas dans la vie de tous les jours quand j’allais bien, que j’allais en formation d’éducatrice spécialisée, quand je dessinais, faisais du bénévolat, sortais avec des amis, chantais, dansais, écrivais.
Je comprends qu’en me voyant « en mauvais état » à chacune de mes venues, dans la tête des équipes je ne progressais pas, je n’allais pas mieux, qu’ils tournaient en rond, que l’utilité de revenir n’était absolument pas pertinente, que j’étais incurable. Alors on me balance que, soit je vais bien et je reste chez moi, soit on m’envoie en hospitalisation sur mon secteur de psychiatrie…

J’ai une difficulté à être modérée. J’ai une difficulté à ne pas avoir un résonnement dichotomique, à ne pas voir tout en noir et blanc. Les 50 nuances de gris… c’est pas encore ça. Alors quand je proposais une solution grise : passer une soirée ou une nuit aux urgences le temps que la crise passe, et qu’on me répondait une solution blanche ou noire… J’étais désespérée… Parce qu’à mon sens il y a besoin de lieux gris, d’entre deux…

La direction de l’hôpital Ville Evrard, qui montrait son CAC (centre d’accueil de crise) d’Aubervilliers comme un modèle, un lieu exemplaire, vient de supprimer la possibilité d’accueil de patients le soir et la nuit… HOP, au changement d’internes le 2 novembre 2017, la direction décide de ne plus payer un médecin de nuit… Donc à Aubervilliers, si vous allez mal, vous avez intérêt à ce que ce soit entre 10h et 17h, sinon tant pis. Parce que les CAC ne sont pas obligatoires, ils coutent de l’argent, et que l’idée que la direction a en tête est de fermer le CAC à terme. (et que le psychiatre de garde le plus proche n’est franchement pas proche). Mais merde ! Ce CAC c’est du gris. Ce CAC évite nombre d’hospitalisations. Ce CAC, rien qu’en existant, permet aux patients de la ville d’être rassurés quant au fait qu’ils vont être bien accueillis si jamais le besoin est là. Sérieusement… Ouvrir le CAC aux horaires du CMP est absurde. Les infirmiers sont dépités, ils n’ont même pas le droit d’ouvrir les portes pour un entretien infirmier après 18h, parce qu’il n’y a pas de médecin… Bref, il va falloir faire une belle pétition ou autre… Crier, lancer des SOS…

Là, les cris et les SOS pour militer pour du gris partent dans les airs pour des histoires budgétaires.
La sécurité sociale est faite pour être un trou, un an après sa création on parlait déjà de trou de la sécu, c’est la force de la France mais…
Forcément, la psychiatrie n’est pas une priorité… et puis les malades, est ce qu’on peut vraiment les croire ? Pourquoi on écouterait leur parole ? De quel droit ils demandent de virer les murs des oreilles des médecins et des administrations ?

Je passe mon temps à aller à des formations et à des colloques sur les thématiques de la santé mentale et sur la place des usagers dans les systèmes de soin. Ya des paroles, des jolies paroles qui font plaisir à entendre et qui rassurent. Désolée, là tout de suite je ne suis pas optimiste dans ce que j’essaye d’écrire maladroitement. Penser, réfléchir, se questionner, échanger… oui. Quand est-ce qu’on agit ? Au boulot les gars !

On n’entend pas la souffrance ? On n’entend pas les cris et SOS, même timides et non verbaux ? Aude CARIA a dit aujourd’hui, « le pouvoir il ne se donne pas, il se prend ». Alors il faut se révolter, s’unir, agir…

TOUT le monde a droit à des soins de qualité, TOUT le monde a le droit d’être entendu avec de grandes oreilles, les murs doivent tomber entre les « professionnels » de santé mentale et les « usagers » (qui sont aussi souvent des professionnels hein…)

Alors quoi ? On n’a pas de pioche ? C’est compliqué d’aller louer un marteau piqueur ? Ça fait du bruit ? Ça dérange ? Oups, si les usagers prennent le pouvoir ça veut dire qu’ils existent et sont des humains ?! Ça veut dire que les « professionnels » de santé vont devoir adapter leur positionnement de toute puissance ? Waouh, c’est effrayant hein ! Des fous à qui on donne de la valeur à leur parole !

S’il vous plaît, « professionnels » des secteurs sanitaire et social, gardez ou trouvez avec envie les murs loin de vos oreilles… L’expression des cris et des SOS peut être subtile.

…………………………………..

Lee ANTOINE

Artiste plasticien, éducateur spécialisé,

médiateur de santé pair.